Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


Chapitre 4 – Double jeu

La routine s'installait pour Erika au manoir Malefoy. En jouant les secrétaires pour Lucius, elle assistait à bon nombre d'échanges. Elle était chargée de tout consigner et de tout rendre lisible uniquement par son nouveau « patron ». Cette mesure l'excluait également, elle devait donc faire en sorte de retenir tout ce qu'elle entendait et retranscrivait. Un exercice fastidieux au début pour sa mémoire quelque peu rouillée; un jeu d'excellence, à présent.

Accessoirement et pour s'assurer qu'il ne souhaiterait pas la remplacer trop rapidement, Erika se livrait de temps à autre à Lucius. Plus elle le côtoyait, plus elle se détachait de cet homme. Son choix de servir Voldemort et son inaccessibilité apparente l'avaient séduite dans le passé, même envoûtée. Mais son caractère, sa personnalité ne plaisaient finalement pas du tout à Erika. Alors, coucher avec Lucius était devenu une chose parmi toutes les autres qu'elle avait à faire pour lui.

Un jour, alors qu'ils discutaient, ou plutôt qu'elle l'écoutait déverser le tas d'inepties qu'il pensait qu'elle aimait à entendre, il lui proposa une sorte de promotion.

« - Je vais t'envoyer négocier pour moi, » lui dit-il sans préambule.

Elle ne répondit pas tout de suite, étonnée, et se composa rapidement un air vivement intéressé tout autant que réticent. Dans l'esprit de Lucius, elle n'était qu'une gamine indécise. Il fallait qu'il continue de croire à ce qui était peu à peu devenu une fable.

« - Ah oui? » dit-elle bêtement.
« - Tout à fait. Tu en sais suffisamment pour me suppléer efficacement. »

Elle garda un silence mesuré, puis acquiesça sagement.

« - Tu as peut-être raison. »
« - Bien sûr que j'ai raison. Je te sais capable de défendre au mieux nos intérêts. »
« - Je tâcherai de m'en acquitter correctement. »

Il balaya le commentaire d'un geste de la main, signifiant que la conversation était close. Elle n'insista pas. Pourtant, il lui brûlait de savoir qui serait la personne avec qui elle devrait négocier. Quelqu'un d'insignifiant pour la tester sans risque, ou quelqu'un d'important parce qu'il lui faisait réellement confiance? Elle en était là de ses réflexions quand il l'embrassa sans prévenir. Elle s'empressa d'y répondre pour ne pas le décevoir, mais elle n'avait pas vraiment envie.

Elle se prit à espérer qu'il s'en tienne là, mais Lucius n'était pas du genre à embrasser une femme sans en vouloir davantage. Il ne tarda pas à la dénuder, cependant il n'enleva pas ses propres vêtements; il devait avoir autre chose à faire. Il lui intima de se retourner et de se pencher, ce qu'elle fit sans rechigner. Il la pénétra plutôt violemment et elle ne put s'empêcher de serrer les dents. Elle commençait à détester quand il faisait ça. Peut-être n'était-ce pas encore assez plaisant à son goût, car il lui agrippa la poitrine à pleines mains. Ce n'était même pas érotique. Après un moment à l'avoir malaxée de la sorte, il posa ses mains sur ses hanches et accéléra les vas-et-vient jusqu'à jouir en elle avec un râle profond. Alors il se retira.

Elle attrapa sa baguette, fit apparaître un linge pour s'essuyer l'entre-jambes, puis le désintégra. Ensuite elle se rhabilla. Tandis qu'elle enfilait sa robe, il dit:

« - Nous reparlerons de tout cela bientôt. »

Et il quitta la pièce. Elle laissa son regard se perdre sur la porte qui venait de se refermer et s'assit. Il lui avait fait un peu mal. Mais elle avait l'habitude. Et puis, sa mission, si terrible qu'elle lui avait paru dans un premier temps, progressait bien et elle trouvait cela très stimulant.

D'ailleurs, il faudrait bientôt qu'elle passe au QG pour faire son rapport. Elle attendrait de connaître le nom de sa cible pour être complète. Potter serait sans doute satisfait de sa progression.

