Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
Chapitre 3 - Spirale
Erika resta plantée au milieu de la pièce dans laquelle elle venait d'apparaître. Son appartement. Son salon. Avant qu'elle ne s'en soit rendue compte, son regard se posa sur la porte qui menait à la chambre qu'elle avait voulu dédier à son fils. Elle pensait qu'elle commençait à guérir. Elle se trompait. Les larmes se mirent à rouler silencieusement sur ses joues et elle se laissa tomber à genoux sur le sol.
Combien de temps s'écoula alors, elle n'aurait su le dire. La semi pénombre de la pièce la coupait totalement du reste du monde. Et puis, quelqu'un apparut devant elle. Elle leva les yeux vers lui, ses yeux pleins de larmes, et elle vit le visage de Sirius se déchirer. Il s'agenouilla devant elle et l'attira dans ses bras.
Les larmes continuèrent de couler, semblant intarissables. Ils ne bougèrent pas et le temps passa, sans prise sur eux.
Quand Erika rouvrit les yeux, elle était toujours dans les bras de Sirius, mais ils étaient dans le divan. Elle sentait sur son visage les sillons que les larmes avaient dessinés sur ses joues. La respiration de son ami était régulière et profonde, il dormait. Elle ne bougea pas. Elle était bien dans ses bras, un peu hors du temps. Si elle avait pu y demeurer pour toujours, elle l'aurait fait. Malheureusement, il lui faudrait reprendre pied dans la réalité et faire face à ses responsabilités. Mais pas tout de suite...
§***§
Lorsqu'ils avaient réintégré la maison de Sirius, Erika s'était attendue à y trouver Remus, mais il n'était pas là. Sirius était resté évasif quant à la raison de son absence et elle en avait déduit qu'ils devaient s'être disputés. Ce qui l'ennuyait, car c'était sans doute suite à sa réaction démesurée. Elle se promit de mettre les choses au point, dès qu'elle se serait un peu reposée.
« - Erika? »
« - Hm, oui? »
« - Ne t'endors pas dans ton assiette... »
« - Oh, pardon, tu me disais quelque chose? »
« - Tu n'as pas faim? »
« - Pas trop, mais ce n'est pas la question, je réfléchissais. Alors qu'y a-t-il? »
Sirius garda le silence un moment. Il hésitait. Elle ne dit rien, attendant simplement.
« - Tu devrais le vendre, » lâcha-t-il alors.
« - Quoi? »
« - L'appartement. »
Il avait dit ça sur un ton très bas et avait détourné le regard. Elle resta d'abord interdite, puis, très pragmatique, elle rétorqua:
« - Tu n'y penses pas sérieusement? »
Il accrocha alors son regard à celui d'Erika.
« - Je suis très sérieux. »
« - Mais c'est tout ce qui me reste! »
« - De ta vie d'avant, oui. Tu vis quand même ici, il ne te sert plus à rien, vends-le. »
« - Si tu le souhaites, je peux partir, » répondit-elle, vexée.
« - Par Merlin, Erika, tu sais qu'il ne s'agit pas de ça! » cria Sirius en se levant brusquement de sa chaise.
« - Mais quoi alors? » s'exclama-t-elle en imitant son geste.
Il se pencha vers elle par-dessus la table.
« - Il est mort, c'est fini, il ne reviendra pas! »
Elle recula vivement, renversant sa chaise, incapable de répondre quoi que ce soit.
« - J'en ai assez, » continua-t-il en contournant la table pour se rapprocher d'elle, « de te voir retomber à chaque fois, de te voir vivre comme un spectre! Tu n'es plus que l'ombre de toi-même, Erika! J'ai toujours été là pour toi, mais je ne supporte plus de te voir ainsi! Si tu persistes dans cet abattement, je vais devoir m'éloigner de toi, parce que... »
Il était tout près d'elle et il lui prit le visage entre ses mains.
« - ... parce que je tiens trop à toi pour continuer à te regarder t'éteindre... »
Erika avait baissé les yeux. Elle resta immobile, emmurée dans un lourd silence, ne cherchant même pas à comprendre le sens de l'avalanche de mots que Sirius venait de prononcer. C'était trop tard. Trop de choses avaient changé. C'était trop tard.
