Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


Chapitre 6 – Nouvelle allégeance

Furieux était un mot trop faible pour décrire son état présent. Mais pour qui cette gamine se prenait-elle ? Alors qu'il s'éloignait de la pièce à grandes enjambées, il heurta quelqu'un dans le couloir.

"- Severus? Mais que...?"
"- Pas maintenant, Lupin!" cingla-t-il sans se retourner ni même s'arrêter.

Il entendit le lycanthrope marmonner quelque chose en partant dans l'autre sens.

La petite protégée du duo infernal, il était vraiment mal tombé. Cette fille ne tiendrait jamais chez les Mangemorts. Qu'avait donc en tête cet idiot de Potter? Ils couraient au désastre. Si elle était parvenue à faire bonne figure avec Lucius, ce ne serait certainement pas le cas avec le Seigneur des Ténèbres. Faire fi de sa propre couverture mise en place depuis tant d'années en lâchant une novice, quelle inconscience!

C'est donc fulminant qu'il débarqua dans la cuisine. Merlin seul savait pourquoi il s'y était rendu. Puisqu'il y était, un petit remontant ne lui ferait pas de mal. Il n'avait quand même pas le choix, il devait attendre au QG, alors autant passer le temps. Il attrapa un verre à whisky dans l'armoire dédiée et se mit en quête d'une bouteille assortie. Où pouvaient-elles bien être?

"- Y a plus rien ici..."

La voix dans son dos le fit se crisper. Black. La raison de sa fureur première lui revint en mémoire au pas de charge. L'ancien détenu d'Azkaban tombait mal, il ferait les frais des frasques de sa protégée.

"- On peut savoir ce que tu fabriques ici, Black?"

Severus vit l'air dédaigneux s'afficher sur les traits de son interlocuteur indésiré au moment où il se retournait.

"- Je fais une pause entre deux retours d'infos importantes. Tout le monde ne peut pas en dire autant..."
"- Si ta petite copine faisait moins de bêtises à rattraper, je serais plus efficace."

L'expression de Black changea du tout au tout et son visage se ferma hermétiquement.

"- Si tu cherches l'alcool, un bar a été aménagé dans le salon du premier."

Severus fut désarçonné par le ton indifférent qu'utilisa son vis-à-vis. C'était tellement inattendu de sa part qu'il ne trouva qu'une seule chose à dire.

"- Merci."

Black quitta la pièce aussitôt. Cela eut le mérite de ramener le Mangemort dans la réalité présente. Il resta un moment immobile, son verre vide à la main. Il venait de remercier Black. Si le fait que celui-ci soit parvenu à le surprendre était à noter dans les anales, sa propre réponse faisait de ce jour un précédent historique. Il fallait qu'il se reprenne.

Se secouant mentalement, il se remit en mouvement et alla chercher le whisky qu'il convoitait dans la pièce mentionnée par Black. Il se servit un verre, évitant de prendre la bouteille avec lui, et partit à la recherche d'une pièce vide et à l'écart. Quand il l'eut trouvée, il s'affala dans un des deux fauteuils qui constituaient son ameublement et avala sa première gorgée de whisky. Il s'autorisa à ne pas penser tandis que le liquide ambré coulait dans son oesophage avant d'atteindre son estomac pour lui procurer une douce sensation de chaleur dans les entrailles. Alors il permit à son cerveau de se remettre en marche.

Peut-être que Miss Stewart n'était pas si exécrable que cela. Au contraire, elle était parvenue à mettre en application ses recommandations. Mieux que cela, elle avait même été fourbe au point de le provoquer. C'était une tendance suicidaire à juguler, mais cela dénotait une certaine aptitude à la manipulation. Potter – et Merlin savait ce qui lui en coûtait de se l'avouer – n'avait sans doute pas fait d'erreur en l'autorisant à continuer ses investigations. Et tout bien réfléchi, si elle survivait parmi les Mangemorts, avoir un allié dans la place pouvait être un avantage considérable.

Severus soupira. Il avait tout intérêt à lui apporter son soutien et son aide. Seulement, après ce qu'il lui avait fait, il doutait qu'elle requiert encore ses services à l'avenir. C'était dommageable, elle avait besoin que son esprit soit formé correctement. Ce n'était certainement pas la soi-disant prodige d'Alice Swire qui allait l'y aider. Cette gamine prétentieuse et volubile ne fonctionnait qu'à l'instinct, aucune base structurée. Comment pouvait-elle prétendre former un esprit à l'opposé de l'autodidactisme en n'ayant aucune structure elle-même?

Le Mangemort leva son verre devant ses yeux et fit jouer le liquide ambré qu'il contenait comme si la solution allait y apparaître. En fait, cela l'apaisa un peu. Il consulta l'horloge murale d'un coup d'oeil rapide. Il lui restait encore pas mal de temps avant son rendez-vous. Il fit apparaître un tas de copies devant lui et entreprit de les corriger, se désintéressant momentanément de l'épineux problème qu'allait s'avérer être le prochain marquage du Seigneur des Ténèbres.

