Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
Chapitre 15 - La coupe
"- Tu ne vas pas me dire qu'ils ne nous attendaient pas!" hurla Sirius pour couvrir le bruit assourdissant de déchirement que les sorts faisaient en continu, fusant de partout.
Remus conjura un Protego rapide pour empêcher un sort de les atteindre. Il le sentit vibrer violemment au moment où il absorbait le maléfice avant de disparaître dans une gerbe d'étincelles.
"- Bien sûr que non!" répondit-il en criant à Sirius. "C'est normal, on vient leur reprendre un Horcruxe!"
Ils se baissèrent tous les deux instinctivement en enfonçant la tête dans les épaules alors que l'abri de fortune derrière lequel ils se trouvaient tremblait sous l'impact d'un sort certainement destiné à faire mal. En silence, bien que ce fût une notion toute relative, ce n'était pas parce qu'ils ne parlaient pas qu'il n'y avait pas de bruit, ils échangèrent des tirs avec les Mangemorts et leurs équivalents français qui semblaient les dépasser largement en nombre. Voldemort voulait éliminer l'Ordre une bonne fois pour toute, et il n'aurait pas pu s'y prendre mieux pour parvenir à ses fins. Cependant, il ne savait pas qu'ils avaient un atout dans leur manche. Ils avaient pu se préparer aussi bien qu'on pouvait l'être pour ce genre de mission semi-suicide, bien décidés à repartir avec ce qu'ils étaient venus chercher.
"- Tout ça c'est de la faute de Rogue!" pesta Sirius.
"- Ne dis pas n'importe quoi. Sans lui, nous n'aurions pas eu l'ombre d'une chance…"
"- Parce que tu trouves qu'à un contre cinq on a une chance?"
"- Oui."
Nouveau silence relatif. Nouvel échange de tirs.
"- Loin de moi l'idée de te trouver trop optimiste, mais je pense qu'on est mal barrés," reprit Sirius pendant l'accalmie qui suivit.
"- Pense autre chose alors. Penser et être sont très différents…"
"- Alors je t'annonce qu'on est mal barrés… Remus!"
Le lycanthrope se sentit poussé sur le côté avec violence tandis que leur abri de fortune explosait vers l'endroit où ils se trouvaient quelques secondes plus tôt. Légèrement sonné par le choc, il reprit pleinement pied dans la réalité quand il sentit une odeur de chien caractéristique. Sirius avait le poil plus noir que jamais et il grondait contre leurs assaillants. Remus roula sur lui-même, serrant fermement sa baguette dans sa main.
"- On va les avoir," dit-il au grand chien noir qui se tenait tout à côté de lui.
Sirius se remit à grogner. C'était leur ancien code, du temps où ils n'étaient que des gosses qui jouaient dehors pendant les vacances. C'était le moment où, après avoir été malmenés par des ennemis imaginaires, les deux garçons se jetaient à corps perdu dans la bagarre et pulvérisaient leurs assaillants avec brio. Parfois, quand James avait terminé de faire réviser Peter, ils étaient quatre à défendre les bons contre les méchants. Remus serra les dents. Les bons, les méchants, tout cela était très relatif au final. La traîtrise faisait loi. Il avisa les quatre Mangemorts masqués qui se dirigeaient vers eux, persuadés de ne plus avoir qu'à achever leurs cibles. Comme ils se trompaient…
Sirius bondit sur le premier de leurs ennemis, lui arrachant sa baguette au passage. La diversion était parfaite pour que Remus puisse assommer le plus éloigné par un sort bien placé. Tandis que l'animagus terminait de déchiqueter sa cible - Remus ne préférait pas penser à l'issue de ce combat au corps à corps contre un énorme chien animé par un esprit trop humain - le lycanthrope se chargea des deux derniers Mangemorts qui étaient sans doute trop ahuris pour réagir efficacement. L'un d'entre eux rejoignit son collègue déjà envoyé au tapis, mais l'autre reprit ses esprits et ne se laissa pas faire aussi facilement. Un duel acharné s'engagea. Remus n'avait pas le temps de penser. Les sorts s'enchaînaient, prononcés ou informulés, plus ou moins intenses, agressifs ou défensifs, mais jamais il ne parvenait à prendre le dessus contre le serviteur de Voldemort, pas plus que ce dernier n'était capable de dominer Remus. Si cela perdurait, ce serait à l'épuisement que l'un des deux remporterait le duel. Cela n'était même pas envisageable, sinon il perdrait. La lune était montante, elle lui drainait une partie de son énergie pour préparer cette damnée transformation. Il se sentait déjà faiblir. Il inspira profondément et donna tout ce qu'il pouvait dans le sort d'expulsion qu'il lança à son adversaire. Qui esquiva. Sirius avait raison, il était mal barré. D'autant plus qu'il se sentit incapable de parer le sort de contre-attaque que le Mangemort lui lança. Oh, il leva bien sa baguette pour tenter de formuler un Protego, mais dans le même temps il repensa aux trop rares bonnes choses qui avaient pavé sa vie. Alors qu'il commençait à les énumérer, une énorme gerbe d'étincelles explosa devant lui et Sirius surgit de nulle part pour envoyer le Mangemort dans l'autre monde. Remus trouva le moyen de penser au fait que si lui se préoccupait essentiellement de mettre ses ennemis hors d'état de nuire, Sirius n'avait pas ce genre de considération. L'animagus les éliminait purement et simplement.