§***§

Sirius soupira pour la énième fois, ce qui eut le don de vriller les nerfs de Remus.

« - Tu vas finir par nous faire repérer, » chuchota-t-il.
« - Par qui ? » demanda Sirius sur le même ton en haussant les épaules. « Il n'y a personne ici. On a encore eu une mauvaise info. »
« - À ce jeu-là, ils sont aussi forts que nous, » répliqua Remus.

Il s'assit sur le sol, tout aussi convaincu que Sirius qu'il ne se passerait rien d'intéressant ce soir-là. Son ami ne l'imita pas, feignant de s'intéresser à l'objet invisible de leur surveillance. Remus en profita pour l'observer. Sirius semblait extrêmement fatigué.

« - Tu as des difficultés à dormir ? »

Sirius se pinça l'arête du nez en fermant les yeux et ne dit rien. Remus décida de mettre les pieds dans le plat.

« - C'est à cause d'Erika ? »

Sirius garda le silence mais s'assit face à son ami.

« - Tu n'as pas de nouvelles, je présume, » continua Remus. « Sache que moi non plus. Sa mission doit lui prendre tout son temps libre. »
« - Mais elle a toujours son travail au Ministère ! »

Sirius baissa les yeux quand Remus le regarda avec intérêt.

« - N'avais-tu pas dit que c'était fini ? » demanda le lycanthrope. « Que ce serait plus facile parce que tu ne la verrais plus ? »
« - Si, je l'ai dit ! » s'emporta Sirius. « Mais, je ne sais pas, je pensais que ce ne serait pas si radical pour elle... »
« - Je ne crois pas que ça l'est. »
« - Elle trouverait le temps d'écrire, alors. Elle l'a toujours fait. »

Remus secoua la tête. Son ami était parfois bien aveugle, contrairement aux apparences.

« - C'est qu'elle se sent assez forte pour ne pas faire appel à toi. N'est-ce pas ce que tu lui as dit ? Que tu ne voulais plus la voir dépérir ? »
« - À peu près, oui... »
« - Et bien, ça fonctionne, visiblement. »

Sirius fronça les sourcils, apparemment peu enclin à croire ce que Remus lui expliquait. Le lycanthrope, lui, était rassuré de constater qu'il ne s'était pas trompé au final. Ménager Erika n'était pas la solution pour qu'elle se dépêtre de ses problèmes. Peut-être Sirius et elle trouveraient-ils le moyen de se parler ouvertement, maintenant. Remus ne croyait pas au renoncement définitif de son ami. Mais même s'ils finissaient par se mettre ensemble, il n'était plus certain que cela durerait.

« - Remus, regarde ! » chuchota soudain Sirius.

Le lycanthrope releva la tête et la tourna dans la direction que Sirius lui indiquait. Il aperçut une silhouette encapuchonnée entourée de sorciers au visage masqué. Elle faisait un échange avec des Mangemorts. Une fois la marchandise vérifiée, que les deux hommes ne pouvaient voir depuis leur point d'observation, ils transplanèrent tous. Remus regarda Sirius.

« - Qu'est-ce que c'était ? » demanda ce dernier.
« - Je n'en sais rien, » répondit Remus en haussant les épaules. « Mais je te parie que ce quelque chose qui nous échappe est d'une importance capitale. »
« - Qui a eu l'information sur ce rendez-vous ? »
« - Erika. C'est elle qui nous fournit la liste des rendez-vous importants. »
« - Alors elle doit savoir ce qui se cache là-dessous ! On doit lui parler ! »
« - Ça m'étonnerait qu'elle sache, » tempéra Remus. « Elle joue les secrétaires, elle n'est pas encore dans le secret des dieux. »
« - C'est vrai. Mais alors... »

Les deux hommes se regardèrent en ayant l'illumination au même moment.