§***§

La première impression qui lui vint quand elle se réveilla, c'est qu'un Détraqueur devait s'être occupé d'elle. La seconde, c'est que, finalement, l'Enfer devait exister et qu'elle y avait gagné un séjour tant il faisait chaud autour d'elle. Malgré le mal de tête qui lui donnait le sentiment que son crâne allait exploser, elle fit l'effort d'ouvrir les yeux. Quand elle y parvint, elle se dit que l'Enfer était drôlement moins rouge que ce qu'elle avait toujours imaginé. Elle remua pour essayer d'identifier son environnement mais son corps refusa d'obtempérer complètement.

"- Erika?"
"- Hm?"
"- Tu es réveillée, bien..."

Une ombre bougea à la limite de son champ de vision, puis s'approcha.

"- Que t'a-t-il fait?"

Il lui fallut un moment pour identifier son interlocuteur rien qu'à la voix. Puis une lumière éclaira son cerveau embrumé. C'était Remus. Alors elle fronça les sourcils.

"- Qui m'a fait quoi?"

Il s'approcha davantage et elle vit qu'il souriait doucement.

"- Qui, Rogue. Quoi, à toi de me le dire, c'est toi qui le suivais tout à l'heure..."

Un nouveau moment à faire surchauffer ses méninges plus tard, elle s'était souvenue de ce qu'il s'était passé.

"- Oh, rien, enfin, je l'ai provoqué, mais bon, il est susceptible."

Il fronça les sourcils.

"- Cela te dérangerait d'être un peu plus claire?" demanda-t-il doucement.
"- C'est compliqué... j'ai chaud."

Son regard disait qu'il n'était pas satisfait de la réponse, mais il ne fit aucun commentaire. Avec des gestes lents, il tordit une serviette qu'il appliqua ensuite sur le front d'Erika. Elle soupira d'aise.

"- Tu as de la fièvre," précisa-t-il. "Tu es malade?"
"- Une allergie à ma mission, sans doute..."
"- Oh, ça..."

Le silence s'installa entre eux. C'était confortable. Elle avait envie de fermer les yeux et de se laisser soigner sans penser à rien. Mais elle n'avait pas le temps.

Elle fit un effort sur elle-même et se redressa. Pas de nausées, bien, c'était moins grave que ce à quoi elle s'attendait.

"- Que comptes-tu faire, comme ça?" s'enquit Remus.
"- Ce que je dois faire."

Elle fit mine de se lever, mais il posa ses mains sur ses épaules.

"- Tu n'es pas en état... Repose-toi..."
"- Je n'ai pas le temps, Remus, je..."

Elle croisa son regard et ils restèrent accrochés. Ils se ressemblaient tellement à l'intérieur qu'ils n'avaient pas toujours besoin de parler pour se comprendre. Il retira ses mains. Elle lui sourit.

"- Merci, Remus."
"- Fais attention à toi."

Elle acquiesça et se leva, puis quitta la pièce.

§***§

"- Monsieur Rogue?"

Il leva le regard vers elle et haussa un sourcil intrigué. Elle était appuyée contre l'encadrement de la porte du salon où s'était installé Rogue. La recherche du bonhomme n'avait pas été simple, la fièvre lui compliquant encore la tâche. Elle devait paraître vraiment pâle, mais elle s'en fichait. Il prit le temps de la détailler.

"- Je ne pensais pas vous revoir," déclara-t-il.

Il n'y avait pas de "tout de suite" pour ponctuer sa phrase.

"- Vous vous trompiez, me voilà. Pouvons-nous reprendre?"
"- Je ne crois pas que vous le puissiez."
"- Je n'ai pas le choix. Je dois être capable de faire face à tout moment."

Il resta silencieux sans la quitter du regard.

"- Allez-vous m'aider?" reprit-elle.

La douleur dans ses membres choisit ce moment précis pour se manifester et elle se sentit défaillir. Mais ce n'était pas le moment de faiblir. Elle lutta pour rester consciente de ce qui l'entourait, pourtant la réalité semblait changer. On aurait dit les labyrinthes de son enfance. Son père la préparait à l'avenir glorieux de sorcière qu'elle devait avoir et aurait certainement en la soumettant à des tests aléatoires dans des labyrinthes fictifs et flous. À chaque détour, il pouvait y avoir n'importe quoi à affronter, un ennemi, une énigme, ou encore rien, ce qui était le plus dangereux car une pression supplémentaire s'ajoutait au défi: la peur de se faire surprendre.

Elle évoluait à pas mesurés dans cet environnement hostile, mal à l'aise. Qu'allait-il encore lui arriver? Et puis, elle réalisa ce qui se passait et sa progression s'en trouva plus maîtrisée. Au croisement suivant, elle tourna à gauche. Il y avait là un peu plus loin un socle surmonté d'un coffret. Elle s'approcha et observa avec suspicion le socle et ses alentours. Sa baguette lui révéla qu'aucun piège ne l'attendait. Il ne restait donc qu'à ouvrir le coffre pour découvrir ce qu'il contenait. Elle s'exécuta avec des gestes lents et regarda à l'intérieur. Un visage la fixait de ses petits yeux mesquins et lui parla.

"- Tu es mignonne, tu sais, te l'a-t-on déjà dit?"

Erika soupira.

"- Oui, Bellatrix, plus d'une fois..."

Le visage dans le coffre sourit puis se transforma.

"- Tu t'es servie de moi," gronda Lucius.
"- En effet," répliqua Erika, impassible.
"- Cela ne se passera pas ainsi," dit-il, visiblement contrarié.
"- Possible..."

