Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
Chapitre 13 - Conjointement
"- Et c'est là que nous les rejoignons pour doubler le nombre d'assaillants par surprise!"
Sirius sourit. L'enthousiasme d'Hermione était impressionnant à voir. Il en était presque contaminé. Presque. Car cela restait du suicide, selon lui.
"- Heu, je vais encore passer pour l'idiot de service, mais il n'y aura pas beaucoup de surprise si on doit aller en France, selon moi. Les contrôles des portoloins internationaux sont très stricts, tout le monde saura exactement combien d'entre nous se trouvent là-bas…"
"- Et bien non, Ron, car c'est là toute l'astuce! Nous transplanerons depuis ici même."
"- Pardon?"
La surprise du rouquin était légitime et il ne faisait d'ailleurs qu'exprimer tout haut ce que tous les visages affichaient. Sirius était content d'avoir été briefé par Hermione avant son exposé à la réunion. Au moins, il avait le temps de regarder les gens tranquillement sans devoir se concentrer sur l'assimilation de ce nouveau concept. Qu'il trouvait toujours suicidaire, il ne reviendrait pas là-dessus. C'est ainsi qu'il constata que Remus n'avait pas l'air fort intéressé par la réunion mais plutôt par ceux qui y assistaient. Cela faisait un petit moment que Lunard semblait préoccupé par quelque chose, mais Sirius préférait laisser le choix à son ami de s'en ouvrir à lui ou pas. Cependant, si cela perdurait, il lui tirerait les vers du nez, comme toujours. Quelqu'un d'autre ne s'était pas montré surpris par les propos d'Hermione. Rogue écoutait attentivement, à l'inverse de Remus, mais il semblait très au fait de la chose. Il y avait quelque chose de pas clair là-dessous.
"- C'est la nouvelle technique de transplanage dont on a déjà parlé," expliquait Hermione. "Au lieu de visualiser l'endroit, on se branche sur des coordonnées chiffrées. C'est brillant!"
"- Mais complètement fou!" releva McGonagall. "Et s'il y a un obstacle à l'arrivée? Ce ne serait pas très constructif de se retrouver dans un mur!"
La directrice de Poudlard soulevait le point problématique essentiel. Aussitôt les autres approuvèrent et se mirent à parlementer. Mais Hermione ne se laissa pas démonter.
"- Cela a déjà été testé," cria-t-elle presque pour couvrir le brouhaha. "Transplaner sur des coordonnées inconnues n'est pas donné à tout le monde, à cause des obstacles, évidemment. Mais si on vous fournit des coordonnées d'atterrissage sûres, le problème est résolu. Et ce sera le cas!"
"- Qui nous prouve que ce sera sûr?" objecta Ron.
"- On va aider la Résistance, ils seraient bien idiots de nous donner de mauvaises coordonnées," rétorqua Hermione.
"- Mais et si c'était un piège?" répliqua Ron de nouveau. "C'est vrai, on n'avait jamais entendu parler de la Résistance avant, pourquoi existerait-elle vraiment? Si Voldemort veut nous piéger, il ne s'en sortirait pas mieux que ça!"
Nouvelle approbation de l'assistance à laquelle il évita de se joindre bien qu'il pensait sensiblement la même chose. Seuls Remus et Severus restèrent complètement silencieux. Le premier n'était pas assez attentif et le second haussait les yeux au ciel. Hermione prit la balle au rebond.
"- Et vous, Professeur Rogue, qu'en pensez-vous?" demanda-t-elle.
Le silence s'abattit sur la tablée et toutes les têtes se tournèrent vers le Mangemort reconverti. Il s'éclaircit la gorge, ménageant apparemment son effet. Sirius se fit extrêmement attentif. Il fallait détecter s'il allait détourner la question pour couvrir quelque chose.
"- Je l'ai déjà vu faire," déclara Rogue, parfaitement impassible au grand dam de Sirius. "C'est très efficace et parfaitement sûr si on connaît les coordonnées auxquelles on se rend."
"- Qui?" demanda Remus, prolongeant le silence car il était maintenant très rare qu'il prenne la parole.
Rogue se tourna vers lui, avec cet air extrêmement ennuyé qu'il affectait quand la question qu'on lui posait lui semblait parfaitement déplacée. Sirius se prépara à apprécier une joute verbale.
