Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
NdA: Je sais, je suis encore en retard pour publier! Mais bon, il y avait le camp NaNo auquel je me suis consacrée pour continuer de rédiger la suite de cette histoire en parallèle de mon boulot qui est un bouffe-temps incroyable et surtout, il y a mes enfants qui passent toujours en priorité. Alors voilà, je n'ai pas de réelle excuse, mais j'espère que vous me pardonnerez! Mais trêve de bavardage, je vous souhaite une bonne lecture, n'hésitez pas à commenter en review, j'adore les lire et j'y réponds toujours!
Chapitre 18 - Choix discutables
"- Quand repars-tu?"
Erika releva la tête de son assiette pour le regarder. Ils étaient attablés face à face dans la cuisine de l'appartement et mangeaient en silence. Que pouvaient-ils se dire, après tout?
"- Hâte de me voir quitter les lieux?" répondit-elle.
Il y avait quelque chose de mitigé dans le ton qu'elle avait employé, comme si elle voulait plaisanter mais restait incertaine de la réponse qu'elle allait recevoir. Que devait-il dire?
"- Erika, je…"
"- Non, ne réponds pas," le coupa-t-elle. "C'était stupide."
Un nouveau silence. Ce n'était pas stupide, bien au contraire, mais ce n'était pas le moment de le dire. Ils ne pouvaient pas se laisser distraire, l'un comme l'autre. Ils ne pouvaient pas se permettre d'avoir l'esprit en partie occupé à s'inquiéter. Ce qu'ils devaient accomplir requérait toute leur attention. Severus ne dit rien, comme elle le lui avait demandé. C'était mieux ainsi.
"- Je ne vais pas te déranger plus longtemps," finit-elle par dire. "De toutes façons, ma cellule m'attend sans doute de pied ferme, ils ne savent pas où je suis."
Il acquiesça et avisa le plat que l'elfe de maison leur avait préparé. Il devait penser qu'ils allaient recevoir au moins quatre autres personnes. Severus se corrigea aussitôt: non, ils ne recevaient pas ensemble, Erika ne vivait plus ici depuis longtemps. Il était temps qu'elle parte, l'éloignement lui permettait d'avoir les idées plus claires. Pourtant, son esprit se rebellait contre cette idée. Au fond, il ne voulait pas qu'elle retourne en France.
"- Non, merci," dit-elle.
Perdu dans ses réflexions, il avait toujours le regard rivé au plat et elle avait dû interpréter qu'il souhaitait la resservir.
"- Il y avait longtemps que j'avais mangé autant," déclara-t-elle. "Merci."
Son assiette était presque vide, mais elle mangeait très lentement. De plus, ce devait être la première fois qu'elle s'adonnait à du bavardage inutile. Cependant, il ne trouva aucune difficulté ni contrainte à y répondre.
"- Je n'ai rien fait, tu sais bien que j'ai un elfe de maison."
Il repoussa son assiette devant lui, n'ayant plus d'appétit. Erika fronça les sourcils en voyant son geste et l'assiette encore à moitié pleine. Mais elle ne dit rien. Elle savait, il en était persuadé, que marquer son intérêt par un mécontentement sur une chose aussi secondaire que de ne pas assez s'alimenter ne leur faciliterait pas les choses. À la place, elle termina son repas et fit tinter son assiette contre celle de Severus en la repoussant également.
"- Encore merci," dit-elle en se levant, "c'est beaucoup plus calme ici."
"- La prochaine fois, préviens-moi," dit-il en guise de réponse.
"- Je le ferai," assura-t-elle.
Elle se tenait droite et son visage était impassible, mais ses yeux reflétaient quelque chose qu'il n'était pas certain d'identifier correctement. Plutôt que d'essayer de comprendre, il regarda ailleurs.
"- Je vais récupérer mon manteau," dit-elle en allant dans le salon.
Il la regarda quitter la cuisine, puis se décida à la suivre. Quand il la rejoignit, elle avait déjà enfilé son manteau et était prête à partir.
"- Voilà," dit-elle comme si elle hésitait à transplaner.
Severus retint de justesse les mots qui faillirent passer le seuil de sa bouche. Lui recommander d'être prudente n'était pas avisé. Elle savait mieux que la plupart des gens comment sauver sa peau.
"- Bon retour," lui souhaita-t-il à la place.
"- Merci," répondit-elle. "J'espère que Sirius ne les aura pas trop amochés en mon absence."
Il tiqua.
"- Black?"