« - Rogue ! »

§***§

« - Comment ça, non ? Mais tu sers à quoi alors ? »
« - Sirius ! »

Severus secoua la tête d'un air dédaigneux face à tant de démonstration incontrôlée. Typique du cabot. Ce qu'il pouvait être agaçant, à force. Mais tandis qu'il se chamaillait avec le loup, le maître des potions s'interrogea : comment était-il possible qu'il ne soit pas au courant ? Si cet échange était sur la liste de rendez-vous de miss Stewart, alors Lucius y était allé. Et que diable le Seigneur des Ténèbres avait-il bien pu donner à quelqu'un sans rien d'autre en retour ? Severus fronça les sourcils. Quelque chose d'important se tramait et il n'était pas dans la confidence. Il devait trouver le moyen de s'informer.

« - Hey, tu vas où ? »
« - Pour autant que je sache, ça ne te concerne en rien, Black. »

Severus s'était détourné des deux autres hommes, considérant que leur demande ne s'adressait plus à lui, et s'apprêtait à transplaner.

« - Attends, » temporisa Lupin, « et pour l'objet transmis, tu as une idée ? »
« - Non, » répliqua-t-il.

Mais pour ce qui est de ce point, je peux enquêter, compléta-t-il pour lui-même. Et il transplana, droit chez les Malefoy, retirant un léger sentiment de satisfaction à la vue de la mine furibonde de Black.

Il se ressaisit bien vite, cependant, en s'annonçant à l'elfe de maison venu « l'accueillir » à l'entrée du Manoir Malefoy. S'enquérir de quel importun osait se présenter sans invitation aurait été plus juste comme description. Mais chez les Mangemorts, et encore pour l'heure, Severus avait un certain passe-droit dont il se servait parfois. C'est pourquoi, bien qu'affichant ouvertement son ennui, Lucius ne fit aucun commentaire en le recevant.

« - Severus, » dit-il de son ton traînant et hautain habituel, « que puis-je faire pour toi ? »
« - L'Ordre est au courant pour l'échange, » déclara-t-il abruptement comme si lui-même en savait tout.

Lucius se crispa à la mention de l'échange. Tout son corps criait « pas ici ».

« - Viens, » dit-il d'un ton doucereux, « nous serons plus à l'aise dans mon bureau. »

Severus le suivit dans le dédale de couloirs du manoir qu'il connaissait à présent plutôt bien. Quand Lucius eut refermé la porte du bureau derrière lui, il se transforma littéralement.

« - Tu es fou de mentionner ce genre de choses au vu et au su de tous ! »
« - À partir du moment où l'Ordre commence à s'en mêler, » répliqua Severus, « je ne vois pas où est le problème. »
« - Ah, ces imbéciles ont-ils vu notre contact ? »
« - Non. »
« - Et le paquet, ils savent ce que c'est ? »
« - Non. »
« - Alors nous sommes tranquilles, ils ne le retrouveront jamais. »
« - Tu t'en es bien assuré ? »

Severus savait comment amener Lucius à parler, même à demi-mots. L'aristocrate tombait dans le panneau à chaque fois. Néanmoins, il ne fallait pas abuser de cette technique ou elle se retournerait contre lui.

« - Évidemment, » dit Lucius d'un ton condescendant, « la coupe est intraçable. »

Severus acquiesça doucement. La coupe. Ils n'étaient pas près de voir la fin de cette guerre.

« - Maintenant que te voilà rassuré, » ajouta Lucius, « veux-tu boire quelque chose ? »

« - Volontiers, » répondit Severus.

Ils s'assirent et discutèrent de choses sans réel intérêt. Il fallait bien entretenir un certain semblant de convivialité. Severus avait l'habitude, de toutes façons.

« - Mais je ne t'ai pas dit qui était revenu en rampant auprès de moi ? » s'exclama alors Lucius, visiblement très satisfait.
« - Non, en effet, » admit Severus, bien qu'il avait une petite idée de la personne dont il était question.
« - Je te le donne en mille : Erika ! »
« - Qui ça ? »
« - Enfin, la petite aux cheveux noirs, cela ne te dit rien ? Elle travaille au Ministère... »
« - Non, je ne crois pas... Ah si, je vois. Elle est revenue ? Et tu as accepté ? Je croyais qu'elle n'était plus d'aucun intérêt... »
« - Figure-toi que si. Elle est très efficace dans son travail. Et elle est moins attachée, c'est plus agréable. »
« - Je te crois sur parole. »

Il semblait donc que Miss Stewart était bien dans la place.

