Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


Chapitre 17 - Réorganisation

Sa maison ne lui semblait pas vraiment accueillante, mais le QG n'était pas agréable non plus. Sirius errait comme une âme en peine, il ne trouvait rien à quoi s'intéresser. Depuis qu'il avait eu le droit de quitter Poudlard et sa détestable infirmerie, il passait ses journées à ressasser les événements de la bataille. Il avait sa part de responsabilité dans la mort de Remus, et il l'acceptait, mais pourquoi n'avait-il pas agi autrement? Rogue avait expliqué qu'il l'avait trouvé parmi les blessés restés en arrière. Si Sirius s'était occupé de le mettre à l'abri, son ami ne se serait pas proposé pour aider la chauve-souris, il aurait donc pu être soigné et serait encore en vie à l'heure actuelle. Mais Lunard était mort et Patmol ne pouvait plus rien y faire.

La cuisine, c'était encore l'endroit le moins morne du QG. Sirius s'installa à la table où une bouteille de whisky et des verres traînaient négligemment. Il en avisa un propre, l'attrapa et se servit. Il observa le liquide ambré pendant un moment avant de le porter à ses lèvres. C'était beau à voir. Les mouvements de la boisson alors qu'il inclinait légèrement le verre, les reflets de la lumière qui donnaient diverses teintes au liquide, tout cela lui rappelait vaguement quelque chose, mais il ne parvenait pas à s'en souvenir. Et puis, alors qu'il allait avaler une gorgée de whisky, les yeux mi-clos, sa mémoire généra l'image qu'il cherchait. Le feu! Il posa son verre avec violence sur la table, éclaboussant le bois et sa main sans vraiment s'en rendre compte.

"- Ça ne va pas, Sirius?"

Il rouvrit les yeux - quand les avait-il fermés? - et inspira profondément, reprenant pied dans la réalité.

"- Si, si, ça va," répondit-il d'un ton las, puis un peu plus enjoué, "surtout depuis que tu es là."

Hermione lui sourit, et il se sentit plus léger l'espace d'un instant. Elle avait vraiment le don de lui faire oublier ses problèmes.

"- Bon," dit-elle, "sérieusement maintenant. Qu'y a-t-il? Ce n'est pas ton genre de mettre du whisky partout, il me semble…"
"- Non," avoua-t-il, "c'est vrai, je le préfère dans mon gosier…"

Elle le toisa d'un air qui voulait clairement dire qu'elle ne se laisserait pas distraire par une quelconque tentative de sa part. Il capitula.

"- Très bien," dit-il, "ma main a peut-être un peu tremblé.
"- Tremblé?" s'inquiéta-t-elle en s'approchant de lui pour l'examiner. Comment ça? Je pensais que tu étais rétabli physiquement.

Il laissa lui prendre la main. Son contact était doux et lui donna des frissons tout le long du bras. Il soupira, autant d'aise que des propos qu'il tint.

"- Physiquement oui."

Il lui était très pénible d'admettre ses faiblesses. C'était d'autant plus vrai que dans ce cas précis, personne ne pouvait comprendre. Personne à part peut-être Erika. Encore que, elle avait gagné, lui n'avait pu qu'abandonner. Il n'était pas assez fort. Ni pour Harry, ni pour Remus, ni pour qui que ce soit.

"- Oh non, non, non, Sirius, je n'aime pas ce regard."

Hermione lui prit le visage entre ses mains et le força à la regarder dans les yeux.

"- Quoi?" demanda-t-il, quelque peu embarrassé.
"- Ne te laisse pas dévorer par tes démons," lui intima-t-elle. "Tu es plus fort que ça…"

Il se dégagea, n'ayant pas réussi à résister à l'envie de fuir ces yeux si francs, si pleins de bonnes intentions. Il avait une grande part de sombre en lui, il devait s'en accommoder. Non, Hermione ne pouvait pas comprendre. Mais si elle ne tentait pas de le psychanalyser, comme disaient les Moldus, alors elle pourrait peut-être l'aider à aller mieux.

"- Embrasse-moi," chuchota-t-il, tellement bas qu'elle n'entendit pas tout à fait.
"- Quoi? Tu ne veux pas en parler?"

Elle semblait désappointée, comme s'il ne pouvait guérir qu'en expliquant ce qu'il ressentait. C'était peut-être vrai, mais:

"- Non, je ne fais pas ça, je ne sais pas, et je ne veux pas. Embrasse-moi…"

Il avait continué de parler bas, mais cette fois elle avait compris. Elle approcha son visage du sien jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent. Leur baiser fut d'abord très doux, puis plus intense. Au travers de ce contact physique, Sirius sentait qu'Hermione lui prodiguait toute la force qu'elle pouvait. Et plus il en recevait, plus il était demandeur. Quand ils furent tous deux à bout de souffle, c'est avec regret qu'il la laissa reculer un peu.

"- Tu vas mieux?" demanda-t-elle, les joues rouges et les yeux brillants.

Elle était magnifique. Il lui sourit.

"- Oui."
"- Mais?"
"- Il y a encore du travail, madame la Médicomage…"

Elle fronça les sourcils, feignant d'être vexée. Puis son regard s'illumina.

"- Médicomage, ça me plairait bien, au fond…"

Lui aussi il commençait à connaître ses regards. Plus tard il l'écouterait lui expliquer pourquoi la Médicomagie était un superbe métier. Mais à présent, il voulait autre chose. Il l'attira contre lui et l'embrassa de nouveau. Tandis qu'il goûtait ses lèvres, il passa une main sous son pull pour lui caresser le dos.

"- J'aime tes vêtements moldus," lui murmura-t-il à l'oreille.

