Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


Chapitre 8 - Assaut

"- Je ne crois pas vous avoir autorisée à fureter…"
"- Vous ne me l'avez pas interdit non plus. Je ne suis pas partie, c'est ce que vous vouliez, bien que cela vous mette en danger et moi aussi. Alors vous assumez."

Severus prit une profonde inspiration en détaillant la jeune femme qui lui répondait si effrontément. Il avait retrouvé Erika Stewart dans son laboratoire personnel en train de faire l'inventaire des livres et potions qu'il possédait. Le fait n'était pas grave en soi, c'était plutôt la forme qui le dérangeait. Et cette façon de dire qu'elle se fichait pas mal de ce qu'il pensait n'arrangeait en rien les choses. Si au moins elle lui avait présenté des excuses sincères, il aurait pu pardonner sa curiosité toute naturelle. Mais ce n'était pas le cas, ce qui aggrava son irritation somme toute légitime.

"- Vous vous croyez sans doute au-dessus de toute politesse parce que vous avez semé la pagaille chez les Mangemorts?"
"- Non," rétorqua-t-elle avec un aplomb désagréable. "Juste parce que ma liberté de mouvement est entravée sans raison valable."
"- Vous ne tiendrez pas une journée de plus dehors!"
"- Et qu'est-ce que ça peut vous faire? Vous seriez débarrassé de moi, cela ne vous conviendrait-il pas? Je vous mets en danger…"

Severus tiqua. Si le ton s'était enflammé pendant leur altercation, la dernière phrase qu'elle avait prononcée était symptomatique de tout autre chose.

"- Relevez votre manche gauche," ordonna-t-il.
"- Je ne vois pas pourquoi…"
"- Faites-le. Tout de suite."

Avec un air parfaitement réticent et des gestes lents, elle finit par s'exécuter. La Marque sur son bras était rouge sang. Un instant, il resta figé devant ce spectacle macabre. Le tatouage infâme lui dévorait le bras, rongeant sa chair comme l'aurait fait un puissant venin. Elle devait souffrir le martyr.

"- Satisfait?" demanda-t-elle d'un ton acerbe.
"- Pourquoi n'avoir rien dit?" répliqua-t-il.
"- Je ne vais pas me plaindre à propos de quelque chose que vous subissez comme moi."
"- Détrompez-vous."

Il releva sa propre manche pour lui montrer. Sa Marque était d'un profond noir d'encre, tout à fait normale, à peine la sentait-il.

"- Mais…," balbutia-t-elle. "Comment fait-il?"
"- Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous avez déclenché en tuant Bellatrix. Jamais il n'aura de cesse de vous retrouver. Peut-être n'aurait-il jamais songé à perfectionner l'usage de cette marque si ce n'avait été pour vous forcer à vous démasquer à distance. Et n'oubliez pas qu'il tire non seulement une joie malsaine à ressentir votre souffrance mais aussi de la force. En acceptant cette douleur, vous contribuez à son pouvoir."
"- Comment savez-vous…?"
"- Votre attitude. Vous devez lutter. Et pour ce faire, vous devez pouvoir encaisser la douleur, ce qui est impossible sans aide au-delà d'une certaine limite que vous avez largement dépassée…"

Il parcourut ses fioles qui n'avaient pas bougé d'un iota - soit elle n'avait rien touché, soit elle était aussi méticuleuse que lui - et lui en donna une.

"- Buvez ça."

Elle ouvrit le flacon et fronça le nez en inhalant l'odeur.

"- Vraiment?" demanda-t-elle, un air passablement dégoûté sur le visage.
"- Vraiment," affirma-t-il.

Elle obéit et vida le contenu de la fiole d'un trait, avant de s'étrangler.

"- C'est horrible…," décréta-t-elle.
"- Je vous l'accorde," admit-il. "Mais efficace."

Elle acquiesça. Après quelques instants, il constata que les traits de son visage se détendaient légèrement. Il avait été aveugle de ne pas voir qu'elle était si crispée. Depuis quand se laissait-il détourner par des détails insignifiants, occultant ceux qui étaient importants? Sans doute depuis qu'on lui imposait de toutes parts de protéger cette femme. Qu'avait-elle de si spécial? Ce n'était pas Potter, tout de même…

"- Merci," dit-elle en lui rendant la fiole.

"- De rien," répondit-il par automatisme en rangeant le contenant dans le bac de fioles à nettoyer.

Un silence s'installa entre eux. Il savait quelle était l'étape suivante à amorcer, mais il n'était pas certain de sa pleine coopération. De plus, malgré le repos qu'elle avait pris, elle n'était pas au mieux de sa forme, la Marque brûlante ayant effrité ses défenses. L'entraîner tout de suite était nécessaire à sa survie - à leur survie à tous les deux en fait - mais pouvait s'avérer risqué avec un esprit usé. Elle se racla la gorge doucement, le tirant de sa rêverie.

