- WITHOUT YOUR SMILE -
« Je n'ai jamais été doué pour rendre quelqu'un heureux, mais avec toi j'ai l'impression d'être capable de tout. Putain, c'est génial ! »
Un mince sourire étire ses lèvres alors qu'il déposait sur une étagère en métal quelques cahiers de feuilles blanches et épaisses, destinés à être utiliser pour divers dessins et œuvres amateurs ou professionnelles. Du coin de l'oeil il aperçoit un duo attendrissant, déclencheur de son expression bien douce, couple capable de faire vomir des coeurs à n'importe qui croisant leur route. C'était le jeune homme qui s'était exclamé, se foutant apparemment que quiconque entende leur conversation alors que la jeune fille elle, rougissait à n'en plus pouvoir, lui faisant signe de se taire tout en déposant ses mains fines contre cette bouche au sourire heureux et pourtant rempli de l'arrogance sauvage de la jeunesse. Ils étaient peut être au lycée, ou alors au début de leur années universitaires, ils avaient le temps de voir venir, il étaient remplit d'espoir mais aussi d'ignorance et les voir ainsi le ramener quelques années dans le passé. Ils le ramenèrent à l'époque où lui aussi était plein d'espérance, de projet et d'amour. Où il pensait pouvoir tout faire, à cet époque ou tout semblait lui tendre les bras.
- Parfait.
Sa voix n'est qu'un murmure qui ne parvient pas à briser la quiétude des lieux à peine perturbée par la musique donc qui évolue dans le petit commerce. Tout était parfaitement rangé, mis en rayon, propre et prêt pour attaquer ce samedi après midi avec aplomb. Même lui. Abordant son sourire calme, sa mine engageante et un savoir à tout épreuve, connaissant son magasin sur le bout des doigts ainsi que chaque rayon, faisant de lui un vendeur capable de conseiller n'importe qui et un patron accomplit. Cela faisant maintenant trois bonnes années qu'il avait ouvert sa boutique d'art qui ne payait pas de mine mais dont il restait fier, les étudiants prenant plaisir à venir ici pour se réapprovisionner et demander quelques conseils. Ici et là il avait exposé quelques uns de ses tableaux, rien de bien extraordinaire, trois petites toiles de couleurs claires et pimpantes représentant une silhouette mystérieuse et gracieuse, une silhouette masculine et facilement reconnaissable pour lui, seul souvenir de ces instants passés. Il les avait peinte il y a plusieurs années maintenant, peu après la naissance de son plus grand chagrin et d'une obsession qui n'avait cessé de grandir durant des mois, jusqu'à lui pourrir la vie. Il y eu un moment où rien que d'observer ces toiles aussi belle qu'étrange lui faisait mal, douleur de cette absence forcée et quand bien même les peindre semblait l'avoir aidé à passer au dessus rien qu'un peu, il ne pouvait pas les observer sans souffrir. À présent, son regard glissait dessus sans vraiment s'y attarder, préférant n'y porter que peu d'importance, les exposant dans un lieux impersonnels et aux jugements faibles comme une thérapie, dans l'espoir qu'elles l'aident à y voir plus claires, chaque jours un peu plus.
- Et bien je vois que ça ne chôme pas par ici.
Jungkook ne manque pas de sursauter à cette voix masculine qui le surprend alors qu'il s'était plongé en pleine contemplation du décor de son magasin. Il se retourne rapidement, cherchant du regard le client qu'il maudit alors intérieurement pour l'avoir accosté de cette façon, oubliant toute politesse mais lorsqu'il découvre l'identité de la personne, son regard s'adoucit instantanément et son visage s'habille d'un sourire plus heureux et sincère.
- Sérieux, t'es inconscient de me faire flipper comme ça 'Jin. Qu'est ce que tu fou là ?
Voir son ami avait suffit à éclairer quelque peu sa journée et à lui faire oublier un mince instant la mélancolie dans laquelle il s'était plongé bien malgré lui. Le sourire lumineux qui lui fut retourné n'y était pas pour rien dans l'amélioration de son humeur et le plus âgé ne put retenir un élan d'affection, le prenant dans ses bras quelques secondes dans une étreinte virile et réconfortante, finissant par lui ébouriffer doucement les cheveux, attirant les foudres du vendeur.
- J'étais entrain de promener mon gosse et on passait dans les environs, je me suis dis qu'on pouvait bien passer prendre de tes nouvelles.
- Je t'entends Kim Seokjin !
