Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


Chapitre 14 - Avant la bataille

"- Vous en êtes sûr?"
"- Potter, si ce n'était pas le cas, pensez-vous sincèrement que j'aurais perdu mon temps à venir vous exposer ma théorie?"
"- Ah, donc cela reste une théorie…"
"- Oui, jusqu'à ce que suffisamment d'éléments viennent l'étayer. Vous avez mieux?"
"- Heu, non…"
"- Alors je vous suggère de ne pas rester planté là béatement et de vous mettre au travail sur-le-champ."
"- Au travail?"

Severus se pinça l'arête du nez dans une vaine tentative d'arrêter la migraine qu'il sentait poindre.

"- Oui, Potter, au travail pour mettre au point un plan pour récupérer cet Horcruxe…"
"- Ah, oui, bien sûr!"

Il pivota sur lui-même puis tourna de nouveau la tête vers Severus.

"- Au fait, merci."
"- Ne perdez pas de temps avec ces futilités!"

Potter haussa les épaules et s'en fut. Ce garçon était impossible. Severus déposa le tas de parchemins qu'il avait annotés sur l'autre tas qui traînait sur le bureau du jeune chef de l'Ordre et quitta la pièce. Il réfléchissait à l'endroit auquel il allait se rendre à présent quand Black l'interpella.

"- Hey, Rogue!"

Severus se fit violence pour garder un air impassible sur ses traits et se retourna pour faire face à l'importun.

"- Qu'est-ce que tu veux, Black?" demanda-t-il du ton le plus neutre qu'il parvint à emprunter.
"- Y a une chauve-souris qui n'arrête pas de griffer ta fenêtre, là-haut!"
"- Une chauve-souris?"
"- Comme je te le dis! Quand je vais raconter ça aux autres…"
"- Ne t'a…"

Severus coupa sa phrase net. Il venait de comprendre qui était l'expéditeur du message qui l'attendait. Il allait lui payer cher cet affront.

"- Quoi?" demanda Black.
"- Rien."

Il ne prêta plus attention à l'animagus et monta l'escalier qui menait à l'étage où se trouvait sa chambre provisoire. Il referma la porte derrière lui et alla ouvrir la fenêtre pour l'animal qui attendait impatiemment. Une chauve-souris. Décidément, il aurait eu droit à tout. Severus détacha le message de la patte du mammifère et fit apparaître un morceau de viande depuis les réserves de la cuisine. L'animal déchiqueta sa récompense avec un plaisir évident. Le message était simple. Des coordonnées codées. Severus eut tôt fait de les déchiffrer et transplana aussitôt à l'endroit révélé. Il n'avait pas participé à l'entraînement que Potter avait proposé, mais il n'était pas resté sourd quand des explications succinctes avaient été données lors d'une réunion. Son premier transplanage sur coordonnées fut un succès. Enfin, sauf s'il n'avait pas atterri au bon endroit. Mais au moins n'y avait-il pas eu d'obstacle à son arrivée.

"- Vous voilà."

Il ne s'était donc pas trompé de coordonnées. Ne restait plus qu'à savoir pourquoi il était là.

"- Qu'y a-t-il cette fois?" demanda-t-il d'un ton las avec une très nette trace d'énervement qu'avait laissée le coup de la chauve-souris.
"- Vous ne semblez pas heureux de me voir."
"- Je n'ai pas de raison spéciale de l'être, il me semble."
"- En effet."

Un silence. Rien ne changeait. Mais Severus était patient, il attendit donc que son interlocuteur se décide à poursuivre. Ce qu'il fit finalement.

"- Je vous félicite pour votre perspicacité."
"- Merci," répondit Severus. "Mais si c'était le seul but de cette entrevue, vous auriez tout aussi bien pu me l'écrire."
"- Très juste. Erika Stewart doit être protégée."
"- Vous me l'avez déjà demandé. Je l'ai fait. À présent elle est dans la nature on ne sait où."
"- Vous ne croyez pas plus que moi à cette fable…"
"- C'est vrai. Mais la France est vaste."
"- Vous allez sans doute être amené à la recroiser bientôt."
"- La Résistance?"
"- C'est possible. Quoi qu'il en soit, elle ne doit pas mourir…"
"- Pas encore, vous voulez dire."
"- Pourquoi sous-entendrais-je une chose pareille?"
"- Je ne sais pas, une intuition. Mais comment savez-vous qu'elle sera mêlée à une action commune? Ce serait faire tomber sa couverture inutilement."
"- Miss Stewart n'est pas du genre à rester en arrière éternellement, il me semble."

