Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
NdA: Le chapitre 20! Je n'en reviens pas d'être arrivée si loin! Et pourtant, la fin n'est pas encore pour tout de suite! Un léger retard de publication dû au camp NaNo dans lequel ma bêta et moi-même nous jetons à corps perdu, et aussi parce que c'est les vacances, il faut bien souffler de temps en temps! Toujours est-il qu'il n'attend plus que vous, il est en ligne rien que pour vos yeux! Je vous laisse donc à votre lecture! N'oubliez pas une petite review à la fin! Merci Manon pour ton soutien ;-)
Chapitre 20 - Le côté obscur
Ils étaient tous debout. Tous et pourtant si peu. Harry les avait vus défiler pour prêter allégeance à l'idéal que l'Ordre du Phénix défendait. Aujourd'hui ils défilaient devant les photos commémoratives des membres tombés pour cet idéal. Ces derniers avaient été courageux au point de donner leur vie pour la liberté. Ceux qui leur rendaient hommage étaient courageux de rester en sachant qu'un sort funeste pouvait les attendre. Ils avaient tous été très attentifs lors du discours qu'il avait prononcé. Il savait qu'ils seraient à l'affût de la moindre erreur qu'il pourrait commettre, du moindre oubli, mais aussi qu'ils seraient à la recherche de toute forme d'encouragement pour continuer malgré ces massacres, pour garder l'espoir que cela avait servi et servirait encore à quelque chose. Harry avait passé beaucoup de temps sur ce discours, hanté lui-même par toutes ces morts, et il avait harcelé Hermione pour obtenir son aide malgré que leur ami soit toujours alité. Le résultat en avait valu la peine, car tous ces membres venus pour honorer la mémoire de leurs amis et alliés semblaient à présent confiants dans l'avenir malgré la douleur de la perte d'êtres chers.
Harry déambulait dans la salle bondée où le noir prédominait encore plus qu'à l'accoutumée et où le ton restait faible pour se montrer respectueux. Il avait été étonné d'apercevoir Rogue, mais Merlin seul connaissait les motivations du professeur. Erika était venue également, accompagnée de sa cellule au complet. C'était normal, ils avaient participé à une bataille essentielle et leur chef avait aussi sacrifié sa vie pour les sauver. Sirius n'était pas resté en arrière, mais Harry le trouvait plus renfermé que jamais. La mort de Remus serait une cicatrice qui ne refermerait jamais complètement.
"- Harry!"
Le chef de l'Ordre se retourna vivement en entendant la voix surexcitée d'Hermione. Il ne put empêcher un large sourire de se dessiner sur son visage en apercevant la personne qui accompagnait son amie.
"- Ron!"
Il se précipita vers eux et serra le rouquin dans ses bras.
"- Hey, doucement…," dit Ron en se crispant un peu sous son étreinte.
"- Oh, pardon…"
Harry se recula pour examiner son meilleur ami.
"- Comment tu te sens?" s'enquit-il.
"- Bah, comme si un troupeau d'hippogriffes m'était passé dessus."
"- Oh, Ron," intervint Hermione d'un ton plein de sollicitude. "Ça ne fait qu'une heure que tu es sorti du coma, tu devrais te reposer…"
"- Non," rétorqua le rouquin. "Je veux voir ma famille."
Harry vit une grande détermination qui voulait supplanter une profonde tristesse envahir le regard de Ron et cela le secoua profondément. Il n'avait pas oublié pourquoi son ami avait frôlé la mort de si près, pourquoi lui-même s'était mis en danger si ouvertement, mais il avait occulté cet élément déclencheur terrible, il aurait même voulu l'oublier. Il aurait aussi voulu dire ou faire quelque chose pour que cette tristesse insupportable dans les yeux de son ami disparaisse, mais il ne savait pas comment réagir de manière appropriée.
"- Où sont-ils, Harry?" demanda Ron, mettant un terme à ses réflexions.
"- Ah, je crois qu'ils sont par là."
Il désigna la direction où il avait aperçu les Weasley pour la dernière fois, non loin de la photo du fils et frère qui leur avait été enlevé. Harry avait fait de son mieux pour rendre hommage à Percy. Après ses premières accointances discutables, le jeune homme était revenu dans le droit chemin et avait fait preuve d'une bravoure exceptionnelle. Cependant, il aurait été mal perçu que Harry mette plus en avant certains morts que d'autres, alors il n'avait pas fait l'éloge particulière à laquelle il avait songé en arrivant au nom de Percy dans la liste de son discours. Il avait eu l'intention de s'exprimer directement avec Arthur et Molly, mais à dire vrai, il avait évité de croiser leur regard et ne les avait pas encore salués. Le rétablissement de Ron enlevait un fardeau à porter devant eux, mais cela ne ferait pas revenir Percy.
