Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


NdA: Les fins d'année ne me réussissent jamais, question publication... Je suis navrée! Voici enfin la suite de cette histoire que, je le répète, je n'abandonnerai sous aucun prétexte! En mode cadeau de Noël en retard ou cadeau de fin d'année, comme vous le voulez! Et si vous avez aimé ou si vous avez une critique quelle qu'elle soit, pensez au bouton Review, vos avis comptent! Merci et avec un peu d'avance, bonne année!

Ah, et un tout grand merci à Manon, encore une fois, pour son gentil commentaire!


Chapitre 22 - Révélations

Ce n'était vraiment pas une glorieuse journée. Il y avait d'ailleurs bien longtemps qu'une belle journée lui était arrivée, il cumulait plutôt les journées désastreuses et catastrophiques pour le moment. La disparition de son espionne chez les Malefoy n'était pas pour diminuer la contrariété de Harry. Mais il n'avait aucun moyen de la retrouver, personne ne savait ce qui avait bien pu lui arriver. Peut-être s'était-elle enfuie, dans le meilleur des cas. Ou alors Malefoy senior avait découvert qu'elle le trahissait. Harry espérait pour elle que ce n'était pas le cas.

"- Là, tu vois cet air idiot qu'il a sur le visage? Il ne t'écoute pas…"
"- Hein, quoi?" demanda-t-il en entendant Ron parler.
"- Harry, tu pourrais être plus attentif!" le sermonna Hermione.

La jeune femme avait réintégré leurs rangs en réalisant que plus personne n'était prêt à se déclarer comme étant contre Voldemort. Le projet qui requérait tout son temps et son énergie devenu inexistant, elle avait décidé de tout rediriger vers la mission que s'étaient à présent fixée Ron et Harry, à savoir la destruction des Horcruxes. Et ce n'était pas une petite mission, puisque tout ce qu'ils avaient tenté jusque-là s'était avéré totalement inefficace.

"- Bon, reprenons," décréta Hermione.
"- Encore?" soupira Ron.

Harry était bien d'accord avec son ami, mais il ne pouvait pas le dire, sinon Hermione les planterait là sans autre forme de procès. Il ne lui restait plus qu'à essayer d'écouter un peu, mais il était certain que lister leurs très faibles progrès ne ferait pas surgir une nouvelle idée. Ils avaient déjà tout essayé, aussi bien individuellement qu'en combinant les sorts, rien n'avait fonctionné.

"- Pourquoi ne pas demander à Erika Stewart?" proposa Hermione.

Harry s'était trompé, cette suggestion était nouvelle.

"- Non," dit-il d'emblée.
"- Une raison particulière?" insista Hermione.
"- Erika a clairement proclamé son appartenance à la Résistance Française, elle n'est plus vraiment membre de l'Ordre."
"- Et c'est tout? Tu vas négliger une source d'information potentielle pour une affaire de légitimité?"

Ron les regardait sans parvenir à décider qui il allait soutenir, Harry pouvait le voir sur son visage. Quelque part au fond de lui, le jeune homme ressentit une sorte de dépit: après tout, c'était lui qui était resté le plus souvent auprès de Ron, quelles qu'aient été les circonstances. La loyauté du rouquin laissait à désirer, il saurait s'en souvenir.

"- Suffisamment de personnes sont au courant," dit Harry. "Et puis, Erika ne nous apportera rien de plus que Rogue."
"- Puisque tu en es certain…" soupira Hermione.

Elle se remit à potasser un volume qui avait laissé présager la découverte d'au moins un indice, mais qui s'était avéré le reflet parfait de son titre "L'obscur volume des sorts obscurs". Harry jeta un coup d'oeil à Ron, qui se contenta de hausser les épaules. Très utile, vraiment. Le jeune homme décida de faire abstraction de ses deux amis et tourna la tête vers l'armoire qui contenait les horcruxes. Comme il la fixait, il crut percevoir des sifflements. Il fronça les sourcils et s'approcha du meuble. Cette fois, c'était une voix qu'il entendait, mais si faiblement qu'il ne comprenait pas ce qu'elle disait. Il ouvrit l'armoire. Les trois objets ayant appartenus aux fondateurs de Poudlard et pervertis par Voldemort et son obsession pour la vie éternelle trônaient là. Ils semblaient vivants, vibrants. La voix se remit à parler, toujours trop bas pour que Harry ne comprenne les mots, mais suffisamment pour qu'il en identifie la source. C'étaient les horcruxes.

"- Du fourchelangue!" s'exclama Hermione à sa gauche.
"- Comment on n'y a pas pensé plus tôt!" dit Ron à sa droite.

Harry frissonna.

"- C'est abominable…," murmura-t-il.
"- Quoi donc, Harry?" s'enquit Hermione.
"- Ils sont en train de se parler," expliqua Harry. "Comme s'ils se préparaient à nous résister. Mais je n'en suis pas sûr, je n'entends pas les mots…"
"- Réponds-leur, Harry, et on pourra les détruire!" dit Ron, enthousiaste.
"- Je ne suis pas sûr…"
"- Ça vaut le coup d'essayer!"
"- Un à la fois alors," estima Hermione.
"- Bon, d'accord…"

Harry attrapa le médaillon de Serpentard par la chaîne, le sortit de l'armoire et le déposa sur le bureau. Il sortit sa baguette, ses amis en firent autant, puis il parla à l'objet

"- Ouvre-toi."
"- Ce sont des mots normaux, Harry," fit remarquer Ron.