La vue d'Erika se troubla alors et elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Deux bras passèrent sous ses aisselles pour la retenir. Elle tourna la tête afin de voir à qui ces bras appartenaient.

"- Je vous avais dit que vous ne pouviez pas reprendre," lui fit remarquer Rogue.
"- C'était mauvais...?" demanda-t-elle, les limites de son crâne menaçant de se désolidariser en une douloureuse explosion.
"- Trop vite accès à des couches profondes de souvenirs," expliqua-t-il en l'aidant à s'asseoir.
"- En êtes-vous certain?"

Elle le regarda s'asseoir face à elle et attendit.

"- Reprise de contrôle lors de l'évolution dans le labyrinthe, donc..."

Elle acquiesça.

"- Si vous parvenez à maîtriser cette transition, vous devriez rester en vie..."
"- J'ai encore besoin..."
"- De repos. Le Seigneur des Ténèbres n'inflige pas de Doloris systématique aux nouvelles recrues."

Le ton était sans appel. Il ne lui prêta d'ailleurs plus attention. Elle regarda la porte avec envie, mais ne se sentit pas la force de bouger. Elle se rendit compte qu'elle était affalée dans le fauteuil qui l'avait réceptionnée. Elle réfléchit un moment à tenter de changer de position et abandonna assez vite l'idée.

§***§

Severus avait installé la jeune femme dans l'autre fauteuil et s'était rassis dans le sien pour reprendre sa correction fastidieuse de copies. Mais le coeur n'y était vraiment plus. Discrètement, il observa Miss Stewart tenter de maintenir ses yeux ouverts. Il l'avait vraiment malmenée. A dire le vrai, les incursions mentales du Seigneur des Ténèbres étaient désagréables mais rarement aussi violentes. C'était un Legilimens puissant mais pas assez subtil. Il fallait instiller la douleur et le mal-être tout en gardant le contrôle de la connexion sans interférer avec les souvenirs et les pensées. Tout ce que cherchait son Maître était des informations brutes. Pour quelqu'un versé dans l'art de l'Occlumencie active, il était aisé de le tromper.

Severus jeta un nouveau coup d'oeil à la jeune femme qui s'était endormie, le visage crispé. Elle avait du potentiel, mais énormément de progrès à faire. S'il en avait eu le temps, peut-être aurait-il pris un certain plaisir à la former. Elle semblait apte à recevoir son enseignement, qualité rare s'il en était. Cela l'aurait changé de toute cette bande d'abrutis congénitaux que constituait la masse de ses élèves à Poudlard.

Le Mangemort consulta l'heure. Il était temps d'aller à son rendez-vous. Il fit disparaître son tas de copies, éteignit l'éclairage de la pièce et sortit silencieusement avant de transplaner.

L'endroit dans lequel il atterrit était plongé dans une très grande obscurité et il distingua à peine la silhouette de celui qui l'attendait.

"- Toujours aussi théâtral," commenta-t-il, pince-sans-rire.
"- Cela ne fait pas de mal," rétorqua l'autre.

Severus soupira. Il ne voyait pas l'intérêt d'entretenir tout ce mystère entre eux, mais puisqu'il le voulait ainsi, qui était-il pour le contredire?

"- Qu'attendez-vous de moi, cette fois?" demanda-t-il.
"- Si c'est ce que vous redoutez, je ne vais pas vous demander de jouer au messager."
"- C'est un bon point, mais encore?" insista Severus.

Un silence.

"- Vous devez protéger miss Stewart."

Severus soupira de nouveau.

"- Il semblerait que tout le monde veuille sauver cette fille..."
"- C'est indispensable."
"- Et peut-on savoir pourquoi?"
"- Vous l'apprendrez bien assez tôt."

Encore des secrets. Il commençait à en avoir assez de ne pas savoir dans quoi il mettait les pieds.

"- N'ai-je pas prouvé maintes et maintes fois que je pouvais tenir ma langue?" fit-il remarquer en la faisant claquer, légèrement irrité.
"- Ce n'est pas le propos. Erika Stewart ne sait pas et ne doit pas savoir ce qui peut l'attendre à moins d'y être confrontée directement."
"- Cela ressemble étrangement à du Harry Potter," nota le Mangemort.
"- C'est possible."
"- Bien," capitula Severus. "La protéger contre elle-même fait-il partie de mes devoirs?"
"- Non, bien évidemment. Elle me semble de toutes façons suffisamment équilibrée pour..."
"- Équilibrée? Vous avez perdu tout sens commun?"
"- Qu'est-ce qui vous fait dire ça?"
"- Le peu que j'ai vu dans son esprit..."
"- Ah, vous la formez à l'Occlumencie. Très bien. Continuez."
"- Comme si j'en avais l'occasion!"
"- Autant que faire se peut, alors..."
"- Le Seigneur des Ténèbres va la marquer dans quelques jours, je ne la verrai plus d'ici-là."
"- Faites pour un mieux. Je vous fais confiance."

L'entretien était clos. Mais Severus ne parvenait pas à se défaire du goût amer de la bataille perdue d'avance.