Harry observa donc ses amis s'éloigner sans les accompagner. Hermione soutenait Ron qui semblait avoir beaucoup de mal à tenir sur ses jambes. En y regardant de plus près, Harry remarqua qu'il s'appuyait exagérément sur la jeune femme. Il sourit. Décidément, le rouquin ne ratait jamais une occasion avec Hermione. Si seulement il apprenait à ne plus faire passer sa susceptibilité avant le reste, il pourrait être un excellent partenaire. Harry se sentit soudain envahi par une vague de regret très différent de sa culpabilité concernant les morts célébrés ce jour-là. C'était Ginny qui avait décrit Ron comme il venait d'y songer. Ginny qui l'aimait toujours bien, mais qui ne s'était plus sentie en phase avec lui. Ginny qui était en fait amoureuse de Luna. Ginny qui lui manquait en fait de moins en moins. Ginny qui lui avait dit en se moquant qu'il irait bien avec Ron, puisqu'ils ruminaient toujours ensemble.
"- Je le savais…"
Harry sursauta avant de parvenir à identifier son parrain qui venait de parler juste derrière lui.
"- Tu savais quoi?" demanda-t-il sur la défensive en se tournant vers l'animagus.
Sirius regardait au-delà de son filleul et sembla revenir au moment présent en se focalisant sur Harry.
"- Rien," répondit-il. "Arrête de faire cette tête, Harry."
"- Quoi?"
"- Ton discours était plein d'espoir et tu fais une tête d'enterrement…"
"- C'est de circonstance, il me semble. Et tu peux parler!"
"- Oui, mais ce n'est pas moi que les gens regardent…"
Sirius n'avait pas tort. Dans cette petite salle remplie de membres de l'Ordre en deuil, il y avait toujours quelqu'un pour regarder dans sa direction. C'était épuisant. C'était même suffocant. Tout à coup, Harry se sentit comme privé d'air. Il devait sortir. Sans un mot, il quitta la pièce et se rendit à l'extérieur. Les premières neiges s'étaient abattues sur le pays et le sol était couvert d'un léger tapis blanc. Il marcha un petit moment, la respiration saccadée. Puis il commença à se calmer. L'air froid lui faisait du bien. Pour un temps, il n'était plus le chef de l'Ordre, il n'était plus le responsable de ces fiascos, de tous ces morts. Il était simplement Harry. Alors il entendit le bruit de pas crissant dans la neige.
"- Ça va, Harry?"
Le jeune homme secoua la tête en silence. Il ne voulait pas parler, parce que s'il le faisait, il craquerait. Et il ne voulait pas craquer, pas même devant son parrain. Pourtant, c'était une des rares fois, si pas la seule, où Sirius se comportait comme un parent plutôt que comme un ami. D'ailleurs, plutôt que d'essayer de le forcer à s'exprimer ou de tenter de le distraire avec une anecdote stupide, l'animagus se posta près de lui sans le regarder.
"- Je ne peux même pas imaginer ce que tu endures," déclara Sirius d'un ton neutre, "mais je me doute que ce n'est pas facile du tout."
Harry ne dit rien. Sirius continua en fixant l'horizon devant lui.
"- Le plus dur, c'est d'être toujours tout seul."
Il soupira.
"- Parce que même si des personnes capables de te faire oublier que c'est dur t'accompagnent, elles finissent toujours par partir…"
Un long silence s'installa entre eux. Harry songea bien évidemment à Ginny, à Dumbledore. Puis aussi à Hermione qui désapprouvait une partie de ses méthodes et le faisait alors se sentir misérable de n'avoir pas d'autre solution. Mais à côté de ces personnes, il y avait Ron, son soutien éternel. Harry était extrêmement content de l'avoir à nouveau à ses côtés dans son combat, son soutien était indéfectible, toujours.
"- Non," rétorqua-t-il finalement, "il y en a qui restent."
Il fixa Sirius avec détermination et confiance. Son parrain le regarda avec bienveillance.
"- Alors tant mieux, je suis content pour toi."
Et il retourna vers la salle, le dos un peu voûté. Harry fronça les sourcils, intrigué, puis se hâta de le suivre pour réintégrer comme il se devait son rôle de chef.
§***§
Severus était excédé. Quelle perte de temps de se trouver ici alors qu'il avait des potions à préparer. Tous ces pleurs, ces lamentations et ces mots de réconfort l'insupportaient. Heureusement, il était parvenu à trouver une activité plus intéressante et rentable. Puisque la majorité des membres de l'Ordre actifs se trouvaient présents dans la même salle, il pouvait les observer tout à loisir, ce qu'il ne se priva pas de faire. Et ce qui en ressortit clairement, c'était que Miss Swire n'avait pas la conscience tranquille. Lupin avait eu raison de se méfier d'elle. Et Erika avait eu raison de croire ce qu'il lui avait dit. Mais sans preuve ou aveux, impossible de confondre la jeune femme.
