Disclaimer: Le cadre et les personnages issus du canon Harry Potter ne m'appartiennent pas, tout cela est à J.K.R. ! Je ne gagne pas d'argent en publiant cette histoire.
Remerciements: À mon inlassable et talentueuse correctrice, j'ai nommé Loufoca, qui me dispense ses conseils et ses réflexions plus que judicieuses avec une générosité sans limite, je ne te dirai jamais assez merci! À mes lecteurs, qu'ils se manifestent ou pas, je vous remercie de prendre le temps de me lire, car après l'écriture, le partage est tout aussi important.
Rappel important: Ceci est une fanfiction dans un univers alternatif aux trois derniers tomes de Harry Potter. Je ne détaillerai pas en quoi ces trois derniers tomes diffèrent des originaux, car je me situe après pour la grosse majorité de l'histoire.
NdA: Deux mois seulement, j'ai fait pire... Voici donc la suite de cette histoire. Et ce chapitre sonne le glas de mon avance. Je n'ai plus que des notes et un demi chapitre de prêt. Mais toute l'intrigue jusqu'à la fin est déjà prévue et annotée dans mon recueil, je ne me retrouve pas face à des ténèbres d'incertitude, la route est toute tracée jusqu'au point final. Toi lecteur fidèle, sois donc mon aide pour rendre cette histoire la plus crédible et cohérente possible, donne-moi ton avis et tes questions en review, cela pourrait très bien avoir une influence sur la manière dont j'écrirai la suite! Et en attendant, enjoy!
Chapitre 24 - Volte face
Sirius était soulagé. En débarquant habillé seulement d'une serviette de bain dans sa chambre, il avait tellement fait rire Hermione et Aurélie qu'elles avaient quitté la pièce en se racontant des anecdotes similaires. C'est donc très satisfait qu'il redescendit au rez-de-chaussée après s'être habillé. Alors il découvrit le sapin décoré et resta un moment à l'admirer.
"- Vous avez fait du superbe boulot," dit-il en s'adressant aux deux jeunes femmes assises dans le divan.
"- C'est pas nous," rétorqua Aurélie.
Il fronça les sourcils.
"- Qui alors?"
Aurélie haussa les épaules et Hermione fit non de la tête. Sirius se rapprocha de l'arbre et le détailla. Des boules de diverses couleurs. De la neige animée magiquement pour tomber perpétuellement. Des guirlandes. Des figurines qui s'en donnaient à coeur joie. Tout ce qu'il y avait de plus classique en matière de sapin de Noël. Puis il le vit. Se cachant entre les branches, un mini loup-garou semblait aux aguets. La gorge de Sirius se serra. La reproduction de la forme redoutée de Remus était parfaite. Soudain, le loup bondit. Sirius le suivit des yeux et il remarqua le chien noir miniature vers lequel le loup-garou se dirigeait. Les deux animaux firent alors des cabrioles ensemble. Sirius en avait le souffle coupé.
"- Ils sont parfaits."
Hermione s'était postée à côté de lui sans qu'il ne s'en rende compte. Pour le coup, il trouva cela dérangeant, intrusif.
"- C'est vraiment le moment de fêter Noël!"
Eric venait d'entrer dans le salon et il exprimait son mécontentement par l'ironie. Sirius prit une profonde inspiration pour s'astreindre au calme.
"- Tu n'as qu'à en faire part à Erika," lui conseilla-t-il en espérant se débarrasser du jeune homme.
"- Dès que je saurai où elle est."
Sirius fronça les sourcils et se tourna vers Hermione.
"- Tu l'as vue?" lui demanda-t-il.
"- Erika? Non…"
Il réfléchit. Erika avait pris sa douche après lui et avait placé le sapin avant que les filles ne redescendent. Si elle était remontée à l'étage, il l'aurait croisée. Puisqu'elle n'était pas visible, elle devait être dans son bureau. Conclusion qu'il communiqua à Eric.
"- J'en viens, elle n'y est pas," rétorqua-t-il.
Sirius avait envie de lui dire de se débrouiller, mais quelque chose l'empêcha de se désintéresser de la recherche d'Erika. La lettre bizarre qu'elle avait reçue l'avait apparemment beaucoup affectée même si elle l'avait nié. Peut-être pourrait-il en tirer un quelconque indice. Il se rendit au bureau d'Erika en laissant les jeunes dans le salon. Il entendit vaguement Aurélie retenir Hermione et Eric dans son dos et se promit de l'en remercier plus tard.
