- WITHOUT ... ANA -
Ce qui est beau dans une vie, c'est finalement les surprises qu'elle nous réserve un peu chaque jour. Ce n'est pas grand-chose, un petit moment de bonheur ou une légère douleur, un événement que l'on attendait pas ou bien voir que tout se passe comme prévu pour une fois. Des rencontres, des amitiés, des sentiments. La vie était faite de bien des choses qui n'était pourtant en rien prédestiné aux yeux de ceux peuplant le monde. Et suivant cette règle, la vie avait prouvé maintes fois à Jungkook que rien n'arrivait comme il le souhaitait et qu'une journée commençant d'une bonne manière ne finissait pas forcément bien. Et … vice-versa.
Le doux bruit d'une perceuse parvient ce matin là à ses oreilles, réveillant sa conscience encore endormit jusqu'alors et ne loupant pas de le faire pester contre ce bruit trop strident pour le mettre de bonne humeur au lever. Un coup d'oeil au réveil lui apprend qu'il est à peine huit heures du matin et qu'une nouvelle fois alors qu'il avait enfin réussi à s'endormir après sa courte nuit faite de crises d'insomnies, il était dérangé et ne pouvait tout simplement pas se reposer en paix.
Énervé d'entendre son voisin faire des travaux de si bonne heure un samedi matin, il se lève avec rage, prêt à aller sonner chez celui-ci pour lui faire comprendre les choses de la vie mais c'était avant que son petit orteil ne rencontre son ami la porte. Et alors, un cri rempli de rage et de douleur envahit l'appartement, couvrant l'espace d'un instant l'horrible bruit l'ayant tiré de son sommeil.
Toute envie de régler son compte à quelqu'un s'évapore sur l'instant, l'artiste s'avançant en sautillant douloureusement vers sa cuisine dans l'espoir de trouver un quelconque réconfort dans son café routinier, café qui lui permet de s'éveiller et qui – normalement – le met un tant soit peu de bonne humeur. Pourtant, son pied se glisse dans une flaque qu'il n'avait pas vu, ses yeux restant mi-clos sous l'agression du soleil d'été qui déjà inondait la pièce de ses rayons, son attention bien trop portée sur la cafetière qu'il avait presque atteinte s'il n'avait pas remarqué la pataugeoire qu'était devenu le sol de sa cuisine durant la nuit.
- … C'est une blague hein ?
Marmonne-t-il alors pour lui même, personne ne pouvant de toute manière lui répondre tandis qu'il ouvre le placard juste sous son évier et voir les dégâts. Il n'était pas doué en plomberie et bien qu'il bricolait un peu, il était persuadé sur l'instant que toucher quoi que ce soit ne ferait qu'aggraver les choses au vu de la poisse qu'il semble se coltiner comme un boulet à peine est il réveillé.
Après avoir nettoyer le carrelage, c'est à dire éponger l'eau, il s'enferme dans sa salle de bain dans l'espoir cette fois-ci – ayant abandonné l'idée du café pour le moment – de pouvoir profiter d'une douche chaude et longue, capable de détendre son corps bien trop crispé.
Un second cri ainsi qu'un fracas se fait entendre dans l'appartement désert de toute autre présence, Jungkook sortant bien vite de sa cabine de douche alors qu'il vient de se faire promptement agresser par une eau glaciale qui ne semble pas vouloir se réchauffer au fil des secondes, puis des minutes qui passent. Il se résout à une simple toilette, son humeur devenant de plus en plus sombre au fur et à mesure que cette journée se dévoile.
En sortant de chez lui un peu plus tard dans la matinée, il s'aperçoit qu'il n'avait pas rêvé les bruits de pluie de cette nuit et qu'effectivement l'orage n'avait pas été le simple fruit de son imagination, les rues trempées dont certaines possèdent des crevasses encore plus inondées que sa cuisine un peu plus tôt. Il se reprend, ou tout du moins il tente de se reprendre, de se détendre en profitant de la fraîcheur de la matinée, ses pas le menant calmement jusqu'à son magasin. Rien ne semblait pouvoir le contrarier un peu plus, rien ne semblait capable de lui donner cette impression de danger mais c'était sans compter sur cette voiture un peu trop rapide, qui se précipite dans cette flaque trop proche de son trottoir. Non. Impossible.