Severus n'était pas certain de cet état de fait. Tout dépendait de l'intérêt qu'elle pouvait trouver à intervenir ou pas et de la nécessité urgente ou non à le faire. Erika était une personne réfléchie. Elle n'abattrait pas sa seule carte sans une bonne raison.

"- Toujours est-il que lorsque cela se présentera, vous devrez la défendre, quoi qu'il en coûte."
"- Le pion Erika a beaucoup plus d'importance que vous ne le laissez entendre, donc," remarqua Severus d'un ton acide.
"- Pour vaincre Voldemort, chaque personne impliquée est importante."
"- Et chaque sacrifice consenti bon gré mal gré est nécessaire, oui, je sais. Et bien, si vous en avez terminé avec vos recommandations…"

"- Oui. Portez-vous bien."
"- Toujours. Vous aussi."
"- Merci."

Severus retourna au QG aussitôt. Encore une mission dans une mission. Encore protéger Erika même au détriment des autres membres de l'Ordre. Qu'avait-elle de si spécial? Il allait falloir qu'il le découvre. Soudain on tambourina à la porte de sa chambre.

"- Rogue!"

Encore Black. Décidément.

"- Allez, dépêche-toi, réunion urgente!" s'écria l'autre derrière la porte.

Puis Severus entendit le bruit de pas qui s'éloignent rapidement. Il se résigna à les suivre. Apparemment, Potter avait trouvé quoi faire pour récupérer le premier Horcruxe manquant.

§***§

"- Tu es sûr qu'on est au bon endroit?" chuchota Erika.
"- Bien sûr!" répondit Eric sur le même ton. "Je suis natif d'ici, je connais cette ville comme ma poche."
"- Une ville, c'est vite dit… Un grand village tout au plus…"
"- Oh ça va, je suis fier de mes racines."
"- Tu es un sorcier, tu appartiens à la communauté sorcière, voilà une source de fierté. L'endroit où tu as grandi importe peu."

Eric arrêta net sa progression.

"- Tu parles comme une raciste," déclara-t-il d'un ton grave.

Elle se retourna vers lui et fronça les sourcils.

"- Une raciste? En quoi être fier d'être sorcier est-il plus raciste que fier de sa ville?"
"- Tu es une sang pur, je parie…"
"- C'est possible, et après? Tu n'as pas répondu à ma question…"
"- Laisse tomber."

Il fit mine de recommencer à marcher mais Erika le retint.

"- Certainement pas. Nous parlons tous les deux d'un type d'appartenance, explique-moi en quoi la tienne est légitime et la mienne proscrite. Je n'ai pas bien saisi la nuance. Peut-être que ton code de légitimité est plus valable que le mien…"

Eric fit la moue. C'était un garçon intelligent mais qui parlait souvent avant de réfléchir à la portée de ses mots.

"- Bon, ça va, tu as gagné," abdiqua-t-il.

Mais elle n'allait pas le laisser s'en sortir de la sorte.

"- En quoi ai-je gagné?" rétorqua-t-elle.
"- La fierté de son appartenance est légitime, quelle qu'elle soit. Ce qui est proscrit est de rabaisser les gens qui ne font pas partie de ce dont on est fier."

Elle acquiesça doucement. Elle ne l'aurait sans doute pas résumé aussi bien. Il était doué. Il comprenait très vite aussi. Elle esquissa un rapide demi-sourire puis lui désigna la maison esseulée au bout de la rue.

"- C'est là?"
"- Oui. Allons-y."

Il ouvrit la marche et ils feignirent de se promener. À un angle qui était formé par une autre rue, ils s'engouffrèrent dans celle-ci, s'assurèrent qu'il n'y avait personne et se désillusionnèrent. Ensuite ils se remirent en route vers leur destination. Ils firent le tour de l'habitation qui semblait abandonnée depuis un certain temps. Erika notait mentalement tous les détails qui lui semblaient d'importance. Elle savait qu'Eric, tout proche, faisait de même. En rentrant, ils mettraient en commun leurs informations pour être le plus complet possible. Après avoir fait deux fois le tour, ils s'abritèrent derrière un buisson, toujours sous sortilège de désillusion. Erika conjura une bulle de silence autour d'eux afin qu'ils ne soient pas entendus.

"- On essaie de rentrer ou c'est trop risqué?" demanda Eric.
"- C'est évidemment trop risqué. Mais cela nous donnerait un sérieux avantage de savoir comment est configurée la maison…"

Elle hésitait. Il aurait été stupide de risquer leur vie à tous les deux pour des informations somme toute utiles mais pas indispensables.