« - Erika? »
Toujours dans la même posture, elle trouva suffisamment de souffle pour lui répondre.
« - Lâche-moi. »
Il y eut un temps d'arrêt et, juste avant qu'il n'obtempère et ne retire ses mains, elle les sentit trembler. Un violent sentiment de honte s'empara d'elle et elle s'enfuit.
Quand elle eut transplané, elle se retrouva sous une pluie battante et fut trempée jusqu'aux os en moins d'une minute. Mais cela ne la pressa pas véritablement à sonner à la porte devant laquelle elle s'était rendue. Et puis, elle ne savait même pas s'il était là.
Au bout d'un long moment à rester paralysée devant cette porte, se demandant s'il était judicieux d'être là ou s'il valait mieux qu'elle s'en aille, elle sursauta en la voyant s'ouvrir.
« - Erika? Mais qu'est-ce que tu fais là? » demanda Remus qui était apparu dans l'encadrement de la porte. « Entre, tu vas être malade! »
Envolé le fardeau du choix, le temps lui avait imposé la direction à prendre. Elle obéit, mais n'avança pas plus loin que le paillasson, se sentant pitoyable à dégoûter de la sorte sur le sol de Remus.
Après avoir refermé la porte, il s'empressa de la sécher et l'invita à le suivre jusqu'au salon où elle ne finit par s'asseoir que sur son insistance. Il s'assit à son tour et relança le feu qui crépitait dans la cheminée.
« - Alors, qu'est-ce qui t'a pris de partir comme ça du QG? » demanda-t-il d'emblée. « Je croyais que tu étais passée au-dessus de cet épisode... »
« - Je le croyais aussi... » répondit-elle laconiquement.
« - Tu veux en parler? »
« - Non. »
« - Bon, et bien si tu n'y vois pas d'inconvénient, je vais continuer ma lecture. »
« - Je t'en prie. »
Il prit un livre qui avait été déposé négligemment sur la table basse et se plongea dedans, faisant, semblait-il, totalement abstraction de sa présence. Elle se sentit tout à coup très lasse. Il faisait bon dans la pièce et calme. Elle ferma les yeux un instant pour vider complètement son esprit.
§***§
Remus tendit l'oreille quand un souffle profond et régulier le tira de sa lecture. Erika s'était endormie. Il ne put s'empêcher de l'observer. Les traits tirés, le front soucieux, il était plus qu'évident que quelque chose la tracassait. Et c'était très certainement en relation avec Sirius. Que s'était-il encore passé entre ces deux-là ?
Estimant qu'il s'était écoulé suffisamment de temps depuis les mots malheureux qu'il avait eus pour son ami, Remus quitta la pièce et transplana chez Sirius.
« - En voilà, des manières, » fut l'accueil qu'il reçut à son arrivée.
« - Écoute, Sirius, je... »
« - Ah, laisse tomber, tout était vrai. »
« - Peut-être, mais les mots employés étaient injustes... »
« - 'M'en fiche... »
« - Hm, tu en tiens une sacré couche. »
« - Si c'est pour critiquer, tu peux partir ! »
« - Erika est chez moi. »
Un silence.
« - Que lui as-tu dit ? » insista Remus.
« - Tout... »
Le lycanthrope resta figé. Si Sirius s'était déclaré ouvertement et qu'Erika avait pris la fuite, ça ne pouvait signifier qu'une chose...
« - Elle ne m'aime pas, » énonça Sirius d'une voix plate.
Remus se laissa tomber dans le divan face à son ami.
« - Je n'y crois pas, » dit-il, quelque peu abasourdi.
Il ne pouvait pas s'être fourvoyé à ce point.
« - Tu te rends compte, Lunard ? Je fais fuir les femmes, maintenant... »
« - Ce n'est pas possible... »
« - Tu te répètes... »
Erika, pas amoureuse de Sirius ? Non, quelque chose clochait...
« - Elle est en déni total, » conclut-il à voix haute.
« - Hey, remets-toi, c'est moi qui devrais dire ça ! »
« - Mais ce n'est pas logique, Sirius... »
« - La logique s'arrête là où commence Erika, » dit Sirius d'un ton docte.