« - Bien, » dit Severus en se levant, « je vais devoir y aller. »
« - Je te raccompagne, » répondit Lucius en imitant son geste.

Ils regagnèrent l'entrée du Manoir Malefoy en silence.

« - Bon séjour à Poudlard. »

Severus inclina la tête et s'en fut. Quand Potter apprendrait la nouvelle à la prochaine réunion, il ne serait pas très heureux. Mais il était inutile de l'alerter avant, sans davantage de détails.

§***§

C'était le sourire aux lèvres que le jeune dirigeant de l'Ordre avait accueilli la nouvelle: Erika devait rallier Andrea Priest à la cause du Seigneur des Ténèbres. Elle avait appris que les Mangemorts avaient déjà tenté de l'approcher, mais sans franc succès, bien que l'hésitation était chaque fois au rendez-vous. Il lui revenait la tâche ardue de convaincre quelqu'un de quelque chose qu'elle savait absolument erroné. Potter souhaitait qu'elle ne montre aucune réticence, ils avaient besoin de savoir s'ils pouvaient encore se fier à Andrea Priest et s'ils allaient devoir la protéger.

Ils sortirent de son bureau et il dit:

« - Nous donnons une petite fête ce soir en l'honneur de l'anniversaire de Remus. Voulez-vous vous joindre à nous? »

C'était l'anniversaire de Remus? Cela lui était complètement sorti de l'esprit.

« - Bien sûr, » répondit-elle laconiquement.
« - Bien, » acquiesça-t-il.

Ils se dirigèrent vers la salle principale du QG où avaient lieu toutes les réunions et fêtes. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu'elle n'était plus venue. Elle n'avait d'ailleurs pas vraiment eu le temps d'y songer entre toutes ces activités au manoir. Et puis, comme elle faisait son double travail correctement, la vie y était douce, l'argent coulait à flot. Les Mangemorts tels que Lucius et son entourage avaient de quoi mener grand train.

« - Oh, Erika, tu es là ! »

Quelqu'un venait vers elle, une jeune femme qui semblait la connaître mais dont elle n'avait pas souvenance. À mesure qu'elle approchait cependant, Erika la reconnut : Alice, entrée dans l'Ordre en même temps qu'elle. Elle se tourna vers Potter, mais il s'était éclipsé. Alors elle se composa un visage avenant et se prépara à affronter la volubile Alice.

« - Je suis contente de te voir ! Tu es venue pour l'anniversaire de monsieur Lupin ? Ou tu as fini ta mission ? Moi je suis encore en entraînement... »

Elle avait tout dit d'une traite, sans reprendre sa respiration. Erika profita qu'elle était à bout de souffle pour répondre.

« - Non et... non. »

Alice resta interdite face à une réponse si concise.

« - Excuse-moi, » ajouta Erika, « il y a quelqu'un que je dois voir. »

Elle avait aperçu Sirius et se dirigea vers lui tandis qu'Alice émettait un faible « Ah, d'accord ». Quand Sirius la vit, son regard joyeux s'assombrit pendant une fraction de seconde. Puis il lui offrit un léger sourire et attrapa une bièreaubeurre pour la lui mettre dans les mains quand elle arriva à son niveau.

« - Bonsoir, Erika, » dit-il.
« - Bonsoir, Sirius. »
« - Ça va, là-bas ? »
« - Oui, » acquiesça-t-elle, « les choses évoluent bien. Et pour toi ? »
« - Tranquille pour le moment. »

Malgré leur conversation anodine, il y avait un certain malaise entre eux qui transpirait dans leurs paroles. Il se racla doucement la gorge, comme s'il cherchait à se donner le courage nécessaire pour entamer sa prochaine phrase.

« - Tu sais, tu seras la bienvenue à la maison quand... tu auras fini... si tu veux... »

Il regardait ailleurs, apparemment pas certain de vouloir entendre la réponse qu'elle lui donnerait.