Contrairement à ce que Severus aurait pu imaginer, Erika était très à l'aise à la cérémonie. Pour tous, elle était clairement là pour honorer la mémoire des morts au combat. Et pourtant, Merlin savait que tant qu'il ne serait pas vengé, elle ne ferait pas le deuil du loup-garou. Elle s'était recueillie avec Black devant le portrait de Lupin et avec les Français devant celui de leur ancien chef de cellule, comme tout le monde s'y attendait. À présent elle restait avec les Résistants et parlait essentiellement français. Si elle avait voulu envoyer un message à Potter quant à leur statut respectif, elle ne s'y serait pas prise autrement. C'était peut-être même le but premier de la manoeuvre. Et cela donnait le change sur la prolongation du temps passé là en attendant de pouvoir attirer Alice à l'extérieur sans se faire remarquer.
Quand la salle commença à désemplir, Erika renvoya les Français chez eux. Plus exactement, elle leur recommanda un endroit pour ne pas rentrer directement à la cellule sans couvre-feu de retour précis. Cela leur donnerait du temps pour la suite. Tandis qu'il était occupé à observer Erika, Severus sentit une vague de colère s'abattre sur ses boucliers mentaux. Il dut faire appel à toute sa maîtrise de soi pour ne pas chercher du regard la source de cette agression incontrôlée. Il fit mine de reprendre son observation des gens dans la salle et finit par croiser le regard de leur cible, qui resta haineux à son endroit une fraction de seconde avant qu'elle ne détourne la tête. Il fronça les sourcils. C'était étrange. À part en tant que son Professeur de Potions sévère car elle n'avait aucun talent pour la discipline, il n'avait aucun passif avec Miss Swire. D'où pouvait venir cette colère forte au point de ne pas être retenue par une Legilimens notoire comme elle? Peu importait, il finirait par le savoir, Erika s'en chargerait ou le Veritaserum la ferait parler.
Les Français s'en furent, et Erika quitta la salle peu après. Pour tous, elle était repartie avec eux, c'était le but de la manoeuvre. Il ne fallut pas longtemps pour que Severus voie leur cible réagir. Erika s'était attribuée la tâche ardue de la provoquer mentalement sans contact visuel. Severus était resté à l'intérieur pour vérifier que cela fonctionnerait, et c'était le cas. Il sortit donc à son tour. Mais alors qu'il allait se désillusionner après avoir rejoint le point décidé avec Erika, il aperçut cette dernière effectuer ce même sort juste après avoir posé son doigt sur sa bouche. Pourquoi échangeait-elle leurs rôles au dernier moment? Il entendit des pas crisser violemment dans la neige et eut sa réponse en voyant leur cible se diriger vers lui avec détermination et toujours cette même colère qu'il ne s'expliquait pas.
"- Ça vous prend souvent de torturer les autres, hein, vous adorez ça, non?" lui lança-t-elle d'un ton hargneux.
"- Je vous demande pardon, Miss Swire?"
Il avait l'habitude des allégations virulentes et stupides de certains des plus téméraires de ses élèves frustrés, il avait donc affiché son indifférence habituelle face à l'attaque verbale.
"- Pas de chance," continua-t-elle sans répondre directement, "je sais me défendre contre vous!"
"- Je n'en vois pas la raison," répondit-il d'un ton neutre, "puisque nous sommes dans le même camp…"
"- Plus jamais, espèce de meurtrier!"
Il fronça les sourcils, intrigué. On lui avait déjà servi cette soi-disant insulte qui n'était que la réalité, mais il ne voyait pas en quoi ce point de vue touchait son interlocutrice. Peu importait, il résoudrait cette énigme plus tard, Erika avait besoin d'un angle de tir avant que cette furie n'ameute tous les membres de l'Ordre encore présents dans la salle.
"- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler," déclara-t-il platement, ce qui était tout à fait vrai, et il la dépassa en faisant mine de se désintéresser d'elle.
Elle se tourna pour l'attraper par un pan de sa robe.