Il savait qu'Erika avait dit ça innocemment dans le but de prolonger leur conversation inutile, sans intention de le provoquer. Mais il vit sur le visage de la jeune femme qu'elle comprit son erreur quand elle réalisa la portée de ses paroles. Et il comprit à son tour que sa réaction était à l'opposé de celle de quelqu'un qui ne veut pas s'engager. Il fit un effort sur lui-même pour recouvrir un air qu'il espérait impassible.
"- Oui," dit-elle d'un ton neutre. "Harry me l'a envoyé en renfort."
Severus n'était pas certain de la relation qu'il y avait entre Black et Erika. C'était le cabot qui l'avait fait intégrer l'Ordre et qui l'avait toujours défendue. Il était prêt à mettre sa main à couper qu'il y avait anguille sous roche. Mais il ne pouvait pas formuler de doute, alors il se contenta d'une remarque qu'il trouvait appropriée.
"- Black, comme professeur," dit-il narquois, "on aura tout vu…"
Erika haussa les épaules.
"- Peu importe, ça me fait une baguette de plus pour défendre les jeunes, et ça ne se refuse pas."
Il acquiesça, évitant de dire à voix haute ce qu'il pensait de la capacité du cabot à défendre les autres. Comme le silence se prolongeait, Erika reprit la parole.
"- Bien, je te remercie pour ton accueil, bien que l'arrivée ait été quelque peu… spéciale…"
"- Hm, oui, ce n'était pas idéal. Attends, je vais modifier ça tout de suite, mais ça ne te prive pas de l'obligation de me prévenir de tes visites."
Il sortit sa baguette et incanta la formule compliquée des protections qu'il avait mises en place pour y inclure le libre passage d'Erika. D'aucun prétendait que lors de l'incantation de sorts de ce genre, les auras magiques des sorciers pouvaient être aperçues. Severus avait cru y parvenir l'une ou l'autre fois, c'est pourquoi il prit le temps d'observer Erika tandis que les protections se modulaient pour identifier la jeune femme et l'incorporer. Cependant, ce ne devait pas être assez puissant car Erika ne changea pas d'aspect même durant l'espace d'une seconde. Ou alors, sa concentration s'était trouvée dérangée par les détails du visage de la jeune femme que Severus n'avait pas pu s'empêcher de noter mentalement.
"- Voilà, c'est fait," dit-il finalement.
"- Très bien. Et, oui, je t'avertirai…"
Elle l'avait pris de vitesse. Il se contenta de hocher la tête en signe d'assentiment.
"- J'y vais. À bientôt. Tiens-moi au courant pour Alice."
"- Si j'ai du nouveau. À bientôt."
Et elle transplana.
§***§
"- C'était vraiment pas une bonne idée!" hurla Ron à côté de lui.
Harry ne prit pas la peine de répondre. Tout le monde était d'accord sur ce point. Mais qu'aurait-il pu faire d'autre? Attendre que Voldemort reconstitue tranquillement son contingent de fidèles et aveugles Mangemorts? Plus le mage noir asseyait son pouvoir en Grande-Bretagne, plus les sorciers qui ne voulaient pas prendre parti le rejoignaient. Ils pensaient sans doute mettre leur famille ou leur propre vie hors de danger. Comme ils se trompaient.
Grâce aux notes de Rogue et à la collaboration de Ron avec Harry, celui-ci avait trouvé ce que devaient être les autres horcruxes. Cette étape franchie, il s'était avéré beaucoup plus simple de les localiser. Le médaillon de Serpentard était le premier à leur avoir livré son histoire. Harry avait alors décidé de faire croire à Voldemort que l'Ordre l'avait trouvé et comptait s'en emparer. Il n'avait pas fallu longtemps pour que des mouvements apparaissent chez les Mangemorts. Le mage noir n'était pas stupide. Pour brouiller les pistes, il avait fait manoeuvrer ses pions sur trois lieux. Évidemment, le vrai horcruxe serait le mieux défendu, mais il avait été impossible d'identifier le bon site. Harry n'avait eu d'autre choix que de scinder ses troupes. Les Français n'avaient pas pu leur prêter main forte, les seuls qui en étaient capables étaient tous blessés. Et au grand dam du jeune chef de l'Ordre, c'était un carnage sur les trois fronts. Les deux autres groupes d'assaut avaient très vite compris qu'aucun horcruxe n'était défendu par les Mangemorts qu'ils avaient attaqués, mais ils tenaient pour que lesdits Mangemorts ne rejoignent pas ceux qui empêchaient Harry et son groupe d'atteindre leur objectif. C'était une mission suicide pour tous. Mais s'ils fuyaient maintenant, les morts ne signifieraient rien.