Puis il éclata de rire. Un rire nerveux, qui sonnait faux.
« - Il faut que vous vous réconciliiez, » déclara Remus.
« - Tu te prends pour un marieur maintenant ? » répliqua Sirius en se resservant un verre. « Non, Lunard, si elle est partie, c'est que c'est fini. »
« - Allons, tu sais bien que les femmes ne sont pas si carrées. Surtout Erika. »
« - J'en ai assez, » soupira Sirius.
Et au ton qu'il employa, Remus sut qu'il avait renoncé.
« - Bon, » dit-il en se levant, « je vais rentrer. Je te tiens au courant. »
« - Quand tu veux, » lui répondit Sirius en levant son verre en guise de salut.
Un peu ennuyé de le laisser comme ça, Remus rentra chez lui en veillant à ne pas faire de bruit. Erika dormait toujours. Il l'observa encore pendant un moment. Elle paraissait si fragile que c'en était troublant. Ayant trouvé en elle son miroir, Remus admirait la façon dont qu'elle avait de s'adonner à son travail et ses amis comme si rien ne lui était jamais arrivé. Elle lui semblait si forte face à l'horrible tragédie que lui avait réservé la vie. Mais il voyait le revers de cette attitude. Au lieu d'accepter la douleur et d'apprendre à la gérer, Erika l'avait fuie, ignorée. Lorsque la douleur s'était présentée à elle à nouveau, elle n'avait pas su faire face. Il faudrait qu'ils en discutent. Et de Sirius aussi. Mais plus tard...
§***§
Quand Erika rouvrit les yeux, une couverture était posée sur elle. Remus n'était plus dans son fauteuil et la lumière avait considérablement baissé. Elle était bien. Pendant un moment, elle hésita à refermer les yeux et à se laisser couler de nouveau vers le sommeil. Mais elle se décida finalement à se lever. À l'image d'un chat, elle s'étira, repoussa la couverture quelque peu à regret et se leva du fauteuil.
Alors elle fit le tour de la pièce du regard. Deux portes, l'une qui menait au couloir d'entrée, et l'autre sur un endroit inconnu. Allait-elle oser s'immiscer dans la vie privée de Remus plus avant? Après tout, il ne l'avait jamais invitée chez lui, elle avait débarqué totalement à l'improviste. Mais elle n'allait tout de même pas attendre indéfiniment dans le salon qu'il revienne. Et puis, son ventre s'était mis à gronder.
Elle franchit la porte inconnue et une douce odeur de cuisson chatouilla ses narines. Elle se dirigea à l'odorat et atterrit à l'entrée d'une cuisine. Depuis l'encadrement de la porte, elle jeta un coup d'œil dans la pièce. Remus lui tournait le dos, affairé à cuisiner. Elle resta immobile, l'observant dans ces gestes anodins.
« - Tu peux t'asseoir, si tu veux, Erika, » dit-il alors, la faisant sursauter.
« - Je... je suis désolée, mais comme tu n'étais plus dans le salon... »
« - Il n'y a pas de mal. Tu dois avoir faim, non? »
« - Heu, oui... »
« - Bien, alors assieds-toi, je vais servir. »
Elle obtempéra et attendit qu'il ait terminé de servir et se soit assis à son tour. Ils se souhaitèrent un bon appétit et mangèrent en silence. Quand il voulut débarrasser, elle le convainquit de la laisser s'en occuper et il accepta avant de retourner au salon.
Elle prit plaisir à s'occuper des formules simples de nettoyage et séchage de la vaisselle. Ne sachant pas où la ranger, elle la déposa sur la table une fois lavée et retourna dans le salon pour rejoindre Remus.
Il s'était rassis dans son fauteuil et avait une nouvelle fois repris sa lecture. Elle réintégra le fauteuil dans lequel elle avait dormi et tira la couverture sur elle presque instinctivement. Relevant les yeux, elle croisa le regard de Remus qui souriait en l'observant. Alors elle se sentit violemment rougir et fixa vivement autre chose.
« - Je t'ai gênée? » demanda-t-il.
