Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
Chapitre 11 - Toujours plus
Erika venait de se réveiller et tentait de décoller ses paupières. Elle n'était pas chez elle, mais ça, c'était une donnée constante. Restait à déterminer quel endroit étranger l'avait accueillie cette nuit. Pour ce faire, elle devait parvenir à émerger du sommeil. Mais le lit était confortable et bien chaud, comment vouloir le quitter alors qu'il y avait longtemps qu'elle ne s'était pas sentie si bien? Elle ne se souvenait plus quand elle avait eu envie de continuer à se reposer, de se rendormir pour un temps indéterminé que seul son corps connaissait. Il y avait toujours eu quelque chose d'urgent à faire, des impératifs à respecter. Elle cherchait essentiellement une occupation quand elle avait rejoint l'Ordre mais elle n'aurait jamais imaginé qu'elle devrait vivre à ce point sur le fil du rasoir pendant si longtemps.
"- Allez, tout le monde debout! Si vous pouvez vous amuser, vous pouvez aussi vous lever et travailler! Debout!"
L'appel sous Sonorus eut pour effet de la replacer immédiatement dans le contexte qui flottait à la limite de sa conscience. Le bâtiment de sa cellule dans la Résistance, sa nouvelle chambre. Elle se promit de tuer Bertrand. Mais d'abord, elle avait besoin d'une douche. Bien à contrecoeur, elle repoussa la couette au bout de son lit. Elle frissonna aussitôt et se leva dans la foulée pour enfiler les premiers vêtements qui lui tombaient sous la main, en l'occurrence ceux de la veille. Elle n'en avait d'ailleurs pas d'autres. Elle devait impérativement passer à son appartement pour récupérer ses maigres possessions. La douche et ensuite le règlement de ses affaires en suspens. Elle allait sortir de sa chambre quand son regard se posa sur son avant-bras gauche tendu pour abaisser la poignée de la porte. La Marque. Elle ne pouvait pas se montrer en T-shirt. Elle récupéra son pull et l'enfila. Alors elle sortit enfin dans le couloir et se dirigea vers la salle de bain… pour constater qu'elle était troisième en attente de son tour. Les désavantages de la cohabitation. Elle hésita entre se résigner à attendre ou retourner se coucher et passer plus tard.
"- Soit tu te lèves avant le clairon, soit tu te dépêches quand tu l'entends!" lui dit Eric avec bonne humeur et des cernes conséquents sous les yeux en voyant la moue dubitative qu'elle devait afficher.
"- Il manque encore quelqu'un, non?" dit-elle en étouffant un bâillement.
"- Non, Bertrand est déjà passé. Avant on avait un avantage à loger à son étage, mais maintenant on est quatre partout…" fit remarquer Aurélie, pas plus fraîche qu'Eric.
"- S'il n'y a que ça, ne t'inquiète pas pour moi, je prends le dernier tour à chaque fois," répliqua Erika.
"- Oh, les filles, vous battez pas," dit Eric en levant les mains en signe d'apaisement.
Erika lui lança un clin d'oeil.
"- Je suis gagnante, une bonne demi-heure en plus au lit…"
Et elle fit demi-tour pour regagner sa chambre sans leur laisser la possibilité de réfléchir à ce qu'elle venait de dire ou de répondre.
"- Ah, Erika, bonjour, bien dormi?"
Elle se figea, la main sur sa poignée de porte. Finalement, elle ne gagnerait sans doute rien ce matin.
"- Bonjour Bertrand. Oui, merci."
"- Tant mieux. Aujourd'hui, on a une petite reconnaissance routinière à effectuer, tu pourras te joindre à l'équipe qui y va. Ça te mettra dans le bain."
"- Surveillance ou intervention potentielle?"
"- Juste de la surveillance."
"- Tu sais, je crois que je n'ai pas besoin…"
"- Pour être efficace en équipe, il faut se connaître. Tu n'as pas le choix."
"- Bon. Mais je dois d'abord résilier mes contrats de travail et de logement et récupérer mes affaires."
"- J'ai des documents à disposition dans le bureau pour les résiliations et tu pourras transplaner dans la matinée pour tes affaires."
