Hello ! :-)

Troisième OS… Ou plutôt, CHAPITRE, devrais-je dire. Parce que oui, vu que cette chère xxxx-fAiry-tAil-xxxx m'a donné (encore…) des idées de suite… Eh ben flûte les OS et flûte l'éventuel "simple threeshot" ! Comme dirait un certain Bob : AUCUN RESPECT, MOUAHAHAHA !

(Ne fuyez pas en courant, je vous assure que je suis normale ! Revenez, revenez !)

Bon, ça pourrait éventuellement compter en recueil d'OS, mais comme il y a tout de même une sacrée continuité entre chaque OS, ça fait plus "histoire" à mon sens. Je ne pense pas qu'il y aura des tooooonnes de chapitres (déjà parce que j'ai pas encore commencé à regardé la saison 4, simplement XD).

Encore merci à Eleven Clouds pour sa chanson "Bats-toi !" qui m'a de nouveau accompagné pendant mon écriture… (Je pense que vous localiserez aisément le passage en question XD).

Bref, sur ce j'en ai fini avec mon blabla inintéressant et je vous laisse en bonne compagnie ! :3

Bonne lecture et merci d'être passé par là !


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L'univers et les personnages d'AVENTURES ne sont pas à moi : ils appartiennent à Mayhar, Krayn, Fred, Bob, Seb, et tout ce joyeux petit monde qu'on adore. Ah, et au cas où vous auriez un doute : je n'écris pas ces histoires dans le but de gagner des sous, mais juste pour partager avec vous mes délires et cette passion d'Aventures. ^.^

Ah, et je précise aussi pour ce chapitre que certaines lignes de dialogues ne m'appartiennent pas non plus, j'ai pris la liberté de les tirer directement de la série pour mieux m'intégrer à la trame de base. Si ça pose le moindre problème à quelqu'un qui considèrerait ça comme une offense envers leur travail, je modifierai, bien sûr.


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Marqué comme sien 3


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« Salut. Ça fait longtemps. »

Tous entendirent cette voix émaner du haut des escaliers, mis à part Shin qui s'était accroupi un peu plus loin, occupé à étudier le cours d'eau souterrain qui traversait la salle. Viktor écarquilla les yeux et Grunlek afficha une expression mêlant surprise et méfiance. Quant à Bob, son visage s'éclaira d'un large sourire et son regard étincela. Plusieurs minutes, déjà, qu'il sentait cette douce tiédeur envahir son âme. Il l'avait su dès qu'il avait pénétré dans ce lieu, à la suite d'Arcana. Il l'avait ressenti. Son paladin était dans les environs.

Si proche, enfin, après plus de deux mois de séparation.

Le demi-diable voulut se précipiter dans les marches à sa rencontre, mais Grunlek étendit son bras mécanique pour lui barrer la route, manquant de le faire tomber. Les sourcils du nain étaient froncés, et son regard sombre semblait indiquer qu'étrangement, il n'accordait aucune confiance au nouveau venu.

« Attends. » souffla-t-il. « Comment pouvons-nous être sûrs de son identité ? Il est censé être mort. »

« C'est Théo. C'est lui, je le sais. » répondit gravement Bob sans donner plus d'explications.

Il contourna le bras de Grunlek et s'élança dans les escaliers, ignorant le nouvel appel du nain dans son dos. Dépassant Viktor, il lui jeta un coup d'œil, mais l'expression du magister de l'Église de la Lumière était indéchiffrable. Bob monta précipitamment les marches et s'arrêta à quelques pas de son paladin. Il le dévisagea. Ses traits étaient tirés et une ombre voilait légèrement son regard. Mais c'était lui, c'était bel et bien lui. Dans sa poitrine, Balthazar perçut leurs deux âmes entrer en résonnance. Il serra les poings, luttant contre les larmes d'émotion qu'il sentait affluer sous ses paupières et qui menaçaient de le submerger. Ils auraient été seuls, il se serait jeté dans les bras de celui qui se tenait en face de lui. Mais les autres étaient au bas des marches et les observaient.

« Théo… » murmura-t-il seulement en plantant ses yeux dans les siens.

Le paladin lui retourna son regard. Même s'il pouvait y discerner son soulagement de le revoir, Bob n'aimait pas cette obscurité malsaine qui luisait au fond de ses pupilles. C'était nouveau, et ça ne lui plaisait pas.

« Salut. » lâcha le paladin d'une voix légèrement étranglée par l'émotion.

Le pyromage devait faire appel à toute sa volonté pour s'empêcher de lui sauter dessus et bénit presque le pas lourd de Viktor dans les escaliers, qui lui fournit une bonne excuse pour se décaler sur le côté afin de laisser Théo et son précepteur face à face. Les deux hommes se jaugèrent du regard sans échanger un seul mot. Bob étudia l'expression de Viktor et réalisa que, tout comme lui, il avait les yeux humides et tentait de l'ignorer de son mieux. Il ne put s'empêcher de sourire sous cape. Depuis qu'ils s'étaient rencontrés, quelques semaines plus tôt, il n'avait jamais vu autant d'émotion transparaître sur le visage autoritaire du magister de l'Église de la Lumière.

Viktor finit par s'avancer de quelques pas et posa une main sur l'épaule de son élève.

« Je pensais t'avoir perdu pour de bon. »

Ce geste simple et anodin provoqua un brusque accès de colère chez Bob, qu'il tenta de contrôler de son mieux. Il se crispa, luttant contre l'envie soudaine de propulser l'un de ses poings dans la figure du magister. Dans le même temps, discrètement, il fronça les sourcils. Cette réaction ne provenait pas de lui-même… Enfin, il l'espérait fortement. Au plus profond de son être, il sentait s'agiter les forces obscures de sa magie démoniaque.