« - C'est-à-dire que... je ne sais pas, en fait... »
« - Erika, arrête de tout garder pour toi. Je suis ton ami. »
Elle soupira, frustrée d'être si maladroite et prévisible. Mais elle n'allait pas se dévoiler si facilement.
« - Je ne sais pas comment m'y prendre... » dit-elle, volontairement évasive.
« - À quel propos? »
« - Et bien, de la mission... »
« - Ah, et bien, tu pourrais commencer par trouver un moyen de le recontacter... »
« - Oui, tu as raison. »
Et ils continuèrent de discuter d'une approche adéquate pour n'éveiller aucun soupçon chez Lucius Malefoy jusque tard dans la nuit. Puis il y eut un moment où Remus sortit des bouteilles de bièreaubeurre. Mais Erika fit attention à ne pas trop en vider pour garder plus ou moins les idées claires et la discussion resta très superficielle, jusqu'à ce qu'ils s'endorment.
Plus tard dans la journée, quand ils furent complètement éveillés, Remus lui demanda:
« - Pourquoi es-tu ici? »
« - Tu veux que je parte? »
« - Ce n'est pas le sens de ma question. »
Un silence.
« - Je... j'ai mes raisons... » répondit-elle finalement.
« - Tu t'es disputée avec Sirius? »
« - Pas exactement, mais je pourrais te retourner la question... »
Elle avait usé d'un ton agressif, ennuyée qu'il veuille absolument savoir alors que ce n'était pas dans ses habitudes d'insister.
« - Tu as raison, nous avons eu des mots, » confirma-t-il, très pragmatique.
« - De ma faute? »
« - Non, pas exactement... »
« - Sur un sujet vital pour l'un de vous? »
« - Non. »
« - Alors, il faut y mettre un terme rapidement pour éviter que cela ne s'envenime... »
« - Et toi? »
« - Je ne me suis pas disputée avec Sirius. »
« - Mais tu ne veux plus rester seule avec lui... »
Un autre silence. Comment pouvait-il être si clairvoyant? Comment pouvait-il oser prononcer ce genre de sentence à voix haute? Elle ne répondit pas.
« - Allez, viens, » dit-il en se levant. « on retourne ensemble chez Sirius. »
Elle dévisagea son ami un instant, puis se leva, lui attrapa le bras et ils transplanèrent ensemble chez Sirius.
§***§
Sirius ouvrit sa porte d'entrée après le troisième coup de sonnette, se disant qu'il aurait mieux fait de s'abstenir d'installer cette saleté d'appareil moldu. Alors il vit Remus et Erika et ne put s'empêcher de foudroyer cette dernière. Pourquoi revenait-elle après l'humiliation qu'elle lui avait infligée ? Mais il se força à se souvenir qu'il lui avait promis qu'elle serait toujours la bienvenue chez lui.
Remus lui présenta des excuses pour son attitude impardonnable que Sirius s'empressa de pardonner. Il fallait bien faire bonne mesure devant Erika qui ne savait pas qu'ils s'étaient vus. Alors ils passèrent le reste de la journée à discuter de tout et de rien comme si le monde n'avait pas tourné de plusieurs degrés pour lui. Erika restait étonnamment silencieuse, comme incapable de se joindre à eux, semblable à ce spectre que Sirius détestait voir en elle. Finalement, elle leur souhaita une bonne nuit et disparut à l'étage.
« - Alors, » demanda Remus, « que vas-tu faire ? »
L'écho d'une conversation similaire lui revint en mémoire et il soupira tant les choses étaient on ne pouvait plus différentes.
« - Rien, » rétorqua-t-il.
« - Mais pourquoi ? »
« - Elle s'en va bientôt. »
« - Ce n'est pas une raison. »
« - Lunard, c'est terminé. Affaire classée. Il m'aura fallu du temps, mais maintenant c'est fait. »
« - Sirius, j'ai dit n'importe quoi, elle a besoin de toi, ça crève les yeux ! »
« - Pas les siens. »
« - C'est toi qui avais raison, elle a encore besoin de temps. »
« - Je n'ai plus de temps à lui donner. Elle va retrouver Malefoy. »
« - Et tu crois que... ? »
« - J'en suis sûr. C'est bon, je laisse tomber. »
« - Elle aurait tellement à gagner avec toi... »
Sirius éclata de rire.