"- J'ai une idée," dit alors Eric.
"- Je t'écoute."
"- Je connais le gars qui tient l'agence immobilière du coin. Il aura peut-être eu accès aux plans de la maison."
"- Ah, ce serait fort à-propos. Allons-y."

Eric acquiesça et Erika supprima le charme qui les isolait. Ils s'éloignèrent de l'habitation jusqu'à être hors de vue de tout oeil indiscret et enlevèrent le sortilège de désillusion qui les camouflait toujours. Ils reprirent leur route de façon détachée, en silence. Après quelques instants cependant, Eric reprit la parole.

"- Tu t'entends bien avec Bertrand," dit-il.
"- Plus ou moins," admit-elle. "Pourquoi?"
"- Vous êtes toujours fourrés à deux à la maison."
"- C'est possible."
"- C'est évident, je dirais!"
"- Bon. Et alors?"
"- Tu es intéressée?"

Erika resta interloquée un court instant. Puis elle éclata de rire.

"- Ben quoi?" demanda Eric. "En quoi c'est drôle?"
"- Excuse-moi," répondit-elle entre deux hoquets de rire, "c'est juste que… C'est l'impression qu'on donne?"
"- Avec les autres, on a parié sur lequel vous surprendrait en train de vous embrasser…"
"- Oh, et bien, je suis désolée pour vous tous, mais vos paris vont tomber à l'eau," dit-elle en recouvrant son sérieux.
"- C'est vrai? J'en étais sûr! Tu as quelqu'un chez toi!"

Le visage de Sirius souriant sauta aux yeux d'Erika et elle serra les poings. Remus s'imposa aussi à sa mémoire, ainsi que Severus. Les gens qu'elle appréciait lui manquaient cruellement, mais elle parvenait à l'oublier la plupart du temps.

"- Excuse-moi," dit Eric.
"- De quoi?" répliqua-t-elle un peu agressivement.
"- D'avoir parlé de chez toi. On dirait que ce n'est pas très joyeux, ce que ça t'évoque."
"- Chez moi, c'est ici. Je n'ai pas d'autre adresse."

Eric ne dit rien d'autre. Le ton qu'elle avait employé était propre à clore la conversation et il l'avait compris. Ils continuèrent de marcher en silence. Il y avait un peu de monde dans les rues qu'ils empruntaient à présent. Bientôt, Eric désigna une vitrine et ils entrèrent dans le cabinet de l'agence immobilière. Erika laissa le jeune homme mener la conversation et fit mine de regarder ce que l'agence avait à proposer. Elle se laissa bientôt prendre à son propre jeu, admirant les quelques belles maisons qui étaient à vendre dans la région. Eric avait raison d'éprouver une certaine fierté à avoir grandi dans cette petite ville. Le patrimoine y était pittoresque et pas dénué d'intérêt. Bientôt, il lui fit signe qu'ils pouvaient partir. Elle salua l'agent et suivit Eric hors du cabinet. Ils se dirigèrent vers un endroit où s'abriter des regards pour rentrer.

"- Alors?" demanda-t-elle. "Je n'ai pas entendu votre conversation."
"- Ah, je pensais que tu écoutais. Il a cherché, mais cette maison n'a jamais été mise en vente depuis des décennies. Donc personne n'en a les plans mis à part le notaire qui s'est occupé du dernier héritage. Et les notaires ne sont pas des gens faciles à convaincre…"
"- Dommage. On a toujours notre repérage extérieur."
"- Oui, c'est déjà ça. Tiens, là, ça devrait aller."

Ils se faufilèrent dans une rue minuscule et transplanèrent aussitôt à la cellule. Erika n'était pas fâchée de rentrer. Elle n'aimait pas se promener trop longtemps parmi les Moldus. Cela lui rappelait trop sa cavale après qu'elle ait tué Bellatrix et c'était une partie de son existence qu'elle préférait oublier. Elle s'attabla avec Eric et ils dressèrent les plans de ce qu'ils avaient repéré. Après quoi, Erika s'isola dans sa chambre. Cette journée avait eu un effet très négatif sur son humeur. La nuit devrait suffire à lui permettre de recouvrer sa neutralité coutumière. Tout du moins, l'espérait-elle.

§***§

Remus observait Sirius du coin de l'oeil. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient plus été appariés pour une mission de surveillance. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient plus eu l'occasion ou le temps de discuter tranquillement. Cela faisait un long moment que Remus n'était plus certain de ce qu'il pouvait ou ne pouvait pas dire à son ami. À vrai dire, il ne parvenait plus à lire en lui aussi ouvertement que ces dernières années. Il ne pouvait en nier le côté positif, il avait retrouvé le jeune homme qu'il avait côtoyé avant son incarcération à Azkaban. Mais cela le perturbait également. Sirius avec son plein potentiel était capable du meilleur comme du pire.