Le jeune homme grimaça, il y avait comme un air de déjà-vu. Harry détestait cela, mais il allait devoir se mettre dans le bon état d'esprit pour parler fourchelangue. Il inspira profondément, ferma les yeux, expira, puis parla. L'instant d'après, ce fut le chaos. Le trio fut éjecté contre les murs de la pièce et un sombre nuage dense et lourd les enveloppa. Il y avait comme un vent assourdissant et pourtant aucun son ne parvenait aux oreilles de Harry par-dessus la voix qui s'adressait à lui. À moitié écroulé sur le sol, sonné par le choc de sa rencontre avec la paroi, il eut néanmoins un éclair de lucidité pour tenter de fermer son esprit. Cela lui suffit à parvenir à parler fourchelangue à nouveau pour commander au médaillon de se refermer. Un silence oppressant s'établit dans la pièce. Harry se releva le premier. Ses deux amis semblaient effondrés, un tas d'émotions négatives transitaient par leurs visages et ils n'avaient pas l'air de savoir s'ils étaient dans la réalité ou pas. Rogue choisit ce moment précis pour débarquer.

"- Que s'est-il passé?" s'écria-t-il, furieux.
"- J'ai ouvert un horcruxe," expliqua Harry.
"- Vous avez quoi? Comment?"
"- Le fourchelangue."
"- Ah. Et ensuite?"
"- Ensuite, rien, je l'ai refermé, on n'a pas eu le temps de réagir…"

Harry vit un éclair de soulagement passer dans les yeux noirs de son ancien professeur, mais ce fut si bref qu'il n'était pas certain de ne pas avoir rêvé. Rogue alla s'occuper de Ron puis d'Hermione. Harry rangea l'horcruxe dans l'armoire.

"- J'espère que vous n'aurez plus la brillante idée de vous confronter à de la magie noire seuls," le sermonna Rogue après en avoir terminé avec Hermione.
"- Vous connaissez beaucoup de personnes qui pourraient nous aider?" rétorqua Harry.

Rogue faillit lui répondre puis s'abstint et s'en alla. Harry fronça les sourcils puis haussa les épaules. Il se tourna vers ses amis et ils entreprirent de préparer un plan d'action pour s'attaquer aux horcruxes dès que possible.

§***§

"Satanés Gryffondors!" songea Severus.

S'il ne se dépêchait pas, ils étaient bien capable de tenter de détruire tous ces horcruxes seuls et sans appui. La dernière lettre qu'il avait envoyée était restée sans réponse, mais il n'était plus temps de jouer à cache-cache. Il envoya le code d'urgence qu'ils avaient convenu, puis attendit. Il ne tarda pas à recevoir des coordonnées, auxquelles il transplana aussitôt. Encore un endroit sombre où l'effet de désorientation dû au transplanage mettait deux fois plus de temps à se dissiper.

"- Que me vaut le plaisir, Severus?"

Et encore ce ton affable alors que l'utilisation même du code d'urgence signifiait qu'il n'était pas question de perdre du temps en mondanités. Severus éluda.

"- Potter et ses comparses ont trouvé le moyen d'accéder aux horcruxes."

Il ne distinguait pas les traits de son interlocuteur, mais il était certain que la surprise autant que l'inquiétude s'y étaient inscrites, ne fut-ce que quelques secondes.

"- Et quel en est le résultat?"
"- Les horcruxes gagnent."
"- Mais encore?"
"- Trois sorciers sur la touche, les horcruxes intacts. Mais ces mêmes sorciers ne vont pas s'arrêter là. Potter est convaincu qu'il est le seul à pouvoir le faire, et il va s'exposer au danger jusqu'à ce qu'il trouve comment détruire ces objets ou qu'il succombe en essayant."
"- Ce ne serait pas avisé."
"- Ce n'est pas la première fois qu'il agit de la sorte."
"- Non, en effet."

Un silence. Severus soupira. Il n'était plus temps de tergiverser.

"- Je pense," dit-il d'un ton sans appel, "qu'il est temps que vous interveniez. Vous deviez de toutes façons le faire. C'est le bon moment."

Un nouveau silence. Severus attendit avec une certaine impatience.

"- Vous avez raison, Severus. Partez devant, je vous rejoins bientôt. Faites en sorte que la situation ne dégénère pas le temps que je rassemble ce dont j'aurai besoin."
"- Faites vite," le pressa Severus.

Et il transplana vers le QG de l'Ordre. La distance à parcourir devait être plutôt conséquente car il eut un peu de mal à se remettre du trajet. Le décor tanguait, mais il n'avait pas le temps de s'occuper de ce détail, il devait éviter que Potter et sa petite bande ne jouent aux héros téméraires. Il se rendit dans le bureau du chef de l'Ordre aussi vite qu'il le pût. Quand il entra à la volée, il surprit le trio en train de se préparer à rouvrir le médaillon de Serpentard, baguette à la main.

"- Il me semblait vous avoir demandé de ne plus faire ce genre d'erreur de débutant," fit remarquer Severus sur un ton mi-figue, mi-raisin.

Il était soulagé d'avoir fait l'aller-retour à temps parce qu'il savait pertinemment qu'ils réessaieraient et il ne voulait pas avoir à les ramasser à la petite cuiller.

"- Quelle erreur?" s'enquit la jeune femme. "Il n'y a pas de mode opératoire pour détruire un horcruxe, que je sache."

Il croisa son regard. Comme toujours, son esprit vif lui avait permis de comprendre ce qui avait été dit à demi-mot.

"- Non, en effet," daigna-t-il lui répondre.

Puis il s'adressa de nouveau à Potter.

"- Je vous avais dit que quelqu'un pourrait vous aider dans cette tâche."
"- J'attends toujours de savoir qui," rétorqua le jeune homme.