"- Excusez-moi…"
"- Oui?"

Elle hésita un moment. C'était consternant de voir qu'elle pouvait presque lui crier dessus pour qu'il la mette à la porte, mais qu'une fois raisonnée, elle adoptait une attitude un peu farouche. Peut-être le fait qu'il ait été son professeur jouait-il.

"- En fait, je me demandais si vous aviez quelque chose à manger pour moi," se décida-t-elle à expliquer.

Il leva les yeux au ciel, épaté par sa propre bêtise.

"- Bien sûr, suivez-moi."

Il l'emmena dans la petite cuisine qui lui servait si rarement. D'ailleurs, l'elfe que Dumbledore lui avait attribué en son temps fut bien étonné d'être convoqué.

"- Sers à Miss Stewart ce qu'elle voudra," lui commanda-t-il sans explication.

Il s'exécuta aussitôt, prenant commande auprès de la jeune femme et disparaissant le temps de se fournir les ingrédients nécessaires.

"- Où sommes-nous?" demanda-t-elle après le départ de l'elfe.
"- Chez moi," répondit-il, laconique.
"- Ça je m'en doutais un peu, mais où est-ce?"
"- Moins vous en savez, mieux vous vous porterez."

Elle haussa les épaules, comme remettant à plus tard l'acquisition de l'information qui lui était refusée. Il se promit de faire attention à ce qu'il laisserait filtrer au fil des échanges qu'ils seraient amenés à avoir.

"- Bien, je vous laisse vous restaurer, rejoignez-moi dans le salon quand vous aurez fini."

Elle acquiesça et s'assit sur une des deux chaises autour de la table de la cuisine. Il quitta la pièce et fit un crochet par son laboratoire. Il avait deux potions sur le feu pour l'Ordre et autant pour le Maître, il ne s'agissait pas de les rater. Trouvant une certaine sérénité à effectuer des tâches habituelles dans ses préparations, il laissa son esprit vagabonder quelque peu. Le petit appartement que Dumbledore - encore lui - lui avait fait acquérir des années plus tôt était parfaitement fonctionnel, mais peut-être un peu étroit pour deux personnes. Une chambre, un salon, une cuisine et une pièce qu'il avait transformée en laboratoire, c'était largement suffisant pour lui. Il n'utilisait d'ailleurs pratiquement pas la majorité des pièces. Plutôt que de la laisser dormir dans le canapé, Severus se dit qu'il mettrait la chambre à disposition de la jeune femme, lui-même ayant son appartement à Poudlard. Après tout, elle allait vivre ici pendant un certain temps, sans doute. En espérant qu'elle tienne suffisamment longtemps pour rester en vie.

Quand il eut terminé de compléter la préparation de ses potions, Severus s'installa dans le salon. Il n'eut pas longtemps à attendre.

"- Je suis là," s'annonça la jeune femme.
"- Asseyez-vous," dit-il en lui désignant le canapé.

Elle obtempéra et attendit la suite sans un mot.

"- Tout d'abord, au vu de l'évolution catastrophique des choses, notre premier objectif va être de vous renforcer mentalement."
"- Attendez," l'interrompit-elle. "Je comprends que vous m'ayez aidée lorsque je vous l'ai demandé avant tout ça… Mais pourquoi continuez-vous à présent? Quel est votre intérêt dans tout ça?"
"- Vous garder en vie."
"- Pourquoi? Cela demande à l'évidence énormément de ressources et vous n'avez certainement pas que ça à faire."
"- Vous avez raison. Cependant, j'espère davantage que votre survie dans cet investissement de ressources."
"- Ah."
"- Puisque vous tenez à le savoir, votre esprit est très réceptif à la magie. Bien formé, il pourrait s'avérer être une arme de choix contre le Seigneur des Ténèbres. D'autant qu'il a créé un lien particulier avec vous sans se rendre compte que vous pouviez le retourner contre lui."
"- Je peux faire ça?"
"- Pas maintenant. Vous n'êtes pas assez entraînée et bien trop faible pour y arriver. Mais avec un peu de temps…"
"- Je vois. Alors allons-y. Que dois-je faire?"

Parfait. Il était parvenu à amener les choses de sorte à avoir son entière coopération. Il espérait simplement que l'issue de cet entraînement particulier ne leur serait pas fatal.

