Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


Chapitre 10 - A l'essai

Erika avait suivi le petit groupe de sorciers qui se félicitaient de leur intervention et du sauvetage réussi de leurs compagnons. Celui qui s'était présenté à elle comme un certain Eric était loin d'être aussi agressif qu'il l'avait laissé paraître. De plus, le fait d'avoir appris qu'elle était une fugitive avait fait apparaître une certaine forme de respect dans ses yeux. C'était toujours ça de gagné. Par contre, l'autre sorcier qui s'était adressé à elle ne la lâchait pas d'une semelle, l'observant constamment du coin de l'oeil. Par rapport à toute la bande, il était plus âgé, peut-être la cinquantaine. Elle-même devait faire un peu plus vieille que le groupe qui semblait tout droit sorti d'un bus scolaire. La surveillance constante dont elle était l'objet ne la gênait pas outre mesure. C'était normal, pour eux, elle sortait de nulle part. En fait, l'insouciance dont les autres faisaient preuve à son égard la chagrinait. À moins qu'ils ne fassent totalement confiance à leur aîné et s'en remettent à lui. Dans les deux cas, elle le plaignait sincèrement. Les leaders n'avaient pas une vie facile, ils étaient souvent isolés des autres. Elle n'aurait voulu de ce rôle pour rien au monde, quelle que soit l'organisation concernée.

Ils arrivèrent bientôt devant une bâtisse en piteux état.

"- Viens avec moi," lui murmura l'aîné du groupe, la faisant sursauter.

Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il soit si près d'elle. Il était vraiment discret. Elle se détourna et le suivit. Lorsqu'elle jeta un coup d'oeil par-derrière elle, les sept autres avaient disparu. Sans doute le bâtiment était-il sous Fidelitas. Il la conduisit dans une ruelle sombre, à l'abri des oreilles et des regards indiscrets.

"- Que cherches-tu?" lui demanda-t-il abruptement.

Elle hésita.

"- A vrai dire, je ne sais pas," avoua-t-elle.
"- Alors pourquoi ne pas avoir passé ton chemin?"

Il usait d'un ton dur, froid, cassant.

"- Chez moi, j'aidais les gens comme vous," répondit-elle.
"- Pourquoi ne pas avoir continué?"
"- Ma couverture a été… compromise."
"- Explique-toi…"
"- Je ne vois pas pourquoi je le ferais," rétorqua-t-elle. "Si ces informations sont révélées à la mauvaise personne, je risque ma vie…"
"- Très bien. Il y a deux possibilités."
"- J'écoute."
"- Ou tu t'en vas après que j'ai effacé ta mémoire, ou tu me révèles qui tu es vraiment avec ma parole que je ne dirais rien à personne."
"- Je vois une faille pour chaque possibilité."
"- À mon tour d'écouter."
"- Je suis Occlumens, l'Oubliette ne fera effet que pendant un temps limité sur moi. Et votre parole ne vaut rien pour moi."
"- Nous voici donc dans une impasse. À moins que…"
"- Oui?"
"- Un Serment Inviolable pour ne pas révéler ce que tu me diras."
"- Vous êtes prêt à prendre un tel risque alors que vous ne me connaissez pas?"
"- Je ne sais pas pourquoi, j'ai tendance à te faire confiance…"

Elle haussa les sourcils et leva les yeux au ciel.

"- Les Français et leur indécence… Cela ne résout quand même pas le problème, il n'y a pas d'Enchaîneur potentiel ici."
"- Détail."
"- D'importance. Je ne veux pas qu'un de vos petits protégés se mette en tête de m'espionner parce qu'il saura que je cache quelque chose…"
"- Ce ne sera pas l'un d'eux, mais quelqu'un en qui j'ai toute confiance. Donne-moi ton bras."

Elle le regarda avec méfiance.

"- Nous allons de ce pas voir cette personne," expliqua-t-il.
"- Bon, très bien," abdiqua-t-elle.

Il attrapa le bras qu'elle lui tendit et le serra contre lui, la forçant à un rapprochement qu'elle aurait préféré éviter. Puis il transplana avec elle. Merlin, ce qu'elle pouvait détester ce genre d'escorte. Ils reparurent aussitôt dans un vaste jardin parfaitement entretenu où il la lâcha immédiatement et s'éloigna.

