Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.

Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.

Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.


NdA: Bien, je ne vais plus m'astreindre à une publication régulière, trop de boulot depuis un petit temps. Néanmoins, comme déjà dit auparavant, je vous promets que cette histoire sera finie un jour. Donc je vous souhaite une bonne lecture avec ce nouveau chapitre et vous remercie déjà de votre patience pour l'attente de la suite. Et j'espère tout de même encore vous lire en review!


Chapitre 23 - Séparation

"- Où s'arrête la responsabilité que nous portons des conséquences de nos actes et de nos choix?"

Erika fronça les sourcils. Était-ce une phrase rhétorique ou une question? Peu importait, elle avait un avis bien arrêté à ce sujet.

"- Là où nous décidons qu'elle doit s'arrêter," répondit-elle.

Albus Dumbledore la regarda fixement, semblant la jauger sur son expression suite à cette déclaration. Puis un fin sourire étira momentanément ses lèvres.

"- Vous êtes une énigme intéressante, miss Stewart," lui dit-il.

Et il avait l'air de penser que c'était un compliment. Elle haussa les épaules.

"- En quoi suis-je énigme?" s'entendit-elle demander avant d'avoir pu s'en empêcher.

Il fit mine de réfléchir.

"- Je n'aurais pas cru que vous vous investiriez dans ce genre de quête pour quelqu'un d'autre."
"- Parce que vous me connaissez personnellement, sans doute?"

Il la toisa par-dessus ses lunettes en demi-lune.

"- Mieux que vous ne le croyez, mais pas aussi bien que je le voudrais…"

Elle haussa les sourcils. Elle était impressionnée par son honnêteté.

"- Et bien, moi je n'aurais pas cru que vous puissiez être si franc," dit-elle.
"- Sachez que j'apprécie ce que vous essayez de faire pour Severus."

Erika jeta un coup d'oeil à Alice, toujours effondrée et immobilisée dans le canapé. La haine et la rage avaient disparu, ne restait que la pitié. Tout ça pour presque rien.

"- J'étais si proche…" soupira-t-elle.
"- En effet," acquiesça-t-il. "Sans quoi je ne serais pas intervenu."
"- Mais pourquoi? Vous avez risqué votre magie en faisant ça…."

Un éclair de vif intérêt traversa le regard du vieux sorcier, puis il hocha la tête en signe d'assentiment.

"- C'est tout à fait juste," confirma-t-il. "Je suis impressionné, vous avez saisi l'essence du fonctionnement de la magie…"

Erika jeta un coup d'oeil à Dumbledore avec un air suspicieux, peu convaincue de ce qu'il venait de dire.

"- … du moins superficiellement," ajouta-t-il avec un clin d'oeil. "Mais cela reste quand même plutôt exceptionnel chez une jeune sorcière comme vous. Je serais curieux d'entendre l'expérience qui vous a révélé cette vérité…"
"- Peut-être une autre fois. En tous cas, peu importe ce que je ne comprends qu'en surface, tant que je peux prévoir grossièrement le résultat. Mais vous n'avez pas répondu à ma question. Pourquoi avez-vous pris ce risque pour moi?"

Il ferma les yeux un instant, semblant méditer sur la réponse à fournir. Elle ne dit plus rien, attendant simplement.

"- Votre magie n'est pas noire, Erika."

Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine alors qu'il prononçait son prénom. Le fait en lui-même était déjà exceptionnel, Dumbledore n'appelait jamais ses anciens élèves par leur prénom à moins d'avoir un relationnel plus proche avec eux. Mais il y avait plus. L'air entre eux s'était tendu, comme s'il avait pris un sens particulier, comme s'il était tout à la fois le même air que d'habitude et un matériau particulier, tangible qui les reliait l'un à l'autre d'une manière douce et infime. Puis l'effet s'estompa et Erika se demanda si elle n'avait pas tout imaginé.

"- Qu'avez-vous fait?" demanda-t-elle, certaine que, si cela s'était bien produit, Dumbledore devait y être pour quelque chose.
"- Vous l'avez senti…" répondit-il en éludant à nouveau sa question. "Intéressant."

Erika secoua la tête, exaspérée.

"- Je me fiche que vous m'utilisiez comme rat de laboratoire pour vos expériences, mais je veux savoir ce que vous avez fait!"

Il ne dit rien pendant un moment, se contentant de l'observer. Elle se résigna et attendit.