"- Pas si vite, vous…"
Un Stupefix plus tard, elle s'écroulait au sol. Erika réapparut et les rejoignit. Sans un mot, Severus l'aida à la soulever et la tenir avant de transplaner ensemble. Personne ne les avait vus, leur plan avait fonctionné. À présent, ils étaient dans les cachots de la Résistance. Erika avait trouvé une référence à propos de cet endroit situé sous le bâtiment de sa cellule et elle en avait déniché l'accès. Ils avaient renforcés l'isolation magique de l'endroit, afin que les Résistants ne se rendent compte de rien. Erika laissa tomber au sol la jeune femme stupefixée et l'enferma magiquement dans la plus grande cellule. Severus l'observa attentivement pendant qu'elle effectuait ces simples manipulations magiques. Elle exultait. De manière contrôlée, mais c'était évident. Il lui agrippa le bras gauche et releva vivement la manche de sa robe noire.
"- Hey, mais qu'est-ce qui te prend?" s'exclama-t-elle avant de poser son regard en même temps que lui sur son bras.
La Marque luisait d'un noir flamboyant. Severus croisa le regard d'Erika, furieux.
"- Tu t'en sers!" l'accusa-t-il.
"- Pourquoi pas…," rétorqua-t-elle.
Elle n'avait même pas nié. Il la dévisagea, incrédule.
"- Tu te rends compte que cette magie noire se nourrit de toi autant que tu te nourris d'elle? Ça te transforme, Erika!"
"- Le Feudaymon m'a déjà transformée, Severus, je ne serai jamais un gentil héros tout blanc!"
"- Mais tu peux lutter pour rester du bon côté…"
Il avait dit ça d'un ton désespéré. Il ne voulait pas de son parcours pour Erika, c'était tellement plus dur de retrouver le droit chemin après s'être enfoncé dans la fascination du pouvoir magique.
"- Je suis du bon côté, crois-moi," dit-elle en attrapant ses mains.
Elle accrocha son regard et lui sourit doucement. Pure manipulation, il n'était pas dupe. Mais elle croyait en ce qu'elle disait. Il avait cru aussi qu'il faisait les bons choix. Il ne parviendrait pas à la détourner de cet attrait. Il ne pouvait qu'être là quand elle aurait besoin d'une bouée à laquelle s'accrocher. Il soupira et se pencha pour l'embrasser. Il espérait qu'elle tiendrait bon jusqu'au bout, qu'il ne devrait pas intervenir, parce qu'il le ferait si elle se perdait, mais il n'était pas du tout certain qu'il serait assez fort pour la ramener.
§***§
"- Professeur Rogue?"
Harry jeta un coup d'oeil rapide dans ce qu'il voyait des quartiers du professeur pour être certain qu'il n'y avait personne d'autre que lui.
"- Oui, Potter?" répondit Rogue en apparaissant dans son champ de vision. "Je suis seul."
"- Avez-vous la possibilité de venir au QG? J'ai besoin de vos lumières."
Le professeur acquiesça et Harry se retira des flammes qui reprirent leur couleur naturelle. Il avait longtemps hésité avant de faire appel à Rogue. Mais c'était la meilleure chose à faire, Ron était entièrement d'accord et même Hermione avait approuvé. L'ex-Mangemort arriva et s'épousseta avant de regarder Harry.
"- Que me vaut l'honneur?" demanda-t-il sur un ton mi-figue mi-raisin.
Il semblait contrarié et passablement fatigué. Harry ne fit aucun commentaire sur ce point, sachant combien cela excédait Rogue.
"- Nous pouvons nous installer dans mon bureau ou au petit salon, j'aimerais vous exposer notre prochaine manoeuvre."
"- Avez-vous rangé le vide-grenier qui vous sert de bureau?"
"- Heu, plus ou moins…"
"- Le salon."
"- Très bien."
Harry ouvrit le chemin et ils se rendirent jusqu'à la pièce intérieure sans un mot. Après s'être assis, Rogue attendit.
"- Nous avons trouvé un troisième horcruxe à récupérer."
"- Voilà une efficience inattendue."
Le ton du professeur était mordant. Il n'était clairement pas de bonne humeur. Harry continua sans relever.
"- Une mission de reconnaissance a été effectuée pour s'assurer que nous pourrions maîtriser la zone, et il ne semble pas gardé."
"- C'est un leurre. Le Seigneur des Ténèbres sait que nous les recherchons."
"- Exactement. Voilà pourquoi j'ai besoin de votre aide. Nous sommes à peu près certains qu'il y aura des pièges à l'endroit même pour protéger l'objet. Et c'est seulement si nous parvenons à nous en sortir qu'ils nous tomberont dessus pour nous achever. Nous devons être prêts."
"- Vous ne pouvez pas."
Harry soupira.