"- Si par là tu veux demander si ce ne sont pas les Mangemorts qui auraient mis cette technique au point, Lupin, la réponse est non, sinon vous en auriez déjà fait les frais. Le Seigneur des Ténèbres n'est pas du genre à attendre pour utiliser ses nouveaux jouets…"
Sirius fut déçu pour la joute qu'il attendait. Remus acquiesça simplement, comme si cela avait effectivement été le sens de sa question, mais Sirius détecta dans son regard une lueur étrange, comme s'il avait compris autre chose dans les mots pompeux de Rogue.
"- Bien," reprit Hermione, ramenant l'attention sur elle. "Il est évident qu'on ne va pas vous demander de transplaner comme ça du jour au lendemain. Un entraînement est prévu avant qu'on doive passer à l'action."
"- Tout à fait," enchaîna Harry. "D'ailleurs, cette première mission conjointe avec la Résistance - et je ne doute pas qu'elle existe, j'ai été personnellement en contact avec ses membres - se fera uniquement avec des volontaires. Je ne vous demande pas de décider maintenant. Voyez comment se passe l'entraînement pour vous et si la méthode de transplanage vous convient et que vous voulez participer, alors dites-le-moi. Nous devons réussir et nous allons le faire!"
Les discours de Harry étaient toujours très fédérateurs. Sirius approuva enfin le projet à ce moment-là. Mais il le trouvait toujours un peu suicidaire quand même. Cela dit, comme il avait vraiment besoin d'action, il se porterait volontaire, quoi qu'il arrive. Il connaissait le français, c'était un atout que personne ne pouvait nier. Et puis, avec Hermione, c'était leur projet, alors il était normal qu'il fasse partie de la mission.
La réunion se clôtura sur les encouragements de Harry et se prolongea non officiellement dans la bonne humeur. Tout le monde était plutôt content de la tournure que prenaient les choses car ils allaient enfin agir. Sirius allait rejoindre Remus quand il le vit s'éclipser discrètement avec Rogue. Il fronça les sourcils. Ces deux-là manigançaient quelque chose. L'animagus se prépara à les suivre quand son attention fut attirée par une conversation qu'il ne devait peut-être pas entendre.
"- Excuse-moi, Hermione…" disait Ron.
"- Mais non," rétorqua la jeune sorcière. "Ton intervention était utile pour que j'explique les choses."
"- Je ne parle pas de ça et tu le sais."
"- Oh, et bien…"
"- Pourquoi tu m'évites? Ce n'est pas la première fois que je te demande pardon…"
"- Je sais, mais c'est compliqué."
"- C'est toi qui compliques tout…"
Mauvaise réponse, songea Sirius.
"- Tu vois," répliqua Hermione, "tu n'envisages jamais que ton point de vue…"
"- Mais enfin, je…"
"- Laisse tomber, Ron…"
Sirius se retourna aussitôt en voyant Hermione esquisser un mouvement dans sa direction. Il ne voulait pas être surpris à écouter aux portes.
"- Ah, Sirius, tu tombes bien," lança Hermione. "Justement je voulais te voir…"
Il se tourna de nouveau vers la jeune femme qui se dirigeait vers lui avec un grand faux sourire plaqué sur ses lèvres. Pour donner le change, il sourit également mais de manière plus réservée. Alors il croisa le regard du rouquin par-dessus l'épaule d'Hermione. Ron n'avait pas l'air content. Mais qu'y pouvait-il, lui, si le jeune homme ne savait pas s'y prendre avec les femmes. Alors il choisit d'ignorer Ron et donna toute son attention à Hermione. Bien lui en prit car il passa une excellente fin de soirée, évitant sciemment de demander à la jeune femme ce qui n'allait pas quand elle se plongeait dans le silence, lui donnant au contraire matière à se distraire en lui racontant des tas d'anecdotes amusantes de sa scolarité. Les femmes compliquaient toujours tout, mais il était inutile de le leur dire, il suffisait de simplifier pour elles.
§***§
Les craquements caractéristiques des transplanages résonnaient constamment à ses oreilles. Tout l'Ordre n'avait pas répondu présent à cet entraînement particulier et finalement c'était préférable. Harry en serait quitte pour une bonne migraine qui mettrait sans doute une grosse journée à passer. Quelques jours plus tôt, Hermione, Sirius et lui avaient parfait leur technique afin de pouvoir expliquer correctement aux autres. Ils devaient absolument être trois pour qu'il y en ait toujours un au départ et un à l'arrivée pendant que le troisième transplanait. Ce qui avait étonné Harry, c'était que Sirius soit ce troisième. Il savait que quelque chose de froid s'était installé entre Hermione et Ron, mais c'était très étrange que son meilleur ami ne soit pas avec eux. Hermione s'en était expliquée par une pirouette, prétendant qu'il s'était montré réfractaire à la méthode et qu'il n'était pas vraiment pédagogue. Comme elle semblait passablement énervée à l'évocation de Ron, Harry s'était abstenu de rétorquer que Sirius était comme Ron, sur ce coup-là. Il avait juste haussé les épaules et s'était concentré sur le transplanage. Il n'avait pas de temps à perdre. Ils en perdaient déjà trop depuis trop longtemps.