Dans la pièce austère, il sentit quelque chose d'étrange mais était incapable d'en expliquer l'origine ou le sens. Il ne s'y attarda pas et examina le bureau. La lettre qu'avait reçue Erika ne semblait plus être là, mais il y avait une enveloppe avec un sceau très chargé qui était décachetée. Il en sortit une lettre légèrement froissée en parchemin de qualité et la parcourut. En gros, la Résistance reprochait la mort de Charles et Lise à Erika. Le reste était du détail administratif. Il activa la cheminée et contacta l'Ordre. Ce fut Ron qui lui répondit.
"- Oui?"
"- Rogue est là?"
"- Heu, je crois…"
"- Je dois lui parler."
Le rouquin le fixa quelques secondes avec un air suspicieux, puis hocha la tête en s'éloignant. Bientôt Rogue apparut dans la pièce.
"- Black?" fit-il comme s'il était très contrarié.
"- Où est Erika?"
"- Je pourrais te poser la même question…"
Il croisa les bras et le toisa avec son petit air supérieur insupportable.
"- Elle n'est pas avec toi et elle ne t'a rien dit?"
"- Non. Tu as perdu ton chef, Black?"
Sirius ne se laissa pas entraîner. Sous le sarcasme, il avait clairement entendu l'inquiétude, et cela il le respectait.
"- Mon chef, c'est Harry. Je vous tiens au courant."
Et il coupa la communication. Dès que les flammes eurent repris leur couleur naturelle, Sirius se retourna pour constater le débarquement d'Hermione, Aurélie et Eric, bientôt rejoints par Damien, Arnaud et Sylvie.
"- Personne ne sait où elle est?"
Toute trace d'animosité ou de rancoeur avait disparu des traits d'Eric. Ce garçon avait un caractère bien équilibré.
"- Pas que je sache," répondit Sirius. "Cela lui arrivait-il avant que je ne vienne?"
"- Jamais quand on pouvait s'en rendre facilement compte…"
L'animagus hocha la tête. Les sorties nocturnes. Mais cette fois, l'après-midi venait de s'achever. Il se mit en mouvement et les jeunes s'écartèrent de son chemin aussitôt. Retournant dans le salon, il se planta devant le sapin de Noël pour l'examiner plus attentivement. Il n'y avait pas que des figurines animées qui lui étaient destinées. Bien cachés en haut de l'arbre se trouvait un couple discret qui souriait simplement: Charles et Lise. Sirius avala sa salive difficilement. Il détourna les yeux et soupira. La figurine d'un homme attira alors son regard. Assis tranquillement sur une branche, il observait tout ce qui se passait dans la pièce. Sirius reconnut Bertrand. Il l'avait à peine aperçu en vrai et sa photo à la cérémonie du souvenir n'était pas très parlante, mais d'après ce qu'il avait entendu de lui, cette figurine ne pouvait être que lui. Çà et là s'étaient installés les résistants de la cellule, chacun avec une attitude si criante de vérité que Sirius se rendit compte du nouveau mur qu'Erika avait dressé autour d'elle. Elle connaissait plutôt bien toutes ces personnes mais ne s'était jamais mêlée directement à eux.
"- Tiens!"
Sirius entendit un claquement retentissant.
"- Aie! Mais qu'est-ce qui te prend?"
"- Ça t'apprendra à dire des idioties sur Erika… C'est on ne peut plus le moment de fêter Noël…"
Aurélie fusillait Eric du regard. Le jeune homme afficha un air un peu penaud. Sirius reporta son attention sur le sapin. À son pied s'amoncelaient quelques cadeaux.
"- Elle ne s'est jamais absentée plus d'une nuit," crut bon de préciser Eric.
C'était le 21 décembre. Sirius savait qu'Erika ne dévoilait son intention d'offrir des cadeaux à Noël que le 24 décembre à l'approche de minuit.
"- Elle est partie," déclara-t-il platement.
Il ne l'aurait pas cru cette fois, mais elle avait tout laissé derrière elle d'un seul coup. Du coin de l'oeil, il vit qu'Hermione quittait la pièce. Le départ d'Erika ne la concernait pas et elle ne s'imposait pas. Ou alors elle s'apprêtait à expliquer à Harry qu'elle l'avait mis en garde depuis le début. Cela le frappa pour la première fois, mais au fond, il ne connaissait pas Hermione. Elle lui avait tendu la main au moment où il en avait besoin et il s'était accroché à elle comme une bouée, mais était-ce vraiment le mieux pour tous les deux?
"- Bon, on va devoir changer d'endroit," conclut Eric, ramenant Sirius au moment présent.
Comme personne ne réagissait, il ajouta.
"- Erika est le Gardien du Secret de notre cellule. On ne peut plus rester ici."
Sirius hocha gravement la tête. Il n'avait plus rien à faire là. Mais il aiderait les jeunes le temps qu'il faudrait avant de rentrer en Grande-Bretagne.