L'influence néfaste des concentrés de magie noire était palpable et touchait tout le monde dans la pièce. Il connaissait ces effets et pouvait tenter de les contrer, mais les jeunes y étaient exposés depuis un long moment et n'avaient sans doute aucune idée de l'existence de cette influence. Severus choisit d'ignorer l'insolence puérile dont ils faisaient preuve, puisqu'elle n'était pas totalement de leur fait.

"- Vous le saurez quand il arrivera. Je vous demande d'attendre jusque-là, après vous déciderez de la marche à suivre."
"- Mais…," protesta Potter.
"- Et quittez cette pièce pendant ce temps-là. Les Horcruxes sont des objets de magie noire puissante. D'ailleurs, vous devriez poser un sort de protection sur cette armoire. Pour protéger les membres de l'Ordre qui transitent par ici autant que pour éviter que toute personne mal intentionnée ne suive la trace laissée par cette magie."

Il regarda les trois sorciers le fixer sans comprendre ce qu'il racontait. Cela devait faire un bon moment qu'ils étaient dans la pièce. Il prit le médaillon en main avec l'intention de le ranger près des autres, mais le contact lui transmit une décharge d'une telle intensité qu'il lâcha l'objet et tomba à quatre pattes, terrassé par la vague de douleur qui avait transité par son corps. Bien que saturé par la souffrance, son esprit comprit tout de même aussitôt. Le Seigneur des Ténèbres devait l'avoir marqué comme traître et l'Horcruxe l'avait reconnu comme tel.

"- Professeur, ça va?"

La voix d'Hermione Granger lui parvint de loin. Il focalisa son esprit sur le moment présent.

"- Isolez ces objets," articula-t-il difficilement en se redressant lentement.

Il vit la jeune femme jeter un coup d'oeil appuyé à Potter qui s'exécuta malgré lui. Severus s'appuyait sur le bureau pour tenir debout. L'agression avait été très violente et il avait beaucoup de mal à s'en remettre. Il croisa le regard inquiet de Weasley et Granger.

"- Vous n'avez rien de mieux à faire?" s'emporta-t-il.
"- Oh si vous préférez qu'on vous laisse crever là," rétorqua le rouquin, "pas de problème!"
"- Ron!"
"- Quoi? Tu ne vas pas recommencer! Après Sirius, c'est lui que tu défends?"
"- Mais qu'est-ce que tu racontes?" s'écria la jeune femme.
"- Potter, l'armoire!" lança Severus par-dessus la dispute en constatant qu'il se laissait déconcentrer par les mots de ses amis.

Le jeune homme se focalisa sur lui.

"- Faites-le si c'est si simple!"

Severus soupira. Il n'aurait pas dû intervenir. Il aurait sans doute même mieux valu les laisser affronter l'horcruxe plutôt que de s'en mêler. Il commençait à récupérer le contrôle sur son corps affaibli mais il ne pourrait pas conjurer le sort qui enfermerait magiquement les horcruxes. Un craquement sonore retentit alors dans son dos. Les bouches bée des trois sorciers lui confirmèrent que c'était bien celui qu'il attendait qui venait d'arriver.

"- Quelle est la situation, Severus?" demanda-t-il.
"- Il faut empêcher les horcruxes qui sont dans cette armoire de nous atteindre," expliqua-t-il.

Un mouvement complexe de baguette plus tard, il se sentit soulagé d'une sorte de fardeau qu'il n'avait eu qu'à moitié conscience de porter. Les idées plus claires, il put se permettre de contraindre son corps à lui obéir malgré la douleur persistante et se redressa complètement.

"- Professeur?" dit Potter en retrouvant finalement la parole. "Vous êtes en vie?"

Severus vit Dumbledore lui adresser un de ces sourires complices qu'il réservait à son jeune protégé. Il leva les yeux au ciel malgré lui et alors que les deux autres sorciers se joignaient à Potter pour déverser un torrent de questions sur l'ancien directeur de Poudlard, il s'éclipsa.

§***§

"- C'est vrai qu'en fait, personne n'a jamais dit ou prouvé qu'il était mort," fit remarquer Ron.

Harry sourit. En y songeant, cela faisait des heures qu'il n'arrêtait plus de sourire. Dumbledore était en vie. Et il était revenu pour l'aider. Il se sentait soulagé d'un poids énorme. Pourtant, le vieux sorcier lui avait bien fait comprendre qu'il ne souhaitait pas reprendre la place qu'il occupait auparavant. Harry restait à la tête de l'Ordre. Mais le simple fait de savoir qu'un mage aussi puissant que Dumbledore était à ses côtés lui donnait l'impression qu'il était invincible. Bon, l'alcool aussi, sans doute. L'atterrissage d'un coussin sur sa tête le ramena à la réalité.

"- On dirait que t'es amoureux!" se moqua Ron.

Hermione pouffa.

"- Arrêtez de vous moquer," feignit de s'indigner Harry. "On a de la chance qu'il soit revenu…"
"- C'est vrai," approuva Ron. "Qui sait si on aurait réussi un jour à faire le lien avec le journal?"
"- Et surtout ce qu'on peut utiliser pour les détruire!" renchérit Harry.
"- Ça nous aurait pris plus de temps," contra Hermione, "mais je suis sûre qu'on aurait fini par trouver!"
"- Oh, ça va," répliqua Ron, "fais pas ta frustrée intellectuelle…"

Hermione ouvrit la bouche pour répondre, puis se ravisa et s'enfonça dans le divan avec sa bouteille de bièreaubeurre à la main. Ron soupira bruyamment face à son attitude, mais Harry sentit qu'il y avait quelque chose de plus qu'une simple bouderie. Ils avaient tous les trois trop bu et autant les mots dépassaient parfois la pensée, autant les pensées et les sentiments transparaissaient plus facilement.