Le diable qu'il était savait pertinemment que Théo était à lui.

Et il ne supportait pas que quiconque d'autre agisse ainsi envers sa propriété.

Comme pour appuyer ce constat, le pentacle se mit à brûler l'avant-bras de Bob. Il plaqua l'une de ses mains dessus en grommelant sourdement dans sa barbe. Théo devait ressentir la même chose au niveau de son front, car il se crispa également et recula d'un pas, se soustrayant à l'étreinte de son précepteur. Celui-ci se contenta de hausser légèrement un sourcil, peu surpris à vrai dire par la réaction de son élève, devenu avare de signes de tendresse depuis la mort de son père et qui n'avait jamais cherché à brider son insolence. Théo leva le menton, semblant observer un point situé par-dessus l'épaule de Viktor, et rétorqua avec une pointe de satisfaction dans la voix :

« Ah, et moi je pensais avoir perdu mon bouclier, ça tombe bien. »

Bob serra les dents – pour s'empêcher de pouffer, cette fois. Il reconnaissait bien là son paladin. Les deux hommes échangèrent encore quelques mots et Viktor finit par tendre à Théo son bouclier. Il l'attrapa sans un mot de remerciement. Contrairement à ce à quoi le mage s'attendait, l'écu magique n'eut aucune réaction lorsqu'il se retrouva entre les mains de son propriétaire légitime. Une ombre passa à nouveau dans le regard du paladin. En silence, il accrocha son bouclier dans son dos, là où se trouvait sa place, puis fit signe à ses deux compagnons et ils descendirent les marches pour aller retrouver Grunlek ainsi que Shin, qui avait fini par s'apercevoir de la présence de Théo et n'en croyait pas plus ses yeux que le reste des Aventuriers.

Le guerrier fut évidemment noyé sous une foule de questions concernant son retour inattendu ainsi que ce qu'il lui était arrivé. Alors que tous s'enthousiasmaient, et principalement Bob, Grunlek maintenait une certaine réserve. Théo s'en aperçut bien assez tôt et le héla :

« Ben quoi, Grunlek, y'a un problème ? »

Le nain haussa un sourcil broussailleux en étudiant une nouvelle fois de haut en bas son ami prétendument revenu d'entre les morts.

« Mh… J'hésite encore entre un problème et une très bonne nouvelle. Pour l'instant, on va dire que c'est une très bonne nouvelle… »

« Oh, mais ça va, c'est bon ! C'est moi, je te dis. » soupira Théo en roulant des yeux. « Tiens, comment tu veux que je te le prouve, euh… »

« C'est une bonne question, c'est vrai. » releva Grunlek en croisant les bras, fouillant dans sa mémoire. « Voyons… Qu'est-ce qu'il y aurait comme information que tu serais le seul à connaître ? »

Du coin de l'œil, l'ingénieur nota le ricanement du demi-diable et tourna la tête vers lui.

« Bob, tu as une idée ? »

Il avait seulement pouffé parce que, pour lui, il n'y avait strictement aucune place au doute. Son cœur, son âme, tout son être entier lui criait que cet homme debout devant eux était bel et bien son paladin. Mais face à Grunlek, il se retrouva pris au piège. Pas question de perdre la face pour autant : il laissa son sourire s'élargir et hocha la tête avant de s'adresser à Théo :

« Qu'est-ce que tu as dit à la druidesse elfe dans ses derniers instants ? »

« Euh… Ben, je lui ai demandé comment elle voulait mourir, mais c'est de ta faute, aussi, tu… »

« Parfait, parfait. » l'interrompit le mage en levant un index. « Et enfin, deuxième question, plus importante : la petite f… »

La réponse intraitable de Théo fusa avant même qu'il n'ait eu le temps de conclure sa phrase.

« Elle est pas morte. »

Cette fois, Bob ne put retenir un éclat de rire face à l'obstination du paladin et se frotta les mains tout en confirmant avec un clin d'œil en direction de Grunlek :

« C'est bon, c'est bien lui ! »

Le nain opina du chef, mais son regard exprimait clairement qu'il n'était pas encore tout à fait convaincu. Entourant Théo, les Aventuriers se rapprochèrent de Bragg et écoutèrent longuement ce que celui-ci avait à leur dire. Puis ils s'éparpillèrent dans le souterrain, examinant les lieux et étudiant les anciens documents qui s'y trouvaient, jusqu'à ce que la voix alerte de Shin ne résonne :

« Les mecs ! À COUVERT ! »


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Après avoir fui le colosse et sa foutue hache qui aspirait la magie, avoir dérivé dans un torrent et s'être fait attaquer par une horde de Buveurs de Chair, les Aventuriers avaient enfin pu trouver refuge dans une caverne spacieuse. Lumière broutait à l'entrée de la grotte, surveillé du coin de l'œil par Eden, étendue non loin. Ils avaient installé leurs affaires et Grunlek s'était rapidement attelé à mitonner un bon repas avec les quelques ingrédients dont il disposait. Chacun eut bientôt un bol fumant à la main et savoura son ragoût sans un mot. Le silence le plus total régnait entre les cinq compagnons, l'ex-intendant et sa protectrice, ainsi que les deux femmes qu'ils avaient sauvé un peu plus tôt des Buveurs de Chair et qui se demandaient ce qu'elles faisaient là.

