Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire
Chapitre 12 - Les équilibristes
"- Non, je ne pense pas que ce soit judicieux…"
Erika soupira. Bertrand pouvait parfois se montrer si tatillon que c'en était agaçant.
"- En quoi cela poserait problème?" demanda-t-elle.
"- C'est trop précis. La moindre fuite et une bonne partie de notre système s'écroule…"
"- Tu exagères…"
"- A peine. Tu sais combien l'information est la monnaie de la guerre…"
"- Trop bien, oui."
Ils gardèrent le silence un moment.
"- Bon, alors que suggères-tu?" reprit Erika. "Tu m'as dit que notre contact cellulaire avait donné son aval."
"- Mouais, elle m'a surtout laissé entendre qu'on ne devait pas se faire griller, sinon on serait tout seuls."
"- Pas bête comme technique. Ça découle de ce morcellement si efficace que vous avez. Une cellule pourrie est aussitôt coupée des autres."
"- J'aimerais bien que ma cellule ne soit pas pourrie, si tu le permets…"
"- Mais oui. Au fait, pourquoi nous?"
Il la regarda droit dans les yeux, ce geste qu'elle ne supportait plus depuis qu'elle approfondissait ses connaissances théoriques en magie de l'esprit. A défaut de pouvoir pratiquer avec un expert, elle emmagasinait tout ce qu'elle pouvait en relation avec sa propre expérience. Elle était presque certaine que Bertrand n'était pas Legilimens, ou en tous cas pas assez doué pour se permettre une incursion discrète. Mais cela n'empêchait pas qu'elle se sente mal à l'aise quand on la fixait trop longtemps. C'est pourquoi elle détourna aussitôt les yeux.
"- Tu devrais perdre cette habitude," dit Bertrand.
"- Quelle habitude?"
"- Celle de ne pas soutenir le regard de ton vis-à-vis. On dirait que tu as des choses à cacher."
"- C'est précisément le cas," rétorqua-t-elle. "Et c'est aussi un moyen de me préserver."
"- Ah bon? Explique."
Il avait cette insatiable curiosité d'entendre ce qu'elle avait à dire sur tout. Il aurait été un agent infiltré qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Mais elle était sûre qu'il était loyal à la cause qu'il défendait ouvertement. C'est pourquoi elle s'expliqua.
"- Es-tu familier de la magie de l'esprit?"
"- J'en ai vaguement entendu parler…"
"- Un contact visuel peut faciliter l'accès aux pensées de sa cible pour un Legilimens entraîné. Surtout si la cible n'a aucune notion d'Occlumencie…"
"- Ce qui n'est pas ton cas…"
"- Non, mais c'est devenu un réflexe. Quitte à passer pour quelqu'un de peu fiable et qui a des choses à cacher, je le fais complètement."
"- Hm, pourquoi pas…"
Un silence. Erika réfléchit une seconde.
"- Tu n'as pas répondu à ma question," l'accusa-t-elle.
"- Quelle question?"
"- Ne fais pas l'innocent. Pourquoi nous?"
"- Ah ça… je pensais que c'était évident…"
"- Fais comme si j'étais bête et explique-moi."
Il sourit mais ne fit aucun commentaire. Ils auraient pu tourner autour du sujet longtemps comme ça. Seulement, c'était assez sérieux pour qu'il mette un terme à leur petit jeu.
"- Nous donnons nos informations à un membre de l'Ordre du Phénix."
"- Ah. Tu sais qui?"
"- Une certaine Hermione Granger."
Erika acquiesça.
"- C'est d'ailleurs pour ça que nous discutons de ce qui sera dit ou pas à la Grande-Bretagne. Ton avis est important, pour autant qu'il soit pondéré par un point de vue français."
"- C'est compréhensible. Il est évident que mon nom ne sera jamais mentionné lors de ces échanges?"
"- C'est un point indiscutable, en effet, cela irait à l'encontre des serments que nous avons prêté."
"- Parfait. Au pire, certains membres de l'Ordre reconnaîtront ma patte, mais ça me paraît tout de même peu probable, si vous appliquez suffisamment de filtres entre eux et moi."
"- Ce qui sera le cas, inévitablement."
"- Bien."