"- Je sais que je suis admirable, mais j'apprécierais que tu ne me regardes pas en coin tout le temps," lâcha Sirius en plantant son regard dans celui de Remus avec un sourire accroché à ses lèvres.

S'il ne se trompait pas, Remus était prêt à parier que le Don Juan était de retour et qu'il avait une femme dans sa ligne de mire. Mais pouvait-il en parler? Mettre le sujet sur la table, comme ça, sur le ton de la plaisanterie? Il hésita trop longtemps, le moment était passé, cela sonnerait faux. Alors il ne dit rien, c'était encore préférable.

"- Tu as perdu ta langue, Lunard?" reprit Sirius. "Il fut un temps où tu aurais sauté sur l'occasion…"
"- Quelle occasion?"
"- Celle de me faire savoir que tu uses de Legilimencie de manière illégale sur ma personne."
"- Qu'est-ce qui te ferait penser une chose pareille?"
"- Quand tu parviens à me décoder, c'est l'impression que tu me donnes…"
"- Ah, excuse-moi, je ne savais pas que ça te gênait."

Sirius leva les yeux au ciel et soupira.

"- Je te tends une énorme perche pour me battre et tu te frappes toi-même avec à la place! Tu es impossible! Qu'est-ce que tu as?"
"- Moi? Mais rien…"
"- Allons, pas de ça entre nous. Ouvre-moi ton coeur…"

Remus ne put s'empêcher de sourire devant l'air pathétique réussi de son ami.

"- Bon. Qu'est-ce qui s'est passé avec Erika?"

Un silence. Qui perdura un long moment. Avait-il été trop direct? Sirius avait l'air ennuyé. Mais du diable si Remus en connaissait la raison. Merlin seul savait ce qui était en train de se passer dans la tête de l'animagus.

"- On a rompu," lâcha alors Sirius sur le ton de la conversation.

Remus resta interloqué.

"- Rompu? Vous étiez ensemble?"
"- Enfin, non, on n'était pas ensemble, mais on a tout arrêté avant de franchir le pas."

Le lycanthrope acquiesça. À présent il comprenait la réserve de son ami.

"- Et ça ne t'a pas fait aussi mal que tu le croyais, bien au contraire…" dit-il alors.

Sirius soupira de soulagement. Remus ne put s'empêcher de sourire.

"- Tu croyais que j'allais t'en vouloir pour ça?" demanda-t-il.
"- Ben, tu semblais tellement y croire…"
"- Mais c'est ta vie, Sirius, tu fais ce que tu veux. Je t'ai conseillé dans ton sens parce que tu n'envisageais pas les choses sans elle…"
"- C'est vrai. Mais avoue que tu y croyais!"
"- Oui, quand même. Mais je n'étais pas certain que ça durerait par contre."
"- Espèce de marieuse, va!"

Remus haussa les sourcils, affectant d'être blessé. Puis il afficha un air carnassier.

"- En parlant de ça… tu traînes beaucoup avec Hermione, ces temps-ci…"
"- Quoi? Mais non, on travaille ensemble, c'est différent!"
"- C'est vrai que ce doit être très contraignant…"
"- Non, pas du tout, elle est… Oh, mais c'est pas ce que tu crois!"
"- Je ne crois rien du tout, Sirius… Tu t'enfonces tout seul…"

Remus observa son ami qui cherchait quoi dire pour sa défense. Mais le lycanthrope voyait maintenant très clairement que Sirius avait le béguin pour la jeune fille.

"- Qu'en dit Ron?" lâcha Remus, retournant sciemment le couteau dans la plaie.
"- Hein? Mais j'en sais rien moi… Ils sont ensemble?"
"- Je ne sais pas. Ça a toujours été assez chaotique entre eux, d'après ce que j'ai pu en voir."
"- Pourquoi voudrais-tu que je m'inquiète d'un gamin de vingt ans, de toutes façons?"
"- Parce que tu cours après son éventuelle copine de vingt ans aussi?"
"- Ça y est, je m'en doutais que tu allais la placer, celle-là… Vas-y, lâche ton venin, je vais finir par les choisir au berceau, c'est ça?"
"- Je n'irais pas jusque-là, mais bon, tu dois bien admettre que tu pourrais être son père…"
"- Quoi qu'il en soit, je suis certain qu'elle n'est pas intéressée…"

"- Qui sait… les jeunes actuels sont bizarres…"
"- A qui le dis-tu…"