"- Remus, va t'abriter!"
L'injonction mit un moment à percuter dans son esprit embrumé.
"- Quoi?"
"- Dégage, Remus!" hurla Sirius. "Tu es blessé, tu ne peux plus te battre, la voie est libre par là, va te cacher!"
Le lycanthrope regarda dans la direction que son ami avait désignée. Effectivement, il ne semblait pas y avoir d'ennemis par là. Mais il ne pouvait pas l'abandonner. Il tourna la tête pour expliquer à Sirius qu'il comptait bien rester sur le champ de bataille qu'était devenue la propriété si tranquille qu'ils avaient abordée, mais l'animagus le prit de vitesse.
"- N'y pense même pas! Tu t'en vas, tout de suite! Ton bras!"
Remus se décida à regarder le membre que Sirius lui montra et qui lui semblait être un peu gourd. Ce n'était pas étonnant. Le peu de vêtement déchiré qui recouvrait encore son bras gauche était gorgé de sang qui maculait tout autant la peau dessous. Sale blessure. L'espoir de pouvoir garder son bras s'il se sortait vivant de ce bourbier dans lequel ils s'étaient tous enlisés lui traversa l'esprit de manière fugace. Il accrocha le regard de Sirius.
"- Fais attention, Patmol…"
Sentant probablement la tension que Remus avait mise dans ces mots, Sirius lui rendit son regard et lui répondit avec la même intonation grave.
"- Toi aussi, Lunard…"
§***§
"- Harry, attention!"
Le cri d'Hermione lui parvint assourdi par les bruits de la bataille qui avait pris une énorme ampleur à l'extérieur du bâtiment. Ils venaient de franchir le seuil après s'être débarrassé des deux alliés des Mangemorts qui étaient restés à l'intérieur quand la diversion avait été lancée. Le Horcruxe n'avait pas été difficile à trouver. La coupe de Poufsouffle trônait au milieu du salon, ils n'avaient même pas eu besoin de monter à l'étage. Et l'aura de magie noire qui s'en dégageait ne laisser planer aucun doute sur l'éventualité d'une copie, bien qu'Hermione avait insisté pour utiliser un sort de vérification. La rapidité avec laquelle ils étaient entrés et sortis ne laissait donc pas présager une telle dégradation de la situation à l'extérieur. Néanmoins, avec Hermione et Ron à ses côtés, Harry se sentait invincible. C'est pourquoi la décharge d'adrénaline qui se répandit dans ses veines fut très intense quand un tir de baguette le frôla in extremis alors qu'il se baissait rapidement pour l'éviter. Leurs ennemis semblaient déchaînés et en surnombre. Ce n'était pas bon. Un rapide coup d'oeil à la configuration et Harry comprit que les siens étaient en danger. Il avisa un groupe de Mangemorts qui s'acharnaient sur des jeunes Français et s'apprêtait à aller rééquilibrer les forces quand une poigne de fer le retint par le bras.
"- Harry, n'y va pas!"
Il se retourna avec colère.
"- Je dois y aller, Ron! C'est à cause de moi s'ils risquent de se faire tuer!"
"- Non, c'est pour ce truc, là, pour que tu le détruises!"