§***§

Le Seigneur des Ténèbres s'était encore lancé dans une longue diatribe qui n'intéressait réellement personne en soi mais que tous les Mangemorts se faisaient un devoir d'écouter bien sagement en ponctuant quand il le fallait de cris indignés ou d'acclamations reconnaissantes envers leur Maître. Severus ne faisait pas exception à la règle. Il avait juste plus de chance que les autres quand il était en cours à Poudlard ou soi-disant infiltré dans une mission de l'Ordre. Mais en l'occurrence, cette fois, il n'échappait pas au supplice du discours. Il avait heureusement eu l'intelligence de se placer dans un groupe habitué qui répondait bien, ce qui lui laissait le loisir de se préparer à toute attaque mentale massive ou physique ciblée éventuelle. L'entraînement avec Erika portait ses fruits, mais il était parfois obligé de s'exposer pour lui montrer le résultat qu'il attendait d'elle. Dans ces cas-là, il mettait tout en oeuvre pour brouiller les pistes afin que le Maître ne le reconnaisse pas mentalement, mais c'était ardu comme exercice, même pour lui. Cacher son identité mentale était tout autre chose que de fermer son esprit aux attaques extérieures.

"- N'est-ce pas, mon cher Severus?"

Ah, ce n'était pas bon signe.

"- Oui, Maître."

En général, il se satisfaisait de cette réponse.

"- Bien, alors explique-nous encore pourquoi on ne la trouve pas?"

Il était encore question d'Erika. L'explication qu'il avait donnée au Seigneur des Ténèbres en privé ne lui avait pas plue, voilà donc l'humiliation publique qui s'ensuivait.

"- Un maître occlumens doit sûrement l'aider à accroître ses défenses."
"- Et qui est-ce?"
"- Personne ne le sait…"

C'était la seule réponse qu'il pouvait donner, mais l'absence d'informations pour un espion lui était généralement préjudiciable.

"- Les petits amis de Harry Potter n'ont donc aucune idée d'où elle se trouve?"
"- Non, Maître."

Il l'avait répété à chaque fois qu'il était interrogé, mais le Seigneur des Ténèbres se lassait vite.

"- Et ils ne la cherchent pas."
"- Non. Ils jugent plus prudent de la laisser se débrouiller seule."
"- Et tu n'as vraiment aucune idée de qui pourrait l'aider à m'échapper?"
"- Non, Maître. Si c'est un membre de l'Ordre, il cache très bien son jeu, mais j'en doute, je pense plutôt à un élément inconnu."

C'était la théorie qu'il avait décidé de présenter, il ne pouvait s'en défaire. Bien qu'elle commençait vraiment à sentir le soufre, à présent. Cette fois, il en était certain, il n'en réchapperait pas indemne.

"- Veux-tu savoir ce que je lui fais subir, Severus? Ainsi, tu pourras être plus à même de juger qui serait capable d'apprendre à cette traîtresse meurtrière à se prémunir de ma colère…"
"- Si vous le jugez utile, Maître," s'entendit-il répondre.

Il n'avait pas d'autre choix, dire non aurait été refuser un ordre direct.

"- Tu es un fidèle serviteur, Severus, tu seras récompensé si tu la trouves…"

Le Seigneur des Ténèbres releva sa manche et apposa sa baguette sur sa propre Marque. Juste avant le contact, Severus se prit à se demander si tout cela valait vraiment la peine. Mais il avait signé longtemps auparavant déjà, le temps des remises en question était bien révolu. La douleur l'assaillit d'abord violemment, puis se distança alors que son maître faisait pression sur son esprit tel un Détraqueur assoiffé. Il devait résister pour garder les idées claires, mais pas trop pour ne pas éveiller les soupçons. Un jeu d'équilibriste se mit en place dans son esprit. Il était sans filet, toute chute lui serait fatale.

§***§

"- Sirius? Je croyais que tu n'étais pas de garde cette semaine?"
"- J'ai du temps, alors j'ai libéré Ron. Et toi, tu traînes au QG bien souvent, il me semble…"
"- Je n'ai pas le choix, je dois retrouver Alice, mais je ne sais pas encore où."
"- Pauvre Remus, enchaîné à une petite fille…"
"- Ne m'en parle pas, cette fille est désespérante…"

Sirius s'affala dans le fauteuil en face de celui dans lequel Remus était déjà installé.

"- Allez, raconte," dit-il.

Il en fallait vraiment beaucoup pour désespérer Remus et Sirius était curieux de connaître son avis sur cette petite chose qu'il avait vue régulièrement au QG avant qu'elle ne disparaisse de la circulation.

"- Figure-toi que Harry l'a choisie pour remplacer Erika auprès de Malefoy…"
"- Ah bon? Depuis quand?"
"- Avant même qu'elle n'ait dû s'enfuir…"
"- Hm, oui, ça correspond."
"- Tu tiens les comptes?"
"- Non, mais je me demandais où était passée la blondinette…"
"- Maintenant, tu le sais…"

Sirius acquiesça.