Elle rit doucement. Il embrassa délicatement chaque centimètre carré de sa peau le long de la courbe de son visage. Puis il revint à ses lèvres. Alors des bruits de voix leur parvinrent du couloir. Sirius les ignora, mais il sentit Hermione se raidir sous ses mains. Il recula son visage mais ne la lâcha pas.

"- Qu'y a-t-il?"
"- Des gens arrivent," répondit-elle.
"- Et?"
"- Heu, je ne sais pas, ça ne te dérange pas?"
"- Non. Et toi?"
"- Et bien…"

Sirius retira ses mains pour la laisser s'écarter.

"- Pas de souci," dit-il. "Je comprends."

Mais elle ne bougea pas. Il la regarda dans les yeux, intrigué.

"- Non, tu ne comprends pas, Sirius," reprit-elle.
"- Alors explique-moi."
"- Cela ne me dérange pas d'être vue avec toi, voyons. Mais je suis peut-être un peu plus… pudique que toi, c'est tout…"

Elle rougit violemment. Il sourit et la fit asseoir sur la chaise à côté de la sienne. Puis il lui prit la main et la posa sur la table sans la lâcher.

"- Comme ça, c'est mieux?" s'enquit-il.
"- Beaucoup mieux, vous êtes un gentleman, monsieur Black!"

Il acquiesça doucement et prit son verre de whisky de sa main libre. Hermione pencha un peu la tête de côté.

"- Merci, Sirius."

Les voix se rapprochaient vraiment maintenant. Mais elle était trop belle comme cela, et il ne put résister à l'envie de déposer un nouveau baiser sur ses lèvres. Cela ne dut pas vraiment la gêner car elle y répondit et ne recula pas quand la porte de la cuisine s'ouvrit à la volée. Malheureusement, le chaos éclata aussitôt.

§***§

"- Non, mais, vous vous croyez où?!"

Harry sentit venir le tas de cendres. Il discutait tranquillement avec Ron en venant à la cuisine pour manger un morceau, mais il se doutait bien que la vue de Sirius embrassant Hermione au vu et au su de tous ne plairait pas à son ami. Pour ne rien arranger, Sirius se redressa doucement sur sa chaise et sourit.

"- Chez moi," répondit-il le plus naturellement du monde.

Il n'avait pas tort. Mais ce n'était peut-être pas la chose à dire à ce moment-là. Ron s'empourpra davantage, si c'était possible.

"- Oh mais alors," dit-il, "si on te gêne, tu n'as qu'à le dire!"
"- Et bien, maintenant que tu le fais remarquer…," rétorqua l'animagus.
"- Sirius!" s'exclama Hermione.
"- Quoi?" dit-il d'un air innocent.

Harry nota que son parrain et sa meilleure amie se tenaient toujours la main, comme s'ils défiaient Ron de les séparer. Le rouquin ne manqua pas de remarquer ce détail et tomba aussitôt dans le panneau.

"- Franchement, vous avez l'air malin. Il pourrait être ton père, Hermione!"
"- Ron!"

Le ton d'Hermione était outré. Harry allait mettre Ron en garde car il sentait que la jeune femme n'en supporterait pas davantage, mais son ami ne lui en laissa pas l'occasion.

"- Ben quoi? J'en peux rien si tu agis comme une idiote!"
"- Ronald Bilius Weasley! Je t'interdis!"

Harry vit qu'elle avait lâché la main de Sirius et tenait à présent sa baguette fermement. Il n'en faudrait pas beaucoup plus pour qu'elle le brandisse. Sirius se leva sur ces entrefaites.

"- Bon, maintenant tu vas te calmer et arrêter d'insulter Hermione," dit-il à Ron.
"- Alors arrête de te comporter comme un vieux pervers avec elle!" riposta Ron.

La scène aurait pu être risible si les protagonistes n'avaient pas été si sérieux. Harry jeta un coup d'oeil à Hermione et vit qu'elle hésitait comme lui à intervenir. Pendant un instant, le jeune chef de l'Ordre pencha pour les laisser se battre une bonne fois pour toutes. Ils se valaient, cela les occuperait un moment et ils parviendraient peut-être à laisser tomber leur stupide querelle. Après tout, Hermione n'était pas un objet dont ils pouvaient se disputer la propriété. Mais à l'instant où les deux hommes dégainaient leur baguette, Hermione désarma Ron en même temps qu'il désarmait Sirius.

"- Ça va suffire, oui?" s'écria Hermione, en colère. "On dirait deux chiens qui se battent! Je ne suis pas un bout de viande!"
"- Je n'ai jamais dit ça…"
"- Tais-toi, Sirius."

Harry vit Ron pouffer.

"- Et ne ris pas, Ron!" ajouta Hermione. "C'est la dernière fois que vous m'infligez ce genre de comportement! Je ne serai pas votre récompense!"

Ce sur quoi elle jeta la baguette de Ron sur la table et s'enfuit de la cuisine. Harry posa la baguette de Sirius non loin. Son parrain la récupéra aussitôt et voulut se précipiter à la suite de la jeune femme, mais Harry le retint.

"- Mais, Harry, laisse-moi…"
"- Non, ce n'est pas le moment, crois-moi."

Sirius n'insista pas. Ron avait croisé les bras, résigné, l'air boudeur. Harry haussa les épaules et les planta dans la cuisine. C'était Hermione qui avait besoin de lui en ce moment. Il monta les escaliers et frappa à la porte de la chambre de son amie.

"- Va-t-en!" s'entendit-il répondre.

Il se demanda si elle s'était attendue à ce que Sirius la suive ou si elle avait répondu cela par défaut, quel que soit celui qui se présentait.

"- Hermione, laisse-moi entrer, c'est moi, Harry."

Quelques secondes et la porte s'entrouvrit sur une Hermione en larmes.

"- Oh, Harry, c'est toi, excuse-moi…"

Elle semblait déçue. Il choisit de réhabiliter la vérité tout de suite.