"- Je reste jusqu'à ce que vous n'ayez plus besoin de moi," dit-il, ce à quoi ils acquiescèrent tous.
Alors il quitta le salon pour leur faire comprendre qu'il ne déciderait pas pour eux.
§***§
"- Qu'est-ce que tu racontes?"
"- Je te dis qu'Erika Stewart a disparu!"
Harry secoua la tête en signe de dénégation.
"- Impossible," dit-il, "la dernière fois que je lui ai parlé…"
"- Et bien apparemment, les choses ont bien changé ici."
Le jeune homme put voir la moue hautaine d'Hermione même dans le dessin de son visage au sein des flammes. Son amie considérait qu'Erika avait abandonné le navire, malgré l'emploi du mot "disparu". Cela laissait Harry d'autant plus perplexe. Ce n'était pas l'Erika qu'il connaissait, celle qui avait rejoint les rangs de l'ennemi pour lui porter un premier grand coup, celle qui avait vécu comme une paria pour protéger ses alliés, celle qui avait permis un partenariat inespéré avec un autre pays, et surtout celle qui lui avait remonté les bretelles quand il songeait encore tout récemment à abandonner parce qu'il trouvait le coût de cette guerre trop élevé en vies humaines.
"- Quelque chose a dû motiver son départ…" réfléchit-il à voix haute.
"- Le résultat est identique. Notre lien direct avec la Résistance Française est rompu."
"- Hermione, c'est toi qui as initié les relations avec la France, Erika était juste un pont pratique qu'on a découvert par hasard."
"- Peut-être, mais je suis sûre que les opérations conjointes n'auraient pas été possibles sans sa présence. Elle a sûrement insisté pour les lancer."
Harry hocha gravement la tête. Pour lui, ce n'était pas une hypothèse en laquelle il croyait, mais un fait. Erika le lui avait dit, mais il s'était abstenu d'en faire part à Hermione pour ne pas la blesser. Elle s'était tellement investie dans ce projet.
"- Tu peux prendre sa place…" proposa-t-il.
"- Non, je ne fais pas partie de la Résistance. On ne me ferait pas confiance."
"- Sirius alors?"
"- Il ne restera que le temps nécessaire à leur réorganisation."
"- Il ne pense pas qu'elle va revenir?"
"- Non, au contraire."
"- Bon, et toi? Tu restes avec lui?"
"- Non, je rentre bientôt. On a des choses à faire."
Il hocha de nouveau la tête.
"- Très bien. À tout à l'heure, Hermione."
Le visage de la jeune femme disparut et les flammes reprirent leur couleur naturelle.
"- Harry?"
Il se raidit en entendant la voix de Ron. Ils s'étaient à peine croisés depuis leur confrontation indirecte dans le bureau suite au retour de Dumbledore, et Harry n'était pas certain de pouvoir rester maître de lui si la conversation prenait un tour plus privé.
"- Oui?" répondit-il d'un ton plus sec qu'il ne l'aurait voulu en se tournant vers le rouquin.
Ron afficha un air un peu penaud et baissa légèrement les yeux.
"- Je suis désolé," dit-il, "j'ai entendu une partie de la conversation…"
"- Ce n'était pas privé," assura Harry pour couper court.
"- Ah, et bien, Sirius va revenir?"
"- Oui, mais pas tout de suite. Pourquoi?"
"- Je vais… enfin peut-être, s'il m'écoute… quoi que…"
"- Au fait, Ron!"
"- Je veux que les choses soient claires avec lui, je n'ai rien contre lui."
"- Ça il le sait déjà, je pense…"
"- Ah bon, tu crois?"
"- Mais je pense aussi qu'il appréciera…"
"- Ah. Bien. Je vais faire ça…"
"- C'est une bonne idée. Mais ne t'emporte pas."
"- Oui, oui, tu me connais…"
"- Pas si bien que ça…"
L'amertume avait percé dans la voix de Harry sans qu'il puisse la retenir. Il le savait qu'il ne parviendrait pas à se contrôler. Ron rougit sous l'attaque verbale, visiblement gêné. Harry aimait bien quand il rougissait, surtout dans d'autres circonstances… qui ne se reproduiraient plus, se souvint-il aussitôt. Il soupira et s'apprêtait à quitter la pièce quand Ron se décida à parler.
"- Tu sais, Harry, je ne suis pas doué pour tout ça…"
"- Sans rire?"
Il était évident qu'en matière d'expression des sentiments, Ron était toujours classé bon dernier. Et souvent aux dépens des autres. Hermione et Sirius n'étaient pas les seuls à en faire les frais.
"- Vraiment, je…"
Harry attendit, mais il commençait à perdre patience. Ron n'avait qu'à se débrouiller pour finir ses phrases, après tout!
"- … je ne m'attendais pas à ça, tu sais…"
"- A quoi?"