§***§

Les visages torturés, manifestations de ses peurs, eurent finalement raison de son sommeil. Malgré l'absence de fenêtres au salon dans lequel elle se trouvait, il était plus sombre que quand elle s'était endormie. Il n'y avait plus personne. Rogue avait certainement éteint en partant. Elle se redressa dans le fauteuil. La fièvre semblait s'être dissipée et ses membres répondaient à ses injonctions. Il y avait trop longtemps sans doute qu'elle s'était absentée de ses appartements chez les Malefoy. Elle se leva et transplana directement là-bas. Il faisait nuit. Elle consulta l'horloge sur laquelle un rayon de Lune tombait. Presque deux heures. Elle soupira: l'idée d'avoir encore à subir les reproches de Lucius l'assommait. Elle jeta un coup d'œil à sa chambre. Bien que l'endroit à présent familier lui semblait rassurant, elle n'était quand même pas très à l'aise. Dans une demeure de Mangemorts, entourée de Mangemorts, en passe de devenir une Mangemort elle-même, elle ne savait plus trop où se situer...

§§§§§

"- Erika! Tiens-toi bien! Ils ne vont plus tarder à arriver, tout doit être parfait."
"- Oui, Mère."

La jeune fille soupira mentalement. Elle n'aimait pas les invités de ses parents. Ils étaient pompeux et dénigraient constamment leurs hôtes. La première fois, Erika, sûre de son bon droit, avait fait remarquer à ses parents, après la soirée, qu'il était scandaleux que ces gens se comportent de la sorte avec eux. C'est à ce moment-là qu'elle avait compris quel jeu de stratégie était la société dans laquelle ses parents évoluaient. Et surtout, elle avait découvert ce que manigançait sa mère à son propos. Maxence était un parti sûr. Une assurance pour la famille d'avancer dans les sphères d'influence. Un aller simple vers l'Enfer pour elle. Surtout que, malheureusement, cet abruti semblait intéressé par elle. Pour ne pas froisser ses parents et surtout ne pas se faire couper les vivres, elle jouait les gentilles filles polies en leur présence. L'essentiel était de constamment se faire chaperonner pour éviter les situations délicates.

Sauf que la fin de sa septième année se profilait rapidement à l'horizon et les prises d'engagement sérieuses allaient être à l'ordre du jour. Rien qu'à cette idée, Erika sentit son cœur se soulever. L'idée de s'en servir pour se faire porter pâle lui traversa l'esprit.

Alors elle sentit une présence dans son dos.

"- Ne nous fais pas honte," lui murmura son père de sa voix grave et empreinte d'autorité.

Elle se figea. Faire ou ne pas faire honte. Il n'y avait vraiment rien d'autre. C'était ainsi, elle était un pion, une monnaie d'échange. Elle hocha doucement la tête en signe d'acquiescement à l'attention de son père. Non, elle ne leur ferait pas honte. Pas encore...

§§§§§

"- Je ne suis pas tout à fait sûre de comprendre… Vous pensez que Sirius va nous quitter?"
"- Hermione, je t'ai déjà dit que tu pouvais me tutoyer…"
"- Désolée, Remus, mais je ne parviens pas à m'y faire…"

Le lycanthrope laissa un sourire fugitif éclairer un instant son visage. Puis il reprit son sérieux et revint à la conversation qu'il avait avec Hermione.

"- Oui, Sirius est capable de tout lâcher en ce moment… Ou alors il va se donner à fond et risque de foncer tête baissée sans penser aux conséquences de ses actes…"

Hermione afficha un air songeur.

"- Et qu'attendez-vous de moi?"

Remus allait répondre quand la question percuta son esprit. Qu'attendait-il vraiment? Rien en soi. Il voulait juste discuter, pas amener une solution. La situation se résoudrait d'elle-même à un moment ou l'autre, il en était certain. Lui-même ferait juste davantage attention à son partenaire de mission s'il sentait qu'il risquait de déraper.

"- Et bien," commença-t-il, "rien de particulier…"
"- Pourquoi m'en parler alors?"
"- Parce que tu connais Sirius et que je voulais parler de lui…"

Il se rendit compte qu'Hermione, tout aussi attentionnée qu'elle pouvait l'être parfois, n'était pas la bonne personne à qui s'adresser. En fait, il ne pouvait réellement parler à personne pour le moment, toutes les parties étant trop impliquées et/ou absentes.

"- Je suis désolée Remus, je ne peux pas être d'une grande aide à ce propos. Peut-être que Harry…"
"- Non," rétorqua-t-il, "il a suffisamment à penser comme ça, je ne veux pas l'inquiéter pour rien, ce n'est qu'une passade, ça ira mieux très vite, je pense."

Rien n'était moins sûr, mais il n'était pas obligé de le préciser.

"- Ah, très bien," répondit Hermione.

Un silence léger s'installa entre eux. Cela ne dérangeait pas vraiment Remus. Ils étaient installés au salon du premier étage du QG et il s'occupait à lire un livre avant qu'elle n'arrive. Si elle ne souhaitait pas continuer à discuter, il ne s'imposerait pas et reprendrait sa lecture. Mais elle avait apparemment autre chose à dire.