Ron désignait la coupe. Harry posa son regard sur l'Horcruxe et se sentit happé l'espace d'une seconde par l'objet maléfique. Quand il releva les yeux, Ron le couvrait aux côtés d'Hermione. Non, il ne pouvait pas les abandonner. Pas plus que tous les autres sorciers qui se battaient juste là. Il n'était pas indispensable et d'autres que lui parviendraient bien à détruire cet Horcruxe. Une baguette de plus pouvait faire la différence. Il se plaça donc entre ses deux amis, comblant l'espace vide qu'ils n'avaient pas l'habitude de devoir boucher. Il eut juste le temps d'apercevoir la moue réprobatrice d'Hermione avant de répliquer à une attaque. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que sa présence n'attire les ennemis et bientôt ils se retrouvèrent légèrement débordés. Mais cela ne dura pas éternellement, car leurs alliés étant soulagés, ils vinrent bien vite à leur rescousse. La tendance ne s'inversa pas vraiment, mais la bataille semblait plus rangée qu'avant. Cela le fit serrer les dents, mais un groupe qui se battait avait besoin d'un élément fédérateur, et qu'il le veuille ou non, c'était lui cet élément. Pourtant, tout le monde n'était pas d'accord avec son interprétation des choses. Sirius surgit de nulle part devant lui. Entouré comme l'était déjà Harry, il n'eut plus l'occasion d'intervenir dans l'échauffourée, et l'animagus se chargea des ennemis qui lui faisaient directement face. Après quoi, ses mouvements l'obligèrent à reculer. Encore et encore. Jusque dans le bâtiment même. La colère de Harry monta dans les tours au fur et à mesure que son parrain le faisait quitter la bataille sans possibilité de s'y soustraire. Dès que Sirius se tourna enfin vers lui, il l'apostropha:
"- Et qu'est-ce que tu crois faire, tu peux me dire?"
"- Je sauve l'Ordre et la Résistance!"
"- Quoi? Mais ils ont besoin de moi! Et de toi, ça fait deux personnes de moins qui se battent pour les autres pendant qu'on discute sur des considérations douteuses!"
"- Douteuses? Harry, des fois, tu es le jeune homme le plus stupide que je connaisse!"
"- Stupide, moi? Tu peux bien parler, à toujours foncer tête baissée!"
"- Mais cela ne concerne jamais que moi, Harry! Toi, tu es le pilier de notre mouvement!"
"- C'est ça, et Dumbledore avant moi! Pourtant il n'est plus là et son Ordre est toujours debout!"
"- Mais après toi, il n'y a personne! Après Dumbledore, il ne pouvait y avoir que toi! Sans toi, tout serait déjà fini, et tu le sais!"
"- Et bien raison de plus pour aider tous ceux qui me suivent!"
"- En te faisant tuer? Bravo, bien réfléchi!"
"- Tu as une meilleure solution pour leur donner du courage, sans doute!"
"- Oui, savoir que la mission est un succès!"
"- C'est le cas!"
"- Non! Si tu tombes, tout le monde tombe, et tout s'arrêtera là! Tu crois qu'on se bat pour rien? On te couvre, pour que tu puisses décamper avec cette saloperie et la détruire bien à l'abri! Tu crois que ceux qui survivront seront heureux de savoir que leurs amis sont morts avec toi pour rien?"
Les propos de son parrain donnèrent une gifle virtuelle monumentale à Harry. L'animagus avait raison, en partie en tous cas. C'est là qu'il réalisa que Sirius était salement amoché. Du sang coulait de sa tempe gauche et des ecchymoses couvraient une bonne partie de son visage. Quant au reste de son corps, il n'était pas très vaillant, avec des morceaux de vêtements déchirés et de la suie couvrant les parties du corps exposées. Les explosions étaient courantes dans de telles batailles. Souvent des morceaux finissaient par flamber. Le feu devenait alors un ennemi supplémentaire pour tous. L'idée tourna un moment dans sa tête.
"- Le feudaymon!"
"- Quoi?"
Harry se rendit compte que Sirius n'avait pas pu suivre son cheminement d'idées.
"- Il faut que l'un d'entre nous lance un feudaymon contrôlé sur eux!"
"- Harry, tu es blessé?"
"- Hein? Mais non, je suis très sérieux!"
"- Un feudaymon, ça ne se contrôle pas par définition!"
"- Mais si, j'ai lu quelque part que c'était possible!"
"- Alors personne ne peut le faire parmi nous!"
"- Et les Français?"
"- Tu as vu leur niveau, certainement pas…"
"- Il faut essayer, il y en aura au moins un qui pourra le tenter…"
"- C'est trop risqué…"
"- C'est tout l'intérêt! C'est triste à dire, mais celui qui le fera couvrira la retraite de tous les autres! Et si ça marche, il parviendra aussi à se sauver!"
"- C'est insensé… mais ça peut marcher…"
"- Allons-y!"
"- Non! Toi tu restes ici et tu transplanes au QG avec l'horreur à détruire!"
"- Mais…"
"- Pas de mais! On s'en sortira bien! T'as joué ton rôle de chef, t'as fait ce qu'il fallait et même plus, alors tu t'en vas maintenant!"
Sirius était enragé. Il semblait prêt à l'assommer et le ramener au QG lui-même s'il le fallait, alors Harry se rangea à la voix de la raison et s'en alla.