Un nouveau silence. Cela se passait souvent comme cela entre eux. Bertrand n'était pas quelqu'un de loquace, il préférait écouter la plupart du temps. Quant à Erika, elle avait appris à se taire depuis bien longtemps, même s'il lui arrivait de devoir lutter contre son éducation qui l'avait conditionnée à prendre l'ascendant sur ses vis-à-vis à tous niveaux. Ils en étaient donc à réfléchir chacun de leur côté, attendant que l'autre ait quelque chose d'intéressant à dire pour en discuter. La jeune femme se demandait quel avait été le processus de réflexion qui avait poussé Hermione Granger à se placer dans un contexte international. Malgré son rôle d'espion, Erika n'avait pas été au fait de toutes les informations que détenait l'Ordre. Un élément extérieur devait les avoir poussés à revoir leur politique, peut-être avaient-ils appris pour la fameuse Roxanne.
"- Bertrand?"
"- Oui?"
"- Je ne t'ai jamais demandé, mais qui est cette Roxanne?"
"- C'est vrai, tu n'avais pas encore demandé."
Il marqua une pause, rassemblant visiblement ses idées.
"- Je ne peux pas la comparer mieux qu'à un requin," dit-il finalement. "Elle est sortie de nulle part il y a quelques années et a progressé à une vitesse hallucinante au sein de nos politiques comme si elle avait tout préparé depuis longtemps et que tout se déroulait selon ses plans. À présent, ils lui mangent tous dans la main. Elle a juste un gros désavantage, c'est une femme."
"- Je te demande pardon?"
"- Tu m'as bien entendu. Les sorciers sont des machos notoires, c'est encore très marqué en France, une femme n'a pas les mêmes droits qu'un homme dans la réalité, même si sur le papier ce devrait être le cas."
"- Je ne l'ai pas ressenti."
"- Tu vis en marge de la société. Nous prônons la devise française des Moldus. Mais si tu devais progresser dans notre système, tu finirais par te cogner contre le plafond de verre. C'est ce qui arrive à Roxanne."
"- Attends, elle n'a quand même pas décidé de se rallier au Seigneur des Ténèbres juste pour ça?"
"- Oh non, il y a bien plus longtemps que ça qu'elle verse dans la magie noire. Mais il est possible qu'elle ait ajouté le sexisme à sa liste d'arguments en faveur de ses choix."
Cela donnait matière à réfléchir. Erika était abasourdie d'apprendre que les sorciers étaient toujours en retard de plus d'une guerre sur les moldus. L'ascendance en Grande-Bretagne, l'égalité des sexes en France. Qu'en était-il ailleurs? Elle remarqua que Bertrand l'observait avec intérêt.
"- Quoi?" s'exclama-t-elle, sur la défensive.
"- Rien," répliqua-t-il. "Je constate juste que tu ne réagis pas beaucoup…"
"- Question d'éducation. Je n'en pense pas moins."
"- Ça ne m'étonne pas."
Elle sourit. Pas question de tomber dans le piège du débat inutile.
"- Et si nous reprenions le tri de nos informations?"
Il acquiesça en lui souriant en retour. Il tenterait encore sa chance pour la pousser à se lancer dans un discours féministe, c'était certain. Il ne lui restait plus qu'à être vigilante.
§***§
"- Ça y est!"
Hermione déboula dans le salon passablement échevelée avec des parchemins froissés à la main brandis comme s'ils étaient le Graal. Sirius sourit. Il se doutait de ce qu'elle apportait et l'excitation dont elle faisait preuve ne tarda pas à le gagner. Il lui fit signe de s'asseoir dans le canapé.
"- Alors?" demanda-t-il pendant qu'elle s'installait.
Elle jeta un coup d'oeil alentour de la pièce et ferma la porte d'un coup de baguette avant de la verrouiller. Il fronça les sourcils.
"- Pourquoi fais-tu ça? On est au QG…"
"- Parce que ce sont des informations sensibles et qu'elles doivent être triées et filtrées avant d'être révélées à tout le monde."
Il acquiesça, se rangeant à cette opinion qui prônait un peu de secret pour une fois.
"- Bon, alors, tu as quelque chose d'important?" demanda-t-il à nouveau.
Elle afficha un air concerné et empreint de gravité, ménageant sans doute son effet. Sirius commençait à la connaître pour travailler souvent avec elle, alors il attendit qu'elle daigne lâcher le morceau. Ce qu'elle fit assez vite, puisqu'il ne réclamait pas de nouveau l'information.