"- Toujours très prévoyant. Très bien, merci…"
Elle réintégra sa chambre sans autre commentaire. Tout compte fait, si c'était pour y aller en transplanant, autant faire son sac tout de suite. Elle atterrit quelques secondes plus tard dans le salon combiné cuisine du petit trois pièces meublé qu'elle habitait depuis son arrivée en France. Quitte à être là, autant prendre sa douche directement. Elle prit des vêtements propres dans l'armoire de sa future ex-chambre et investit sa salle d'eau pour une vingtaine de minutes. Quand elle fut prête, les idées un peu plus claires, elle sortit son sac. Elle dut l'agrandir magiquement car depuis qu'elle avait quitté la Grande-Bretagne le nombre de ses possessions avait sensiblement augmenté. Elle y fourra ses chaussures, ses vêtements et ses affaires de toilette - comment avait-elle eu l'intention de se laver de l'autre côté sans cela? Il n'y avait rien d'autre. Elle avait fait vite. Elle retourna dans sa nouvelle chambre en transplanant, son sac à la main. Elle le posa sur le lit qu'elle avait refait d'un coup de baguette et entreprit de tout ranger. Autant ne pas perdre de temps. Quand elle sortit de sa chambre pour descendre au rez-de-chaussée, elle croisa Eric qui attendait toujours son tour. Erika nota qu'Aurélie prenait vraiment son temps dans la salle de bain et qu'il fallait donc qu'elle évite de la suivre.
"- Ne laisse jamais passer une fille avant toi," dit-elle à l'attention du jeune homme sur le ton de la plaisanterie.
"- Comme si j'avais eu le choix…" soupira-t-il.
Et avant qu'il ne lui demande comment elle-même avait fait pour être déjà prête, elle descendait les escaliers. Elle rejoignit la salle à manger où trônait un petit déjeuner conséquent. À part Bertrand, il n'y avait que Damien et Arnaud à table. Personne ne parlait. Erika s'installa au même endroit que la veille et se servit raisonnablement. Tout sentait incroyablement bon. Il y avait certainement trop longtemps qu'elle n'avait pas prêté attention à ce qu'elle mangeait, le faisant par nécessité et jamais par envie. Les viennoiseries françaises étaient un délice.
"- Vous transmettrez à vos camarades que je vous attends tous dans la cour dans une heure pour l'entraînement matinal," dit Bertrand en se levant de table.
Hochements de tête et grognements en signe d'assentiment furent tout ce qu'il reçut comme réponse de la part des garçons attablés. Apparemment, les petits français n'étaient pas des lèves-tôt. Quand elle fut rassasiée, Erika débarrassa son coin de table et s'installa dans le divan d'un des salons pour attendre l'heure de l'entraînement. Personne ne la rejoignit. Sans doute préféraient-ils rester attablés en attendant les derniers du groupe. Elle ne s'en faisait pas. Elle avait l'habitude de rester isolée et cela ne la gênait absolument pas, que du contraire. Bertrand pouvait bien dire ce qu'il voulait, connaître ses partenaires et faire ami-ami avec eux étaient des notions bien différentes qu'elle avait l'intention de ne pas fusionner. Moins elle développerait d'attaches, plus elle partirait facilement quand le moment serait venu.
§***§
Severus hésitait. Garder les yeux fixés sur l'horloge de ses appartements ou tourner en rond dans les couloirs de Poudlard. La deuxième option était assez tentante. L'heure du couvre feu était passée et prendre des élèves en flagrant délit de non respect des règles serait très jouissif. Mais cela l'obligerait quand même à surveiller l'heure pour quitter le château au bon moment. Et l'idée de pérégriner sans l'assurance de donner au moins une punition dans le temps qui lui restait ne l'enchantait finalement pas tant que ça. Il prit donc sa décision par pure fainéantise, restant bien immobile dans son fauteuil face à l'horloge. Il évita tout de même de garder le regard fixé sur les aiguilles.
Puisqu'il avait un peu de temps pour lui, il se permit de laisser son esprit vagabonder. Depuis qu'il avait dû commettre le meurtre de la jeune recrue de l'Ordre, il y avait eu une recrudescence des activités létales des Mangemorts. La chasse à Erika avait quelque peu figé leurs actions meurtrières, malheureusement le Seigneur des Ténèbres n'avait pas oublié sa cadence et sa volonté d'accéder au pouvoir en écrasant tout ce qu'il considérait comme inférieur.