"- Hey!" le héla-t-elle en courant presque pour le rattraper. "Hm, vous pourriez au moins me dire comment vous vous appelez, ce serait plus simple…"
"- Bertrand."
"- Enchantée. Très bien, Bertrand, où allons-nous?"
"- Tu verras."

Elle soupira. Les faiseurs de mystère l'exaspéraient, surtout avec le genre de petit sourire en coin que son interlocuteur affichait. Elle se borna donc à le suivre, réfléchissant à la manière dont elle allait faire énoncer les termes du serment à cet Enchaîneur inconnu. Ç'aurait été un membre de l'Ordre, il n'y aurait eu aucun problème. Mais elle ne pouvait pas remettre les pieds en Grande-Bretagne et refusait de mettre l'un d'eux en danger en révélant sa position pour qu'il vienne. Donc elle devait s'en tenir à cet étranger. Elle ne souhaitait pas contraindre ce Bertrand avec trop de choses à ne pas révéler à son propos, mais elle ne pouvait pas non plus être trop précise au risque de voir son secret éventé par l'Enchaîneur. Cruel dilemme. Elle réfléchit encore un moment pendant qu'ils marchaient, puis l'illumination lui vint. Ne pas révéler les détails de sa mission pour l'Ordre du Phénix serait une parfaite clause. C'est donc rassurée sur la conduite à tenir qu'elle pénétra dans l'immense bâtiment sans y prêter attention. Bertrand la fit emprunter un dédale colossal de couloirs à sa suite qui n'étaient pas sans rappeler Poudlard à Erika. En terme de grandeur seulement, car l'architecture du présent bâtiment était bien différente de celle de l'antique château. Néanmoins, ce ne fut que lorsqu'ils s'arrêtèrent devant une grande porte au-dessus de laquelle titrait "Bureau de la Directrice" qu'Erika comprit.

"- Madame Maxime," souffla-t-elle.
"- Elle-même," dit celle-ci en ouvrant la porte. "Entrez, je vous prie."

Bertrand fit signe à Erika de passer devant lui. Elle obtempéra avec beaucoup de réserve. C'était que la directrice de l'Académie de Beauxbâtons était impressionnante. Savoir que ce serait elle l'Enchaîneur n'était pas fait pour rassurer complètement. Néanmoins, sa fidélité à Dumbledore dans un premier temps et à Harry Potter ensuite n'était plus à démontrer, c'est pourquoi Erika n'avait pas décidé de tout bonnement s'enfuir.

"- Bien," dit Bertrand, prenant la parole quand ils furent installés de part et d'autre de l'immense bureau. "Nous sommes donc ici pour un recrutement dans les règles."

Erika tiqua. Dans les règles? Cela se passait donc toujours de la même façon, Serment Inviolable à la clé? Les Français étaient vraiment des gens bizarres. Au bout de combien de serments perdait-on le fil de ce qu'on pouvait ou ne pouvait pas dire? Le risque était excessivement élevé de faire une erreur d'appréciation. Le résultat fatal aurait dû faire réfléchir à deux fois.

"- Et donc," continua Bertrand, "comme dans toute bonne transaction, ce sera donnant donnant."
"- Ah tiens, je me disais aussi…"
"- C'est logique, non?"
"- Tout à fait," confirma-t-elle. "Alors quel en sera le sujet?"
"- Tout ce qui te sera révélé à propos de notre mouvement doit rester secret."
"- Cela va de soi, pourquoi pas."
"- Parfait. Nous pouvons donc procéder."

Erika donna les termes du serment que devait respecter Bertrand à Madame Maxime et il fut scellé. Puisque cela était une procédure régulière, la directrice de l'école de magie française enchaîna aussitôt sur le serment à accepter par Erika.

"- Maintenant que les formalités sont remplies, nous pouvons discuter. Une pièce disponible pour cet usage?"
"- Toujours," répondit Madame Maxime. "Suivez-moi."