Il consulta le parchemin qui venait de recevoir un message d'Hermione. Elle avait lié deux feuilles de parchemin pour pouvoir communiquer à distance avec une encre qui s'effaçait après lecture du message. C'était très ingénieux, comme tout ce que la sorcière mettait au point.
"- Comment ça se passe au départ?" était-il écrit sur le parchemin. "Il y en a très peu qui sont arrivés ici et comme prévu, ils sont désorientés. On les remet d'aplomb avant qu'ils ne retournent vers toi."
C'était un problème qui devait se résoudre rapidement s'ils voulaient être prêts pour la mission conjointe. Et ce ne le serait qu'à force d'entraînement. Arriver désorienté pour prendre des adeptes de magie noire par surprise ne serait pas des plus efficaces. Harry prit la plume et l'encre spéciales pour rédiger sa réponse sur le parchemin.
"- Ici, ils se concentrent mais ne sont pas à l'aise avec le concept. Tu peux m'envoyer Sirius? Il retournera avec toi quand ils seront plus nombreux à l'arrivée."
La réponse ne se fit pas attendre.
"- Il transplane à l'instant."
Le craquement sonore résonna précisément comme il finissait de lire le message. Son parrain se dirigea aussitôt vers lui, le sourire aux lèvres.
"- Alors, Harry, qu'est-ce que je peux faire pour t'aider ici?" demanda-t-il.
"- Écouter ce que je raconte pour leur expliquer comment y parvenir et ensuite donner ton propre ressenti… Ça pourrait être un début pour avancer…"
L'animagus acquiesça.
"- Vas-y, je te suis," dit-il.
Harry opina du chef et se dirigea vers le groupe de ceux qui n'étaient plus qu'à deux doigts de parvenir à un résultat. Du moins le pensaient-ils. Impossible de juger, un transplanage était réussi ou raté, si on se perdait entre les deux, on se désartibulait.
"- Bien," dit-il en s'arrêtant devant les quelques sorciers qui semblaient désabusés. "Je vais vous réexpliquer le principe et vous me direz à quel moment cela vous pose problème et vous empêche de concrétiser, d'accord?"
Ils acquiescèrent tous et Harry recommença son explication. Il prit garde à développer chaque étape en repensant à toutes les questions qui lui étaient venues lorsque Hermione leur avait exposé la théorie. Les demandes de précision ne furent pas très fournies jusqu'à ce que Sirius, après lui avoir demandé ouvertement la permission d'intervenir, ne réoriente le point de vue de l'un des sorciers. La comparaison imagée qu'employa son parrain était simpliste, mais elle fut efficace. Moins de cinq minutes plus tard, le transplanage était réussi. Harry céda sans tarder sa place à Sirius auprès des volontaires à l'entraînement et se mit en retrait afin d'observer les échanges. Il ne mit pas longtemps à remarquer que Ron évitait ostensiblement Sirius. Il allait se diriger vers lui pour savoir ce qui n'allait pas quand son parrain le devança. Il resta donc à distance mais continua d'observer. Le parchemin magique se manifesta alors.
"- Les transplanages sont mieux réussis, mais je vais avoir besoin de Sirius ici à présent. Ça ne te dérange pas?"
Il sourit. Effectivement, il n'y avait plus qu'une dizaine de volontaires au point de départ, contre une bonne vingtaine à celui d'arrivée. Il griffonna rapidement sur le parchemin.
"- Aucun problème, je te l'envoie."
Et il s'approcha de son parrain.
"- C'est bon, j'ai compris," disait Ron d'un ton irrité.
"- Mais enfin, Ron, qu'est-ce que je t'ai fait?" demanda Sirius.
"- Ne fais pas l'innocent."
"- J'y suis bien obligé puisque tu ne veux rien me dire!"
"- Laisse tomber. Je vais me débrouiller seul, comme toujours…"
"- Ce serait idiot alors que…"
"- Ne me traite pas d'idiot!"
Le ton montait sans que Harry n'y comprenne rien. Et apparemment son parrain non plus, mais il fallait parfois se méfier avec Sirius. Ron avait l'air vraiment contrarié.