- … Je veux mourir.
Fait il en entrant dans la boutique déjà ouverte par son employée assise tranquillement derrière la caisse, le magasin propre, rangé, parfait pour les yeux et pour les oreilles alors que la musique d'ambiance s'écoule dans la pièce avec douceur. La jeune femme relève la tête de son ordinateur, prête à lancer un bonjour rempli de bonne humeur avant de voir l'état de son patron, le pantalon trempé et la mine presque aussi sombre que ses cheveux. Sans attendre, elle se glisse dans la salle de repos, prépare du café, sort quelques viennoiseries qu'elle était aller chercher juste avant de venir au magasin et dispose le tout sur la petite table entourée de deux chaises.
- Je sens que tu en as besoin.
Finit elle par dire avec un petit sourire, l'invitant à prendre place tandis qu'il attendait, appuyé contre l'encadrement de la porte avant qu'il ne vienne s'asseoir sur l'une des chaises, attrapant la tasse de café qu'elle lui tend en la remerciant, reconnaissant. Qu'avait il bien pu faire pour avoir une employée et amie si attentionnée et parfaite ?
- Jungkook … Je crois que tu as mis ton pull à l'envers.
Ana glousse doucement alors que son sourire se faire plus moqueur et son regard doux face au grognement presque instantané de l'homme qui visiblement est destiné à n'être que mauvaise humeur en ce jour. « 'manquait plus que ça ... » lâche-t-il dans un murmure énervé en se déshabillant sans aucune gêne devant elle pour remettre son vêtement dans le bon sens et l'enfiler de nouveau, la jeune femme ne profitant pas du tout – du tout – de la vision qu'il lui offre l'espace de quelques secondes. Il grignote, boit son café avec lenteur, laissant la jeune femme s'occuper de la boutique le temps que son pantalon sèche pour qu'il redevienne un patron présentable et capable d'un minimum d'amabilité, ce qui lui demandera des efforts plus grands qu'il ne le croit.
Sa journée de travaille commence doucement, les clients n'affluant qu'en début d'après midi. Avant cela, une livraison leur fut amenée et ils s'occupèrent à deux de tout ranger dans la réserve, la jeune femme réussissant à détendre le propriétaire du magasin avec les derniers potins de son quartier, racontant tout et rien dans une humeur enjouée et d'un ton secret, comme si elle lui confiait les solutions des plus grands mystères de l'univers. Et même si Jungkook se fichait bien de savoir que Madame A avait trompé son mari, Monsieur B avec Monsieur C et que cela avait presque déclencher l'apocalypse dans son petit pavillon tranquille, il ne pouvait que sourire devant la passion de son amie, bien trop prise par son récit.
Cette nouvelle bonne humeur est pourtant de courte durée, bien malheureusement, des clients peut être un peu trop embêtant et sans gêne sans parler du manque flagrant de respect se frottent le mauvais jour au gérant peu capable de contenir son énervement. Il bouillonne à l'intérieur, son sourire se crispant au fil des secondes et des demandes improbables, sans parler de leurs critiques non fondées sur sa modeste boutique qui n'avait rien demandée à personne.
« C'est tout ce que vous avez ? Quelle déception »
« Dieu, c'est quoi cette qualité médiocre ? Vous savez, la grande boutique en plein centre-ville possèdent bien plus de modèle de haute marque. »
« Je ne m'attendais pas à …. cela. Vraiment. »
Et ça n'en finissait pas, le couple ayant décidé au préalable de le tuer sur place d'une frustration sans nom alors qu'il n'avait qu'une envie, sur l'instant, les mettre à la porte avec un petit « Aller vous faire foutre » qu'il ne pouvait décidément pas leur dire, imaginant sans mal leur réaction outrée face à son visage dédaigneux et mauvais.