"- Je comprends votre défaitisme," dit-il, "mais j'aimerais un avis un peu plus constructif…"
"- Ce n'est pas une question de défaitisme, Potter, ce sont des faits. Si le Seigneur des Ténèbres a jugé inutile de déplacer l'horcruxe que vous convoitez, c'est que les sorts de magie noire qui le protègent sont très puissants. Tout le monde sait que l'étendue de ses connaissances en la matière est vaste et variée. Ceux qui iront récupérer cet objet vont souffrir, voire y laisser leur vie. Si toutefois ils survivent, ils seront incapables de se défendre face à l'attaque de Mangemorts qui suivra."
"- Il faudra donc qu'ils s'enfuient avant que les Mangemorts aient compris qu'ils ont réussi."
"- S'ils s'en sortent et s'ils en ont encore la force, oui, c'est la meilleure chose à faire. Un nombre très restreint sera également un avantage."
"- J'irai seul."
Harry vit Rogue lever les yeux au ciel.
"- Mais bien sûr, Potter, comme cela les Mangemorts n'auront plus qu'à vous cueillir…"
"- Je ne peux pas demander aux autres membres d'y aller à ma place!"
"- Non seulement vous pouvez, mais vous devez. Il faut deux personnes, une qui éprouvera les pièges et l'autre qui sera son sauf-conduit."
"- Vous serez mon sauf-conduit, alors."
"- Potter, vous ne devez pas y aller. Et bien que je me doute que vous souhaitez vous débarrasser de moi, je ne vois pas pourquoi j'irais m'exposer à mes anciens collègues."
"- Parce que vous êtes le plus apte à m'aider si un sort de magie noire me tombe dessus."
"- Êtes-vous sourd? Quand bien même j'accepterais d'y aller, ce ne sera pas avec vous."
"- Dumbledore a…"
"- Vous n'êtes pas Dumbledore. Et vous avez vu ce qui lui en a coûté…"
Harry se tut. Dumbledore avait disparu. Il lui avait laissé l'Ordre sur les bras avec pour consigne sous-jacente de ne pas faire les mêmes erreurs que lui. Ils avaient tâtonné pendant des années, essayant d'empêcher Voldemort d'accéder au pouvoir en agissant dans l'ombre, mais cela n'avait pas porté ses fruits. Jusqu'à ce que Harry cherche à détruire directement la source du problème. Certes, ils progressaient, mais jamais leurs missions n'avaient été si mortelles.
"- Très bien," dit-il finalement. "Je n'irai pas. Mais je voudrais que vous alliez avec la personne qui se portera volontaire."
Rogue se pinça l'arête du nez et ferma les yeux en inspirant doucement mais profondément. Quand il rouvrit les yeux, il ne regarda pas Harry.
"- Très bien, Potter, j'irai. Mais vous avez intérêt à trouver un excellent volontaire, car si j'estime que les risques d'échec sont trop grands, j'annulerai la mission."
"- C'est de bonne guerre."
Le professeur se leva et partit sans un mot de plus. Harry soupira et se rendit dans son bureau. Ce n'était pas ce qu'il prévoyait au départ. Laisser deux sorciers se débrouiller seuls au lieu d'avoir l'Ordre en embuscade pour les protéger lui semblait déloyal. Mais Rogue avait raison, il ne pouvait plus se permettre de risquer la vie de tous ses membres à chaque mission. À peine s'était-il assis derrière ses piles de documents qu'on frappa à la porte.
"- Entrez…"
Ron et Hermione poussèrent la porte et s'installèrent de l'autre côté du bureau de Harry.
"- Alors," demanda Hermione, "qu'en pense-t-il?"
"- Que ce n'est pas à faire," répondit Harry d'un ton dépité.
"- Oh, c'est facile de juger!" s'exclama Ron. "Il a sans doute mieux à proposer!"
"- En fait," continua Harry, "oui…"
"- Et qu'est-ce qui est infiniment plus brillant que notre plan?"
Le chef de l'Ordre croisa le regard plein d'indignation de son ami et sourit. La légitimité froissée faite homme.
"- Il propose que seulement deux personnes s'en chargent..."
"- Ben tiens!" ironisa Ron.
"- … et il sera l'une de ces deux personnes," précisa Harry.
Ron s'affaissa aussitôt, ne trouvant plus de critique à formuler.
"- Qui sera l'autre?" demanda Hermione. "Pas toi j'espère!"
Il lut dans son regard qu'elle pensait la même chose que Rogue.
"- Non, il a refusé que ce soit moi. Et je n'accepterai qu'un volontaire pour prendre cette place."
"- Alors j'irai."
Harry vit Ron se tourner vivement vers Hermione pour la dévisager.
"- Mais tu es folle!" s'exclama-t-il.
"- Et quoi, Ron, tu penses sans doute que je n'en suis pas capable?"
"- Heu, non, mais…"
"- Alors il n'y a pas de mais, j'ai tout à fait le droit de me porter volontaire. N'est-ce pas, Harry?"