Une conversation s'entama bientôt. Mais avant que Bragg, le souffle court et le teint pâle, n'aborde pour la énième fois la question de la Guilde des Intendants, un commentaire acerbe de la part de Viktor fit se tourner tous les regards en direction de Théo. Depuis leurs retrouvailles, ce dernier avait en effet un comportement des plus étranges. Bob l'avait remarqué comme les autres, mais il ne parvenait pas à l'expliquer davantage qu'eux. La seule chose dont chacun était certain, c'était que Théo ne leur avait pas tout révélé quant à son séjour dans l'Éther…

Il maniait de nouveaux pouvoirs, qu'aucun d'entre eux ne lui avait jamais connu. Il ramenait à la vie tout en étendant la mort autour de lui. Des chaînes sombres, semi-matérielles, semblaient parfois jaillir de son corps ; elles leur avaient certes sauvé la vie dans la rivière, mais étaient-elles parfaitement inoffensives pour autant ? Et cette attitude abrupte et évasive qu'adoptait le paladin de la Lumière lorsqu'on lui en faisait la remarque n'avait pas servi à les rassurer sur le sujet. Bien au contraire.

Les Aventuriers avaient des questions, et il était temps qu'ils obtiennent des réponses.

Constatant qu'il était piégé et n'avait plus le choix, Théo soupira et poussa un juron entre ses dents. Il lâcha quelques phrases, puis se mit debout, résigné. Son armure de paladin luisait faiblement et réverbérait les flammes du feu qu'avait allumé Bob. Les ombres noires et les lueurs orangées se succédaient sur son visage, lui conférant une expression austère et le rendant encore plus impressionnant qu'il ne l'était déjà. Les deux civiles se serrèrent l'une contre l'autre, peu rassurées. Viktor haussa un sourcil, frémissant intérieurement à la sensation d'hérésie qui se dégageait clairement de son élève, et le regard de Grunlek se fixa sur Théo avec méfiance, attentif à la suite des événements. Reculé dans son coin, Bob faisait mine de suivre la scène d'un air distrait et détaché, alors qu'il n'en perdait en réalité aucune miette. Comme les autres, peut-être même plus qu'eux tous, il était bien décidé à savoir quels problèmes se coltinait encore son paladin.

« Ça ira plus vite que vous le voyiez vous-mêmes plutôt que de vous en causer pendant trois heures… »

Une silhouette diffuse apparut dans le dos de l'inquisiteur de la Lumière et s'étendit jusqu'à atteindre environ deux fois sa taille. De longues chaînes l'entouraient. Certaines semblaient flotter dans les airs, d'autres traînaient au sol avec un bruit sourd et lointain. Bob plissa les yeux pour examiner l'apparition en détail. Forme humanoïde, traits indiscernables, consistance matérielle ou non quand ça lui chantait…

Quelle était donc cette chose qui avait osé s'attaquer à son Théo ?

« Bob ? » l'interpella Grunlek.

Le demi-diable s'était mis à serrer imperceptiblement les poings sans s'en rendre compte. L'appel du nain le tira de ses pensées ; il reprit ses esprits et adressa un regard interrogateur à son ami. Celui-ci désigna l'ombre difforme d'un signe du menton.

« Ça te parle, un truc comme ça ? »

Le mage secoua la tête, catégorique. Il n'y avait qu'une chose dont il était sûr et certain, mais cette information ne leur apporterait rien de plus.

« Jamais rien vu de tel. » lâcha-t-il en scrutant une fois encore la silhouette floue. « Tout ce que je sais, c'est que c'est pas démoniaque. »

Grunlek acquiesça sans rien dire. Théo expliqua brièvement que cette chose était en lui et qu'il ne la contrôlait pas totalement, puis se rassit. L'ombre disparut, et il sembla redevenir l'inquisiteur que tous connaissaient. Mais la ride d'inquiétude qui barrait à présent le front de Viktor et les coups d'œil réguliers que lui lançaient ses camarades prouvaient que cet être mystérieux logé en lui ne leur inspirait pas la moindre confiance.

Pendant que Bragg prenait la parole à son tour, Théo s'enferma dans son mutisme et baissa la tête en soupirant silencieusement. Il débordait de joie de retrouver enfin ses amis. Sincèrement. Mais le truc qui s'était accroché à lui lors de son séjour dans l'Éther l'intriguait tout autant qu'eux. Il lui faisait peur, à vrai dire, tout paladin qu'il était. Et le fait de se sentir ainsi perçu comme un paria, au milieu même de ses compagnons, lui restait désagréablement en travers de la gorge.

Quand il releva les yeux et observa les autres membres du groupe, le seul qui n'hésita pas à conserver son regard ancré dans le sien fut Bob. Ils se dévisagèrent longuement, aussi inattentifs l'un que l'autre aux propos de Bragg. Dans l'ombre, il aperçut la bouche du mage se courber, en un sourire complice adressé à lui seul. Théo se mordit discrètement la lèvre inférieure. Balthazar lui avait tellement manqué. Il avait sauté dans le puits de mana sans réfléchir, parce que sur le coup, il s'était dit que c'était sans doute le seul moyen pour lui de sauver sa peau… d'une manière ou d'une autre. Dans l'Éther, il n'avait plus eu conscience de rien. Ni faim, ni soif… Aucune perception du temps qui s'écoulait… Mais la douleur d'être arraché à son demi-diable avait continué de le torturer, inlassablement. Il avait cru en devenir fou. Alors qu'il errait sans fin, sans but ni repère, les mêmes mots tournaient en boucle dans son esprit, remplaçant insidieusement les cantiques religieux de l'Église de la Lumière. Comme un chant d'espoir, une lueur parmi les ténèbres, une flamme dans l'obscurité.

Balthazar Octavius Barnabé Lennon.

S'il devait se battre, lutter pour ne pas sombrer dans le désespoir et la folie, chercher encore et toujours un point de retour en ce bas-monde… C'était pour lui.

Cet homme qui n'en était pas un, cette hérésie qui l'avait marqué comme sien à tout jamais. Il était son double, son âme sœur, son liant, son pendant ténébreux.

Théo lui appartenait.

Il l'aimait, d'un amour incompréhensible, illogique, irrationnel.

