Bonjour ! Impatients de connaître l'issue du combat ? Allez Chevaliers, que brûle votre cosmos ! (Haha, exactement comme dans l'animé.)

Merci encore pour tous vos fav et review, et bonne lecture !

ஐஐஐஐஐ

Sentant près de lui le retour d'Aria, Koga siffla un juron entre ses dents et, rassemblant ses membres endoloris, se redressa lentement, s'interposant entre les Chevaliers d'Argent et sa protégée. Il vacillait sur ses appuis, et Sirrah de Céphée n'eut qu'à le repousser pour qu'il s'écroule.

- Je hais les Chevaliers de Bronze, ils ne savent jamais quand s'arrêter, cracha-t-il.

- C'est ce que disaient souvent les adversaires de Seiya de Pégase, répliqua Nathalie. Cela me fait plaisir de voir que Koga est aussi stupide que lui.

Le jeune Chevalier de Pégase ne put s'empêcher d'être touché par l'immense compliment que lui adressait ainsi l'une des Six Légendaires sur la persévérance bornée qui faisait sa réputation.

- Tu parles, on sait tous très bien pourquoi ils sont encore en vie, ricana l'autre.

Ryuho sembla s'animer à ses mots, et, basculant sur le dos, dévisagea Nathalie. Elle se tenait droite, seule face aux deux Chevaliers d'Argent. Sa robe, son écharpe et sa chevelure claquaient dans la tempête venteuse du cosmos de Sirrah, moulant et camouflant sa silhouette frêle dressée sans hésitation. L'éclat féroce de ses yeux brillait plus que jamais, confirmant la crainte du jeune Dragon.

- Nathalie, arrête ! gémit-il.

Soma grinça des dents, comprenant enfin la raison de leur surprenante résistance aux puissantes attaques de leurs adversaires : à l'image du Dauphin mythologique qui avait sauvé Arion de Méthymne au prix de sa propre vie, Nathalie pouvait consommer sa cosmoénergie pour maintenir en vie ses compagnons. Ce don avait plus d'une fois renversé le cours d'une bataille, ralentissant le sort funeste de ses camarades. Le rouquin regarda son jeune ami se dresser avec difficulté sur un bras, suppliant Nathalie de s'économiser. En effet, déjà sa blessure luisait d'un éclat plus intense, transperçant ses vêtements d'une obscure clarté de ténèbres. Une sueur froide lécha lentement le dos du Chevalier du Petit Lion : était-ce pour cette raison que le Dauphin était si gravement atteint par la malédiction de Mars ? Avait-elle volontairement sacrifié la majeure partie de son corps pour permettre la survie de ses compagnons, peut-être même celle d'innocents ? Soma crispa les poings, honteux de se sentir impuissant tandis que son alliée immolait ce qui restait de sa santé pour son inutile existence.

Céphée s'amusa du spectacle de cette prise de conscience.

- Malgré tes efforts, plus personne ne se dresse entre toi et moi, traitresse, ricana-t-il. Depuis le temps que je rêve d'effacer ce sourire prétentieux !

Soudain engaillardi par l'idée de battre de ses propres mains un Chevalier Légendaire, Sirrah se cambra, et fit tourbillonner autour de lui sa cosmoénergie de vent. Brusquement, un imposant cosmos de feu s'embrasa derrière lui, figeant net son élan. Il se retourna, paralysé de peur, reconnaissant la puissance de son allié qui l'interpellait violemment.

- Je t'interdis de porter la main sur un adversaire san défense, compris ? feula le Centaure. Recule !

Yuna tiqua : malgré son jeune âge, Sirius exerçait manifestement une autorité sans faille sur les autres Chevaliers d'Argent. L'autre hésita un instant, pâlissant, puis abandonna sa position offensive. Les bras ballants, il se rangea en marmonnant derrière son allié. La jeune blonde grimaça : au vu du faible échantillon de la puissance du Centaure qu'elle venait de ressentir et de la réaction soumise de son acolyte, leur dernier adversaire était certainement nettement plus dangereux que ceux qu'ils avaient pu affronter jusqu'alors. Elle entendit ses amis jurer non loin d'elle, parvenant sans doute aux mêmes conclusions.

Sirius du Centaure s'avança vers le centre du champ de bataille, où se dressait déjà Nathalie, immobile dans sa superbe tranquillité. Seul son foulard flottait doucement dans la brise chargée de sel.

- Nous avons pour ordre du Sanctuaire de terrasser ces traitres et de ramener Athéna saine et sauve, Nathalie du Dauphin. Laissez-nous passer.

La jeune femme secoua résolument la tête.

- Ce n'est pas la première fois que je me dresse contre des Chevaliers manipulés par leur Grand Pope, Centaure. Tu dessers la véritable Athéna en agissant sous les ordres de Mars.

Sirrah cria de protestation, mais Sirius le fit taire d'un geste.

- Contrairement à la majorité du Sanctuaire, je ne crois pas que vous soyez une traitresse, Nathalie, reprit-il doucement. Vous avez longuement et vaillamment servi notre Ordre, parfois contre tous. Vous avez amplement mérité cette retraite, avec l'Armure du Dauphin ou non.

Le jeune homme se retourna, promenant tristement son regard aux environs.

- Cependant, en vous retirant de cette guerre, vous n'en mesurez plus les conséquences. Je n'ai pas besoin de vous apprendre les terribles pertes que ces batailles peuvent engendrer dans nos rangs. Nos bains de sang pesaient sur les populations, quand elles n'étaient pas exterminées par Mars.

Il prit une grande inspiration.