§***§
Sirius s'était précipité à l'extérieur du bâtiment dès que Harry s'était enfin décidé à vider les lieux. La situation était vraiment catastrophique. L'idée de Harry était complètement folle. Mais il avait raison sur un point. Si peu de temps que le lanceur du sort maintiendrait le contact avec sa création, ce serait ça de gagné pour les membres de l'Ordre et de la Résistance. D'autant plus que depuis que Harry avait rallié les troupes à ses côtés, il serait plus simple de contenir leurs ennemis qui n'étaient plus dispersés. C'était vraiment envisageable. Mais qui serait assez fou pour accepter de lancer ce maudit sort et d'hypothéquer sa survie? Sans doute une grande partie des membres de l'Ordre. Et d'après l'acharnement que démontraient les Français, eux aussi se sacrifieraient sans hésiter. Non, il ne pouvait pas prendre le fardeau du choix de qui irait au suicide. Il ne lui restait donc plus qu'à le lancer lui-même. Et advienne que pourra. Finalement, de tous les membres de l'Ordre, il était certainement le plus apte à former correctement un feudaymon. Mais il lui faudrait canaliser une grande quantité d'énergie magique. Et il en avait déjà consommé beaucoup.
Tout à coup, un éclair vert passa au travers de ses alliés. Ça y était, les Mangemorts et leurs petits copains passaient aux choses sérieuses. Ils devaient se dire que rassemblés comme l'étaient leurs ennemis, tirer dans le tas ne pourrait avoir que des résultats positifs. Il fallait qu'il passe à l'action. Mais il était à l'arrière. Jamais il ne pourrait risquer de conjurer un feudaymon en espérant passer par-dessus des lignes amies. Il fallait qu'il retourne à l'avant. Mais quelque chose semblait enrayé dans ses muscles qui refusaient de se mettre en mouvement. Il était sorti du combat pendant le court moment où il avait pris sur lui de convaincre Harry de partir. Toute l'adrénaline qui irriguait son corps avait disparu. Il ne pouvait s'empêcher de balayer le champ de bataille du regard et d'être dégoûté par ce qu'il voyait. Du sang, des hurlements, des éclairs magiques de toutes les couleurs avec à présent une dominante verte, du feu qui commençait à poindre un peu partout entre les combattants avec tous les matériaux inflammables qui explosaient, et une odeur de mort qui commençait à planer. Cette odeur était inqualifiable. Sans doute avait-elle une nuance différente pour chacun. Il était incapable de la décrire, il la ressentait presque au plus profond de lui. C'était viscéral. Cela lui donnait presque envie de fuir. C'était le chien qui pensait pour lui, son cerveau refusait de fonctionner correctement. Il ne pouvait plus le nier, il avait peur. Peur que sa vie s'arrête là. Peur de la risquer pour les autres, même s'il était prêt à le faire. Peur de se rater et de menacer la vie de ceux-là même qu'il voulait sauver. Oui, il avait peur. Et cette prise de conscience fut le démarrage du moteur qui restait enrayé jusque-là.
Jouant des coudes, Sirius progressa parmi ses amis et alliés. Animé d'une sorte d'espoir fou de parvenir à la victoire malgré toutes les embûches qui en parsemaient le chemin, il se sentit investi d'une mission. Il ne pouvait pas flancher, il devait les protéger. Au fur et à mesure qu'il progressait, il lançait des sorts à tout-va dans le but de soutenir son camp du mieux qu'il le pouvait. Son dernier baroud d'honneur si par malheur il ne devait pas s'en sortir vivant. Il fonctionnait pratiquement à l'instinct, concentré sur son objectif. Quand il parvenait à parler à quelqu'un, il répétait chaque fois la même chose:
"- Mettez de la distance, faites-les reculer…"
La réaction était toujours interloquée, mais il n'avait pas le temps d'expliquer, il ne pouvait qu'avancer. Et bientôt, il se retrouva en première ligne. Et voilà, il y était. Curieusement, le chemin qu'il s'était frayé parmi les siens l'avait conduit auprès de Ron Weasley. Le rouquin se démenait comme le lion qu'il était, avec un succès mitigé mais qui le maintenait en vie ainsi que ceux qui l'entouraient. Il se battit à ses côtés pendant un moment, puis il lui donna sa dernière consigne.
"- Couvre-moi, puis fais reculer tout le monde et foutez le camp!"
"- Quoi? Pourquoi?"