Elle les emmena dans le dédale de couloirs et leur montra la pièce qui leur était dévolue. Une fois la porte close, Erika jeta quelques sorts pour empêcher qu'ils soient écoutés. Rogue lui avait transmis des habitudes tenaces. Bertrand eut une moue approbatrice.

"- Tu serais bien la première à faire montre d'une telle prudence avant d'intégrer la résistance."
"- C'est-à-dire que j'appartiens déjà à une résistance, cela coule de source pour moi."
"- Vu comme ça…"

Il tira une des chaises rangées contre un mur et s'assit dessus.

"- Allez, je t'écoute."

Elle l'imita, mais préféra se servir de sa baguette.

"- J'ai eu pour mission d'infiltrer les rangs du Seigneur des Ténèbres."

Il se fit d'un coup beaucoup plus attentif. Cela lui parlait, apparemment. Mais il ne fit aucun commentaire, l'invitant à poursuivre.

"- D'abord comme simple informatrice auprès d'un Mangemort avéré, ensuite comme Mangemort moi-même."
"- Tu l'as effectivement fait? Tu as un tatouage?"

Elle remua sur sa chaise.

"- Vous êtes drôlement bien renseignés pour des étrangers."
"- Nos alliés nous transmettent des informations importantes pour ne pas nous faire infiltrer. La… Marque, c'est ça? Cela fait partie d'un trait qui disqualifie des postulants à la résistance."
"- Alors c'est ici que nous nous arrêtons puisque…"

Elle remonta sa manche gauche pour lui dévoiler sa Marque.

"- Continue ton histoire," dit-il en haussant les épaules. "C'est moi qui jugerai de la validité de ta candidature."
"- Il n'y a pas grand chose de plus à dire. Ma mission s'est terminée plus tôt que prévu, j'ai dû éliminer un des plus proches sbires du Seigneur des Ténèbres. Il me recherche encore pour cela, c'est pourquoi j'ai dû fuir mon pays."

Il acquiesça doucement.

"- Par éliminer, tu veux dire tuer?"
"- Oui."
"- Volontairement?"
"- C'était de l'auto-défense, mais j'étais pleinement consciente de ce que je faisais, oui."
"- Tu recommencerais?"
"- Dans les mêmes circonstances, bien sûr."
"- Bien. Je comprends que tu veuilles garder cela pour toi, je t'y enjoins vivement, d'ailleurs, cache toujours bien ton bras."
"- Ça veut dire que vous m'engagez…?" demanda-t-elle d'un ton à la fois étonné et ironique.
"- Disons que tu as droit à une période à l'essai…" répondit-il mi-sérieux, mi-amusé.
"- Alors c'est à mon tour de vous écouter."

Elle apprit ainsi que la résistance française était organisée de manière cellulaire afin de limiter la divulgation inopinée d'informations sensibles ou non. Cela leur permettait de garder aussi un contrôle assez important sur leurs membres via le Serment Inviolable. C'est pourquoi les cellules variaient de cinq à dix personnes et n'avaient en leur sein qu'un seul contact. Lui-même n'était en relation qu'avec trois ou quatre autres contacts. Les cellules agissaient individuellement, par rapport aux informations qu'elles collectaient ou recevaient de leurs cellules soeurs. Les frappes étaient petites mais chirurgicales et couvraient toute la France. Les sorciers, pour mettre en place ce mode de fonctionnement, s'étaient largement inspirés des Moldus.

"- C'est très efficace," reconnut Erika. "Bien rôdé apparemment. Mais, si je peux me permettre une petite question…"
"- Vas-y."
"- Contre quoi vous battez-vous?"
"- À la base, contre tout ce qui aurait pu donner la possibilité à un mage noir tel que votre Voldemort de prendre le pouvoir en France. C'était beaucoup plus relâché à l'époque, un travail de fond, nous nous voyions une fois par mois pour faire le point. Mais on n'a pas été assez efficaces et elle est quand même parvenue à étendre son emprise."
"- Elle?"
"- Notre mage noire française. Roxanne."
"- Pas de surnom tordu empreint de pouvoir?"
"- Non. Ça reste officieux, donc ça lui permet de nier toute implication officiellement. Par contre, nous savons qu'elle est en relation avec votre Voldemort. Ils seraient alliés…"

Erika ne dit rien de plus. Si seulement elle pouvait communiquer cette information à l'Ordre. Mais qu'avait fait l'Ordre pour l'aider après que sa mission se soit achevée? Si ce n'avait été Rogue, elle serait sans doute morte à l'heure qu'il était. Et il avait affirmé que Potter n'était pas au courant. Elle décida qu'à présent, elle oeuvrait pour la France. C'était sa vie qu'elle essayait de sauver, après tout.