"- Pour utiliser des termes que vous avez vous-même employés," dit-il finalement, "je me suis adressé à votre magie, Erika…"

Encore cette sensation étrange d'une connexion à la mention de son prénom. Alors qu'elle y était davantage préparée, elle crut s'apercevoir que tout était connecté de la sorte, pas seulement eux, comme si chaque élément, qui était pourtant parfaitement identique visuellement, avait été mis en surbrillance. Puis le ressenti de cette connexion parfaite disparut comme il était apparu.

"- Bien," dit Dumbledore.

C'était tout. Elle n'aurait pas droit à une explication. Mais c'était déjà plus clair.

"- Vous voyez toujours les choses comme ça?" s'enquit-elle.
"- Comment?" demanda-t-il, la forçant à préciser sa pensée.
"- Par la magie," expliqua-t-elle.

Ce terme lui était venu naturellement. Cela semblait évident.

"- Non."
"- Pourquoi? C'est si difficile à faire?"
"- Ce n'est pas une question de difficulté."
"- D'énergie alors?"
"- Très bien, miss Stewart."
"- Arrêtez avec ça, il y a longtemps que j'ai quitté les bancs de l'école…"
"- Mais ce que vous apprenez à présent est beaucoup plus subtil et ne peut être compris que par un apprentissage expérimental et lent…"
"- Des explications théoriques n'auraient aucun sens."
"- En effet."
"- Pourquoi maintenant?"
"- Je vous l'ai dit."

Elle fronça les sourcils, se torturant les méninges pour accéder à sa mémoire et retrouver l'information donnée dans le courant de la conversation normale. Oui, il avait été curieux de connaître son expérience.

"- Il y a un élément déclencheur."
"- Tout à fait," acquiesça-t-il.

Elle se força à arrêter de réfléchir à ce nouvel éclairage sur la magie pour remettre les choses en contexte. Dumbledore ne perdrait pas son temps avec elle si elle ne lui était pas utile en quelque chose.

"- Cela va m'aider à comprendre comment sauver Severus…"

Elle ne posait même pas la question et il ne prit pas la peine de répondre.

"- Votre combat est compliqué, mais noble," dit-il. "J'espère qu'il en sera toujours de même."

Elle hocha doucement la tête pour marquer son accord. Elle en était seulement à apprivoiser sa réserve de magie, à comprendre comment le type de sorts utilisés la "teintait", elle commençait à peine à entrevoir une solution pour Severus, et voilà que Dumbledore lui jetait de nouvelles données dans la masse déjà importante d'inconnues dont elle devait tenir compte.

"- Potter va bientôt arriver."

La voix de Severus lui fit rouvrir les yeux - quand les avait-elle fermés? Elle ne l'avait pas entendu arriver. Durant toute leur conversation, Dumbledore et elle n'avaient pas bougé de leur siège respectif. Mais cela faisait un moment qu'ils avaient récupéré de leur échange magique musclé. Cela aussi, elle devrait en tenir compte dans son analyse, qu'avait-il fait exactement pour la purger? Mais ce n'était pas le moment d'y songer. Elle se leva et fit face à Severus.

"- Merci," lui dit-elle simplement, et elle était sincère.

Il leva les yeux au ciel.

"- La prochaine fois, tu m'écouteras peut-être…"
"- Peut-être…"

Elle avait envie de l'embrasser, mais elle savait qu'avec Dumbledore présent, il détesterait cela. Alors elle se contenta de lui effleurer la main et transplana.

§***§

"- On se demandait si on allait passer Noël sans toi…"
"- Très drôle, Sirius, vraiment…"

Son ami l'avait accueillie comme lui seul savait le faire, de façon un peu bourrue mais dissimulant un réel intérêt voire une légère inquiétude. Erika ne s'en formalisa donc pas.

"- Tu sembles aller mieux," dit Sirius, l'air de ne pas y toucher.
"- Possible…" répondit-elle d'un ton détaché.

En réalité, elle trouvait inquiétant que cela se soit vu à ce point. Mais au fond, à quoi pouvait-elle s'attendre d'autre, avec de la magie noire à l'oeuvre? Elle devait sans doute s'estimer heureuse d'avoir gardé son contrôle la plupart du temps.

"- Il y a du courrier qui est arrivé pour toi…" continua Sirius.

Mais le ton qu'il avait employé n'était plus celui de la conversation anodine.

"- Bien, où est-il?"
"- On l'a posé sur ton bureau…"
"- Merci."