"- Fais-le! Et occupe-toi bien d'elle…"
Alors, sans se retourner, il avança vers une mort presque certaine. Comment il évita la tonne de sorts qui fusèrent vers la cible facile qu'il présentait, il ne le saurait sans doute jamais. Il le devait certainement à Ron et ceux qui étaient avec lui. Quand il jugea qu'il était à bonne distance, il tendit sa baguette et formula l'incantation du feudaymon. Des braises se formèrent doucement au bout de sa baguette, prenant le temps de se nourrir de sa magie qu'il sentait être drainée depuis son centre magique par son bras vers le bout de bois qui l'avait tant servi. Instinctivement, il pressentait que sa baguette n'agirait plus jamais de la même façon après ça. Si seulement il y avait un après. Les braises commencèrent à s'enflammer, s'alimentant toujours, gagnant en puissance et en taille. Maintenant que le sort était entamé, Sirius se permit de regarder ses ennemis. Une certaine satisfaction le traversa quand il vit l'air effrayé qu'affichaient la plupart des opposants. Certains prenaient déjà la fuite. Alors il transmit ses ordres au feudaymon par le lien qu'il continuait de garder avec le sort qui n'avait pas fini d'être incanté. Le feu magique se précipita sur les serviteurs des mages noirs et commença à les encercler à une vitesse fulgurante. Sirius connaissait la théorie concernant cette magie particulière. Mais la pratique n'avait certainement jamais été à l'ordre du jour pour lui. Jusqu'à présent. Quand on disait que le sort vivait, on ne mentait pas. Le feudaymon réclamait son indépendance. C'est là que l'animagus sentit qu'il avait perdu la partie.
§***§
Erika piétinait d'impatience. Sous Sortilège de Désillusion et dissimulée derrière les arbres qui bordaient les limites de la propriété, elle assistait impuissante à la décimation lente mais effective de ses amis. Bertrand lui avait encore répété de ne pas intervenir à moins de pouvoir faire pencher la balance en leur faveur à coup sûr. Et bien que l'envie de ne pas rester en retrait la tenaillait, jamais cette possibilité ne s'était encore présentée. Chaque fois que la distance lui permettait d'apercevoir plus clairement un des membres de l'Ordre ou de la Résistance en difficulté, sa raison commandait à ses impulsions de se taire. Se jeter dans la mêlée pour peut-être mourir sans apporter une victoire certaine ne serait d'aucune utilité.
Quand elle avait cru comprendre que les échanges par groupuscules s'étaient transformés en bataille rangée, elle avait failli transplaner auprès de Bertrand. Mais en comparant les deux camps, elle avait vite réalisé que les Mangemorts et leurs alliés français étaient largement supérieurs en nombre à leurs adversaires. Une seule baguette de plus ne ferait pas la différence. Et plus le temps s'écoulait, plus les siens reculaient, se retrouvant bientôt pris entre leurs ennemis et la bâtisse derrière eux. Comment une telle configuration avait-elle pu se mettre en place alors qu'ils étaient censés être les assaillants?
Erika secoua la tête, toujours impuissante. Elle ne voulait pas voir ce massacre, mais elle n'était pas folle au point de préférer mourir à la place. Comme elle ne pouvait toutefois pas se résoudre à les abandonner, elle restait là et continuait de regarder.
Et puis, elle vit un sorcier de l'Ordre ou de la Résistance avancer dans le no-man's land entre les deux camps, couverts par les autres. Dans le même temps, leurs lignes arrières se vidaient. Une diversion. Ils en étaient au point de se sacrifier pour la survie des autres. C'était très noble, mais ce ne serait pas efficace longtemps. Combien pourraient être sauvés de la sorte, la moitié? Quelle opération catastrophique. Alors le feu commença à se répandre. Il n'y avait pas déjà assez de sources de mort pour que cet élément destructeur ne décide de rejoindre la partie. Mais quelque chose clochait avec ce feu. Il se déplaçait de manière très structurée. Et surtout contre le vent.
"- Merlin, un Feudaymon!" ne put-elle s'empêcher de souffler.
Personne parmi eux n'était capable de maîtriser un tel sortilège. La Magie noire dont il se nourrissait était essentielle pour le contrôler. Quel était l'idiot qui avait eu cette mauvaise idée? Et qui était assez fou pour oser le lancer? Il ne s'arrêterait que quand il n'aurait plus rien à brûler.
Sachant qu'elle était toujours sous Sortilège de Désillusion, elle avança vers le champ de bataille. Les traits de ses alliés se précisaient au fur et à mesure de sa progression. Jusqu'à ce qu'elle le voie.
"- Abruti de Gryffondor!" jura-t-elle entre ses dents.
Sans réfléchir, elle transplana aussitôt à côté de lui et annula sa Désillusion. Elle vit Sirius sursauter quand elle apparut à côté de lui. Il semblait ailleurs et mit un certain temps avant de parvenir à se focaliser sur elle.