"- Sirius voulait venir, mais j'ai pensé que tu ne préférerais pas tout de suite…"

Hermione lui offrit un petit sourire en ouvrant la porte pour le laisser entrer.

"- Tu as bien fait, Harry…"

Il entra dans la chambre et elle referma la porte derrière lui avant de s'asseoir sur son lit. Il l'observa un moment sans rien dire. En général, il suffisait qu'il soit là pour écouter.

"- Le problème, Harry, c'est cette attitude possessive qu'a toujours Ron envers moi…"

Et voilà, il n'avait pas dû attendre longtemps.

"- Mais c'est de sa faute!" continua-t-elle. "Avant, oui, j'aurais voulu qu'il me regarde comme ça, mais il ne me voyait pas…"

Harry acquiesça comme il le devait. Il se souvenait bien de cette période où Ron avait batifolé d'une fille à l'autre.

"- Et puis, on a changé… Et s'il prenait la peine de l'admettre, on pourrait de nouveau être amis."
"- Je sais qu'il ne se donnait pas la peine d'épargner tes sentiments quand il sortait avec d'autres filles," répondit Harry, "mais peut-être pourrais-tu rester plus discrète avec Sirius…"
"- Tu me connais, Harry, ce n'est pas moi qui ai cherché à m'afficher…"
"- Je me doute…"
"- Et puis, c'est compliqué. C'est vrai qu'il pourrait être mon père, il voit les choses différemment, il ne perd pas de temps…"
"- Mais toi, tu as besoin de temps."
"- Oui, c'est ça."
"- Tu sais, ses douze années à Azkaban sont à retirer de son âge, c'est comme s'il n'avait pas vécu pendant ce temps… Du coup, votre écart n'est pas si grand…"
"- Oh, Harry, c'est gentil."
"- Non, c'est vrai. Si tu es heureuse avec lui et lui avec toi, moi ça me va."

Hermione se leva et se jeta au cou de Harry.

"- Tu es le meilleur ami dont une fille puisse rêver!" lui dit-elle.

Il la serra dans ses bras.

"- Si tu le dis."

Harry réfléchissait. Hermione avait besoin de temps avec Sirius. Ron devait rester concentré et avec du temps il se rendrait probablement compte que sa jalousie n'avait pas lieu d'être. Sirius errait comme une âme en peine au QG, contaminant une partie des membres de l'Ordre avec sa déprime évidente. L'éloigner et l'occuper serait profitable à tout le monde. Cela le peinait de devoir agir de la sorte avec son parrain, mais c'était pour son bien et celui de son entourage. Il avait une idée, ne restait plus qu'à avoir l'accord de l'autre partie.

§***§

"- Quoi? Tu veux que je demande son aide à Sirius?"
"- Oui, c'est bien ça."
"- Mais à quel niveau? Parce qu'il risque de ne pas me prendre au sérieux…"

Harry fronça les sourcils, ennuyé. Il avait pensé qu'Erika saurait quoi faire pour attirer son parrain en France et l'y garder un moment. Depuis les changements dans l'organisation des cellules de la Résistance Française et la prise en main de l'une d'elle par la jeune femme, les liens avec la Grande-Bretagne et l'Ordre s'étaient resserrés. Il leur arrivait donc de converser régulièrement par cheminée sécurisée pour échanger des informations. Malgré le grand coup qu'Erika avait donné dans les rangs des Mangemorts, Voldemort était toujours actif, si ce n'était davantage, et Harry souhaitait être le mieux préparé possible pour les confrontations à venir.

"- Tu es certaine qu'il ne te croirait pas?" insista-t-il.
"- Tu sais, Harry, depuis le Feudaymon, Sirius a dû encaisser pas mal de choses…"

Erika n'en dit pas davantage, mais il vit dans son regard qu'elle parlait d'expérience. Il pouvait comprendre que c'était dur, mais par Merlin, ce n'était pas une raison pour se laisser dépasser…

"- Il n'est pas le seul," souligna-t-il un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

Erika tiqua mais ne répondit pas à sa remarque.

"- Bon," soupira-t-elle, "je verrai ce que je peux faire. Laisse-moi un ou deux jours et je le contacterai."
"- Parfait. S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire en retour…"

Elle fronça les sourcils.

"- On dirait, à t'entendre, que Sirius est une charge pour toi… Mais peu importe, je saurai me souvenir de ta proposition."

Ils hochèrent la tête d'un air entendu et se saluèrent avant de couper leur communication.

§***§

Sirius était affalé dans le divan du petit salon sans fenêtre, la bouteille de whisky dans la main et le verre abandonné sur la table basse. Il n'avait pas compris comment la situation s'était dégradée si vite. Il avait essayé de comprendre. Il n'y était pas parvenu. Maintenant, l'alcool aidant, il s'en fichait vaguement. Ce qui l'embêtait davantage, c'était qu'Hermione pensait qu'il se battait pour elle contre le gamin. Pourquoi se serait-il battu alors qu'il avait déjà gagné? Tout ce qu'il avait fait, c'était défendre son honneur comme il se devait. Alors pourquoi l'avait-elle mal pris? Peut-être considérait-elle que son petit ami d'école avait encore une chance s'il changeait d'attitude. Auquel cas, c'était lui, Sirius, le dindon de la farce. Elle jouait avec lui, peut-être pour se revaloriser auprès du rouquin. Visiblement, si tel était le cas, ça fonctionnait. Sauf que lui, il ne jouait pas avec elle.

Sirius soupira longuement avant d'avaler une nouvelle rasade de whisky. Décidément, il n'était pas doué pour choisir ses partenaires.

La porte de la pièce s'ouvrit à la volée, éclairant crûment tout ce qui s'y trouvait. Sirius regretta aussitôt la pénombre et fut forcé d'étrécir les yeux, ce qui ne lui permit pas de distinguer qui faisait intrusion dans son face à face avec lui-même.