Hérétique.

Indestructible.

Les deux amants n'écoutèrent pas un mot de tout ce que Bragg débitait. Leurs regards rivés l'un dans l'autre, ils savouraient en silence la joie de ces retrouvailles et l'apaisement qu'elles apportaient enfin dans leurs cœurs trop longtemps meurtris par l'absence de leur moitié. La douleur s'estompait, elle n'appartenait plus qu'au passé, désormais. Le souvenir de baisers passionnés et de caresses enflammées fit irruption dans l'esprit de Théo. S'ils avaient été seuls, nul doute que ses lèvres auraient été chercher celles du demi-diable depuis bien longtemps…

Et vu le regard étincelant que Bob posait sur lui, il songeait exactement à la même chose.


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Il fut décidé que Viktor, Bragg et Arcana accompagneraient les deux civiles jusqu'à ce qu'elles soient en sécurité ; après quoi ils se dirigeraient vers le Conclave des Églises. De leur côté, les quatre Aventuriers iraient au nord pour rejoindre la Vieille Tour en quête d'équipements et d'informations supplémentaires sur Mirages et la Guilde des Intendants. Ils retrouveraient ensuite les autres au Conclave.

Bob fit preuve de patience.

Il attendit deux journées entières.

Au soir de leur troisième jour de voyage, agacé par le manque d'initiative de Théo, il décida de lui forcer la main.

Comme souvent lorsqu'ils campaient ainsi en pleine nature, ils avaient instauré des tours de garde. Lorsque ce fut à lui de surveiller, Bob s'assura que ses compagnons étaient bel et bien endormis et s'accroupit auprès du paladin. Il le saisit par l'épaule et le secoua, d'abord doucement, puis plus vigoureusement.

« Théo, debout. On doit parler. »

Constatant qu'il n'obtenait aucune réaction, il y alla franchement et appliqua sans état d'âme son avant-bras contre le front bandé du guerrier, agacé.

« Debout, j'ai dit ! »

Éveillé en sursaut par cette douleur intense qu'il n'avait plus ressentie depuis bien longtemps, Théo laissa échapper un cri, rapidement étouffé par la main de Bob qui vint bâillonner sa bouche. Par réflexe, il commença à s'agiter, avant de se calmer lorsque son regard croisa celui du pyromage. Celui-ci avait les sourcils froncés et l'expression de son visage était anormalement sombre.

« Il faut qu'on parle. » lui souffla-t-il seulement en lui indiquant de le suivre d'un signe du menton.

Grommelant dans sa barbe de s'être fait réveiller ainsi, Théo hocha néanmoins la tête. Il se leva et suivit son ami. Ils marchèrent silencieusement côte à côte pendant un moment, s'éloignant du campement. Bientôt, ils ne furent plus éclairés que par la faible lueur de l'armure du paladin – de lourds nuages voilaient le ciel, cette nuit-là. Tout en progressant, ils échangeaient régulièrement de petits coups d'œil. La situation leur rappelait bien évidemment ce qu'il s'était produit entre eux quelques mois plus tôt, et dans l'ombre, Balthazar esquissa un sourire en coin malgré sa crispation. Il n'aurait pas été contre le fait de délester Théo de son armure une fois de plus… mais ce n'était malheureusement pas sa priorité à l'heure actuelle.

Même s'il en mourait d'envie.

« Où est-ce qu'on va, là ? » finit par demander l'inquisiteur avec une pointe de lassitude, soûlé de crapahuter dans le noir sans explication.

« On s'éloigne. » fut la seule réponse de Bob.

Peu satisfait, Théo cessa d'avancer. Il s'arrêta net entre les arbres et croisa les bras. Son ami se retourna vers lui avec un soupir.

« Tu ne vas pas aimer. »

« Si c'est encore ta putain de magie démoniaque… »

« Ça se pourrait. Je garantis pas. »

Théo jura entre ses dents, son œil mauvais braqué sur le pyromage qui poursuivit sans se laisser déstabiliser :

« Je veux entrer en contact avec ce truc à l'intérieur de toi. Par connexion mentale, ou via le démon, s'il le faut. Pour découvrir ce qu'il te veut. »

Pas simplement ce que l'entité désirait, ne put s'empêcher de noter Théo. Mais ce qu'elle lui voulait, à lui. Il avait perçu le tremblement de rage contenue dans la voix de Bob. Le demi-diable n'aimait pas qu'on s'en prenne à « son » paladin…

« Eh, t'es jaloux ? » lâcha-t-il, sarcastique.

Bob ne répondit rien, se contentant de lui renvoyer un regard foudroyant. Le paladin oscillait entre l'envie aussi tentatrice que malsaine de porter la provocation plus loin et celle de lui avouer ce qui le torturait depuis des jours… Cédant à sa deuxième impulsion, tout en sachant pertinemment qu'elle engendrerait une réaction de la part du pyromage, il abandonna son ton ironique et détourna le regard en murmurant avec amertume, les poings serrés :

« Quand il s'est accroché à moi… il a dit que je lui appartenais. »

« C'est faux. »

La voix de Bob, ferme et assurée, lui parut soudain plus proche. Et pour cause. Il s'était avancé vers lui d'un pas rapide et l'avait bousculé, presque violemment, pour le plaquer d'un coup d'épaule contre un tronc.

« Tu n'appartiens qu'à moi. » gronda Balthazar en se collant contre le paladin, approchant son visage tout près du sien. « Tu m'entends ? Tu es à moi, et à moi seul. »

« Oui… Je sais. » souffla Théo en retenant un gémissement alors que les lèvres chaudes du demi-diable glissaient sur sa gorge offerte et que ses dents faisaient mine de se planter dans sa chair.

« Je t'aime, Théo. » marmonna le mage dans son cou.