"- Je les ai vues travailler ensemble, parfois, peut-être qu'Erika la préparait…"
"- C'est possible," approuva Remus. "Mais elle a perdu son temps alors."
"- A ce point?"
"- Je n'arrive toujours pas à déterminer si elle joue la comédie ou si elle est vraiment aussi naïve…"
"- Donc il est possible que ce soit Malefoy qui aille à la pêche aux infos…"
"- Je ne sais pas s'il imagine qu'il pourra en tirer quelque chose, elle n'est pas reliée à l'Ordre, il n'y a qu'Erika qui a joué le même double jeu que Severus."
"- Tu lui fais vraiment confiance, à ce cornichon?"
"- Oui."
"- Moi je doute de plus en plus."
"- Pourquoi?"
"- Erika a tenu quelques mois alors qu'il fait ça depuis des années… C'est louche."
"- Erika a tué Bellatrix, ça fait toute la différence."
"- Ouais, en attendant, tous les Mangemorts sont à ses trousses…"
"- Oui, et pendant qu'ils la cherchent, ils ne font pas autre chose."
"- Dis tout de suite que c'est un mal pour un bien!"
"- Exactement. Elle est visiblement parvenue à bien se cacher, donc c'est positif pour nous."
"- C'est facile pour toi de dire ça."

L'air blessé que prit Remus fit aussitôt regretter ses paroles à Sirius. Mais il ne pouvait pas les ravaler.

"- C'est aussi mon amie," répliqua le lycanthrope d'une voix sourde. "Ne crois pas que tu sois le seul à te demander où elle peut bien être."
"- Je…," hésita Sirius.

Puis il choisit de se taire. Comment expliquer à Remus qu'il ne s'en faisait pas tant que ça pour Erika? Bien sûr, il espérait qu'elle puisse les rejoindre rapidement, mais il savait qu'elle s'en sortirait plus facilement que la plupart des gens dans sa situation. Leur mise au point lui avait rouvert les yeux sur les capacités de la jeune femme et il se félicitait qu'elle ait pris l'initiative de fixer les choses entre eux. Il envisageait les choses plus sereinement. Il guérissait vite. Pour parfaire la cicatrice, il ne lui restait plus qu'à combler l'espace qu'il avait un temps espéré qu'Erika occupe. Il en était conscient, mais ne se sentait pas prêt. C'est pourquoi il continuait d'errer comme une âme en peine entre sa maison et le QG. Il avait besoin de s'occuper.

"- Tu…?" demanda Remus, habitué à ne pas se laisser rebuter par les silences obstinés dans lesquels se murait parfois Sirius.
"- Je pense que…"
"- Ah, Remus!"

Harry sauva la mise de son parrain en intervenant de manière fort opportune.

"- Bonsoir Sirius," ajouta le jeune homme.
"- Bonsoir, Harry. Que nous vaut l'honneur?"
"- Je viens donner à Remus l'information qu'il attend."
"- Ah, je suis de trop alors," dit Sirius en sautant sur ses pieds et en faisant un clin d'oeil pour signifier qu'il comprenait. "À plus tard, peut-être…"

Et il s'éclipsa.

§***§

"- Concentrez-vous."
"- Vous aurez beau me le répéter un million de fois, je n'en serai pas plus efficace pour autant…"

Rogue soupira. Erika en profita pour s'octroyer une pause. Elle se leva du canapé du petit salon de l'appartement de Rogue et en fit le tour pour dégourdir ses jambes.

"- Arrêtez ça," ordonna presque Rogue, "vous allez me donner le tournis…"
"- Un esprit sain dans un corps sain," répliqua-t-elle du tac au tac. "Ça ne sert à rien d'entraîner mon esprit si mon corps devient complètement amorphe."
"- Faites comme bon vous semble," abandonna-t-il aussitôt.

Tandis qu'il pensait sans doute qu'elle ne faisait pas attention - ou alors il s'en fichait éperdument - elle le vit se pincer l'arête du nez avec une grimace. Il ne dormait pas assez. Il ne mangeait pas assez non plus, mais sur ce point, elle ne pouvait pas lui donner de leçon. Elle haussa faiblement les épaules. Il était adulte et faisait ce qu'il voulait, tant qu'il lui reconnaissait ce droit également. Il avait bataillé pendant deux semaines pour qu'elle se nourrisse correctement, mais rien à faire. Elle avait perdu l'appétit suite aux attaques successives du Seigneur des Ténèbres. C'était peut-être une mauvaise réaction. Les quelques fois où elle avait eu faim, la douleur l'avait assaillie peu de temps après et son estomac avait rendu tout ce qu'elle lui avait confié. Depuis, elle ne faisait que grignoter de temps à autre, de préférence après un assaut violent dont elle était certaine qu'il ne se répéterait pas dans l'immédiat. C'était le mieux qu'elle pouvait faire. Rogue avait fini par abandonner l'idée de l'exhorter à manger quand elle lui avait rétorqué qu'il n'avait qu'à faire la cuisine et manger avec elle. Ils avaient maintenu le statu quo sur ce point et d'autres équivalents depuis.