"- Ron," dit Harry en désignant les cadavres de bouteilles qui jonchaient la table basse, "tu vas nous chercher des victuailles? Et ne transplane pas, tu vas te désartibuler…"
"- Ok, Harry, j'y vais…"

Il n'avait pas l'air de soupçonner le stratagème pourtant évident de son ami. Tant mieux, il ne se sentirait pas exclu, c'était la dernière chose que souhaitait Harry. Il regarda le rouquin sortir de la pièce d'un pas quelque peu mal assuré et sourit. Puis il se leva et s'affala aussitôt à côté d'Hermione.

"- Qu'y a-t-il?" demanda-t-il.

Hermione le regarda un instant en feignant de ne pas comprendre sa question, mais Harry la fixa et elle détourna les yeux.

"- Ce n'est rien," dit-elle finalement. "En fait, chaque fois que Ron me fait ce genre de remarque, je pense à Sirius…"
"- Ron te fait penser à Sirius?"

Devant l'air étonné de son ami, Hermione rit brièvement.

"- Oui," reprit-elle, "parce que Sirius dirait sans doute la même chose, mais d'une autre manière."
"- C'est-à-dire?" insista Harry.
"- Et bien, ce ne serait pas une remarque désagréable, mais plutôt pour me taquiner…"
"- Je crois que c'est aussi l'intention de Ron," rétorqua Harry, se sentant bizarrement obligé de défendre son ami.
"- Peut-être," admit Hermione. "Mais ça ne marche pas."

Un silence.

"- Harry, Sirius me manque…"

Le jeune homme se sentit soudain mal à l'aise. Il n'avait pas encore parlé avec Hermione du passage éclair de son parrain au QG. Personne ne s'était compris, dans cette histoire, et il se sentait responsable. Il n'aurait pas dû accéder à la demande d'Hermione et envoyer Sirius en France. Il voulait les préserver, mais en intervenant dans leur relation, il n'avait contribué qu'à créer du ressentiment et du manque de part et d'autre. Il ne pouvait pas continuer à laisser les choses se dégrader.

"- Hermione," dit-il, "après que tu soies revenue de ta mission avec Rogue, Sirius est passé…"
"- Attends, quoi?" dit Hermione en secouant la tête comme pour se faire à cette idée. "Mais pourquoi il n'est pas venu me voir? Et pourquoi tu n'as rien dit?"
"- En fait, je lui ai reproché de ne pas te donner de nouvelles…"
"- Hm, c'est vrai qu'il aurait dû, mais alors pourquoi il n'est pas venu s'excuser directement?"

Elle semblait tellement incertaine, cherchant visiblement une raison au comportement apparemment distant de l'animagus. Harry ne pouvait plus qu'avouer sa faute.

"- Et bien, il m'a dit que c'était lui qui attendait de tes nouvelles parce que je lui avais dit d'attendre après votre dispute avec Ron…"

Au fur et à mesure qu'il parlait, Harry vit les yeux de son amie s'agrandir de stupeur, puis se remplir de colère et de tristesse.

"- Donc," dit-elle d'un ton étrangement posé, "vous avez réglé cette histoire entre hommes, c'est ça?"
"- Heu non, en fait…"
"- Comme d'habitude, il n'y en a aucun de vous qui s'est à un moment demandé ce que moi je pouvais bien avoir à en dire!"
"- Mais non, Hermione, enfin…"

Elle se leva et le toisa.

"- Et bien, débrouillez-vous entre hommes pour régler cette affaire, toi, Ron, Dumbledore, je m'en fiche!"

Et elle sortit de la pièce comme une furie. Harry resta interdit. Il n'avait pas mesuré l'ampleur de son intervention inopportune. À vrai dire, il n'était pas certain de saisir la portée de ce qu'il avait fait, mais il était certain qu'il avait mal agi. Ron revint, les bras chargés de bouteilles. Ce ne fut que quand il les eut déposées sur la table qu'il remarqua l'absence d'Hermione.

"- Ben, où elle est passée?" demanda-t-il à Harry en s'asseyant à côté de lui.
"- Fatiguée," marmonna Harry en mentant délibérément.
"- Oh, bah, elle tient pas l'alcool…"

Il n'avait pas tort.

"- Toi non plus," rétorqua Harry.
"- Mieux que toi!"
"- On parie?"
"- Tenu!"

Quelques bouteilles plus tard, Ron dissertait sur sa théorie à propos de Dumbledore ayant voulu vivre une carrière de joueur de Quidditch à l'étranger parce qu'il n'avait jamais pu le faire en Grande-Bretagne à cause de Voldemort. Harry le regardait parler au travers d'un voile brumeux que l'alcool avait placé devant ses yeux. Le rouquin, lui, n'était plus en état de se rendre compte que c'était l'alcool qui dictait ses paroles. Mais Harry en profitait. Il regardait son ami débattre seul passionnément. Ses joues parsemées de taches de son étaient rougies par la boisson. Ses gestes qui se voulaient éloquents étaient alourdis et maladroits. D'ailleurs la bouteille de bièreaubeurre qu'il tenait lui échappa et tomba sur Harry, déversant son contenu sur son pantalon.

"- Oh, Harry, je suis désolé!" bredouilla-t-il. "Attends!"

Il enleva son T-shirt, se retrouvant torse nu, et il tenta d'éponger le pantalon de son ami. Comme il remontait sur son entre-jambe en frottant, Harry tenta de l'arrêter.