Erika se rendit dans son bureau et remarqua aussitôt le courrier que Sirius lui avait mentionné. Une enveloppe d'un format allongé en papier d'excellente qualité avec une écriture très élégante dessus. Elle la prit en main pour l'examiner de plus près. Il y avait une odeur particulière qui accompagnait ce papier, mais la jeune femme ne se risqua pas à l'inspirer directement. Severus était tout de même parvenu à lui inculquer quelques bons réflexes. Elle releva la tête et croisa le regard de Sirius qui attendait dans l'encadrement de la porte, un air inquiet peint sur ses traits.

"- Entre et ferme la porte," lui dit-elle.

Elle n'avait pas de raison de s'isoler pour ouvrir ce courrier qu'elle n'attendait pas, alors si Sirius sentait qu'il y avait quelque chose de louche, elle lui faisait confiance pour se méfier et le gardait près d'elle. Il s'exécuta et s'approcha d'elle.

"- De qui est-ce?" demanda-t-il.
"- Je n'en ai aucune idée…"

Elle disait presque la vérité. L'écriture lui rappelait vaguement quelqu'un, mais impossible de savoir qui. Juste une sensation de familiarité dérangeante. Elle entreprit d'ouvrir l'enveloppe mais rencontra une résistance importante. Le papier n'était pas collé, il était scellé magiquement.

"- Quel genre de sceau?" dit Sirius.
"- Encore une fois, je ne sais pas…"

Mais c'était l'occasion de tester ce que Dumbledore lui avait révélé sur la magie. Elle avait cru comprendre que tout ce qui avait une trace de magie était connecté dans une sorte de flux stagnant qui s'activait quand on le contrôlait. Ou alors elle n'avait rien compris du tout. Si elle ne se trompait pas, il lui restait quand même à franchir la barrière de la connaissance vers l'expérience. Elle n'avait aucune idée de comment on procédait. Et si elle parvenait à voir la magie en action sur l'enveloppe, elle était presque certaine qu'elle ne parviendrait pas pour autant à l'identifier.

"- Qu'est-ce que tu fais?" s'enquit Sirius qui commençait sans doute à trouver le temps long.
"- J'essaie de comprendre…" répondit-elle, volontairement vague.
"- Tu peux toujours le faire à voix haute…" rétorqua-t-il.

Mais elle lui imposa le silence en posant un doigt sur sa bouche, fixant l'enveloppe.

"- Chhhhhhut…" murmura-t-elle, "patience…"

Elle se concentra sur le papier qu'elle tenait fermement. Qu'avait fait Dumbledore avec elle? Il avait prononcé son prénom, mais avec une puissance magique pour le porter. Donc elle devait identifier l'objet magique et le reconnaître en tant que tel. Elle essaya. Plusieurs fois. En vain.

"- Tu sais, ce n'est pas en la regardant qu'elle va s'ouvrir…"

Au temps pour la concentration…

"- Sirius, s'il te plaît, je…"

Mais elle s'interrompit. Elle l'avait vu. Sirius. Cela n'avait duré qu'une fraction de seconde, mais elle avait tout perçu comme avec Dumbledore.

"- Oui?" dit-il. "Tu as trouvé quelque chose?"

Elle se rendit compte qu'elle souriait bêtement. Elle se reprit. Peut-être pouvait-elle utiliser Sirius pour visualiser la magie à l'oeuvre sur l'enveloppe. Celle-ci n'était pas un objet magique à la base, le problème venait peut-être de là.

"- Pas encore, Sirius…"

Elle avait chargé le prénom de son ami de magie et espérait une réverbération sur l'enveloppe. Elle en fut pour ses frais. Sirius irradia et l'enveloppe apparut à Erika magiquement. Mais comme elle le craignait, elle n'était absolument pas sûre d'avoir compris. Elle n'avait aucun modèle de référence. Et il devait exister autant de nuances qu'il y avait de sorciers et de sorts. Néanmoins, elle avait sa petite idée sur ce que l'enveloppe attendait pour s'ouvrir. Elle la déposa sur le bureau et chercha quelque chose de coupant.

"- Non," dit Sirius en voyant le petit couteau qu'Erika avait trouvé dans les anciennes possessions de Bertrand. "Tu crois que c'est ce que ton correspondant attend de toi?"
"- On va vite le savoir," répondit-elle.

Elle s'entailla la main gauche et laissa tomber une goutte de sang sur le papier. Aussitôt l'enveloppe se descella comme si elle n'avait jamais été fermée.