"- Voldemort a une alliée en France."
"- Quoi?" s'exclama Sirius. "Tu en es sûre?"
"- Certaine. La Résistance est formelle sur ce point et c'est de loin l'information la plus importante qu'ils nous ont communiquée."
Le cerveau de l'animagus se mit à fonctionner à toute vitesse.
"- Alors," dit-il à voix haute, "il est possible que l'objet échangé qui serait une coupe d'après Rogue ait mis les voiles vers la France?"
"- Oui, c'est tout à fait ça, c'est même la plus haute probabilité."
"- Donc on va pouvoir tenter de savoir ce que c'est! Quand est-ce qu'on part?"
"- Oh là, doucement, on ne va nulle part…"
"- Ah bon? Pourquoi? Il faut qu'on récupère cette coupe, c'est sans doute important si Voldemort a voulu la planquer en France!"
"- Oui, c'est certain, mais on doit laisser les Français agir comme ils le souhaitent."
"- Ah."
Sirius ne cacha pas son air déçu. Il manquait cruellement d'action et une petite virée en France ne lui aurait pas déplu. Hermione le regarda avec un air indécis sur le visage. Elle faisait souvent cette tête quand l'envie le disputait à la raison dans sa tête. Surtout quand il affichait ce qu'elle qualifiait arbitrairement d'air de "chien battu". Il accentua sa déception, tentant de la faire céder.
"- On peut les laisser faire et enquêter discrètement de notre côté…" suggéra-t-il.
Elle éclata de rire. Il venait de perdre la manche, apparemment, ainsi que toute crédibilité.
"- Quoi?" se renfrogna-t-il, à moitié offensé.
"- La discrétion et toi, ça ne va pas vraiment de pair," répondit-elle, un large sourire sur les lèvres.
"- C'est ça, moque-toi!" rétorqua-t-il.
Elle rit de nouveau face à son indignation presque feinte. Il se sentait un peu piqué dans son orgueil, mais il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, elle n'avait pas tout à fait tort.
"- Bon, alors, on fait quoi?" demanda-t-il pour mettre fin à sa séance d'humiliation.
Elle prit le temps de réfléchir un moment. Elle avait retrouvé tout son sérieux quand elle répondit.
"- C'est essentiellement un échange d'informations qui nous lie à la France, enfin à la Résistance, pour l'instant. Donc, comme ils ont fait le premier pas en nous livrant celles-ci, nous devons répondre dans la même mesure."
"- Ce qui signifie, encore de la paperasse," soupira Sirius.
"- Oui, nous devons examiner attentivement ce qu'ils nous ont communiqué et rédiger une liste de ce que nous acceptons de partager avec eux en retour. Avec l'aval de Harry ensuite."
Sirius se contenta d'acquiescer. Il n'aimait pas cela. Mais peut-être qu'après les informations viendrait l'action. Ce fut donc avec cet espoir comme carotte pendue devant le nez de l'âne qu'il était qu'il s'attela à la tâche que leur avait dévolue Hermione.
§***§
Ce n'était vraiment plus de son âge. Il se faisait l'impression d'un gamin trop curieux. Les témoins de son attitude y verraient-ils le comportement d'un voyeur? Il espérait être assez discret pour qu'on ne le remarque pas. D'habitude, même quand il tentait d'attirer l'attention, on ne le voyait pas vraiment, alors s'il s'effaçait, il devait devenir pratiquement invisible. Il décida de remiser ces pensées parasites et de se concentrer sur ce qu'il avait entrepris. Voyant Alice quitter la boutique dans laquelle elle était entrée une bonne quinzaine de minutes plus tôt, Remus reprit sa filature.
Jusque-là, il n'avait ni confirmé ni infirmé ses soupçons à l'endroit de la jeune espionne. Mais il continuait de se demander ce qui avait pu pousser Harry à la choisir pour la placer dans les griffes de Malefoy. Quel que fut son engagement envers leur cause, elle était bien trop jeune. À peine sortie de l'école. Et puis sa mémoire lui rappela que lui-même s'était engagé auprès de Dumbledore dès qu'il avait quitté Poudlard. Il se remémora également que Severus avait accepté de devenir un espion directement en contact avec Voldemort alors qu'il avait à peine vingt ans. Ses motivations n'étaient peut-être pas les meilleures qui soient, mais le résultat était le même. Ils avaient tous commencé très jeunes leur carrière de résistant. Alors, au fond, pourquoi pas? Harry avait sans doute détecté chez Alice quelque chose qui échappait à Remus.