Après leur départ, d'autres arrivent et comme s'ils s'étaient donné le mot, aucun d'eux n'attirent sa sympathie ou une quelconque bonne humeur et c'est en fin d'après midi qu'il craque, s'enfermant dans leur petite salle personnelle et laissant Ana gérer avec son sourire apaisant les derniers emmerdeurs en date.
Affalé sur le canapé qui ne paie pas de mine, son regard sombre fixe un point sur le mur, se perdant dans la contemplation de celui-ci sans vraiment s'en rendre compte, se demandant comment il pourrait réussir à se calmer en ce jour maudit. Sa tête s'appuie contre le dossier, fermant ses yeux noirs pour éviter d'avoir à contempler le plafond décrépit et tenter vainement tout d'abord de penser à quelque chose d'agréable, à quelque chose qui pourrait le détendre, l'apaiser. Un sourire fondant et lumineux lui vient à l'esprit, un sourire fait de dents blanches dont celles de devant se chevauchent légèrement. Un sourire qui accompagne une bouille adorable au regard si fin qu'il disparaît à la moindre expression de joie. Un sourire bien souvent suivit d'un rire chaud et agréable, un rire communicatif qui lui a tant de fois fait bondir son coeur. Quelque chose qu'il n'a pas vu depuis des lustres et qui lui manque terriblement. Sa main se porte à son épaule qu'il masse légèrement au simple souvenir de ses nombreux coups sans force qu'il a pu recevoir alors même que ce rire adorable et enfantin emplissait la pièce.
Jungkook, vaincu, finit par sortir son téléphone portable de la poche de son pantalon, observant un petit moment l'écran noir de celui-ci comme s'il allait lui apporter une réponse, comme si celui-ci allait s'illuminer et lui indiquer la marche à suivre. Quelques minutes plus tard, décidé, il le porte à son oreille et les bip régulier de l'appel en cours augmentent doucement la tension de son corps, son esprit se vidant à peine la voix claire à l'autre bout du fil se fait entendre. Quelques « Allo ? » se font entendre avant qu'une pointe d'énervement ne lui parvienne, l'enlevant à cette léthargie dans laquelle il s'était plongé bien malgré lui, de peur d'avoir faire une erreur, comme toujours.
- C'est moi …
- Je sais. Ton nom s'est affiché sur mon téléphone.
Toute trace de colère semble disparaître du ton de son interlocuteur et s'il avait été en face de lui, assurément il aurait vu ses lèvres s'étirer en un mince sourire amusé. Il ferme les yeux, soupirant de soulagement à l'entente de ce timbre dont il ne parvient pas à se lasser.
- Comment … ?
- Ana.
- Bien entendu.
Quelle petite futée … et quelle fouine. Elle avait bien jouer son coup, à donner son numéro à son ex-petit-ami et venant lui donner le sien comme si c'était la Graal … un Graal qu'il n'avait pas pu refuser et dont il n'avait finalement pas tardé à utiliser. Il allait lui en toucher deux mots et … la remercier, pour tout ce qu'elle faisait pour lui depuis le début même si la plupart du temps, tout était fait avec maladresse. Ah, la jeunesse.
- Sinon, pourquoi tu m'appelles ? Je pensais qu'après notre discussion tu ne voudrai plus jamais que l'on se parle.
- J'aimerai qu'on se voit … aujourd'hui. Si possible.
- Je me trompais apparemment.
Un rire bas et doux lui parvient, un rire dans lequel il décèle sans difficulté une once de gêne qu'il comprend parfaitement, tout aussi embarrassé par la situation compte tenue de leur dernière entrevue plutôt houleuse à la fin de laquelle il l'avait cordialement viré de son magasin.
- Je termine mes cours à seize heures si tu veux.
- Parfait. Je t'offrirai un chocolat chaud.
- C'est gentil. On se dit à tout à l'heure alors ?
