- WITHOUT YOUR PRESENCE -

Il se lève de son lit, glissant ses pieds hors de la couette chaude et confortable et les déposant contre le tapis aussi doux qu'agréable au pied de son lit. La pénombre de la pièce empêche quiconque de remarquer ses cheveux en bataille, son visage fatigué, ses quelques cernes et cette mine dépourvue de sourire, habillée de lassitude et de sommeil. Un coup d'oeil vers le réveil après avoir éteint celui-ci lui indique qu'il est sept heures du matin. Une nouvelle journée commence, une journée qui ressemblera assurément à celle de la veille. Un modèle qui se répète, une routine qui s'était installé.

Faisant le tour du lit pour rejoindre la sortie de la pièce, il ne fait même pas attention à la silhouette encore endormit et avec laquelle il partage chacune de ses nuits, préférant penser à son chocolat chaud qui attendait patiemment d'être préparé. Depuis quand s'était il enfermé ainsi dans cette cage donnant l'illusion d'être confortable ? Celle dans laquelle on retrouve le mot routine gravé un peu partout, mot caché par l'enthousiasme et les lueurs d'espoirs un peu trop lumineuses. Un piège, ce n'était rien de plus qu'un piège qui s'était abattu un peu trop vite sur lui, sans même qu'il ait pu réagir. Et alors qu'auparavant il n'aspirait qu'à la paix, au jour calme et remplit d'apaisement, aujourd'hui il en venait à maudire ces souhaits.

Du bruit dans la chambre lui indiqua que l'autre habitant des lieux se réveillait à son tour. Plus lentement, plus paresseusement, non dérangé par le goût fade de la vie, aussi fade que ce café qu'il prépare pour lui, comme tout les matins, parce que la routine l'avait forgé ainsi. Le nez dans sa tasse, il observe l'homme sortir de leur pièce, s'approcher de lui d'un pas lent encore imbibé de sommeil. Il remarque bien vite le sourire attendrit sur son visage alors qu'il l'aperçoit, il remarque ses bras qu'il tend vers lui et comme chaque matin, il se glisse dans son étreinte, glissant un « bonjour » qu'il veut affectueux mais qui perd toutes couleurs au fil du temps qui ne semble vouloir cesser cet ennuie. Un baiser plus tard et il disparaît de sa vue, s'engouffrant dans leur salle de bain et le laissant seul. Soupire, le bruit des aiguilles de l'horloge, le jour qui doucement se lève, les rayons du soleil éclairant peu à peu le résultat de ses maigres efforts.

- Mon coeur ? T'en fais une tête, tout va bien ?

Il n'avait même pas eu conscience d'être resté planté dans la cuisine, sa tasse de chocolat à moitié vide dans la main. Combien de temps … ? Un baiser sur la tempe l'empêche d'y réfléchir plus longtemps alors que l'odeur du frais et du propre lui parvient, indiquant que Seyun est déjà sortit de sa douche, venant lui servir de l'affection, de l'inquiétude et un surnom qui ne lui donne envie que d'une chose … vomir. « Mon coeur ». Il n'en pouvait plus. Mais que pouvait il lui dire ? Il ne faisait rien de mal, il était presque le petit ami parfait. Affectueux, attentif, avec suffisamment de jugeote pour alimenter des discutions plus ou moins intéressante et en plus de ça, il était pas mal du tout. Un peu plus grand que lui, d'une bonne corpulence, brun et un visage agréable, une ossature marquée, un charme indéniable mais il manquait quelque chose. Il n'était pas … Il n'était pas celui qu'il voulait. Quand bien même il avait chercher l'être aimé en lui, il ne pouvait pu continuer à se l'imaginer.

Jimin secoua alors la tête, conscient que laisser planer le silence n'allait pas arranger la situation et n'ayant aucune envie de gérer quelqu'un d'inquiet, trop effrayé à l'idée même de ne pas pouvoir tenir sa langue et de tout dévoiler.

- Oui oui, ne t'en fais pas. Je suis juste encore un peu … endormit.

- Hm. Si tu le dit. Merci pour le café, t'es un amour.