Pour l'heure, elle ne faisait rien qui puisse la désigner comme espionne, que ce soit pour l'un ou l'autre camp. Étant secrétaire à plein temps de Malefoy, elle faisait des achats somme toute classiques. Des parchemins, des plumes, de l'encre. C'était une jeune fille coquette, ce qui avait impliqué des arrêts dans des boutiques de vêtements et autres accessoires féminins. Rien de très attrayant et pas le moins du monde compromettant. Ce que redoutait Remus, c'était surtout qu'Alice ait à remplir les mêmes "devoirs" auprès de Lucius que ceux auxquels se pliait Erika. Et le lycanthrope devait reconnaître que le Mangemort restait bel homme. Il était également très charismatique et un esprit facilement impressionnable - comme celui d'Alice d'après ce que soupçonnait Remus - pouvait se laisser tromper. Avait-elle succombé au charme du blond platine et retourné sa veste par la même occasion? C'était ce qu'il tentait de découvrir, mais cette filature n'était peut-être pas la meilleure approche. À quoi s'attendait-il? À ce qu'elle mentionne à haute voix son attachement pour le Mangemort? Aucune chance. Non, il devait provoquer les choses, amener le sujet, l'obliger à se trahir. Et quoi de mieux qu'une rencontre inopinée?
Alors qu'elle avait son attention portée sur la vitrine d'un magasin purement féminin, Remus la bouscula sciemment à la manière de quelqu'un qui ne regarde pas où il va.
"- Oh, pardon," bredouilla-t-il, "je suis navré, je ne vous avais pas vue, laissez-moi vous aider à ramasser…"
"- Ce n'est pas grave, vous savez, il n'y a rien qui casse… Mais… Remus?"
Il ne l'avait pas regardée, lui laissant l'initiative de le reconnaître en premier. Quand elle l'interpella par son prénom, il leva les yeux vers elle.
"- Oui?" feignit-il d'un ton interloqué d'être reconnu. "Oh, Alice?"
"- Ça alors," dit-elle, réellement surprise, "je ne vous savais pas si maladroit! Ne vous inquiétez pas, vraiment, il n'y a rien qui ait pu casser dans mes sacs, ne vous donnez pas cette peine."
Il fut surpris de l'impolitesse dont elle fit preuve à son égard et la laissa lui reprendre des mains les quelques sacs qu'il avait ramassé. Il était trop tard pour les inspecter discrètement quand il réalisa qu'elle avait dit ça à escient pour détourner son attention et l'empêcher de tomber accidentellement sur le contenu de ses achats. Elle avait donc quelque chose à cacher. Et elle n'était pas si innocente qu'elle voulait le faire croire, l'ayant manipulé sans qu'il ne s'en rende compte aussitôt. Il ne fallait pas qu'il la laisse partir tout de suite.
"- Veuillez me pardonner, j'étais absorbé dans mes pensées," répondit-il. "Je vous offre à boire pour effacer cet incident."
Ce n'était pas une proposition, le ton qu'il avait employé lui refusait de s'esquiver. Un air contrarié passa furtivement sur les traits de la jeune fille, mais elle accepta avec un sourire.
"- Avec plaisir, c'est très aimable de votre part, j'avais justement soif après toutes ces emplettes!"
"- C'est parfait. Y a-t-il un endroit que vous préférez?"
"- Et bien, puisque vous me laissez le choix, le pub au bout de cette rue est très confortable."
"- Allons-y, alors."
Ils cheminèrent côte à côte jusqu'au pub en question et s'y installèrent à une table pour deux, face à face. Après avoir commandé leurs boissons et qu'elles aient été déposées sur la table, Remus mena la conversation d'un ton badin. Il prit soin de ne pas paraître très intéressé par la majorité des réponses d'Alice, toujours très prodigue en détails insignifiants, soucieux d'avoir avec elle la même attitude qu'habituellement. Néanmoins, il écouta attentivement tout ce qui pouvait se rapprocher de son travail chez les Malefoy. À son grand dam, elle ne montra aucun des signes qu'il connaissait chez les femmes entichées d'un homme dont elles parlaient. Si elle devait coucher avec le Mangemort, elle ne le faisait pas par amour. Mais à plusieurs reprises, elle détourna habilement la conversation, chaque fois que Remus s'enquérait d'une manière ou d'une autre de ce qui touchait à ses rapports avec les membres de l'Ordre ou les Mangemorts. Comme si elle avait peur de dévoiler quelque chose en en parlant. L'application qu'elle y mettait la désignait comme coupable, elle redoutait sans doute qu'un ou plusieurs mensonges ne soient trop visibles. Mais avant que Remus ait pu pousser plus avant en lui posant une question directe, elle se leva de table.