« Balthazar… »

Le murmure rauque du paladin fut interrompu par la bouche de son âme sœur qui vint goûter la sienne, avidement. Il répondit à son baiser avec passion. Les deux hommes demeurèrent longtemps enlacés, luttant difficilement contre le désir qui menaçait de les emporter. Finalement, à contrecœur, Bob s'écarta de Théo.

« J'aimerais qu'on s'éloigne encore un peu. »

L'inquisiteur de la Lumière observa son ami sans se décoller immédiatement de l'arbre contre lequel il était parvenu à le plaquer. Sa seule envie était qu'il l'embrasse de nouveau, encore et encore. Sentir ses lèvres contre les siennes, ses mains parcourir sa peau nue, leurs deux corps s'unir au cœur de la nuit. Il finit par acquiescer sans un mot et ils reprirent leur route.

Bientôt, Théo distingua le clapotis apaisant d'un cours d'eau dont ils se rapprochaient. Ils parvinrent à l'orée de la forêt et cessèrent leur marche sur la berge d'un ruisseau qui passait par là. Cette fois, le paladin fut intraitable.

« Je m'approcherai pas plus, je te préviens. J'en ai ma claque des rivières ! »

Bob eut un léger rire et approuva d'un hochement de tête, bien d'accord avec lui. Il se détendit et dévisagea le mage.

« Bon… Allez. Quand tu veux. »

« Théo. »

Il fronça les sourcils. Il distinguait dans la voix de son ami une nervosité qui ne lui plaisait pas. Son regard planté dans le sien, Bob articula gravement :

« Si ça va trop loin… Ne les laisse pas m'entraîner. »

« Compte sur moi. »

Le regard sombre du guerrier lui assura qu'il tiendrait sa promesse. Le demi-diable étouffa de son mieux un soupir anxieux, appréhendant en son for intérieur ce qu'il s'apprêtait à découvrir, puis ferma les paupières pour mieux se concentrer et brisa les liens psychiques qui le bridaient, établissant une connexion mentale avec Théo. Comme toujours, il eut une légère difficulté à créer le premier contact – l'inquisiteur de la Lumière avait naturellement tendance à repousser sa magie démoniaque, par réflexe. Il y parvint néanmoins, et l'esprit du paladin s'ouvrit à lui.

« Ça va ? » lui demanda Théo.

« Mh. » répondit-il mentalement dans un grognement. « Elle se planque, cette saloperie… Remarque, ça ne m'étonne pas. Il va falloir que tu me laisses aller plus en profondeur si je veux lui mettre le grappin dessus. »

Malgré la tension qui émanait de lui, il perçut le discret ricanement du paladin.

« Tu peux aller aussi profond que tu veux, te gênes pas… »

« C'était pas ce que j'entendais par là. » marmonna le pyromage en rougissant, sachant très bien qu'une certaine partie de son anatomie allait finir par réagir aux piques tentatrices de Théo.

Le soupir mental de son ami fit écho à ses propres pensées intérieures qu'il tentait désespérément de repousser.

« Dommage. »

Bob s'efforça de faire le vide dans son esprit pour pouvoir pénétrer plus aisément celui de Théo. Malgré ses quelques réticences coutumières, l'inquisiteur de la Lumière finit par clore les paupières à son tour, s'abandonnant totalement pour faciliter l'accès au demi-diable. Habituellement, leurs échanges se résumaient à de banales connexions mentales. Jamais Bob ne s'était immiscé aussi intensément en lui.

« Je t'entends, tu sais. » l'informa moqueusement celui-ci au bout d'un moment.

Une interrogation émana de Théo, à laquelle il répondit :

« Prier la Lumière pour que le démon ne se ramène pas. »

Le paladin ne répondit pas immédiatement et une sorte de silence télépathique s'établit entre eux pendant quelques instants. Curieusement, Bob ressentit une pointe de gêne, de honte et de résignation de sa part. Après un moment, il finit par lui avouer dans un souffle agacé :

« S'il te contrôle… je t'arrêterai. Mais cette promesse que je t'ai faite… Je ne pourrai pas la tenir. Je suis incapable de te tuer, Balthazar. »

« Tu n'as pas le droit de me dire ça. » rétorqua aussitôt la voix de Bob d'un ton tranchant qui ne lui ressemblait pas. « Tu es mon sauf-conduit, Théo. Si un jour il se produit quoi que ce soit, il n'y a que toi et toi seul qui pourra le faire. »

« Y'a aussi Shin et Grun… »

« Tu es mon âme sœur. »

Bob avait soudainement diminué leur lien mental. Un peu trop brusquement, peut-être : l'action surprit Théo, qui vacilla une fraction de seconde. Se sentant emprisonné dans une étreinte possessive, bien que peu puissante, il rouvrit les yeux pour plonger son regard dans celui du pyromage. Sous l'effet de l'utilisation de sa magie démoniaque pour établir la connexion télépathique, ses yeux bruns avaient lentement viré au rouge. Comme toujours, Théo se retrouva confronté au même conflit intérieur. La partie de son esprit encore un tant soit peu lucide hurlait à l'hérésie. Mais le reste de son être était totalement soumis au demi-diable et lui assurait que ce regard de braise qui l'ensorcelait n'était que magnifique. Balthazar l'embrassa une fois encore, glissant langoureusement sa langue dans sa bouche, l'enlaça davantage et lui susurra à l'oreille :

« Uni à moi jusqu'à la fin. Si je dois mourir de la main de quelqu'un, fais que ce soit de la tienne. Accorde-moi au moins ça, inquisiteur. »

« … C'est Bob ou le démon qui me cause, là ? »grommela Théo en haussant un sourcil, bien qu'il sût pertinemment la réponse.