"- Et bien, j'avais beaucoup bu…"
"- Belle excuse…" ne put s'empêcher de rétorquer Harry alors qu'il comprenait que Ron était passé du sujet d'Hermione et Sirius à celui de leur aventure d'un soir.
"- Hey, j'ai pas dit que je regrettais!"
À peine les mots avaient-ils franchi le seuil de ses lèvres que le rouquin détourna les yeux en rougissant encore plus fort. Harry fronça les sourcils.
"- Alors pourquoi tu fais comme si c'était quelque chose d'effroyable?" demanda Harry, impitoyable.
"- Je ne sais pas," répondit Ron en haussant les épaules. "Parce que c'est bizarre, parce que je ne sais pas comment agir, parce que c'est trop rapide…"
"- Ça fait dix ans qu'on se connaît!"
"- Mais je n'avais jamais imaginé ça!"
"- Vraiment? Si ce que tu dis est vrai, tu m'aurais repoussé, même ivre…"
"- Heu, peut-être… Je ne sais pas, Harry, alors c'était pas conscient! Même comme ça, c'est tout flou, on dirait un rêve…"
"- Tu as besoin de réel?"
Sans attendre de réponse, Harry se rapprocha de Ron et l'embrassa. Le rouquin eut d'abord un mouvement de recul, mais le chef de l'Ordre le retint et maintint le contact de leurs lèvres. Bientôt, Ron se laissa faire. Harry prolongea le contact et entrouvrit les lèvres pour titiller celles de Ron du bout de sa langue. Le rouquin répondit lentement à son invitation, comme s'il cherchait à résister mais n'y parvenait pas. Cette lutte soumise dura un petit moment, puis Harry sentit que Ron lui rendait vraiment son baiser. Alors il se détacha et recula pour observer son ami.
"- Voilà du réel," déclara-t-il.
Ron semblait perdu, comme s'il était soudain privé de quelque chose qu'il venait de découvrir et qu'il voulait encore.
"- On se voit plus tard," dit Harry, "j'ai du boulot."
Et il quitta la pièce, plutôt satisfait de lui-même.
§***§
Potter débarqua dans le petit salon avec un air à la limite du benêt. Puis son expression stupide fit place à de la surprise en voyant Alice Swire affalée dans le fauteuil. Enfin il croisa le regard de Severus et sembla atterrir, se souvenant probablement de la conversation qu'ils avaient eue un peu plus tôt dans la journée. L'ancien Mangemort se désintéressa du jeune homme pour vérifier que Dumbledore était à nouveau en pleine possession de ses moyens. Il constata que si ce n'était pas vraiment le cas, le vieux sorcier en donnait toutefois une parfaite apparence.
"- Qu'y a-t-il, Harry?" demanda Dumbledore. "Tu sembles contrarié."
Il était des fois où même un des plus illustres sorciers de son temps était capable de paraphraser des évidences. Cela avait le don d'exaspérer Severus. L'art de tourner autour du pot ne lui plaisait guère.
"- Et bien, je me demande ce que nous allons bien pouvoir faire d'une espionne," avoua le jeune homme.
"- C'est à toi de voir," se dédouana aussitôt Dumbledore. "Tu as tous les éléments en main, je crois."
Potter acquiesça en jetant un regard en biais à Severus, qui hocha la tête une fois en signe d'assentiment. Il n'avait rien omis. Il lui avait simplement donné les souvenirs qu'il avait vécu avec Alice. Il avait eu le temps de remiser sa culpabilité mal placée au placard depuis le choc de la révélation. Il avait fait ce qu'il devait faire. C'était la guerre. Que cette gamine les ait trahis pour un acte dont il ne se sentait pas responsable et ait été la cause de tant de morts pour une amourette déçue prouvait qu'elle était faible. Il se moquait éperdument du sort des faibles.
"- Il est certain qu'on ne peut pas la relâcher," dit le jeune homme.
Severus le regarda, incrédule. Était-il possible qu'il ait envisagé cette possibilité ne fut-ce qu'une seconde?
"- Mais je ne suis pas trop pour l'idée de la séquestrer…"
"- Tu dois trouver une solution entre tes deux options, Harry," intervint Dumbledore.
"- Mais la première n'en est pas vraiment une," rétorqua Potter.
"- Alors modifie la seconde pour qu'elle te convienne."
Severus leva les yeux au ciel une fraction de seconde et se leva du fauteuil pour les laisser palabrer.
"- Attendez," lui demanda Potter.
"- Je ne vois pas en quoi le sort de Miss Swire me concerne," rétorqua-t-il.
"- Ce n'est pas de cela qu'il s'agit," contra Potter.
Severus haussa un sourcil, intrigué.