"- Au fait, où pensez-vous qu'a disparu le fameux objet que vous avez vu échangé par les Mangemorts?"
"- Je n'en ai aucune idée, vraiment," répondit-il. "Si nous avions une idée de l'identité du receveur, on pourrait au moins trouver l'une ou l'autre piste, mais là, nous sommes dans le noir complet... "
"- C'est vrai," reconnut-elle. "Mais c'est difficile d'être à ce point ignorant des choses! J'aimerais que nous puissions agir…"
"- En l'occurrence, je ne vois pas trop comment pour l'instant…"

Hermione sembla se plonger dans ses pensées, signe d'une intense activité cérébrale pour elle. Elle réfléchissait sans doute à comment résoudre le problème de l'information. C'était le nerf de cette guerre. Les deux camps étaient sans cesse dans l'expectative de ce que l'autre allait faire. On aurait pu dire qu'ils étaient les pions d'un immense échiquier dont ils étaient incapables d'avoir une vue d'ensemble. Ils jouaient la partie en aveugle, ignorants des forces de l'adversaire et même de leurs propres forces. Pour gagner du terrain, il faudrait qu'ils puissent prendre du recul, suffisamment pour savoir où se diriger. Mais cela aurait requis un observateur capable de se trouver à peu près partout à la fois. Irréalisable donc.

Remus soupira. Ce n'était pas à lui de s'occuper de l'organisation de l'Ordre. Il ne voyait d'ailleurs pas bien comment elle pourrait être améliorée. Ils faisaient avec les moyens qu'ils avaient. Certes peu efficaces, mais c'était toujours cela de pris.

"- On n'est pas assez nombreux," marmonna Hermione.
"- Il faudrait que les sorciers prennent conscience de la menace pour que cet état de fait change," répliqua Remus.
"- C'est vrai, mais… attendez, quoi?"

Habitué à ce que la jeune femme n'écoute qu'à moitié pendant qu'elle réfléchissait, Remus répéta patiemment.

"- Mais oui!" s'exclama Hermione. "C'est exactement ça!"
"- Pardon?"
"- Si les sorciers ne nous rejoignent pas, c'est qu'ils sont mal informés et totalement apeurés! Il faut changer ça! On doit donner nos informations à un maximum de gens! Ainsi, notre réseau s'étendra bien davantage et nous pourrons enfin agir!"
"- Je ne doute pas du bien-fondé de cette révolution, mais ça risque de ne pas plaire à beaucoup de gens…"

En son temps, Dumbledore avait instauré le culte du secret et Harry était bien parti pour suivre cette voie. Quant aux membres, ils étaient tellement habitués à ce mode de fonctionnement qu'ils allaient être très réfractaires à un tel changement. Lui-même, bien que très ouvert d'esprit, sentait la répulsion que lui inspirait l'idée de devoir tout dire et s'afficher ouvertement.

"- Quand on veut gagner, il faut savoir faire des sacrifices!" assena Hermione.
"- Avec un peu de diplomatie, cela passerait sans doute mieux…"

Hermione prit un air boudeur. Comme une enfant à qui on interdit d'utiliser son nouveau jouet. Remus secoua doucement la tête et se replongea dans la lecture de son livre. Si la jeune femme voulait faire la révolution, libre à elle. C'était une bonne idée, mais il ne se sentait ni l'envie ni la patience de la défendre et encore moins de la mettre en place.

§***§

Toute cette mise en scène rappelait vaguement à Erika une autre situation similaire. Tout compte fait, les deux camps étaient organisés de manière très proche. Les Mangemorts arrivaient peu à peu. En tous cas, ceux qui n'avaient rien d'autre à faire. Tous ne se présentaient pas à visage découvert. La confiance régnait. Entourée de Narcissa qui ne bougeait pas et de Bellatrix qui trépignait d'impatience, Erika tentait de se composer un air impassible sur le visage. Après tout, elle était sensée vouloir cette appartenance, mais il était de notoriété publique qu'il ne fallait pas s'en réjouir pour autant.

"- Qu'est-ce qu'il fait là, lui?" siffla Bellatrix.

Narcissa et Erika tournèrent ensemble la tête pour regarder le nouveau venu. Severus Rogue.

"- Que tu le veuilles ou non, Bella," commenta Narcissa, "Severus a la confiance du Seigneur des Ténèbres."
"- Moui," accepta Bellatrix de mauvaise grâce, "il n'empêche que je ne le crois pas."

Erika écoutait d'une oreille distraite ce que racontaient les deux sœurs. Elle s'appliquait à sembler ne s'intéresser à rien en particulier, mais elle observait Rogue discrètement. Après leur échange, elle avait revu Alice une fois et s'était abstenue de continuer leurs séances devenues inutiles. Pour progresser encore, il lui fallait quelqu'un de la trempe du Mangemort. Elle hésitait à lui demander de l'aide à nouveau. Tout dépendrait de son test avec le fou auquel elle s'apprêtait à être liée.

Erika se secoua intérieurement et chassa ces pensées distrayantes. Elle s'appliqua à se concentrer sur les souvenirs qu'elle ne devait pas révéler. Elle en avait sélectionné quelques-uns, mais si le contact se prolongeait, ils en amèneraient d'autres qu'elle aurait préféré éviter mais auxquels elle devait être prête à faire face.

La lumière de la pièce se mit à vaciller et les conversations se figèrent. Erika connaissait les entrées magistrales du Seigneur des Ténèbres pour habiter au manoir, mais elle ne l'avait jamais vu en personne, si tant est qu'on pouvait utiliser ce terme avec lui. Elle en fut pour ses frais. On le lui avait décrit, mais cela ne lui rendait pas justice. La première sensation qui envahit Erika fut le dégoût. Tout ce que dégageait cette approximation d'être humain la repoussait profondément. Il regardait ses Mangemorts tour à tour, comme s'il les jugeait sans pour autant vraiment les voir.

