Beta : Grealyl


Chapitre 2

Severus soupira. Ce gamin allait le rendre dingue. À croire qu'il n'avait pas besoin de dormir. À onze ans, Henry se réveillait encore toutes les nuits, souffrant toujours et réveillant par là même son parrain, mais le jour, il était en activité constante. Comme s'il prenait une potion énergisante.

- Henry, pour l'amour de Merlin et des Fondateurs, assieds-toi ! tonna Severus en se laissant tomber avec grâce dans son fauteuil.

- Mais...

- Je te demande juste de te tenir tranquille cinq minutes.

Henry cessa de courir partout en piaillant sans arrêt et regarda Severus, essayant sans doute de déterminer si son parrain était en colère. Quand il le vit se masser les paupières, il préféra obéir sagement. Severus était épuisé et il ne valait mieux pas pour le gamin de l'énerver davantage. La dernière fois que Henry avait poussé le bouchon trop loin, il avait été incapable de s'asseoir pendant deux jours et son postérieur se souvenait encore de la fessée mémorable qu'il avait reçu.

- J'irai dans quelle maison ? demanda l'enfant en s'installant finalement sur le canapé. Tu crois que j'irai à Gryffondor ? Comme Papa et Maman ?

C'était une question qui angoissait beaucoup Henry. Il ne voulait pas décevoir son parrain en allant à Gryffondor mais il ne voulait pas entacher le souvenir de ses parents en allant dans une autre maison que la leur.

- Vu ton caractère frondeur, Gryffondor sera parfait, lui répondit Severus avec un petit rictus.

- Tu ne seras pas déçu si je ne vais pas à Serpentard ? S'inquiéta Henry.

- Tu n'y as pas ta place mon grand. Et peu importe dans quelle maison tu seras réparti, je serai toujours fier de toi Henry.

Il garda pour lui qu'il préférait éviter que son filleul se retrouve à Poufsouffle. Une masse brune fondit sur lui. Severus le prit sur ses genoux et le serra contre lui, caressant ses mèches brunes qui partaient dans tous les sens – héritage des Potter – et se fit une nouvelle fois la réflexion que l'enfant était vraiment petit pour son âge. Henry devait avoir la taille d'un garçon de huit ans et le poids d'un bambin de six ans. Son visage maigre n'avait pas ces rondeurs enfantines que beaucoup d'enfants arboraient encore à onze ans, ni ces joues roses. Non, Henry était pâle et paraissait malade. Il avait toutes les caractéristiques d'un enfant battu et souvent, Severus se demandait s'il ne l'était pas réellement, à son insu, au vu des cicatrices qui ornaient son corps et de son comportement.

En effet, le jeune garçon avait une nette tendance à se replier sur lui-même ainsi qu'à rechercher de l'affection auprès de son parrain. Il avait également développé des troubles alimentaires ainsi que du sommeil. Pourtant, Severus était presque certain que ça ne venait pas de Henry, que c'était à cause de cette maladie qui pesait sur l'enfant. C'était pour ça que le professeur ne rechignait jamais à réconforter son pupille– sauf en public – lorsque celui-ci se jetait dans ses bras. Il savait néanmoins se montrer ferme quand le gamin dépassait les bornes.

- Tu n'es pas trop fatigué ? Demanda doucement Severus, le regard plongé dans les grands yeux verts hérités de Lily cachés derrières de fines lunettes.

Le professeur distinguait les cernes violettes qui mangeaient le visage de son filleul.

- Non, ça va, fit Henry, le nez dans les robes noires de son parrain. Je veux rester là, déclara l'enfant en se serrant davantage si c'était possible contre son parrain. Je veux juste rester avec toi encore un peu.

Et Severus comprit. Ce qui aurait pu passer pour un caprice était en réalité un aveu. Durant les vacances, lui et Severus vivaient impasse du Tisseur, dans une petite maison dans le Londres Moldu, mais ils demeuraient au château durant l'année. Malgré tout, chaque jour, son parrain était à ses côtés, sauf lorsqu'il donnait ses cours et que l'enfant était chez les Weasley pour ses études. Cette année, ce serait différent. Henry dormirait autre part, avec d'autres gens qui ne l'aimeraient probablement pas, parce qu'il était le pupille de Severus Rogue, le pire professeur de Poudlard qui favorisait sa maison et pénalisait les autres à grand renfort d'heures de retenue, de points en moins et de sarcasmes humiliants, qui parvenait à glacer l'ambiance par sa simple présence. Mais pour le moment, l'enfant n'avait jamais vu cette facette, alors il voulait profiter de son parrain, tel qu'il l'avait toujours connu.