§***§

Tandis qu'il l'observait compulser une énième fois ses notes et tout retourner dans son sac, Sirius se dit que Hermione devait être hyperactive. Très investie aussi. C'était son projet, qui ne faisait pas l'unanimité, donc elle avait intérêt à ne rien laisser au hasard pour parvenir à un résultat probant. L'animagus était certain qu'un échec la ferait se terrer pendant un très long moment, ce qui n'était pas vraiment souhaitable pour l'Ordre. De toutes façons, c'était une bonne idée, il ne restait plus qu'à la mettre en route.

"- C'est bon, tu sais," dit-il
"- Quoi?" demanda-t-elle en cherchant ce sur quoi il aurait pu émettre un avis parmi ses affaires ou sa mise.
"- Ça va bien se passer."
"- Comment le saurait-on? C'est la première fois qu'on fait ça!"
"- Fais-toi un peu plus confiance, tu t'es très bien préparée, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas."
"- Justement si, il y a plein de raisons pour que nous ne recevions que des refus! C'est pour ça qu'il faut être prêt à toute éventualité d'argumentation, même illogique…"

Sirius lui saisit les poignets pour qu'elle arrête d'agiter ses mains en tous sens sous l'effet de la nervosité.

"- Hermione, tu ne peux pas faire mieux. Maintenant on y va."

Elle ne protesta pas. Depuis qu'ils travaillaient conjointement sur ce projet, elle avait appris que ce n'était pas la peine de le contredire quand il avait décidé quelque chose. De fait, elle attrapa la poudre de cheminette et annonça leur adresse clairement avant de se faire transporter. Il marqua une pause avant de la suivre. Que pouvait-il faire pour lui remonter le moral? Il haussa les épaules. Être lui-même était son point fort et cela avait souvent déridé Erika, pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas avec Hermione? Il prit une poignée de poudre à son tour et entra dans la cheminée pour rejoindre la jeune femme. Quand il la rejoignit, elle avait eut le temps de s'épousseter. Il fit de même rapidement pour rester présentable.

"- Par où?" demanda-t-il.

Ils avaient pris une cheminée publique et c'était elle qui s'était chargée de toute la logistique. Elle lui désigna une direction sans desserrer les lèvres. Il acquiesça et se mit en route sans la forcer à parler. Sans doute la boule dans sa gorge l'empêchait-elle de lui répondre. Quand elle se mit à sa hauteur, il lui passa familièrement un bras autour des épaules, sans rien dire. Si elle se tendit au contact, elle ne recula pas et finit par adopter la même allure que lui. Il sourit, satisfait de pouvoir la soutenir à sa manière. Ils atteignirent bientôt l'adresse où ils devaient se rendre car elle ralentit subtilement le pas. Il ôta son bras et réintégra une distance plus appropriée. Hermione manifesta leur présence en utilisant la sonnette prévue à cet effet et bientôt, un homme vint ouvrir. Il les regarda en fronçant légèrement les sourcils.

"- Oui?" dit-il, suspicieux.

Hermione se racla la gorge. C'était elle qui avait pris contact avec les résidents de cette adresse, c'était donc à elle de les introduire.

"- Bonjour," dit-elle, "je suis Hermione Granger. Nous avons été en contact il y a peu et avons fixé ce rendez-vous. Voici mon partenaire, Sirius."

Il hocha la tête doucement en guise de salutations à l'homme qui paraissait assez hostile à leur venue et se prépara à forcer les choses pour ne pas rendre la première tentative d'Hermione caduque. Ils entendirent alors une voix féminine derrière l'homme.