"- Black!"

Ah, c'était Rogue. Il aurait dû s'en douter. Il choisit de l'ignorer.

"- Black, ne fais pas l'idiot, je vois que tu es là. Erika veut te parler."

Sirius se redressa un peu, ne comprenant pas tout à fait le sens des paroles de la chauve-souris.

"- Erika est là?"
"- Mais non, idiot, sinon je ne jouerais pas les messagers! La cheminée."
"- Ah, oui, oui, j'arrive…"

Le temps qu'il réponde, Rogue était déjà parti. Il s'extirpa avec difficulté du divan et se dirigea vers le grand salon et la cheminée en chancelant. Il n'aurait peut-être pas dû boire autant. Quand il entra dans la pièce, il vit le visage d'Erika dans les flammes.

"- Sirius, bonjour…"
"- Erika!" l'interrompit-il. "Ça fait un bail! Tu t'ennuies?"

Elle garda le silence un instant, apparemment surprise, puis fronça les sourcils.

"- Ma parole, Sirius," dit-elle, "tu es ivre!"
"- Moi? Nooooon…"
"- Non, mais regarde-toi, tu ne tiens même plus debout!"
"- Ah ça, tu as raison, je vais m'asseoir, si tu permets…"

Et il s'affala dans le fauteuil le plus proche. Il entendit Erika soupirer et lui redonna son attention.

"- Je t'écoute, ma belle!"
"- Tu regretteras cette désinvolture quand tu auras dessaoulé, crois-moi…"
"- Mais noooon…"
"- Peu importe. Écoute, Sirius, j'ai besoin de toi…"
"- Quoi?"

Il la regarda avec des yeux ronds, certain d'avoir mal entendu.

"- Je n'ai pas la possibilité de te donner les détails maintenant, mais je voudrais que tu me rejoignes. Harry est d'accord."
"- Que je te… mais pourquoi? Et pourquoi Harry?"
"- Je n'allais pas priver Harry d'un membre comme toi sans son accord. Mais il paraît que pour le moment, ça ne posera pas de problème. Alors, tu viens?"
"- Quoi, maintenant?"
"- Mais non, voyons. Harry a des coordonnées pour toi. Rejoins-moi quand tu le peux, d'accord?"
"- Heu…"
"- Ah, mais dessaoule avant de transplaner, surtout! À bientôt!"
"- Oui, heu, à bientôt…"

Le visage d'Erika disparut des flammes et le feu reprit un aspect ordinaire. Sirius fronça les sourcils, un peu désorienté, avec la nette impression de s'être fait avoir, mais il ne savait pas vraiment pourquoi. Que dirait Hermione à propos de ce départ précipité? Ah, mais elle en serait sans doute satisfaite, elle aurait le champ libre avec le petit Weasley. Qu'à cela ne tienne, il y avait plein de belles françaises dans la Résistance. Bon, dessaouler avant de partir, ça il pouvait le faire. Pendant un instant, il fut tenté de rester où il était, mais il y avait trop de va-et-vient. Il se leva donc péniblement du fauteuil et, après un trajet long et périlleux jusqu'à son ancienne chambre comme toujours inoccupée, il s'écroula sur le lit et s'endormit presque aussitôt.

§***§

"- Erika?"

La jeune femme sursauta, les sens en alerte, avant de constater qu'elle s'était endormie sur le bureau. Encore. C'était la troisième fois cette semaine. Mais bien la première où les autres se réveillaient avant elle.

"- Excuse-moi," dit Eric, "j'ai frappé, mais comme tu ne répondais pas et que personne ne t'avait vue…"
"- C'est bon, ne t'inquiète pas," coupa-t-elle. "Quelle heure est-il?"
"- Neuf heures passées…"
"- Ah oui, quand même. Bien, je vais arriver, tu peux rejoindre les autres."

Eric acquiesça et quitta la pièce en fermant la porte. Elle était de nouveau seule dans l'ancien bureau de Bertrand. Comme à chaque fois que c'était le cas, elle avait toujours le sentiment d'être une usurpatrice, de ne pas être à sa place. D'autant plus qu'elle ne faisait pas que s'occuper de sa cellule. À présent que toutes les formalités et remaniements nécessaires à sa nomination à la tête du petit groupe de Résistants étaient faits, elle avait commencé son enquête sur Alice. Bien qu'elle savait que le temps et la distance jouaient contre elle, elle avait décidé de s'attaquer en premier lieu au passé d'Alice pour y trouver d'éventuelles raisons de son allégeance au Seigneur des Ténèbres. C'était fastidieux comme recherche, mais cela lui serait sûrement utile pour mieux l'appréhender.

Erika se frotta les yeux à la manière d'un enfant fatigué. C'était que sa magie avait encore été fortement sollicitée ces temps-ci alors qu'elle n'était toujours pas revenue à son plein potentiel. Auparavant elle aurait été incapable de le ressentir, mais à présent qu'elle avait pratiquement touché le fond, elle sentait les fluctuations. Pas au point de faiblir pour un simple Lumos, mais tout de même, lors du Fidelitas, elle avait eu la désagréable certitude que la magie n'était pas infinie. Finalement, au même titre que l'énergie physique, moins on lui laissait le temps de se reconstituer, plus on risquait de subir des séquelles.

Elle se leva du siège que Bertrand avait si souvent occupé et fuit la pièce plus qu'elle ne la quitta, tant l'absence du sorcier lui était devenue pesante. Le salon sur lequel débouchait le bureau était vide, comme souvent. Erika inspira profondément une dernière fois avant de se rendre dans la salle à manger.

"- Oh Merlin, Erika, tu as une mine affreuse!"