"- Et bien?" demanda-t-il quand le chef de l'Ordre ne poursuivit pas immédiatement.
"- Erika Stewart a disparu."
"- Il paraît, oui."
"- Vous êtes au courant?" s'exclama Potter avec un air scandalisé.
"- Black m'a demandé si je savais où elle était. J'en ai déduit qu'il était à sa recherche."
Inutile de dévoiler à tous la nature de ses rapports avec Erika. Le fait que le cabot était au courant était déjà bien suffisant.
"- Il semblerait qu'elle ait abandonné sa cellule."
Severus ne se laissa pas piéger par la perche tendue. Il ne répondrait pas du comportement d'Erika, il ne la défendrait pas.
"- Tout comme pour Miss Swire, je ne vois pas en quoi cela me concerne."
Dumbledore le regarda avec insistance. Le mensonge perdait toute sa crédibilité devant le vieux sorcier, mais il savait qu'en tant qu'ami, il ne le trahirait pas. Toutefois, Severus se demandait parfois quelle était la définition d'un ami pour Dumbledore, car les agissements de son ancien mentor à son endroit le laissaient souvent perplexe.
"- Si jamais elle vous contacte pour je ne sais quelle raison, j'aimerais avoir de ses nouvelles," répondit simplement Potter. "Si vous en avez l'occasion, vous pouvez lui demander de me contacter directement."
"- Je ne vois pas pourquoi une telle chose se produirait, mais si cela venait à se présenter, je n'y manquerais pas."
Il sortit enfin de la pièce sans demander son reste. Il se sentait comme un enfant pris en faute. Dumbledore avait cet effet sur beaucoup de gens. Il choisit de battre en retraite dans son appartement personnel plutôt qu'à Poudlard. Une fois sur place, il se rendit dans son laboratoire sans réellement y songer. C'était l'endroit où il se sentait le plus à l'aise. Il vérifia son unique potion en cours, le veritaserum, sur le point d'être terminée. Il ne devait plus rien faire qu'attendre que la préparation arrive à son terme. Autrement dit, il avait donc tout le temps de penser à sa situation. Ce n'était pas forcément ce qu'il souhaitait, mais après tout il devait en passer par là et le moment n'était pas plus mauvais qu'un autre. Il s'assit sur son tabouret, se perdant dans la contemplation des volutes de fumée qui s'échappaient du chaudron.
Erika l'avait abandonné. Il y avait tout un tas de raisons logiques possibles pour qu'elle ait agi de la sorte. Son esprit rationnel lui listait tous les éléments qui justifiaient un tel comportement, tous les événements qui avaient pu se produire menant à ce résultat. Mais malgré tout, quelque chose en lui se rebellait contre l'idée qu'elle ait pu décider de partir sans le prévenir.
Severus soupira profondément et se pinça l'arête du nez avec ses doigts, se laissant aller à fermer les yeux. Depuis quand était-il devenu si dépendant? Lily avait été son amie d'enfance, la seule fille qui l'acceptait tel qu'il était… jusqu'à ce qu'elle ne l'accepte plus. Malgré cela, les sentiments qu'il avait développés pour elle étaient restés ancrés au fond de lui longtemps après sa mort. Jamais il ne pourrait effacer la part d'elle qui le composait. Mais jamais elle n'avait entravé son raisonnement, altéré sa logique. Avec Erika, c'était totalement différent. Elle avait marqué son esprit au fer rouge. Il pouvait rester des jours sans la voir, sans même avoir de ses nouvelles, pourvu qu'il sache où elle était. Mais apprendre qu'elle avait disparu sans laisser de trace était comme recevoir un coup de poignard. Et cela l'empêchait de se concentrer comme il le souhaitait. Elle n'avait même pas songé à le prévenir. La frustration l'envahit sans que sa raison ne parvienne à l'endiguer.
Il quitta son laboratoire, se sentant très las. Il alla dans sa chambre et s'allongea sur le lit sans l'ouvrir, ses paupières lourdes occultant déjà ses yeux. Il prit une longue inspiration. C'était stupide, mais il avait l'impression que l'odeur d'Erika planait encore dans la pièce.
Il s'était sûrement déjà assoupi quand il sursauta à cause d'un bruissement d'air à côté de son oreille. Il rouvrit les yeux à contrecoeur et constata avec surprise qu'une biche miniature voletait magiquement autour de lui. Pleinement réveillé, il se redressa et présenta sa main pour que la figurine animée se pose dessus. Elle se figea au contact de la peau et la voix d'Erika sortit de nulle part.