"- Que se passe-t-il ici?" demanda Harry du ton le plus neutre qu'il parvint à utiliser.
"- Rien du tout," rétorqua aussitôt Ron en affichant un air boudeur.
Sirius haussa les épaules.
"- Je te le laisse," dit-il à Harry en faisant mine de s'éloigner.
"- Attends. Hermione m'a demandé de te renvoyer avec elle parce qu'elle commence à être débordée."
"- Ah, très bien, j'y vais alors. À tout à l'heure, Harry."
Ils se firent signe de la main avant que Sirius ne disparaisse dans un craquement sonore. Harry se retourna sur Ron.
"- Qu'est-ce qu'il y a, Ron?" demanda-t-il une nouvelle fois.
"- Mais rien, je te dis…"
"- Ça m'étonnerait…"
"- Mêle-toi de tes affaires…"
"- Ça y est, tu recommences… Si tu n'étais pas d'accord avec cet entraînement, il ne fallait pas venir!"
"- Ça n'a rien à voir…"
"- Alors mets de côté tes réactions de gosse et concentre-toi… Si tu n'y arrives pas, tu n'iras pas en France et ça m'ennuierait parce que j'ai besoin de toi là-bas…"
Le rouquin rougit jusqu'aux oreilles, visiblement embarrassé. Harry le planta sur place pour s'occuper des derniers volontaires qui n'étaient pas encore parvenus à transplaner. Il entendit alors dans son dos un craquement caractéristique. Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que Ron avait transplané. Il sourit. C'était facile de motiver son meilleur ami. Il espérait juste que son ressentiment envers Sirius, quelle qu'en soit la raison, ne poserait pas de problème en mission.
§***§
"- Ce n'est pas une bonne idée du tout."
"- Qu'est-ce qui te fait dire ça?"
Erika haussa les épaules.
"- Ça sent le piège à plein nez," répondit-elle.
"- Bien sûr," rétorqua Bertrand, "c'est nous qui le leur tendons…"
Il avait un sourire amusé aux lèvres et Erika le fusilla du regard.
"- J'ai un mauvais pressentiment," insista-t-elle.
"- Mets-le de côté."
"- Comme si c'était si simple! Je ne peux même pas vous accompagner!"
"- Quelqu'un reste toujours derrière pour réceptionner et soigner les blessés. En l'occurrence, tu es le meilleur choix puisque tu ne peux pas te retrouver avec ton ancienne cellule…"
"- Au risque de les mettre tous en danger, oui, je sais. Mais je ne suis pas Médicomage!"
"- Tu connais les bases comme tout le monde ici. Les cas les plus graves seront envoyés à la clinique après triage."
"- Tu parles de ça comme si c'était routinier."
Bertrand releva la tête pour croiser son regard. Ils passaient le début de nuit dans le salon le moins fréquenté, un verre à la main. Il avait laissé la bouteille posée sur la table basse au lieu de la ranger dans le bar comme il le faisait toujours. Sûrement en prévision d'une longue discussion nécessitant ce genre d'encouragement. Erika ne soutint pas le regard de son vis-à-vis plus de cinq secondes.
"- Tu fuis encore…" remarqua-t-il.
"- C'est ce que je fais de mieux," répliqua-t-elle.
Il soupira bruyamment.
"- Trouve autre chose à faire de mieux, alors…" dit-il.
"- Venant de toi, c'est l'hôpital qui se fiche de la charité!"
"- Comment ça?"
"- Tu évites constamment de répondre aux questions qui pourraient te dévoiler et tu contournes les sujets qui pourraient trop s'en approcher…"
Il ne dit rien pendant un moment, fixant le contenu de son verre comme s'il y cherchait l'inspiration. Erika se garda de prononcer le moindre mot. Le silence était le meilleur moyen de le faire parler… l'alcool aidant. Elle jeta un coup d'oeil à la bouteille. Le niveau du liquide avait bien diminué et elle n'avait pas bu beaucoup.
"- Tu écoutes trop bien, Erika…" finit-il par dire.
Elle haussa les sourcils, pas certaine de savoir où il voulait en venir.
"- Pour ça, je t'admire," continua-t-il. "Peu de gens sont capables d'entendre ce qui ne se dit pas entre les phrases prononcées."
Erika se sentit rougir violemment. Bertrand n'était jamais aussi franc dans l'expression de ses sentiments. On aurait pu croire qu'il avait du sang britannique. Pour cacher son étonnement, elle but une gorgée à son verre, mais le liquide avalé trop précipitamment lui brûla la gorge et elle s'étrangla un peu avec, déclenchant une quinte de toux irrépressible. Peu importait, au moins cela cacherait son rougissement.