Grogne alors le dit gosse, un peu plus loin, dépassant le mètre quatre vingt, âgé de trente ans, possédant une chevelure sombre aux reflets verdâtres et présentement entrain de se poser des questions quant à l'utilité de ce nombre infini de pinceaux à la fois différents et pourtant si ressemblants. Le vendeur les observa tour à tour avant qu'une lueur moqueuse de prenne place dans son regard sombre. Ces deux là étaient à la fois adorables et insupportables lorsqu'ils se trouvaient dans la même pièce, crevant l'atmosphère de leur amour unique mais aussi de leurs taquineries incessantes. Deux personnalités qui, à l'époque, ne présageaient en rien une si bonne entente et une telle relation. Et pourtant, voilà bien sept ans qu'ils étaient ensemble, sept ans mouvementés mais n'ayant fait que renforcer leurs liens. Et Jungkook avait été un spectateur attentif tout en servant bien souvent de conseiller personnel à son visiteur du jour. Ironie lorsqu'il repense à l'échec cuisant de sa propre relation.
- Qu'est ce que t'as fais pour le mettre d'aussi mauvaise humeur hm ?
- Rien de spécial. Enfin, je me suis peut être endormit un peu vite hier soir alors que c'était l'une de nos rares soirées tranquilles et qu'on ne s'était pas retrouvé depuis quelques jours ...
Le second grognement qu'il entend ne fait que prouver les dires, devinant alors sans grand mal ce qui avait pu rendre l'autre ainsi. Une soirée qui se finit un peu trop vite parce que le plus vieux d'entre eux n'avait su rester éveiller. Traduction, Namjoon n'avait pas eu son dessert tant attendu et c'était donc serré la ceinture, une fois de plus. Cette situation amena un rire chez Jungkook qui ne pouvait s'empêcher de se moquer d'eux, enfin, surtout du grognon qui ne daignait même pas venir le saluer correctement, faisant juste acte de présence. Un client rentra dans la petit boutique, faisant tinter la petit clochette automatique. Il détourna alors son attention de ses deux amis, saluant avec un sourire poli le nouveau venu ou plutôt la nouvelle venue.
- Bon on va pas te monopoliser plus longtemps.
- Vous ne me dérangez pas.
- Peut être mais la jeune femme là bas à l'air d'attendre que tu sois délivré de notre présence.
Il haussa alors simplement les épaules, et après un au revoir simple mais chaleureux, ils quittent son magasin, Namjoon ne manquant pas de lui tapoter l'épaule et de lui souffler un « bon courage » tout sauf encourageant, son visage contrarié inspirant plus la peur qu'un quelconque réconfort. Tapotant dans ses mains pour s'insuffler un peu de motivation, il laisse son rayon propre et rangé pour rejoindre la dite jeune femme qui attendait patiemment devant la caisse, petite chemise en main et l'air tout sauf rassurée. Serait ce enfin une réponse à son annonce ?
L'après midi passe, d'une tranquillité peu surprenante alors même que la semaine arrive à sa fin, son samedi n'ayant pas été très animé, son magasin n'était pas assez connu et bien placé pour attirer du monde. La nuit est déjà tombée, l'hiver sévissant depuis quelques semaines déjà tandis qu'il est l'heure de fermer sa modeste boutique. Et comme chaque jour, il fait le tour du magasin, réarrangeant ce qui avait pu être mis en désordre, nettoyant rapidement le sol et toutes autres taches de dernière minutes pour que son lundi puisse commencer simplement.
De l'extérieur, les passants pouvait voir une vitrine et une porte en verre d'où pendouillait ventousé un panneau de bois indiquant un « fermé » écrit à la peinture blanche. Une musique douce venant perturber les lieux habités de la douce torpeur de cette saison glacée, des paroles fredonnées par le propriétaire de la boutique avant que tout s'éteignent, celui ci attrapant son sac, enfilant son manteau, prêt à partir. Il repensait avec un mince sourire aux lèvres à cette jeune femme venu lui demander un emploi, se disant que l'embaucher pourrait être une bonne idée. Il repensait à cette visite surprise de ses amis, se disant qu'il devrait au moins un jour visiter leur petite maison dans laquelle il refusait obstinément d'aller, trop effrayé de cette mélancolie et de ses regrets qui pourrait l'attaquer à peine il remarquera combien tous deux ont réussi là où lui n'a brillé que par un échec cuisant.
