Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
Chapitre 7 - Renversement
Erika courait aussi vite qu'elle le pouvait. Plus elle mettait de la distance entre elle et le Manoir, plus elle avait l'impression que les limites de la propriété s'éloignaient d'elle. Les images des dernières heures défilaient dans son esprit sans qu'elle parvienne à comprendre comment les choses avaient à ce point dégénéré.
§§§§§
Elle jeta un coup d'oeil à l'horloge: une heure du matin. Elle travaillait décidément beaucoup trop tard. Elle soupira et s'étira.
"- Le Seigneur des Ténèbres s'impatiente…"
Erika sursauta. Elle ne l'avait pas entendue arriver. Pourtant, Bellatrix ne faisait pas dans la dentelle, habituellement. Il fallait rester sur ses gardes, ce n'était pas bon signe. D'autant plus qu'elle avait sa baguette à la main.
"- Le Seigneur des Ténèbres n'est pas connu pour sa patience, je fais au plus vite."
A vrai dire, elle n'avait aucune idée de comment amener les choses auprès de l'Ordre. Et le timing devait être si précis qu'elle avait peur qu'un de ses amis soit blessé ou pire. Par contre, elle se félicitait de l'implication qu'elle avait trouvée pour Lucius.
"- C'est trop lent."
La sentence avait claqué dans l'air, laissant un froid entre les deux Mangemorts. À part la soeur Carrow, il n'y avait pas d'autres femmes marquées, pour ce qu'Erika en savait. Peut-être la gent féminine était-elle assez lucide pour ne pas se lier de la sorte à un fou. Toujours était-il qu'en matière de similitude entre Bellatrix et elle, la Marque était leur seul point commun. Si intelligente et avenante qu'elle avait pu être, le vis-à-vis d'Erika avait tout perdu dans sa folie. Son admiration - amour? - pour le Seigneur des Ténèbres l'avait rongée, exacerbant sa cruauté, et son séjour à Azkaban n'avait rien arrangé.
"- On pourrait croire que tu cherches à nous piéger, Erika…"
Bellatrix lui tournait autour, pointant sa baguette vers elle l'air de rien. Erika fronça les sourcils.
"- Et que me vaut cette soudaine méfiance?"
"- Oh, qui parle de méfiance?" susurra Bellatrix. "Tu es des nôtres, nous sommes liées à jamais…"
Un lien qui ne lui plaisait pas, apparemment. Elles s'observèrent l'une l'autre pendant un moment. Alors la raison du comportement de Bellatrix apparut clairement à Erika. Elle était jalouse. Les quelques fois où Voldemort leur avait rendu visite, il avait accordé beaucoup d'attention à Erika. Celle-ci l'avait prise pour ce que c'était, il la jaugeait. Mais visiblement, cela n'avait pas plus à Bellatrix.
"- Oui, nous sommes dans le même camp, raison de plus pour me faire confiance, comme notre Maître."
"- Qui te dit qu'il te fait confiance?" explosa la Mangemort.
Mauvais choix, c'était mal parti et elle ne pouvait que s'enfoncer.
"- Sinon, il m'aurait retiré les rênes de la mission," répliqua-t-elle, tentant de garder la tête haute, fidèle à elle-même.
"- Toujours aussi impertinente!"
Non seulement sa voix avait pris un ton hystérique, mais son visage écumait de rage. Erika se leva de son siège par prudence. Il valait mieux être en position de se défendre. Surtout qu'elle ne pouvait plus reculer. Elle n'avait de toutes façons pas envie de ramper, ce n'était pas dans son tempérament.
"- C'est pour ça que je suis devenue Mangemort."
"- Tu oses?"
"- Parfaitement!"
Elle sortit sa baguette et la pointa sur Bellatrix.
"- Maintenant, si tu avais l'obligeance de me laisser travailler…"
"- Comme si tu allais me dicter ma conduite!" répliqua Bellatrix en partant d'un rire fou.