Elle n'était revenue sur cet accord tacite que par deux fois, lorsque le Maître avait décidé de faire savoir à son espion ce qu'il lui infligeait régulièrement. Erika connaissait à présent par coeur les potions qui lui permettaient de passer outre un assaut par la Marque et elle les avait administrées à Rogue quand elle avait constaté les effets d'un assaut semblable sur son hôte. Il avait protesté après coup, arguant qu'il lui faudrait en préparer à nouveau pour elle et que cela lui prendrait du temps qu'il n'avait pas prévu de dépenser à cela. Ce à quoi elle avait contré que s'il n'était plus là pour les préparer, un petit stock d'avance ne lui servirait pas à grand chose. Ils s'en étaient tenus à cela, encore un statu quo.

Erika prit une profonde inspiration et se rassit à sa place.

"- Voilà," dit-elle, "on peut reprendre si vous le voulez."

Il focalisa son regard sur elle et elle en eut le vertige pendant une fraction de seconde. À quoi avait-il pensé, où s'était-il perdu pendant ces quelques minutes pour que ses yeux reflètent une telle intensité? Le regard de Rogue était déjà redevenu impénétrable et elle aurait pu croire avoir halluciné, mais ce n'était pas la première fois que cela se produisait. Oui, il y avait de sombres choses, des horreurs même, dans le passé du Mangemort, dans son présent certainement encore. Mais cette hantise qui l'habitait parfois était spéciale, indéfinissable pour Erika.

"- Vous vous laissez encore distraire," fit remarquer Rogue.
"- Excusez-moi," répondit-elle en s'arrachant à ses réflexions.

Ils reprirent l'exercice là où ils s'étaient arrêtés. Encore une trouvaille bien abstraite de Rogue. La théorie était excellente, il n'y avait rien à y redire. Mais pour ce qui était de sa mise en application, c'était tout autre chose. Encore une fois, Erika n'avait aucune base concrète sur laquelle s'appuyer, elle devait inventer la technique de bout en bout pour parvenir au résultat escompté. Rogue ne pouvait que la guider par la voix sur ce qu'il pensait être juste - et était juste, selon lui, pas vaniteux du tout, non, non - car s'il s'aventurait dans l'esprit d'Erika, il risquait d'être repéré par le Seigneur des Ténèbres.

Après qu'Erika ait testé, sous la direction de Rogue, plusieurs aspects du lien que le Maître établissait via la Marque, il s'était avéré qu'il était possible de retourner le flux et ce, à divers degrés. La jeune femme s'était donc d'abord entraînée à renforcer son esprit défensivement. Une fois qu'elle fut capable de repousser aisément Rogue, celui-ci la fit passer à l'étape suivante, à savoir tenter d'influer sur le lien le plus subtilement possible. Ils avaient réfléchi longuement à ce qu'elle devrait faire pour ne pas se faire remarquer mais que l'effet soit visible afin qu'ils aient la confirmation de la réussite de leur tentative. Pour une fois, la manie de prononcer des discours du Seigneur des Ténèbres allait leur être utile. L'idée était de lui imposer un mot qui reviendrait régulièrement dans ses propos. Quelque chose qui n'éveillerait pas les soupçons mais qui n'aurait pas été son choix premier. Une autre séance de réflexion plus tard, ils avaient déterminé que ce serait "l'infâme traîtresse" pour la désigner. Comme actuellement il citait souvent Erika dans ses discours, il serait aisé pour Rogue de vérifier la réussite de leur entreprise.

Mais pour ce faire, il fallait d'abord qu'elle parvienne à insuffler cette idée au Seigneur des Ténèbres via cette fichue Marque. Ce pour quoi Rogue l'exhortait à se concentrer. Ce contre quoi tout son être luttait bien malgré elle. Elle voulait retourner cette arme mise en place contre elle, mais les rappels sans cesse renouvelés de la douleur qu'elle pouvait en recevoir avaient conditionné en elle un instinct primaire, sauvage, qui lui intimait de fuir ce lien. Elle n'en avait pas parlé à Rogue, elle savait que la raison devait dominer l'instinct. Mais c'était très difficile à mettre en pratique. Alors, quand elle détecta qu'un nouvel assaut se préparait au moment même où elle commençait à toucher du bout du doigt spirituel ce curieux canal de communication, elle ne parvint pas à garder le contrôle et se rétracta. Son corps, lui, se tordait de douleur depuis un moment déjà quand elle en prit conscience.