- Je n'étais encore qu'un apprenti lors de la Deuxième Attaque de Mars et la perte des Six Légendaires. En consacrant ses forces à la formation d'une nouvelle génération de Chevaliers à la Palestre, Saori Kido a laissé le Sanctuaire sans chef, incapable de contenir les Armées de Mars et leur désolation.

Il reporta son regard sur elle.

- L'Armistice était le seul moyen pour nous de protéger l'humanité. Nous avons obtenus en clause l'arrêt total des persécutions sur les humains.

- C'est faux, s'écria Koga d'une voix enrouée. L'équilibre du monde est perturbé, Mars pompe toutes les ressources en affamant les villages !

- C'était bien pire auparavant, répliqua le Centaure en le toisant de toute sa hauteur. Ne parle pas de choses que tu ne connais pas. Notre mission est de protéger la paix et l'humanité, et c'est ce que je m'efforce de faire.

Nathalie pencha la tête en avant.

- Notre mission en tant que Chevaliers est de protéger la véritable Athéna.

- Saori Kido est morte. Cette jeune fille est la nouvelle Athéna, née au pied de la statue du Sanctuaire !

Nathalie grinça des dents. En raison du cruel manque d'effectif à la fin de la Guerre Sainte, ces jeunes Chevaliers n'avaient pas reçu les enseignements transmis de génération en génération chez les défenseurs d'Athéna, et ne savaient pas qu'une fois tuée, leur déesse ne se réincarnait que deux cent ans plus tard. Dans ce terrain peu cultivé et peu labouré par les leçons de leurs prédécesseurs, Mars n'avait eût aucun mal à planter les racines de son nouveau dogme, ni à manipuler ces esprits pourtant parfois justes et vaillants.

- Si vous voulez tuer ces Chevaliers, il faudra d'abord m'affronter, lança-t-elle résolument.

- Je refuse de me battre contre vous, affaiblie et incapable de porter votre Armure.

- Tu peux toujours abandonner ta mission, répondit-elle en haussant négligemment les épaules.

- C'est hors de question ! rugit Sirrah.

Une flèche de cosmos frôla Sirius à l'improviste, le prenant de cours, et frappa de plein fouet la fière silhouette de Nathalie dans un tourbillon de vent, dont le rugissement était couvert par les cris désespérés des Bronzes. Le Centaure se retourna : Céphée avait traitreusement préparé cette attaque, rassemblant ses dernières forces pour lancer sa chaine vengeresse contre le Chevalier du Dauphin. Avant même qu'il n'ait pu réagir, la tornade s'apaisa d'elle-même, découvrant la silhouette maigre et sèche de la jeune femme, toujours solidement campée sur ses appuis, l'écharpe claquant dans le tourbillon. A quelques centimètres de son visage, la pointe mortelle de Céphée était figée, luttant dérisoirement contre les maillons d'une chaine brillante comme l'espoir. Celle-ci avait dressé un mur infranchissable devant sa protégée, et n'était transpercée que par les éclairs des prunelles de Nathalie.

- La chaîne d'Andromède, murmura Ryuho dans un souffle, fasciné.

Soma se frotta les yeux, incrédule : il ne pouvait croire que dansait si près de lui la légendaire Armure d'Andromède qui avait si longtemps défendu Shun. Il contempla sans oser respirer les arabesques harmonieuses de cette protection mythologique, renvoyant sans mal la chaîne de Céphée jusqu'au pied de son maître. Elle sinua ensuite à terre, encerclant sa protégée d'une miroitante galaxie mouvante.

Nathalie porta la main à son cou, où quelques instant encore auparavant somnolait sa protectrice.

- Comment oses-tu porter l'Armure d'un autre ? cracha Sirrah.

- C'est Shun qui m'a confiée à son Armure, comme je l'ai confié à la mienne.

L'image de l'étrange bague que le Chevalier d'Andromède portait à son cou lors de leur rencontre revint à Koga. Il lui avait en effet semblé apercevoir un étrange éclat d'un bleu de nuit en émaner lors de leur combat, mais n'y avait plus prêté attention par la suite. Serait-il possible que l'Armure du Dauphin ait soulagé Shun en lui fournissant une partie de sa cosmoénergie ? Cela aurait eu le mérite d'expliquer pourquoi la tâche de Mars s'était relativement peu étendue à l'issu de ce terrible affrontement.

Ryuho soupira de soulagement : il était parvenu depuis longtemps aux mêmes conclusions que son ami. Les Armures des Chevaliers s'abreuvaient en effet du cosmos et de l'âme de leur porteur tout au long de leur utilisation, et avaient fini au fil des millénaires par développer leur véritable conscience, fortement impactée par leur dernier propriétaire. De cette façon, plusieurs Chevaliers d'Or décédés étaient maintes fois venus en aide à son père par l'intermédiaire de leurs Armures, et ses compagnons et lui-même avait pu profiter de la bénédiction de Seiya de Pégase. L'idée que Nathalie et Shun portaient chacun la présence de l'autre autour de leur cou malgré la distance lui retirait un poids du cœur, et il se rassurait de savoir Nathalie quelque peu protégée par la chaîne de son mari, spécialisée dans la défense. Cependant, il savait pertinemment que même en pleine possession de ses moyens, le Dauphin ne pouvait revêtir la protection d'Andromède ; sans porteur, l'Armure pourrait tout au plus parer quelques attaques des plus faibles.

Le Centaure restait pensif, parcourant certainement le même raisonnement logique. Il plongea son regard dans celui de Nathalie, qui ne sourcillait pas.

- Puisqu'il n'y a pas d'autres solutions, je t'affronterai, annonça-t-il.

Il était naturellement passé au tutoiement selon les codes de leur Ordres : en acceptant de l'affronter, Nathalie lui reconnaissait le droit de se prétendre son égal. Il se retourna, et lança un regard assassin à Céphée.