« - C'est toi qui dis ça, » s'exclama-t-il, « alors que tu me connais... »
« - Justement. »
« - Arrête de me jeter des fleurs. »
« - Tu fais ça très bien tout seul, je me contente de dire la vérité. »
« - Bref, » se rembrunit Sirius, « le sujet est clos. »
Remus hocha brièvement la tête et garda le silence. Ils restèrent ainsi sans rien dire pendant un long moment, leur amitié emplissant l'espace vide entre eux. Sirius se sentit quelque peu soulagé. Il avait pris une décision ferme et Remus la respectait. Il ne lui restait plus qu'à se mettre en paix avec lui-même.
§***§
Plus tard, alors que Remus était rentré chez lui, Sirius se rendit à l'étage et frappa quelques coups à la porte d'Erika. Comme elle ne répondait pas, il allait regagner sa propre chambre quand il entendit un « Oui ? » distinct.
Il ouvrit la porte et se faufila dans l'encadrement.
« - Je ne te dérange pas? » chuchota-t-il.
« - Et bien, pas vraiment, non, qu'y a-t-il? »
Il entra plus avant et ferma la porte derrière lui avec précaution. Erika se redressa dans son lit.
« - Mais, que fais-tu? » demanda-t-elle.
Il s'approcha et la fixa.
« - Excuse-moi, » murmura-t-il.
« - À quel sujet? » s'étonna-t-elle.
Elle avait l'air étonné et Sirius se demanda si elle compartimentait vraiment tout au point d'oblitérer totalement certaines choses.
« - Je ne voulais pas te blesser... » ajouta-t-il.
« - Me blesser? Mais enfin, Sirius, là n'est pas la question. Je... »
Elle s'arrêta. Il continua de la regarder et constata qu'elle était perdue par rapport à ce qu'ils évoquaient. Elle ne réalisait pas, pas vraiment. Ou bien ne le voulait-elle pas ? Alors il sut qu'il avait pris la bonne décision.
« - Sirius, restons-en là, veux-tu? »
Elle l'avait supplié. Comme s'il était revenu à la charge. Ce n'était pas le cas, ce ne le serait plus jamais. Il avait colmaté les petites brèches qu'elle avait ouvertes, il ne restait plus qu'à refermer l'ouverture béante qu'il avait lui-même créée.
« - Très bien, comme tu voudras, Erika. Amis? »
Il lui devait bien cela, il lui avait promis. Et il pourrait s'y tenir, puisqu'elle allait partir.
« - Amis, » répondit-elle d'un ton soulagé et à la fois honteux.
Il hocha la tête. Il était trop tard pour qu'elle ait honte, trop tard pour qu'il regrette.
« - Dors bien, » souffla-t-il.
Et il sortit de la chambre en même temps que de la vie d'Erika. Du moins voulait-il se convaincre qu'il était assez fort pour s'y tenir.
§***§
Les derniers jours passés chez Sirius avaient été éprouvants pour Erika. La majorité du temps, ils s'étaient concentrés sur sa mission, avec une aide presque constante de Remus. Mais une tension de plus en plus palpable s'était installée entre Sirius et elle, pleine de non-dits et de ressentiment, et ils en étaient tous deux les instigateurs. C'est donc avec soulagement qu'elle s'était réveillée le jour de son départ.
Ils avaient longuement réfléchi à ce qu'elle dirait, échafaudé une histoire qui tienne la route, tenté de parer à toute éventualité. Avant de transplaner près du manoir Malefoy, Erika se sentait prête à affronter les Mangemorts. Et tout aurait pu se dérouler selon leur plan s'ils n'avaient pas omis un détail. Jamais elle n'avait imaginé se retrouver dans les appartements de Lucius peu après s'être présentée à l'entrée du manoir. Éconduite, peut-être, questionnée, sans doute, au cachot, probablement, mais accueillie, certainement pas. Et pourtant...
Lucius, qui l'avait plantée dans son vaste bureau pour aller vérifier quelque chose, revint dans la pièce et en verrouilla la porte d'un coup de baguette, avant de se tourner vers Erika. Ils se dévisagèrent un moment. Elle n'osait pas prendre la parole, il valait mieux garder toute information pour répondre à des questions précises, plutôt que de se lancer dans des explications qui pourraient s'avérer creuses.