Severus soupira en fermant les yeux. Combien de temps allait-il encore devoir jouer au jeu dangereux de l'espion? Combien de massacres inutiles verrait-il encore sans pouvoir y faire quoi que ce soit? Il était fatigué de cette vie. Mais d'autre part, il n'était pas vraiment pressé de mourir. Car que pourrait-il jamais faire d'autre? Enseigner les potions à des bandes d'ignares jusqu'à un âge avancé n'était pas franchement ce qu'il avait un jour imaginé comme plan de carrière.
L'horloge sonna l'heure pile. Le temps avait fini par passer, comme toujours. Severus se leva et enfila une cape par-dessus ses robes pour se garder du froid. Ce n'était pas les moment de tomber malade. Il ne savait pas où il allait atterrir, autant être prévoyant. Il se posta devant sa cheminée, attendant qu'elle s'active. Se faire inviter par cheminée était une procédure peu commune, à la limite du désuet, mais obligatoire en ce qui concernait Poudlard. Et puis c'était aussi un peu dangereux, on ne pouvait avoir aucune idée de l'endroit où on se rendait ou de la personne qui ouvrait le passage. Sauf en cas de rendez-vous fixé d'avance, comme c'était présentement le cas pour Severus.
Il n'eut pas à attendre longtemps avant que les flammes ne deviennent vertes. Il s'y engouffra sans hésiter. Lorsque le déplacement fut terminé, il lui fallut les quelques secondes habituelles pour se remettre de la désorientation inhérente à ce type de voyage. Puis il prit le temps d'observer l'endroit où il se tenait à présent, permettant à sa vue de s'habituer à la pénombre.
"- Pile à l'heure, Severus," l'accueillit son hôte provisoire.
"- Avais-je le choix?" rétorqua-t-il, ne se trouvant pas d'humeur à plaisanter.
"- Non, en effet. Comment allez-vous?"
"- Comme si cela avait la moindre importance… Au fait!"
"- Que voilà bien d'empressement, Severus, que se passe-t-il, vous avez un rendez-vous?"
Le Mangemort soupira et choisit de ne pas répondre. Cela valait mieux pour éviter d'alimenter toute rumeur possible. Le silence perdura un moment.
"- Bien. Je souhaitais vous remercier de l'excellent travail que vous avez accompli avec Miss Stewart."
Severus manqua de s'étrangler.
"- L'excellent travail? Il s'agissait de lui sauver la vie, pas de mener une quelconque expérience!"
"- Allons, allons, je n'ai jamais parlé d'expérience…"
Non, il n'en parlait jamais bien sûr…
"- Pour votre information, son implantation en France se passe parfaitement bien."
"- Son implantation?" releva Severus en haussant les sourcils. "Ne me dites pas que vous aviez prévu cela aussi?"
"- Prévu, non. Néanmoins, je l'avais espéré."
"- Vous avez eu de la chance qu'elle choisisse la France comme destination."
"- Je ne pense pas qu'elle aurait choisi une autre destination comme pays étranger."
"- Et peut-on savoir ce qui vous rend si sûr de vous?"
"- Ses origines."
Severus ne renchérit pas. Il ne savait que trop bien que le passé d'une personne la conditionnait vers des possibilités d'avenir limitées.
"- Severus, j'ai un service à vous demander."
"- Le contraire m'eut étonné… De quel ordre?"
"- Pourriez-vous jouer les messagers à nouveau? Il faudrait délivrer cette lettre discrètement…"
"- Ce devrait être assez simple," acquiesça Severus. "L'Ordre est en effervescence avec la reprise d'activité des Mangemorts… Pour qui est-ce?"
"- Miss Granger."
"- Très bien. Considérez que c'est chose faite."
"- Je vous remercie. Que tout aille bien pour vous. Ménagez-vous."
"- Comme si j'avais le choix…"
§***§
"- Je te dis que ce doit être important!"
"- Depuis quand tu te laisses dicter ta conduite par un sinistre inconnu?"
"- Qui te dit qu'il est sinistre? Et pourquoi pas une?"
"- Hein? Mais ça n'a rien à voir avec le propos!"
"- Moi je suis sûre que c'est une femme! Et puis on peut lui faire confiance!"
"- Bon, et si elle est en fait un personnage imaginaire et que c'est un piège!"
"- Impossible!"
"- Et pourquoi pas?"