"- Allez, laisse-les entrer, on ne perd rien à les écouter…"
"- Bon," ronchonna l'homme. "Si tu y tiens. Allez-y."

Ils furent reçus dans une petite maison bien tenue et invités à s'installer dans le sofa face à du thé et des petits fours. Très traditionnel et ouvert comme accueil, la femme était beaucoup plus avenante que son mari. Sirius observa tranquillement leur attitude alors qu'Hermione leur présentait la situation et l'intérêt de travailler en coopération. Il n'intervenait que très ponctuellement, pour renforcer les propos de la jeune femme ou éclaircir un point concernant la précédente guerre.

Au final, l'entrevue se passa relativement bien et le couple se dit prêt à les aider au niveau informatif avec les faibles moyens qu'ils avaient. Hermione les remercia grandement et leur promit qu'eux-même seraient tenus au courant de tout ce qui pouvait interférer avec leur vie. Ils se montrèrent reconnaissant sur ce point particulier et tinrent à ce qu'ils emportent un panier de petits fours avec eux.

Les trois rendez-vous suivants furent plus mitigés, mais c'était des contacts possibles que Sirius avait avancés et avec lesquels c'était lui qui avait engagé leur nouvelle procédure. Il ne s'attendait pas à ce que toutes ses vieilles connaissances de la première guerre soient de parfaits petits espions pour l'Ordre. Que la sélection d'Hermione se soit avérée plus judicieuse était un bon point pour la jeune femme. Lui avait simplement cherché à élargir les possibilités en s'assurant au maximum qu'un refus ne se solderait pas par l'effet inverse de celui recherché, à savoir le retour d'information à Voldemort sur leur volonté d'étendre leur réseau.

C'est donc globalement assez contents d'eux qu'ils rentrèrent au QG de l'Ordre. Sirius plaisanta une bonne partie de la soirée sur les gens les plus coincés du monde qu'ils avaient rencontrés dans l'après-midi, ce qui fit beaucoup rire Hermione. Ils mangèrent ensemble en préparant leur journée du lendemain, le week-end devant être mis au maximum à profit car la jeune femme travaillait de la semaine.

Quand elle évoqua le fait de rentrer chez elle car il se faisait tard, il acquiesça, se disant qu'il avait tout intérêt à faire de même.

"- Tu vois," dit-il avant qu'elle n'emprunte la cheminée. "Tu n'avais aucune raison de t'en faire."
"- Nous ne serions pas arrivés à ce résultat si je ne m'étais pas inquiétée un peu…"
"- Oui, mais lorsque tout était prêt, ce n'était plus nécessaire."
"- Oui, c'est vrai," admit-elle.
"- Allez, sauve-toi! Ce sera encore mieux demain!"
"- Bien sûr, plus de contacts pour moi!"

Il sourit et lui fit un signe quand elle disparut dans les flammes vertes. Il préféra rentrer en transplanant. Pour une fois, il ne se servit aucun verre d'alcool et se mit directement au lit, certain de pouvoir dormir un peu mieux, satisfait de ce qu'il accomplissait à présent.

§***§

Quand Bertrand lui avait énoncé l'adresse du lieu de rencontre de leur cellule avant de partir de l'Académie de Beauxbâtons, Erika ne s'était pas attendue à un tel changement. La vieille bâtisse s'était transformée en un bâtiment neuf. Mais s'il n'y avait eu que l'extérieur, elle aurait pu s'en remettre plus vite que ce n'était présentement le cas. Les Français ne regardaient pas à l'utilisation de leur magie quand il s'agissait de leur confort. Il y avait deux salons, une grande salle à manger, une cuisine extrêmement fonctionnelle et à la pointe de ce qui se faisait dans le monde magique et une salle de réunion optimale. Rien que pour le rez-de-chaussée. Les deux étages comprenaient chacun cinq grandes chambres et une salle de bain avec baignoire et douche, ainsi que deux toilettes séparées comme leurs homologues du dessous.