"- Harry, il faut qu'on bouge!" insista Ron.
"- Non," rétorqua Harry, "on n'a pas encore l'horcruxe!"
"- Si on se fait tous tuer, ce sera pour rien!"
Ces paroles sonnèrent comme un écho dans la tête de Harry. Sirius lui avait dit quelque chose de similaire avant de foncer tête baissée pour couvrir leur retraite. Il s'était juré que ce serait la dernière fois qu'il laisserait les autres se sacrifier pour lui. Il posa la main sur l'épaule de son ami.
"- Tu peux partir si tu veux," lui dit-il sur un ton sans reproche.
"- Mais, Harry…"
Le Gryffondor avait attendu une trouée dans les tirs qui canardaient leurs positions, puis il s'était élancé avec toute l'énergie magique qu'il pouvait canaliser dans un Protego. D'abord surpris pas une telle sortie, les Mangemorts mirent un petit temps à réagir, puis ils le visèrent particulièrement. Ce fut leur erreur. Les autres membres de l'Ordre couvrirent Harry et certains le suivirent presque aussitôt. Bientôt, ils furent tous avec lui, et la fierté qu'il en ressentit le gonfla d'une énergie nouvelle avec laquelle il se battit férocement. Quand il vit Hermione surgir des lignes adverses avec Ron, il n'aurait su dire combien de temps s'était écoulé depuis qu'il était sorti de leur position retranchée ni comment ses amis étaient parvenus à passer dans les deux sens. Mais le regard déterminé d'Hermione et le léger sourire sur les lèvres de Ron lui apprirent qu'ils avaient réussi. Cependant, la partie n'était pas encore terminée.
Tandis que ses deux amis s'enfuyaient avec le horcruxe, Harry continuait de se battre avec acharnement. La violence des échanges le stupéfiait. Mais il n'avait pas le temps d'y songer, il devait défendre tous ces sorciers qui comptaient sur lui et l'accompagnaient dans sa quête de destruction du mal. Pour l'instant, ils étaient coincés, obligés de se défendre pour ne pas risquer de mourir en abandonnant le combat. Il en tombait dans les deux camps, leurs forces étaient comparables à la seule différence que l'Ordre cherchait à ne pas tuer.
Mais plus le combat s'enlisait et plus Harry regrettait d'avoir si lourdement insisté sur ce point. Il aperçut un des siens s'écrouler comme un pantin désarticulé, un de plus. Une chevelure rousse. Son coeur se serra. Il voulait aller voir, mais il pouvait à peine bouger, trop de sorts à contrer. Au moment où il allait hurler le repli quoi qu'il leur en coûterait, il vit débouler Ron - il était certain que c'était Ron - vers celui de ses frères qui était tombé. Il était trop exposé. Il fallait qu'il recule. Harry avait amorcé son mouvement vers son ami quand un sort le toucha et le projeta contre le sol. Ce ne devait pas être un sort très méchant ou il avait été bien amorti, car il se sentait toujours bien vivant et était en pleine - ou presque - possession de ses moyens. Alors qu'il se redressait pour courir vers Ron, il eut à peine de le temps de voir plusieurs éclairs de magie toucher son ami et le propulser en arrière. Instantanément, il occulta tout ce qui se passait autour de lui. À l'instar de son ami qui s'était précipité vers son frère, Harry courut vers Ron, car c'était ce qu'il était pour lui: un frère. Le rouquin était totalement inerte, il ne répondait pas à ses appels, et il était salement amoché. Les larmes montèrent aux yeux de Harry. Tout ça pour quoi, au fond? Pour défendre des idiots qui, plus nombreux chaque jour, finissaient par se rallier au mage noir. Harry éprouva soudain un profond désir de vengeance. Il se releva et, la vue à moitié brouillée par les larmes, avança vers ses ennemis en lançant des sortilèges de Mort si précis qu'ils atteignaient leur cible à chaque fois. Les Mangemorts commencèrent à reculer. Harry entendit à peine ses alliés lui hurler d'arrêter. Il voyait les sorts de protection fuser devant lui mais continuait de décimer ses adversaires. Ils le méritaient. C'était des meurtriers. Ils n'avaient plus d'autre droit que celui de mourir. Mais alors, lui-même pouvait-il continuer à vivre?
Ce sursaut de conscience effaça le voile de vengeance qui l'aveuglait.
"- Repli!" hurla-t-il.