"- Parce que ce n'est pas la première lettre…"
Remus avait dû tendre l'oreille pour entendre cette dernière réponse d'Hermione à Sirius. Sa curiosité piquée au vif, le lycanthrope allait se décider à aller à leur rencontre quand ce furent eux qui pénétrèrent dans la pièce où il se trouvait.
"- Pas la première? Mais… quand en as-tu parlé?" demanda Sirius.
"- Ce n'est pas à moi que c'était adressé," rétorqua la jeune femme.
"- Oh, alors forcément, pas besoin de nous mettre au courant…"
"- Au courant de quoi?" demanda inopinément Remus, les faisant sursauter tous les deux. "Bonjour. Oui, on vous entend dans toute la maison, moi surtout…"
"- Bonjour Remus," répondit aussitôt Hermione, piquant un fard. "Vous pensez vraiment qu'on nous a entendus partout?"
"- Salut Remus," dit Sirius, nonchalant. "Comment va?"
"- Bien, merci. Non, Hermione, c'était une plaisanterie… Et je t'ai déjà dit que tu pouvais me tutoyer…"
"- Ah, tant mieux…" soupira-t-elle. "Et désolée."
"- En même temps, il y a peu de gens qui passent ici, ces temps-ci," fit remarquer Sirius.
"- Cela ne répond pas à ma question," relança Remus.
Hermione décida de s'asseoir mais garda le silence. Sirius s'installa sur l'accoudoir près d'elle et ne dit rien non plus. Il avait cette attitude de celui qui sait un peu mais ne prendra pas l'initiative de parler pour l'autre. Remus fronça les sourcils et les observa tour à tour, un peu frustré de ne pas être mis dans la confidence alors qu'il avait entendu presque l'intégralité de leur dispute. Puis il remarqua ce qui lui avait échappé jusque là. Sirius s'était également positionné comme un protecteur, prêt à intervenir si Hermione en avait besoin. Apparemment, c'était quelque chose qui se faisait inconsciemment. Sans doute depuis qu'ils travaillaient ensemble sur l'élargissement de la sphère d'influence et de renseignements de l'Ordre. Il se concentra donc sur Hermione, certain de la mettre mal à l'aise en la fixant plus longtemps que la bienséance ne le permettait. Soit elle craquait, soit ce serait Sirius qui interviendrait. Il ne dut pas attendre longtemps et sourit quand ils réagirent de concert.
"- Et bien, j'ai reçu une lettre qui me laisse entendre qu'il serait temps de jouer sur le plan international," dit Hermione.
"- Tu es trop curieux," fit remarquer Sirius.
Sans relever l'intervention de son ami, Remus s'intéressa à la réponse de la jeune femme.
"- Sur le plan international? Qu'est-ce à dire?"
"- Qu'on doit arrêter de tenter de s'en sortir seuls et essayer de forcer les autres pays à s'impliquer, avec comme argument à l'appui qu'ils sont plus proches du même genre de désastre qui nous touche qu'ils ne le croient."
"- Tourné comme ça, je le prendrais plutôt comme une menace," fit remarquer Remus.
"- C'est exactement ce que je me tue à lui dire!" s'exclama Sirius, visiblement content que son ami soit du même avis que lui.
"- Je peux être diplomate, quand je veux…" rétorqua Hermione, affichant un air un peu boudeur.
Et alors qu'il se rappelait qu'elle était encore fort jeune, Remus nota qu'il y avait quelque chose de plus entre ces deux-là qu'il aurait été incapable de définir. Il ne put s'empêcher de les observer tandis que Sirius rassurait Hermione à propos de sa capacité à être diplomate. L'animagus expliquait tant bien que mal qu'elle avait fait montre de ses talents lors des divers entretiens qu'ils avaient menés mais qu'elle choisissait rarement cette voie, ce à quoi elle répondit qu'il était loin d'être le parfait ambassadeur. La réaction de son ami fit sourire Remus, l'indignation feinte dans toute sa splendeur. Hermione se rendit compte qu'ils étaient observés et rougit de nouveau en se taisant. Sirius redonna alors son attention à son ami comme s'il ne s'était rien passé.
"- Bon, Hermione" dit Remus, "qu'est-ce qui te fait penser que c'est un conseil à suivre?"