Et sans qu'Erika ne parvint à comprendre comment, elle se retrouva plaquée au sol avec une violence qui l'assomma à moitié. Sonnée, elle encaissa les coups que Bellatrix, assise à califourchon sur elle, lui assenait avec un énorme livre. Quelque part dans son cerveau, une pensée inutile émergea, la sermonnant de toujours acheter des livres traitant trop précisément des sujets sur lesquels elle faisait des recherches. Puis une autre information revint au premier plan de son esprit: la douleur. C'est ce qui lui permit de finalement réagir et de faire basculer la Mangemort hystérique sur le côté en roulant sur elle-même. Entre rire et hurlement, Bellatrix la traitait de tous les noms. Comment les choses avaient-elles dégénéré à ce point? Erika chercha sa baguette des yeux. Du rouge entachait sa vision. Bellatrix avait vraiment frappé très fort pour la faire saigner avec un livre. D'ailleurs, elle recommençait, un coup violent enfonça la tête d'Erika entre ses épaules, ce qui lui fit voir des étoiles. Avec un réflexe qu'elle ne pensait pas avoir encore, elle esquiva le coup suivant et se traîna hors de la portée de la folle furieuse. Toujours pas de baguette en vue. Erika avait du mal à focaliser, encore sous le choc des coups de butoir que son crâne venait d'encaisser. Bellatrix balança le livre qui lui avait servi d'arme et pointa sa baguette sur Erika. Paniquée, celle-ci s'agrippa à l'un des pieds de son bureau avec une main, cherchant de l'autre un objet quelconque à utiliser. À l'aveuglette, elle sentit plusieurs formes qui ne la convainquirent pas. Concentrée sur sa tâche, elle n'entendait même pas le monologue strident que Bellatrix lui servait. Alors, le coupe-papier frappé aux armoiries éteintes de sa maison passa sous sa main. Erika le serra fort et fit mine de s'écrouler à côté du bureau, de telle manière qu'elle soit suffisamment proche de son adversaire. Bellatrix s'approcha encore davantage pour se pencher au-dessus d'elle.
"- Tu es faible," lui susurra-t-elle à l'oreille. "Endo…"
Le Doloris de Bellatrix ne passa jamais ses lèvres. Le bras d'Erika fusa, plantant son arme improvisée dans la poitrine de la Mangemort qui la fixa, choquée, avant de s'écrouler. Erika regarda pendant un instant le corps inerte sur le sol dans une position improbable. Une pensée impassible lui effleura l'esprit: "Ça y est, je n'ai plus à me soucier de maintenir ma couverture." Alors la réalité la rattrapa. Il fallait qu'elle disparaisse. Et vite.
§§§§§
Un trait lumineux passa non loin d'Erika, tandis qu'elle continuait de courir. Elle avait le souffle court, ses jambes refusaient presque de la porter, mais l'énergie du désespoir lui permettait d'avancer encore. Un autre trait fusa, dangereusement proche. Plus que quelques mètres, quelques pas, et elle pourrait transplaner. Enfin, elle se transporta ailleurs aussi vite que possible, loin de son poursuivant.
Aussitôt elle reconnut l'endroit. Et ce n'était pas une bonne chose, au cas où la Marque permettrait d'une manière ou d'une autre de la retrouver. Amener une escouade de Mangemorts à portée de la maison de Remus n'était pas lui rendre service. Elle n'avait cependant pas eu le temps de réfléchir à son point de chute, son ami et confident s'était imposé de lui-même.
Sans tergiverser davantage, Erika envisagea la possibilité de faire un transplanage des plus dangereux. Se fixer sur des coordonnées abstraites plutôt qu'un endroit concret. Elle avait déjà débattu de cette idée au Ministère, sans qu'on l'écoute réellement. Cela ne leur plaisait de toutes façons pas à cause de l'extrême anonymat de cette technique. Elle n'avait pas le temps de mesurer les risques. Elle se contenta de transplaner vers des nombres, en espérant vivement ne pas se retrouver dans un arbre ou une maison.
Mais la plaine dans laquelle elle se vit atterrir ne lui offrait aucune protection. Elle regarda rapidement autour d'elle et aperçut une ferme au loin. Elle se mit à courir comme une dératée vers cette source de cachettes potentielles. Une grange, les portes grandes ouvertes, l'attendait. C'était d'un banal. Mais c'était mieux que rien. Elle se précipita à l'intérieur et se permit enfin de s'arrêter. Sa respiration était tellement bruyante qu'elle se maudit de ne pouvoir entendre les bruits alentour. Quand enfin elle reprit un rythme normal, elle constata qu'à part les bruits de la nature à l'extérieur, il faisait très calme.
Elle avisa un tas de foin et s'écroula dessus. Il n'y avait plus qu'à espérer que le fermier n'avait pas besoin de passer par sa grange dans l'immédiat. Dès qu'elle aurait récupéré un peu, elle bougerait.
"- Oui, mais… pour aller où?" se demanda-t-elle à voix haute.
Elle soupira. Elle ne pouvait pas retourner au QG de l'Ordre, sa Marque les trahirait tous à un moment ou l'autre, très certainement.