- Mais en combat singulier.

Nathalie esquissa un sourire.

- Un duel à l'ancienne, alors ? Très bien, répondit-elle, les traits soudain durcis. Personne n'interviendra de mon côté non plus.

Une marée de gémissements et de cris de protestation s'éleva autour d'elle. Elle promena un regard décidé sur ses alliés, toujours étendus à terre, incapables de se relever. Prenant son courage à deux mains, Aria s'était aventurée sur le champ de bataille, et s'était efforcée de les rassembler, soutenant leurs corps endoloris de ses maigres bras blancs comme neige. Si elle n'intervenait pas, ils seraient tous impitoyablement éliminés sans pouvoir opposer de résistance : elle ne se pardonnerait jamais un tel acte de lâcheté. De plus, si elle ne les protégeait pas, qui mènerait cette guerre pour la vie d'Athéna ? Nathalie vérifia rapidement sa natte, et se mit en garde.

Ryuho cependant trouva la force d'élever sa voix plus haut que les autres.

- Nathalie, pense à Aliolia !

Les traits de la vétérante, déjà tendus par la concentration, se crispèrent.

- Tu crois que ton père a hésité, il y a treize ans, alors que tu l'attendais avec ta mère ? répondit-elle sans sourciller.

La gorge du jeune garçon se serra, et il baissa la tête.

- Je n'ai pas le choix, Ryuho, ajouta-t-elle avec un sourire triste. Je compte sur toi pour le reste, Athéna et Aliolia.

La vue de Yuna se brouilla en apercevant les épaules de son ami s'affaisser avant qu'il n'hoche difficilement la tête. Ses poings se crispèrent en réalisant que cet orphelin perdrait sa seconde mère pour la survie de sa compagnie. Près d'elle, les yeux humides eux aussi, Koga et Soma tentaient de réconforter le jeune Chevalier du Dragon.

Le Centaure acquiesça brièvement, comme respectueux et admiratif des enjeux que son adversaire sacrifiait pour sa cause. Il vérifia d'un coup d'oeil que Sirrah s'était retiré du champ de bataille, et se plaça lui aussi en position de combat. Le silence s'abattit sur la crique, à peine perturbé par le doux ressac des vagues et le cri strident des oiseaux marins. Peu à peu, les cosmoénergies des deux guerriers emplissaient l'espace, étalant au ras des galets leurs volutes épais qui fendaient la brise. Le cosmos du Centaure était ardent, brulant comme un souffle de souffre, fouettant d'une chaleur de braise les visages. Il s'étendait sans fin, coupant la respiration aux jeunes Chevaliers de Bronzes, qui grinçaient des dents : même en pleine possession de leurs moyens, ils auraient dû affronter ce monstre tous ensemble pour saisir leur infime chance de le vaincre. Face à lui, Nathalie déversait une énergie aux couleurs changeantes, allant et venant comme la houle, semblant presque chargée d'embruns et de sel. Le cœur battant de Koga s'accélérait sans cesse en contemplant l'immense puissance de ce Chevalier Légendaire qui se dévoilait si près de lui, mais il ne pouvait s'empêcher de songer à la dévorante plaie de Mars qui devait s'étendre et lui faire subir les pires supplices.

- Au moins, Nathalie possède l'avantage en matière d'élément, murmura Yuna avec une joyeuse étincelle d'espoir. Près de l'Océan, elle n'aura aucun mal à utiliser son élément d'eau pour contrer le feu du Centaure.

- Ca ne marchera pas, siffla Ryuho entre ses dents.

Ses alliés se tournèrent vers lui, surpris.

- Nathalie s'est retirée au moment où les cosmo énergies ont changé de nature en s'attachant un élément, poursuivit-il, la mâchoire crispée. Elle n'a jamais maîtrisé l'eau.

Personne n'osa répondre, et tous, d'autant plus alarmés, reportèrent leur attention sur le combat.

Les deux adversaires se détaillaient en silence dans la pesanteur de fin d'après-midi. Le soleil déclinant étirait de sa lumière dorée leurs ombres, découpant nettement sur le sol régulièrement pavé leur figure de combat. La légère brise humide soufflant depuis le large ne pouvait dissiper la tension ambiante qui électrisait l'air. Le temps était à l'observation, et elle serait décisive. Chacun cherchait une ouverture.

Comprenant que Nathalie ne lancerait pas d'offensive, Sirius se détendit soudain comme un serpent, et se précipita sur elle au corps à corps. La jeune femme entama aussitôt sa dance, et déviait les coups de larges mouvements de ses membres. La chaine d'Andromède se dressait sur son flanc gauche, parant une partie des attaques. Esquivant un poing enflammé de cosmos se dirigeant en pleine poitrine, elle se cambra, saisit le bras de son adversaire, et profitant de son élan l'enferma dans une impulsion circulaire. Gonflant sa jambe de sa cosmo énergie, elle l'assena dans la même dynamique dans les côtes du Centaure, qui grimaça et s'écarta aussitôt. Chacun reprit aussitôt sa garde défensive, continuant de se jauger du regard.

Décomposant les échanges de coups, Ryuho suivait anxieusement le combat. Nathalie se mouvait d'une toute autre manière que ce que lui avait décrit son père : vive et harmonieuse, elle avait pour habitude de jouer de son équilibre et de sa souplesse pour composer une danse fluide et mortelle, accomplissant des prodiges de voltigeuse à la trajectoire maitrisée au millimètre près.