Seyun prend sa tasse, l'embrassant de nouveau mais déposant cette fois-ci ses lèvres sur les siennes, un baiser des plus légers avant de s'éloigner pour s'asseoir à la table de leur cuisine. Il l'observe, ne réagissant même pas à cet échange qui l'emballait pourtant auparavant, juste ennuyé et dégoutté par tout cet amour qui se dégage de lui et qu'il ne parvient plus à prendre et encore moins à donner avec autant d'intensité. Posant sa tasse vidée de tout chocolat chaud dans l'évier, il s'éloigne, allant dans la salle de bain après avoir prit quelques affaires. Et alors qu'il se glisse sous le jet d'eau chaude, tournant le robinet pour la rendre bouillante, la buée s'installant sur le miroir et recouvrant doucement la petite fenêtre de la pièce, il se demande depuis combien temps il n'arrive plus à se satisfaire de cette illusion qu'il s'est crée lui-même. Depuis quand il n'arrivait plus à voir en Seyun l'espoir d'une nouvelle vie mais juste un ultime substitut, celui de trop. Un homme à qui il a cru donné de l'importance, un homme qu'il ne mérite pas. Jusqu'à quand cette supercherie allait continuer … Jusqu'à quand allait il continuer à mentir ? Mentir à cet homme adorable qui partage sa vie, se mentir à lui même.

Il resta un peu trop longtemps sous l'eau brûlante, sa peau devenant rouge sous la chaleur et sensible au moindre frottement. Il se sèche rapidement et ne jette qu'un bref coup d'oeil au miroir pour vérifier l'état de ses cheveux, mèches qu'il rabat vers l'arrière de manière négligée.

- J'y vais. À ce soir.

Le tintement des clés qu'il glisse dans la poche de son manteau est la seule chose qu'il entend alors même qu'il quitte leur appartement sans laisser le temps à son compagnon de lui dire quoi que ce soit. Huit heures, les rues de Busan se remplissent de personnes partant au travail, tous plus pressés les uns que les autres de rejoindre un lieu sans âme où ils passeront leur journée avant de retourner chez eux, de dîner avec leur famille ou bien seul, patientant jusqu'au lendemain qui ressemblera à aujourd'hui. Il soupire de nouveau, glissant ses mains dans les poches de son manteau sombre, l'automne ayant finit de rafraîchir l'air et de dégager la moindre once de chaleur que l'été avait apporté. Réajustant son sac, il se met en marche, se dirigeant vers son propre lieu de travail, une petite école de danse de quartier.

- Monsieur Park ! J'ai eu peur de vous louper. L'un de vos cours est annulé, on l'a remplacé pour aujourd'hui et demain par une intervention d'un danseur de ballet, vous imaginez ? Celui en vogue du moment, je ne sais plus trop son nom mais il est tellement doué ! Une véritable perle.

Tiens donc. À peine était il arrivé que c'était le désordre. Des cours annulés pour une raison plutôt obscur, tout du moins, qu'il voulait garder obscur, refusant toujours de côtoyer ceux qui avait put réussir là où lui avait échoué, amer et mélancolique.

Et la journée passa ainsi, un peu lente, sans grande surprise, quand bien même les petits peuplant le cours junior étant adorables et énergiques, il n'arrivait plus vraiment à voir le bon dans ce qu'il faisait. Lui qui avait toujours été amoureux de la danse, vivant pour elle, vivant pour cette passion qui avait fait maintes fois vibrer son corps, le voilà bien loin de ses rêves d'avant, bien loin de cette amour débordant qu'il dédiait à ce talent à qui il avait tourné le dos il y a de cela quelques années.

Le soir bien avancé, la nuit tombée depuis presque une heure à présent, il erre dans les rues alors que l'envie de rentrer chez lui n'est pas présente dans son esprit. Pourtant il ne sait pas quoi faire, il est juste là, à marcher dans l'une des nombreuses allées de Busan, et alors que son esprit est ailleurs, son corps le mène quelque part, un chemin qu'il emprunte souvent depuis qu'il a trouvé au bout de celui-ci quelque chose d'interdit et de précieux. Et alors, devant ses yeux, à quelques mètres de là où il s'arrête, une devanture encore allumée mais aux portes fermées lui renvoi le nom d'une petites boutiques de fournitures d'arts dans laquelle s'affaire encore une personne. Un homme qu'il connaît bien, ou tout du moins qu'il connaissait bien. Un homme qu'il préférait à présent observer de loin alors qu'auparavant il pouvait le voir de si près, de trop près. Un homme vers qui son coeur se tend mais que son esprit fuit.

La sonnerie de son téléphone portable le fait sursauter alors qu'il était plongé dans la contemplation de son passé. Il soupire, lâche un juron, glissant la main dans la poche de son jogging pour prendre l'objet soudain de sa haine. Et le nom s'affichant sur l'écran ne le réjouis pas autant qu'il le devrait, décrochant cependant.

- Seyun ?

- Mon coeur ! J'ai flippé, qu'est ce que tu fais ? Je pensais que tu rentrais plus tôt le vendredi.