« - C'est gentil, » répondit-elle, « je veux bien. Tu m'aideras pour revendre l'appartement? »

Il resta interloqué un moment, puis sourit doucement.

« - Bien sûr. »

Un silence, tout relatif au vu du bruit de la fête autour d'eux.

« - Tu as déjà vu Remus? » lui demanda-t-il.

Elle secoua la tête.

« - Viens... Il se cache... »

Il lui fit un clin d'œil complice, lui prit la main et l'emmena dans les couloirs du QG. Au détour de l'un d'eux, une porte à peine visible était entrebâillée. Sirius la poussa et entraîna Erika à sa suite. Là, Remus était assis, visiblement fatigué. En les voyant entrer, il haussa les sourcils et leur adressa un léger sourire un peu étonné.

« - Erika? » dit-il. « Que fais-tu là? »

Elle allait ouvrir la bouche pour lui répondre, mais Sirius la devança.

« - Elle a trouvé le moyen de venir exprès pour toi! Tu n'es pas content? »
« - Et bien, si, mais ta mission? »

Le lycanthrope continuait de s'adresser à elle et elle n'eut d'autre choix que d'entrer dans le mensonge qui venait d'être avancé.

« - Cela coïncidait avec un de mes moments de liberté. »

En cela, elle n'avait pas menti. Elle s'approcha de son ami pour l'embrasser sur la joue.

« - Joyeux anniversaire, » lui dit-elle.
« - Merci. »
« - Lunard, » intervint Sirius, « si tu restes encore ici, les autres vont se vexer... »

Il avait un air sérieux, concerné. Remus se leva en soupirant.

« - Très bien, un bain de foule n'a jamais tué personne... »
« - Sauf qu'un surlendemain de Pleine Lune, ce n'est pas l'idéal, » fit remarquer Erika.
« - On ne choisit pas le jour de sa naissance, » répliqua doucement le lycanthrope. « Allons-y... »

Ils retournèrent tous trois dans la salle. Erika nota que la plupart des gens présents n'assaillirent pas Remus, l'ayant peut-être déjà salué. Néanmoins, il fut plus sollicité qu'habituellement, ce qui la poussa à s'écarter un peu. Elle vida la bièreaubeurre qu'elle avait en main et en attrapa une autre. Puis elle tâcha de se distraire un peu. Elle observa les gens, ses collègues résistants. Pourtant, elle se sentait aussi éloignée d'eux que la Lune pouvait l'être de la Terre. En interaction, mais sans aucune attache visible.

Sirius était en grande discussion avec un sorcier qu'elle ne connaissait pas. En fait, elle ne connaissait réellement personne pour ainsi dire. Elle n'aurait peut-être pas dû accepter de rester. Le monde dans lequel Lucius évoluait, bien qu'il soit corrompu par Voldemort, lui correspondait bien mieux que cet étrange amas de gens n'ayant qu'une seule chose en commun, un ennemi. Une fois la paix revenue, si elle revenait, les différences reprendraient le dessus et les sépareraient comme avant. Ce principe, sa mère le lui avait trop bien inculqué…

§§§§§

« - Cesse de le regarder de la sorte, il ne te mérite pas. »

À contrecœur, Erika détourna les yeux de Joshua. C'était un beau garçon pourtant, plutôt gentil. Mais la gentillesse ne suffisait pas, elle le savait.

« - C'est mieux, » approuva sa mère. « Allons, montre-moi ta tenue... »

La jeune fille tourna sur elle-même.

« - Parfait, tu es parfaite. Ne l'oublie pas. »
« - Oui, Mère. »

Le train siffla. Il fallait embarquer. Erika laissa sa mère lui prendre les mains.

« - Passe un bon trimestre. Écris-nous toutes les semaines. »
« - Oui, merci, Mère. »

Puis elle se tourna vers son père. Il lui sourit doucement, un court instant, puis recouvra tout son sérieux.