"- Profitez-en!" lui intima Rogue. "Miss Stewart, c'est le moment idéal! Vous êtes prête, faites-le, sous couvert de son attaque, il ne se rendra compte de rien, il ne vous verra même pas!"

Peine perdue, elle ne parvenait pas à saisir ce qu'il lui demandait de faire. C'était de la folie, elle allait mourir.

"- Erika! Fais-le!"

L'ordre tonna bien davantage dans sa tête qu'à ses oreilles. Sous la douleur, elle aurait pu tout aussi bien ne pas se rendre compte de sa présence furtive dans sa tête. Mais curieusement, elle se rattacha à cet ordre comme à une bouée de sauvetage et appliqua le plan qu'ils avaient mis au point aussi naturellement que si elle avait fait ça toute sa vie. Elle remonta le flux de douleur jusqu'à sa source et implanta l'idée dans la Marque du Seigneur des Ténèbres comme si elle en avait toujours fait partie. Après quoi elle se laissa couler de retour en elle-même. Elle eut beaucoup de mal à faire face à la vague dévastatrice de douleur qui irradiait de son bras gauche dans tout son corps et fut tentée un moment d'y échapper en se laissant absorber par la voix qui lui murmurait que tout irait mieux si elle le laissait prendre le contrôle. Une autre voix lui parlait au loin, beaucoup moins doucereuse, beaucoup plus pressante.

"- Erika, ne lâche pas! Accroche-toi!"

C'était ce qu'elle devait faire. Tenir le coup. Ça passerait. Ça finissait toujours par passer. Et Rogue serait là pour l'aider à s'en remettre. Elle n'était pas seule. Alors elle s'accrocha.

§***§

Remus appréhendait désormais ce moment plus que tout autre. Écouter Alice était presque un supplice. Elle montrait un enthousiasme débordant pour tout et c'en était lassant parce que bien souvent pas justifié. Ce fut donc avec beaucoup de réticence qu'il accueillit la jeune femme quand elle se présenta à leur point de rendez-vous. Cependant, pour cette fois, l'insupportable sourire constamment plaqué sur ses lèvres avait disparu et elle semblait apeurée, bien que tout aussi excitée que d'habitude. Il devait s'être passé quelque chose. Aussitôt, Remus songea à Erika. C'était encore et toujours le sujet central de Voldemort, il y avait fort à parier qu'elle devait être concernée.

"- Bonsoir, Remus," dit Alice d'un ton nettement moins enjoué qu'habituellement.
"- Bonsoir, Alice," répondit-il d'un ton neutre. "Comment vas-tu?"

"- Ça peut aller… sauf qu'on a un problème."
"- Ah, quel genre de problème?"
"- Du genre très ennuyeux…"
"- Je t'écoute."

Elle jeta un coup d'oeil alentour.

"- On peut aller s'asseoir quelque part?" demanda-t-elle. "Ça risque de prendre du temps…"
"- Oui, bien sûr."

C'était très mauvais. Non seulement il était parti pour être coincé avec Alice toute la soirée, mais en plus elle avait de terribles nouvelles à lui communiquer. Ils se rendirent dans un pub assez calme sans être louche et s'installèrent côte à côte à une table. Il devait passer pour un homme en pleine crise de la quarantaine, mais c'était le meilleur moyen pour discuter d'informations sensibles sans éveiller l'attention.

Après avoir passé commande, Alice se lança dans un historique de la situation - dont Remus se serait bien passé - pour le situer correctement. Son esprit tourné vers le futur potentiellement à risque, il ne l'écouta que d'une oreille lui expliquer comment la traque d'Erika avait pris une place considérable dans le quotidien des Mangemorts comme Lucius Malefoy. Quand elle aborda le sujet de la Marque détournée, il focalisa à nouveau son attention sur elle.