"J'espérais bien que tu viendrais ici à un moment ou l'autre, Severus. J'espère surtout que c'est plus tôt que tard… Je suis désolée. Vraiment. Mais je n'avais pas le choix. Ne t'inquiète pas. Et je t'en prie, pardonne-moi…"
La voix se brisa sur ces derniers mots. Severus en eut la gorge nouée. Les résidus de colère et de frustration s'étaient envolés. Ne restait qu'une lourde tristesse, si écrasante qu'il se laissa retomber sur le lit, serrant la figurine dans sa main. Il ferma les yeux, cette fois pour se concentrer. Lentement, il refoula l'émotion trop forte au plus profond de lui. Puis, en bon Occlumens qu'il était, il la barricada derrière un mur pour s'en couper.
Quand il rouvrit les yeux, il était calme et concentré. Il pouvait même ignorer sa fatigue corporelle. Il se leva, sortit de la chambre et transplana. La biche était un message clair. Erika le connaissait bien. Quoi de mieux pour couper le lien que de le ramener à son passé immuable? Severus avait laissé la figurine sur le lit froissé, avec les souvenirs. À sa juste place.
§***§
La maison de la cellule bourdonnait d'activité. Les membres rassemblaient leurs affaires pour déménager, mais ils n'y mettaient pas beaucoup de coeur. Jamais Sirius n'avait vu les pièces aussi propres et bien rangées. Sous prétexte de chercher tel ou tel objet perdu, les jeunes contrôlaient minutieusement chaque meuble de la maison, prenant leur temps, discutant entre eux lorsqu'ils se croisaient sur tous les sujets qui leur passaient par la tête. La disparition de la Gardienne du Secret toujours vivante était un problème insolvable, ils devaient quitter la maison. Mais les têtes pensantes de la Résistance en avaient profité pour dissoudre la cellule. Officiellement, ils souhaitaient redistribuer les compétences que les jeunes avaient acquises grâce à Erika et son lien avec l'Ordre. Officieusement, l'esprit indépendant qu'elle leur avait inculqué ne plaisait pas et la mort de Charles et Lise était un coût que la Résistance ne pouvait pas se permettre. Les Français étaient des frileux. Quand Roxanne déciderait de se révéler sous son vrai jour, le pays ne résisterait pas bien longtemps.
"- Ça va?"
Sirius mit un petit temps à sortir de ses sombres considérations. Il tira sur sa cigarette, aspirant lentement la fumée, le regard vague sur le lointain. Cela lui donnait une contenance et lui évitait de devoir répondre tout de suite à Aurélie.
"- Moui…," finit-il par marmonner alors qu'elle s'adossait au mur de la maison à côté de lui.
Ils gardèrent le silence pendant un moment. Sirius termina sa cigarette qu'il jeta par terre avant de l'écraser nonchalamment. Aurélie désintégra le mégot avec sa baguette tout aussi nonchalamment. Le silence se prolongea.
"- Dis, Sirius?"
"- Oui?"
"- Je sais que ce n'est pas l'idéal du tout, mais si je ne te le demande pas, je vais le regretter…"
L'animagus se raidit. Il venait à peine de se réconcilier avec Hermione, et encore, c'était toujours un peu tendu. Ce n'était pas le moment de recevoir des propositions auxquelles il aurait du mal de résister. C'est donc avec beaucoup d'appréhension qu'il se prépara à entendre ce que Aurélie voulait lui demander.
"- Je voudrais… intégrer l'Ordre…"
Il ne put s'empêcher de pousser un soupir sonore. Il avait dû retenir sa respiration trop longtemps.
"- Hey, tu t'attendais à quoi?" s'indigna-t-elle.
Il sourit.
"- A beaucoup de choses, mais pas ça," répondit-il très naturellement.
Elle haussa les épaules. Il détourna le regard. Plus le temps passait, plus il l'appréciait. À défaut de coucher ensemble, ils pourraient devenir vraiment amis.
"- Bon, et alors?" s'impatienta-t-elle.
"- Ah, heu…," hésita-t-il, le fil de ses pensées interrompu à nouveau. "Et bien, ce n'est à moi que tu dois demander…"
"- Oh, d'accord. Tiens."
Elle lui tendit un parchemin roulé et scellé.
"- Et je suis censé faire quoi avec ça?" feignit-il de ne pas comprendre en regardant l'objet sans y toucher.
"- Le prendre et le donner à ton chef. C'est ma candidature, je ne vais pas faire le déplacement si je ne suis pas acceptée!"
"- D'accord."
Le silence reprit ses droits entre eux, pendant un long moment. Cela ne les gêna pas un seul instant. Sirius sortit son paquet de cigarettes et le tendit ouvert à Aurélie qui se servit. Il fit de même, ils allumèrent les cigarettes au briquet de la jeune femme et continuèrent de savourer le silence qui régnait à l'extérieur du bâtiment. Mais comme tout avait une fin, Eric déboula près d'eux avec un air passablement inquiet.