« - Bon voyage, ma fille. Nous nous reverrons pour Noël. »
« - Merci, Père. À bientôt. »

Elle se dirigea vers son compartiment habituel, sans un regard en arrière. C'était ainsi, ses parents avaient déjà transplané. Et tandis que les autres faisaient des signes à leurs parents, elle projetait de discuter avec Joshua. Sa mère ne voyait qu'à long terme, mais elle ne comptait pas se caser définitivement à quinze ans...

§§§§§

Elle sourit en repensant à Joshua. Leur relation n'avait duré que quelques mois. Il y en avait eu quelques autres par après, toujours sans lendemain, lui faisant réaliser à chaque fois davantage que la gent masculine de sa génération ne l'intéressait pas.

Et pour le moment, la gent masculine de manière générale ne l'intéressait pas. Par curiosité, elle se fit plus attentive aux mâles de la pièce. Elle déposa sa bouteille vide et en prit une autre pleine. Non, non, non, décidément non, certainement pas. Ah, Sirius, compliqué, sans doute non. Encore non, toujours non, oh que non! Remus... peut-être, peut-être pas, et puis non. Non, non, non.

Elle cessa de regarder. Elle ne voulait pas « d'homme dans sa vie » pour le moment. Elle avait déjà assez à subir avec Lucius et il lui suffisait amplement quand il se montrait plus ouvert pour assouvir ses quelques envies. D'ailleurs, il avait eu ce point positif qu'elle était finalement parvenue à passer au-dessus du blocage suite à la mort de son fils.

Y songer l'attrista quelque peu. Elle soupira et consulta une horloge. Tiens, le temps passait tout de même plutôt vite. Plongée dans ses pensées, elle ne l'avait pas vu s'écouler. Il était vrai qu'il y avait moins de gens dans la pièce. Elle revint à ses amis. Sirius était toujours en grande conversation, elle n'allait pas le déranger. Mais Remus était adossé à un mur, une bouteille de bièreaubeurre à la main, l'air exténué.

Elle se rapprocha du lycanthrope.

« - Tout va comme tu veux? »
« - Oh, bah, oui, il faut bien... »

Elle fronça les sourcils. Il semblait passablement éméché.

« - Tu as bu beaucoup? »

Il haussa les épaules et sourit.

« - Je n'ai pas compté... »

Elle jeta un coup d'œil alentour.

« - Tu as vu tout le monde? »

Il regarda à son tour dans la pièce, mit un certain temps à en faire le tour, puis répondit:

« - Oui, je pense. »
« - Très bien, viens avec moi... »
« - À vos ordres, mademoiselle! »

Il se décolla du mur et la suivit tandis qu'elle empruntait le chemin que Sirius lui avait montré plus tôt. Ils atteignirent la pièce dissimulée et Erika en ferma la porte tandis que Remus s'affalait dans un fauteuil. Elle s'installa face à lui et l'observa un moment.

« - Qu'y a-t-il? » demanda-t-il quand il s'en rendit compte.
« - Rien. »
« - Allez, dis-moi... »
« - Je suis inquiète pour toi, tu n'as pas l'air bien... »
« - Oh, c'est gentil... »

Il sourit et enchaîna.

« - Mais ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude. »
« - Tu as l'habitude de boire dans cet état? »
« - Bah... »

Il balaya la remarque du revers de la main.

« - Tu t'en fais pour rien, » conclut-il.
« - Bon, si tu le dis. Je vais te laisser. »

Elle se leva mais il lui attrapa le poignet pour la retenir et accrocha son regard.

« - Reste... s'il te plaît... »

Et il serra davantage sa prise.

« - Tu me fais mal, Remus... »

Il sembla réaliser qu'il la retenait au moment où il posa les yeux sur son bras.

« - Oh, pardon... » dit-il en la lâchant.

Elle se massa le poignet.

« - Je suis désolé, » ajouta-t-il. « Te faire mal est la dernière chose que je souhaite. »
« - Ce n'est rien, » répondit-elle doucement.
« - Si, si, je tiens beaucoup à notre amitié, je ne voudrais pas la gâcher bêtement... »

Il avait baissé la tête et usait d'un ton penaud. Elle secoua la tête et se pencha sur lui en lui attrapant le menton pour l'obliger à la regarder.