Il était toujours abasourdi de la facilité avec laquelle il réendossait le tabard de professeur quand il s'agissait de ses anciens élèves. La moue ironique de Sirius lui confirma que son approche était très académique.
"- Et bien…" hésita la jeune femme.
"- C'est le fait qu'il y a déjà eu des lettres de ce type auparavant?" ajouta Remus, lui facilitant les choses en orientant directement la conversation sur ce qu'il avait entendu.
"- En fait, oui," s'avoua-t-elle vaincue.
"- Et peut-on savoir quel en était le contenu?"
"- Je ne les ai pas toutes lues, mais la dernière était adressée à Harry et lui suggérait vivement d'intégrer Erika à l'Ordre sans se poser de questions," dit-elle très vite, comme pour se soulager d'un fardeau qui l'alourdissait grandement.
"- Ce qui s'est effectivement avéré redoutablement efficace," commenta sombrement Remus.
"- Oui," acquiesça Hermione.
Sirius n'intervint pas. Encore actuellement, il évitait de parler quand il était question d'Erika. Leur rupture avait été étrange, puisqu'ils n'avaient pas de relation autre qu'amicale à proprement parler, mais il ne semblait pas mal s'en porter. Son grand détachement apparent faisait mal à Remus, surtout qu'ils avaient été si proches, tous les trois, mais au vu de la situation actuelle, c'était peut-être pour un mieux.
"- Alors, quelle est ta décision?" demanda-t-il à la jeune femme pour se couper de ces pensées encombrantes.
"- Vous… pardon, tu n'essaies pas de m'en dissuader, comme Sirius?" s'étonna-t-elle.
"- Non, je ne ferais sans doute que répéter ce qu'il t'a déjà dit. Tu es suffisamment intelligente et réfléchie pour penser à tout et choisir en conscience."
Le visage de son ami passa de la satisfaction de constater qu'ils étaient toujours du même avis à l'indignation de se voir être le seul à avoir remis en cause la capacité d'Hermione à se débrouiller par elle-même. Il ignora superbement Remus à partir de cet instant-là. Le lycanthrope ne s'en fit pas, cela ne durerait pas longtemps.
"- A vrai dire, ça se tient, donc j'ai bien envie d'essayer," déclara Hermione.
"- Alors, vas-y," l'encouragea Remus. "Et tiens-moi au courant de l'évolution des choses. Je suppose que tu vas devoir passer par les voies officielles pour certaines démarches."
"- Tout à fait," acquiesça-t-elle. "C'est là que ça se corse…"
"- Si tu te fais pincer par le Ministère, ne viens pas te plaindre," lâcha Sirius, contrarié.
"- Ne t'inquiète pas," répliqua-t-elle, "j'ai quelques ficelles à tirer, on me doit des services à l'international, justement…"
"- Mouais…"
§***§
Le premier entraînement auquel elle avait assisté était d'anthologie pour Erika. Ils n'étaient nulle part. Tout était à faire. Elle n'était pas étonnée que les combats s'étaient limités à des escarmouches et que la dénommée Roxanne ait pu prendre un ascendant malgré leur superbe organisation. À croire que l'Académie de Beauxbâtons ne formait pas ses sorciers à pouvoir ne fut-ce que se défendre face à des ennemis potentiels. Il ne fallait même pas parler d'attaquer. Elle avait mieux compris pourquoi son intervention lors du sauvetage des deux filles avait été non seulement déterminante mais aussi si efficace. Ce qui l'avait surprise, par contre, c'est que Bertrand lui demande d'assumer les entraînements suivants. Sans être une novice, elle n'avait jamais brillé aux cours de Défense contre les Forces du Mal. Et récemment, elle s'était même avérée plus douée pour les Forces du Mal elles-mêmes. Elle les appréhendait mieux, comprenait leur mécanisme, ce qui lui permettait de potentiellement les retourner contre ses adversaires qui en faisaient usage.
Sur le coup, le manque de connaissance des gens de sa cellule lui avait fait dire oui immédiatement à la requête de Bertrand. Mais en y réfléchissant à deux fois, elle s'était demandée comment elle pourrait s'y prendre. Et cela ne lui était pas venu.
"- Écoute, Bertrand, je crois que finalement, c'est une mauvaise idée," le harponna-t-elle une heure avant son premier cours.