En l'observant davantage, Erika nota que Lucius semblait ne pas avoir l'esprit tranquille et était relativement fatigué. Mais ses traits avaient à peine vieilli, si ce n'était ce front soucieux qu'elle ne lui avait pas connu auparavant. Plus de deux ans s'étaient écoulés depuis qu'elle avait fui cet homme, mais les quatre années passées à ses côtés ne s'étaient pas effacées. Elle avait porté son enfant et elle ne put s'empêcher d'imaginer un petit garçon qui l'aurait appelée maman et porterait les traits fins de Lucius. Non, elle devait rester concentrée, ne pas se laisser prendre au charme de cet homme, alors elle chassa la résurgence de souvenirs de son esprit.
« - Ainsi donc, l'enfant prodigue revient parmi les siens, » dit-il.
Erika fronça les sourcils. Une question-piège, sans doute.
« - Tout dépend de ce que tu entends par là, » répondit-elle.
Il sourit et lui parut alors encore plus dangereux. Dangereusement attirant aussi.
« - Tu as mûri, Erika, c'est bien... »
« - Oh, je sais pertinemment que ma naïveté te pesait! » ne put-elle s'empêcher de s'exclamer.
Il marqua une pause en la dévisageant, la mettant extrêmement mal à l'aise. Elle avait laissé son ressentiment parler pour elle. Combien de fois s'était-elle représentée ces hypothétiques retrouvailles et ce qu'elle aurait dit et fait en femme mâture qu'elle était devenue. Ou plutôt qu'elle croyait être devenue car, à son grand dam, c'était la jeune fille blessée qui venait de s'exprimer.
« - Ai-je jamais laissé entendre pareille chose? »
« - Et bien... »
Son cœur se serra. Merlin, que cet homme avait du pouvoir sur elle.
« -... malgré toutes tes tentatives pour m'écarter de ton chemin, je revenais toujours et je savais que cela t'exaspérait mais... »
Les derniers mots restèrent coincés dans sa gorge.
« - Vas-y, continue, » demanda-t-il, l'air intrigué.
Elle inspira lentement afin d'affermir sa voix qui menaçait de trembler.
« - Mais je ne pouvais pas faire autrement. »
Elle avait parlé bas, espérant presque qu'il ne l'entendît pas. L'amour qu'elle avait éprouvé pour Lucius était sans doute celui d'une adolescente, mais il était gravé en elle, elle ne pouvait pas lutter.
« - Erika, tu n'as jamais compris. »
Elle résista à l'envie de le fixer pour tenter de détecter le mensonge dans ses yeux comme elle le voyait souvent apparaître auparavant. Alors, elle ne se rendit pas tout de suite compte qu'il s'était déplacé derrière elle et s'était approché.
« - Tu étais si fragile... Quand tu as disparu sans laisser de trace, j'ai espéré ne pas t'avoir brisée par mégarde. »
Elle n'osait toujours pas le regarder. Il mentait, elle en était certaine, mais elle tentait de croire encore un peu à ce qu'il disait.
« - J'ai appris pour notre fils... »
Son souffle avait effleuré sa nuque et la sensation ajoutée à ses paroles la fit trembler.
« - Je suis désolé, cela a dû être une épreuve terrible pour toi. »
Elle ne put retenir les larmes qui commencèrent à rouler sur ses joues, silencieuses. Notre fils, avait-il dit. Elle sursauta un peu lorsqu'il posa ses mains fines mais fermes sur ses épaules tremblantes.
« - Tu aurais dû m'en parler, » lui susurra-t-il à l'oreille, « je t'aurais protégée... »
Encore un mensonge... Mais...
« - Tu ne m'aurais pas abandonnée? »
Il l'attira doucement vers lui.
« - Bien sûr que non. »
Comment le croire? Comment savoir? Mais cela relevait du passé, elle ne pouvait rien changer, qu'elle se soit trompée ou non.