"- Un ancien copain Mangemort?" demanda cyniquement Sirius.

Elle le fusilla du regard.

"- Ça, Sirius, ce n'est pas drôle…"

Sans le vouloir, elle avait de nouveau appuyé le nom de son ami. Et au vu de son faible niveau de puissance magique, elle comprit pourquoi Dumbledore avait dit ne pas l'utiliser tout le temps. Elle se sentait tout à coup fatiguée, bien que c'était de plus en plus clair à chaque fois qu'elle en voyait davantage - ou plutôt ressentait, le terme était plus juste.

"- Tu peux me dire ce qui se passe, ici?" dit Sirius, visiblement mal à l'aise.
"- Quoi?" demanda-t-elle innocemment.
"- Il fait oppressant, dans cette pièce…"

Il semblait réellement incommodé. Elle se promit de faire attention à l'avenir. Ce genre de manipulation ne devait pas être intéressant pour tout le monde.

"- Je ne sais pas, je ne sens rien, moi," rétorqua-t-elle.

Elle sortit le parchemin de l'enveloppe. Encore un matériau d'une excellente qualité et toujours cette écriture raffinée. Erika la parcourut lentement des yeux.

"Ma chère Erika,
Voici enfin le temps dont j'avais rêvé autrefois. Te rencontrer pour la première fois fut un moment particulier dans ma vie. Toi que je considérais comme la plus privilégiée de nous deux, j'ai enfin compris que tu n'avais pas eu droit à la même liberté que moi. Je me rends à présent compte de mon erreur à t'avoir reniée de la sorte. Ta mère a certainement bridé ton potentiel. Mais maintenant je suis là, je t'accepte, et ensemble, j'en suis sûre, nous allons accomplir de grandes choses. Rejoins-moi vite, je t'attends.
Ta soeur, Roxanne"

"- Ça ne va pas?" s'enquit Sirius, inquiet.

Erika déglutit difficilement. Puis elle inspira profondément et se recomposa un visage neutre.

"- Si, si, ne t'inquiète pas, ce ne sont que des bêtises, des menaces en l'air, rien d'important."
"- Tu es sûre?"
"- Oui."
"- Bon. Si tu as besoin de moi, demande."

Elle offrit un sourire sincère à son ami.

"- Toujours," acquiesça-t-elle.

Il hocha la tête et quitta la pièce. Quand la porte fut refermée, Erika soupira. Celle-là, elle ne l'avait pas vue venir.

§***§

Sirius n'était pas convaincu du tout que c'était de simples menaces qui avaient été écrites sur cette lettre. Une sorte d'anonyme n'aurait jamais pu atteindre Erika, même par courrier. Surtout directement à la cellule. Avec un sceau du sang comme protection du message en prime. Il y avait quelque chose de louche là-dessus. Mais que pouvait-il faire si elle ne lui laissait pas l'occasion de l'aider? Il n'avait plus qu'à attendre qu'elle lui en parle ou pas.

"- Sirius!"

Il se retourna à la mention de son nom, mais il savait déjà qu'il était fichu avant même de la voir. Aurélie se dirigeait vers lui d'un pas décidé. Seulement il préférait oublier ce qui s'était passé. Les femmes…

"- Oui?" lui répondit-il d'un ton qu'il souhaitait le plus neutre possible.
"- Dis, on croirait que tu m'évites…"
"- Non."

Mensonge éhonté, mais il s'en fichait, il n'avait pas de compte à lui rendre.

"- Bon, si tu le dis. T'as des clopes?"
"- Toi non?"
"- Non, je suis à sec, et j'ai pas de fric pour en acheter…"
"- Comment tu fais d'habitude?" demanda-t-il en fronçant les sourcils.
"- Ben j'en pique dans la réserve du bureau, mais là Erika est dedans…"

Il soupira. Il devrait l'envoyer balader, mais elle ne laisserait pas tomber avant d'avoir obtenu ce qu'elle voulait. S'il espérait avoir la paix, il devait céder.

"- Bon, tiens," dit-il en lui tendant son paquet.
"- Tu viens avec?"

Il s'était fourvoyé, elle ne le laisserait pas tranquille du tout. Et il avait besoin d'une cigarette.

"- Ok…"

Ils sortirent de la maison.