La Marque…
Elle porta instinctivement le regard à son avant-bras gauche. Rien, aucune douleur. Le Seigneur des Ténèbres n'était pas encore au courant. Cela ne tarderait pas. Une fois le déshonneur admis d'avoir hébergé une traîtresse sous leur toit et de lui avoir donné un tel crédit, les Malefoy avoueraient tout à leur terrible Maître. Elle souffrirait. Mais elle avait une consolation: quand un Mangemort souffrait de la colère de Voldemort, tous les autres en faisaient les frais. Ainsi, elle savait que cela ne durerait pas.
Cependant, il fallait qu'elle se prépare à l'encaisser. Donc elle devait se reposer. De toutes façons, elle était fatiguée. Elle s'installa plus confortablement sur le foin et ferma les yeux. Alors le visage de Bellatrix s'imposa à elle. À un moment hystérique, terrifiant, à un autre vidé de sa substance, inerte, figé dans un étonnement incrédule.
Erika se recroquevilla en frissonnant. Voilà qu'elle avait tué. Une personne horrible, certes, mais une personne quand même. Et le pire, c'était qu'elle n'était pas particulièrement choquée. Plutôt dégoûtée d'avoir dû se salir les mains comme une Moldue. Elle n'avait pas eu le choix, c'était ainsi. Plus lasse que jamais, elle s'appliqua à repousser les images désagréables pour dormir un peu.
§***§
Severus était occupé à finir son rapport presque satisfaisant au Maître quand plusieurs craquements retentirent dans la pièce annexe. Pour autant qu'il s'en souvint, il n'était pas prévu que quelqu'un d'autre se présente en même temps que lui. Le Seigneur des Ténèbres aimait à avoir l'exclusivité des informations que son prétendu fidèle espion lui ramenait. Néanmoins, il était aussi tellement lunatique qu'un changement dans ses habitudes était constamment à prévoir. Cependant, au geste qu'il fit pour intimer le silence à son Mangemort et aux traits durcis sur son visage, Severus devina que cette arrivée impromptue n'était pas du tout prévue. Il attendit donc patiemment que son Maître daigne lui dire quoi faire. Ce qui ne tarda pas.
"- Nous continuerons après, mon cher Severus, il semblerait que j'aie des invités…"
L'espion acquiesça et se posta sur le côté droit de son Maître. Il n'avait pas été congédié, aucune raison de quitter la pièce. Le silence régna pendant un long moment, comme si les nouveaux arrivants hésitaient à venir se présenter. Le Seigneur des Ténèbres finit par s'impatienter et ouvrit la porte d'un coup de baguette énervé. Severus n'aurait pas aimé être à la place de ceux qui se trouvaient derrière la porte. En l'occurrence, si sa vue ne lui jouait pas encore de tour, les Malefoy, qui se décidèrent finalement à entrer en faisant des courbettes. Lucius en tête, Narcissa sur ses talons et venait enfin Drago. Pour qu'ils se présentent en famille complète, quelque chose d'important s'était passé. Et à voir leurs têtes, quelque chose de très négatif.
"- Lucius," l'accueillit Voldemort d'une voix froide, "que me vaut l'honneur de ta présence, ainsi que celle de ta famille?"
Le ton était tout sauf mondain. Les Malefoy se ratatinèrent. Lucius se racla la gorge.
"- Maître," dit-il d'une voix incertaine, "il y a eu un… problème… au Manoir."
"- Un problème? Quel genre de problème?"
"- Et bien, Erika a décidé de changer de… camp…"
Severus observa attentivement Lucius. Erika n'était pas là, donc elle s'était échappée, un bon point pour elle. Mais comment avait-elle grillé sa couverture?
"- Tu nous as donc amené une traîtresse, Lucius… Et où est-elle à présent?"
"- Elle s'est enfuie… Nous ne sommes pas parvenus à l'arrêter…"
"- À l'arrêter, dis-tu? Vous l'avez donc prise en flagrant délit de traîtrise et pas un de vous n'a eu la bonne idée de ne fut-ce que l'assommer pour me l'apporter? Où était Bella?"
Narcissa jeta un coup d'oeil derrière elle, vers la porte. Comme s'il n'attendait que ça, Rodolphus entra dans la pièce, portant Bellatrix dans ses bras. Ou plutôt, le corps de Bellatrix. En y regardant bien, Severus constata qu'elle était morte. Erika l'aurait tuée? Voldemort se leva et s'approcha du corps de sa plus fidèle servante.
"- Maître," dit Rodolphus, "je réclame la vengeance pour le meurtre de ma femme."
Le Seigneur des Ténèbres l'ignora et porta la main au visage figé de la morte.
"- Bellatrix… ma fidèle Bella… comment a-t-elle osé te faire ça?"