Peu de temps après il arrive chez lui, dans cet appartement un peu trop grand pour une seule personne dans lequel il ne peut s'empêcher de souhaiter un retour impossible alors même qu'il est conscient que cela perturberait la stabilité nouvelle qu'il s'était construit. À peine est il arrivé qu'il allume son ordinateur portable traînant sur la table basse de son salon, brisant le silence angoissant des lieux avec une musique quelconque d'une playlist créée quelques semaines auparavant, et rien que d'entendre les premières notes il se détend. L'absence du moindre bruit était devenu une de ses hantises avec le temps, trop habitués dans le passé à entendre sans cesse la même personne parler encore et encore, au point où il en était venu à bénir les moments de silence, ces nuits où il était le derniers à s'endormir et pouvait profiter du calme des lieux, la pipelette ambulante dormant alors paisiblement à ses côtés.
- En voilà une semaine de travail en plus de terminée …
Souffle-t-il en sortant de la douche, la peau légèrement rougies par les trop longues minutes pendant lesquelles l'eau brûlante n'a cessé d'agresser son épiderme. C'est habillé d'un simple pull de laine et d'un jogging qu'il se dirige vers sa cuisine pour se préparer un dîner simple mais équilibré.
Cette routine qui effrayait nombre de gens était pour lui une torture déguisée en réconfort, s'enfonçant chaque jour dans une monotonie certaine qui semblait pourtant le rassurer, comme s'il avait la sensation qu'ainsi il ne pourrait plus jamais être blessé. Alors chaque jour il répète des gestes qu'il pense réconfortant, respectant certaines heures, ne sortant que peu, ne voyant personne, mangeant les mêmes choses, ainsi, c'était éviter de penser à lui, c'était éviter de le croiser, c'était éviter tout simplement les mauvaises surprises et les déviances. C'était permettre à son esprit de ne pas s'égarer plus que nécessaire, de ne pas se souvenirs de toutes les fois où il se couchait tard à ses côtés, de ne pas penser à toutes ces soirées qu'ils ont passé en compagnie de leurs amis communs. C'était oublier ces petits plats qu'il ne cessait de lui préparer parce qu'il les adorait, oublier ces envies surprenantes, cette vie trépidante rythmée de cris, de joie, de larmes quelques fois, rythmées d'émotions et d'insouciance.
Armée de son assiette fumante, il vient s'asseoir sur son canapé, n'ayant aucune envie de manger seul à la table de cuisine pourtant prévu à cet effet. Après avoir coupé sa musique et allumé la télévision, il va chercher le petit dossier que la jeune femme venu lui rendre visite au magasin lui avait donné dans l'espoir qu'il lui confie un travail. Tout juste sortie de son école d'art, elle cherchait depuis de longs mois un travail lui avait elle expliquer, avec des mimiques timides mais une motivation sans limite dans le regard. Jungkook s'était fait un petit nom dans le milieu et avait son petit cercle de « fan », des personnes qui connaissaient ses œuvres, qui les avait critiqué, aimé et parfois détesté, des personnes qui avait su voir le meilleur de lui dans ses peintures et avait compris son univers. Il n'était certes pas un peintre renommé, ni même un artiste cité dans les cours d'arts plastiques mais il se contentait de ce qu'il avait accomplit. Et la nouvelle venue semblait avoir déjà eu l'occasion d'admirer son travail, sujet sur lequel ils s'étaient attardés une bonne heure avec des avis constructif et finalement, quand bien même elle n'aime pas spécialement ses œuvres, il avait décidé de l'embaucher. Il lui annoncera la nouvelle le lendemain, rejetant le dossier au coin de la table et picorant dans son assiette alors que la soirée avance peu à peu, sans le brouhaha léger de la télévision et une monotonie bien trop présente.
Affalé sur son canapé, les pieds sur sa table basse après avoir débarrassé les restes de son repas, il s'entoure d'un plaid chaud et confortable le regard rivé sur les images qu'il ne suit pas vraiment. Il pense, il s'égare et tourne son visage vers le reste du sofa, sa gorge se serrant en se voyant seul, encore une fois. Aussi seul que la veille, aussi seul que depuis ces cinq dernières années. Et le lendemain soir, de nouveau, il pourra profiter à son aise d'un canapé long et large, d'un canapé qu'il aurait aimé partager avec quelqu'un sans avoir la force d'y remédier, sans avoir le courage de se trouver une personne, se sachant bien incapable de le remplacé comme lui l'avait si bien fait.
Quatrième chapitre qui n'avance pas vraiment l'histoire, juste un petit bout de vie qui met en place le cadre dans lequel ils évoluent. Il me semblait important de le définir un peu.
J'espère que ça vous aura plu quand même, à bientôt