Le jeune homme vit les deux têtes se tourner vers lui. Il acquiesça doucement, bien que personnellement il aurait préféré que ce soit quelqu'un d'autre. Mais Rogue approuverait, et cela pourrait bien se passer avec ce duo de sorciers doués. Ron se renfrogna. Hermione acquiesça à son tour.
"- Alors c'est décidé," dit-elle. "Quand partons-nous?"
"- Dès que possible," répondit Harry. "Je vais chercher Rogue."
§***§
"- Professeur, c'est hors de question!"
Severus leva les yeux au ciel et toisa la jeune femme avec lassitude.
"- Vos soupirants voudront ma mort si je vous laisse boire cette potion, Miss Granger," rétorqua-t-il.
"- Je m'en contrefiche! Quels qu'en soient ses effets, vous serez plus apte à me soigner que le contraire!"
Elle n'avait pas tort, mais Severus avait du mal à le reconnaître. Il n'avait pas pour habitude de regarder passivement les autres prendre des risques qu'il pouvait peut-être mieux encaisser. Et contrairement à la jeune femme, il n'avait pas peur de mourir. Il pouvait voir dans ses jeunes yeux qu'elle y pensait et que cela l'effrayait, mais son attitude était déterminée et elle ne céderait pas. Il songea également qu'il n'y avait pas de raison que cela soit mortel. Alors il lui tendit le verre qu'il avait fait apparaître pour attraper l'insaisissable liquide. Cette potion était extrêmement complexe et les sortilèges qui la protégeaient étaient d'une sensibilité infinie. Bien que son service auprès du Seigneur des Ténèbres lui avait valu d'avoir accès à un savoir incomparable en magie noire, il ne pouvait qu'admirer le talent dont son ancien maître était doté. Non seulement pour avoir déniché une telle chose, mais pour l'avoir également réalisée. Qui sait, peut-être l'avait-il même créée? C'était démoniaque, mais incroyablement ingénieux et raffiné. En son for intérieur, la jalousie le disputa au dégoût. Aurait-il été capable d'en faire autant s'il n'y avait pas eu Lily? Aurait-il continué sur cette voie? Alors qu'il s'en était volontairement éloigné, l'attrait du pouvoir et de la connaissance était toujours bien présent en lui. Erika parviendrait-elle à ne pas s'abîmer dans cette même quête? Il fut tiré de ses réflexions quand Hermione s'écroula sur le sol. Elle avait vidé la moitié du contenu du bassin qui contenait la potion. À présent elle s'était recroquevillée en position foetale, les yeux clos et les lèvres serrées au point de ne plus former qu'une fine ligne sur son visage.
"- Miss Granger?" appella-t-il.
Aucune réponse, mais un frisson parcourut le corps de la jeune femme. Les effets de la potion étaient profonds, ils s'étaient ancrés à elle et s'attaquaient sans doute à son esprit. Ce domaine-là, il le connaissait, il pourrait l'aider. Il ramassa le verre resté dans le bassin et le remplit avant d'attraper la jeune femme pour la faire s'asseoir et le lui porter aux lèvres. Elle ne les desserra pas.
"- Allons, Miss, soyez raisonnable, il faut boire…" dit-il de la voix la plus réconfortante qu'il put employer.
Elle entrouvrit les lèvres et avala tout le contenu du verre. Heureusement, la potion n'agissait qu'un peu après avoir été ingérée. Mais la jeune femme se révolta alors, se débattant pour quitter l'étreinte de Severus qui n'eut d'autre choix que de la durcir. Elle devait finir la potion, ils ne pouvaient pas être deux à en boire et à s'affaiblir de la sorte, il devait rester lucide pour les sauver tous les deux. Il remplit le verre à nouveau et la rassura pour la faire boire. Elle se révolta encore, gémissant, suppliant, de plus en plus fort à chaque fois qu'il recommençait jusqu'à ce que le bassin soit vide. Il attrapa le bijou doré qui apparut et le fourra dans une poche interne de ses robes avant de redonner sa pleine attention à la jeune femme. Elle était inconsciente mais tremblait violemment comme si elle était en proie à une crise. Il la serra contre lui pour la stabiliser et éviter qu'elle ne se blesse. Alors elle revint à elle.
"- … soif…" dit-elle dans un souffle à peine audible.