Le franc parler d'Aurélie était parfois difficile à encaisser, mais en l'occurrence, la jeune femme était inquiète, c'était évident. Et le regard des autres membres de la cellule attablés pour déjeuner était éloquent. C'était la première fois qu'elle se présentait devant eux sans avoir avalé l'une ou l'autre potion. Ce serait la dernière d'ailleurs. Un leader ne devait pas paraître faible.

Erika se joignit à eux pour manger, bien qu'elle n'ait pas vraiment d'appétit. Il fallait donner le change. Elle participa aux conversations et les informa de ce qui était prévu pour les jours à venir. Mais quand un craquement retentit, elle se souvint qu'elle n'avait pas mentionné un détail d'importance. Sirius.

"- Erika? Ohé?"

Il se tenait juste sur le perron de la maison mais ne pouvait évidemment pas la voir sous son aspect réel ni qui s'y trouvait.

"- Je reviens," dit-elle aux autres.

Elle transplana auprès de son ami qui sursauta.

"- Te voilà déjà," dit-elle un peu étonnée.

Elle lui avait parlé la veille en fin d'après-midi.

"- Bonjour à toi aussi," répondit-il. "Tu m'as demandé de venir dès que je pouvais, il me semble…"
"- Oui, oui, bien sûr, c'est juste que je n'aurais pas cru que tu pourrais te libérer si tôt."
"- Je suis un homme plein de surprise…"
"- Oh, ça va, arrête ton baratin. Viens plutôt que je te présente aux autres…"
"- Quoi, dans ce vieux truc insalubre?"
"- Pardon? Ah mais oui, où ai-je la tête…"

Elle sortit un bout de papier froissé de sa poche qu'elle avait préparé à son attention.

"- Tiens, lis ça…"

Il prit le papier et le parcourut de yeux. Puis il releva la tête et son regard s'illumina en observant le bâtiment.

"- Ah, c'est beaucoup mieux," commenta-t-il. "Mais pourquoi l'avoir écrit?"

Erika pointa sa baguette sur le papier.

"- Pour pouvoir faire ça. Incendio."
"- Hey, ça brûle!" s'exclama Sirius en lâcha aussitôt le bout de papier en feu.
"- Ce sera une cicatrice de plus à ton actif… Sérieusement, il y a toujours des oreilles indiscrètes qui peuvent traîner, d'où le papier."

Elle se retourna pour le précéder dans la maison mais il la retint par le bras. Quand elle le regarda, il avait recouvré tout son sérieux.

"- Quoi?" demanda-t-elle sur un ton un peu plus agressif qu'elle ne l'aurait voulu.
"- Tu vas bien?"

Elle resta interdit un instant. Elle avait oublié l'effet que cela faisait que quelqu'un se préoccupe d'elle de manière désintéressée et concernée. Mais elle se reprit vite.

"- Oui, oui, pourquoi cette question?"
"- Comme ça… ne t'épuise pas trop…"
"- Tu me connais," conclut-elle en haussant les épaules.

Et elle l'entraîna à l'intérieur… pour découvrir la plupart des Français agglutinés non loin des fenêtres.

"- La curiosité est un vilain défaut," les sermonna-t-elle.

Ils eurent la décence d'afficher un air penaud.

"- En l'occurence," continua-t-elle, "c'était inutile de nous espionner car je vous présente Sirius Black, membre de l'Ordre du Phénix. Il est là pour m'aider à continuer votre formation au combat."

Ils se regardèrent, intéressés.

"- Il a été décidé que cette cellule serait en tête pour beaucoup de missions directement contre nos opposants, c'est pourquoi vous devez être prêts à faire face à tout et y survivre."

Ils échangèrent quelques commentaires, attendant la suite.

"- Mais pour l'instant, nous sommes encore en convalescence, donc vous pouvez disposer."

L'air déçu fut collectif et ils ne bougèrent pas.

"- Allez, profitez-en pour faire ce que vous voulez, une occasion comme celle-ci ne se présentera pas deux fois! Et vous me maudirez quand on reprendra l'entraînement…"

Ils sourirent et se dispersèrent.

"- Dis donc, tu as une sacré autorité sur eux, on dirait," lui chuchota Sirius.
"- Ils sont disciplinés, c'est tout," rétorqua-t-elle. "Viens, je vais te montrer ta chambre."

Elle le guida à travers la maison et il émit un sifflement admiratif.

"- C'est drôlement spacieux et confortable," fit-il remarquer.
"- C'est conçu pour permettre à une dizaine de personnes de vivre.
"- J'aime la France."
"- Peut-être, mais il va falloir travailler ton accent…"
"- Oh, je n'ai jamais vraiment pratiqué, je suis rouillé, laisse-moi du temps."
"- Certainement pas, il faudra te fondre rapidement dans la masse."
"- Si je comprends bien, moi je n'ai pas droit au congé?"
"- Si, mais tu devras beaucoup parler avec les natifs."
"- Alors ça me convient."
"- Parfait, je te laisse t'installer."

Il acquiesça et elle quitta la chambre. Elle faillit faire un bond en arrière en découvrant Eric qui semblait l'attendre dans le couloir.

"- Excuse-moi," dit-il aussitôt, "je ne voulais pas te faire peur."
"- Ce n'est rien. Que se passe-t-il?"
"- Et bien… je pense qu'il serait plus correct de vider la chambre de Bertrand."

Erika resta interloquée. D'abord parce qu'elle n'y avait pas pensé elle-même et ensuite parce qu'elle n'aurait pas cru qu'Eric puisse se sentir concerné par ce genre de détails.

"- Ah, heu, oui, tu as raison," admit-elle.

Néanmoins, l'idée ne lui plaisait pas. Bertrand avait été un homme très discret, très secret. Cela ne reviendrait-il pas à fouiller dans sa vie à son insu? Mais Eric semblait y tenir particulièrement.

"- Si tu as du temps maintenant," dit-il.

