Roy tapota nerveusement l'accoudoir de son fauteuil. Il fixait le téléphone avec une certaine impatience. Hawkeye n'était pas revenue la veille, ni l'avant-veille. Depuis, il guettait le moindre signe de vie qu'elle se refusait à lui donner. Soudain le téléphone sonna. Il se jeta dessus et cria presque.
-Hawkeye désolé pour l'autre jour s'il vous plaît revenez...
-Oh, Roy, tu m'as manqué, c'est moi, Lina...
Il blêmit. Encore une de ses conquêtes d'un soir qui voulaient le revoir.
-Merde, euh non, je veux dire, pardon Lina, je ne suis pas disponible !
Il raccrocha précipitamment. Ses subordonnés le regardèrent discrètement. Depuis que Riza était partie, l'équipe était fort peu productive. Les quatre hommes n'étaient pas très débrouillards et recevaient chaque jour davantage encore de papiers à traiter. Roy regarda avec consternation les 20 cm de paperasses qui s'étaient accumulés sur son bureau en deux jours -sans compter les dossiers déjà présents avant son départ- et soupira bruyamment avant de s'enfoncer bien profondément dans son siège.
Il prit sa tête entre ses mains, faisant mine de réfléchir. Puis, il décida de dormir, demandant à ses subordonnés de le réveiller si le téléphone sonnait.
Alphonse fit signe à Edward et Emily.
-Je crois que c'est par là.
Le trio avait décidé de se rendre dans une boutique que le dernier mort fréquentait souvent. Depuis toute la matinée, ils avaient visité plusieurs endroits familiers à la victime. Malheureusement, les employés en savaient peu sur leur client, et les trois n'espéraient plus grand-chose du prochain magasin.
Les deux blonds suivirent Alphonse, et ils arrivèrent dans une boutique assez coquette située dans une petite ruelle. Aussitôt, une vendeuse les accosta.
-Bonjour, bienvenue ! Ici, nous produisons toutes sortes de chapeaux, et nous...
Alphonse n'osant pas l'interrompre, Ed prit les devants.
-Merci, nous ne sommes pas là pour vos chapeaux. Nous sommes de l'armée et nous devons vous poser quelques questions à propos d'un de vos clients...
Il jeta un coup d'œil aux quelques clients qui les regardaient avec curiosité.
-Hum... Pouvons-nous parler de ça... Seuls ?
La vendeuse sembla déçue et inquiète mais sourit.
-Bien sûr, suivez-moi.
Quelques minutes plus tard...
-Oui, Tom Gray. C'était presque un ami... Il venait régulièrement ici. Il achetait des chapeaux pour sa fille et lui. Sa fille... Il ne manquait pas une occasion de parler d'elle. Il l'aimait énormément...
Ed et Al se regardèrent, cet amour paternel leur rappelait quelqu'un. Mais la femme continua.
-Il l'aimait tellement que ça en devenait étrange, presque malsain. Il m'avait dit un jour... "Je serais prêt à tout pour la retenir. Je veux qu'on soit liés à jamais, peu importe ce que ça implique. Je ne veux pas qu'elle m'oublie. Je veux juste la protéger." Cette phrase pourrait venir simplement d'un papa inquiet, mais... Je ne sais pas quoi, mais quelque chose m'a mise mal à l'aise dans son attitude. Il semblait trop aimer sa fille. Enfin... C'est sans doute moi qui exagère...
Ed nota quelques informations dans un carnet.
-Je vois. Que pouvez-vous nous dire concernant ses relations ? Avait-il des attaches, ou au contraire, des ennemis ?
-Hm... D'après ce que j'ai entendu, sa femme serait morte tôt.
-Oui, sa fille était encore jeune.
-Du coup, il avait embauché une baby-sitter... Il semblait mal accepter le fait que celle-ci s'occupe de sa fille, mais d'après ce qu'il m'en disait, elle avait l'air de la rendre heureuse. Je n'ai jamais vu cette baby-sitter, ni sa fille d'ailleurs. Il avait des amis, aussi... Je ne suis pas en mesure de fournir un nom quelconque, mais... Et il n'avait pas spécialement d'ennemis, juste quelques querelles avec les gens des bars qu'il fréquentait. Pour résumer, je dirais que son univers tournait autour de sa fille.
-Hmmm... Et concernant sa femme ? Comment vivait-il sa mort ?
La vendeuse soupira.
-Je n'en sais rien. Il était très distant à ce sujet. Et puis, on dirait comme ça, mais il ne me parlait pas beaucoup en réalité... J'ai pu récolter toutes ces informations après des années d'observation, et puis, beaucoup ne sont que des ragots que j'ai entendus...
-Vous ne savez rien d'autre ?
-Non.
Ed ramassa son carnet. Emily prit la parole.
-Merci beaucoup pour ces informations. J'espère que nous nous reverrons. À bientôt.
-Oui, à bientôt. J'espère que cette enquête aboutira à quelque chose.
Le trio salua et quitta la boutique. Ed relut ses notes, puis ils s'éloignèrent.
Le soir.
Riza soupira, maudissant son sixième sens. Finalement, elle était revenue dans cette maison, la maison du défunt. Elle n'avait pas compris pourquoi, mais elle avait eu ce besoin. Et elle était revenue. Son instinct ne se trompait jamais.
Elle relut une nouvelle fois la note. Une note toute simple, au fond de la poubelle recyclable, dont elle avait rassemblé les morceaux.
Une écriture enfantine.
"Je le déteste, mais c'est pire que ça. Je ne peux rien dire. Je peux juste le lui dire à elle. Je vais détruire cette note. Si quelqu'un la trouve, s'il vous plaît, n'en parlez pas à mon père."
Elle se prit la tête entre les mains. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qui était cette "elle"?
Elle réfléchit. Elle décida de relire le journal. Et soudain elle crut comprendre. Elle retourna dans le bureau du père. Elle prit l'agenda, et, au cas où, lut un CV plié en deux à une page. Soudain elle blêmit. Elle lâcha l'agenda et courut vers le salon. Elle se précipita vers le combiné et composa le numéro du bureau.
Quelques minutes plus tôt.
-On y va, général.
-Mouais.
-Vous ne voulez pas y aller ?
-Nan.
-Comme vous voudrez.
Les quatre hommes quittèrent le bureau, laissant leur supérieur face au combiné. Toute la journée il avait attendu un éventuel appel, il ignorait pourquoi, mais il avait attendu. Finalement, il n'avait eu le droit qu'à l'appel d'une ex. Au bout de dix minutes, il ricana.
-Quel imbécile je fais...
Comme si elle allait avoir un problème ou une révélation à cette heure-ci.
Il se leva, quitta la salle et ferma le bureau à clé.
Quelques minutes après le téléphone sonna. Mais Mustang n'était plus là pour répondre.
Le combiné traînait à côté du poste. Un homme sortit, un sourire aux lèvres, portant sur une épaule une femme aux cheveux blonds assommée.