"- Par contre, tu n'es pas capable de boire!" remarqua-t-il en souriant.
Elle haussa les épaules, un peu vexée, mais ne dit toujours rien, en partie parce que sa voix aurait été passablement rauque suite à son étouffement passager.
"- Si tu veux savoir pourquoi j'aborde ce genre d'opération de manière routinière, c'est parce que c'est effectivement de la routine, pour moi."
Erika se tut encore un moment. Puis elle prit la parole de manière incisive pour le pousser à continuer car il semblait s'être plongé dans des souvenirs désagréables.
"- Quand?"
"- Ah, voilà encore une démonstration de ton écoute prodigieuse… Une simple question qui devrait m'amener à te préciser des tas de choses…"
La jeune femme restait toujours aussi étonnée. D'habitude, Bertrand parlait par courtes phrases simples. C'était la première fois qu'elle l'entendait développer des concepts plus éthérés et utiliser des mots plus recherchés. Elle devait d'ailleurs s'accrocher pour saisir toute la subtilité de ce qu'il disait car elle n'avait plus pratiqué le français de haut vol depuis de longues années.
"- Bien, puisque tu sembles ne plus vouloir rien dire et m'écouter, je vais donc parler… il y a de cela neuf ans, j'ai participé à une opération de guerre moldue appelée Tempête du Désert. Je voulais savoir ce que je valais physiquement et mentalement, sans l'aide de la magie."
Erika n'avait aucune idée de ce qu'était cette guerre moldue qu'il mentionnait. Élevée dans la stricte et pure tradition sorcière d'une ancienne famille, on ne lui avait fait aucun cours sur ce genre d'informations, sans intérêt. Elle supposait que les guerres moldues devaient être très barbares, ce que Bertrand lui confirma.
"- C'était catastrophique. Tu n'imagines pas à quel point les Moldus sont doués quand il s'agit d'inventer des techniques et des objets pour se détruire les uns les autres. En cela ils sont beaucoup plus efficaces que nous, d'ailleurs."
La jeune femme se demanda si on pouvait vraiment qualifier d'efficace le fait de tuer d'autres humains plus vite qu'ils ne pouvaient vous tuer.
"- Et donc, les opérations du style de celle que nous mettons au point avec tes amis britanniques, j'en ai vues beaucoup."
Il releva la tête et accrocha de nouveau le regard d'Erika. Cette fois, elle fit l'effort de le soutenir, sachant qu'il n'en dévoilerait pas davantage sur son incursion dans la société moldue mais qu'il lui avait fait une faveur en lui racontant ce court résumé d'une période de sa vie.
"- Si tu veux t'en sortir indemne, prend de la distance."
Elle acquiesça doucement.
"- Et ne fais pas cette tête-là!"
Il se resservit un verre, fit signe à Erika d'approcher le sien pour qu'il le remplisse aussi et reposa la bouteille sur la table.
"- Santé, Erika!" dit-il en entrechoquant leurs deux verres. "A notre réussite!"
"- Oui," répondit-elle d'un ton faible au toast porté. "A notre réussite…"
§***§
"- Non, Damien, pas comme ça… Oh, allonge-toi, je vais le faire!"
Erika courait dans tous les sens. Elle le savait, elle s'en était doutée depuis le début et les événements lui avait donné raison. Mais ce n'était pas elle qui payait à présent. La note était salée pour la cellule. Ils étaient tous blessés, plus ou moins gravement. Elle maintenait les plus sévèrement touchés du mieux qu'elle pouvait, mais comme elle l'avait clamé haut et fort, elle n'était pas Médicomage. Et puis, les blessés légers ne lui facilitaient pas la tâche en passant leur temps à vouloir se lever pour l'aider.
"- Bon, maintenant ça suffit!" s'écria-t-elle en se précipitant une nouvelle fois vers Aurélie pour l'obliger à se recoucher. "Le premier d'entre vous qui se lève encore de son lit, je le transforme en couverture!"
"- Pourquoi en couverture?" releva Eric, prenant toujours un malin plaisir à intervenir.
"- Comme ça vous ne pourrez plus vous redresser et au moins vous serez vraiment utiles," rétorqua-t-elle.
Elle soupira, soudain consciente de l'agressivité de sa remarque. Elle savait que tout ce qu'ils voulaient, c'était aider.