Elle fut surprise de sentir les lèvres de Lucius sur sa nuque, mais ne se dégagea pas. Qu'en était-il de toutes les résolutions qu'elle avait prises depuis près de deux ans et demi? Envolées, sans doute. Peu importait, après tout. Lucius était de nouveau près d'elle. Voilà qu'il avait passé un bras autour de sa taille pour l'attirer davantage contre lui, mouvement contre lequel elle ne lutta pas. La chaleur qui envahissait son corps la laissait complètement malléable. Elle pensait l'avoir oubliée et Lucius ramenait tous ses sens à la vie en quelques caresses.
Elle se morigéna mentalement un instant: que faisait-elle de sa mission? Puis elle se détendit. Elle devait espionner. Cela ne l'empêchait pas d'entretenir de bons rapports avec le sujet de son espionnage.
Lucius défaisait les attaches de sa robe de sorcière, doucement, prenant le temps de la couvrir de baisers. Puis il fit glisser le vêtement sur le corps de la jeune femme, la dénudant. Les bruissements qu'elle entendit dans son dos lui dirent qu'il enlevait également la sienne. Il revint alors contre son dos et elle put sentir son désir érigé avec vigueur. Le contact de leurs peaux lui arracha un soupir. Elle le laissa caresser ses seins avec douceur et doigté. Il descendit une main sur sa hanche, la faisant frissonner, pour ensuite s'aventurer vers son intimité.
Alors qu'elle tremblait de plaisir, elle se retourna pour lui faire face et leurs lèvres se rencontrèrent. Elle ferma les yeux tandis que les mains de Lucius continuaient de parcourir son corps. Ils goûtèrent l'un à l'autre pendant un long moment exquis, puis il l'entraîna sur le grand lit à baldaquins, ouvrit les draps et ferma les rideaux. Lascive, elle le laissa l'installer sur le dos comme il le souhaitait. Il la contempla doucement, de haut en bas. Quand il posa le regard sur son bas-ventre, elle se souvint de sa cicatrice et elle détourna les yeux. Des larmes silencieuses roulèrent sur ses joues et celles-ci s'empourprèrent de honte. Elle sentit qu'il effleurait son ancienne blessure de ses lèvres.
« - C'est très doux, » dit-il.
Il cherchait sans doute son regard. Elle se décida à oser lui faire face. Il avait un léger sourire qui flottait sur les lèvres et, chose étrange, également au fond des yeux. Cela fit déferler en elle une vague de bien-être à laquelle elle ne s'attendait pas, qui la fit sourire et tarit ses larmes.
« - Tu es belle. »
L'éloge lui fit de nouveau monter le rouge aux joues, cette fois de plaisir. Et alors qu'il repartait en exploration de son corps, elle se laissa porter par les caresses divines de son ancien amant retrouvé. Elle crut s'envoler lorsqu'il la posséda, encore et encore, jusqu'à ce qu'ils s'endorment dans les bras l'un de l'autre.
§***§
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Erika était seule. Le grand lit lui parut soudain très froid et elle tira les draps sur elle. Parfaitement éveillée, attentive, elle écouta les bruits de la pièce pour détecter un souffle, un bruissement de vêtements, mais non, rien, personne.
Elle s'assit dans le lit, les jambes repliées contre elle, et soupira. Jamais il n'y aurait rien d'officiel. Elle attendit, mais les larmes ne vinrent pas. Peut-être qu'elle s'en moquait. Peut-être cela ne la touchait-il plus assez. Elle haussa les épaules; elle avait une mission. Elle se leva, s'habilla et s'assit au bureau, patiente. Il reviendrait quand il le souhaiterait, et ils reprendraient leur conversation là où ils l'avaient laissée, comme si rien ne s'était passé.
§***§
Severus observait les échanges autour de la table de réunion de l'Ordre avec intérêt. Depuis que Dumbledore n'était plus là, Potter s'était assez bien débrouillé pour garder une certaine cohésion. Du moins jusqu'à ce jour précis. La réunion hebdomadaire s'était parfaitement déroulée jusqu'au dernier point à aborder. Quand Potter avait mentionné le premier rapport d'Erika Stewart, les membres avaient cru bon de réexprimer leurs doutes extrêmes quant à la fiabilité des informations qu'elle pouvait fournir.