- Oh, rien de spécial, quelques questions à la fin d'un cours.
- … Et ça t'as pris deux heures.

- C'est bon, j'arrive, je suis sur le chemin.

- Attends Ji-

Il ne lui laisse pas plus de temps, raccrochant avant même qu'il ait finit de parler. Jimin savait que son attitude allait lui attirer des ennuies, il agissait ainsi depuis quelques semaines, voir quelques mois maintenant et il sentait que son petit ami commençait à saturer de ses secrets, de son éloignement et commençait à douter de sa sincérité ainsi que de sa fidélité. Mais que pouvait il faire alors que ce havre de paix qu'ils avaient construit à deux était à présent ce qu'il redoutait le plus en sortant de son travail ? Que pouvait il faire lorsque Seyun, bienveillant et amoureux, voulait montrer ses sentiments de la plus agréable des manières mais que même en faisant des efforts, il ne parvenait plus à mentir ?

Rien. Rien à part cesser tout ça. Toute cette histoire. Cette supercherie. Mais il était toujours là, à se plaindre silencieusement sans rien faire, comme toutes ces personnes qu'il trouvait insupportable étant plus jeune. Et il était devenue l'une d'elle, sans volonté, sans ambition, une foutue épave qui erre sans trouver de quoi se ressourcer, se laissant submerger par l'ennui et le manque de vie.

Alors oui, il restait avec lui, celui qui trouvait encore la force de le supporter dans le maigre espoir qu'un jour, une petite flamme apparaisse. Comme celle qui, il y a des années, est venu ravager sa vie de bonheur puis de douleur.

Ce soir là, il rentre avec une humeur maussade, tentant pourtant de faire naître un sourire naturel sur ses lèvres alors qu'il pénètre dans l'appartement dont l'atmosphère est plus lourde qu'à l'accoutumé. Pourtant, Jimin ne se démonte pas et rejoints l'homme qui partage sa vie dans l'espoir vain de ressentir de nouveau ces petits papillons qui étaient venus chatouiller son ventre au début de leur relation. Marcher l'avait fait réfléchir, cet appel, l'accusation et le doute perceptible dans la voix de Seyun de l'autre côté de son téléphone l'avait poussé à penser à leur relation, à ce qu'elle avait été, à ce qu'elle devenait, à ce qu'il voulait.

Son compagnon, allongé sur le canapé devant la télévision qu'il ne regarde qu'à moitié ne relève pas la tête lorsqu'il l'entend s'approcher. Il semble fermé, comme vexé ce qui était plus que compréhensible. Il laisse son sac au bout du canapé, défait son manteau qu'il laisse sur le dossier du petit fauteuil attenant au sofa et s'approche, s'accroupissant devant l'homme allongé, devant son visage mécontent, aux traits virils et tirés par une mauvaise humeur certaine.

- … Je suis désolé. J'aurais dû te prévenir.

- C'est pas le sujet Jimin.

Il soupira alors qu'à peine avait il fait un effort qu'il se sentait déjà découragé, comme s'il n'avait ni la force ni l'envie de se battre pour améliorer leur situation. Et pourtant il devait le faire, il ne pouvait plus continuer ainsi. Ce n'était pas la vie qu'il voulait, il ne voulait pas d'un quotidien morose où il pleurera chaque jour pour ses regrets et ses erreurs.

- Je sais. Je sais …

- On peut pas continuer ainsi, ça aussi tu le sais ?

Le ton n'était pas agressif mais légèrement mordant alors que son homme se redresse pour s'asseoir, Jimin en profitant alors pour s'asseoir à ses côtés. Bien sûr qu'il le savait, bien sûr qu'il ne pouvait pas continuer ainsi et c'est pour cela qu'il venait s'excuser, qu'il venait lui parler, qu'il tentait une dernière fois d'arranger les choses.

- Seyun, je … je suis conscient que ces derniers temps je n'ai pas été particulièrement … agréable.
- Penses-tu.

- Hé, j'essaie de t'expliquer.

Ce qu'il pouvait être têtu lorsqu'il s'y mettait. C'était d'ailleurs l'une des choses qu'il avait tout de suite apprécié chez lui, ce caractère au premier abords un peu dur, brusque et surtout cette allure indomptable qu'il s'était donné. Et pourtant il s'était avéré être quelqu'un de beaucoup plus doux et d'attentionné et quand bien même ça l'avait charmé, il n'arrivait plus à s'en satisfaire. Parce que ce qu'il cherchait était ailleurs, ce qu'il voulait il l'avait déjà trouvé il y a des années mais …

Glissant sa main dans l'une des siennes, il entrelaça leurs doigts en espérant qu'il ne le rejettera pas.