Maintenant qu'ils n'étaient plus menacés de mort, les Mangemorts avaient repris leur assaut, mais ils étaient tout de même moins nombreux. Tant bien que mal sous le feu de l'ennemi, les membres de l'Ordre récupérèrent leurs blessés et autant de leurs morts qu'ils purent avant de disparaître.
§***§
"- Son état est stable… pour le moment."
"- Et quand croyez-vous qu'il va se réveiller?"
"- Ça, ma jolie, même Merlin ne saurait le dire."
Harry entra dans la chambre à ce moment-là, assez mécontent du ton que Jonas employait avec Hermione. Le jeune médicomage comprit aussitôt qu'il valait mieux ne pas traîner dans les parages et il quitta la pièce sans demander son reste. Harry fut un peu déçu. Se défouler sur Jonas lui aurait permis de maintenir sa colère à bon niveau, mais la grande majorité des membres de l'Ordre l'évitait à présent, que ce soit pour son coup d'éclat face aux Mangemorts ou sa propension à engueuler tout le monde au QG. C'était tout ce qu'il avait trouvé pour lutter contre la culpabilité. Cela fonctionnait la plupart du temps. Sauf, évidemment, quand il se trouvait confronté aux conséquences directes de ses décisions et actes mal avisés. Comme à cet instant précis où il aperçut Ron allongé sur le lit quand Hermione s'écarta pour prendre une chaise et s'installer à côté de leur ami. L'avoir vu touché lors de la bataille et le voir à présent inerte avec toutes ces ecchymoses et cicatrices, ce n'était tout de même pas la même chose. Harry se força à ne pas songer à tout ce qu'il avait fait dernièrement et prit l'autre chaise pour s'installer à côté d'Hermione.
"- C'est de ma faute," déclara la jeune femme de but en blanc.
Harry la regarda avec des yeux ronds.
"- Qu'est-ce qui te fait croire ça?" demanda-t-il.
"- Je ne l'ai pas retenu. Après que nous ayons transplané ici, il voulait absolument retourner pour t'aider… et je ne l'ai pas retenu."
"- Il n'aurait pas voulu que tu l'en empêches."
"- Oui, mais, comment l'a-t-il interprété?"
Harry haussa les épaules.
"- Comme le fait qu'une vraie amie sait quand elle doit ou pas s'interposer, je dirais…"
Hermione soupira.
"- Peut-être…," dit-elle. "Il agit tellement bizarrement ces temps-ci. Depuis que Sirius est parti en France pour aider cette Erika…"
Harry nota la pointe de jalousie dans la voix de son amie.
"- Et bien," continua-t-elle, "Ron garde ses distances. J'aurais cru qu'il serait plus envahissant, mais c'est tout le contraire. Tu trouves ça normal, toi?"
"- Je pense que Ron sait que ça ne marchera pas entre vous. Mais il ne peut pas s'empêcher de jalouser celui qui a pris la place qu'il espérait avoir avec toi…"
"- Mais il n'est pas obligé d'être désagréable avec moi!" s'emporta Hermione.
Puis elle regarda Ron avec un air coupable.
"- Harry, tu crois qu'il nous entend?"
"- Je ne sais pas…"
"- Comment tu as fait pour le convaincre avec Ginny?"
Harry déglutit difficilement. Évoquer Ginny n'était pas simple pour lui, même après tout ce temps. Elle avait mis la pagaille dans sa vie et avait tout laissé en l'état quand elle était partie. Que ce soit avec Luna pour explorer le monde ne changeait rien. Il voulait bien croire que ses sentiments pour lui avaient changé, que la blonde avait fini par prendre la place qu'il occupait dans le coeur de la rousse, il pouvait même trouver qu'elles allaient bien ensemble. Mais elle avait eu beau prétendre qu'elles partaient chercher de nouveaux moyens pour combattre Voldemort, Harry ne voyait que le résultat. Elle avait choisi d'abandonner l'Ordre, de l'abandonner lui. Il n'avait pas eu le temps d'y songer plus avant, il n'avait toujours pas le temps. Il remisa ces idées noires supplémentaires de côté.
"- Je n'ai rien fait," dit-il, "c'est Ginny qui l'a menacé."
Hermione rit de bon coeur.
"- Ah c'est tout elle, ça!"
"- Oui," soupira Harry, "c'est tout elle."
"- Oh excuse-moi, Harry, je n'aurais pas dû en parler."
"- C'est pas grave, c'est du passé."
Le silence s'installa dans la chambre, les laissant chacun à leur réflexion.
"- Harry?" demanda Hermione après un moment sans parler.
"- Oui?"
"- Il va s'en sortir, n'est-ce pas?"