"- Non, Ron, merci, ça ira…"

Mais le rouquin voulut se rapprocher, perdit l'équilibre et s'étala sur Harry qui s'affala dans le divan emporté par le poids de son ami. Ron se mit à rire. Mais Harry ne riait pas. Le corps de son ami sur le sien, secoué de spasmes alors qu'il riait, avait provoqué une réaction inattendue. Harry sentait ses joues le brûler tant il avait rougi violemment. Il posa ses mains sur les épaules de Ron pour le repousser, mais le contact contre la peau nue de son ami le grisa. Il fit glisser une de ses mains sur le bras de Ron. C'était enivrant. Le rouquin arrêta de rire et se redressa juste assez pour croiser le regard de Harry. Il y avait quelque chose d'inhabituel dans ce regard un peu troublé par l'alcool. La respiration de Harry s'accéléra. Profitant de ce que Ron s'était redressé, il glissa une main sur son torse nu. Ron ne recula pas. Harry fit descendre sa main jusqu'au pantalon de son ami. Ron laissa échapper un petit gémissement. Harry n'y tint plus et il pressa ses lèvres contre celles de Ron. Le baiser fut fougueux. Harry se laissa porter, submerger même par tout ce qu'il ressentait et s'y noya avec plaisir.

§***§

"- Ron…"
"- Hm?"
"- Allez, debout, on ne peut pas rester ici comme ça…"
"- … encore sommeil…"
"- Je m'en fiche, dépêche-toi…"

Le rouquin ouvrit les yeux à contre-coeur. Harry était en train de se rhabiller à la va-vite pour réintégrer sa chambre. Ron le regarda en fronçant les sourcils, toujours allongé sur le divan.

"- Allez, remets tes vêtements," le supplia Harry.
"- Mes vêtements?" s'étonna Ron avant de réaliser qu'il était complètement nu. "Hein? Mais…"

Il regarda Harry avec un air paniqué, comme s'il avait fait quelque chose d'inapproprié. Harry parcourut le corps de son ami - devait-il penser "amant"? - d'un regard gourmand. S'ils avaient été dans un endroit où personne n'était susceptible de passer à tout moment, il l'aurait embrassé de nouveau. Il croisa le regard de Ron. Il y lut de la gêne avant que le rouquin ne détourne les yeux. La déception l'envahit, mais il la contint. Ils en débattraient plus tard.

"- Allez, rhabille-toi," le pressa-t-il une fois de plus.

Ron se mit en mouvement. Encore sous l'influence de l'alcool, il mit un petit temps à renfiler tous ses vêtements. Ils étaient en train de rassembler toutes les bouteilles sur la table en nettoyant toutes les taches à coup de baguette quand Hermione débarqua.

"- Je venais voir…," commença-t-elle, puis: "oh, mais qu'est-ce que c'est que cette odeur? Où avez-vous appris à nettoyer?"

En quelques coups de baguette experts, Hermione rendit la pièce plus nette qu'elle ne l'était sans doute avant leur arrivée la veille.

"- Vous êtes encore saouls," fit-elle alors remarquer en passant près d'eux.

Ils secouèrent la tête, mais leur grimace suite à ce geste confirmait l'assertion d'Hermione.

"- Bon, je pense qu'il va vous falloir au moins la matinée pour récupérer une partie de vos neurones," asséna-t-elle d'un ton méprisant.

Harry songea qu'elle n'avait toujours pas digéré ce qu'il lui avait révélé la veille.

"- Dumbledore sera ravi d'apprendre que vous ne pouvez pas être là tout de suite…," ajouta-t-elle sciemment.
"- Non," protesta Harry, "quand on peut faire la fête, on peut travailler, je…"
"- Laisse tomber, Harry," le coupa-t-elle. "Je vais vous trouver une excuse et on reporte à cet après-midi. En attendant, allez cuver dans votre lit!"

Ils ne se firent pas prier et déguerpirent aussi vite que leurs jambes en coton le leur permirent. Ils gravirent les marches de l'escalier au ralenti, la raideur les empêchant de monter plus vite. Ron était devant. Il manqua une marche et partit en arrière. Harry le rattrapa. Ron se dégagea aussitôt, maladroitement. Harry se sentit blessé une fois de plus, mais il ne dit rien et laissa Ron prendre de l'avance dans les escaliers. Quand il entra dans sa chambre, son ami avait déjà claqué la porte de la sienne. Harry s'effondra sur son lit en essayant de faire le vide dans son esprit pour dormir, mais le souvenir du corps de Ron contre le sien et du plaisir qu'ils avaient partagé était trop vivace pour qu'il parvienne en à s'en détacher. Et surtout, la réaction de son ami après coup ne cessait de lui revenir en tête, lui labourant un peu plus le coeur à chaque fois. Le sommeil ne vint pas. Mais les larmes oui.

§***§

Malheureusement pour lui, le temps passé à ressasser les choses avait été à la fois long et court. Il finit par se lever pour prendre une douche afin d'apaiser la gueule de bois persistante qui enfermait sa tête dans un étau, mais il n'était absolument pas reposé, bien au contraire. La petite réunion avec Dumbledore risquait d'être difficile à suivre. Quand il arriva dans la pièce, le vieux sorcier lui jeta un regard étrange. Harry était persuadé depuis longtemps qu'il voyait des choses que le commun des mortels était incapable de même imaginer. Mais il détestait en être l'objet. Il tenta de faire comme si de rien n'était et s'assit en face de Dumbledore, à sa place derrière son bureau. Hermione était déjà assise à côté du vieux sorcier. Ron arriva à son tour. Sans doute instinctivement pour équilibrer les choses, il plaça sa chaise à côté de Harry, légèrement en décalé pour montrer qu'il était là en soutien et pas en tant que co-dirigeant. Parfois, Harry était épaté par la diplomatie spontanée dont son ami pouvait faire preuve. Mais le regard fuyant de Ron lui laissait un goût amer dans la bouche. Hermione se racla la gorge bruyamment et Harry revint au pourquoi de la réunion.