Cependant, le jeune Dragon devinait que la plaie de Mars ravivée par son cosmos brulant gangrenait à présent sa jambe droite, l'enchainant au sol et l'obligeant à compenser ce pilier défaillant. Elle exploitait de son mieux la barrière que lui offrait la chaine d'Andromède sur sa gauche, et protégeait avec application sa hanche droite : un simple coup pouvait lui faire perdre ses solides appuis en retentissant dans l'ensemble de sa jambe. Par ailleurs, même en luttant avec obstination contre la douleur, la jeune femme reprenait sa légère boiterie. Rapidement, la fatigue physique commença à se manifester : bien qu'elle résistât encore parfaitement aux assauts de son adversaire, son point faible devint évident pour des yeux avertis.

Le Centaure cessa rapidement les attaques directes, qui n'étaient manifestement qu'une étude approfondie de la stature et de la dynamique de son adversaire. Se courbant jusque terre, il puisa au plus profond de son énergie un cosmos ardent, dévastateur, qui ne cessait de se déverser depuis son torse jusque dans ses mains. Koga ferma convulsivement les yeux devant la claque brulante de ce courant de fluide, si proche de celui qu'employait Soma. Près de lui, il sentit Yuna se crisper, au bord de la crise de panique : malgré leurs immenses pouvoirs, les Chevaliers ne pouvaient raisonnablement encaisser une attaque de cosmosénergie sans Armure. Déjà Nathalie, comprenant qu'elle ne pourrait esquiver le coup avec sa patte folle, se préparait à encaisser, croisant les avant-bras et saturant l'atmosphère autour d'elle de son cosmos comme seul bouclier. La chaine d'Andromède, bien que pressentant sa propre inutilité sans son porteur face à cet assaut, se dressa bravement en un mur d'acier dérisoire.

La jeune blonde glapit de terreur lorsque l'offensive se déchaina, inondant le champ de bataille d'un flot incandescent d'énergie plus rapide que le son lui-même. Le plus fort de ce torrent de lave visait le côté droit du bassin de Nathalie, qui reçut le choc de plein fouet, évacuant les lignes de pression dans ses appuis ancrés profondément dans le sol. La mâchoire crispée, elle résista un instant, mais la vague de puissance finit par la renverser, la trainant à terre sur plusieurs mètres. Aria ne put retenir un cri de détresse, et enfouit son visage au creux de ses mains de porcelaine, terrifiée. Lorsqu'en elle puisa au fond d'elle le courage d'ouvrir les yeux, les échanges aux corps à corps avaient déjà repris. Le Centaure prenait nettement l'avantage, compensant par sa force brute la souplesse et l'expérience du Dauphin, handicapée par sa perte de vitesse.

Ryuho détourna fiévreusement le regard, dévasté.

- Nathalie ne tiendra plus longtemps, gémit-il.

- Ne dis pas ça, le reprit Soma avec une lueur d'espoir. Elle prépare quelque chose.

Depuis le début du combat, le Petit Lion dévorait son idole du regard. La première offensive du Centaure avait balayé comme un raz de marée tout ce que le jeune rouquin croyait savoir sur le Chevalier Légendaire : la précision, la perfection et la rapidité de sa défense l'avait sidéré. Le souffle coupé, il avait admiré chaque mouvement, chaque coup, chaque parade, chaque contre-attaque de ce corps meurtri, dont la musculature fine et usée jouait sous la peau fragile parcourue de veines bleues. La natte brune battait les épaules solides qui accompagnaient chaque frémissement des mains, chaque variation de la respiration haletante de la guerrière. Son foulard, loin de la gêner, s'accordaient parfaitement à sa dynamique, épousant sans mal sa danse mortelle. Ses membres semblaient se brouiller parfois dans leur extrême vitesse, assénant de puissants chocs appuyés par les rotations de son bassin. Son être guidé par l'instinct, nimbé d'énergie pure, semblait valser avec son adversaire, accompagnant ses mouvements, devinant ses intentions, exploitant la moindre de ses failles. Ayant analysé le mécanisme de sa plus puissante attaque, elle parvenait à l'esquiver ou à en dévier la majeure partie. Ses traits tendus soulignaient la concentration de son regard luisant de cosmos. Cependant, il était évident que la combattante mettait à profit l'intégralité de ses perceptions, affutées par son éveil au septième sens qui inondait le champ de bataille de ses volutes aux teintes de l'Océan.

Soma avait difficilement dégluti en réalisant qu'en pleine possession de ses moyens, il n'avait pas l'ombre d'une chance face au Chevalier du Dauphin, tout décadent qu'il était.

De toute son observation, il avait surtout été frappé par la détermination et le sang froid avec lesquelles le Dauphin affrontait cette épreuve. Pas une fois un rictus de fatigue ou une grimace de douleur ne purent effacer la froide résolution émanant de ce visage ruisselant de sueur. Le fond de la pensée de la guerrière semblait se dépeindre dans son regard résolu. Elle savait pertinemment qu'elle pouvait battre le Chevalier du Centaure, la question étant : quel en était le prix à payer ? Le Petit Lion frémit, n'osant chercher une réponse.

Une attaque chargée de cosmoénergie, plus intense que ses précédentes, éjecta Nathalie, l'écrasant au sol. Haletante, elle s'accroupit difficilement d'un équilibre mal assuré, fusillant son adversaire du regard, qui s'approchait à pas lents pour le coup de grâce. Ses forces l'abandonnaient. La chaine d'Andromède, puisant dans ses dernières ressources, dessina sa spirale défensive autour d'elle, consciente qu'elle ne pourrait enrailler l'inévitable. Bon prince, le Centaure s'arrêta à quelques pas.

- Ma mission n'est pas de t'éliminer, Nathalie, lança-t-il d'une voix douce. Tu n'es pas obligée de t'interposer.