Que c'était cruel, comme demande. Elle savait qu'il n'était pas devin, qu'il n'avait pas plus d'information qu'elle, qu'il n'était pas médicomage. Pourtant elle lui demandait de lui affirmer que leur meilleur ami allait s'en sortir. Et s'il ne s'en sortait pas, cela lui donnerait quelqu'un à blâmer directement. Mais au fond, Harry était celui qu'il faudrait blâmer, alors il décida de donner à Hermione ce qu'elle voulait.
"- Bien sûr," dit-il avec une pâle imitation de sourire encourageant.
"- Merci," lui répondit-elle avec un regard reconnaissant au fond duquel Harry vit clairement qu'elle ne croyait pas plus que lui à la certitude de ses propos.
Soudain, Harry ne supporta plus de rester dans cette pièce. Il marmonna une excuse à Hermione et s'enfuit pratiquement. Il descendit rapidement les escaliers et s'enferma dans son bureau. Pendant une fraction de seconde, il songea à détruire tout ce qu'il voyait. Après tout, ces rapports, ces documents, ces recherches, c'était cela qui avait causé la perte de tant de membres. Mais il se reprit et s'effondra dans son fauteuil. Les paroles de son entourage lui revinrent en mémoire.
"Tu crois qu'on se bat pour rien? On te couvre!"
"Si on se fait tous tuer, ce sera pour rien!"
"Tu veux un avis objectif? Les meilleurs leaders sont ceux qui ne meurent pas au combat et qui finissent par gagner la guerre!"
Sirius, Ron, et même Erika lui avaient signifié qu'il faisait les bons choix. Mais au regard de toutes ces morts, il ne parvenait pas à ne pas douter. Et puis le fait que l'on puisse atteindre si facilement ses amis le faisait se sentir extrêmement vulnérable. Lui qui prônait la vertu et le fait de ne pas s'abaisser au niveau de leurs ennemis, il avait ressenti une telle envie de se venger qu'il les aurait tous exterminés s'il l'avait pu. Il en avait discuté avec Erika qui, elle, était passée à l'acte et il en était ressorti qu'il était chanceux de ne pas avoir eu les moyens de mettre son envie à exécution. Elle ne s'était pas étalée sur le sujet et Harry avait senti qu'elle aurait préféré ne pas l'évoquer du tout. Pourtant, rien dans son attitude ne dévoilait qu'elle était marquée par les épreuves. Et Harry faisait partie des rares personnes à les connaître presque toutes. C'était vraiment une femme étrange. Il se félicitait de l'avoir pour alliée.
Tout à coup, sans qu'on y ait frappé, le porte s'ouvrit à le volée. Harry leva les yeux de son bureau pour découvrir des robes de sorcier noires. Cette horrible journée n'était pas prête d'arriver à son terme.
§***§
Severus toisa le jeune chef de l'Ordre du Phénix affalé derrière son bureau, l'air hagard et les yeux vides. L'ex-Mangemort soupira en son for intérieur. Dans des moments comme celui-là, il regrettait d'avoir décidé et promis de veiller sur le fils de Lily il y avait de cela de trop nombreuses années. Maudits soient Dumbledore et l'art de la manipulation dans lequel il était passé maître.
"- On peut savoir ce que vous fichez, Potter?"
Le ton autoritaire qu'il avait employé fit se redresser le jeune homme qui se sentait visiblement pris en faute. Et Severus pensait qu'il avait tout intérêt à l'être.
"- Et bien, je…," bégaya Potter.
"- Apparemment, pas grand chose," déclara Severus, cinglant.
"- Tout le monde est secoué par les événements," tenta de se justifier le jeune homme.
"- Vous n'avez pas le droit de ne rien faire pour autant. L'apitoiement, c'est pour les autres."
"- Mais…"
"- Il n'y a pas de mais qui tienne. Un chef prend des décisions, il agit. Vous êtes le chef ou pas?"
"- On m'a forcé à l'être!"
L'emportement de Potter, qui s'était levé de son siège, agaça Severus.
"- Et vous avez accepté! Maintenant il faut assumer les conséquences! Vous ne pouvez pas fêter une victoire en faisant de beaux discours de leader et puis rejeter la faute sur les autres quand vos choix donnent lieu à des fiascos comme celui-ci!"
"- Qui a dit que je rejetais la faute sur les autres? Je sais très bien que c'est de MA faute!"
"- Et bien assumez pleinement et passez à la suite! Ne laissez pas les survivants se morfondre! Amorcez la prochaine mission!"
Potter se rassit.
"- On ne peut pas…"
Severus fronça les sourcils.