Ils restèrent silencieux, reprenant leur surveillance. Remus se sentait mieux. Une incompréhension de moins dans son paysage d'inconnues. Mais ce n'était pas parce qu'il avait récupéré une relation normale avec Sirius qu'il pouvait tout lui confier sans crainte. Non pas qu'il ne lui faisait pas confiance. Jamais Sirius ne le trahirait volontairement. Mais il n'avait toujours aucune preuve contre Alice, seulement des soupçons qu'on pouvait imputer à un esprit un peu paranoïaque. Il ne fallait surtout pas inquiéter la jeune fille qui devait sans doute avoir un autre contact au sein de l'Ordre. Un mot de trop et elle ferait encore plus attention à ce qu'elle dirait ou ferait. Non, il devait absolument la coincer seul. Peu importe le temps que cela lui prendrait.

§***§

"- Bonjour Alice."
"- Bonjour Remus. Comment allez-vous?"
"- Bien, et toi?"
"- Ça va."

Encore un nouveau pub. Ils l'avaient trouvé lors de leur dernière rencontre, qu'ils avaient effectuée à l'extérieur sous forme de balade dans les rues du Londres moldu. Alice semblait bien connaître les grandes artères comme les petits coins pittoresques. Il avait abordé ce sujet l'air de ne pas y toucher, cherchant à en savoir plus sur celle qu'il considérait presque complètement comme une ennemie. De cette conversation à bâtons rompus dans un cadre moins "professionnel", il avait appris qu'elle était avant tout une jeune femme assez banale, qui n'avait pas eu une enfance particulière et qui n'avait apparemment rien qui puisse la rattacher indubitablement à un camp ou l'autre. À vrai dire, il était même curieux, au vu de sa nature plutôt ordinaire et calme, qu'elle se soit engagée dans le conflit qui déchirait le monde sorcier de Grande-Bretagne. Peut-être cela avait-il été pour suivre son ami Alexander, qui était quelqu'un de plus impliqué, pour autant que Remus pouvait s'en rappeler.

Il revint au présent pour commander leurs boissons au serveur et reporta son attention sur son vis-à-vis.

"- Je t'écoute Alice, qu'y a-t-il de nouveau pour que tu aies voulu que nous nous revoyions plus tôt que prévu?"

Il eut l'impression de la tirer de ses pensées. Elle semblait préoccupée. Elle prit le temps de choisir ses mots avant de répondre.

"- Et bien, il y a quelque chose qui se trame au manoir," dit-elle finalement.

Il acquiesça, mais n'ajouta rien, attendant patiemment qu'elle formule les choses comme elle le voulait sans lui donner d'éléments qui pourraient lui permettre d'orienter ses propos dans un sens précis. Il ne lui accordait plus aucun crédit, il sentait la trahison et la manipulation émaner d'elle chaque fois qu'elle parlait de sa mission d'infiltration. Pour une secrétaire, elle en savait beaucoup trop. Mais sans preuve, le doute persistait. Au fond de lui, le lycanthrope savait qu'il ne pouvait pas la condamner sur une simple conviction.

"- J'ai entendu une conversation," poursuivit-elle. "C'était au sujet d'une opération à l'étranger."
"- A l'étranger?" feignit d'être surpris Remus. "Voldemort ne se cantonne pas à la Grande-Bretagne?"

Alice sursauta à la mention du nom du mage noir. Remus ne releva pas mais nota ce détail mentalement. Il avait vu un éclair de colère passer dans les yeux de la jeune femme, mais il ne savait pas trop à quoi l'imputer.

"- Non, le sei… Celui-dont-on-doit-pas-prononcer-le-nom a une affaire en cours avec un autre pays… européen je crois."
"- Sur le continent, alors," abonda-t-il dans le sens d'Alice.
"- Oui, mais je ne suis pas sûre du pays…"

Attendait-elle qu'il lui dise ce que l'Ordre en savait? Faisait-elle du contre-espionnage? Mais Severus distillait déjà ce genre d'informations. Et il était fiable. Harry, après Dumbledore, lui faisait confiance. Remus vit un moyen de discréditer la jeune femme tout en renforçant la position du Maître des Potions de Poudlard. Il choisit donc de ne strictement rien révéler à Alice. Ce n'était de toute façon pas nécessaire à sa mission qu'elle sache ce qui se passait au sein de l'Ordre.

"- C'est dommage," dit-il. "Cette information aurait été bien utile. C'est pour bientôt?"
"- Quoi donc?"
"- L'opération dont tu parlais."
"- Ah oui. Et bien, je ne suis pas sûre, mais ce n'est pas un projet à très long terme, de ça je suis certaine."
"- Très bien. Peux-tu m'en dire davantage sur le sujet?"