"- Écoutez, vous êtes tous blessés, si vous saccagez ce que j'essaie de faire pour vous soigner, vous m'empêchez de m'occuper de ceux qui en ont le plus besoin…"
Plus personne ne dit rien et les regards coulèrent vers les deux lits de camp qu'Erika avait conjurés où étaient étendus Lise et Arnaud. Les plus jeunes du groupe. Les plus candides aux entraînements. Les seuls qui n'avaient jamais été confrontés à une bataille rangée jusqu'alors.
Certaine que cette fois les autres se tiendraient tranquille, Erika se pencha sur Lise dont elle avait à peine arrêté les hémorragies. Ses sorts tenaient bon, mais cela ne suffirait évidemment pas. Arnaud n'était pas dans un meilleur état. Ils devaient être hospitalisés de toute urgence. Mais pour ça, il fallait qu'on lui dise où les emmener. Et seul Bertrand connaissait la localisation de la clinique qui ne s'étonnerait pas de recevoir de tels blessés.
"- Mais où traîne-t-il encore, celui-là!" s'énerva-t-elle.
"- Tu parles de Bertrand?" demanda Damien.
"- Oui, qui d'autre?"
"- Il manque encore Charles, aussi," précisa Eric.
"- C'est sans doute qu'il tient encore debout, lui," reprit Erika, acide, "il aura sans doute été plus attentif aux entraînements que vous…"
Personne ne répondit. Il n'y avait rien de particulier à ajouter à cette remarque, si ce n'est qu'elle n'était pas totalement vraie. Ils auraient pu être plus assidus, c'était certain, mais ils avaient tout de même énormément progressé. Là n'était pas la question en fait. Ils n'avaient juste eu aucune idée de ce dans quoi ils fonçaient tête baissée. Le seul qui le savait les y avait envoyés sans aucun remord. C'était la guerre. Et lui aussi il avait raison. Mais devant tout le sang répandu sur le sol de la salle à manger qui servait à présent d'infirmerie, Erika ne raisonnait pas logiquement. Elle lui en voulait de ne pas l'avoir écoutée, peu importait qu'il ait eu raison.
"- Et l'Ordre?" finit-elle par demander.
Il fallut un moment pour que les jeunes gens qui étaient encore conscients autour d'elle ne réalisent qu'elle s'adressait à eux. Elle leur laissa le temps d'assimiler sa question.
"- Ils s'en sortent mieux que nous," répondit Aurélie.
"- C'est peu de le dire," ajouta Eric. "Quel style! Ils sont impressionnants!"
"- Et il y en a de sacrément jeunes!" renchérit Sylvie. "Cette fille avec les cheveux dans tous les sens, elle se battait comme une lionne!"
Erika ne put empêcher un léger sourire d'étirer ses lèvres. La description d'Hermione était éloquente. Elle se demanda qui d'autre avait franchi la distance avec elle pour les rejoindre.
"- Bertrand et Charles sont restés avec eux pour nous couvrir," précisa inutilement Damien.
"- J'espère qu'ils s'en sortiront tous indemnes," dit Erika en soupirant.
Un craquement sonore déchira le silence relatif de la pièce, faisant apparaître Bertrand et Charles en son centre. Le premier soutenait le second qui était inconscient. Erika se précipita aussitôt sur eux pour examiner le jeune homme.
"- Je n'ai pas pu…" commença Bertrand.
"- M'en fiche," répliqua Erika. "Quel sort?"
"- Un truc bizarre qui l'a saigné presque à mort…"
"- Sectumsempra…" murmura la jeune femme. "Par Merlin, je ne peux…"
"- Il a été stabilisé par un gars sur place," la coupa aussitôt Bertrand. "Mais il lui faut des soins complémentaires."
"- Comme pour Lise et Arnaud."
Elle s'éloigna d'eux et se plaça entre les deux lits où se trouvaient les deux jeunes, les enserrant de ses bras.
"- Vous," dit-elle à la cantonade, "vous restez sagement sur votre lit et vous vous reposez. On revient dès que possible."
Ils acquiescèrent. Elle posa le regard sur Bertrand.
"- Où?"
"- Tu n'y arriveras pas seule…"
"- J'ai toute ma magie en stock, toi non. Où?"
"- La clinique…"
"- Visualise-la."
Il fronça d'abord les sourcils, puis obtempéra. Elle vit la destination dans l'esprit de Bertrand et hocha la tête en signe d'assentiment. L'instant d'après, elle effectuait un double transplanage d'escorte avec Lise et Arnaud.