"- D'abord, "on" est un impersonnel, il faut dire "je ne peux pas". Ensuite, pourquoi pas?"
"- Parce que le prochain horcruxe sera encore plus difficile à dénicher. Et que nos membres sont réduits de moitié."
Severus se permit de hausser un sourcil.
"- De moitié? Il me semblait que nous étions tout de même plus nombreux…"
Les noms des morts avaient été affichés dans le grand salon du QG, comme il était de coutume. La liste était longue cette fois, les trois groupes ayant tous été débordés lors de l'assaut conjoint. Néanmoins, pour autant qu'il s'en souvenait, le nombre de noms n'atteignait pas la moitié de leur contingent de membres.
"- Après ce… fiasco, comme vous dites…"
Il y avait de la rancoeur dans la voix de Potter. Tant mieux, piquer son ego avait toujours donné des résultats.
"- L'affichage des noms en a découragé beaucoup. Se sachant menacés, la plupart ont quitté le pays."
"- Alors ce ne sont pas des pertes réelles…"
"- Qu'est-ce que vous dites?"
Severus haussa les yeux au ciel. C'était pourtant évident. Mais il prit la peine d'expliquer.
"- S'ils fuient alors que nos adversaires en sont seulement à leur échauffement, c'est que l'on n'aurait pas pu compter sur eux quand les choses vont vraiment devenir dangereuses."
"- À leur échauffement? Vous plaisantez?"
"- Dois-je vous rappeler, Potter, que nous étions les assaillants? Ils n'ont fait que défendre leur position, pas de poursuite…"
"- Vous n'étiez même pas là!"
"- À qui la faute?"
"- Vous auriez pu insister, mais cela vous arrangeait bien, avouez…"
En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, Severus se retrouva de l'autre côté du bureau, penché sur le jeune homme, la baguette pointée contre son cou. Potter n'avait même pas eu le temps de réagir.
"- Je suis votre meilleur atout, je connais le camp adverse, je sais comment ils se battent et avec quelle facilité ils peuvent vous tenir en respect…"
Il se recula pour permettre à Potter de se redresser. Mais bien qu'il ait ramené son bras le long de son corps, il ne rangea pas sa baguette pour autant.
"- Quelles que soient vos raisons, vous avez décidé de négliger cet avantage," continua-t-il. "Que cela vous serve de leçon."
Plus à l'aise grâce à la distance qui les séparaient de nouveau, Potter se leva pour protester. Severus nota qu'il avait à présent sa baguette à la main. Il était temps, il n'y avait pas de place pour les mélancoliques dans cette guerre.
"- Une leçon?" s'écria le jeune homme. "Allez dire ça aux familles des victimes!"
Severus étrécit les yeux et lui décocha un regard noir.
"- Vous êtes le chef, Potter," dit-il d'une voix sourde, "c'est votre rôle. Et comme vous l'avez dit si justement, je n'étais même pas là, cela ne me concerne pas."
"- Tous les membres de l'Ordre se soutiennent!"
"- On ne soutient pas les morts!"
"- Non, mais on honore leur mémoire!"
"- On n'a pas le temps pour ça, Potter!"
"- Peut-être, mais il le faut…"
Severus vit les rouages du cerveau du jeune homme se mettre à fonctionner. Une lueur d'espoir.
"- Les survivants en ont besoin," déclara le jeune homme. "Que vous soyez d'accord ou pas, j'organiserai une cérémonie du souvenir."
"- Pure perte de temps," rétorqua Severus, cette fois sans grande conviction, juste pour la forme.
"- Libre à vous de ne pas venir."
Potter était de nouveau calme, certain de son bon droit et de la marche à suivre. Le coup de pied au derrière, c'était la solution la plus efficace avec lui, Severus en était certain. Il haussa les épaules et se dirigea vers la porte.
"- Attendez," dit Potter d'un ton posé, loin d'être suppliant.
Severus marqua un temps d'arrêt.
"- Je ne négligerai plus vos compétences, à l'avenir," déclara le jeune homme.
"- Parfait."
"- Et cela commence maintenant. Que savez-vous de la manière de détruire un horcruxe?"
Severus tiqua et se retourna pour faire de nouveau face à Potter.
"- Si le Seigneur des Ténèbres le sait," répondit-il, "ce n'est certainement pas lui qui aurait révélé l'information."
"- Oui, c'est certain. Mais peut-être avez-vous une idée?"
"- Non."
Potter afficha une mine déçue. Il faudrait qu'il apprenne à ne plus jouer au chien battu pour obtenir de l'aide.