La tension magique dans la pièce monta d'un cran. Severus se prépara à encaisser la colère de son Maître en barricadant son esprit du mieux qu'il pouvait. En espérant que cela ne durerait pas trop longtemps.
§***§
"- Vraiment? Vous en êtes certain?"
"- J'ai l'air de plaisanter, Potter?"
En effet, le professeur de potions ne semblait pas vraiment en état de faire de l'humour, si tant est que cela fut possible. Il n'était d'ailleurs pas en état de faire quoi que ce soit.
"- Merci de m'avoir rapporté l'information si rapidement," dit Harry sans relever le ton agressif. "Vous devriez vous reposer, à présent."
"- Comme si j'avais le temps…"
"- Prenez-le."
"- On donne des ordres maintenant?" répliqua Rogue, puis, balayant la remarque que Harry s'apprêtait à faire d'un geste las de la main: "Tous les Mangemorts sont dans le même état que moi, ou pire. Il ne se passera rien de très grave pour le moment."
Il grimaça et son bras gauche tressaillit imperceptiblement.
"- Bien," accepta Harry. "Je vais convoquer le conseil de l'Ordre, mais comme vous connaissez déjà le contenu des informations qui y seront données, vous pouvez vous en passer."
"- Trop aimable…"
Ne se faisant pas prier une nouvelle fois, Rogue quitta le bureau définitivement improvisé que Harry avait investi au QG de l'Ordre. Le jeune homme sourit. Leurs rapports n'étaient pas cordiaux, mais il y avait un certain respect qui leur suffisait à tous les deux.
Ainsi donc, Bellatrix Lestrange était morte. Erika avait trouvé le moyen de clôturer sa mission sur un point d'orgue magistral. Sans se faire tuer, ce qui n'était pas négligeable. Cette femme était un atout non dédaignable, Harry avait bien fait de suivre les conseils du mystérieux auteur de la lettre anonyme. À présent, il ne pouvait plus rien faire pour elle. Il espérait vraiment qu'elle s'en sortirait. Elle ne méritait pas un sort funeste, pas après les risques qu'elle avait pris et les sacrifices auxquels elle avait consenti. Encore une preuve de son intelligence, elle n'était pas venue se réfugier auprès des membres de l'Ordre. Elle était donc perdue quelque part dans la nature, seule. Mais quelque chose disait à Harry qu'elle ne serait pas abandonnée longtemps. Un sixième sens inopiné peut-être.
Après cette entrevue, le jeune chef de l'Ordre du Phénix ne vit pas les heures défiler. Rien que la réunion du conseil lui prit une bonne part de son temps et de son énergie. Comme il aurait pu s'y attendre, Remus et Sirius exigèrent presque de mettre sur pied une expédition de sauvetage pour Erika, aussitôt contrés par les autres qui ne voyaient que la Marque qu'elle avait acquise récemment et le danger que cela pouvait représenter pour tout le monde. Après bien des débats stériles, violents et parfaitement inutiles, Harry jugea que les protagonistes s'étaient suffisamment époumonés et signifia la fin des discussions en leur rappelant que leurs objectifs étaient tout autres. Contrairement à ce à quoi il s'était préparé, Sirius rendit les armes aussitôt. Seul l'air renfrogné de Remus lui indiqua que le lycanthrope n'était pas d'accord mais qu'il ne protesterait pas. Après quoi, Harry distribua des ordres de missions à mettre en place en urgence pour profiter de l'instabilité des Mangemorts. L'action à venir calma les esprits échauffés et ramena l'union au sein du groupe.
Hermione choisit le moment d'après réunion pour venir lui présenter son projet. Ce fut à cet instant qu'il crut perdre son sang froid. Révéler publiquement l'existence de l'Ordre? Un blasphème… Mais la jeune femme tempéra sa vision extrême des choses et lui exposa patiemment et avec passion ses arguments qui ne manquaient pas de logique et d'intérêt. Doucement, il se laissa convaincre par le bien-fondé de sa démarche, se rangeant à son analyse éclairée des choses. Il tint néanmoins à garder le contrôle en limitant le genre d'informations divulguées et les personnes contactées pour servir de relais. Parvenus à un accord, les deux amis se quittèrent en souriant, mais fatigués. Il était déjà tard.
Harry réintégra son bureau pour continuer ce à quoi il était occupé quand Rogue avait débarqué. Sa recherche des objets potentiellement horcruxes. Il soupira bruyamment et s'attela à la tâche. Il finirait bien par avoir une piste.