- Je suis pourtant un Chevalier renégat, refusant l'autorité de ton Sanctuaire corrompu, répondit-elle en ricanant. Tu n'auras fait que ton devoir.

Elle sourit d'un air sombre.

- Comme je vais faire le mien.

Elle jeta tristement un dernier regard sur la jeune génération de Chevaliers : elle aurait préféré pouvoir les accompagner jusqu'à leur transport, mais le sort en avait décidé autrement.

Abandonnant l'idée même de se redresser, Nathalie ferma les yeux, puisant du plus profond de son être la quintessence de sa cosmoénergie. L'énergie pure s'intensifia dans les limites de son corps, s'échappant par les pores de sa peau maculée de poussière. Malgré lui, le Centaure resta figé sur place, tétanisé par l'incroyable puissance qu'il sentait s'accumuler à quelques pas de lui. Le Chevalier du Dauphin se coupait manifestement de son environnement afin de mieux en percevoir chaque détail, depuis l'odeur salée des embruns humides jusqu'à la vibration la plus grave des fonds marins. Son cosmos battait lentement, en harmonie avec le ressac régulier des vagues, la brise fraiche du large, la lumière dorée du soleil décadent. Le flux de sa cosmoénergie monta jusqu'à ses lèvres, et Nathalie troubla le silence pesant qui s'était abattu sur les guerriers, diffusant sa douce volonté comme des ondes à la surface d'un lac. Sa voix, pure, cristalline, émergea de son cache-nez chatoyant, s'éleva dans l'air pesant estival, tourbillonnant sans peine dans le vent chargé de sel. Elle prit la pleine mesure de la crique, emplissant parfaitement l'espace sans paraître s'imposer, se mêlant avec harmonie aux bruits de la nature.

Le bonheur monta jusqu'aux yeux de Ryuho, avant de couler lentement sur ses joues, alourdi par le désespoir : pour la première fois depuis treize ans, le Dauphin chantait, et ce serait son chant du cygne.

La longue mélopée s'étirait sans fin, sans se répéter, sans impatienter ses auditeurs : toujours elle se déroulait comme se déroule un chemin sous les pas du voyageur. Parfois, une trille plus appuyée que les autres rappelaient aux Chevaliers de Bronze leur étrange rencontre de l'après-midi, tandis que d'autres notes au gout de miel les berçaient de souvenirs intimes. Tous écoutaient la même symphonie, et chacun pourtant l'entendait différemment. Cependant, aucun d'entre eux ne pouvait en saisir la corde la plus secrète, excepté le Centaure pour qui elle avait été écrite.

Sirius s'était rapidement ébroué, tentant de s'arracher à cette envoutante audition, mais une simple variation du timbre du Dauphin l'avait plongé dans cet état de demi-somnolence, si propice aux rêves et aux évocations du passé. Il écarquillait les yeux, buvant de toutes ses oreilles cette ode composée à son intention, incapable de réagir. Après ce qui sembla être une éternité résumée en un soupir, il tomba sans un bruit, comme tombe doucement un arbre, mort.

Nathalie acheva son œuvre, murmurant son point d'orgue, avant d'inspirer profondément. Elle respecta le silence dû à un adversaire loyal tombé au combat, puis sourit de plaisir à travers ses grimaces de douleur, savourant les dernières réminiscences de cette vie qu'elle avait dû quitter si longtemps auparavant.

Cependant, son corps se rappela douloureusement à elle et ses appuis cédèrent sous son poids. L'intense soulagement de la victoire de ses jeunes alliés céda rapidement à l'angoisse, craignant que leur hôte ait épuisé ses maigres ressources. Anxieuse, Aria esquissa un geste, prête à accourir à son chevet, mais déjà Sirrah de Céphée traversait le champ de bataille en ricanant.

- Je lui avais bien dit de se méfier des Légendaires, crachat-il, méprisant, en tâtant du pied le cadavre du Centaure.

Son regard perçant, venimeux comme une vipère, se planta sur la chair souffrante du Chevalier du Dauphin.

- Cette fois, plus personne ne s'interposera, Nathalie du Dauphin, glapit-il avec plaisir.

La jeune femme, dans un suprême effort de volonté, hissa son torse sur ses bras et releva la tête enfouie dans son cache-nez. Ses deux prunelles, ni suppliantes, ni résignées, jetaient leur dernier éclair, lançant leur habituel défi avec fierté. Elle ne cilla pas lorsque les pas de Céphée se rapprochèrent, projetant son ombre démesurée sur son ultime étincelle de vie. Elle le fixait résolument, décidée à mourir dignement au cœur de la Nébuleuse d'acier de son époux.

Soma crispait les poings de rage, mais ne pouvait s'interposer. Les meurtrissures infligées par Hercules le faisait cruellement souffrir, et il se savait incapable de combattre ni même d'opposer résistance. Yuna, près de lui, tentait de se relever, sans succès. Ryuho, abattu, dévorait des yeux les derniers instants de celle qui avait guerroyé aux côtés de son père, et qui lui confiait son fils.

- Moi, je m'interposerai !

Le cri de Pégase avait retenti dans la crique, fendant dans le même mouvement l'air figé de fin d'après-midi et les pensées statiques de ses compagnons. Une colère intense, pure, dévorante, avait incendié son être, diffusant dans ses veines l'énergie du désespoir. Son cosmos s'était soudainement embrasé, inondant le sol pavé d'une lumière immaculée, aveuglante, glacée mais pourtant teintée de la chaleur des emportements. Centimètre par centimètre, le jeune homme parvenait à se relever, se dressant sur ses jambes tremblantes non plus de fatigue mais de rage. Ses sourcils froncés sur des yeux assassins soulignaient la dureté nouvelle de ses traits, tendus par la concentration.