"- Mais pourquoi?" rétorqua-t-il. "Tu te débrouilles très bien, beaucoup mieux que moi, tu nous as mis une raclée à tous en même temps…"
"- Entre se défendre soi-même et apprendre aux autres à le faire, il y a une marge. Ça s'appelle le professorat et je n'ai pas la fibre pour ça du tout…"
"- Ça va aller, tu as le trac, c'est tout…"
"- Je ne plaisante pas… Ce ne sont pas les sorts avec lesquels j'ai le plus d'affinité, encore moins maintenant, si tu vois ce que je veux dire…"
Alors qu'il souriait, toute trace d'amusement s'effaça de son visage et il la regarda sombrement.
"- Tu penses que ça peut influencer ta magie?"
"- Je ne le pense pas, j'en suis certaine."
Ils gardèrent le silence un moment durant lequel ils réfléchirent tous les deux à une solution potentielle à leur problème.
"- Je crois que j'ai une idée," dit-elle alors.
"- Je t'écoute."
"- Pour cette fois, on ne peut plus reculer, sinon je vais nous mettre en porte-à-faux tous les deux face aux autres. Je vais donc me limiter aux sortilèges de base qui doivent être connus et les aider à les renforcer."
"- Oui, mais ensuite?"
"- Tu t'entraînes avec moi et tu leur retransmets…"
"- Quelle est la différence?"
"- En duel et avec ton expérience, je n'aurai pas besoin de t'expliquer beaucoup pour que tu comprennes les mécanismes dont je ferai usage et nous progresserons vite. Par contre, avec tout un groupe de novices, je ne m'en sortirai jamais, je te dis que je suis un exécrable professeur. Par contre, toi, tu t'en sors très bien pour retransmettre tes connaissances."
Il acquiesça doucement, songeur.
"- Oui, ça pourrait le faire," admit-il. "J'espère juste qu'on pourra détourner les questions malvenues, s'il y en a…"
"- Comme tu dis, s'il y en a. Je peux me montrer encore plus mauvais professeur que je ne le suis, si tu veux, ils ne voudront plus jamais de moi pour les entraîner…"
Bertrand éclata de rire.
"- Attention à ne pas obtenir l'effet inverse, quand même…" fit-il remarquer.
"- Ne t'inquiète pas, en matière de faire fuir les gens, je suis passée maître…"
"- Crois-le ou non, j'ai des doutes."
Erika ne dit rien et Bertrand n'ajouta pas un mot. Il lui fit un clin d'oeil et s'en alla vaquer aux occupations qui retenaient son attention avant qu'elle ne l'interpelle. De la paperasserie, si elle avait bien vu ce qui mobilisait la plupart de son temps. Apparemment, les Français étaient très à cheval sur leurs procédures, même dans le cadre d'organisations secrètes comme la Résistance.
Ce qui restait de l'heure passa très vite sans que la jeune femme ait la moindre idée de comment elle allait aborder les choses. Lorsque toute la cellule se regroupa dans la cour pour l'entraînement, des sourires gênés ou francs d'encouragement étaient sur tous les visages. Erika fit abstraction de la faible connaissance qu'elle commençait à acquérir de ses compagnons résistants afin de tous les traiter de la même façon. Elle commença par l'extrême base, un Expelliarmus, qu'ils connaissaient heureusement tous, mais ne maîtrisaient pas forcément. Ils étaient de bonne volonté et bien attentifs - ils savaient où était leur intérêt - mais Erika ne les ménagea pas une seule seconde, distribuant commentaires acerbes et remarques désobligeantes jusqu'à ce qu'ils parviennent enfin à doser leur puissance magique pour utiliser tous les niveaux de pouvoir du sort. Plus de deux heures avaient passé sans qu'elle ne s'en rende compte.
"- C'est bon," dit-elle enfin, "on peut arrêter là pour aujourd'hui…"
Des soupirs de soulagement se firent entendre. Erika sourit en son for intérieur. Elle comprenait le plaisir malsain que Rogue avait à donner ses cours de cette manière détachée et hautaine que pouvait conférer la connaissance pointue d'un sujet. En l'occurrence, l'Expelliarmus ne lui avait pas demandé beaucoup d'effort à être enseigné. Mais elle doutait de pouvoir maintenir ce niveau d'exigence au fur et à mesure qu'ils progresseraient. Restant encore dans l'idée du méchant professeur, elle ne resta pas plus longtemps dans la cour et alla s'installer dans son salon de prédilection pour lire. Elle avait trouvé un gros ouvrage qui traitait d'Occlumencie et de Legilimencie, sujet qui l'intéressait au plus haut point. Les livres sorciers avaient malheureusement tendance à rester dans leur pays, ce qui nuisait grandement au partage des connaissances et à la possibilité d'évoluer régulièrement vers de nouvelles choses.