- Oui, à tout à l'heure Jimin.
De nouveau un élan de soulagement envahit son esprit, détendant son corps tandis que la conversation se termine sur ses mots, sur le prénom soufflé peut être trop bas pour être entendu par d'autres qu'eux. Il en va de même pour le danseur, qui attends quelques longues secondes avant d'abaisser son téléphone et de le ranger dans son sac, encore bien peu sûr de savoir quoi penser de ce qui vient de se dérouler.
La journée continue, dans la tension pour les deux hommes, le stresse s'amusant d'eux comme si de rien n'était jusqu'à ce que Jungkook reçoivent un message, le lieu n'ayant pas été décidé lors de leur conversation téléphone, tout deux un peu pris de court par la tournure des événements. Il l'avait appelé sans réel espoir et le danseur n'attendait pas non plus cet appel, aucun des deux hommes n'avait finalement imaginé qu'ils se retrouveraient autour d'un café pour l'un, et d'un chocolat chaud pour l'autre, en fin d'après midi, dans l'atmosphère accueillante d'un coffee-shop. Jimin l'avait rejoint à la boutique, encore habillé de ses vêtements de sport souples et confortables, ses cheveux blonds un peu décoiffés encadrant un visage empreint d'une certaine timidité. Jungkook n'était pas mieux, mais son masque fier cachait tant bien que mal cette boule de nerf qu'il était devenu au cours de la journée. Il avait laissé son employée seule, employée qui l'avait de toute manière presque poussée dehors avec le sourire au lèvre, le regard malicieux, peut être un peu trop heureuse de se voir confier la fermeture du magasin.
- Alors, pourquoi cette invitation soudaine ? J'ai vraiment cru la dernière fois que tu ne voulais plus entendre parler de moi.
- C'était le cas.
- Alors pourquoi … ?
Jimin tournait sa cuillère dans son chocolat fumant, inquiet de ce qu'il pourrait attendre, apprendre et ressentir en conséquence. Son coeur subissait des montagnes russes depuis quelques semaines et il n'était pas vraiment convaincu que ce soit une bonne chose. Il n'ose pas le regarder, trop effrayé par ce qu'il pourrait discerner dans ce regard sombre et bien trop expressifs lorsqu'ils sont dans la même pièce, lorsqu'ils sont chacun face à l'autre, comme s'ils ne pouvaient rien se cacher, fatalement. Il était trop effrayé de le laissait entrevoir ses batailles intérieur et cette myriade intenable de sentiments qui déferlait en lui à peine le savait il devant lui, l'entendait il parler, à peine naissait l'espoir infime et ridicule d'un renouveau.
- J'étais en colère la dernière fois, je ne savais pas comment gérer tout ce que tu m'avouais, enfin … tu sais comment je suis.
- Je savais ..
- Je n'ai pas vraiment changé.
Un silence gênant prend place entre eux, un échange de regard se faisant sans qu'ils n'en prennent réellement conscience et lorsqu'ils s'en rendent compte, chacun détourne les yeux sur sa boisson. Il avait perdu l'habitude de se regarder, de partager … Partager quoi exactement ? Partageaient ils vraiment quelque chose aujourd'hui ? À part peut être, leurs regrets … et leur douleur.
- Tu vas me dire qu'en cinq ans, tu es toujours le même petit branleur qu'auparavant ?
Jungkook lève les yeux au ciel, son visage se teintant d'un amusement qu'il ne peut contenir alors même que ce côté « petit branleur » ne l'avait jamais vraiment quitter, bien au contraire. Et tout comme l'artiste ne peut contenir son léger sourire, la timidité de Jimin laisse place à ce même amusement qui caractérisait leurs échanges auparavant.
- Toujours. Je suis peut être devenu un peu plus parfait avec le temps. Devant les clients tout du moins.
- Je me disais aussi.
La discussion devient plus légère au fur et à mesure des minutes qui s'écoulent et peu à peu, ils se découvrent à nouveau, se racontant ces cinq années passées où ils ne faisaient plus partis de la vie l'un de l'autre, relégué au stade de souvenir douloureux et amer.