C'était Eric qui s'était chargé de lui faire faire le tour du propriétaire. Très jovial avec elle à présent qu'elle faisait partie des leurs, le jeune homme s'était révélé être un véritable moulin à paroles. Il se chargea également de faire les présentations avec tous les autres membres de la cellule. Erika se promit de faire l'effort de faire un minimum connaissance avec chacun d'entre eux. Le nombre réduit du groupe permettait une réelle proximité. Parfois trop marquée pour l'anglaise pur souche qu'elle était, mais elle s'y ferait et ils se feraient à sa réticence aux contacts.

Quand ils passèrent à table pour partager le repas, elle resta encore en mode observateur pendant un long moment. Il y avait une telle osmose entre eux qu'ils n'y virent aucun inconvénient. D'un point de vue externe, ils donnaient vraiment l'impression d'une joyeuse colonie de vacances avec un surveillant compréhensif en la personne de Bertrand. Erika se demanda s'ils avaient seulement jamais été confrontés à l'horreur d'un massacre. Bertrand peut-être. Mais les autres, sûrement pas. De petites frappes, de l'information correcte, c'était l'essentiel de leur mission. Mais si cette Roxanne était alliée au Seigneur des Ténèbres, ils n'allaient pas tarder à devoir changer leur fusil d'épaule et plonger davantage dans une véritable guerre.

"- Allez, Erika, dis-nous quel était ton job dans la grande île," dit Bertrand pour l'inclure au groupe, interrompant le fil de ses pensées.

Les autres se turent, lui donnant la parole. Elle se racla doucement la gorge.

"- Rien de bien passionnant, j'en ai peur," dit-elle. "J'étais une gratte-papier au Ministère de la Magie."
"- Tu bossais au Ministère Britannique?" s'exclama Eric. "Ce devait être passionnant! Toutes les prises de décision se font là!"
"- La France doit encore différer de nous sur ce point. Le Ministère est très rigide et en même temps très étendu, on y fait de tout, une bonne moitié de la population sorcière de chez nous y travaille. Donc il peut y avoir des boulots très intéressants, comme la recherche au Département des Mystères, mais aussi des boulots moins passionnants, comme de relire les textes de lois pour les corriger… parfois pas en bien."

Un silence religieux s'abattit sur la tablée, comme si elle venait de leur prêcher la Bible de Merlin. Elle nota le sourire discret de Bertrand et lui lança un regard assassin. Elle était prête à parier qu'habituellement, c'était à lui qu'ils réservaient ce genre de réaction. Il fit comme s'il n'avait rien vu et continua de relancer la conversation autour d'elle périodiquement. Ce petit jeu auquel elle se prêta bon gré mal gré dura une bonne heure jusqu'à ce la jeune Lise fasse savoir qu'elle était fatiguée et allait se coucher. Sylvie lui emboîta le pas. Elles avaient toutes deux été durement malmenées durant leur enlèvement et personne ne trouva à redire à leur besoin de repos. Charles, le petit ami de Lise, la suivit après avoir tenu cinq honorables minutes de plus. Les quatre jeunes restant se lancèrent dans une partie de cartes sur l'initiative d'Eric, non sans avoir proposé à Erika et Bertrand de participer, ce qu'ils refusèrent poliment. Ils regardèrent les deux équipes composées respectivement de Eric et Aurélie d'une part et Arnaud et Damien d'autre part gagner et perdre successivement avec beaucoup d'enthousiasme et de stratégies prétendument gagnantes mises en place.

Erika laissa son esprit vagabonder, se demandant vaguement ce que Sirius ou Remus faisait à l'instant. Elle se prit aussi à imaginer Rogue dans son laboratoire en train de préparer des potions compliquées. L'ambiance calme de discussions décousues avec ses deux amis et celle plus studieuse avec son ancien professeur lui manquaient tout autant. Elle trouvait un peu trop agressif les éclats de voix et les rires liés à la partie en cours entre les quatre jeunes gens.

Eric lui avait montré sa nouvelle chambre et elle avait décidé d'emblée d'y rester à demeure. Elle n'avait pas de raison particulière de garder l'appartement qu'elle louait ni le travail de comptable qui lui permettait de le payer, elle résilierait les deux le lendemain. Alors elle se leva pour se retirer au calme. Tandis qu'elle s'y dirigeait d'un pas nonchalant, elle ne manqua pas de s'apercevoir qu'elle était suivie. Ce devait être Bertrand, la seule personne encore éveillée et inoccupée. Elle attendit sur le seuil de sa chambre, se retournant pour lui faire face.