§***§
Cela faisait un mois qu'Erika transplanait à travers toute la Grande-Bretagne. Après s'être munie d'une carte Moldue suffisamment précise, elle avait commencé à mettre au point sa technique de transplanage abstrait. En se concentrant suffisamment, elle pouvait sentir si un élément physique se trouvait à ses coordonnées d'atterrissage avant d'amorcer son transplanage. Donc, pour un sorcier mentalement discipliné, cela s'avérait efficace et relativement fiable. Si jamais elle réintégrait un jour la communauté sorcière, il faudrait qu'elle écrive un article là-dessus.
En attendant, trouver des maisons moldues inoccupées s'était avéré un travail à temps plein. Sous sortilège de Désillusion, elle observait les allées et venues, inspectait les maisons potentiellement vides et jetait son dévolu sur l'une ou l'autre qui s'avérait effectivement vide. Ne pas dormir dans son propre lit n'était pas le plus adéquat, mais à bien y réfléchir, cela faisait des années qu'elle n'habitait plus chez elle, donc cela ne la gênait pas vraiment. Mais les jours défilaient et la fatigue commençait à la harasser peu à peu. Elle ne se permettait pas une nuit complète à un endroit unique et ne dormait jamais profondément, sur le qui-vive et en alerte au moindre bruit.
Erika regardait autour d'elle sa nouvelle chambre pour quelques heures sans réellement la voir. Ses pensées dérivaient sans qu'elle parvienne à en reprendre le contrôle. Elle se prenait à se demander ce qui pouvait bien occuper Remus et Sirius. À moins qu'ils ne soient pris par une quelconque mission pour l'Ordre, ils étaient très certainement assis dans le salon de Sirius, celui-ci sirotant un verre de whisky et Remus plongé dans un livre. Avant tout cela, elle aurait complété le trio qu'ils avaient formé pendant deux ans en étalant sa paperasse partout sur le divan.
Avant qu'elle n'ait eu le temps de s'en rendre compte, des larmes roulaient sur ses joues. Puis, alors qu'elle essayait vainement de les refouler, le sentiment qu'elle n'avait jamais été si heureuse de sa vie qu'à ces moments-là intensifia ses larmes et sa vue se brouilla complètement. Elle en vint à se demander pourquoi elle fuyait. Rien ni personne ne l'attendait vraiment. Si elle se laissait attraper et s'arrangeait pour être tuée plutôt que capturée, l'Ordre serait préservé et on la citerait en martyre.
Le craquement sonore qui survint dans la pièce la paralysa un instant. Finalement, elle n'était peut-être pas si prête à mourir que cela. Au travers des larmes, elle distingua une silhouette noire qui fondit sur elle. Elle sursauta violemment quand deux mains lui agrippèrent les bras et voulut s'en dégager. Peine perdue, la poigne était de fer et elle se sentait vidée de son énergie.
"- Il faut vous reprendre!" intima l'homme. "Maintenant!"
Pas d'agression? Erika ne comprenait pas.
"- Fermez votre esprit tout de suite!"
Cette dernière injonction la ramena dans la réalité et elle parvint à identifier son vis-à-vis. C'était Rogue.
"- Qu'est-ce… que vous… faites là?" articula-t-elle avec difficulté.
C'était comme si on la vidait de l'intérieur.
"- Pas le temps," marmonna-t-il en resserrant son emprise sur elle. "Accrochez-vous…"
Avant qu'elle ait eu le temps de comprendre le sens de ses paroles, elle se sentit aspirée contre lui. Il lui fit effectuer plusieurs transplanages successifs et quand ils s'arrêtèrent enfin, elle s'écroula à quatre pattes et vomit le peu que son estomac contenait. Alors, à bout de souffle, elle se laissa tomber sur le dos.
"- Miss Stewart?" dit Rogue en se penchant par-dessus elle. "Restez avec moi."
Il en avait de bonnes, lui. Elle était exténuée et n'aspirait qu'à se laisser couler vers le sommeil. Une gifle retentissante lui fit rouvrir les yeux. Quand les avait-elle fermés?
"- Hey…," protesta-t-elle faiblement.
"- Le Seigneur des Ténèbres tente de vous localiser. Vous devez le contrer. Fermez votre esprit."
Elle tenta de se redresser et sentit une main l'aider dans son dos.
"- Non… ne veux… pas…," bégaya-t-elle, harassée de fatigue.
"- Concentrez-vous. Bloquez votre flux de pensées. Intériorisez-les."
Elle tenta de se focaliser sur ce qu'il lui disait. Se concentrer. Elle ferma les yeux… et ramassa aussitôt une gifle.
"- Aie!"
"- Ne fermez pas les yeux ou vous perdrez totalement le contrôle."
"- Aidez… moi…"
"- Je ne peux pas. Je risquerais d'être identifié."