- Tu ne mérites même pas de poser la main sur elle, siffla-t-il entre ses mâchoires crispée. Elle nous a sauvés, et je ne la laisserai pas se faire tuer sans réagir !

Sa cosmo énergie explosa soudain, fouettant le visage de Céphée, qui recula d'un pas et esquissa sa garde, terrorisé par le courroux de Pégase. Avant même qu'il n'ait le temps de s'enfuir, le Chevalier de lumière déversa sur lui tout son ressentiment en un torrent d'énergie pure guidée par ses poings par-delà la vitesse du son. Dans son emportement, plusieurs coups manquaient leur cible, mais la majorité martelait l'Armure d'Argent avec une violence inouïe. Celle-ci résista un temps, mais la première fissure frappa le torse de Céphée avant de s'étendre en une constellation de crevasses. Les chocs répétés eurent bientôt raison de sa résistance, et transpercèrent le corps de Sirrah qui s'écroula pour ne plus jamais se relever.

Koga haletait : il avait reproduit à la perfection les célèbres météores de Seiya de Pégase.

Lorsque le jeune guerrier se retourna, quelques peu apaisé après son brutal emportement, ses amis se trouvaient déjà au chevet de Nathalie. Il s'y précipita, avant de se figer, révulsé par le spectacle.

La silhouette de la jeune femme était nettement dessinée par une vive luminescence d'obscurité, transperçant sans peine ses vêtements opaques, découvrant sans voile la moindre courbe de la vétérante. Koga suivait avec effroi l'étendue de la blessure de Mars qu'il n'avait pu que deviner quelques heures plutôt. De sa jambe droite ni de son bassin ne restait pas une parcelle de peau, et seules quelques lanières encore saines ceignaient son ventre, sa poitrine et son dos. Sur l'épiderme luisant de ténèbres, d'immenses nébuleuses et galaxies dérivaient lentement. Si l'ensemble de la plaie se consumait d'une froide et éclatante lumière, Nathalie gémissait de douleur, comme dévorée de brulures insoutenables. Soma, surmontant son dégout, avança la main, et effleura son épaule, mais la jeune femme se déroba aussitôt avec un geignement déchirant. Le rouquin retira vivement ses doigts, avant de les saisir à pleine main, frissonnant : la meurtrissure était si glacée qu'il avait senti sa propre chaleur se faire aspirer comme par un trou noir. Yuna, pâle comme la mort, le repoussa, et lui désigna sans mot dire l'épaule droite ainsi que la cuisse gauche de la blessée : la tâche de Mars y gagnait sensiblement du terrain, léchant les membres encore sains d'audacieuse flammèches progressant à vue d'œil.

Les Chevaliers de Bronzes échangèrent silencieusement un regard atterré : Nathalie payait le prix de leurs vies. Sans un mot, Ryuho souleva avec respect la chaîne d'Andromède, trop faible pour sinuer jusqu'à sa protégée, et la porta doucement au cou de la jeune femme. L'Armure changea aussitôt d'apparence et se lova avec soulagement contre la peau brulante, recouvrant sa forme de collier. Chacun fixa son attention sur le visage convulsivé de la Capitaine qui les avait accueillis, perdu dans le tissu bariolé de son foulard, et attendirent la fin sans oser rompre le silence.

Aria attendait debout derrière eux. Elle fixait avec horreur sa bienfaitrice de ses grands yeux éternellement étonnés mouillés de larmes. Prenant une grande inspiration, elle bouscula ses amis, s'agenouillant près de la vétérante. Elle la prit précautionneusement dans ses bras, prenant garde de ne pas effleurer ses stigmates croissants, et, fermant les yeux, s'ouvrit à l'immensité de sa cosmoénergie. Un univers de chaleureuse lumière s'étendit en dedans et autour d'elle, s'étendant jusqu'aux galaxies proches, où elle flottait sans peine. Elle y entrainait Nathalie lorsqu'une main, la secouant par l'épaule, la tira de ses pensées.

- Qu'est-ce que tu fais, Aria ? lui demanda Yuna, alarmée.

- Je ne veux pas qu'elle meure, murmura Aria, décidée.

- Arrête, c'est dangereux ! Tu n'y peux rien, enchaîna Ryuho.

- Nathalie m'a dit que si je voulais assez fort, mon cosmos pouvait ; et je ne veux pas qu'elle meure, répéta-t-elle obstinément à voix basse.

Yuna laissa retomber son bras, impuissante, contemplant sa jeune protégée libérer le flux d'énergie presque infini dont elle était le réservoir. Une douce sensation de sécurité l'envahit au fur et à mesure qu'Aria étalait sur la crique son cosmos lumineux. La jeune blonde ferma les yeux, savourant la caresse de ce flot calme et pacifique coulant à travers son corps meurtri. Le cosmos de leur jeune amie était sidérant, dépassait même au repos la puissance agressive des Chevaliers d'Or. C'était cette précieuse ressource que Mars exploitait comme carburant de ses coups d'éclats. C'était ce combustible qui lui avait permis de détruire successivement la Palestre et l'Ancien Sanctuaire afin d'ériger sa tour de Babel, repère de son état-major. Pourtant, la nature douce et bienveillante de cette énergie semblait incompatible avec de tels méfaits.