"- Qu'y a-t-il?" demanda-t-elle, quelque peu lasse.
"- Tu n'as pas l'air en forme, ça va?"

Il avait un air réellement soucieux.

"- Oh, juste un peu fatiguée, rien qu'une nuit de sommeil ne saurait réparer."
"- Tu es sûre? Si tout ça te chamboule un peu, il ne faut pas hésiter à en parler."

Il ne s'était pas désigné directement, mais les jeunes semi-insouciants de la maisonnée n'étaient pas aptes à recevoir ses confidences de toutes façons.

"- C'est gentil, mais… ce n'est pas dans mes habitudes."
"- Oh, vous les Anglais…" fit-il en levant les yeux au ciel avec un sourire sur les lèvres.
"- Merci," dit-elle. "J'apprécie l'intention. Vraiment. Mais…"

Elle hésita.

"- Je comprends," dit-il avec sérieux cette fois. "Pas encore. Ce n'est rien. Quand tu le sentiras, n'hésite pas."

Elle acquiesça.

"- Repose-toi bien dans ton nouveau lit! Bonne nuit…"
"- Merci. Bonne nuit également."

Il n'attendit pas qu'elle ait refermé la porte de sa chambre pour s'éloigner. C'était quelqu'un de bien.

§***§

Remus consulta sa montre de nouveau pour constater qu'il ne s'était écoulé que deux minutes depuis qu'il avait fait ce même geste pour la dernière fois. Il n'empêche que c'était étrange, l'heure du rendez-vous était passée de quarante minutes et Alice n'avait jamais plus d'un quart d'heure de retard. Peut-être avait-elle eu un empêchement. Mais alors, elle aurait sans doute trouvé un moyen de le prévenir. Elle pouvait être relativement insouciante, mais c'était quelqu'un de plutôt bien organisé. Sans nouvelles d'elle, qu'allait-il décider de faire? Combien de temps lui donnait-il encore? Ils n'avaient jamais évoqué la possibilité que ce cas de figure se présente, donc il n'avait aucune idée du comportement qu'il devait adopter.

Remus n'aimait pas être laissé dans l'expectative de la sorte. Il était prévoyant, d'habitude. Comment n'avait-il pas songé à cette possibilité? Sans doute s'était-il montré trop de fois pressé d'en finir avec ces rencontres régulières pour avoir ne fut-ce qu'envisagé cette option. Alice était toujours tellement contente de le voir et de lui faire son rapport. Il attendait celui-ci lui-même avec impatience. Comment l'autre camp avait-il vécu la dernière fuite d'Erika? Combien de temps encore avant qu'ils ne reprennent leurs pleines activités destructrices maintenant que leur cible était hors de portée? Ces questions et leurs petites soeurs étaient nécessaires pour que l'Ordre s'organise un peu plus efficacement. Alice détenait peut-être les réponses attendues. Et elle choisissait ce moment pour ne pas se présenter avec son entrain habituel et sa volubilité mal placée? Remus ne l'aimait pas, mais il était assez lucide pour reconnaître qu'elle était assez utile.

Il se secoua mentalement. Ce n'était pas la peine de s'énerver de la sorte, cela ne changerait rien aux faits. L'arrivée de la Pleine Lune bientôt avait le don de lui mettre les nerfs en pelote. Il soupira et se résigna à commander un nouveau verre avec quelque chose à grignoter pour patienter. Ne restait plus qu'à s'occuper également l'esprit. Une tâche bien ardue quand toutes ses références tombaient les unes après les autres. Il songea à Severus qui avait protégé Erika alors que lui-même en avait été incapable. Pour cela il serait éternellement reconnaissant envers le professeur de potions. Pas la peine de le lui dire pour autant. Il serait capable de s'imaginer la même chose que Sirius. Mais non, c'était juste une amie, il n'avait pas besoin de s'en convaincre. Une amie très chère, cependant. Personne ne l'avait compris comme Erika depuis Lily. Peut-être Tonks aurait-elle pu, avec un peu de temps…

Il s'imposa d'arrêter de réfléchir. Repenser à sa femme lui poignait toujours le coeur. Ce n'était pas le moment de se laisser envahir par les émotions. Il but une longue gorgée de sa boisson et jeta un coup d'oeil à la porte par réflexe. Quelle ne fut pas sa surprise d'y voir enfin passer Alice. Il se signala à elle par un rapide petit signe et attendit qu'elle se soit installée et ait commandé pour lui demander:

"- Que s'est-il passé?"
"- Quoi? Mais…"

Elle consulta sa montre.