"- Il faut que vous veniez voir ça tout de suite, on a une diffusion…"
Tandis qu'Aurélie laissait discrètement tomber sa cigarette dans la neige, Sirius haussa les sourcils. Peut-être avait-il mal compris le terme employé par le jeune Français? Il répéta:
"- Une diffusion?"
"- Oui, comme la télé moldue," acquiesça Aurélie.
"- Ah bon? Vous avez ça?"
Les deux jeunes levèrent les yeux au ciel, apparemment très désespérés. Sirius afficha une mine honteuse de circonstance. Les Britanniques étaient vraiment vieux-jeu, il devait bien l'admettre.
"- Dépêchez-vous," les pressa Eric en retournant à l'intérieur.
Sirius fit disparaître sa cigarette et celle d'Aurélie, puis ils suivirent Eric dans la maison jusqu'au salon où la fameuse diffusion était projetée depuis un cristal récepteur sur le plus grand mur blanc de la pièce. Sans avoir le temps de s'émerveiller de l'ingéniosité des Français, Sirius fut aussitôt plongé dans la projection. Roxanne faisait un discours passionné avec le Ministre Français de la Magie à ses côtés. Bien qu'enrobé dans un tas de belles promesses, le message était clair pour qui savait écouter, partisan ou opposant: la politique de la communauté magique en France allait changer, et drastiquement, d'ailleurs. Puis le regard de Sirius fut attiré par un mouvement derrière Roxanne.
"- C'est pas vrai!" s'exclama-t-il.
§***§
"- Harry!" s'écria Ron en déboulant dans son bureau comme une trombe.
Le jeune homme soupira sans relever la tête.
"- Ron, si tu veux bien, on parlera plus tard, j'aimerais vraiment finir ce que…"
"- Non, mais là, c'est vraiment important! Il faut que tu viennes voir ça!"
Harry jeta un coup d'oeil suspicieux à son ami. Il semblait passablement inquiet et excité tout à la fois.
"- Qu'est-ce qu'il y a?" demanda-t-il en soupirant à nouveau.
"- Les Français nous ont contacté! Ils ont envoyé un diffuseur! Ce truc est génial!"
Voilà donc l'origine de l'excitation de Ron.
"- Si c'est pour tester des nouveaux moyens de communication, je n'ai pas le t…"
"- Roxanne Carlier est en train de faire une diffusion dans le genre Ombrage quand on était à l'école, viens voir!"
Ron quitta précipitamment le bureau. Harry resta figé un moment. La mage noire française passait à l'attaque au grand jour. Combien de temps avant que Voldemort n'en fasse autant…? Le jeune homme se leva brusquement et partit à la suite de Ron pour le rejoindre au grand salon. Il y avait en effet un appareil qui diffusait une image de la Française en plein discours, un peu comme l'aurait fait un projecteur moldu. Plusieurs membres de l'Ordre présents regardaient, dont Hermione et Ron. Il remarqua également Dumbledore dans un coin de la pièce, le regard sombre. Puis il se concentra sur les paroles de Roxanne. Elle était en compagnie du Ministre de la Magie français qui souriait. L'image n'étant pas focalisée sur lui, son visage restait un peu flou et Harry n'aurait su dire s'il était réellement content ou plutôt contraint de sourire. La sorcière déblatérait beaucoup de boniments et ses phrases étaient tournées positivement, prononcées d'un ton enjoué pour assoupir l'auditeur inattentif et convaincre facilement les esprits non entraînés. Mais Harry comprenait parfaitement la volonté de mise en place d'un régime à la limite de la dictature, prônant l'identité nationale des sorciers français et leur supériorité. Voilà qui n'allait pas plaire à Voldemort. Sans jouer dans la même cour que le mage noir britannique, la Française se proclamait meilleure que lui. Il n'allait certainement pas tarder à demander des comptes à son alliée du moment.
Soudain attiré par un mouvement dans le groupe de sorciers qui l'entouraient, Harry leur jeta un coup d'oeil. Les expressions allaient de la simple colère à l'horreur profonde. Les membres de l'Ordre étaient tous d'accord dans leur analyse personnelle: un avenir encore plus sombre se profilait devant eux. Le jeune homme reporta son attention sur la diffusion.
"- En cette veille de Noël," disait Roxanne, "moment privilégié pour tout un chacun de s'entourer de sa famille et de ses amis, j'aimerais vous faire une petite annonce…"
Harry écarquilla grand les yeux, ne croyant pas ce qu'il voyait.
"- Quoi?!" s'exclama-t-il.
§***§
Comme tous les membres de l'Ordre présents qu'il venait de rejoindre, Severus fut surpris. Mais sa réaction fut beaucoup plus discrète et si Dumbledore n'avait pas été là pour le retenir par le bras, il aurait quitté la pièce aussitôt. Roxanne continuait de parler devant eux.