Elle fit mine de réfléchir. Pour Remus, elle était plutôt en train de peser le pour et le contre de ce qu'elle allait avancer ou pas.

"- Je crois que les Mangemorts ont pour mission d'empêcher l'Ordre de récupérer quelque chose qui serait caché dans ce pays."
"- Que savent-ils?"
"- On dirait qu'ils sont persuadés que vous savez où chercher."
"- Il nous suffira donc de les suivre pour trouver ce qu'ils doivent garder caché… Bien joué Alice. Merci."

Un air déçu passa furtivement sur les traits de la jeune femme. Il avait bien joué. C'était peu, mais il était fier de lui. Ainsi donc, chaque camp tentait de se jouer de l'autre en minimisant ce qu'il savait pour obtenir un maximum de confirmations. Si le seul pion des Mangemorts à jouer sur ce plan était Alice, l'Ordre restait gagnant avec Severus dans ses rangs. Soudain, une faille se révéla à l'esprit de Remus. Si Alice était bien une traîtresse, la position de Severus était compromise.

"- Vous semblez soucieux," remarqua la jeune femme.
"- Pardon? Oh, non, il y a des périodes où je suis plus distrait qu'à l'habitude, ne t'inquiète pas."

Si elle savait pour sa condition de loup-garou, l'allusion lui paraîtrait évidente. Sinon, tant pis pour elle. Il demanda la note au serveur et se fit un devoir de la régler pour tous les deux. Lorsqu'ils se quittèrent, Remus n'avait plus qu'une idée en tête. Trouver un moyen de prévenir Severus. Mais ce ne serait pas facile, voire même impossible, car ils ne devaient se recroiser qu'en France, et ils ne seraient pas dans le même camp. Toute cette opération de récupération sentait de plus en plus le soufre et cela ne lui plaisait pas du tout.

§***§

Lucius prit un air hautain tandis que Severus tentait de lui expliquer le pourquoi du comment il devait s'y prendre avec l'Ordre pour garder leur confiance tout en leur faisant croire qu'ils étaient sur une fausse piste.

"- Je ne vois pas pourquoi tu prends autant de précautions. Après tout, ce n'est pas comme si tu leur devais quelque chose…"

Severus soupira.

"- L'intérêt d'un espion, c'est qu'il soit utile. Si je ne leur rapporte que de mauvaises informations, ils ne me trouveront plus aucune utilité. Ils pourraient même remettre en doute ma loyauté envers eux. Cela nous desservirait grandement si plus personne ne pouvait espionner Potter et sa clique d'aussi près que je le fais actuellement."
"- Hm, ça se défend… Mais pourquoi me parles-tu de tout ça maintenant? Tu as rempli tes missions successives auprès du Seigneur des Ténèbres sans y laisser ta peau jusqu'à présent. Qu'est-ce qui a changé? Aurais-tu besoin de mon aide?"
"- Je ne suis pas certain que le Maître appréciera la nouvelle quand il apprendra que l'Ordre a quand même décidé d'intervenir en France malgré mes tentatives répétées pour l'en dissuader…"
"- Ne pas l'apprécier est un doux euphémisme, Severus…"

Lucius marqua une pause, puis reprit.

"- Mais si tu crois que je vais attirer ses foudres à mon endroit pour te soulager la conscience, tu te fourvoies."
"- Je m'en doutais un peu," répliqua Severus, cynique. "Ce n'est pas le but de mon propos. Je pense avoir trouvé le moyen de tourner cette incursion à notre avantage."
"- Si c'est le cas, pourquoi t'en fais-tu?"
"- Je ne m'en fais pas, je souhaite simplement soumettre mon idée au grand tacticien que tu es…"
"- La flatterie est toujours agréable à recevoir, Severus, mais je sais reconnaître quand elle cache quelque chose d'autre que de la peur ou de la soumission."
"- J'ai besoin d'un appui pour présenter cette idée au Seigneur des Ténèbres. Si tu la trouves réalisable et intéressante à appliquer, ton argumentation soutiendra mon rapport et nous y gagnerons tous les deux."

Lucius fronça les sourcils, réfléchissant.