Jungkook lui parle de ses nombreux mois pendant lesquels il n'a cessé de le chercher sans réussir à le trouver, de l'état dans lequel il était pour finalement abandonné sous le conseil de ses amis pour espérer avoir une vie convenable et ne pas ruiner tous ses efforts passés. Il s'était alors plongé dans son travail, finissant ses études et décidant quelques temps plus tard d'ouvrir une boutique d'art à côté de son activité de peintre-dessinateur, pour gagner sa vie par lui même et ainsi arrêter de s'appuyant sur l'héritage de ses parents.
Jimin quant à lui, lui raconte sa lente descente aux enfers, les yeux plongé dans son chocolat devenu tiède, voire presque froid, submergé par la honte alors même que son ex-petit-ami s'était battu de son côté pour remonter la pente. Il lui comte ses entraînements trop durs et intensifs, cette manière dont il s'était perdu dans la danse au point où son corps avait lâché prise et comment il n'avait pas voulut renoncer à la seule chose qui lui restait alors même que sa blessure lui demandait patience et repos. Il avait aggravé les choses et s'était retrouvé dans l'incapacité de pouvoir continuer la danse de manière professionnelle et intensive. Il avait brisé ce rêve qui le maintenait en vie depuis qu'il était enfant et devenir professeur était finalement sa seule option de survie. Peut après, Seyun était entré dans sa vie et alors … Jimin lui explique la manière dont tout s'est fait. Cette main tendue, cette promesse inconsciente de lui rendre la vie meilleure. La fébrilité habitant son corps et son esprit durant les longs mois où ils ont fait connaissance, cette erreur commise en pensant que tout s'arrangeait, en se noyant dans un mensonge plus gros que lui dans lequel ses remords et ses regrets ne pouvaient que grossir, encore et encore.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas autant parlé, qu'il ne s'était pas confié de cette manière et Jimin en éprouva un soulagement sans nom, comme si sa conscience le laissait enfin en paix, comme si son âme le remerciait de cette effort, comme si … comme si la présence de Jungkook le faisait aller mieux, l'aidait finalement alors qu'avant il se sentait mourir à petit feu. Il retrouvait ses sourires aussi craquant que charmeur, cette arrogance qui faisait de cet homme quelqu'un de sauvage, aux allures indomptable mais qu'il savait tendre et aimant lorsqu'il le fallait, lorsqu'il se trouvait avec la bonne personne entre les bras. Il retrouvait avec plaisir l'éclat de son regard, joueur et impétueux tout comme il se plaisait à l'entendre parler avec cette voix mélodieuse, ce ton sarcastique et ses paroles pleines de franchises et de moqueries.
Il était juste de dire que … Jungkook lui avait considérablement manqué.
Et celui-ci d'ailleurs l'écoutait avec calme, découvrant ce qui lui était jusqu'à présent inconnu de la vie du danseur, non sans douleur. Son café bien vite terminé, il en recommanda un second, puis un troisième, l'heure défilant sans qu'ils ne s'en rendent compte, trop plongé dans leur discussion, dans leurs aveux pour se rendre compte qu'ils restent seuls dans le coffe-shop sur le point de fermer jusqu'à ce que le serveur viennent vers eux, s'excusant de les renvoyer chez eux tandis que l'endroit doit fermer. Ils règlent leur consommation et finissent pas se retrouver dehors sans savoir quoi faire.
- Tu veux venir dîner à la maison … ?
- Tu vas cuisiner ? Je ne voudrai pas louper un tel exploit ~
Ses yeux se lèvent une nouvelle fois vers le ciel, sous le rire tendre du danseur à qui il promet d'étonner les papilles avec ses nouveaux talents de cuisinier. Le trajet étonnement silencieux alors qu'il n'avait pas cessé de parler durant des heures autour de leurs boissons chaudes. Une tension fébrile semble les lier, comme si chacun redoutait le reste de la soirée, comme s'ils doutaient de la bonne continuation des choses tandis que tout semble bien se passer depuis cet appel plein d'espoir.