"- Bien," dit-il, "après avoir pris en considération tout ce qui s'est dit hier, j'ai décidé d'attendre."

Il vit Dumbledore acquiescer une fois très discrètement. Mais il fut le seul. Hermione fronçait déjà les sourcils.

"- Quoi?" s'exclama Ron. "Mais pourquoi?"

Tandis qu'Hermione ouvrait la bouche pour renchérir, elle fut devancée par Dumbledore qui déclara calmement:

"- Oui, Harry, explique-nous les raisons de ton choix, nous t'écoutons."
"- Et bien, si nous commençons à détruire ses horcruxes, Voldemort le saura. Je pense donc qu'il vaut mieux attendre d'être certains de pouvoir tous les détruire dans un temps très court avant de commencer."
"- Moi je suis pour l'affaiblir dès que possible!" rétorqua Ron.

Hermione marqua son accord avec Ron en affichant un air satisfait. Comme si Harry allait se plier à leurs volontés, pour une fois concordantes.

"- Monsieur Weasley," intervint à nouveau Dumbledore, "comment réagissent les animaux blessés?"
"- Heu," bafouilla Ron, "ils sont sur la défensive, je crois…"
"- Précisément," acquiesça l'ancien directeur de Poudlard. "Et être sur la défensive empêche leur adversaire de les prendre par surprise en plus de les rendre plus agressifs et dangereux."

Harry observait Ron attentivement. L'analogie était limpide, et le rouquin hésitait: devait-il passer pour un idiot en le niant ou accepter qu'il avait tort? Ron renonça à se lancer dans une polémique perdue d'avance contre Dumbledore en utilisant une pirouette inattendue.

"- De toutes façons, c'est toujours Harry qui a raison, n'est-ce pas…"

Harry se sentit giflé violemment. Qu'avait-il fait pour mériter cela? Il s'emporta.

"- En l'occurrence, oui, j'ai raison, et comme c'est aussi toujours moi qui décide, on fera comme je viens de le dire, à savoir attendre."

Ron le regarda de l'air le plus blessé dans sa dignité et son orgueil qu'il pouvait afficher. Mais Harry ne céda pas. Il l'avait cherché.

"- Bien," dit Dumbledore. "Puisque tout est dit, je vais vous laisser…"

Il fit mine de se lever, mais Harry le retint:

"- Attendez, Professeur, il y a quelque chose dont j'aimerais discuter avec vous…"

Par cette tournure de phrase, il excluait volontairement ses amis. Il ne les regarda pas quand ils quittèrent la pièce. Il ne voulait pas lire la déception et la colère dans leurs yeux. Après tout, c'était lui le chef de l'Ordre, c'était sur ses épaules à lui que reposaient toutes les responsabilités, ils ne faisaient que l'accompagner.

"- Je t'écoute, Harry," dit Dumbledore quand ils ne furent plus que tous les deux.
"- Professeur," commença Harry.
"- Attends, je t'arrête tout de suite sur ce point. Je ne suis plus professeur et je ne compte pas le redevenir."
"- Ah, pardon, Monsieur."
"- Tu peux m'appeler par mon prénom, Harry…"
"- Heu…," hésita le jeune homme.

Dumbledore sourit en lui jetant un coup d'oeil complice par-dessus ses lunettes en demi-lune. Harry fronça les sourcils.

"- Pourquoi?" demanda-t-il finalement.

Le sourire de son mentor s'effaça et Harry lui fut reconnaissant de ne pas feindre d'ignorer le sens de sa question.

"- Je n'ai pas d'excuse," avoua Dumbledore.
"- Il doit bien y avoir une raison!" s'emporta de nouveau Harry.

Pourquoi personne n'était-il franc avec lui? Pourquoi tout le monde lui tournait-il le dos tour à tour?

"- Pas vraiment," répondit Dumbledore. "Mais si tu insistes, je pourrais dire que j'étais fatigué et que j'avais vu que tu avais les épaules assez larges et solides pour prendre ma suite…"

Le vieux sorcier semblait sincère. C'en était presque choquant. Lui toujours si enjoué ou concerné, il venait de parler platement, sans métaphore ou volonté de faire comprendre quelque chose à son interlocuteur. Il avait juste énoncé des faits.

"- Vous auriez au moins pu me laisser des éléments plus concrets, que je comprenne vers où j'aurais dû me diriger tout de suite! On a perdu plus de deux ans… Et tellement de gens…"

Harry se laissa retomber sur son siège. Le plaisir de retrouver Dumbledore avait occulté toute cette colère qu'il avait nourrie au fil du temps contre son mentor de l'avoir abandonné.

"- Je suis désolé, Harry," offrit le vieux sorcier. "Ma vie était en jeu, ainsi que celle de Severus. Tom ne devait pas savoir que je m'en étais sorti…"
"- Et je suppose que vous n'allez pas me dire pourquoi?"
"- Bien sûr que si, quand tu le voudras, Harry. Mais penses-tu réellement que le moment est opportun?"

Harry était tenté de dire oui. Mais il n'avait plus seize ans, il n'était plus le seul que ses décisions impliquaient. Il ne devait pas agir égoïstement. Il serait encore temps de discuter plus tard.

"- Très bien, pas maintenant," abdiqua-t-il.

Dumbledore hocha doucement la tête, ni content ni mécontent. Il aurait accepté le choix de Harry quel qu'il ait été. Le jeune homme acquiesça. La rancune était passée.

§***§

"- Severus?"