"- Par contre," poursuivit Severus, "j'ai peut-être la personne qu'il vous faut. Je vous ferai savoir ce qu'il en ressort."
"- Très bien, merci."
Le professeur inclina la tête et quitta le bureau. Il avait une lettre à écrire.
§***§
Le craquement sonore qui retentit soudain dans son salon le fit sursauter. Il n'aurait pas dû être surpris, mais il s'était laissé absorber dans la rédaction de sa lettre. Il s'empressa de faire disparaître parchemins et encre en les envoyant dans son laboratoire d'un coup de baguette. Son geste n'échappa cependant pas à Erika qui le regardait avec un léger sourire aux lèvres.
"- Bonsoir, Severus. Je ne te dérange pas, j'espère? Il me semble être à l'heure."
Elle jeta un coup d'oeil à l'horloge. Il leva les yeux au ciel. Bien sûr qu'elle était à l'heure.
"- Bonsoir, Erika. Assieds-toi."
Le sourire de la jeune femme s'effaça et elle s'exécuta sans un mot. Il hésita une fraction de seconde. Avait-il été trop agressif? Non, elle avait juste recouvré son sérieux. Il n'allait pas devenir paranoïaque, tout de même.
"- Bien," dit Erika, "tu as des informations supplémentaires?"
"- Tu es au courant de la dernière attaque?"
"- J'en ai entendu parler, oui. Le résultat est peu probant, il me semble."
"- En effet. Le Seigneur des Ténèbres avait bien tendu ses pièges, mais ils étaient trop bien préparés."
"- Que veux-tu dire?"
"- Ils connaissaient le moment de l'attaque de l'Ordre. Sur les trois fronts. Et tout le monde était présent à la réunion de préparation. Miss Swire avait été chargée de désinformer les Mangemorts. Elle n'a visiblement pas du tout fait ce qu'on attendait d'elle."
Erika acquiesça doucement, puis secoua la tête.
"- Cela ne veut malheureusement rien dire. Ils ont très bien pu ne pas la croire, et à raison. Il y a peut-être quelqu'un d'autre qui nous trahit."
"- Tu y crois?"
"- Non, mais c'est ce qu'on nous rétorquerait. Nous avons l'éclairage que Remus nous a donné, mais il était son contact exclusif pour qu'elle reste crédible tant que tu étais sous couverture."
"- La parole d'un mort ne vaut pas grand chose."
Erika se renfrogna en affichant un air déçu.
"- Sans preuve directe, on n'arrivera jamais à la coincer!" s'exclama-t-elle.
"- En effet," acquiesça Severus. "D'après ce que j'ai vu, elle joue les ingénues mais est extrêmement prudente. Elle protège son esprit aussi."
"- Tu as essayé de la légilimencer?" s'inquiéta Erika.
"- Tu me prends pour un débutant? Elle s'en serait aussitôt aperçue. J'ai juste senti ses boucliers mentaux en croisant son regard."
"- Pardonne-moi, je ne voulais pas t'insulter."
"- Peu importe," dit-il en balayant la remarque d'un geste de la main. "Je veux juste te mettre en garde sur ce point, ses défenses mentales sont très puissantes."
"- Parce que moi, je suis une débutante, sans doute?"
Il haussa les sourcils, étonné de la réaction de la jeune femme.
"- Je ne t'ai pas attendu pour tenter de m'améliorer!" continua-t-elle. "Quand tu as jugé bon que je m'expatrie, je n'ai pas eu d'autre choix que d'apprendre seule!"
Severus fut touché de plein fouet par le désespoir qui irradiait d'Erika. Il ne s'était pas imaginé quelle Legilimens naturelle puissante elle était et ses propres boucliers mentaux n'étaient pas en place. Il rectifia rapidement cette erreur juste à temps pour éviter d'être submergé par une émotion qui n'était pas la sienne. Il croisa le regard d'Erika et pendant une fraction de seconde, il y lut une profonde détresse. L'instant d'après, les yeux de la jeune femme était inexpressifs. Elle avait repris le contrôle. Il comprenait mieux, à présent, ce qui s'était passé après l'épisode du Feudaymon. Elle n'avait pas tué tous ces Mangemorts sciemment. Elle avait juste projeté ses émotions et son désir de vengeance dans leur esprit. La surcharge sensorielle avait eu sur eux l'effet d'un Doloris mental mortel.
"- Je suis désolée de m'être emportée," dit-elle alors qu'il gardait le silence en réfléchissant, "je suis fatiguée."