Dans l'ombre, le regard du mage étincela un peu plus et un sourire en coin se profila sur ses lèvres. Il avait oublié à quel point ces joutes provocatrices avec son paladin étaient savoureuses. Il y prenait un malin plaisir, tel le diable qu'il était à moitié.

« Devine. »

Ils se dévisagèrent, jusqu'à ce que Bob ne ferme les yeux et ne vienne caler son visage au creux de l'épaule de Théo, appuyant sa joue sur l'acier froid de son armure et inspirant à pleins poumons l'odeur apaisante du corps de son amant. Il se reconcentra, et murmura dans un filet de voix :

« Je vais le trouver. Laisse-moi entrer en toi… »

À cette nouvelle phrase pouvant être interprétée de bien des manières différentes, l'inquisiteur de la Lumière sourit doucement. Il évita néanmoins tout commentaire pour ne plus perturber le mage.

« Vas-y. » souffla-t-il en refermant les paupières à son tour.


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Bob intensifia à nouveau la connexion, et perdit peu à peu toute conscience de la réalité qui l'entourait. Il n'y avait plus que son esprit solitaire, plongeant au cœur des abîmes de celui de Théo. Bientôt, la voix mentale de son amant lui parvint moins bien, puis s'effaça tout à fait. Il s'approcha d'une zone froide et austère... Terriblement obscure. Le mage en frissonna. Jamais, auparavant, il n'avait perçu cette part de ténèbres chez son paladin. Elle n'avait rien de naturel, il en était certain. Il tenta d'entrer en contact avec elle et frémit.

La chose qui avait trouvé refuge dans le corps de Théo n'était pas démoniaque. Et pourtant, ce qu'il ressentait auprès d'elle était exactement la même sensation que lui procurait son démon intérieur. C'était quelque chose de puissant. De maléfique. Et de dangereux.

De cruel, insensible et glacial. Comme…

… la Mort.

Dans son propre corps, un autre être s'agita au contact de cette entité. Bob serra les dents. Ce n'était absolument pas le moment !

Mais il était impuissant, et il ne le savait que trop bien.


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Ils étaient immobiles depuis longtemps. Sans vouloir se montrer rabat-joie, Théo commençait à avoir des crampes et n'aurait pas été contre le fait de bouger un peu. Mais il ne voulait pas perturber Bob, aussi s'efforçait-il de se tenir tranquille autant qu'il le pouvait. Il sentait que son ami avait besoin de calme et de concentration. Il était parti loin, bien plus loin que lors de leurs communications mentales habituelles, perdu dans une sorte de transe dont Théo ne savait pas si elle était bénéfique ou non.

Depuis un moment, il avait rouvert les paupières et baissé les yeux pour contempler en silence le profil du demi-diable appuyé contre lui, faiblement éclairé par le halo lumineux de son armure. La lueur dorée qui caressait sa peau ne lui seyait pas autant que les reflets incandescents des flammes dont il avait le contrôle. Bob bougea légèrement sa tête, comme pour chercher une meilleure position, et le paladin se surprit à sourire doucement. Bien sûr, ils ne s'entendaient pas toujours sur tout. Ils se faisaient la tête avec exagération pour donner le change face à Grunlek et à Shin. Mais au fond de lui-même, depuis qu'il était revenu à la vie, Théo réalisait à quel point il tenait à Balthazar. Il ressentait de plus en plus leur complicité comme étant celle d'un véritable couple, et pour être honnête, cela commençait à le peser de devoir aimer Bob en silence. Il était paladin, il était inquisiteur. Il n'aimait pas les trucs qui se tramaient vicieusement dans l'ombre, leur préférant l'honnêteté de la lumière. Qu'elle soit celle d'une Église ou qu'elle provienne des flammes de l'homme qu'il aimait… Au fond il s'en foutait bien. Il y avait une tonne d'autres hérétiques dans le Cratère, après tout. Il avait de quoi s'occuper, plutôt que de s'attarder sur le cas spécifique de Bob…

Le demi-diable se crispa soudain contre son torse, tirant Théo de ses pensées. Il se remit à le dévisager, attentif au moindre de ses gestes. Ses muscles étaient bandés et les traits auparavant calmes de son visage étaient à présent tirés en un rictus… de peur ou de douleur, il ne savait pas très bien. Quoi qu'il en soit, quelque chose ne se déroulait pas comme prévu. Le paladin hésita. Mais son ami sembla s'apaiser, alors il ne fit rien pour le moment. Cependant, sa prudence était éveillée et il continua de le surveiller.

Quelques minutes plus tard, Bob commença à se débattre doucement contre lui. Il haletait, et de longues mèches brunes s'étaient collées à son front couvert de sueur. Il marmonna quelques paroles inintelligibles, puis, dans une sorte de semi-conscience, se mit à gémir faiblement :

« Théo… Théo… ! »

Avant que l'inquisiteur n'ait pu esquisser un geste, Bob ouvrit deux yeux uniformément rouges, qu'il braqua immédiatement sur lui. Les dents que son sourire laissait entrapercevoir étaient plus pointues qu'à l'accoutumée, et dans son dos, Théo entendit le léger crissement de griffes contre le métal de son armure. Il saisit le demi-diable par les épaules et le secoua vigoureusement en serrant les dents.

« Bob, reprends-toi. Bob ? Balthazar, reviens ! Réponds-moi, bordel ! »

Le pyromage luttait, de toutes ses forces. Mais il ne parvenait pas à reprendre le dessus. Le court laps de temps pendant lequel il avait été en contact avec cette chose, cette Mort, puisqu'elle n'avait pas d'autre dénomination, avait suffi à créer une faille dans ses barrières psychiques. Brèche dans laquelle son démon n'avait pas hésité à s'engouffrer, trop heureux d'avoir une occasion d'asseoir sa domination sur le stupide humain qui le muselait depuis si longtemps. À travers le regard brûlant de Bob, le diable enfin éveillé lut l'appréhension sur le visage du paladin. Il éclata d'un rire grave et mesquin.