« - Remus Lupin, écoute-moi bien, notre amitié ne sera jamais remise en cause pour ce genre de sottises... »

Il sourit, d'un sourire tellement doux qu'elle ne put s'empêcher d'y répondre.

« - Tant mieux, » dit-il.

Et il l'attira vers lui pour l'embrasser. D'abord, elle se laissa faire, paralysée par la surprise. Puis elle continua de se laisser faire, du fait que c'était très agréable. Enfin elle répondit à son baiser, parce qu'elle ne concevait pas de ne pas le faire.

« - Erika! »

Elle sursauta, tout comme Remus, et ils se séparèrent aussitôt pour découvrir que Sirius les regardait avec des yeux ronds.

« - Mais, qu'est-ce qui vous prend ? » s'exclama-t-il.

Il les englobait dans sa question, mais il s'adressait à elle en particulier.

« - Nous sommes adultes et libres de faire ce qu'il nous plaît… » répondit-elle avec un aplomb et un calme surprenants, bien que la teinte rouge que devaient avoir prise ses joues n'était pas pour plaider en sa faveur.
« - Allons, Sirius, calme-toi… »

Remus se voulait apaisant, mais son ton embué d'alcool ne convainquit par Sirius.

« - Laisse tomber, Remus… Erika, j'ai à te parler… »
« - Si tu veux, » soupira-t-elle.

Ils sortirent dans le couloir.

« - Tu n'as pas honte ? » explosa Sirius.

Elle le regarda sans comprendre.

« - Honte de quoi ? »
« - Ne joue pas avec Remus comme avec… »

Il s'interrompit. Elle le regarda droit dans les yeux, à peu près certaine de ce qu'il pensait, mais curieuse de l'entendre dire.

« - Comme avec ? » demanda-t-elle d'un ton impassible.

Il hésita, allait dire quelque chose et se ravisa aussi vite.

« - Lucius, » finit-il par répondre.

Elle acquiesça doucement, sans mot dire. Elle n'avait jamais joué avec personne, mais puisqu'il le prenait ainsi...

« - Bien, » dit-elle. « Au revoir. »

Elle se détourna, fit quelques pas…

« - Mais, Erika… »

… et transplana. Vraiment, elle n'aurait pas dû rester.

§***§

Remus avait vu l'échange entre Sirius et Erika. Il avait été trop lent à se relever pour les rattraper et ne pouvait plus intervenir quand il avait compris que les choses s'envenimaient entre eux.

Derrière la porte entrebâillée, il secoua la tête. Le mouvement lui fit perdre l'équilibre, il se rattrapa au mur le plus proche et se laissa glisser jusqu'au sol. Assis par terre, il ne risquait plus de tomber.

Avait-il vraiment embrassé Erika ? Le souvenir de ses douces lèvres contre les siennes était encore vivace. Il tenta de se reprendre mentalement : venait-il réellement de passer sa langue sur ses lèvres ? Mais il n'était pas amoureux d'Erika ! Ou peut-être un peu ? Non, pas du tout. Il l'aimait beaucoup, mais pas comme ça. Il était en manque, voilà tout ! Oh non, venait-il vraiment de s'avouer ça ? Oui, sans doute, il fallait le reconnaître. Elle ou une autre, c'était le mauvais endroit au mauvais moment, ç'aurait été pareil. Quoiqu'une autre ne se serait pas inquiétée pour lui. Erika était trop gentille avec lui. Elle avait eu l'air malheureux. Il avait eu envie de la consoler...

« - Tout va comme tu veux ? »

Remus ouvrit les yeux et redressa la tête, qui était appuyée contre le mur, trop vite. Sentant la nausée poindre, il laissa retomber sa tête en arrière aussi vite.

« - Pas vraiment, » articula-t-il difficilement.
« - Tant mieux, ça t'apprendra ! »
« - Sirius... »
« - Quoi, tu veux ma bénédiction peut-être ? »
« - Non... »

Un silence. Sirius avait l'air de vouloir partir ou le cogner. Mais il restait là.