De longues minutes plus tard, il fait entrer Jimin dans son appartement propre et rangé – si l'on omet le désordre de croquis sur la table basse du salon, croquis qu'il s'empresse de remettre dans la pièce lui servant de bureau et d'atelier pour les cacher des yeux curieux du danseur qui déjà, examinait son lieu de vie.
- Fais comme chez toi.
« Comme au bon vieux temps » voulut-il rajouter en se retenant au dernier moment de prononcer ces mots, conscient que ça n'aurait fait que rajouter un froid de plus dans cette ambiance pas si mauvaise pour des retrouvailles à deux, plus intimes que toutes les autres et dénué à présent d'une quelconque colère ou d'une once d'amertume.
Jimin s'installe après avoir retiré ses chaussures, posé sagement sur le canapé pendant que Jungkook se glisse dans sa cuisine – ouverte sur le salon, permettant discussion et échanges tout en préparant un bon dîner. La télévision finit par être allumée, permettant un bruit de fond agréable pendant qu'ils discutent encore et encore, sous l'odeur de plus en plus appuyée du dîner qui se forme. Prenant la décision de dîner sur la table basse, tranquillement et sans mettre de forme inutile à leur soirée, il apporte les deux assiettes de nouilles sautées au bœuf mariné dans une sauce caramélisée accompagnées de divers légumes. L'odeur donne l'eau à la boucher et le danseur ne manque pas de loucher sur le plat en attendant que son hôte ramène pour finir deux paire de baguette pour qu'ils puisent, enfin, dîner. C'est alors que le cuisinier du soir remarque le programme télé mis un peu plus tôt, une chaîne de dessins-animés passant ceux de son super-héros favoris, un homme de métal richissime et à l'ego aussi surdimensionné que fut le sien durant ses jeunes années. Les deux hommes s'échange un regard, lourd de sens et à la nostalgie omniprésente, une nostalgie qu'il pourrait toucher du doigts tant elle était semblait palpable mais vers laquelle ils ne tentent pas la main, encore trop incertain, encore trop effrayé par les conséquences possibles de leurs actions irréfléchies et spontanées. Ils s'autorisent un sourire entendu, rempli d'une grande douceur et ils se mettent à manger tout en commentant les actions héroïque et parfois stupides du héro en armure.
- Il est deux heures du matin, tu devrais peut être rester dormir ici.
- … On vient tout juste de se retrouver, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
- Je te propose juste une place dans mon lit trop grand pour une seule personne pour y passer une nuit, histoire que tu puisses dormir, te reposer et laisser tes lapins de colocataires être un peu tout les deux. Aller … j'ai même du chocolat pour demain matin.
Comment résister à Jungkook l'observant avec une mine partagée entre l'abattement et la supplique, tout en gardant cette allure de sale gosse. Comment pouvait il lui dire non alors même qu'il n'avait aucune envie de partir et de retrouver un lieu qui n'est pas le sien, alors qu'il n'a finalement plus de chez lui et qu'en cet instant, l'appartement de Jungkook semble être le lieu dans lequel il se sent bien. Il ne sait pas si c'est la décoration sobre, les nombreuses petites lumières tamisées qui éclairent le lieux ou alors la simple présence de l'homme face à lui qui lui fait penser cela mais une chose est sûre, il ne peut lui dire non alors même qu'il ne désire qu'une chose : rester encore un peu, juste un peu à ses côtés et profiter de cette petite chance et de cette petite source de bonheur qu'on lui offre. Parce qu'enfin, il se sent un peu plus léger, comme si le poids de ces dernières années semblait disparaître peu à peu, arrêtant de lui serrer le coeur, le laissant peu à peu respirer un nouvel air, un air à la douce odeur du pardon.
- Tu dois pas t'ennuyer en squattant chez eux maintenant que j'y pense.