Il aurait dû s'en douter. Il avait hésité entre retourner à Poudlard et rester au QG, et il avait fait le mauvais choix. Il soupira. Dumbledore s'avança dans le petit salon jusqu'à lui faire face.

"- Je me doutais que je vous trouverais ici," commenta le vieux sorcier.
"- Qu'y a-t-il, Albus?" s'enquit Severus du ton le plus poli qu'il avait en réserve, ce qui n'était pas loin de l'irrévérencieux tant il était fatigué.
"- Je voulais savoir comment se débrouillait Miss Stewart," dit-il en s'asseyant.

Le geste était une mauvaise nouvelle, il ne comptait pas s'en tenir à cette simple requête s'il prenait ses aises.

"- Je suis certain que vous le savez mieux que moi," biaisa Severus.
"- Peut-être," concéda Dumbledore, "mais sait-on jamais…"

Il laissa sa phrase en suspens, attendant que Severus se joigne à la conversation. Sauf que l'ex-Mangemort n'en avait absolument pas envie. Et pour une fois, il ne comptait pas céder. Il attendit donc également en silence. Ce n'était pas vraiment gênant, il n'y avait aucun malaise entre les deux hommes, et la faible luminosité de la pièce entretenait une certaine quiétude. Après un moment, Dumbledore reprit la parole.

"- Severus, avez-vous connaissance de l'existence d'un espion au sein de l'Ordre?"

S'il lui posait la question, c'était qu'il savait. Severus soupira, incapable de réfléchir posément quant à l'attitude la plus adéquate à adopter.

"- Oui," répondit-il simplement.

Dumbledore acquiesça doucement.

"- Mais vous n'avez pas suffisamment de preuves pour convaincre les autres…"

L'ancien directeur de Poudlard avait apparemment pris son parti de faire le plus gros de la conversation, ce qui convenait parfaitement à l'ancien Mangemort.

"- La parole d'un mort et les soupçons de deux sorciers," crut bon de préciser Severus.
"- C'est en effet assez maigre," jugea Albus.

C'est alors que la vibration du téléphone moldu se déclencha, bientôt suivie de l'insupportable sonnerie signalant un appel. Dumbledore haussa les sourcils, un sourire se dessinant sur ses lèvres.

"- Je ne vous aurais pas cru adepte de technologie moldue, Severus," fit-il remarquer, clairement amusé.
"- Je ne le suis pas," répondit-il le plus sérieusement du monde, tentant vainement d'ignorer l'appel.
"- Alors c'est que votre correspondant a certainement quelque chose d'important à vous communiquer. Ne vous gênez pas pour moi, répondez…"

Severus vit alors une bulle de silence l'entourer pendant le temps que mit Albus à la conjurer. Ne cherchant plus à comprendre Dumbledore, il prit le téléphone en main et répondit:

"- Oui?"
"- Severus? Je ne te dérange pas?"
"- Non."
"- Ah. Si tu veux, je te rappelle plus tard…"

Erika semblait ennuyée. Le mieux aurait été d'approuver, mais quelque chose dans le ton de la jeune femme l'en empêcha.

"- Non, vas-y, je t'écoute."
"- Je…," hésita-t-elle, "je ne peux plus la garder…"
"- Que s'est-il passé?"
"- Je crois que j'ai failli la tuer…"

Et voilà, ils n'étaient plus très loin de la limite. Il aurait pu lui assener le justifié "je te l'avais dit", mais il s'abstint.

"- Severus?" demanda-t-elle alors que le silence se prolongeait.
"- Tu peux venir ici?"
"- Oui. Avec elle?"
"- C'est évident."
"- Tes coordonnées?"

Il les lui communiqua, puis raccrocha le téléphone. Les tournures de phrases obsolètes liées à ces téléphones mobiles moldus n'étaient pas vraiment logique, mais il avait fini par s'y faire. Il annula la bulle de silence et regarda Dumbledore.

"- Vous vouliez avoir des nouvelles de Miss Stewart…," commença-t-il.

Un craquement sonore déchira la quiétude de la pièce pendant un instant tandis qu'Erika apparaissait avec Miss Swire sur le dos.

"- … vous pouvez lui demander vous-même," termina Severus.

Erika resta figée en dévisageant le vieux sorcier.

"- Albus Dumbledore?" dit-elle, étonnée.

Il inclina sobrement la tête. Un gémissement rappela à Erika le fardeau qu'elle portait et elle s'empressa de se décharger de l'espionne dans un fauteuil. Severus vit passer un éclair de mépris chargé de haine dans le regard d'Erika alors que ses yeux se posaient furtivement sur la jeune femme avant de repasser à Dumbledore.

"- On vous croyait mort," dit-elle d'un ton indifférent, ce qui en disait long sur la foi qu'elle accordait à cette rumeur.
"- Il y a souvent un fossé entre ce que l'on croit et la réalité," rétorqua Dumbledore.

Erika acquiesça, puis elle se tourna vers Severus et le fixa droit dans les yeux. Il y avait beaucoup de colère contenue dans son regard et elle irradiait littéralement la magie noire. Impossible que Dumbledore ne l'ait pas senti. Severus prit sur lui de ne pas détourner le regard.

"- C'était volontaire?" demanda Erika froidement.
"- Oui," répondit-il.
"- Bon, alors où est le Veritaserum?"
"- Pas encore prêt, tu le sais parfaitement."
"- Je veux la voir avouer."
"- Il me semble que vous avez appréhendé l'espion," commenta Dumbledore.

Erika lui redonna son attention.