Severus connaissait Miss Stewart. Lucius s'était suffisamment vanté auprès de lui des années auparavant. Il allait donc se désintéresser des jérémiades de tous ces prétendus irréprochables quand l'attitude de Black et Lupin attira son attention. Ils restaient silencieux, occupés à passer les plus inaperçus possible, ce qui était loin de leurs habitudes. Puis il se souvint qu'ils étaient la porte d'entrée dans l'Ordre de leur nouvelle espionne. Pas étonnant qu'ils cherchent à se faire oublier.
« - Silence! » cria Potter. « Vous ne faites plus confiance aux nôtres ? Sirius s'est porté garant pour elle !
Severus sourit intérieurement en voyant Black se ratatiner sur son siège tandis que tous les regards se tournaient vers lui.
« - Erika ne nous trahira pas, » se contenta-t-il d'affirmer en voyant qu'ils attendaient une réaction de sa part.
Voilà qui était bien loin de l'ardent défenseur des causes perdues. Severus aurait pu faire cette remarque à haute voix et relancer la polémique, mais ils avaient besoin de cette espionne, peu importait si elle retournait sa veste plus tard, alors il s'abstint. Personne d'autre ne fit de commentaire.
« - Bien, » conclut Potter. « J'espère que ce sera la dernière fois que ce sujet revient sur la table. Nous savons tous ce que nous avons à faire. Faisons-le le mieux possible et nous gagnerons cette guerre. »
Ah, les jolies phrases pour remonter le moral des troupes. Sa participation n'étant plus requise, Severus se leva et s'apprêtait à quitter la pièce quand Potter l'interpella.
« - Professeur Rogue ! »
À contrecoeur il se retourna.
« - Oui, Monsieur Potter ? »
« - J'aimerais vous parler un moment. »
Severus attendit la suite, affichant une expression impénétrable sur son visage. Cette requête tout à fait anormale ne lui disait rien de bon.
« - En privé, s'il vous plaît, » ajouta Potter, lui désignant la porte donnant sur la pièce annexe qu'il savait être parfaitement insonorisée.
Severus acquiesça et suivit le jeune homme. Quand celui-ci eut fermé la porte, il attendit. Ne jamais entamer une conversation dont on ne connaissait pas tous les éléments, un vieux réflexe. Potter ne tourna pas autour du pot.
« - Vous connaissez bien Erika Stewart ? »
« - Mieux que vous, sans doute. »
« - Décrivez-la moi. Elle a été votre élève, je crois. »
« - Vous croyez bien. »
Il marqua une pause, condensant les informations pour être clair.
« - Elle est intelligente, volontaire, obstinée, calculatrice et peut se montrer extrêmement agaçante. »
Potter acquiesça.
« - Étiez-vous au courant de sa relation avec Lucius Malefoy ? »
« - Je pense que même sa femme le savait. »
« - Et ? »
« - Et rien. Il n'a jamais été question que ce soit officiel. Une simple maîtresse longue durée, comme il y en a beaucoup chez les sang-purs. »
« - La pensez-vous fiable ? J'ai remarqué que vous ne vous êtes jamais exprimé sur le sujet. »
« - Ça, Monsieur Potter, je ne suis pas le mieux placé pour juger, il me semble. »
« - Peut-être... »
Il y eut un silence pendant lequel Severus s'abstint de tout commentaire. Moins il parlerait, plus vite il serait parti.
« - Pouvez-vous la surveiller ? » demanda finalement Potter.
« - Je vous demande pardon ? »
« - Vous m'avez bien compris. Que ce soit pour la dénoncer ou la sauver, j'aimerais que vous gardiez un œil ou une oreille sur elle. »
« - Très bien, dans la mesure du possible. Je ne suis pas à demeure chez les Malefoy, Potter. »
Celui-ci hocha doucement la tête et ne dit rien de plus. Severus le salua brièvement et s'en fut.
NdA: J'espère que vous me pardonnerez mon incommensurable retard, mais il y a des moments où la vie vous prend tout votre temps... Cette histoire me tient beaucoup à cœur et, pour ceux qui s'inquièteraient, je ne compte absolument pas l'abandonner, bon nombre de chapitres sont déjà prévus! J'espère également que la lecture de ce chapitre vous aura plue!