§***§
"- Ça va?"
Erika ne releva même pas la tête quand Bertrand s'assit à côté d'elle sur le banc dans le couloir de l'hôpital. Elle ne répondit pas non plus.
"- Tu sais que tu en tiens une couche?" remarqua-t-il
"- Je te demande pardon?"
"- Un tel transplanage est virtuellement impossible pour tout sorcier moyen…"
"- Pour moi aussi normalement."
"- Mais tu l'as fait."
"- Je n'avais pas le choix. Tu as vu ce que ça m'a coûté?"
"- Oh oui."
"- Au fait, merci."
"- De quoi?"
"- De les avoir empêchés de me clouer dans un lit aussi…"
"- Tu es juste épuisée, pas blessée."
"- Juste épuisée? La dernière fois que j'ai vécu ça, je…"
Elle s'interrompit aussitôt. Elle avait failli mentionner sa mésaventure avec le Seigneur des Ténèbres.
"- Tu quoi?" demanda Bertrand.
"- Laisse tomber."
"- Ah, je vois."
Un silence. Elle se sentait vraiment vidée, comme si elle avait aussi participé à la bataille avec les autres. Les autres…
"- Il faut rentrer," dit-elle en se redressant.
Le monde mit un moment à se stabiliser autour d'elle, mais elle lutta. Ils devaient rentrer. Il fallait s'occuper des autres.
"- Tu ne pourras pas," remarqua Bertrand.
"- Mais si. Au fait, on est là depuis quand?"
"- Pas assez longtemps pour qu'ils meurent de faim à la maison. Je m'occuperai d'eux en rentrant."
"- Comment vont les trois autres?"
Il marqua une pause. Elle redouta le pire.
"- Leurs jours ne sont plus en danger," dit-il finalement. "Mais on ne va pas les revoir tout de suite en-dehors d'ici."
Il se leva et lui tendit la main. Elle la prit volontiers et il l'aida à se mettre debout. Il ne fit aucune remarque pendant qu'elle peinait à rassembler ses forces pour se tenir droite et enroula leurs bras quand il jugea qu'elle tenait bien debout. Les Français et leur promiscuité. Mais elle n'était pas en position de faire des caprices. Elle retourna donc à la cellule à l'inverse de la manière dont elle en était partie.
§***§
"- Entrez…"
Severus s'exécuta aussi promptement qu'il l'aurait fait en temps normal, bien que cela lui demande un effort de concentration au-delà de ce qu'il pouvait habituellement se permettre. Harry releva la tête pour le regarder et un air horrifié se peignit sur ses traits. Severus ne put s'empêcher de serrer les dents.
"- Professeur! Mais qu'est-ce qui vous a pris de venir ici? Pourquoi pas chez vous ou à Poudlard?"
Le ton plein de sollicitude du jeune homme lui mit une claque bien plus efficace que n'importe quelle potion régénératrice qu'il aurait pu avaler.
"- J'ai des informations importantes," rétorqua-t-il d'un ton sec mais pas aussi ferme qu'il l'aurait souhaité.
"- Et ça n'aurait pas pu attendre demain? Il est…"
Il jeta un coup d'oeil à la pendule du bureau puis reporta son attention sur son vis-à-vis.
"- Bon, ça va, on est déjà demain," abdiqua-t-il. "Je vous écoute."
Severus prit une profonde mais discrète inspiration, remettant de l'ordre dans ses idées. Après l'attaque conjointe surprise, les Français avec Roxanne à leur tête avaient crié au scandale. Le message que la mage noire avait adressé au Seigneur des Ténèbres était un équivalent sophistiqué de la beuglante. Il avait causé de nombreux dégâts au sein des Mangemorts et avait forcé le Maître à dévoiler cette alliance à tous ses fidèles. Il n'avait pas apprécié. Severus avait évidemment feint l'ignorance, mais il fallait un bouc émissaire. Comme souvent quand l'Ordre infligeait une défaite aux Mangemorts, même si cette fois c'était indirect, le maître des potions faisait les frais de la colère titanesque du Seigneur des Ténèbres. Cette fois n'avait pas échappé à la règle. Sa seule consolation était qu'il n'avait pas été le seul à déguster.
"- Une contre-attaque est prévue," dit-il finalement à Potter.
"- Le contraire m'aurait étonné," acquiesça le jeune chef de l'Ordre. "Savez-vous déjà où et comment?"
"- Non, et je doute d'être dans les premiers confidents de cet assaut. Par contre, je suis certain que les Français n'interviendront pas. Le but de la manoeuvre est de forcer l'Ordre à rester sur le sol britannique."