"- Viens," dit-elle en lui désignant des arbres au loin. "Là-bas on ne nous verra pas…"
"- Où est le problème?"
"- Personne ne sait que je fume. Toi tu t'en fiches, tu pars quand tu veux, mais moi je vis ici pour un bon moment encore."
"- Ok, ok, je te suis…"

Et c'est ce qu'il se borna à faire. Elle ne tenta pas de faire la conversation, ce qu'il apprécia. Elle lui montra le coin qu'elle préférait et ils s'y installèrent sans commentaire, allumèrent leur cigarette avec son briquet et commencèrent à fumer en silence. Cela dura un petit moment.

"- Tu sais," dit-elle, "c'est pas parce qu'on a couché ensemble que je veux t'épouser…"
"- De toutes façons, j'aurais dit non," rétorqua-t-il.

Elle rit. Elle avait un beau rire.

"- Alors arrête de me fuir, tu veux?"
"- Je ne te fuis pas…"
"- À d'autres…"
"- Bon, ok, j'ai compris."
"- Super."

Un nouveau silence, qu'il apprécia encore plus car il ne s'attendait plus à ce qu'une grande déclaration lui tombe dessus.

"- Par contre, t'es un bon coup, alors il se peut que j'aie à nouveau envie de te sauter dessus à l'occasion…"

Il aspira trop fort la fumée et s'étouffa bruyamment avec. Aurélie rit à nouveau.

"- Quoi? On ne te l'a jamais dit?"
"- Et bien," avoua-t-il, "non, et je n'aurais pas cru entendre ça dans la bouche d'une femme…
"- Alors c'est que tu n'as pas rencontré les bonnes…"

Il haussa un sourcil, étonné de la capacité de la jeune femme à ne pas s'offusquer de tout ce qu'il disait.

"- Je suis désolé," dit-il.
"- Pourquoi?"
"- Parce que je passe souvent pour un macho, mais ce n'est pas mon intention…"
"- Oh t'inquiète, toute ta génération est comme ça… on vous a mal éduqués, c'est tout…"
"- Ah si ce n'est que ça…"
"- Hey, fais pas ton frustré!"

Elle lui donna un coup de poing léger dans le bras. Il leva les mains en signe de reddition.

"- C'est bon, tu as gagné!"
"- Tu te rends tout de suite? Mauviette!"
"- J'aurais trop peur de te faire mal," lui dit-il pour la provoquer.
"- Oh, espèce de foutu macho!"

Elle se jeta sur lui. Il eut à peine le temps de lever son bras pour lui éviter de se brûler sur sa cigarette encore allumée, mais pas de se protéger, et il s'écroula, emporté par l'élan de la jeune femme qui atterrit sur lui. Mauvaise idée. Son corps réagit rapidement au contact du corps d'Aurélie qui lui donnait de léger coups de poing en restant affalée sur lui. Elle ne tarda d'ailleurs pas à s'en rendre compte et son expression changea. Du rire amusé elle passa au sourire coquin. Elle était belle comme ça. Elle se pencha doucement vers lui en déplaçant lentement son corps de telle sorte qu'il ne put s'empêcher de gémir doucement. Elle s'arrêta à deux centimètres de son visage. Il sentait son souffle sur ses lèvres.

"- Tu veux que je me retire?" souffla-t-elle, le mouvement de ses lèvres les faisant effleurer la bouche de Sirius au passage.
"- Oui…" murmura-t-il.

Sa raison était parvenue à s'exprimer. Oui, il voulait qu'elle s'éloigne de lui, parce qu'il était faible et qu'il ne résisterait pas. Les sentiments qu'il éprouvait pour Hermione étaient réels, mais tout était compliqué avec elle, et elle était si loin. Aurélie ne demandait rien et elle était là. Merlin, ce qu'il pouvait avoir envie d'elle. Il sentait chaque parcelle de son corps collé à lui et toujours son souffle rapide au-dessus de son visage. Elle avait envie de lui et le fait de s'en rendre pleinement compte décupla son désir. Mais elle ne bougeait pas. Il lui avait dit qu'il voulait qu'elle se retire. Peut-être qu'elle ne faisait rien à cause de ça. Peut-être qu'elle ne voulait pas se retirer, alors elle attendait qu'il mette lui-même fin au contact. Elle l'obligeait à prendre la décision. Il s'en sentait incapable. Il essaya d'évoquer le visage d'Hermione pour se donner du courage, mais c'était une erreur. Il l'aimait, elle lui manquait, et le manque nourrissait son envie. Aurélie était là, prête à partager cette envie. Ses lèvres étaient toutes proches maintenant, à portée. Elle s'était encore rapprochée. Ou était-ce lui qui l'avait faite bouger? Leurs bouches s'effleurèrent, leurs souffles s'emmêlèrent. Il n'était plus maître de lui, il avait trop envie.