Severus réfléchit à toute vitesse. Cela ne pouvait pas être si simple. Si elle avait été seule, qu'aurait-elle fait? Sans doute un Aguamenti. Qui ne fonctionnerait certainement pas, pour la pousser à boire à une autre source disponible. L'eau du lac. Le lac d'Inferis. Elle ne pouvait pas boire cette eau, il n'en viendrait sans doute pas à bout. Mais ils devaient ressortir de cette damnée caverne comme ils y étaient entrés, sans transplaner. Cela prendrait du temps. Et elle réclamait toujours de l'eau, tremblante. Dans la petite barque d'une personne, il aurait beaucoup de mal à la maîtriser. Deux choix s'offraient à lui. Ou il s'insérait dans son esprit sans son accord pour lutter contre un sort qu'il ne connaissait pas au risque d'échouer, ou il se servait de l'Imperium. Des deux solutions, il se dit que la seconde serait celle contre laquelle la jeune femme se rebellerait le moins. Il détestait ça, mais il le fit pour les sauver. Le chemin du retour lui parut bien plus long que l'aller. L'esprit de la jeune femme était difficile à contrôler. Encore une qui avait une aptitude naturelle à l'Occlumencie. Mais quand ils rejoignirent l'accès immergé, la jeune femme put enfin boire et Severus leva l'Imperium. Malgré son épuisement, elle parvint à nager seule jusqu'à l'extérieur. La nuit était tombée, mais il les désillusionna quand même pour parcourir le reste de la distance qui les séparait de la barrière de transplanage. Le craquement caractéristique indiquerait aux Mangemorts qu'ils étaient passés, mais ils seraient déjà loin avec l'Horcruxe. Mission accomplie.
§***§
Il avait transplané directement dans le sous-sol du bâtiment de la Résistance après avoir laissé Hermione au QG et jeté l'Horcruxe dans les mains de Potter en lui murmurant un "Plus jamais!" venimeux. Il avait été secoué par cette mission, plus qu'il ne pourrait l'admettre devant qui que ce soit. Mais il ne pouvait pas s'isoler au risque de trop y songer et il n'était pas en état de se raisonner seul. Il caressait également l'espoir que sa condition alerterait Erika sur la voie dans laquelle elle s'engageait. Quand il arriva, il entendit un échange verbal dans le fond du couloir des cellules. Il s'approcha en silence pour écouter et ne pas déranger.
"- Tu finiras par me dire tout ce que je veux savoir," entendit-il Erika proférer d'une voix menaçante.
"- Tu ne peux rien contre moi, Erika, je t'ai formée, je sais comment te parer…" répliqua leur prisonnière.
"- C'est ce qu'on va voir…"
Severus secoua la tête. On n'annonce pas ce qu'on a l'intention de faire, sinon l'informulé perd tout son intérêt. Curieux, il s'approcha davantage afin de voir la lutte de Legilimens engagée. Il eut juste le temps d'être témoin du vol plané d'Erika contre le mur derrière elle. Severus l'avait pourtant mise en garde contre Alice. Dissimulé par les ombres du couloir, il aperçut le regard d'Erika qui ne se savait pas observée.
"- Très bien," dit-elle d'un ton glacial. "Je t'aurai à l'usure…"
Elle pointa sa baguette sur la prisonnière et Severus vit aussitôt Alice convulser. Non, Erika ne s'abaissait pas à de telles méthodes, elle ne se salissait pas les mains, elle allait se rendre compte de son erreur et arrêter. Mais le sortilège durait et les cris de la jeune femme emplissait tout l'espace. Severus n'y tint plus. Il se glissa derrière Erika et lui voila le regard de sa main en refermant l'autre sur le poing serré qui dirigeait la baguette.
"- Ça suffit," chuchota-t-il.
Ayant perdu le contact visuel qui alimentait sa canalisation du Doloris, le sortilège fut interrompu. Severus lâcha Erika mais resta derrière elle. Il entendait la respiration rauque et goulue d'Alice qui se remettait de la douleur que son corps venait de subir.
"- J'ai à te parler," ajouta Severus dans un murmure à l'oreille d'Erika.
Il s'éloigna aussitôt pour ne pas qu'Alice voie qu'il était intervenu. Il vit qu'Erika temporisait. Puis elle le rejoignit sans un mot. Severus l'entraîna dans la cellule la plus éloignée de celle d'Alice et les entoura d'une bulle de silence.
"- Qu'est-ce qui t'as pris?" s'exclama aussitôt Erika.
Il prit le temps de l'observer attentivement avant de répondre. Les traits de son visage étaient tirés, signifiant clairement son épuisement, mais elle irradiait d'énergie, comme portée par ce qu'elle venait de faire ou la fureur qu'elle ressentait visiblement.
"- Je t'ai connue plus maîtresse de toi que cela," dit-il d'un ton cinglant.
"- Et toi moins intrusif!" rétorqua-t-elle.