"- Hm, donc Voldemort a peur de cette alliance…"
"- C'est fort probable."
"- Alors nous ne changeons rien à nos plans. Bien que les Résistants aient été fortement blessés, l'opération a été un succès. On doit continuer. De toutes façons, cet endroit est le seul où nous nous rassemblons vraiment et il est incartable. Ailleurs, aucune attaque ne pourra réellement nous faire de tort."
"- Sauf si cette attaque consiste à faire tomber les têtes de l'Ordre une par une…"
"- Moui, vous avez raison, il faudra donc que ces têtes restent au QG le plus souvent possible. Vous y compris, à dater de maintenant…"
Severus soupira en levant les yeux au ciel. C'en était fini de la relative quiétude dont il pouvait jouir dans son appartement à l'occasion. Mais pour l'heure, cela avait au moins l'avantage de lui permettre de ne pas devoir transplaner ailleurs. Les Doloris et la torture par la Marque avaient été particulièrement violents ce soir-là. Depuis que Bellatrix était morte, le Seigneur des Ténèbres avait repris exclusivement l'art qu'elle possédait de faire souffrir. Et malheureusement pour ses Mangemorts et ses adversaires, il l'avait encore perfectionné.
Alors qu'il en était là de ses réflexions, le regard de Severus se posa sur un des nombreux parchemins éparpillés sur le bureau. Il s'attendit à subir une force de répulsion pour ne pas lire comme chaque fois qu'il s'attardait sur les documents que consultait Potter et était déjà résigné à ne pas lutter contre. Mais rien ne se produisit et il put saisir l'essence du document. Encore cette damnée chasse aux Horcruxes. Si c'était bien ce qui permettrait de rendre le Seigneur des Ténèbres définitivement mortel, il était certain que c'était ce qui avait la priorité dans les recherches de l'Ordre. Mais Potter passait trop de temps dans ces documents et autres livres qui suintaient de magie noire.
"- Vos recherches avancent?" se prit à demander Severus.
Potter sembla revenir de très loin quand il focalisa de nouveau son regard.
"- Oh, et bien, plus ou moins. Une réponse amène constamment une dizaine de nouvelles questions, alors c'est beaucoup de travail…"
"- Et vous n'êtes pas très doué pour ça," remarqua Severus.
Il n'y avait aucune animosité dans sa voix, c'était juste un constat. Potter l'avait compris, car il acquiesça.
"- En effet. Et je ne veux pas mêler Hermione à ça, elle n'est pas du tout persuadée que tout ceci va pouvoir me conduire au moins à l'une ou l'autre piste."
Il avait désigné l'ensemble des documents d'un geste las. Avant que son cerveau ne soit parvenu à lui dire de garder la bouche fermée, Severus avait parlé:
"- Je peux peut-être vous aider…"
Il regretta ses mots aussitôt. Comme s'il n'avait pas déjà assez à faire avec son travail de professeur et son double espionnage. Mais le visage du jeune homme s'éclaira à la proposition.
"- Vous feriez ça? Vraiment?"
Sans attendre de réponse, il fit le tour de son bureau et rassembla un tas de notes éparses qu'il tendit à Severus.
"- Je suis certain d'avoir correctement consigné tout ce que j'ai lu qui pouvait être important," dit-il. "Le souci est que je ne parviens pas à relier les informations entre elle pour leur donner un sens. Je dois être passé à côté de quelque chose qui a sauté aux yeux de Dumbledore. Sinon, il ne m'aurait pas indiqué cette voie…"
Severus fit la grimace. Potter suivait toujours aveuglément les indications du vieux sorcier. Mais Dumbledore avait en effet toujours eu le chic pour dénicher un semblant d'explication là où le commun des mortels ne voyait que des choses sans lien.
"- Très bien," dit-il en prenant la liasse de parchemins. "Je verrai ce que je peux en tirer."
"- Oui, s'il vous plaît. Mais pas maintenant. Vous avez besoin de repos."
"- Il me semblait pourtant que je ne m'adressais pas à Molly Weasley…"
Potter sourit. Severus haussa les épaules et quitta le bureau avec sa nouvelle mission. Une de plus. Cela s'arrêterait-il un jour?
NdA: Oui, oui, six jours de retard, ce n'est pas très correct, mea culpa, la vie de famille, tout ça... Bref. Cela vous a-t-il plu quand même? Laissez-moi une petite review pour me le dire! On se retrouve dans moins d'un mois pour le prochain chapitre!