"- Comment…?"
"- La Marque. Repoussez son influence."
Chaque fois qu'elle avait affaire à Rogue, il était question de notions abstraites. C'était trop compliqué à saisir. Avant, en Potions, c'était plus simple. Au moins, elle pouvait suivre les instructions. Une nouvelle gifle la ramena au présent.
"- N'y arrive… pas…"
"- Concentrez-vous," répéta-t-il.
La Marque. La brûlure sur son bras. Source de douleur bien réelle. S'y ancrer. Ressentir la douleur. S'en imprégner. Comment avait-elle pu l'ignorer jusqu'alors? Cela faisait tellement mal. Elle commença à trembler sous l'assaut des vagues de douleur qui irradiaient tout son corps.
"- Encore," dit Rogue. "Coupez le lien."
Elle hocha faiblement la tête. Oui, elle avait identifié le lien qui tentait de la submerger. Mais comment le couper? Un lien, c'était un fil. Un fil tendu à l'extrême parce que les deux côtés en voulaient le contrôle. Elle ne pouvait pas lâcher son côté, sinon elle perdrait la bataille. Il fallait le couper, avait dit Rogue. Elle avait besoin d'une paire de ciseaux. Quels étaient les ciseaux de l'esprit? Une idée se forma peu à peu et la solution se présenta d'elle-même. La volonté serait ses ciseaux. Elle la banda contre l'influence de la Marque et y mit le peu de force qui lui restait. Alors, comme des ciseaux coupent un fil, le lien se rompit net et la pression disparut.
Erika reprit enfin complètement contact avec la réalité. Elle était assise à même le sol d'une pièce carrelée et Rogue se tenait derrière elle, l'enserrant de ses deux bras. Quand elle réalisa qu'elle se balançait d'avant en arrière, elle cessa et Rogue la lâcha.
"- Vous avez de la chance, Miss Stewart," dit-il en se relevant. "Beaucoup seraient déjà morts à votre place."
Elle l'imita, mais à peine sur ses pieds, elle sentit ses jambes se dérober sous elle et n'évita une nouvelle rencontre avec le sol que parce que Rogue la rattrapa.
"- Il ne faut pas vous croire dotée de super-pouvoirs pour autant," cingla-t-il en l'aidant à se diriger vers un fauteuil.
"- Laissez-moi deviner," répondit-elle en s'asseyant le plus dignement possible, "je dois me reposer?"
"- Votre aplomb est impressionnant pour quelqu'un avec de telles tendances suicidaires," rétorqua-t-il.
Elle se tut un instant, réfléchissant à ce qui venait de se passer. Tout avait basculé lorsqu'elle s'était laissée aller à songer à Sirius et Remus. En évoquant ses amis, elle eut un pincement au coeur qu'elle réprima aussitôt. Ce n'était pas le moment de se faire piéger à nouveau. Néanmoins, cela n'expliquait pas tout…
"- Comment avez-vous su?" demanda-t-elle.
"- Je porte une Marque également, au cas où vous ne vous en souviendriez pas…"
"- Si c'était la seule chose qui vous ait permis de me localiser, vous n'auriez pas été le premier à me trouver," répliqua-t-elle.
Il ne répondit pas. Elle laissa passer un moment, puis:
"- Alors?"
"- Alors, il est d'autres moyens qui permettent de localiser quelqu'un."
"- Vous saviez depuis le début où je me trouvais? Je vais tuer Harry Potter…"
"- Ce n'est pas moi qui vous en empêcherais. Mais Potter n'est pas au courant."
"- Potter n'est pas…? Mais alors qui?"
"- Vous le saurez en temps utile. Pour l'heure, reprenez des forces. Vous en aurez besoin quand je reviendrai."
"- Vous allez partir en espérant que je reste sagement ici sans bouger?"
Il la toisa un instant, semblant juger de ses dires. Puis il accrocha son regard. Élève, elle ne l'avait jamais soutenu, respectueuse qu'elle était de son directeur de maison et professeur. Mais elle n'était plus une élève et elle se prit à le fixer droit dans les yeux. Il les avait si sombres, si mystérieux… Il rompit le contact aussi abruptement qu'il s'était établi.
"- Oui," dit-il enfin. "Reposez-vous."
Et il s'en fut.
Erika soupira. Qu'il se soit introduit subrepticement dans son esprit pour s'en rendre compte ou qu'il s'en soit simplement douté, il avait raison: elle était trop exténuée pour envisager quoi que ce soit d'autre que de dormir. Plus tard, si l'occasion s'en présentait, elle fourrerait son nez dans les affaires du Maître des Potions…
§***§
"- Remus? Je peux te parler?"