"- Je vous présente ma petite soeur, retrouvée il y a peu, qui m'a rejointe pour mener à bien notre mission de sauvegarde de notre glorieux patrimoine. Voici Erika!"
Livide, Severus était contraint de regarder la jeune femme qui s'était avancée aux côtés de Roxanne, car Dumbledore ne l'avait toujours pas lâché. Les deux soeurs souriaient calmement, se tenant la main, irradiant de cet esprit de famille si cher aux gens en général. Si le discours n'avait pas suffi à convaincre, cette révélation était extrêmement bien placée pour rallier les gens. Après ça, toute la France magique soutiendrait Roxanne. En les observant attentivement, on ne pouvait nier qu'elles étaient du même sang, il y avait un air de famille bien marqué, les traits du visage étaient très similaires. Il sentit son estomac se nouer. Pourquoi Erika ne lui avait-elle jamais donné cette information? Qu'espérait-elle obtenir en jouant ce genre de double-jeu? Dans quelle camp était-elle vraiment? Et plus important, qui était-elle, au final?
Severus tenta de se défaire de la prise du vieux sorcier une nouvelle fois, mais celui-ci attira son attention pour lui intimer le silence d'un doigt sur la bouche avant de le lâcher. Puis il lui fit signe de le suivre. Quand ils furent hors de portée de voix des autres sorciers qui commençaient à se révolter contre la duperie dont ils avaient été l'objet, Dumbledore s'arrêta.
"- Où pouvons-nous discuter tranquillement ailleurs qu'ici?" demanda-t-il.
"- Chez moi," répondit Severus d'un ton indifférent.
Il n'avait même pas songé à protester. Il n'arrivait pas à éprouver de colère, à se révolter tant il se sentait profondément trahi. S'isoler était encore le meilleur moyen afin de pouvoir s'affranchir de ce sentiment handicapant. Il tint le bras de Dumbledore et transplana vers son appartement. Tant pis si le vieux sorcier était témoin de sa perte de contrôle, ce ne serait pas la première fois. Tant pis si ses doutes étaient confirmés quant à la relation qui liait Severus à Erika. Vraisemblablement, cela ne comptait pas vraiment. Quand ils réapparurent chez lui, le regard de Severus se porta directement sur sa chambre encore ouverte. Il aurait voulu le faire exprès qu'il n'aurait pas pu. L'angle de vue qu'il avait lui permettait de voir le lit et la figurine de biche abandonnée dessus. "Pardonne-moi," avait-elle dit. Mais comment pourrait-il jamais pardonner ça?
"- Severus, asseyez-vous," lui intima Dumbledore.
Il s'exécuta aussitôt. Pendant que le vieux sorcier l'imitait, il se concentra pour neutraliser le sentiment de trahison qu'il ressentait.
"- Ecoutez-moi," insista son vis-à-vis, le distrayant de ce qu'il tentait de faire.
Avec un soupir exaspéré, Severus obtempéra. Dumbledore acquiesça doucement.
"- Bien," dit-il, "maintenant que j'ai votre attention, nous allons pouvoir discuter."
"- Il n'y a rien à en dire," contra Severus. "Nous venons de subir exactement ce que nous avons infligé au Seigneur des Ténèbres."
"- Ah oui?"
"- Évidemment. Tout porte à croire qu'Erika était une espionne à la solde de sa soeur…"
"- Miss Stewart est bien des choses, mais pas ce que vous décrivez."
"- Le contraire m'eut étonné," se renfrogna Severus. "Quel élément vous rend si sûr de vous?"
"- Le fait qu'elle ne savait pas qu'elle avait une soeur jusqu'à tout récemment."
"- Elle aurait donc changé de camp par esprit de famille?"
Le cynisme sourdait de ses paroles.
"- Qui vous dit qu'elle a changé de camp?" rétorqua Dumbledore, un petit sourire aux lèvres.
Severus soupira.
"- Ce n'est pas Potter qui l'a envoyée sur cette mission puisqu'il tombait des nues lors de l'annonce. Et les Français sont sur le pied de guerre depuis qu'elle est partie, au cas où elle les trahirait complètement."
"- Vous êtes bien placé pour savoir que Miss Stewart est tout à fait capable de prendre des initiatives seule."
"- Quel est l'intérêt si tous ses contacts dans notre camp la prennent pour une traîtresse?"
"- L'avenir nous le dira…"
"- Votre foi en les gens vous perdra un jour, Albus."
Mais malgré son ton acide et ses doutes, une petite flamme avait chassé les sombres sentiments que Severus tentait de barricader un peu plus tôt. Un petit espoir.