Les murmures d'étonnement et d'admiration de ses compagnons tirèrent le Chevalier de l'Aigle de ses considérations, et elle se pencha sur le corps brisé de Nathalie. Elle ne put retenir un cri en constatant d'elle-même que la progression de la plaie ralentissait sensiblement avant de finir par s'arrêter après avoir complétement dévoré l'épaule et la cuisse de la vétérante. Les dernières langues de ténèbres léchaient pourtant son bras et son genou, sans pour autant gagner du terrain. La litanie de gémissement de la jeune femme cessa en un murmure informe tandis qu'Aria rouvrait les yeux, chancelante. Koga se précipita pour la retenir avant qu'elle ne s'écroule : ce miracle avait manifestement épuisé ses forces. Cependant, elle souriait timidement, satisfaite d'avoir pu se rendre utile.

Si son ami veillait sur l'état d'Aria, Soma dévisageait anxieusement Nathalie, suivant avec angoisse chacune de ses mimiques. La douleur semblait refluer, et la jeune femme souleva difficilement les paupières. Elle regarda Ryuho sans le voir, penché également à son chevet, avant de reprendre tout à fait conscience. Soudain alarmée, elle promena son regard aux alentours, et, rassurée de constater que la compagnie était complète, elle se rasséna.

- Comment vous sentez-vous ? lui demanda Soma, une nouvelle teinte de respect nuançant sa voix.

Nathalie porta sur lui ses prunelles délavées par l'épuisement, et esquissa un sourire dans l'écrin de son foulard sans répondre. Ryuho se rembrunit aussitôt : elle était abattue de fatigue et de douleur. Malgré l'intervention miraculeuse d'Aria, le Chevalier du Dauphin n'était pas encore tiré d'affaire, et le jeune homme savait que son corps pouvait décompenser à tout moment comme c'était déjà arrivé par le passé. D'un geste, il fit part de ses pensées à Soma, qui comprit instinctivement. Le rouquin, profitant de son imposante stature, passa délicatement un bras sous l'épaule valide de Nathalie, et l'aida à se relever. Il portait presque l'intégralité de son poids, la jeune femme effleurant à peine le sol du pied droit en grimaçant, claudicant sur sa jambe gauche. Malgré ses efforts, le masque de son assurance s'effritait, révélant sa carcasse brisée de victime de la guerre.

Le jeune homme la guidait avec des précautions infinies de peur d'accentuer le feu glacé dévorant les entrailles, et parvint après de longues minutes d'effort à l'assoir sur le divan qui lui servait de couche improvisée. Soupirant de fatigue, la jeune femme resta un instant immobile, tentant de calmer la souffrance qui embrasait son corps. Soma restait planté devant la blessée, le cœur serré : peu lui important l'appel impérieux de ses muscles noués de fatigue et la morsure de ses blessures. Rassemblant son énergie, Nathalie tendit la main vers une boite qu'elle avait préparée sur la table basse, mais ses forces lui firent défaut lorsque la souffrance l'aiguillonna, et elle se recroquevilla autour de la marque de Mars qui la dévorait.

Ryuho se saisit du contenant de fer blanc et l'ouvrit. Un simple regard confirma ses prémonitions : il reconnut sans mal le matériel nécessaire à l'injection de morphine. Saisissant une seringue que la jeune femme avait manifestement préparée en avance, il lui tendit en silence. D'abord gênés, le malaise de Koga et Soma se dissipa rapidement en constatant par eux-même l'immense soulagement se peignant sur les traits de leur protectrice, quelques instants après s'être administré le produit. Les convulsions de son visage s'espacèrent, et la douleur sembla refluer quelque peu derrière la limite du supportable. Lorsque la jeune femme rouvrit les yeux, leur éclat fébrile s'était atténué, laissant place à sa détermination.

Le médecin blessé fixa son attention sur l'ensemble de cette compagnie de fortune rassemblée autour d'elle, traquant de son regard aiguisé les blessures de ses alliés. Sous le poids de cette inspection, Aria s'ébroua malgré sa fatigue, se remémorant les indications de leur hôte, et, prenant Yuna par la main, l'amena près des sacs de voyage, lui répétant les instructions qu'elle avait mémorisées.

Rassurée de ne débusquer aucune plaie majeure, Nathalie leur désigna un monticule de médicaments entassés en bout de table. Ryuho reconnut sans mal des antidouleurs, et se mit en devoir de les distribuer à ses compagnons, qui retiraient enfin leurs Armures maculées de poussière. Profitant de ce bref répit, la blessée commença ses propres premiers soins avec une lenteur inquiétante. Cependant, malgré ses mains tremblantes de fatigue, la force de l'habitude donnait à ses gestes l'assurance nécessaire pour poser une voie veineuse sur son pied encore valide, qu'elle relia rapidement à l'une des perfusions qu'elle avait préparée. Ryuho la surveillait du coin de l'œil, déchiré par l'organisation et le pragmatisme avec lesquels Nathalie se préparait à affronter sa décompensation qu'elle sentait proche.

Soma aussi la détaillait, médusé de lui trouver encore tant d'assurance et de résolution après un tel combat et de telles souffrances. Pourtant, toute la fragilité de la vétérante s'exposait en cet instant, dans le moindre de ses mouvements, dans la moindre de ses mimiques : elle semblant vieillie, frêle, bien plus inoffensive qu'elle ne lui avait paru la veille encore. Cependant, Soma déchiffrait enfin sa véritable valeur malgré son immense faiblesse.

Nathalie s'était enfin étendue lorsque Yuna s'approcha de ses amis d'un air grave.

- Il faut qu'on parte maintenant si on veut avoir une chance de prendre le bus.

- Mais on devait partir plus tard, normalement, s'étonna Koga en jetant un regard à l'heure.

- Normalement, on devait aller au point de rendez-vous en voiture, répondit l'autre en baissant la voix.

Leurs regards se tournèrent vers le corps épuisé pelotonné dans une couverture.

- Il vaudrait peut-être mieux partir demain en prenant le prochain départ, objecta Soma.