"- En effet. Vous avez du Veritaserum?"
"- Non," répondit sobrement Dumbledore.
"- Une technique secrète pour lui extraire ses souvenirs sans qu'elle les altère, peut-être? Vous êtes un excellent Legilimens, il me semble…"
"- Je le crois, mais il n'existe rien qui puisse contraindre un autre esprit à ce point…"
"- Vous n'êtes pas très utile, en somme…"

Severus assistait à l'échange en spectateur, préférant ne pas intervenir. Les mots avaient dépassé la pensée d'Erika, il en était sûr, bien qu'il fût d'accord avec elle sur le fond, mais cela n'en était pas moins insultant. Dumbledore se leva pour faire face à la jeune femme, adoptant une attitude très neutre, mais la dominant clairement. Severus sentit l'air crépiter autour de lui. Ce n'était pas bon signe.

"- En êtes-vous certaine, Miss Stewart?" susurra-t-il, et il transparaissait parfaitement dans sa tournure de phrase qu'il parlait d'autre chose.
"- Cette gamine est la cause de la mort de beaucoup de sorciers qui se battaient pour notre liberté, mais sans aveux de sa part, elle ne sera pas inquiétée!" s'emporta Erika, passant complètement à côté du double-sens.
"- En quoi cela serait-il de ma faute?" insista Dumbledore.
"- Vous incarnez un idéal de puissance magique et vous n'êtes pas capable d'utiliser vos grandes connaissances pour sauver ceux qui vous suivaient aveuglément!"

D'un mouvement vif, Dumbledore agrippa le bras gauche d'Erika et appuya fermement à l'endroit où s'étalait la Marque. La jeune femme se crispa aussitôt de douleur.

"- Vous pensez que j'ai abandonné l'Ordre, Miss Stewart? Que je vous ai abandonnée? Que je suis responsable des morts qui vous ont affectée?"

Elle ne répondit pas. Elle avait fermé les yeux. Elle luttait pour encaisser la douleur que le contact lui infligeait. Severus se maîtrisait avec difficulté. Il voulait intervenir, mais il savait que cela ne servirait à rien. Il se demandait surtout ce qui était réellement en train de se passer. Il avait très rarement vu Dumbledore mobiliser autant d'énergie. Soudain, Erika tomba à genoux, ce qui força le vieux sorcier à se pencher pour garder le contact.

"- Pitié, ne faites pas ça," supplia la jeune femme.

Severus les observait tous les deux très attentivement et il fut très surpris de voir Dumbledore froncer les sourcils.

"- Pourquoi?" demanda l'ancien directeur de Poudlard.
"- Je dois le faire…"

Un moment qui sembla une éternité pour Severus passa, puis Dumbledore lâcha Erika qui s'écroula sur le sol, visiblement exténuée. Avant d'avoir pu s'en empêcher, il se précipita auprès de la jeune femme pour l'aider à se relever et s'asseoir dans le canapé. Elle se laissa aller contre le dossier, les yeux fermés et la respiration rapide. Elle avait également les poings serrés, mais ses traits n'étaient plus crispés. Il lui fallait juste le temps de récupérer de ce que Dumbledore lui avait fait, quoi que cela ait été. Severus regarda en direction du vieux sorcier et le vit dans une position très similaire à celle d'Erika. Il s'approcha pour vérifier la main de Dumbledore. Au contact, ce dernier rouvrit les yeux.

"- Ça ira, Severus…"
"- Vous exagérez, Albus. Je peux savoir ce que vous fabriquiez?"
"- Non."

La frustration que Severus ressentit faillit lui faire perdre son sang-froid, mais il tint bon et se contenta de hausser les épaules. Il jeta un coup d'oeil à Erika: elle semblait récupérer mais gardait les yeux fermés. Il résista à l'envie d'effleurer son esprit, elle ne le lui pardonnerait pas. Il restait une chose qu'il pouvait faire: s'occuper d'Alice Swire. La justice ne se satisferait pas de ce qu'il comptait faire, mais cela suffirait au chef de l'Ordre. Il ne prit pas de gants et pénétra dans son esprit brutalement. Elle avait beau être une Occlumens confirmée, il était trop puissant pour elle. Il cibla rapidement les souvenirs qui l'intéressaient et contraignit Alice à les revivre avec lui pour les faire siens. Il les égrena un à un, du plus récent au plus ancien. Alors il comprit, et le choc de la surprise lui fit perdre son ascendant sur la jeune femme qui s'empressa de l'éjecter de son esprit. Il se retrouva assis sur le sol, sonné.

"- Severus, tu n'aurais pas dû," le sermonna Erika.

Il lui tournait le dos, donc il supposa qu'elle était encore dans le canapé et sans doute trop faible pour bouger.

"- Miss Stewart a raison," ajouta Dumbledore.

Ils étaient certainement dans le vrai, mais Severus ne pouvait pas détacher son regard de la silhouette prostrée qu'était à présent Alice. C'était de sa faute. Elle était peut-être quelqu'un de très impressionnable qui avait pensé que la guerre se faisait entre les gentils et les méchants, mais c'était son geste qui avait déclenché le processus de trahison. Alice aimait Alexandre. Severus avait torturé et tué Alexandre. Il était donc devenu son ennemi, et tous ses alliés avec lui. Il se détourna. Indirectement, pour préserver sa couverture, il avait contribué à permettre la mort d'une partie conséquente des membres de l'Ordre. Il se releva. Il devait communiquer ces souvenirs à Potter. Alors qu'il se dirigeait vers la porte, Erika l'interpella:

"- Ce n'est pas de ta faute…"
"- Tu le savais?" demanda-t-il d'un ton qu'il s'efforça de faire paraître neutre, sans la regarder, prêt à franchir la porte.
"- Depuis peu. C'était son choix. Elle est responsable."

Erika était sûre d'elle, la colère et le mépris sourdaient de sa voix. Severus ne répondit pas et quitta la pièce.