« - C'était pas elle, » tenta d'expliquer Remus.
« - Tais-toi. »
« - C'est ma faute... »
« - Arrête. »
« - Non, écoute Sirius, s'il-te-plaît... »

Sirius lui décocha un regard plein de pitié.

« - T'es salement arrangé... Allez, viens là... »

Il l'aida à se relever et à s'allonger dans le fauteuil.

« - Sirius, je ne l'aime pas... »
« - Quoi ? »
« - Enfin, si, mais pas comme ça... Tu sais... »
« - Tais-toi et repose-toi. »

Le ton de Sirius était toujours sec, il était encore en colère, mais plus autant, plus envers lui.

« - Ne lui en veux pas, » tenta de nouveau Remus.

Il ne fallait pas qu'il reste fâché avec Erika.

« - C'est moi qui ai voulu... » ajouta-t-il.
« - Voulu quoi ? »

Remus tentait de rassembler ses idées, mais ses paupières étaient lourdes.

« - L'embrasser, » dit-il en fermant les yeux, « juste l'embrasser... »
« - C'est sûr que tu n'aurais pas été capable de plus, » plaisanta Sirius.
« - Oui, » dit Remus en souriant, « c'est sûr... »

Il luttait contre le sommeil qui l'envahissait doucement.

« - Sirius, elle était triste... »
« - Je sais. »

Remus sourit de nouveau. Sirius avait compris, il pouvait dormir maintenant. Alors il se laissa engloutir par les ténèbres.

§***§

« - Mademoiselle Stewart, puis-je vous parler ? »

Erika releva la tête et sourit aimablement.

« - Bien sûr, madame Malefoy. »

Si elle avait eu le choix, elle aurait dit non, mais mieux valait ne pas contrarier l'épouse de Lucius.

« - Je souhaiterais vous avoir à mes côtés, » déclara-t-elle de but en blanc.

Erika haussa les sourcils, mais ne dit rien, attendant d'avoir de plus amples détails.

« - Je trouve que vos talents sont gâchés. Mon époux ne réalise clairement pas votre valeur. Il pourra trouver aisément n'importe quelle autre secrétaire pour vous remplacer dans tous les travaux qu'il vous confie. Néanmoins, peu de gens ont votre capacité à maîtriser les arts de la mondanité qui est toujours de mise en de nombreuses occasions. Votre ascendance parle pour vous et je vous ai vue à l'œuvre en quelques occasions. »

Erika se donna un moment pour évaluer si son espionnage ne pâtirait pas de ce changement, laissant paraître une réflexion sur la proposition et ses avantages.

« - Bien sûr, » enchaîna son hôtesse, « vous n'aurez à vous occuper de rien en ce qui concerne l'aménagement de votre travail au Ministère. Et il va sans dire que votre notoriété reprendrait toute la splendeur qu'elle avait avant l'exil de vos parents. »

Joli coup. Erika retint une grimace. Cela ne pouvait pas faire de tort à sa mission, mais elle devrait jouer plus serré. Cela l'intéressait.

« - Très bien, » dit-elle en refermant le dossier qu'elle était en train de traiter. « Quand commençons-nous, madame Malefoy ? »

Sa nouvelle patronne sourit, très satisfaite d'elle-même.

« - Appelez-moi Narcissa, » dit-elle en lui tendant la main. « Tout de suite, si vous le souhaitez. »
« - Alors, allons-y, Narcissa, » répondit Erika en serrant la main tendue. « Je suis avide de savoir comment la haute société sorcière a évolué… »


NdA: Non, à la base, ce n'est pas fait exprès, je devais bel et bien publier il y a une semaine. Mais, au final, ce n'est pas plus mal, car ma beta (et moi-même d'ailleurs) se lance dans la folle aventure du NaNo, donc elle sera dans l'incapacité de corriger le prochain chapitre avant début décembre, ce qui vous donne une estimation pour la parution du chapitre 5. En espérant que cette lecture vous aura intéressé et que vous aurez assez de patience pour attendre la suite...