- Je remet en doute plusieurs choses et … ce n'est pas forcément agréable.

- Dont nous ?

- Arrête de me couper.

- Excuse moi mais j'ai le droit il me semble ! Tu passes ton temps à faire la gueule, à me raccrocher au nez. T'es hyper distant et froid et je sais même pas pourquoi. Si j'ai fais quelque chose tu pourrais me le dire, me semble pas que je sois horrible au point de t'effrayer.

Le ton montait, doucement mais sûrement alors que l'énervement de Seyun n'était pas feint, loin de là. Jimin semblait avoir usé la moindre miette de patience qu'il pouvait encore avoir en lui et à présent il explosait. Mais … mais que pouvait il lui dire au juste ? Qu'il n'avait rien fait de mal mais que le problème venait de lui ? Cliché mais c'était la vérité. Pourtant il ne se sentait pas de lui expliquer les véritables raisons de son comportement, sinon tout allait s'arrêter et il n'allait pas le supporter. Il ne pouvait pas rester seul, ils étaient bien, tous les deux, la vie était plus ou moins confortable sans aucun réel soucis à l'horizon.

- Tu n'as rien fais de mal. Tu es … parfait. Et j'essaie juste d'être un peu mieux de mon côté ? Je me suis laissé envahir par les problèmes que mon boulot apporte, ça ne se passe pas très très bien en ce moment et je t'avoue que je n'ai pas trop su gérer mes humeurs. Je suis vraiment désolé. Crois moi.

Jimin cherche son regard du sien, plongeant alors ses yeux sombres dans ceux de son compagnon, cherchant à le convaincre de sa bonne fois. Un silence les entoure doucement alors que l'autre finit par détourner le regard, ne supportant visiblement plus ce contact visuel, ne supportant que peu le visage attristé et désolé du danseur. Il avait toujours été faible face à lui et … quand bien même son attitude avait été plus que désagréable, l'entendre s'excuser ainsi le faisait fondre. Il se laissa alors aller à un sourire doux, passant une main sur son visage et serrant sa main dans la sienne avec tendresse.

- Tu veux bien me laisser une dernière chance ?

- … Je suppose oui.

Un large sourire prend place sur le visage du professeur de danse quand bien même ses yeux restent éteints, pris d'une joie qui malheureusement n'est pas bien vraie. Il semblait être devenu plutôt doué dans le mensonge, faire croire à l'autre qu'il pouvait changer, faire des efforts, avec un sourire, des bonnes paroles et des excuses, et pourtant, ce n'était pas à Seyun qu'il dédiait son plus gros mensonge. Bien loin de là. Celui à qui il mentait le plus, chaque jour passant était lui même. Et ça, depuis cinq ans maintenant. Mais qu'importe, tant que ça lui permettait de rétablir son illusion et de vivre un peu mieux. Tant que ça lui permettait de continuer à avancer, quand bien même le chemin qu'il emprunte soit un peu trop sombre, quand bien même ses pas l'éloigne de la réalité, il préfère s'enfoncer dans un futur incertain que reculer et rester bloquer.

Doucement, il rapproche son visage du sien, son front venant se poser contre sa tempe. L'hésitation présente au plus profond de son esprit, les questions toujours présentes mais auxquelles il reste sourd, préfère s'aveugler d'une assurance futile que de voir en face cette réalité qui l'effraie.

Alors, sa main quitte celle de son petit ami, se glissant sur la cuisse proche de de ses doigts faussement curieux, menant ses lèvres vers les siennes pour y déposer un baiser doux et chaste, comme pour sceller leur réconciliation.

Allait il faire suffisamment d'efforts ? Peut être. Il n'était même pas sûr d'en être capable, seul l'avenir le lui dira. Alors en attendant, il donne un peu de sa personne, s'occupant de cajoler le coeur de l'homme avec lequel il vit, s'occupant avec lenteur et sans réelle passion de ce corps accueillant, se plongeant dans un plaisir qui n'est pourtant pas complet, s'embourbant un peu plus dans cette utopie factice.


Ce qui ne devait être qu'un O.S. à la base se rallonge de plus en plus, si bien que derrière les deux premiers chapitres un contexte s'est imposé dans mon esprit et peu à peu j'écris.

Je ne promet pas de publication rapide, ni même une histoire qui sort des sentiers battus. J'ai juste voulu raconter quelque chose où la joie n'est pas forcément présente mais qui je l'espère plaira.

A bientôt pour la suite, si le coeur vous en dit