Elle acquiesça doucement et ils se rendirent dans l'ancienne chambre de Bertrand sans un mot. Une fois à l'intérieur, Erika songea combien cette pièce était le reflet parfait de l'homme qu'elle avait somme toute peu connu, sombre et fonctionnelle mais accueillante. Elle serra les dents pour contenir la vague de tristesse qui menaçait de la submerger et le goût amer du désir de vengeance emplit sa bouche.

"- Il voulait que ce soit toi qui le fasses," dit Eric, "et je comprends pourquoi…"

Erika se rendit compte que le jeune homme l'avait observée. Elle se morigéna pour son manque de prudence, mais la remarque d'Eric lui fit froncer les sourcils, attisant sa curiosité.

"- Quand t'a-t-il dit cela exactement?" demanda-t-elle.

Il détourna le regard et ouvrit la bouche pour parler, mais elle l'en empêcha.

"- Et pas de mensonges. Je le saurai, si tu ne me dis pas la vérité…"

Eric serra les poings et garda le silence un moment. Erika attendit patiemment.

"- J'étais près de lui quand il a été touché," lâcha-t-il enfin.

Elle ne fit aucune remarque, ne laissa rien transparaître, mais son coeur se serra. S'il y en avait bien un dans la cellule qui avait adulé Bertrand, c'était Eric.

"- On était resté pour protéger ce Sirius le temps qu'il incante le Feudaymon…"

Alors que le jeune homme évoquait les événements, Erika vit que la scène se déroulait à nouveau devant ses yeux. Il était hanté par ces images, c'était évident. Tout comme elle. Et son récit la catapulta à nouveau sur place.

"- Les autres fuyaient et il voulait que je les rejoigne, mais j'ai refusé."

Elle se revoyait transplaner au milieu des flammes quand elle avait compris ce que Sirius faisait. Mais jamais elle n'avait regardé vers les autres.

"- On t'a vue débarquer et Bertrand a voulu te rejoindre. Malgré la pagaille chez nos ennemis, il y en avait encore qui essayaient de vous avoir…"

Les paroles d'Eric remettaient tout en perspective. Elle avait commis une terrible erreur. Pendant qu'elle persuadait Sirius de lui transmettre le Feudaymon, ils étaient restés sans défense et c'étaient les autres qui les avaient protégés.

"- Je n'ai pas pu le suivre, il m'a jeté à terre quand il s'est désolidarisé du groupe. J'ai juste pu voir les sorts fuser de partout et les boucliers qu'il conjurait… Jusqu'à ce qu'il soit projeté en arrière…"

Erika déglutit avec peine. Elle était responsable de la mort de Bertrand. Elle aurait voulu hurler, laisser sa fureur contre elle-même s'exprimer, mais tout restait à l'intérieur. Elle ne pouvait plus faire ce qu'elle voulait, elle était à la tête de la cellule. Et c'était entièrement de sa faute.

"- Quand je suis parvenu à le rejoindre parce que tu contrôlais le Feudaymon et nous protégeais, il était à peine conscient…"

Eric pensait sans doute bien faire en lui donnant le beau rôle, mais il était en fait impitoyable avec elle.

"- Il m'a dit que je devais te faire confiance à tous prix et qu'il était heureux de nous avoir tous connus."

Erika savait que Bertrand lui avait accordé sa confiance, mais pas que c'était de manière pleine et entière. Et elle lui avait fait défaut.

"- J'ai essayé de le sauver, mais je ne connais presque rien en Médicomagie et il était gravement blessé… Il est mort dans mes bras…"

Elle ne chercha pas à lui prodiguer du réconfort, elle en était incapable. Mais il ne semblait pas en attendre. Lorsqu'il releva la tête vers elle et plongea son regard dans le sien, il était déterminé.

"- Alors j'espère vraiment que tu as réussi à tuer le responsable," déclara-t-il.

Elle acquiesça. Elle comprenait parfaitement son désir de vengeance. Elle le partageait. Bien malgré lui, Eric avait basculé dans les gens ni tout blanc ni tout noir, et son regard sur le monde avait changé. Il était vraiment prêt.

§***§

Severus regrettait son appartement. Ces derniers temps, il passait de Poudlard au QG et inversement sans pour autant y trouver le repos et la sécurité promis. Enfin, le repos, il s'en fichait un peu. Quant à la sécurité, il savait que c'était une notion toute relative. Si le Seigneur des Ténèbres décidait que la chasse au traître était rouverte, il serait sans doute contraint de s'expatrier aussi.

"- En France, peut-être…"

Il haussa les sourcils. Avait-il laissé échapper ces mots de sa bouche à haute voix? Heureusement, il était dans ses quartiers de professeur. Il n'empêche que les tableaux avaient des oreilles. Et il en avait assez d'avoir Minerva et Potter tour à tour sur le dos. Il se leva de son fauteuil, attrapa une poignée de poudre de cheminette et se rendit au QG. Il n'était tout de même pas fou au point de débarquer dans un endroit public avant de se rendre où il le souhaitait. Et comme pour confirmer sa démarche, il n'y avait personne dans le grand salon. Il s'épousseta et transplana aussitôt à son appartement. Durant la fraction de seconde que dura le transport, il se permit la réflexion que les gens étaient vraiment bizarres de n'utiliser que si peu le transplanage. C'était peut-être quelque peu désagréable, mais on s'habituait vite et c'était nettement plus pratique que le reste.

Arrivé chez lui, il se rendit tout de suite compte que quelque chose clochait. Les protections anti-intrusion qu'il avait mises en place depuis qu'il avait trahi ouvertement le Seigneur des Ténèbres avaient été franchies. Il sortit sa baguette de sa manche et progressa en silence. Depuis la cuisine où il avait transplané, il se rendit au salon en observant chaque recoin.

"- Erika!"