Ils sont tous deux couchés, entouré du noir de la pièce dans laquelle Jungkook vient de les plonger dans le but évident de dormir sans pourtant s'y résoudre.
- En réalité ils sont plutôt calme. Ils échangent peu de parole, tout passe par le regard, tu vois ?
- Hum … ouais, je vois …
- Non tu vois rien du tout, tu te fou juste de ma gueule.
Au ton de Jimin, l'artiste put deviner aisément l'air boudeur que venait de prendre celui-ci, les joues légèrement gonflé, le regard courroucé dirigé assurément vers lui et le bruit des draps lui informe qu'il vient de se tourner dans sa direction, comme si cela allait changer ce ricanement qu'il ne peut retenir et qui se perd dans le calme de la pièce.
- Je te jure, après onze ans de relation ils sont encore tout .. tout ..
- Ouais, ils jouent pas les vieux couples quoi. Pas comme Namjoon et Jin.
- Oh arrête, je suis sûr qu'ils sont … adorables, même encore maintenant.
- C'est vrai … Tu devrais aller les voir, Jin serait vraiment content de te revoir après tout ce temps.
- Permet moi d'en douter.
- Jimin …
- Enfin, ce n'est pas le sujet.
Jungkook sent un frisson glacial et désagréable remonter le long de son échine, l'atmosphère se rafraîchissant alors que le danseur s'éloigne, se retranchant dans ses barrières qu'il avait peiné à dépassé, gardant cependant espoir. Avec douceur, il se tourne à son tour vers lui, chacun allongé face à l'autre sans réussir à se voir, l'obscurité maîtresse de la pièce et seule témoin de leur nuit à deux.
- Ce n'est pas parce qu'il se donne l'air stupide qu'il l'est réellement. Il est peut être un peu un peu impulsif mais … il comprend plus que tu ne l'imagine ton point de vue. Namjoon y a veillé, crois moi.
Le petit rire qui s'en suit, bas et pourtant si chaud, suffit à détendre de nouveau Jimin qui n'est pourtant pas convaincu à cent pourcent, bien conscient des ressentiments que le plus âgé pour avoir envers sa personne, pour avoir blessé son protéger, pour avoir briser le peu de stabilité qu'ils avaient réussi à acquérir, pour l'avoir finalement mis en danger sans vraiment s'en rendre compte. C'est pour cela qu'il n'était pas aller les voir chez eux, qu'il ne s'était pas précipiter dans leur maison en apprenant que leur déménagement venait de s'être terminer ou encore lorsque Namjoon lui a annoncé avec bonheur l'adoption de leur chienne si adorable qu'il avait rencontré quelques mois plus tard, lors d'une longue promenade.
- Je préfère y aller doucement … J'essaie déjà de voir quoi faire pour le moment. Je cherche un nouveau logement. Ensuite, on verra. Parce que là, ça commence à faire beaucoup. La séparation, le déménagement, toi …
- … séparation ?
Malgré leurs nombreuses discussions, ils n'avaient pas osé aborder cette fameuse relation, enfin, la relation que Jimin entretient présentement avec Seyun, pas ce qu'elle fut auparavant, au début. Jungkook n'avait pas osé poser les questions qui lui brûlaient pourtant les lèvres depuis leur première boisson chaud, en début d'après midi, sûrement trop effrayé par les réponses qu'il pourrait avoir, aussi fatalistes que douloureuses à ses yeux. Et Jimin lui n'avait pas trouvé le bon moment pour en parler, ne voulant pas prendre le risque de briser cette bonne entente presque retrouvée, cette ambiance chaleureuse et agréable, ne voulant pas prendre le risque de tout briser une nouvelle fois.
- .. Oui ? Je ne l'ai pas revu depuis que tu es venu dîner à la maison.
- Je pensais que vous faisiez juste un break, que vous … Enfin … Il a l'air vraiment très amoureux de toi.
Et ça le tuait de l'avouer. D'avouer avoir aperçu cet amour fou qu'il voyait auparavant dans ses propres prunelles sombres, cet amour qui rendait totalement accro et dépendant.