Il vit qu'elle regrettait ses mots à l'instant où ils franchirent ses lèvres, mais elle n'en dit rien et le fixa d'un air de défi. Il l'agrippa aussitôt par le bras et transplana avec elle dans le premier endroit extérieur désert qui lui vint à l'esprit. Une fois sur place, elle se débattit pour qu'il la lâche, ce qu'il fit sans se faire prier. Elle lui hurla dessus, toujours furieuse, mais il ne l'écoutait plus. Le décor autour de lui tanguait. Il ferma les yeux pour inspirer lentement. Quand il les rouvrit, Erika était penchée au-dessus de lui et il sentait le sol sous son corps allongé.
"- Severus, ça va?"
Le ton de la jeune femme était inquiet et son visage reflétait cette inquiétude. Mais dans son regard, toute trace de son échange avec Alice avait disparu, elle s'était calmée.
"- Je ne veux plus revoir ce regard dans tes yeux," dit-il, mais le ton faible de sa voix ne lui parut pas convaincant.
"- Quel regard?" demanda Erika, se fermant aussitôt.
"- Tu sais très bien de quoi je parle…"
"- Peu importe. Je peux savoir ce qui t'a mis dans un état pareil?"
"- De quoi parles-tu?"
"- Severus, cela fait une demi-heure que tu t'es écroulé…"
Une demi-heure… il ne s'était rendu compte de rien.
"- Une mission pour l'Ordre," lâcha-t-il platement en faisant mine de se redresser.
"- Attends," lui intima-t-elle en le plaquant aux épaules. "Et je suppose que tu n'as aucun détail à me donner? Quelque chose comme un contact prolongé avec de la magie noire, par exemple?"
Tandis qu'elle parlait, elle effectua plusieurs sorts de diagnostic. Il choisit sciemment d'ignorer sa question.
"- Quand tu auras fini de jouer au docteur…"
"- Jouer au docteur?"
Elle se plaça à califourchon sur lui et commença à déboutonner la robe qu'il portait.
"- Vois-tu, je préfère cette version du jeu, celle du docteur moldu… tu es certain que tu veux que je finisse?"
Elle arborait un air canaille, une légèreté de ton empruntée, elle jouait la comédie en partie. Cela ne l'intéressait pas.
"- Certain," répondit-il.
Il se redressa pour de bon cette fois, la faisant basculer en arrière. Elle suivit le mouvement et s'assit simplement face à lui, laissant ses jambes de part et d'autre de lui.
"- Je suis sérieux, Erika," insista-t-il en la fixant droit dans les yeux.
"- Moi aussi," rétorqua-t-elle en lui rendant son regard. "J'en sais suffisamment pour être certaine que tu as effectivement été en contact prolongé avec une très forte magie noire. C'est pour ça que ton corps a craqué. Tu ne peux pas continuer à prendre des risques aussi cavalièrement ou tu vas y rester…"
"- C'est le chemin que tu empruntes. Tu veux finir comme moi?"
"- Comment ça, comme toi?"
"- Arrête d'utiliser la magie noire. Par Merlin, tu es assez intelligente pour comprendre que tu n'en tireras jamais quelque chose de bien! Regarde-moi! Regarde ce que cette horrible passion fait à un sorcier!"
Elle continua de le fixer. Elle serrait les dents. Elle retenait ses larmes.
"- Je te regarde," dit-elle finalement. "Et je vois un grand sorcier."
"- Mais à quel prix, Erika? Si je me permets de prendre tous ces risques, c'est parce que je me sais condamné…"
"- Que veux-tu dire?"
"- Qu'un jour ou l'autre, tout ça me rattrapera. Et je ne veux pas de cet avenir pour toi…"
Il avait parlé d'un ton dur, détaché, comme si le mal qui l'affectait n'était rien pour lui, comme s'il se fichait éperdument qu'Erika s'en aille. Il avait cessé de regarder la jeune femme. Mais elle pencha la tête pour qu'il la voie de nouveau.
"- Si tu crois que c'est comme ça que tu vas me faire fuir, Severus, c'est raté."
Elle souriait. Il ne comprenait pas. Ne venait-il pas de l'éconduire?
"- Je te demande de me faire confiance," ajouta-t-elle. "Je suis plus forte que tu ne le crois."
Il soupira. Cela n'avait servi à rien.
"- Mais si tu me vois flancher comme tout à l'heure avec Alice, continue d'intervenir. Je dois comprendre. Je dois savoir."
Il porta une main à son visage qui quémandait sinon de l'approbation, en tout cas de la résignation. Il acquiesça.
"- Ne t'aventure pas trop loin," dit-il inutilement.
Puis il l'embrassa. Parce qu'il en avait envie, mais surtout parce qu'il ne voulait pas qu'elle réponde. Il ne voulait pas entendre de sa bouche des promesses qu'elle ne pourrait pas tenir.