Et puis il accrocha son regard. Juste une fraction de seconde, mais ce fut suffisant pour lui glacer les os. Elle fut impressionnée par la maîtrise et la puissance qui émanaient des yeux du Seigneur des Ténèbres. Elle sentit également quelque chose de froid lui frôler l'esprit et s'appliqua à ne pas laisser paraître qu'elle s'en était aperçue. La sensation d'être totalement déshabillée sous le regard et l'esprit de son futur maître dura encore un moment pendant lequel elle s'interrogea volontairement sur le choix d'un corps si peu avenant. Pour ce qu'elle en savait, la précédente apparence de Lord Voldemort était celle d'un homme plutôt bien de sa personne. Ou alors la magie noire n'était-elle pas capable de recréer la beauté.

Elle en était là de sa réflexion quand elle poussa un léger soupir de soulagement malgré elle. Le sujet de toute l'attention des Mangemorts de la salle avait cessé de la fixer et s'était assis dans le siège qui lui avait été réservé tel un trône. Rogue lui parlait à voix basse.

"- Assez, Severus," intima le Seigneur des Ténèbres. "Ma décision est prise."

Il décocha un regard explicite à Bellatrix qui s'inclina aussitôt.

"- Maître," dit-elle d'une voix chevrotante, "voici Erika Stewart..."
"- Qu'elle approche."

Bellatrix se redressa, attrapa Erika par le bras et la fit avancer comme si elle n'en était pas capable toute seule. La jeune femme eut l'impression d'être menée à l'abattoir et, pendant une fraction de seconde, elle eut un doute: était-ce si terrible que cela? Mais elle se ressaisit aussi vite et s'inclina devant son futur maître quand elle fut au bon endroit. Il la laissa dans cette position inconfortable pendant un moment, prolongeant la tension, s'assurant sans doute que tous les regards soient sur elle.

Elle commençait à se lasser quand elle sentit quelque chose s'insinuer dans son esprit. Aussi froid que la première fois sinon plus, mais assurément beaucoup plus intense. Elle ne put s'empêcher de ployer sous la charge et se retrouva à genoux. Mentalement, néanmoins, elle tint bon. Les techniques de Rogue s'avérèrent très efficaces. Enfin, la pression disparut et elle parvint à se relever, quelque peu étourdie.

"- Approche, Erika," lui intima Voldemort, et elle eut l'étrange impression au ton qu'il employa qu'il la connaissait bien mieux qu'elle ne l'aurait souhaité.

Elle s'exécuta et releva sa manche gauche instinctivement. Elle se déplaçait comme un automate. Il brandit sa baguette et l'apposa sur l'avant-bras dénudé d'Erika. Personne n'aurait pu la préparer à ce qui suivit. Elle lutta longtemps avant de hurler de douleur. Le dessin de la Marque s'imprima lentement sur son bras et dans sa tête, le lien avec Voldemort et les autres Mangemorts s'insinuant dans son esprit, un peu comme la toile d'une araignée qui se tisserait et s'étendrait insidieusement.

Quand elle reprit contact avec la réalité, elle se demanda comment il était possible qu'elle soit encore debout. Instinctivement, elle porta le regard sur son avant-bras: la Marque y luisait d'un noir d'encre. Elle leva les yeux et croisa ceux de Voldemort. Il souriait, visiblement satisfait. C'était fait, elle était une Mangemort.

§***§

"- Au fait, tu es toujours dans le genre révolutionnaire ou tu laisses ça aux plus jeunes maintenant?"
"- Dis tout de suite qu'on est vieux…"
"- Tu détournes mes propos."
"- Bien sûr, ce n'est pas drôle, sinon…"

Remus jeta un coup d'oeil qu'il voulait assassin à son ami. Le sourire de Sirius lui confirma qu'il avait raté son effet. Il haussa les épaules et se servit à nouveau une assiette généreuse du plat de pâtes qui trônait au milieu de la table. Sirius n'avait pas son pareil pour cuisiner les pâtes, c'est pourquoi Remus n'avait pas hésité un seul instant quand son ami lui avait proposé de manger chez lui.

"- Bon, et quoi?"
"- Hm?"
"- C'est quoi ta révolution que tu veux laisser aux enfants?"
"- Ah ça? Trois fois rien…"
"- Te fais pas prier, Remus…"
"- Oh ça va, si on ne peut plus te taquiner…"
"- Tu m'as l'air en grande forme, toi…"
"- Possible. Je ne m'en rends pas compte."

De son avis, c'était Sirius qui était plutôt en petite forme. Quelqu'un aurait parlé de relativité des points de vue. Erika manquait cruellement. C'était ça le problème.

"- Alors, tu vas encore tourner longtemps autour du pot ou tu vas te décider à lâcher le morceau?" reprit Sirius après un court silence.
"- Hermione veut nous officialiser."
"- Quoi? Mais de quoi tu parles?"
"- De l'Ordre."
"- Ah bon, je préfère ça…"

Remus soupira bruyamment et se remit à manger silencieusement.