"- Je ne vois pas ce que tu retires de cet arrangement," dit-il finalement.
"- C'est évident," lâcha Severus d'un ton badin. "Pendant que tu t'attires les faveurs du Maître en apportant la solution au problème posé par Potter et sa bande, il oublie que je lui ai annoncé une mauvaise nouvelle et je ne devrai pas subir une énième salve de Doloris ce mois-ci."
"- Pourquoi pas, mais tu pourrais t'attirer les faveurs du Seigneur des Ténèbres en proposant toi-même ta propre solution."
"- Si on dissocie la bonne nouvelle de la mauvaise en l'apportant par un messager différent, cela permet d'oublier plus facilement qu'il y a eu du négatif à l'origine du positif. Même si mon idée agrée le Maître, il me fera payer mon échec d'une manière ou d'une autre. Tandis que si c'est toi qui lui annonces qu'il y a une solution, il se montrera peut-être plus magnanime à mon égard."

Lucius sourit.

"- Mon cher Severus, tu as un esprit si retord que je ne m'étonne plus de la confiance que le Maître t'accorde. S'il y en a un qui peut mener l'Ordre par le bout du nez, c'est bien toi. Si ce n'était pour cet obstiné de Potter, tu serais bien capable de les rendre totalement inefficaces tous autant qu'ils sont!"
"- Mais Potter et ses petits Gryffondor loyaux ne l'entendent pas de cette oreille…"
"- Dommage pour toi…"

Severus acquiesça, se permettant d'afficher un petit air exaspéré. Il ne lui était toujours pas devenu difficile de le faire quand il songeait à Potter. La force de l'habitude, sans doute. Et puis, ce gamin resterait toujours exaspérant…

"- Très bien, Severus," reprit Lucius. "Ton plan me plaît. Présente-moi cette idée que tu as eue pour transformer ton échec en réussite."

Le Maître des Potions se retint de hausser les yeux au ciel. Son échec… Si seulement il savait à quel point la situation était inverse de ce qu'il croyait qu'elle était…

"- Le principe est de profiter de ce que l'Ordre veut nous tendre une embuscade en France pour retourner leur plan contre eux… On leur fait croire qu'on tombe dans leur piège, et c'est le nôtre qui se referme sur eux."
"- J'ai déjà entendu ça quelque part…"

Severus haussa les épaules.

"- Ce n'est pas parce que c'était une traîtresse que le plan qu'elle voulait mettre au point ne peut pas être utilisé à notre avantage… Et cette fois, il ne sera pas présenté par une étrangère, mais par une personne sûre."
"- Hm, peut-être… Bien, retrouve-moi dans deux heures au Manoir, nous peaufinerons les détails là-bas et je déciderai alors si cela vaut la peine d'être mis en branle."
"- Parfait."

Les deux hommes se quittèrent. Severus transplana près de Poudlard et retourna dans ses quartiers. S'il parvenait à ses fins, la partie allait être difficile à jouer, mais pas impossible à gagner. Il soupira en s'affalant dans son fauteuil. Erika avait eu une excellente idée, il était temps qu'elle soit mise en application. Mais cette fois, toutes les parties concernées seraient au courant de leur rôle. Cependant, quelle qu'en soit l'issue, il serait perdant.

§***§

Erika soupira pour la énième fois de la soirée. Jetant un coup d'oeil alentour, elle put constater qu'elle n'était pas la seule à n'aspirer qu'à une seule chose, son lit. Ils étaient fatigués au-delà du possible, ayant renforcé leurs entraînements tout au long de la semaine qui venait de s'écouler. Bien qu'ils aient encore des difficultés pour les sorts de Défense de plus haut vol, les membres de la cellule étaient tous devenus des duellistes aguerris. Mais malgré que Bertrand ait insisté à plusieurs reprises - ce qui leur avait valu leur lot de disputes glaciales - Erika refusait toujours de leur enseigner l'attaque. Elle en savait beaucoup de par sa tradition familiale pendant son enfance et ses relations mal placées qui s'en étaient suivies. Cependant, elle restait persuadée que la Marque donnerait une teinte de magie noire à tout sort ayant la possibilité d'être utilisé à de mauvaises fins. Et même si ce n'était pas le cas, il y avait quand même une grande probabilité pour que cela attire l'attention du Seigneur des Ténèbres, ce qu'elle ne souhaitait absolument pas.

Mais pour ce soir, ce n'était pas la question de l'entraînement qui marquait le désaccord entre Bertrand et elle. Il voulait que tous les détails de l'opération soient revus encore une fois. Erika trouvait qu'une bonne nuit de sommeil serait plus productive que de ressasser encore ce que tous savaient parfaitement à présent. Merlin savait qu'ils y avaient passé du temps en plus de leurs entraînements. Pourtant, Bertrand avait insisté, et borné comme il pouvait l'être, il persistait dans son entreprise de rappel bien que la moitié de son public n'était déjà plus capable de lui accorder sa pleine attention.