"- Il se fait tard," dit-elle avec un sourire d'excuse, "et je dois encore acheter l'une ou l'autre chose avant de rentrer."
"- Mais naturellement," répondit Remus en se levant à moitié de sa chaise pour saluer son départ.
"- Merci pour les verres!" ajouta-t-elle en ramassant ses sacs. "Au plaisir de vous croiser à nouveau!"
Et elle s'en fut. Remus se rassit et contempla son verre à moitié vide. Cela reflétait bien son humeur. Il était à présent certain qu'Alice n'était pas fiable, mais il n'avait aucun élément pour le prouver. Personne ne le croirait sur parole, à part peut-être Sirius. On lui dirait plutôt avec un air compatissant qu'il devenait paranoïaque. Non, il ne fallait pas qu'il en parle, il devait d'abord rassembler des preuves. Et en attendant qu'il y parvienne, veiller à ce qu'aucune information sensible ne remonte vers Alice. Il soupira et vida son verre avant de quitter le pub.
§***§
L'entraînement avait été épuisant. Ces fichus gamins apprenaient vite. Et comme ils étaient plus jeunes, ils avaient de l'énergie à revendre. Non pas qu'Erika se considère comme vieille, au contraire, elle pensait avoir encore de belles années devant elle… si la guerre finissait un jour. Mais il fallait bien reconnaître qu'il y avait une différence entre la vingtaine et la trentaine et elle n'était pas du genre à se voiler la face.
"- Il faut bien s'avouer vaincu quand c'est le cas," murmura-t-elle dans un soupir en enlevant son pull.
"- On devient trop forts pour toi, 'Rika?"
Elle sursauta violemment en entendant Eric dans son dos et se dépêcha de renfiler le vêtement qui dissimulait la Marque.
"- Ben quoi?" dit-il d'un ton taquin. "Tu n'oses pas te mettre en T-shirt devant un bel homme comme moi?"
"- En fait d'homme, je pensais plutôt à un gamin," répliqua-t-elle, cinglante. "Et arrête d'escamoter mon prénom, je déteste ça…"
"- Encore en train d'embêter les demoiselles, Eric?" dit Bertrand en arrivant à son tour dans le salon, en nage.
Le ton qu'il avait employé se voulait intimidant, mais après deux mois passés dans la cellule, Erika avait appris à lire sur son visage et il avait juste envie de faire mousser le jeune homme.
"- Oh non," bredouilla ce dernier, "c'est pas ce que tu crois, je n'ai rien dit d'embêtant, tu sais… Dis-lui, toi, Erika!"
Il ne mentait pas, mais elle s'amusait trop à le voir essayer de se défendre parce qu'il n'avait pas encore saisi la subtilité dont pouvait faire preuve Bertrand.
"- La prochaine fois, tu sauras à quoi t'en tenir," dit-elle au jeune homme.
"- Mais, mais…"
Elle ne chercha pas à savoir ce qu'il comptait ajouter après sa série de "mais" et emprunta l'escalier qui menait à l'étage. Alors qu'elle allait fermer la porte de sa chambre derrière elle, un obstacle l'en empêcha: Bertrand avait mis son pied dans l'entrebâillement. Elle leva les yeux pour le congratuler sur sa performance avec Eric quand elle croisa son regard. Il la fusillait. Elle fronça les sourcils.
"- Quoi?" demanda-t-elle, surprise et quelque peu agacée de cette attitude.
"- Tu cherches les ennuis?" lui répliqua-t-il d'un ton froid et agressif à la fois.
"- Les ennuis? Mais pourquoi?"
"- Parce que dévoiler aussi cavalièrement tes secrets alors que ton anonymat est indispensable, surtout maintenant, j'appelle ça chercher les ennuis!"