"- Allez, c'est bon, explique, je ne t'interromprai plus," promit Sirius.
"- Très bien. Hermione pense donc que nous ne sommes pas assez efficaces. C'est pourquoi elle veut partager nos informations avec un maximum de gens."
"- Mais c'est du suicide! Si un Mangemort apprend qu'on sait pour les Horcruxes…"
"- Attends, l'idée c'est de conscientiser la population sorcière. Plus il y aura de gens au courant de notre résistance, plus on aura d'informations en retour dans tout le pays."

Sirius fronça les sourcils.

"- Oui, ça se tient," dit-il, "mais ça reste aléatoire. Et puis, Harry va accepter ça?"
"- Je ne sais pas," répondit Remus. "C'est à Hermione de l'en convaincre, c'est son idée."

Sirius acquiesça.

"- Elle est quand même brillante, cette petiote…"

Remus sourit.

"- On a rarement des imbéciles, au sein de l'Ordre… Sauf toi, peut-être…"

Quand Sirius tenta d'attraper l'assiette de pâtes du lycanthrope, celui-ci se leva prestement, ayant anticipé le mouvement. S'ensuivit une course-poursuite dans la maison qui était une excellente thérapie pour Sirius du point de vue de Remus.

§***§

Erika soupira une nouvelle fois. Elle devait se l'avouer, elle était complètement dépassée. Cela faisait une semaine qu'elle était complètement coupée de l'Ordre, sa maîtrise n'étant pas celle de Rogue. Au vu de ce qu'elle devait accomplir, ne pas pouvoir communiquer avec au moins le chef du camp opposé était problématique. Malgré cela, elle devait tenir son rôle. Ce qui s'avérait de plus en plus difficile au vu de la réputation d'efficacité qu'on lui avait taillée. Les sœurs Black avaient complètement adhéré à son plan audacieux qui avait été approuvé par le Seigneur des Ténèbres. L'ennui, c'était qu'à présent que presque tous les détails logistiques étaient réglés, il ne manquait plus qu'à fixer la date pour passer à l'action. Ce point dépendait d'Erika seule, cerveau et clé de voûte de l'opération.

En effet, pour progresser dans sa mission, elle avait quelque peu outrepassé les consignes et fait savoir à Narcissa et Bellatrix qu'elle côtoyait des membres de l'Ordre du Phénix. Mieux, qu'elle pouvait les convaincre de se regrouper en grande partie sous le prétexte de coincer un bon nombre de Mangemorts. Devenir elle-même une Mangemort avait alors coulé de source pour prouver sa bonne foi. Le souci résidait dans le fait que jusqu'alors, personne dans l'Ordre n'était au courant de ce plan. Et c'était le minimum requis. Mais comment s'assurer qu'ils ne risqueraient pas leur vie en intervenant? Autant tout était réglé côté Mangemorts, autant tout était à faire côté Ordre.

Un nouveau soupir lui échappa. Bellatrix la pressait de mettre le plan à exécution. Une date, il ne manquait pratiquement plus qu'une date, elle le savait et insistait régulièrement. Erika ne pouvait pas se permettre de griller sa couverture aussi rapidement, le Seigneur des Ténèbres n'était pas du genre clément. Mais s'il n'y avait pas de dégâts dans les rangs de l'Ordre bientôt, elle serait démasquée. Sa situation était critique, elle serait bien folle de ne pas le reconnaître.

Erika se leva et quitta son bureau. C'était le milieu de soirée, le moment idéal au Manoir pour croiser du monde. Un peu de provocation ne lui déplairait pas.

Comme pour répondre à son besoin de divertissement, elle entendit la voix de Lucius un peu plus loin dans le couloir. Curieuse de savoir à qui il parlait, elle tendit l'oreille. Une voix féminine répondit aux accents doucereux de l'aristocrate. Erika dut résister à l'impulsion de débarquer aussitôt dans la pièce. Elle avait beau avoir fait son deuil de cette relation aussi inutile que sans avenir, les vieux sentiments restaient tout de même ancrés profondément en elle. Elle haussa les épaules. Le temps remédierait à cet inconvénient. Le temps, et surtout la distance.

Elle se rapprocha doucement de la pièce pour distinguer la conversation pas secrète mais néanmoins très discrète qui s'y tenait.

"- Je ne suis pas sûre de comprendre, Monsieur Malefoy," disait la voix féminine, extrêmement hésitante.
"- Allons, une demoiselle à l'air aussi intelligent que le vôtre ne peut que saisir la portée de mes propos," lui susurrait Lucius en retour.

Erika sentit ses joues s'empourprer. Lucius l'avait séduite de la même manière. Elle savait au fond d'elle qu'il ne lui avait pas réservé ces avances particulières, mais l'entendre la rendait honteuse d'avoir encore cédé il y avait peu.

"- À moins," continuait-il, "que votre discrétion ne vous empêche de me répondre..."
"- Et bien... c'est-à-dire que... en fait..."

"Quelle éloquence," songea Erika. Elle devait être jeune et particulièrement jolie pour que Lucius s'attarde sur une gourde de ce style. Quelque peu sadique, elle décida d'attendre encore un peu pour savoir comment cette supposée poupée allait s'en sortir face au prédateur blond platine.

"- Que voilà une jolie couleur qui teinte vos joues," ajouta Lucius. "Elle vous va à ravir."
"- Oh... je..."
"- Il ne faut pas laisser cet afflux sanguin perdurer, ce serait dommage qu'il ne dégénère en fièvre..."