Erika leva les yeux vers l'horloge. Il était déjà bien tard. Le lendemain - en fait c'était déjà le lendemain, plus de minuit - à l'aurore, ils seraient tous sur le pied de guerre. Cette fois, Erika s'était préparée. Il était hors de question qu'elle se retrouve confrontée à la même situation que lors de leur précédente opération commune avec l'Ordre. Elle avait ouï dire qu'il y en avait eu d'autres avec des cellules françaises d'autres endroits et le bilan était généralement au moins aussi catastrophique qu'il ne l'avait été pour eux. Les Français étaient vraiment mal préparés pour ce genre d'interventions, mais il fallait leur reconnaître un courage à toute épreuve. C'est pourquoi, malgré le fait que Bertrand et elle s'étaient assurés que les jeunes seraient plus à même de se défendre cette fois, Erika avait pris soin de lire un maximum de choses à propos de Médicomagie et de s'entraîner à en mettre une majorité en pratique.

"- Erika, c'est là que tu interviens…"

La mention de son nom attira son attention. Que venait de dire Bertrand, au juste? Il en était déjà à la fin? Elle avait vraiment beaucoup décroché.

"- Je crois que tu dors debout, comme la plupart d'entre vous," reprit Bertrand, "alors je vais répéter maintenant que j'ai ton attention. Quand je t'enverrai un signal dont nous allons convenir juste après, tu transplaneras près de moi."
"- Pardon? En pleine bataille? Au vu et au su des deux camps?"
"- Exactement."
"- Bien que cela ne me déplairait pas de participer, il est hors de question de griller ma couverture," rétorqua-t-elle. "En plus, je me suis préparée pour accueillir les blessés correctement."
"- Ça tombe bien, tu pourras mettre en pratique sur place après la bataille. Mais il y en a suffisamment d'entre nous qui doivent rester en arrière et qui pourront tenir ce rôle ici. On a besoin de tes compétences sur place. L'élément de surprise sera un atout non négligeable. Tes amis de l'Ordre se sentiront davantage soutenus et nos ennemis seront très probablement désarçonnés. Ça peut jouer en notre faveur."

Erika se retint de formuler à voix haute ce qui lui traversa l'esprit alors que Bertrand lui décrivait les effets positifs de cette apparition. Severus serait présent. Mais dans l'autre camp. Quelles conséquences pour lui aurait sa présence soudaine dans cette bataille? Elle se secoua mentalement. Elle ne devait pas y songer. Rester concentrée sur leur objectif. Bertrand continua son rappel, mais il ne restait plus grand chose à dire. Bientôt la pièce se vida pour ne plus que les laisser seuls.

"- Va dormir," lui intima Bertrand.
"- Et notre signal convenu?"
"- Il n'y en a pas."
"- Comment ça?"
"- Tu viens avec nous, mais tu restes planquée. Tu transplaneras au milieu du groupe quand tu voudras. Et si besoin est."

Elle fronça les sourcils, forçant ses méninges à travailler contre leur gré.

"- C'était prévu dès le début?"
"- Oui. C'est important pour eux."

Il fit un signe du menton pour désigner l'étage. Elle soupira. Peut-être qu'elle pourrait se permettre de ne risquer la vie de personne. Peut-être.

"- Merci," dit-elle.
"- Pour?"
"- Me donner l'opportunité de garder ma couverture. Même si ce ne sera sûrement pas le cas…"
"- Qui sait?"
"- Ils sont trop déterminés, trop malsains pour ne pas faire de sérieux dégâts même s'ils sont fichus…"
"- Je sais."
"- Bien sûr que tu sais. Comment fais-tu?"
"- Quoi donc?"
"- Pour continuer?"

Il ne répondit pas tout de suite, son regard devenant flou pendant un instant.

"- Une vie à venger," dit-il enfin tout bas.

Erika acquiesça. C'était la meilleure des raisons. La seule qui puisse donner autant d'énergie. La seule qu'ils pouvaient tous partager. Dans quelques heures, la journée serait marquée du sceau de la vengeance. Quelle qu'en soit l'issue.


NdA: Me revoilà! Après une rentrée compliquée avec les enfants et des difficultés à trouver un nouveau rythme de vie de croisière, enchaînées par un NaNo pas évident à suivre, je suis de nouveau parée pour publier régulièrement! Voici donc le chapitre 14! Avez-vous aimé? N'hésitez pas à me livrer vos commentaires et questionnements en review! On se retrouve après la nouvelle année pour des choses sérieuses, une bataille à remporter! D'ici-là je vous souhaite une excellente fin d'année et de joyeuses fêtes!