"- En somme, si j'ai bien compris," l'interrompit-il, "Voldemort est à présent capable de cibler qui il veut faire souffrir au travers de sa Marque et il en va de même pour l'appel…"
"- C'est tout à fait ça," répondit-elle.
"- Mais quel est le problème?"
"- En fait, Erika aurait trouvé un moyen d'utiliser ça à son avantage."
"- Quoi, la Marque?"
"- Oui."
"- Par exemple?"
"- Erika aurait troublé l'esprit du Seigneur des Ténèbres…"
"- Elle a fait ça?"
"- Si ce que m'a dit Lucius est vrai, oui. Il y aurait apparemment quelqu'un qui l'entraîne pour ça, d'ailleurs, parce qu'elle n'était pas si douée que ça quand je l'ai vue pour la dernière fois…"
"- Mais ils ne les ont pas trouvés, ni l'un ni l'autre?"
"- Non, ce qui leur vaut des séances punitives assez impressionnantes, paraît-il…"
"- Mais si Voldemort est au courant à propos d'Erika, pourquoi la laisse-t-il faire?"
"- Pour l'appâter, je crois. Il attend qu'elle tente plus gros pour la ferrer. Et ça ne saurait tarder…"
"- Oh… si seulement on pouvait la prévenir…"
"- Personne ne sait où elle est?"
"- Non, personne. Elle se débrouille seule depuis que sa couverture est tombée."
"- Quel courage…"

Remus trouva que le ton d'Alice démentait quelque peu ses propos. Mais peu importait, il fallait prévenir Severus. Quelque chose disait à Remus que c'était lui qui avait trouvé Erika et qui l'entraînait. Hors de question de partager cette information avec qui que ce soit d'autre que le principal intéressé, cependant. Mais dans quelle entreprise folle le faux Mangemort s'était-il lancé? Remus espéra qu'il aurait le temps de lui poser la question avant que Voldemort passe à l'offensive.

§***§

C'était arrivé sans prévenir et elle l'avait bien cherché. Cette fois, elle n'y survivrait pas.

Impuissant, il ne pouvait que constater l'ampleur de l'attaque, sûrement ultime, qui la touchait. Il doutait qu'elle en réchappe.

"Tu as appris à me trouver, me voilà, qu'attends-tu?" lui susurrait la voix de son assaillant, tonnant dans sa tête comme un concert infernal de cloches d'une église. Elle ne pouvait pas y répondre, il l'avait envahie. Il était partout et pourtant insaisissable. Elle ne pouvait pas le chasser. Il l'avait paralysée. Quelque part, elle était vaguement consciente que son corps physique subissait une douleur insupportable, mais elle était incapable de s'y intéresser, son esprit occupé comme il l'était avec cette bataille - la dernière, sans doute.

Quand elle se mit à convulser, il réagit. Jusque-là, il était resté spectateur horrifié, ayant rarement vu une telle torture à la fois mentale et physique. Il se dégageait du corps de la victime une telle aura de magie noire qu'il en était lui-même profondément dégoûté. Néanmoins, si la bataille spirituelle ne revenait qu'à elle, il ne pouvait pas laisser son corps la lâcher, alors que peut-être elle parviendrait à avoir le dessus dans sa tête, si mince soit cette chance. Il se précipita dans son laboratoire et attrapa tout un tas de fioles sans y prêter une réelle attention. Il fallait qu'il en ait le plus possible pour parer à toute éventualité. Il revint dans le salon et étala toute son armada de potions sur la table basse avant de revenir à sa future "patiente". Elle convulsait toujours et il eut toutes les peines du monde à s'approcher d'elle pour la ramasser et l'installer dans le canapé. Une fois l'horreur passée, la méthode avait repris le pas sur son comportement et il ne pensait plus qu'en terme de choix d'actions à mener pour sauver ce corps de la ruine. Patiemment, il lui fit boire une potion après l'autre, veillant à ce qu'elle ne s'étouffe pas avec, attendant que les effets se manifestent dans les temps impartis, ce temps pouvant aller de quelques minutes à parfois des heures. La lutte était longue, il ressentait à présent la fatigue, mais elle était toujours en vie, toujours en proie à la douleur. Cela ne pourrait pas durer indéfiniment. Il fallait qu'elle tienne le coup encore un peu.

Elle luttait encore. Elle n'était pas lâche, elle avait des principes et quitte à se faire exterminer, autant que ce soit avec panache. Le goût de l'exploit l'avait toujours titillée. Ce n'était pas maintenant, avec cette dernière chance de briller pour ce en quoi elle croyait, qu'elle allait abandonner. Cela ne lui plaisait pas et il le faisait savoir. Parfois, il redoublait d'efforts pour la tromper, essayant de lui faire dévoiler tous ses secrets. Mais le culte du secret l'avait bercée depuis sa plus tendre enfance et l'entraînement avait porté ses fruits. Elle ne trahirait pas. Il n'apprendrait rien d'elle. Plus besoin de lui servir une diversion puisque elle était son ennemie avérée. Donc elle pouvait refuser tout net de lui donner accès à sa mémoire, à ses souvenirs. Son dernier rempart de volonté. Il y avait des gens qui comptaient pour elle et pour qui elle comptait. Loin d'être une faiblesse comme il le pensait, c'était une force dans laquelle elle puisait de l'énergie pour le combattre. Elle ne les décevrait pas. Ce choix qu'elle posait alimentait la rage, qui l'habitait à présent, de le vaincre ou de ne rien lui céder dans la défaite. De plus, elle avait toujours vaguement conscience de l'état de son corps et il semblait, si pas s'améliorer, en tous cas stationnaire. Elle n'était pas seule dans sa lutte. Et tout aussi puissant qu'il soit, il ne pouvait pas maintenir un assaut de cette ampleur indéfiniment. Elle devait tenir, ne fut-ce qu'encore un peu. Il y avait une chance qu'elle gagne. L'espoir s'ajouta à la rage. Elle renforça ses barrières. La vague suivante fut plus violente, réponse émotionnelle à sa volonté qui se consolidait. Mais cela dura moins longtemps. Il s'essoufflait. C'était bon signe.