À son ton, Erika devinait qu'il s'était rapproché au-delà de ce que la décence permettait.

"- Je vais bien," tenta d'assurer la jeune fille d'une voix un peu chevrotante. "Mais... que..."

Erika dut tendre l'oreille davantage pour comprendre les mots suivant de Lucius.

"- Douce et chaude... Cette joue serait-elle à l'image de sa propriétaire?"
"- Bonsoir, Lucius."

Erika, jugeant qu'il était opportun pour elle de se manifester à ce moment précis, était entrée dans la pièce comme si de rien n'était. Devant elle, Lucius lui tournait le dos et, penché comme il l'était au-dessus d'un fauteuil, l'empêchait de voir la jeune fille qui y était assise. Avec des gestes lents et parfaitement maîtrisés, il se redressa et se tourna vers elle.

"- Bonsoir, Erika. Tu cherches quelqu'un, peut-être?"

Elle sourit. En présence de sa nouvelle proie, il se devait de rester courtois, surtout que rien n'était encore fait. Un instant, Erika songea à expliquer qu'elle devait retrouver Narcissa dans cette même pièce à peu près cinq minutes plus tôt, juste pour voir la panique passer furtivement sur les traits de son ancien amant, mais elle abandonna l'idée, optant pour une autre approche.

"- À vrai dire, non," répondit-elle poliment. "Tu ne me présentes pas à ta nouvelle amie?"

Il grimaça. Le message était clair, elle venait de lui faire comprendre qu'elle avait tout entendu. Il s'écarta néanmoins.

"- Pardon," dit-il, "je manque à tous mes devoirs..."
"- Erika ?"

Son prénom prononcé sur un ton incrédule fusa au moment où elle posait les yeux sur la jeune fille, qui se révéla être Alice Swire. Quelle imprudence, Harry Potter aurait dû attendre avant de l'introduire chez les Malefoy.

Le regard de Lucius passa de l'une, qui s'était composé un air impassible, à l'autre, qui avait tout du poisson sorti hors de l'eau.

"- Vous vous connaissez?" demanda-t-il d'un air faussement ingénu.
"- Nous nous sommes croisées au Ministère," répondit aussitôt Erika pour pallier à tout autre impair de la part d'Alice.
"- Croisées?" insista l'aristocrate.

La jeune femme soupira intentionnellement, comme si le sujet n'avait strictement aucune importance.

"- Durant sa scolarité, je pense, elle s'intéressait aux emplois proposés par le Ministère et il se trouve que c'était à mon tour de faire faire le tour du propriétaire ce jour-là... Tu sais comme les enfants peuvent avoir un intérêt démultiplié envers certaines choses ou personnes..."

Et une remarque bien placée, Alice était plus jeune que son fils et Erika s'était fait un malin plaisir de le lui rappeler. Trop conscient de l'affront qu'il venait de subir, Lucius écumait sous un masque de calme apparent. Profitant de cette distraction et sous couvert d'une curiosité qu'il interpréterait uniquement comme étant dirigée vers sa future nouvelle amante, Erika fixa Alice droit dans les yeux. Elle lança un Legilimens informulé et sentit une énorme vague de peur déferler dans l'esprit d'Alice. Avant qu'elle ne le lui ferme, Erika lui ordonna:

"Tiens t'en à cette version des faits, n'alimente pas et tout ira bien."

Puis elle rompit le lien et cessa son observation.

"- Je vais vous laisser," dit-elle d'un ton neutre. "Bonne soirée."
"- Bonne soirée," répondirent ses deux interlocuteurs.

Elle quitta la pièce et retourna dans ses appartements. Elle avait cherché une distraction, elle avait trouvé un problème supplémentaire. Elle devait assurer ses arrières en tenant compte d'Alice, sans l'incriminer mais sans la laisser faire un faux pas. Cette gamine n'était certainement pas capable de rester dans un tel nid de vipères en y ayant vu un autre espion de l'Ordre. Sauf si Erika parvenait à la gérer correctement, ce qui ne serait probablement pas une sinécure.

En réintégrant ses appartements, une idée commença à germer dans son esprit. Il lui fallait une victime, quelqu'un qui recevrait le blâme à sa place. Lucius était un candidat parfait. Ça ne lui ferait pas de tort et son ancienneté lui assurerait de survivre. Mais comment rejeter la faute sur lui? Jouer sur les deux tableaux de manière avérée était vraiment périlleux, comment faisait Rogue? Il faudrait qu'elle lui demande, à l'occasion. En attendant, elle se creusa les méninges pour incriminer le tombeur de ces jeunes dames dans ses manigances.


NdA: Maintenant que ff est remis de ses petites maladies de début d'année, en avant, voici le prochain chapitre enfin publié. Je ne suis pas trop en retard, vous noterez! Et puis bon, entre l'enlèvement des décos de Nowel, les nombreuses visites à l'hosto pour checker si bébé va bien (sérieusement, on peut pas amener un bébé à terme le dernier mois sans que les gynécos ne paniquent?) et le boulot, j'ai été pas mal occupée. En tous cas, j'espère que vous avez aimé ce chapitre. N'hésitez pas à laisser un commentaire pour me donner vos impressions, toute critique constructive est la bienvenue! Sinon, les gentilles reviews positives sont aussi fortement appréciées! Rendez-vous dans un mois pour la suite!