Il se précipita vers la jeune femme qu'il avait aperçue écroulée sur le sol. Elle avait certainement tranplané sans se douter qu'il avait protégé l'appartement, petite sotte qu'elle était! Elle portait encore un long manteau par-dessus ses vêtements moldus.

"- Quelle mode idiote!" pesta-t-il en défaisant les nombreux boutons afin de s'assurer qu'elle n'avait rien de grave.

Il fut soulagé de constater que son coeur battait à un rythme régulier. Sa respiration aussi semblait normale. Il passa ses bras sous la nuque et les jambes de la jeune femme et la souleva pour la porter jusqu'au lit dans la petite chambre. Ce ne fut que lorsqu'il l'eut déposée qu'il se rendit compte qu'un simple levicorpus lui aurait évité des efforts inutiles. Il avait encore réagi comme un idiot. Si seulement elle n'avait pas fait de sous-entendus…

Il resta un moment debout à l'observer endormie, paisible. Il était rare de ne pas la voir le front plissé. Il hésita un instant puis effleura son esprit. Il se heurta d'abord à une résistance, celle d'un esprit inconscient entraîné, pas assez forte pour l'empêcher de passer outre. Il la balaya prestement et sonda les pensées périphériques. Pas de confusion, aucun stress, et encore moins de poison magique. Les protections l'avaient simplement assommée. Il ne se rendit compte que cette constatation lui procura du soulagement que lorsqu'une vague d'approbation se déversa dans son esprit. Sa réaction - la surprise - ne fut certainement pas du tout ce que l'inconscient d'Erika attendait: il se retrouva aussitôt éjecté de l'esprit de la jeune femme, si violemment qu'il en tomba à la renverse. Quand il se fut relevé, il observa Erika attentivement. Elle avait les traits tendus, mais cela ne dura pas et cette tension quitta bientôt son visage. Étrange.

Severus se rendit dans son laboratoire, pensif, laissant Erika se reposer. Si elle ne s'était pas réveillée d'elle-même, surtout après l'échange involontaire de ressentis, c'était qu'elle avait besoin de dormir. Au moment où il était entré chez lui, les protections, et donc tous leurs effets sur qui que ce soit, s'étaient estompées. Il remisa donc la présence d'Erika dans un coin de son esprit et se concentra sur le renouvellement de son stock de potions. Les heures passèrent et il travailla tranquillement durant tout ce temps. Une petite voix dans sa tête lui murmurait que c'était grâce à Erika, mais il l'ignorait royalement. Il avait autre chose à penser qui demandait toute sa concentration.

"- Severus, je te hais."

Il serra fermement la cuillère qu'il tenait pour ne pas la laisser tomber dans le chaudron, de surprise. Il ne l'avait pas entendue arriver.

"- Cela t'apprendra à t'introduire chez les gens sans invitation," rétorqua-t-il.
"- Oh, ça, c'est logique," reprit-elle en avançant dans la pièce. "Je te prendrais pour un fou si tu ne l'avais pas fait, il faut te protéger. J'ai été stupide de ne pas y penser, d'ailleurs…"

Elle se pencha au-dessus du chaudron et recula avec un air dégoûté après en avoir humé le contenu.

"- Figure-toi que j'avais dans l'intention de t'attendre après t'avoir envoyé un message si je ne te trouvais pas ici. Je ne comptais pas t'importuner longtemps, tu ne dois qu'à toi la prolongation de ma présence ici en ne m'ayant pas réveillée… Bref, je suis venue parce que je ne pouvais pas te parler par cheminée…"

Elle marqua une pause, comme si malgré ce qu'elle venait de dire, elle hésitait encore à lui parler. La curiosité de Severus était piquée au vif. Que pouvait-elle bien vouloir lui demander qui ne pouvait être découvert et qui valait la peine de faire tout ce déplacement? Il la regarda inspecter ses étagères recouvertes d'ingrédients. Elle lui tournait le dos. Il prit le temps de détailler sa nuque dégagée par ses cheveux courts, son dos souligné par son pull près du corps, sa chute de reins mise en évidence par son jeans… puis il se flanqua une claque mentale et détourna le regard, revenant à sa potion, attendant qu'Erika reprenne la parole. Peine perdue, il était complètement déconcentré.

"- Et?" dit-il d'un ton irrité, énervé contre lui-même.

Elle sursauta et lui fit à nouveau face. Il accrocha son regard et, l'espace d'un instant, il fut happé au fond de ses yeux. Hypnotisé, il aurait voulu détourner le regard qu'il ne l'aurait pas pu. Puis il ressentit une décharge dans sa tête qui le força à cligner des yeux. Dans le même temps, elle rompit le contact. Il se sentit déstabilisé pendant une fraction de seconde, mais il se demanda aussitôt s'il n'avait pas rêvé car la sensation disparut comme elle était venue. Il se raccrocha à du concret et fut attiré par les joues d'Erika. N'avait-elle pas rougi? Elle le ramena brusquement à la réalité.

"- Severus, as-tu usé de Legilimencie sur moi?"

L'effet douche froide fut immédiat. Il se retrancha instantanément derrière une impassibilité fictive.

"- Oui."

Ne pas se justifier, sinon c'était un signe de culpabilité.

"- Et tu trouves ça normal? Pour quelle raison?"

Elle semblait frustrée, mais il était incapable de déterminer pourquoi.

"- Je me suis assuré que tu n'étais pas blessée."
"- Ah, Severus Rogue qui s'inquiète du bien-être de quelqu'un d'autre, tu as trouvé l'excuse parfaite pour violer l'esprit d'une personne incapable de se défendre!"

Il faillit réagir. Elle avait le don de le pousser à bout. Mais il se retint in extremis.

"- Qu'est-ce que tu cherches, Erika?" demanda-t-il d'une voix sourde.