Erika avait à peine entamé sa lecture qu'elle fut rejointe dans le salon par Bertrand.
"- On peut savoir ce qui te prend?" s'exclama-t-il.
"- Á quel sujet?" répondit-elle, immédiatement sur la défensive.
"- A propos de l'entraînement!"
"- Je croyais qu'on était d'accord…," commença-t-elle, prête à lui rappeler leur conversation toute récente.
"- Tant que tu étais un exécrable professeur, oui! Mais tu es loin d'être exécrable!"
"- Je t'ai dit que je ferais les bases aujourd'hui," rétorqua-t-elle. "Les élèves de treize ans maîtrisent ce sort chez nous…"
"- Mais la manière dont tu les as poussé à se dépasser, à atteindre le niveau que tu voulais est incroyable! Ils en redemandent et attendent la prochaine fois avec impatience!"
"- Ah zut…"
"- Comme tu dis… Je t'avais dit de faire attention à ne pas inverser la tendance recherchée…"
"- Oui, je sais, mais je pensais vraiment les dégoûter… J'ai eu un professeur qui agissait pareillement et qui repoussait la grande majorité des élèves."
"- Ce ne sont pas des élèves, Erika, ils en veulent et ce que tu leur as montré les a vraiment motivés…"
"- Mais ce n'est pas parce que je peux faire ça avec des sorts de base que je suis une experte en la matière! Honnêtement, j'étais loin de briller en défense… C'est juste qu'avec toutes ces guerres, la culture de mon pays est peut-être beaucoup plus orientée combat que pour vous… Je suis une piètre combattante, chez moi…"
"- Ça on s'en fout!" dit Eric en débarquant dans le salon.
"- Oui, tout ce que tu peux nous apprendre nous servira," ajouta Charles qui était sur les talons de son ami.
"- Mais vous ne préférez pas que Bertrand vous explique?" demanda Erika, acculée.
"- Ben tant que c'est des trucs que tu maîtrises, non," dit Eric. "Sans vouloir te vexer, Bertrand!" ajouta-t-il dans la foulée.
"- Y a pas de mal," répondit Bertrand en balayant le malaise d'un geste. "Si tu deviens exécrable quand tu ne maîtrises plus," ajouta-t-il pour Erika, "je reprendrai les rênes. Ça te convient?"
"- Bon, si c'est vraiment ce que vous voulez…" capitula Erika. "Mais ça ne durera pas longtemps comme ça, je vous l'assure…"
"- Ouais, ouais…" minimisa aussitôt Eric. "Bon, je sais pas vous, mais moi j'ai faim!"
Les autres levèrent les yeux au ciel en souriant. Erika soupira, légèrement amusée. C'était une bande de gosses, vraiment. Mais ils avaient du potentiel. Il suffisait d'un bon coup de pouce.
§***§
Harry était totalement concentré sur la lecture passionnante mais extrêmement ardue du grimoire qu'une nouvelle relation lui avait déniché. Il se doutait bien que lire ce genre d'ouvrage n'était pas bon, que ce soit pour sa magie aussi bien que pour sa santé mentale. Mais il n'avait pas le choix, cela traitait d'Horcruxe et son ennemi en avait fait son arme ultime. Il devait absolument les trouver et les détruire avant de l'affronter, ce qui impliquait de savoir comment les repérer. En toute connaissance de cause - et surtout des conséquences malsaines qu'il devrait combattre - Harry potassait donc des livres de magie noire. Celui-ci était particulièrement intéressant car il expliquait en détail le mécanisme de création de cette abomination qu'était un Horcruxe. Il frissonna en imaginant la sensation que procurait la scission de l'âme au moment où le sortilège se mettait en place pour aller en attacher le morceau ainsi arraché sur un objet choisi. Il n'aima pas du tout ce que ça pouvait représenter. On devait se sentir incomplet, divisé de la sorte. Sept. Voldemort l'avait fait sept fois. S'il n'était déjà pas très sain d'esprit pour se lancer dans une pareille entreprise, il était certain qu'à présent, il devait être complètement fou. L'auteur du livre le précisait, l'âme n'était pas faite pour être éparpillée. Ce qui expliquait très probablement que Voldemort n'avait jamais décidé de s'attaquer à plus vaste territoire que la Grande-Bretagne.