Son corps ne convulsait plus depuis longtemps déjà, mais ses traits étaient toujours extrêmement crispés. Ce n'était pas fini, mais ça n'empirait pas, donc c'était bon signe. Il se passa une main lasse sur le visage comme pour en balayer la fatigue. Peine perdue, les heures passées à surveiller l'état physique du corps inerte dans son canapé lui avaient pompé toute son énergie et il avait déjà pris suffisamment de potions lui-même pour rallonger sa vigilance. Se permettant une pause, il se leva du sol où il s'était assis pour être plus près du canapé et alla dans la cuisine se servir un verre d'eau. Il paraissait que c'était un défatigant. Il aurait pu en boire des litres avant de ressentir cet effet au point où il en était. Quand il revint dans le salon, un loup immatériel y pénétra également et se dirigea vers lui.

"- À Severus Rogue," dit la voix désincarnée de Lupin. "J'ai toutes les raisons de croire qu'une attaque de grande ampleur est imminente pour Erika. J'espère qu'elle parviendra à s'en sortir."

Puis le Patronus s'évapora. Le message du lycanthrope était sibyllin. Un Patronus ne pouvant délivrer son message qu'au destinataire désigné dans des circonstances pouvant être précisées par l'auteur, c'est que Lupin hésitait à faire confiance aux oreilles indiscrètes qui l'entouraient. Mais s'il s'était adressé à lui en particulier, c'est qu'il se doutait qu'il savait où était Erika et qu'il connaissait la nature de l'attaque potentielle - et effective - que le Seigneur des Ténèbres projetait. Severus força son cerveau fatigué à réfléchir. Qui pouvait bien avoir donné ces informations à l'Ordre? Y avait-il un autre espion? Il s'était tenu à l'écart bien trop longtemps, il faudrait qu'il reprenne contact avec Potter rapidement.

Erika reprenait consistance dans son propre esprit. Il s'essoufflait encore. Il ne manquait plus grand chose. L'intensité de l'attaque l'avait grandement affaiblie, mais elle se rendit compte qu'à présent cela s'était réduit aux habituels rappels d'esclavage par la Marque qu'elle subissait si souvent. Elle pouvait rompre le lien. Elle n'en avait plus besoin, elle avait été totalement démasquée, sur tous les fronts. Elle ne devait pas maintenir le contact pour attaquer elle-même en sous-marin. Elle devait juste survivre. Alors elle le bouta hors de son esprit.

Severus se figea quand il entendit un gémissement. De quelle nature était-ce? Il observa la jeune femme avec attention. Ses traits se détendaient. Elle avait réussi. Avant de s'en rendre compte, il ressentit un vif soulagement. Qu'il inhiba aussitôt. Il avait encore besoin d'adrénaline pour l'assister. Elle remua faiblement. Elle allait émerger. Il attrapa une fiole, passa sa main libre sous la tête de la jeune femme et présenta la potion à ses lèvres. Elle but sans rechigner. Il se passa un moment suspendu dans le temps où rien ne se produisit, puis elle battit des cils et ses paupières se soulevèrent lentement. Elle luttait pour reprendre contact avec la réalité. Alors elle accrocha son regard. Il y lut une profonde reconnaissance, brutale, entière, qui le heurta de plein fouet car il ne s'y attendait pas.

"- Ré… réu… ssi?" demanda-t-elle d'une voix d'outre-tombe.

Il acquiesça.

"- Oui, tu as réussi, Erika."

Elle sourit. Et sombra de nouveau dans l'inconscience. Elle était tirée d'affaire. Mais pour combien de temps encore?


NdA: Me voici et on time, cette fois! Alors, ce chapitre vous a-t-il plu? Faites-moi savoir ce que vous en avez pensé! On se retrouve dans un mois pour la suite!