"- Mais enfin, Bertrand…"
"- Il n'y a pas de mais! Tu serines à ces gosses qu'ils doivent être plus prudents que lorsqu'ils cherchaient une mornille dans le sac de leur mère, mais tu n'appliques même pas tes propres conseils!"
Ses yeux s'étrécirent et elle le fusilla du regard à son tour.
"- Peut-être est-ce parce que je pensais être entourée de gens qui seraient du même côté que moi!" lui lança-t-elle, venimeuse.
"- Jamais! Tu es la mieux placée pour savoir qu'on ne peut se fier à personne!"
"- Mais enfin, il ne s'est rien passé!"
"- Ça aurait pu!"
"- Quand bien même, qui te dit que ça se serait mal passé?"
"- Ça se passe toujours mal… C'est ce qu'il faut toujours envisager…"
Son ton s'était radouci et une lueur désespérée avait tout à coup hanté son regard.
"- Bertrand?" demanda-t-elle, tout vindicatisme envolé de son ton.
"- Les préjugés sont toujours les plus forts chez les gens qui se croient justes et droits…"
Erika en resta sans voix, tant cette assertion trouva un écho à l'intérieur d'elle. Bertrand accrocha son regard et ils restèrent ainsi un moment en silence. Toute pensée construite avait déserté son esprit qui repassait en boucle la phrase que celui qui l'avait prononcée avait tant chargée de sens. Puis, lentement, comme si la réalité était déformée suite à un choc physique violent, Erika vit plus qu'elle ne sentit Bertrand poser la main sur son épaule.
"- Et crois-moi, les jeunes sont les plus réfractaires aux parcours qui sont sortis des sentiers de la justice. Tu ne dois jamais leur faire confiance."
Elle acquiesça doucement, puis son regard se porta sur un mouvement dans le dos de Bertrand. Alors elle vit Eric qui passait sans doute dans le couloir pour rejoindre sa chambre. Sauf qu'il s'était arrêté car il devait avoir entendu une partie de leur conversation. Et la fin ne l'avait pas réjoui, elle pouvait le voir à son visage contracté. Leurs regards se croisèrent et il se détourna aussitôt, repartant vers les escaliers presque en courant.
§§§§§
"- Allez, raconte…"
"- Mais que veux-tu que je te dise?"
"- Je veux tout savoir de la belle et mystérieuse Erika…"
La jeune fille sentit le rouge lui monter aux joues.
"- Bon," abdiqua-t-elle, "pose-moi des questions alors…"
Joshua la regarda droit dans les yeux. Erika dut lutter pour ne pas détourner la tête. Sa mère lui avait appris qu'elle devait être dominante, avoir toujours l'ascendant et se montrer infaillible devant les autres. Tes faiblesses ne doivent pas exister, même à tes propres yeux, lui avait-elle répété. Alors la jeune fille resta droite et affecta un air assuré.
"- Que penses-tu de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom?" finit-il par demander.
Elle en resta interloquée une fraction de seconde. Ce n'était pas le genre de questions auquel elle s'attendait. Mais elle reprit rapidement son aplomb.
"- Que c'était un extrémiste," répondit-elle sur le ton de quelqu'un qui a une opinion bien arrêtée.
"- Mais encore?"
"- Il n'y a rien à ajouter, le mot extrémiste se suffit à lui-même."
"- Mais toi, que vas-tu choisir?"
"- Je ne comprends pas ta question… Il n'y a rien à choisir."
"- Mais si! Soit tu es avec lui, soit tu es contre lui…"
"- Il est mort, Joshua, Harry Potter l'a tué, plus personne ne peut être avec ou contre lui…"
"- Mais ses idées lui ont survécu et il a toujours des fidèles qui croient à son retour…"
"- Ils pourrissent à Azkaban parce qu'ils ont été trop stupides et se sont faits prendre!"
Joshua la regarda alors comme il ne l'avait jamais fait. Comme s'il voyait un épouvantard.
"- Quoi?" demanda-t-elle, irritée.
"- Tu les cautionnes!"
"- Mais non, qu'est-ce que tu racontes?"
"- Si, si on avait dix ans de plus, tu serais une Mangemort!"
"- Tu débloques complètement! Être Mangemort, c'est être un mort en sursis! Il faut être fou pour se déclarer ouvertement!"
"- Donc toi, tu ne dirais rien mais tu n'en penses pas moins!"