Elle ne contrôlait absolument pas cette puissance qu'elle puisait inconsciemment dans ses réserves de magie. Severus soupira. Il ne pouvait pas l'aider. La maîtrise de soi était un art tout personnel.
"- As-tu songé," demanda-t-il en continuant sa réflexion à voix haute, "à la déviation?"
"- De quoi parles-tu?"
"- Plutôt que de tenter vainement de tout contrôler, ce à quoi tu ne parviens visiblement pas, tu pourrais canaliser le trop-plein vers quelque chose en particulier."
"- La dernière fois que j'ai canalisé, j'ai obtenu mon diplôme de meurtrière accomplie, je te rappelle."
Le ton qu'elle avait employé se voulait détaché, mais une note d'amertume s'y était glissée.
"- Il existe des objets magiques qui peuvent servir de réceptacle."
"- Hm, oui, je verrai…"
Elle ne comptait pas du tout explorer cette possibilité parce que cela reviendrait à admettre son échec.
"- Erika…"
"- Quoi?"
De nouveau cette agressivité. Il ne dit rien, mais l'observa. Il l'avait connue beaucoup plus neutre et égale à elle-même. Même depuis la mort de Lupin. Quelque chose la rongeait. Elle ne soutint pas son regard et détourna les yeux rapidement. Des larmes y étaient apparues.
Avant d'avoir pu y réfléchir et s'en empêcher, il se leva et s'installa à côté d'elle pour la serrer contre lui. Elle pleura en silence, sans sanglots. Quand les larmes se tarirent, ils ne bougèrent pas. Severus se borna à ne pas penser. Il tenait Erika dans ses bras et elle y restait volontairement. Il savait qu'elle ne dormait pas car il ne la sentait pas s'affaler contre lui. Cependant, la tension dans le corps de la jeune femme se relâchait doucement. Lui-même se sentait plus détendu, plus calme.
Alors il comprit. Ce n'était pas l'éloignement qui leur permettrait d'être concentrés dans leurs tâches difficiles en ces temps de guerre. Il était son réceptacle et elle était son second souffle.
Doucement, il mit sa bouche contre la tête d'Erika. Il s'imprégna de son odeur et déposa un baiser sur ses cheveux. Elle releva lentement la tête et il en profita pour embrasser la courbe de son visage jusqu'à ce que leurs lèvres se rencontrent. Elle pivota légèrement sans se détacher pour se positionner face à lui. Ils s'embrassèrent longuement. C'était très tendre. Severus sentait qu'Erika avait besoin de douceur. Elle était également avide de contact, elle restait collée à lui et ne permettait qu'à un filet d'air de s'immiscer parfois entre leurs lèvres. C'était spécial pour lui, nouveau. Il n'y avait jamais eu de femme qui avait besoin de lui comme Erika. Il n'avait jamais eu besoin d'une femme comme d'Erika. Cet instant qui se prolongeait encore et encore semblait comme suspendu dans le temps. Il aurait voulu que cela dure pour toujours. Mais il n'était qu'un homme, et plus le baiser durait, plus l'envie d'aller plus loin grandissait en lui. Malgré lui, sa respiration s'accéléra. Il s'enivrait de l'odeur de la jeune femme.
Alors elle bougea les bras. Pendant un temps infime, il crut qu'elle allait s'éloigner et leur baiser resta suspendu entre leurs lèvres entrouvertes qui s'effleuraient. Puis Erika referma ses bras autour de lui pour l'attirer complètement contre elle. Il la fit basculer pour l'allonger sur le divan et elle l'entraîna avec elle. Ils continuèrent de s'embrasser, mais cette fois avec plus de passion. Se détachant à regret, il se redressa pour constater qu'elle portait une robe de sorcière au lieu de ses vêtements habituels d'inspiration moldue. Il sourit et la lui enleva. Elle en profita pour lui imposer le même traitement. Leurs sous-vêtements suivirent aussitôt sur le sol. Au premier contact de leurs corps nus alors qu'ils se collaient l'un à l'autre, Severus sentit une vague de chaleur et de bien-être l'envahir. Ils s'embrassèrent de nouveau, et cette fois leurs corps cherchèrent à compléter cet échange, passionné mais toujours tendre. Lorsqu'ils y parvinrent, il ressentit une complétude jamais éprouvée auparavant. Il murmura le nom de la jeune femme plusieurs fois, comme pour être certain que cet instant parfait n'était pas le fruit de son imagination. Erika lui sourit et entrelaça leurs doigts. Il ferma les yeux. Il était bien, allongé tout contre elle en la tenant dans ses bras. Il espérait qu'elle aussi.