Qui mourut aussitôt dans sa gorge quand il reçut un choc et qu'il réalisa qu'une vive douleur lui cuisait le visage. Il pesta intérieurement. Ce que ces humains étaient fragiles !

Lentement, le démon porta une main griffue à sa joue déchirée d'où du sang coulait. L'inquisiteur de la Lumière l'avait gratifié d'une gifle. Assénée du revers de son gantelet, la claque magistrale avait ouvert sans douceur la peau tendre du mage. Celui-ci examina nonchalamment ses doigts devenus sanglants et son rire redoubla. D'une voix caverneuse, il lâcha moqueusement :

« Un inquisiteur qui rechigne à tuer un démon, voyez-vous ça… »

Il serra le poing et ses jointures craquèrent alors qu'un sourire mauvais s'étalait sur son visage. Ses yeux rouges brûlaient. Dans le cerveau de Théo, l'ensemble des voyants, alertes, sirènes et alarmes anti-hérésie étaient activés et beuglaient tout leur soûl. Mais le paladin se contenait. Il savait que quelque part, Bob était toujours là, et qu'il n'était pas encore trop tard pour le faire revenir.

Chacun devait y mettre du sien… Ils ne pouvaient pas lutter seul chacun de leur côté. Ils étaient reliés par la magie démoniaque, ils étaient des âmes sœurs. Ils avaient besoin l'un de l'autre. Ensemble, ils pouvaient tout affronter. Ils en étaient capables. Une rage intense envahit Théo, contre ce diable que Bob n'avait pas choisi de porter en lui, ce monstre intérieur face auquel son ami se révélait impuissant. La luminosité émise par son armure redoubla sous l'effet de sa colère et le paladin étincela de mille feux, éblouissant le mage.

« Bats-toi ! » s'écria-t-il. « Reprends le contrôle. Je suis là. Tu n'es pas seul ! »

Le démon parut hésitant, l'espace d'un court instant. Théo s'apaisa subitement, plongea son regard dans les deux perles de feu qui le dévisageaient.

« Je t'aime, Balthazar. Ne me laisse pas tomber comme je l'ai fait avec toi. »

Il se pencha sur le visage du demi-diable et colla impérieusement ses lèvres contre les siennes, ignorant ses crocs. Le démon se troubla lorsqu'il sentit l'une des mains du paladin caresser l'arrière de sa tête. Théo fit abstraction des légères bosses qu'il ressentait sous ses doigts, signe que les cornes du diable s'apprêtaient à apparaître. Son seul désir était que Balthazar reprenne ses esprits pour de bon.

Et pour cela, il était prêt à tout.

N'y tenant plus, il passa son autre main dans le col du pyromage et entreprit d'ouvrir sa robe avec empressement, sans faire cesser leur baiser. Déstabilisé par les actions entreprenantes du paladin, le démon en perdit sa concentration. Bob en profita et redoubla d'ardeur dans son combat pour retrouver le contrôle de lui-même.

Théo était presque nu et lui n'était déjà plus qu'en pantalon et étendu au sol de tout son long lorsqu'il fut enfin de nouveau maître de ses gestes. Les mains du paladin caressaient sa peau avec dextérité et filaient le long de son torse en direction de sa ceinture. Se mordant les lèvres pour étouffer un gémissement, il lui saisit les poignets et l'empêcha de poursuivre son mouvement. Le guerrier releva brusquement la tête dans sa direction. Un silence passa, durant lequel ils se dévisagèrent intensément. Les yeux de Balthazar étaient redevenus bruns. Il osa un petit sourire, et finit par murmurer :

« Je doute que cette méthode fonctionne à chaque fois, tu sais. Et ça m'étonnerait que tu oses faire ça avec Grunlek et Shin à côt… »

« Ta gueule. »

Théo se jeta sur lui pour le faire taire et l'embrasser à pleine bouche. Bob sourit contre ses lèvres, heureux et soulagé d'être de retour, alors qu'il s'était senti partir si loin. Redressé sur un coude, il attrapa fermement la nuque de l'inquisiteur de son autre main pour l'empêcher d'éloigner son visage du sien. Ils finirent par s'écrouler, dans les bras l'un de l'autre. Couchés sur le flanc, front contre front et yeux dans les yeux, ils se dévisagèrent sans un mot, en souriant, leurs regards pétillant de joie et de désir. Au bout d'un moment, Théo se décida à souffler avec gravité :

« Alors ? Qu'est-ce que c'est, ce truc ? »

Bob secoua la tête. Il n'affichait aucune expression sombre ni inquiète, et les brins d'herbe emmêlés dans ses cheveux éclaircis par la terre sèche qui les maculait à présent donnait presque envie de rire au paladin.

« Ça peut aller. Il n'en a pas particulièrement après toi. »

« Et en général, il veut quoi ? C'était obligé, le démon ? »

« Je n'ai sûrement pas saisi toutes ses intentions. Mais pour le moment, nous n'avons rien à craindre de lui. Pour le démon, il était curieux et je n'ai pas réussi à le contenir. C'est tout. » affirma Bob.

Théo avait la sensation qu'il lui cachait quelque chose. Mais il hocha la tête sans demander davantage de détails. Il en connaissait l'explication la plus plausible. En entrant en contact avec cette entité, Bob avait sûrement éveillé son intérêt. Peut-être qu'à présent, elle serait attentive et guetterait la moindre de leur action, chaque parole échangée. À cette idée, il eut envie de ricaner. Si ce truc était homophobe, eh ben ils allaient le choquer pour le restant de sa vie… car maintenant qu'il était lancé, Théo ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin !

« Bon… Ben c'est parfait, tout ça… » murmura-t-il en esquissant un sourire en coin.

« Merci… de m'avoir ramené. »

Théo promena distraitement une main sur le torse dénudé du pyromage, lui arrachant de délicieux frissons, jusqu'à ce que ses doigts ne s'accrochent à sa ceinture. Une lueur d'excitation enflammait ses yeux sombres.

« Et si on reprenait ? »

Balthazar soutint son regard et passa sa langue sur ses lèvres, qui n'attendaient que de retrouver celles de son inquisiteur.

« Mais avec plaisir… » souffla-t-il.


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Les quatre Aventuriers étaient enfin parvenus à la Vieille Tour. Pour le plus grand bonheur de Bob, ils logeraient à l'auberge de la ville pour quelques jours, le temps de réunir les équipements et les connaissances qui leur seraient nécessaires, puis ils repartiraient en direction de Mirages et du Conclave des Églises. Élirène, nouvellement nommé Intendant de la ville en remplacement de Bragg, les avait accueillis sans rancune visible, à l'exception peut-être d'un léger coup d'œil peureux en direction de Théo, qui n'en avait eu cure et l'avait royalement ignoré.

Dès le premier soir, Bob avait guetté une occasion. Intentionnellement ou non, Théo n'avait pas tardé à la lui fournir.

Au cours de leur repas à la taverne, il s'éclipsa un moment aux toilettes. Bob en profita. Dès que le paladin eut quitté son champ de vision, une expression sombre et soucieuse prit place sur son visage alors qu'il tirait par la manche ses deux amis. Grunlek et Shin notèrent son air renfermé et se penchèrent vers lui. Rapidement, il leur souffla :

« J'ai pu entrer en contact avec l'entité de Théo. On est dans la merde, les gars. »

« Comment t'as fait ça ? » s'étonna Shin en écarquillant les yeux.

« Qu'est-ce que c'est ? » lui demanda Grunlek en même temps. « Et que veut-elle ? »

« Je peux pas trop vous expliquer, c'est un être de psyché pure qui n'a pas de définition particulière. C'est comme… la Mort. » marmonna Bob, omettant délibérément de répondre à la question de Shin. « Et c'est puissant. On doit trouver un moyen de le virer du corps de Théo. »

« La Mort ? » répéta le nain en haussant un sourcil perplexe. « Peut-être qu'elle n'est pas foncièrement mauvaise… Tu as une idée de ses intentions ? »

« Pas la moindre. Mais… Sachant que le démon a réagi à sa présence, je ne la sens pas. » avoua sombrement le mage.

Grunlek se rembrunit à ce détail. Quant à Shin, il ne dit rien, mais Bob intercepta clairement le regard qu'il lança en direction de son avant-bras, celui-là même où il avait pu distinguer son pentacle démoniaque quelques semaines plus tôt. À ce moment, sur le coup de l'émotion, il avait été tellement heureux d'avoir sous les yeux cette preuve de la « résurrection » de Théo qu'il n'avait pas prêté attention à la présence du demi-élémentaire à ses côtés. Ce n'était qu'un peu plus tard qu'il avait réalisé toute la portée de ses actes et qu'il s'était copieusement insulté et traité d'abruti pour cette bourde monumentale. Mais le mal était fait, et à présent Shin connaissait une partie du secret. Il fallait faire avec.

Heureusement, il ne savait pas tout.

Pas encore…

« N'en parlez pas avec Théo. Peut-être que… cette chose, la Mort, est capable d'entendre ce qu'on se dit. Du coup… Mieux vaut que ni lui, ni elle ne soient au courant de ce qu'on va essayer de faire. »

Grunlek et Shin hochèrent fermement la tête, le regard inquiet mais décidé. Le paladin ne tarda pas à les rejoindre et la soirée se poursuivit tranquillement, chacun faisant comme si rien ne s'était passé. Bob se demanda si Théo se doutait de quoi que ce soit. Si c'était le cas, il n'en dit rien.

À la fin de leur séjour à la Vieille Tour, leur strat était prête. Tout reposerait sur Bragg et sur la bonne volonté de Viktor, si celui-ci acceptait de les suivre. Chacun juché sur leur monture, les quatre Aventuriers se mirent en route, laissant le village derrière eux. Le regard que Bob échangea avec Grunlek et Shin était déterminé. Tout avait été réfléchi. Si leur plan se déroulait comme convenu, ils parviendraient à se débarrasser de la Mort. Théo n'aurait plus rien à craindre. Bob avait presque envie de sourire à cette idée.

Mais il n'en fit rien. Une ombre de doute planait sur son cœur. Il était bien placé pour le savoir, tout comme ses amis…

… Avec eux, les choses avaient une fâcheuse tendance à ne jamais se passer comme ils l'avaient prévu.


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Merci beaucoup pour votre lecture, j'espère que ce nouveau chapitre/nouvel OS vous aura plu !

N'hésitez pas à laisser une review, ça fait toujours plaisir et je vous offre un cookie et une glace en prime ! (oui, une glace, parce qu'il fait chaud en ce moment)

Suite, justement, à la review de xxxx-fAiry-tAil-xxxx (oui ça fait deux fois que je te mentionne dans ce chapitre, t'as gagné ta journée ! C'est la célébritééé ! YEAH ! :D), je m'en vais vous concocter une petite explication sur le pourquoi du comment Théo s'est décidé à (ENFIN !) retirer son bandeau face aux autres, au cours de la saison 3, lorsqu'ils se déguisent pour traverser le pont menant à Mirages (rah là là, entre les rivières et les ponts, je crois que Mahyar les a maudits à vie XD).

Sur ce, rendez-vous très bientôt pour la suite de cette histoire ! :-)