"- Je n'ai que cinq minutes de retard, je ne comprends pas, de quoi parlez-vous?"
"- En réalité, c'est une heure et cinq minutes," crut-il bon de préciser.
"- Ah bon? Ce n'était pas comme d'habitude?"

Il secoua la tête.

"- C'est toi qui avais demandé un changement de l'heure pour une raison que tu ne m'as pas précisée."

Elle se tapa le front du plat de la main.

"- Le rendez-vous! Désolée, Remus, il a été annulé il y a un moment déjà et je n'ai plus pensé à notre arrangement…"

Elle avait l'air profondément ennuyé alors Remus haussa les épaules.

"- Ce n'est pas grave."

Il l'observa plus attentivement car quelque chose lui paraissait anormal. Elle n'était pas souriante. Cela ne lui était encore jamais arrivé. De plus son regard semblait hanté. Quelque chose d'imprévu devait en être la cause.

"- Alice, que s'est-il passé?"

Elle le regarda avec de grands yeux étonnés.

"- Que… quoi? Mais rien… de quoi parlez-vous?"
"- Tu n'as pas l'air bien. Dis-moi ce qui t'est arrivé. Tu n'as pas une mission facile, si on garde le contact comme ça, c'est pour que tu ne perdes pas pied. Raconte."

"- Oh, Remus… Ils… ils l'ont tué…"

Elle avait chuchoté, mais le lycanthrope eut l'impression qu'elle avait crié. Le sanglot qu'elle retenait à présent le touchait particulièrement.

"- Qui ça?" murmura-t-il à son tour.
"- Alex…"

"- Par Merlin…"

Il savait que le jeune homme était porté disparu, mais personne n'avait encore pu confirmer ce qu'Alice venait de lui dire. Elle devait le savoir depuis un moment. Elle avait été à l'école avec lui et avait intégré l'Ordre en même temps que lui. Ce devait être extrêmement dur pour elle.

"- Je suis désolé," dit-il dans un souffle, parce qu'il fallait dire quelque chose, mais sachant que ces mots étaient vides de sens pour la personne touchée.

Elle garda le silence. Son chocolat chaud arriva mais elle n'y toucha pas pendant un long moment. Enfin, elle tendit la main vers la tasse et la porta à ses lèvres. Elle inspira profondément.

"- Bien, vous voulez entendre mon rapport, je suppose?"

Il avait attendu en sirotant sa propre boisson en silence. Il fut étonné qu'elle intériorise autant.

"- C'est comme tu veux, tu as tout ton temps, on n'est pas pressés. Si tu veux aussi parler de la suite ou annulation de ta mission, ça peut se faire…"
"- Annuler? Mais non… il n'y a pas de raison… c'est important…"
"- C'est toi qui vois, Alice."
"- Alors je vais vous faire mon rapport."

Et elle enchaîna sur la reprise d'activités "classiques" des Mangemorts et la remise sur pied progressive de Voldemort. Quand ils se quittèrent, il resta sur un sentiment très mitigé et espéra vivement que la jeune femme parvienne à passer au-dessus de cette apathie légitime mais pas vraiment idéale dans sa position.


NdA: Voici donc le premier chapitre de la deuxième partie de cette histoire. Il est assez transitoire et en cela je suppose qu'il ne vous a pas particulièrement accroché, mais c'est un mal nécessaire. En tous les cas, vos commentaires à son sujet sont toujours les bienvenus! Et vos pronostics pour la suite aussi, si vous en avez! Le prochain chapitre arrivera dans un mois, comme toujours!