Il vit le regard de la jeune femme changer. Et l'éclair de tristesse qui le traversa lui fit l'effet d'un poignard enfoncé dans sa poitrine. Mais il ne montra rien, choisissant de persister dans son impassibilité apparente.

"- Rien. Je serai dans le salon quand tu voudras entendre ce que j'ai à te dire. Ne te presse pas, j'ai tout mon temps."

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et s'éclipsa du laboratoire. Elle avait employé un ton neutre, professionnel, distant, presque froid. Cela le dérangeait, mais il décida d'ignorer cette impression de malaise et se concentra sur ses potions. Le temps s'écoula lentement, son esprit ne cessant de revenir au visage d'Erika et à toutes les expressions qu'il avait affichées. Il ne les comprenait pas toutes et ne voulait pas chercher un éclairage particulier pour les rendre toutes cohérentes. Quand il en eut assez de lutter contre lui-même et que les potions en cours ne requéraient plus son attention avant un bon moment, il se rendit dans le salon pour y retrouver Erika.

Quand il entra dans la pièce, elle était assise en tailleur dans un fauteuil, un livre ouvert sur les jambes, la tête posée sur sa main avec le bras soutenu par l'accoudoir, et elle semblait somnoler.

"- Erika," s'annonça-t-il.

Elle cligna plusieurs fois des paupières en se redressant et leva la tête vers lui.

"- Ah, Severus," dit-elle posément en refermant son livre, mais il sentait qu'une certaine forme de colère couvait en elle.

Il s'assit dans le divan et attendit qu'elle reprenne la parole, sans un mot. Mais elle garda le silence en l'observant. Pour autant qu'il s'en souvenait, Erika ne l'avait jamais fixé quand il lui rendait son regard. Mais cette fois, elle parvint à tenir sans rien laisser transparaître de ses pensées jusqu'à ce que ce soit lui qui détourne les yeux, de nouveau mal à l'aise.

"- Qu'est-ce que tu veux, Erika?" demanda-t-il.

Il parlait de la raison première de sa venue, mais elle changea la signification de ses propos.

"- Moi, rien, mais toi, que veux-tu?"

Il fronça les sourcils. Elle avait menti, il en était certain, mais il n'était pas sûr de vouloir comprendre pourquoi. Il s'en tint à la première teneur de sa question.

"- C'est toi qui as débarqué chez moi à l'improviste," dit-il, "je ne t'ai pas demandé de venir."
"- Arrête!" s'exclama-t-elle, laissant sa fureur éclater.

Il inspira profondément pour rester impassible.

"- Quoi donc?"
"- Arrête de faire comme s'il n'y avait rien, Severus! Ton regard a changé et je l'ai vu! Seulement…"

Elle se détourna soudain et joignit ses mains pour se contenir.

"- … seulement, je ne supporte plus cette situation, je ne veux plus que tu joues avec moi…"

Severus voulait s'en tenir à cette situation, il ne voulait pas savoir ce sur quoi elle pourrait déboucher. Mais quand il vit les jointures des mains d'Erika blanchir et ses lèvres trembler, il prit conscience que ce n'était pas juste. Mais depuis quand se souciait-il de la justice pour les autres? C'était là tout le problème, Erika n'était pas les autres.

"- Qui a dit que c'était un jeu?" dit-il du bout des lèvres.

Severus venait de se livrer, il ne pourrait plus faire marche arrière. Elle le regarda avec suspicion, les sourcils froncés, apparemment pas certaine de pouvoir le croire.

"- Qu'est-ce que tu entends par là?" s'enquit-elle d'un ton mal assuré.
"- Je pense que tu as parfaitement compris."

Elle le fixa un instant puis détourna les yeux. Cette fois il en était certain, elle avait rougi. Voilà, les choses étaient à présent claires entre eux. Mais Severus n'était pas vraiment prêt pour ça, et Erika ne semblait pas l'être non plus. Alors il balaya la tension qui s'était installée.

"- De quoi es-tu venue me parler?"

Elle déglutit avant de reprendre la parole. En la voyant comme ça, il avait peine à croire qu'elle dirigeait une cellule de la Résistance.

"- Je voulais savoir si Remus t'avait parlé d'Alice, à l'occasion…"

Severus se concentra sur ce qu'elle lui demandait.

"- Alice… Swire? Qui t'a remplacée chez les Malefoy?"
"- Oui."
"- Non, pour autant qu'il m'en souvienne. Pourquoi?"
"- Oh, s'il ne t'a rien dit, je ne voudrais pas…"
"- Lupin est mort, Erika, qu'est-ce que ça changerait que tu me donnes toutes les informations?"

Il réalisa son erreur quand il vit une larme rouler sur la joue de la jeune femme.

"- Je suis désolé," offrit-il aussitôt, sans avoir pu se retenir.
"- Ne le sois pas," dit-elle en secouant la tête, "c'est toi qui as raison."

Elle prit une profonde inspiration et regagna sa maîtrise de soi.

"- Je voulais dire que si tu ne savais rien, je ne voulais pas t'impliquer. Mais puisque tu insistes, écoute…"

À présent il faisait face à la femme qui avait tué tant de Mangemorts pour venger la mort de son ami. Et bien que Severus appréciait l'analyste sage et posée, parfois fragile, il devait avouer qu'il préférait la jeune femme en possession de son plein potentiel, même s'il s'accompagnait d'une imprévisibilité chronique. Quelque chose lui disait qu'il n'avait pas fini de prendre des risques dans cette guerre.


NdA: Je vous présente mes excuses pour la semaine de retard, honte à moi, je l'ai envoyé en correction deux jours avant la date de publication! Sauf que ma bêta a une vie bien remplie, et manque de bol, ce chapitre nécessitait des modifications conséquentes! Mais le voici, le voilà, j'espère qu'il vous a plu! Dites-le moi en review!