Surpris d'être interpellé alors qu'il passait devant le bureau de Harry, le lycanthrope s'arrêta net et revint sur ses pas.
"- Oui, bien sûr, Harry, qu'y a-t-il?"
"- Entre et ferme la porte, s'il-te-plaît."
Remus s'exécuta sans poser de question. Il n'était pas inhabituel que Harry demande des entretiens privés à l'occasion. Le jeune homme soupira en s'arrachant à la lecture de la liasse de parchemins qui étaient étalés devant lui.
"- Excuse-moi," dit-il en invitant Remus à s'asseoir d'un geste de la main. "Les informations remontant à un millénaire sont un peu difficiles à décrypter…"
"- Pourquoi tu ne demandes pas à Hermione?" proposa le lycanthrope avec un sourire.
"- Oh, elle est sur tout autre chose pour le moment, ça l'occupe à temps plein…"
Remus garda son sourire, imaginant sans difficulté la jeune femme défendre bec et ongles son nouveau cheval de bataille qu'était l'amélioration des performances de l'Ordre.
"- Bref," reprit Harry, "j'ai une requête à te faire."
"- Je t'écoute."
"- Tu te souviens d'Alice Swire?"
"- Oui."
"- Elle a pris la place d'Erika Stewart auprès de Lucius Malefoy."
"- Ah."
Remus n'approuvait pas particulièrement ce genre d'infiltration, surtout que la petite Alice était très jeune pour se mesurer à un prédateur comme Malefoy père. Mais ce n'était pas à lui de discuter les choix de Harry. Il ne fit donc aucun commentaire.
"- Je sais que ça ne te plaît pas, mais j'ai besoin de quelqu'un dans la place et elle s'est proposée d'elle-même."
"- Ah bon? Et bien, c'est de l'investissement rapide…"
"- N'est-ce pas? Je suis à peine plus âgé qu'elle mais je ne parviens pas à comprendre son enthousiasme…"
"- Elle n'a pas traversé toutes tes épreuves, Harry. Elle ne réalise sans doute pas bien ce qu'une guerre implique vraiment."
"- Peut-être. Toujours est-il qu'il lui faut un contact avec nous et elle ne peut pas se libérer comme le faisait Erika. J'aimerais que tu joues le rôle de récepteur."
"- Je n'y vois aucune objection."
"- Parfait. Merci."
"- C'est normal. Y a-t-il autre chose dont tu voulais me parler?"
Harry hésita avant de reprendre la parole.
"- En fait, oui," répondit-il. "Au sujet d'Erika…"
"- C'est bon, Harry, tu as raison et tu es dans ton droit."
"- Non, mais, je sais que Sirius et toi n'êtes pas du tout d'accord et je comprends parfaitement pourquoi. Aurais-je agi différemment si ç'avait été Hermione ou Ron à sa place? C'est la question que je me suis posée. Au début, j'arrivais à la même volonté que vous. Et puis, j'ai tenté de réfléchir objectivement et j'en suis arrivé à la conclusion que je ne pourrais pas agir différemment, même pour mes amis proches. Ce serait déloyal dans ma position de mettre en danger des personnes qui n'ont rien demandé. C'est pour ça que j'ai tranché de cette manière."
"- Je sais, Harry, ta position n'est vraiment pas simple. Mais je te rassure, ni Sirius ni moi ne mettrons en péril l'Ordre pour retrouver Erika. Elle se terre certainement quelque part pour échapper à Voldemort, ce qui est l'attitude la plus intelligente à adopter. Et s'il y a du changement, Severus nous en avertira certainement aussitôt."
"- C'est aussi ce que je pense. Et j'espère que Voldemort s'en lassera."
"- Avec la mort de Bellatrix, j'en doute, mais on peut effectivement espérer."
Harry acquiesça doucement. Remus le plaignit sincèrement. Lui-même avait connu la guerre au même âge que le filleul de son ami, mais il ne l'avait jamais vécue aussi intensément, encore actuellement.
"- Tu fais du bon boulot, Harry, continue comme ça."
Le sourire que lui adressa le jeune homme lui poignit le coeur. Il recevait sans doute rarement ce genre d'encouragement. On attendait tellement de lui que tout était toujours normal ou négatif. Remus se promit que pour lui, rien ne serait plus jamais considéré comme allant de soi.
"- Merci Remus. Je fais de mon mieux."
Le lycanthrope acquiesça.
"- Je ne te retiens pas plus longtemps," ajouta Harry que l'expression des sentiments mettait toujours mal à l'aise.
N'étant pas très à l'aise lui-même avec ce genre de déclarations, Remus ne demanda pas son reste et laissa Harry travailler tranquillement.