"- Harry, ça marche!"
Le jeune homme crut avoir un arrêt cardiaque alors qu'il sursautait violemment suite à l'entrée fracassante que venait de faire Hermione dans son bureau. Le temps de reprendre ses esprits, il la regarda avec un air de reproche.
"- Oui, entrez, bonjour Hermione," dit-il d'un ton ironique.
"- Oh, pardon, Harry," répondit son amie, sans avoir l'air repentante pour autant. "Je te dérange?"
"- Non, pas vraiment. Assieds-toi et explique-moi ce qui marche…"
Tout en réintégrant son siège, il lui désigna celui en face, laissant toutes ses notes et sa documentation étalée sur le bureau. Habituellement, il cachait tout sous un sortilège d'illisibilité, ce qui faisait apparaître le fatras pour du chinois à toute personne qui tentait d'y jeter un coup d'oeil, mais il n'avait aucun secret pour son amie. Quitte à subir le froncement de sourcils caractéristique de sa profonde désapprobation qui venait une nouvelle fois de s'afficher sur les traits de la jeune femme alors qu'elle posait les yeux sur les documents en s'asseyant. Mais comme elle ne dit rien, il ignora ce nouvel avertissement silencieux.
"- Je t'écoute," l'invita-t-il à reprendre ce qu'elle était venue lui dire. "Qu'est-ce qui marche?"
"- Ah, oui, l'extension!" répondit-elle, de nouveau passionnée. "Beaucoup de sorciers ont été réceptifs à notre démarche et on a déjà des retours très intéressants! Il faudra que tu compiles toutes les informations avant notre prochaine réunion pour qu'on se répartisse efficacement sur le territoire afin de vérifier les informations qui nous arrivent…"
Harry leva les yeux au ciel. Il n'avait pas le temps de faire ça.
"- Hermione, tu es plus douée que moi pour ce genre de synthèse…"
"- Mais Harry, c'est toi que les gens suivent…"
"- Oui, oui, je sais," balaya-t-il la remarque d'un ton las. "Il n'empêche que ceci prime…"
Nouveau froncement de sourcils alors qu'il désignait ses recherches.
"- Je veux bien prendre le temps d'écouter attentivement ton résumé des informations et prendre les décisions en conséquence," poursuivit-il. "Mais je ne peux pas faire le tri moi-même. Tu veux bien m'aider?"
Elle réfléchit un petit moment, hésitant visiblement à le laisser continuer seul la préparation de la chasse aux Horcruxes. Il le voyait dans ses yeux. Il la connaissait trop bien. Mais elle ne lui en fit pas part à haute voix.
"- Bon, très bien," céda-t-elle. "Je vais commencer tout de suite."
"- Merci, Hermione…"
"- Oui, de rien…" dit-elle en se levant.
Il la regarda quitter la pièce rapidement. Ce fut à son tour de froncer les sourcils. Il y avait quelque chose de différent chez son amie. Un regain d'énergie et une certaine pondération qu'il ne lui connaissait pas habituellement. Il était bien mal placé pour la juger, mais il avait l'impression qu'elle s'assagissait. Il haussa les épaules. De leur trio, c'était normal que ce soit elle qui passe par cette phase en premier lieu. Elle avait toujours eu une longueur d'avance sur Ron et lui. Ron… cela faisait un moment qu'ils n'avaient plus passé du temps ensemble à ne rien faire de particulier. Il faudrait qu'ils se voient autour d'une bièreaubeurre, à l'occasion. Harry regarda son tas de notes et d'ouvrages. Oui, il faudrait et le plus tôt serait le mieux. Il avait besoin de souffler.
NdA: Un mois de passé, un nouveau chapitre en ligne! Les choses se mettent en place tout doucement. Je ne vous promets pas davantage d'action le mois prochain, mais des éléments clé vont être dévoilés. Des hypothèses? Dites-moi tout!