§***§

"- Ce n'est pas correct…"
"- Quoi donc?"
"- Il y a quelqu'un qui m'attend à Londres…"
"- Ah bon?"

Aurélie se tourna pour le regarder en face. Ils étaient assis sur un tronc d'arbre mort, la neige avait fondu là où ils avaient fait l'amour, un peu plus loin. Sirius lui rendit son regard.

"- Et je vais passer pour quoi, moi, maintenant?" s'indigna-t-elle. "La briseuse de couple?"
"- Mais non, voyons…"
"- Tu aurais pu me prévenir! Si j'avais su que tu étais avec quelqu'un chez toi, je n'aurais pas insisté…"
"- Vraiment?" lui dit-il, peu convaincu.
"- Bon, peut-être… Je ne sais pas. Mais je ne le savais pas, je pensais juste à Erika…"

Il dût reconnaître que c'était une des premières choses dont elle s'était enquise. Et il n'avait rien fait pour la dissuader.

"- En fait, c'est assez compliqué," dit-il pour se dédouaner.
"- C'est toujours compliqué avec les hommes. Pourquoi tu la trompes?"
"- À proprement parler, je ne la trompe pas…"
"- Ah, c'est le genre qui a besoin de temps…"

Il la regarda avec un air effaré.

"- Tu es un homme, en fait, c'est ça?"
"- Avant mon opération, je t'aurais dit oui…"

Il écarquilla les yeux. Elle se mit à rire.

"- Mais non, enfin, Sirius! Tu es vraiment bourré de préjugés… tu vois le monde avec des cases…"

Il haussa les épaules.

"- C'est possible. Ça marche plutôt bien…"
"- Et bien si tu veux que ça se décomplique avec ta nana, pense à réviser tout ça…"

Il soupira. Elle se leva.

"- Et sinon, je suis là… pour le moment!"

Elle lui lança un clin d'oeil et commença à s'éloigner. Il la regarda partir. Elle ne se retourna plus jusqu'à disparaître sous le couvert des arbres. Il fixa le sol devant lui. Il se pouvait qu'elle ait raison. Mais il aurait préféré un mode d'emploi. Il se leva à son tour et prit le chemin de la maison. Une fois à l'intérieur, il se dirigea vers les escaliers avec l'intention de prendre une douche.

"- Sirius?"

Il s'arrêta sans se retourner à l'appel d'Erika.

"- Tu as de la visite," dit-elle.
"- Bonjour, Sirius."

Il se figea. La patience était une vertu et il venait encore une fois de prouver qu'elle ne faisait pas partie des siennes. Il se retourna lentement.

"- Bonjour, Hermione."
"- Je vous laisse, j'ai du boulot…"

Il nota dans un coin de sa tête qu'Erika venait encore de lui servir une fausse excuse et qu'elle avait l'air particulièrement tendue. Puis il se concentra sur Hermione.

"- Que me vaut le plaisir?" demanda-t-il.
"- Oh, arrête avec les civilités, veux-tu? Harry m'a tout dit…"
"- Ah, bien. Tu es venue rompre officiellement en personne ou tu veux en discuter avant de rompre, peut-être?"

Elle le fixa avec un air horrifié. Il y avait peut-être trop d'amertume dans son ton, mais cela lui était venu naturellement. Il attendit qu'elle réponde sans bouger. Elle se recomposa un visage neutre bien qu'il voyait que la colère le disputait à la tristesse dans ses yeux.

"- Non, Sirius, je suis venue pour te présenter mes excuses…"

Sa rancoeur s'envola aussitôt alors qu'il l'entendit prononcer ces mots avec toute cette dignité dont elle seule était capable. Il franchit la distance qui les séparait et la prit dans ses bras. Il sentit qu'elle ne réagissait pas, mais il s'en fichait, il l'avait bien mérité.

"- Pardon, Hermione," murmura-t-il dans sa chevelure indisciplinée où il trouva tellement plaisant d'enfouir son visage.

Elle leva les bras pour les passer autour de lui.

"- Pardon de ne pas avoir compris, d'avoir laissé les autres se mettre entre nous…" ajouta-t-il.
"- Oh, Sirius… Pardonne-moi d'avoir fait exactement la même chose."
"- Bien sûr."

Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre sans bouger jusqu'à ce qu'un raclement de gorge lui fasse lever la tête. Eric avait les sourcils légèrement froncés, signe de sa désapprobation silencieuse. Pour le reste, son expression était neutre. Sirius ne répondit pas à sa toux forcée. Le deuil était une affaire difficile, mais Eric devenait vraiment trop à fleur de peau pour beaucoup de choses. Encore un point que Sirius devrait aborder avec Erika. Pour l'heure, il se contenta de se détacher un peu d'Hermione pour lui prendre la main.

"- Viens," lui dit-il simplement.

Et malgré le regard interrogateur qu'elle lui lança, elle ne dit rien et se contenta de le suivre. Il l'entraîna jusqu'à sa chambre. Lorsqu'il eut fermé la porte, le regard de la jeune femme reflétait beaucoup d'appréhension. Il lui sourit.

"- Je vais aller prendre une douche, tu peux rester ici pour m'attendre avant le souper ou redescendre au salon si tu préfères."

Sans attendre de réponse de sa part, il attrapa des vêtements dans son armoire et lui sourit à nouveau en ressortant de la pièce. En se dirigeant vers la douche, il poussa un léger soupir de soulagement. Il était heureux de la retrouver, mais aussi content qu'elle ne soit pas plus entreprenante qu'avant. Il était trop fatigué pour ça. Dans la salle de bain, il resta sous l'eau longtemps en tentant de se convaincre qu'il n'était pas en tort avec Aurélie.

§***§

Erika se leva d'un coup de derrière son bureau. Elle n'en pouvait plus de voir cette lettre. Elle n'en pouvait plus de toutes ces révélations, de tout ce qui lui tombait dessus tour à tour. Elle voulait retrouver sa vie d'avant. Quand elle refusait continuellement d'intégrer ce foutu Ordre du Phénix. Quand ils vivaient apparemment heureux, Sirius, Remus et elle.

"- Oh, Remus…"

La douleur la poignarda sans prévenir, lui coupant le souffle, et elle se laissa glisser sur le mur derrière elle jusqu'à être assise sur le sol. Elle posa les coudes sur ses genoux et encadra sa tête de ses mains.

"- Pourquoi…?"

Elle éclata en sanglots silencieux. Il y avait tellement de pourquoi à énumérer et aucun ne pouvait obtenir de réponse satisfaisante. Il y avait tant à faire et si peu de temps. Mais qui était-elle au fond? L'employée administrative lambda du Ministère de la Magie corrompu jusqu'à la moelle? Une espionne pour le compte de l'Ordre du Phénix? Une traîtresse Mangemort? Une résistante Française? La soeur d'une sorcière mégalomane? Tout à la fois ou rien de tout ça… Simplement Erika, jeune femme paumée.

"- C'est ça, au fond, je ne suis qu'une paumée…"

Elle ravala ses pleurs et inspira profondément pour se redonner contenance.

"- Et en plus," continua-t-elle en se remettant debout, "je suis complètement folle, je parle toute seule…"

Elle secoua la tête, affligée par tant de faiblesse. Son éducation de bourgeoise reprenait constamment le dessus. Elle quitta la pièce et la verrouilla derrière elle, puis monta à l'étage avec l'idée de prendre une douche. Arrivée dans le couloir, elle entendit des voix. Elle vit alors que la porte de la chambre de Sirius était entrouverte. Curieuse, elle s'approcha pour entendre ce que les voix disaient. Au moins deux voix féminines différentes.

"- J'habite ici, j'ai le droit de passer le voir si ça me chante!"

Aurélie. Mais que faisait-elle là?

"- Et bien, il n'est pas là, donc vous pouvez partir…"

Hermione. Dans la chambre de Sirius. Sans Sirius. Que s'était-il encore passé?

"- Je lui ai prêté quelque chose que je veux récupérer," rétorqua Aurélie.
"- Attendez qu'il soit revenu pour fouiller dans ses affaires."

Le ton qu'avait employé Hermione relevait plus de l'ordre que de la suggestion. Erika se doutait qu'Aurélie n'allait pas apprécier.

"- Et qui es-tu pour décider ce que je peux ou ne peux pas faire?"