§***§
"- Monsieur Lupin?"
Remus leva la tête à la mention de son nom. La jeune Alice se tenait près de la table dont il occupait une des chaises dans le bar moldu qu'il avait choisi comme lieu de rendez-vous.
"- Bonjour Alice," la salua-t-il. "Asseyez-vous, je vous en prie."
"- Bonjour! J'espère que je ne suis pas trop en retard…"
Elle prit place sur la chaise en face de lui.
"- Bien sûr que non. L'heure n'a pas vraiment d'importance. Vous voulez boire quelque chose?"
Elle opina du chef en souriant.
"- Un chocolat chaud, s'il-vous-plaît!"
Alors qu'il interpellait un serveur pour passer commande, il se dit qu'elle était vraiment enjouée pour quelqu'un qui passait à présent une bonne partie de son temps chez les Malefoy. Erika n'avait jamais montré un tel enthousiasme, bien consciente du jeu dangereux dans lequel elle évoluait et des risques qu'elle pouvait encourir. Mais peut-être que cette attitude apparemment insouciante était tout à l'honneur de la jeune femme qui se trouvait devant lui. Lucius Malefoy s'y laisserait peut-être tromper suffisamment longtemps pour qu'elle puisse obtenir des renseignements importants. En attendant…
"- Alors," demanda-t-il d'un ton léger, "où en êtes-vous?"
"- Ah, heu…"
Elle regarda autour d'elle subrepticement et se pencha vers lui avec un air de conspiratrice qui n'avait rien à envier aux vieux films moldus sur l'espionnage.
"- On peut vraiment aborder le sujet comme ça? Ici?"
"- Bien sûr. À moins que vous n'ayez une information extrêmement sensible, mais je doute que ce soit le cas…"
Il garda pour lui qu'elle afficherait très probablement un air complètement paniqué si elle avait détenu ce genre d'information. Elle commençait à lui taper sur le système. Elle le regarda avec un air grave.
"- Vous avez raison. Excusez mon manque de professionnalisme."
Il balaya l'incident d'un geste de la main.
"- Je vous écoute," l'invita-t-il à commencer.
"- Oui, alors, pour l'instant, je dois faire du secrétariat essentiellement. Donc il n'y a pas grand chose de probant qui en ressort. Par contre…"
Elle hésita un moment.
"- Oui?" dit-il, espérant qu'elle se déciderait à parler.
Le serveur décida d'apporter la commande à ce moment précis et Alice afficha un air ignorant qui ne trompait personne. Remus régla en se demandant ce qui était passé par la tête de Harry pour choisir cette fille comme remplaçante après Erika. Ou alors, elle jouait extrêmement bien la comédie et il en faisait malheureusement les frais. Il n'était cependant pas d'humeur à encaisser sagement.
"- Alors?" relança-t-il Alice lorsque le serveur se fut éloigné.
"- Et bien, Lucius est assez nerveux depuis qu'Erika les a trahis… Comme s'il attendait que quelque chose se passe tout en le redoutant…"
Secrétaire, hein? Mais cela valait le coup d'être noté.
"- Cela peut avoir son importance, merci de l'avoir mentionné."
"- Pas de quoi!" répondit-elle en souriant. "Au fait, on a des nouvelles d'Erika?"
Remus tiqua. C'était un sujet tacitement non abordé. Mais Alice n'était peut-être pas au courant.
"- Non, on n'a plus aucun contact. Pour ce qu'on en sait, elle pourrait tout aussi bien être morte…"
Il avait dit cela d'un ton détaché, mais le simple fait de l'évoquer lui serra le coeur, bien qu'il sache que Severus leur aurait aussitôt annoncé si ç'avait été le cas.
"- Ah, mais non, ne t'en fais pas, Lucius dit que tous les Mangemorts le sauront quand elle mourra."
Quand et pas si… Elle parlait comme eux. Son aversion pour elle monta d'un cran. Il y avait quelque chose de louche chez cette fille. Il l'observa tranquillement tandis qu'elle sirotait son chocolat chaud. Elle avait pourtant l'air bien innocente. Peut-être avait-elle bêtement repris les propos de celui pour qui elle travaillait. Remus se promit de faire la lumière sur tout cela.
NdA: Voici donc le chapitre suivant. Je n'en suis pas peu fière, un tournant dans l'histoire soutenu par un peu d'action, j'espère encore une fois que cela vous a plu. N'oubliez pas de me le faire savoir par review! Et aussi si ça ne vous a pas plu! Je veux tout savoir, en fait! Et rendez-vous dans un petit mois pour le prochain chapitre!