"- Erika?" demanda-t-il d'un ton incertain, comme s'il voyait un fantôme.
Elle ne prit pas la peine de confirmer.
"- Qu'est-ce qui t'a pris, Sirius? Tu veux mourir?" s'emporta-t-elle.
"- C'était le seul moyen," répliqua-t-il toujours sur le même ton incertain.
Erika jeta un coup d'oeil à leurs ennemis. Désorganisés, ils couraient dans tous les sens pour échapper au feu. Le feu qui se propageait seul. Sirius avait visiblement perdu le contrôle du Feudaymon.
"- Donne-moi ta baguette!" exigea-t-elle.
"- Quoi?"
Elle lui tendit sa propre baguette.
"- Prends ma baguette pour te défendre au cas où et donne-moi la tienne. Je vais gérer."
"- Non, Erika, non, va-t-en, c'est à moi de le faire…"
"- Certainement pas, tu n'en es pas capable. Maintenant, fiche-le-camp!
Elle effectua l'échange de baguettes elle-même. Au moment où elle attrapait celle de Sirius, elle sentit une connexion s'établir entre son bras et le bout de bois magique, et le Feudaymon s'intensifia d'un coup. Au temps pour la gestion.
"- Allez, Sirius, va aider les autres! Et je veux ma baguette au QG ce soir!"
Le ton était ferme, mais la puissance magique que le Feudaymon drainait à présent avait fait légèrement trembler sa voix. Concentrée sur le fait de reprendre la contrôle du Sortilège, Erika ne regardait plus Sirius. Comme elle ne l'entendait plus, elle supposa qu'il était parti. Puis elle sentit une main se poser sur son épaule.
"- Tu peux y arriver," lui murmura Sirius.
Pendant une fraction de seconde, elle eut l'impression qu'ils étaient dans une bulle de calme au milieu du chaos qui les entourait. Dans l'oeil du cyclone.
"- Je veux récupérer ma baguette ce soir!" lui ordonna-t-il comme elle l'avait fait plus tôt.
Il s'éloigna rapidement et le bruit revint, assourdissant. Erika inspira profondément et se focalisa complètement avec ce nouveau lien avec de la Magie Noire. Elle localisa rapidement ce qui avait intensifié le Feudaymon et ne fut pas surprise: la Marque resterait à jamais une source de Magie Noire ancrée en elle. Encore une théorie qui s'avérait exacte. Sa magie propre avait été altérée, ce qui lui donnait très probablement un meilleur contrôle pour des sortilèges sombres. Il n'y avait plus qu'à mettre en pratique.
C'était très spécial, un Feudaymon. Elle se rappelait des cours familiaux de son enfance qui mentionnaient ce sortilège particulier. Il était vu comme une entité magique vivante, parasitaire d'une certaine manière puisqu'elle puisait son énergie vitale dans la magie du sorcier qui la canalisait. Le point obscur résidait dans la mort de ce feu magique. Coupé du sorcier, il n'était plus alimenté mais hors de contrôle également. Il brûlait alors jusqu'à n'avoir plus de combustible mais ne pouvait être éteint par l'eau ou tout autre moyen d'étouffement classique. Il fallait donc l'empêcher d'avoir accès à d'autres matériaux que le bâtiment qu'il avait déjà atteint.
Sa tactique mise en place, Erika put se consacrer à la reprise de contrôle du Feudaymon. Ce ne fut pas aussi ardu qu'elle l'aurait cru. Apparemment satisfaite d'être bien alimentée, l'entité magique accepta de se laisser diriger. C'était comme un dialogue instinctif, une version primaire de Legilimencie, ce qui commençait à devenir un point fort d'Erika. Elle fit donc se rassembler les morceaux épars du feudaymon et reprit le premier ordre: encercler les Mangemorts. Il y avait là moyen d'en mettre plus d'un hors d'état de nuire. Elle les voyait courir comme des lapins, trop occupés à fuir pour se souvenir de l'existence du transplanage. Elle les tenait. Ils avaient fait souffrir les siens, ils l'avaient chassée et mutilée, elle allait se venger.
"Pas comme ça, Erika…"
§***§
Quand il la vit se figer, il arrêta net son intrusion. Il avait été surpris de passer ses défenses aussi facilement, d'autant qu'elles semblaient bien en place. Mais il n'avait pas pris le temps de se poser de questions, il avait profité de l'opportunité pour se manifester sans prendre le risque de la déconcentrer.
À présent qu'Erika savait qu'il était là, Severus se permit d'éviter le Feudaymon et de marcher vers la jeune femme. Elle n'aurait pas de mal à le repérer, les Mangemorts avaient une attitude très désordonnée par rapport à la sienne. Quand il arriva à son niveau, elle ne le regarda pas en s'adressant à lui, mais son ton était acide.