Cela allait finir par dégénérer. Erika s'éloigna. Ce n'était pas ses affaires et elle ne tenait pas à être témoin d'un pugilat. Elle fit un crochet par sa chambre pour récupérer ses affaires de toilette et se dirigea vers la salle de bain. En se rapprochant, elle entendit le bruit caractéristique de l'eau qui coule dans les canalisations. Elle s'apprêtait à se rendre au deuxième étage quand elle réalisa que ce devait être Sirius à l'intérieur. Il était rapide, elle pouvait attendre. La porte était même entrouverte.

"- Sirius?" appela-t-elle en s'avançant un peu.
"- Oui, qui est là?"
"- Erika. Je crois que tu vas avoir un souci dans ta chambre."
"- Quoi? Entre, je ne t'entends pas…"
"- Ça va encore jaser," soupira-t-elle en s'exécutant.

Elle prit la peine de fermer la porte derrière elle. Sirius était dans la baignoire-douche, dissimulé par le rideau quasiment opaque.

"- Je disais qu'il se passe quelque chose dans ta chambre," reprit-elle suffisamment fort pour couvrir le bruit de l'eau.
"- Ah bon?" répondit-il sur le même ton.
"- Oui, j'ai entendu Aurélie et Hermione y discuter…"
"- Quoi?!" s'exclama-t-il en rabattant le rideau.

Erika haussa les sourcils puis se contenta de sobrement détourner le regard. Elle vit du coin de l'oeil Sirius rabattre le rideau devant lui puis il coupa l'eau.

"- Désolé. Passe-moi ma serviette, veux-tu?"
"- Bien sûr."

Elle la lui tendit. Puis, alors qu'il s'essuyait succinctement avant de nouer l'essuie autour de sa taille, elle reprit:

"- Ce ne sont pas mes affaires, tu fais ce que tu veux, mais tu gagnerais à fréquenter des tempéraments moins impétueux…"

Il se tourna vers elle et accrocha son regard.

"- J'ai déjà essayé," lui dit-il avec un sourire calme.

Elle se sentit rougir et détourna le regard.

"- Erika, tu as pleuré?" demanda-t-il. "Quelque chose ne va pas?"
"- Rien, ne t'inquiète pas," répondit-elle sans le regarder. "Dépêche-toi ou elles vont finir par se crêper le chignon…"
"- Ah oui, possible. Merci."
"- De rien."

Il attrapa ses affaires et s'apprêta à sortir.

"- Erika?"
"- Oui?"
"- Si tu as besoin."
"- Je sais."

Il quitta la salle de bain. Erika prit une profonde inspiration en fermant la porte. Sirius était un homme exceptionnel. Elle prit une douche rapide et retourna dans sa chambre. Elle attrapa son sac et commença à faire le tri de ses affaires. Quelques vêtements - en avait-elle réellement acquis autant? Ses affaires de toilette. Les plaques militaires de Bertrand. Eric et elle étaient tombés d'accord pour qu'elle les garde car il ne comprenait pas ce qu'elles représentaient. La chaîne de Remus. Sirius la lui avait laissée en arguant que leur ami l'aurait souhaité. La gourmette de Sirius. Il la lui avait donnée pour son fils à naître. Ils auraient changé le prénom à la naissance du bébé. Dans une autre vie. Erika parcourut la pièce de ses yeux à nouveau embués. Il n'y avait rien d'autre là qui valait la peine d'être emporté. Elle avisa le téléphone portable qui lui permettait d'être facilement en contact avec Severus. Il ne devait pas pouvoir la joindre. Elle le détruisit. Aucun objet ne lui rappellerait Severus, ils n'avaient pas eu le temps de construire quelque chose qui leur permettrait de se faire ce genre de cadeau. Elle songea à évoquer son nom comme elle l'avait fait avec Sirius. Mais c'était une mauvaise idée. Elle était certaine qu'il comprendrait d'une manière ou d'une autre, et elle ne le voulait surtout pas.

Erika désillusionna son sac et le mit sur son dos. Elle descendit dans le salon principal et s'arrêta. Personne, aucun bruit. Tout le monde était occupé. Elle fit apparaître un sapin de Noël décoré, le parsema d'une touche personnelle sur laquelle elle travaillait depuis un moment et disposa au pied de l'arbre des petits cadeaux pour chacun des habitants de la maison. Puis elle se rendit dans son bureau. Elle prit la lettre de Roxanne et en déposa une autre décachetée à la place. Enfin elle rouvrit l'entaille qu'elle s'était faite à la main, la mit en contact avec la lettre, inspira profondément et transplana.