« Et je pensais que toi aussi ... » voulut-il continuer sans réussir à dire quoi que ce soit d'autre, pas alors qu'il pourrait recevoir un « Oui, je l'aime ». Pourtant il n'avait pas le droit d'être aussi égoïste, d'espérer, de vouloir que Jimin soit encore et toujours amoureux de lui, autant qu'avant, comme si tout pouvais recommencer. Il sentait son coeur s'emballer à cette simple idée mais il se força à se calmer, conscient de s'emballer trop vite, de penser trop loin, une petite partie de lui encore ronger par la douleur et la haine. Ses pensées s'emmêlent, comme toujours dès qu'il s'agit de lui, incapable d'y réfléchir posément et avec objectivité.
- Je ne peux pas continuer à mentir comme je l'ai fais tout ce temps … Par respect pour lui. Et surtout pas après ce qu'il a fait. Me suivre … t'inviter en étant conscient de qui tu pouvais être pour moi … c'est jouer avec le coeur des gens et pour le moment, je n'ai aucune envie de lui pardonner.
Jungkook garde dans un coin de son esprit les informations qu'il vient d'apprendre, se promettant de mettre les choses au clair avec cet « ami » qui finalement n'avait pas été un symbole de sincérité avec lui, se félicitant sur l'instant de ne lui avoir rien confié de personnel. Comme quoi, il aurait dû suivre son instinct. Seulement … s'il n'avait pas pris en compte les conseils d'Ana, il n'aurait pas revu celui qui partage son lit – innocemment – cette nuit et … il n'arrivait pas à se dire que continuer comme ils avaient fait durant ces cinq années aurait été ce qu'il y a de mieux. Pas alors qu'il pouvait le revoir quand bien même ils allaient leur falloir du temps pour ne serais-ce que redevenir ami, pour se refaire confiance, pour construire quelque chose … pour reconstruire une amitié dont il devra se contenter.
- Lui pardonne pas, t'as pas besoin d'un mec aussi tordu que ça et qui en plus te fais souffrir.
- Je n'ai donc pas besoin de toi, si on part de cette logique ?
Il pouvait clairement percevoir le ton moqueur du professeur du danse dans ses paroles piquantes et blessantes qu'il décide de prendre avec humour, lâchant un léger rire sans réelle joie. Jimin savait où frapper pour le titiller et lui faire du mal tout en sachant pertinemment qu'il le méritait au bout du compte. Il se contente de lâche un « Petit con » auquel il lui répond comme il l'avait imaginé un « Je ne suis pas si petit ! » et alors la discussion se fait un peu plus légère, oubliant pour le reste du temps la sérieux de leur propos, de la situation et de l'avenir auquel chacun allait devoir penser le lendemain, l'un devant se reconstruire, l'autre se devant de continuer autant qu'il le peut sa petite routine bienveillante et confortable. Une routine qui pourtant se brise depuis leur retrouvaille, une routine qu'il perd de vue et vers qui, finalement, il n'a pas vraiment l'envie de retourner.
Après une petite heure encore, ils s'endorment, changeant de position pour se mettre dos à dos, à quelques centimètres l'un de l'autre. Assez pour sentir une présence, mais trop peu pour partager leur chaleur, se contentant de se partager une couette et des sentiments restés secret, des sentiments restés tapis dans l'ombre et qu'ils ne sont pas prêt à assumer.
Bonsoir de nouveau !
Voilà le ... dernier chapitre que j'ai écris, j'ai cru que j'en avais plus mais ... je suis une boulette qui ne se retrouve plus dans les titres de ses chapitres, sorry !
Ce chapitre fait avancer les choses, enfin ! Et j'espère en tout cas qu'il vous aura plu. Je n'en suis pas totalement satisfaite mais j'ai beaucoup aimé l'écrire, j'aime tout ce qui est adorable ... ah, je fonds.
Je vous dis à bientôt, poutou !