"- Tu n'aurais pas dû, Severus."
Il sentait que cette assertion venait du fait qu'elle ne retrouverait pas tout de suite la motivation pour éradiquer toutes les vies qu'elle tenait en son pouvoir.
"- Si tu fais ça," répliqua-t-il, "tu ne pourras pas faire machine arrière."
"- Ça ne te concerne pas."
Une pause, puis elle ajouta:
"- Tu es en train de griller ta couverture."
"- Voilà qui est de circonstance," ne put-il s'empêcher de remarquer. "C'est terminé," précisa-t-il, plus sérieusement, "je n'y retournerai pas."
Sa dernière rencontre avec le Maître lui avait coûté son stock de potions malgré son petit arrangement avec Lucius. Quand il constatait le résultat catastrophique pour ses alliés, il ne voyait plus l'utilité de son rôle. La suspicion du Seigneur des Ténèbres n'avait cessé d'aller croissante depuis la trahison d'Erika restée impunie. Severus n'avait plus aucune marge de manoeuvre s'il voulait conserver sa position, ce n'était absolument plus profitable et c'était devenu bien trop dangereux. Il en avait déjà touché un mot à Potter, c'était sa dernière mission sous couverture, il ne retournerait pas chez les Mangemorts et il ferait un maximum de dégâts avant de retourner au QG de l'Ordre. Quitte à reprendre le Feudaymon sous son contrôle.
"- Qui t'a demandé de lancer ce Sortilège?" s'enquit-il.
"- Personne."
"- Qu'est-ce qui t'est passé par la tête?"
"- Ce n'est pas moi qui l'ai lancé."
Severus resta interloqué un moment. Erika pensait comme lui. Quelqu'un d'autre avait joué à l'apprenti-sorcier et elle se sacrifiait pour sauver tout le monde. Qu'avait-elle donc à se faire pardonner pour agir de la sorte? Il secoua la tête, mettant cette réflexion de côté, et hésita. Un second changement de maître rendrait le Feudaymon moins contrôlable et Erika semblait gérer la situation. Mais il ne pouvait pas rester là à ne rien faire ou bêtement s'enfuir avec les autres. Il devait y avoir un moyen de la sauver aussi. C'était sa mission essentielle et elle ne lui avait pas rendu la tâche facile.
"- Comment comptes-tu procéder?" demanda-t-il.
"- Pas le temps de t'expliquer, Professeur."
Il haussa un sourcil, étonné du ton agressif que la jeune femme avait employé. Peut-être n'avait-elle pas compris que son intention était de l'aider. Avec toute cette magie noire circulant dans son corps, elle devait être perturbée.
"- Où en sont les autres?" demanda-t-elle alors.
Il regarda autour d'eux et soupira: le bilan était catastrophique. Il s'abstint de détailler sa réponse.
"- Nos alliés partis ou à terre, nos ennemis en déroute."
"- Bien. Va-t-en aussi."
"- Non."
S'il avait vu juste, si Erika pensait bien comme lui, alors il ne pouvait pas partir. Elle confirma ses soupçons.
"- Alors, admire," répliqua-t-elle avec un sourire carnassier aux lèvres.
Elle n'avait pas abandonné l'idée de se venger. Il savait pourquoi elle voulait le faire. Il savait aussi que cela ne lui apporterait pas ce qu'elle cherchait. Et il était certain que ce n'était absolument pas le moment d'essayer.
Il regarda le Feudaymon et ne put en effet qu'admirer la manière dont elle le maîtrisait. Manipulée avec une aisance apparente, l'entité magique se rassemblait doucement pour former une vague qui se mit à déferler vers les Mangemorts et leurs alliés français. Certains eurent enfin le réflexe de transplaner. Peut-être les coordonnées d'arrivée leur avaient-elles échappé jusque-là.
"- Tu ne les auras pas tous," dit-il
"- Ça fera un exemple."
Les cris des premiers sorciers brûlés vifs se firent entendre.
"- Il se vengera," continua-t-il.
"- Pas s'il n'a plus personne pour le suivre."
"- D'autres prendront leur place. Et tu auras la mort de tous ceux-ci sur la conscience pour rien…"
"- Et quoi, je dois les laisser vivre alors qu'ils voulaient tous nous tuer?"
"- Tu vaux mieux qu'eux, non?"