Erika soupira. La conversation commençait vraiment à l'énerver.
"- Si tu crois, petit Poufsouffle, que tout le monde pense que les Moldus sont un bien pour notre société, tu te trompes!"
"- Je suis un Sang-Mêlé, ça n'avait pas l'air de te gêner jusque-là!"
"- Il faut savoir nuancer ses propos, je ne fais que rapporter des faits…"
"- Et en cela tu ne vaux pas mieux qu'eux… Typiquement Serpentard…"
"- Cela n'avait pas l'air de te gêner non plus, jusque-là… Mais si tu as besoin d'une bécasse sans cervelle, je te conseille de rester avec des filles de ta maison, elles ont le profil parfait!"
"- Petite prétentieuse… Allez, salut…"
Joshua se leva et s'en alla. Erika le regarda partir. Cela ne faisait pas un mois qu'ils sortaient ensemble. Elle s'en remettrait. Mais elle se promit de ne plus jamais se laisser aller à éprouver des sentiments pour un "gentil". Ils étaient trop étroits d'esprit…
§§§§§
Erika reporta son regard sur Bertrand. Elle acquiesça une nouvelle fois.
"- Je vois parfaitement ce que tu veux dire," lui répondit-elle finalement.
"- Bien."
Il se redressa - quand s'était-il voûté? Erika n'aurait su le dire.
"- On se voit au souper," conclut-il d'un ton cordial comme s'ils n'avaient jamais eu cette conversation.
"- Oui, à tout à l'heure."
Erika ferma la porte de sa chambre et alla s'affaler sur son lit. Leur échange verbal avait été plus épuisant que l'entraînement qui l'avait précédé. Quelque part dans sa tête, la curiosité voulait qu'elle en sache plus sur Bertrand qui semblait avoir un passé plus troublé qu'il ne l'admettait ouvertement. Mais plus tard, il n'était pas encore temps.
§***§
Les volutes de fumée qui émanaient du chaudron où bouillonnait une potion dessinaient des motifs abstraits dans lesquels Severus aimait se perdre parfois. Mais ce jour-là, il n'arrivait pas à se détacher des pensées qui s'entrechoquaient dans sa tête. Plus tôt dans la journée, Potter leur avait appris que les Français devaient également faire face à une mage noire qui sévissait dans leur pays et qui s'était alliée au Seigneur des Ténèbres. Il trouvait donc normal de faire de même en s'alliant à la Résistance. Cependant, leur fragmentation en cellules indépendantes les unes des autres rendait la tâche plus ardue. La coordination entre les deux pays n'en était donc qu'au stade expérimental. Granger et la directrice de Beauxbâtons - il n'avait fallu à Severus que peu de temps pour comprendre que c'était elle leur contact avec la Résistance - s'évertuaient à trouver un accord pour contenter tout le monde. Le maître des potions de Poudlard soupira. La politique avait décidément son mot à dire partout. Néanmoins, quelque chose le turlupinait. L'idée d'une nouvelle méthode de transplanage avait été abordée. Il était prêt à parier qu'Erika avait trouvé le moyen de se fourrer dans les ennuis en France aussi. Mais comme personne n'avait fait le rapport, il ne dirait rien. Son anonymat était sa seule protection contre le Seigneur des Ténèbres.
"- Mais elle n'en fera qu'à sa tête et finira par se faire repérer…" maugréa-t-il entre ses dents.
Il secoua la tête et se pinça l'arête du nez. Quelle heure pouvait-il être? Tard, sans doute, s'il en jugeait par sa fatigue et son incapacité à se concentrer comme il l'aurait souhaité. La journée avait été longue et la réunion de l'Ordre très éprouvante. Il n'avait pas eu l'envie de retourner à Poudlard directement, le vendredi soir étant synonyme de rondes particulièrement intenses - surtout en ce début d'année où les élèves s'étaient "tellement" manqués. Mais son laboratoire n'était pas fait pour l'aider cette fois. Aucune potion en cours ne requérait sa pleine concentration, ce qui permettait malheureusement à ses pensées de continuer à vagabonder librement. Dépité, il se leva et alla s'installer dans le salon. Il marqua un temps d'arrêt en fixant le canapé vide avant de s'asseoir dans le fauteuil. Erika avait passé deux mois chez lui et cela faisait à présent autant de temps qu'elle était partie, mais il s'était habitué à sa présence continuelle et trouvait toujours bizarre de ne plus la trouver là. Il jurerait sur Merlin que ce n'était pas le cas si quelqu'un osait le prétendre, mais il avait apprécié la compagnie assez réfléchie de la jeune femme et leurs échanges constructifs. Severus tenta de se remémorer ce qu'il pensait d'elle lorsqu'elle était élève de sa maison. Peine perdue, aucun détail de plus ne lui revenait par rapport à ce qu'il avait donné comme description à Potter en son temps.