La jeune blonde secoua tristement la tête.

- Plus on reste ici, plus on risque de recevoir de la visite. Pour sa sécurité, il faut qu'on s'éloigne. Nathalie nous a donné une adresse où passer la nuit si on n'arrive pas à temps.

- En suivant notre piste, ils tomberont sur cette maison de toute façon, répliqua le rouquin. Les explosions de cosmos n'ont pas dû passer inaperçues.

- On ne peut pas rester indéfiniment, Soma, répondit l'autre à contre cœur. On doit protéger Aria.

- On peut peut-être se séparer, laisser l'un d'entre nous ici pour s'occuper de Nathalie, proposa Koga.

Le silence s'abattit sur la compagnie. Chacun savait pertinemment que diviser leurs forces était de loin la plus mauvaise idée, mais aucun n'avait le courage de s'y opposer et d'abandonner leur protectrice. Un léger claquement de langue les tira de leurs pensées, et ils se retournèrent d'un seul bloc vers Nathalie, qui les regardait. Ryuho s'approcha aussitôt, inquiet. La jeune femme tendit faiblement le bras en direction de son plan de travail.

- Tu veux qu'on appelle les Dauphins ?

Elle secoua la tête, irritée, et fit le signe de porter un téléphone à l'oreille. En effet, sur le bureau trônait un cellulaire, que Yuna apporta aussitôt. Nathalie s'en saisit, et, ouvrant les messages, tapa rapidement un texte succinct qu'elle envoya de suite. Quelques instants plus tard, elle recevait sa réponse, qu'elle lut en souriant avant de tendre le téléphone au jeune Dragon. Un éclair de joie illumina son visage, et il se retourna avec entrain vers ses compagnons, qui s'approchèrent curieusement du chevet de la jeune femme.

- Nathalie a demandé à Hyoga de venir ! Il prend le premier avion.

- Hyoga du Cygne ? s'exclama Soma.

Ryuho acquiescça.

- Depuis que Shun part seul en Afrique, Hyoga s'est engagé à venir ici en catastrophe si Nathalie venait à décompenser.

- D'où est ce qu'il vient ? s'enquit Koga.

- De quelque part en Russie. Avec le temps de voyage, il devrait être là demain.

- Le problème est réglé, alors, s'écria Soma. Vous n'avez qu'à partir devant, je reste ici jusqu'à demain, et je prends le bus suivant. On se retrouve à l'arrivée.

- Je ne sais pas si c'est une bonne idée, murmura Yuna, hésitante.

Elle déglutit difficilement. Bien que cela lui déchire le cœur, son esprit pratique lui hurlait que leur nombre était leur force, et que se séparer du moindre de ses compagnons était un risque inconsidéré. Que faire si un Chevalier d'Argent aussi fort que le Centaure leur barrait la route ? Il leur fallait avant tout protéger Aria, la seule à même de détruire de son puissant cosmos les bases stratégiques de leur ennemi.

- C'est hors que question que je parte en laissant Nathalie à la merci du moindre Chevalier de Bronze, décréta Soma.

Alors, Nathalie se redressa brusquement, et agrippa de sa main sèche le bras du Petit Lion, qui cria de surprise. Il se retourna vers cet être si frêle un instant auparavant, et le découvrit dur, flamboyant, orgueilleux, débordant de vitalité. Ses prunelles lui jetaient un tel éclair que même sans parole, son message passait clairement : il lui restait encore assez de force pour le tuer s'il s'écartait de son devoir. Soma, sidéré, acquiesça sans mot dire devant le brutal embrasement de volonté du Chevalier, et celle-ci doucha aussitôt le feu de son regard. La flamme de son opiniâtreté redevint braise, éclairant faiblement de l'intérieur son corps brisé, et elle se laissa retomber sur sa couche.

Le sort en était jeté.

Avec un dernier regard pour celle qui avait été leur Capitaine, la compagnie ferma la porte derrière elle, sacs au dos, et se mis en route sans se retourner sur les tombes des Chevaliers d'Argent. Le silence était pesant, et ne fut rompu qu'en arrivant dans la cité voisine. Cette chape de plomb plafonnait les pensées des jeunes compagnons, ruminant les évènements des derniers jours, les gravant à jamais dans leur mémoire. Chacun n'osait s'avouer que ce qui avait été l'ultime combat du Dauphin serait peut-être ses derniers instants.

Dans le bus qui les menait vers leur prochaine destination, Ryuho se retourna vers ses amis, assis par paires derrière lui.

- Il ne faut pas sous-estimer Nathalie, je pense, chuchota-t-il en souriant. Quand j'y repense, c'est presque une promenade de santé à côté de ce qu'elle a déjà accompli.

- Tu m'étonnes, s'écria Soma sur le même ton, heureux de pouvoir tirer ses camarades de leur humeur morose. Une Guerre contre Poséidon, une Guerre Sainte, et ce n'est même pas sa première Guerre Civile !

Le jeune Dragon acquiesça avec entrain. Malgré l'inquiétude qui le dévorait quant au sort de Nathalie et de son fils, il ne servait à rien de se morfondre. Mieux valait conserver précieusement les bons souvenirs, les conseils et la bienveillance de leur aînée. Yuna hocha la tête, serrant précieusement leur téléphone dans sa poche : lorsque les temps seraient plus sûrs, ils reviendraient. Aria, très sensible aux variations d'humeur de ses protecteurs, se redressa de l'épaule de Koga où elle somnolait, et sourit timidement.

ஐஐஐஐஐ

Merci d'avoir lu, et il faudrait... Attendez, ne partez pas ! Le chapitre final arrive la semaine prochaine !