Cette phrase, quelqu'un aurait dû la lui dire bien des années auparavant. Les choses auraient sans doute été fort différentes pour lui. Il n'était pas du genre à se soucier des autres, pas après qu'on se soit si peu soucié de lui, mais Erika était quelqu'un de particulier. Elle lui rappelait trop ce qu'il aurait pu être, ce qu'il avait été en partie, et ce moment où tout avait basculé. On ne pouvait pas revenir en arrière quand on franchissait la limite. Égoïstement, se projetant dans la jeune femme, il voulait qu'elle ne fasse pas le mauvais choix. Il en connaissait trop bien les conséquences.
Severus vit le Feudaymon arrêter de déferler. Il restait statique, comme en attente. L'ancien Mangemort risqua un coup d'oeil vers Erika. Elle semblait réfléchir. Ainsi donc, le contrôle de ce Sortilège en passait bien par une sorte de communication magique? Voilà qui serait intéressant à étudier.
"- Je vais avoir besoin de ton aide," dit soudain Erika.
"- À quel sujet?"
"- Je vais le rediriger vers le bâtiment. Il va donc falloir rendre les alentours impossibles à brûler pour qu'il s'éteigne complètement quand je couperai le lien."
Severus ne s'attarda pas sur la victoire qu'il venait de remporter en aidant Erika à ne pas basculer. Il hocha brièvement la tête en signe d'assentiment et s'éloigna.
Il fallait isoler le bâtiment pour que le Feudaymon ne puisse pas se répandre dans la ville. L'image de douves s'imposa aussitôt à son esprit. Ce ne serait pas simple, il aurait besoin d'aide. Il regarda en direction d'Erika. Elle n'avait pas encore fait se déplacer le Feudaymon, s'assurant certainement qu'il ait assez de temps pour réaliser ce qu'elle lui avait demandé. Severus se rendit de l'autre côté du bâtiment et traça deux lignes magiques au sol, déterminant la largeur à déblayer pour creuser la douve. Puis il inspecta les alentours. Il y avait plusieurs sorciers à terre, non masqués. Ils allaient lui tirer dessus à vue s'il s'approchait d'eux avec son masque, tous ne le connaissaient évidemment pas. Il choisit de se débarrasser du dernier reliquat de son rôle d'espion et enleva son masque avant de le détruire. L'acte lui procura un sentiment de pleine satisfaction, mais il n'avait pas le temps de s'y attarder et il se dirigea vers ses vrais alliés. Par chance, le premier sorcier qu'il rencontra était Lupin. Néanmoins, il avait l'air salement amoché.
"- Severus?" dit-il quand l'ancien Mangemort se pencha sur lui. "Si on te voit comme ça, tu es fichu…"
La voix du loup-garou était faible et rauque.
"- Peu importe," répliqua-t-il, ne perdant pas de temps à se justifier. "Tu es capable de conjurer?"
"- Ça dépend, que faut-il faire?"
"- Creuser un trou et le remplir d'eau."
"- C'est dans mes cordes. La taille?"
"- Tout le tour de la bâtisse."
"- Ah."
L'air résigné de Lupin en dit long sur sa condition. Il avait déjà peiné à se mettre debout pendant leur échange.
"- J'ai défini les limites de ce côté-ci. Fais ce que tu peux, je vais chercher d'autres baguettes et j'arrive."
"- Très bien."
Lupin se dirigea lentement vers le bâtiment. Severus espéra qu'Erika contenait leurs derniers ennemis récalcitrants et qu'il n'envoyait pas le loup-garou à la mort. Il reprit sa récolte de main-d'oeuvre et n'eut à se protéger qu'une seule fois avant de parvenir à rassembler trois sorciers de plus. C'était peu, mais mieux que rien. Quand il rejoignit les autres avec sa dernière recrue, ils avaient pratiquement fini la première délimitation. Severus compléta le tracé tout autour de la demeure puis se mit à la tâche avec les autres. Il avait noté au passage que leurs ennemis avaient tous fui et qu'Erika semblait avoir toutes les peines du monde à maintenir le Feudaymon confiné au bâtiment qui avait commencé à flamber. Lui-même commençait à ressentir la fatigue autant musculaire que magique. Ses quatre alliés n'étaient pas plus en forme que lui, voire moins. Lupin en particulier, dont le bras gauche était totalement inerte, montrait des signes d'épuisement évidents. Mais comme les autres, il avait une volonté inébranlable inscrite dans le regard. Ils pouvaient y arriver, mais la partie serait serrée. Alors il redoubla d'efforts.
NdA: Tout d'abord, pardon pour la semaine de retard. Le début d'année fut très hard, j'ai perdu la notion du temps, mea culpa. Mais voilà! The chapitre est enfin là! J'espère qu'il vous a plu! Dites-moi tout en review! On se retrouve dans moins d'un mois pour le chapitre 16!