Severus ferma les yeux. Il aurait été si facile d'ignorer ces images et sons qui tournaient en arrière-plan dans sa tête et de se laisser couler vers le sommeil. Mais quelque chose d'autre attira son attention dans le flux de pensées désordonné. Lupin. Son comportement était on ne pouvait plus étrange, ces derniers temps. Lui si plein de bonnes intentions diplomates habituellement, toujours prêt à apaiser les tensions quand les réunions de l'Ordre coulaient doucement vers le chaos, voilà qu'il se tenait en retrait et ne parlait que quand on le lui demandait. Severus se concentra sur ses souvenirs en plissant les paupières sur ses yeux toujours clos. Non, Lupin ne faisait pas que ne plus intervenir. Il observait. Tout le monde. Et il notait mentalement les propos de chacun.
Severus rouvrit les yeux. Si lui-même ne pratiquait pas cette technique depuis de nombreuses années, il n'aurait sans doute rien remarqué. Il fronça les sourcils, soucieux. Le loup-garou était-il devenu un espion? Non, si c'était le cas, Severus serait déjà mort étalé devant le Seigneur des Ténèbres. Mais alors que faisait Lupin? Il faudrait trouver le temps de le suivre pour découvrir ce qu'il manigançait. Mais pas ce soir.
Soudain, Severus fut tiré de sa torpeur par une douleur sourde sur son avant-bras gauche. Il prit le temps d'analyser la douleur pour savoir à quoi s'attendre en arrivant près du Maître. C'était un appel général, il ne lui était pas uniquement destiné. Il se leva et s'étira avant de transplaner dans la tanière du Seigneur des Ténèbres. Il eut juste le temps de constater qu'il était dans les premiers arrivés avant d'être appelé.
"- Severus, viens."
"- Oui, Maître," répondit-il avec déférence en s'avançant, la tête légèrement courbée en signe de soumission.
"- Tu n'as toujours pas de nouvelles de la traîtresse?"
"- Non, Maître, sinon je vous en aurais aussitôt fait part…"
"- Oui, j'en suis sûr, mon cher Severus. Je veux que tu ouvres tes oreilles bien attentivement dans l'Ordre pour un autre sujet également…"
Severus barricada instantanément ses défenses mentales pour que rien ne transparaisse au cas où la mention du sujet l'étonnait.
"- Vois-tu, j'ai une affaire en cours avec la France," poursuivit le Seigneur des Ténèbres. "Et il se pourrait que les petits pantins de Potter fourrent leur nez où ils ne devraient pas. Si c'était le cas, dis-le-moi tout de suite et dissuade-les de poursuivre leurs investigations par là. Tu as compris?"
"- Parfaitement, Maître."
"- Très bien," conclut-il avant de hausser le ton pour inviter tout le monde à écouter ce qu'il allait dire.
Mais Severus n'y prêta pas grande attention. Il fallait à présent qu'il trouve le moyen de retarder le moment où le Seigneur des Ténèbres apprendrait que l'Ordre était effectivement impliqué dans ce qui se tramait en France. Mais il fallait aussi qu'il découvre de quoi il retournait pour mieux s'en prémunir. Il soupira intérieurement avant de se reconcentrer sur ce qui se passait devant lui. Un nouveau jeu d'équilibriste venait de se mettre en place et il avait déjà les deux pieds sur la corde. Il ne devait pas regarder en bas car, comme toujours, il n'y aurait pas de filet pour le rattraper.
NdA: Le voici enfin, en toute fin de journée, pardon, pardon, beaucoup de choses à faire! Mais mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas? Toujours est-il que voici venu le moment de me faire savoir si mon histoire vous plaît toujours ou si vous la trouvez bonne à jeter! Toute la palette de nuances entre ces deux extrêmes étant également bienvenue!