Henry était demandeur de beaucoup d'affection, ce que lui apportaient son parrain et ses oncles, et avait horreur de la solitude. C'était ce qu'il craignait par dessus tout, être seul. Après tout, il ne savait pas dans quelle maison il serait et s'il serait avec Ron et Neville. Pour le rassurer, Severus le garda contre lui. Il connaissait parfaitement les pensées de son filleul pour en avoir discuté avec lui un soir où l'enfant s'était précipité sur lui après un cauchemar, totalement paniqué.

Un peu plus tard, le professeur de Potion enjoignit son filleul à se préparer. Le train pour Poudlard partait à onze heures et Henry devait être à la gare, comme n'importe quel élève. Aucune exception ne devait être pratiquée.

- Ça va aller Henry, fit le professeur une fois son protégé prêt à partir.

Le gamin paraissait angoissé même s'il faisait son possible pour le cacher. Severus posa sa main sur l'épaule du garçon et l'autre sur les malles posées à ses pieds et il les fit transplaner, manière très rapide de se déplacer que Henry détestait particulièrement puisqu'il avait l'impression de passer de force dans un tuyau trop étroit. La seconde d'après, ils étaient sur le quai 9 3/4, devant la locomotive rouge du Poudlard Express qui partait dans une quinzaine de minutes. Ils n'étaient pas les seuls, bon nombre de parents avaient emmené leur progéniture avant l'heure afin de distribuer les dernières recommandations.

Ils attendirent cinq minutes avant de voir une petite troupe de têtes rousses avancer dans leur direction, Ron en tête. Severus poussa Henry à saluer également le reste de la famille, après tout, être nerveux n'était pas une raison valable pour oublier les bonnes manières. Madame Weasley serra l'enfant contre lui à l'en broyer les os. Percy le troisième frère de Ron, en Cinquième Année à Poudlard et Préfet, lui serra pompeusement la main et disparut. Fred et George, les frères jumeaux farceurs, en Troisième Année, lui ébouriffèrent les cheveux et s'éclipsèrent également. Ginevra, Ginny, la petite dernière, âgée de dix ans, l'embrassa sur la joue.

- Henry, prévint Severus, je vais y aller. On se voit ce soir.

S'il avait pensé un instant que cette seule phrase engendrerait de telles conséquences, Severus aurait attendu que son filleul monte dans le train avant de partir. Au contraire, Henry fonça sur lui et enserra de toute la force de ses bras la taille de son parrain. Et le supplia de ne pas le laisser. À croire qu'il oubliait qu'ils se reverraient au banquet et assez régulièrement.

- Henry, fit Severus d'une voix sèche pour que l'enfant cesse de se comporter comme un bébé devant tout le monde – le professeur n'était pas contre serrer son filleul contre lui pour l'apaiser mais il y avait trop de monde et l'homme avait une réputation à tenir auprès des élèves présents.

Le garçon leva les yeux et recula. Tout son visage indiquait qu'il n'allait pas tarder à fondre en larmes mais, et Severus remercia mentalement Ron de ne pas le forcer à intervenir, le jeune Weasley entoura son meilleur ami de son bras droit, le poussa jusqu'au train et le fit monter à l'intérieur. Henry avait déjà installé ses affaires dans un compartiment.

Dix minutes plus tard, le train s'ébranla. Neville les avait rejoints juste avant le départ.

0o0

Les Premières Années, conduits par Minerva McGonagall – professeur de Métamorphose, directrice adjointe de l'école et directrice de la maison Gryffondor – s'arrêtèrent devant une grande porte close. Henry savait qu'elle ouvrait sur la Grande Salle. On entendait les bruissements des conversions des élèves des autres Années passer à travers l'épais panneau de bois. Henry se demandait si tous les Premières Années avaient, comme eux, traversé le lac en barque avec Hagrid, le garde-chasse de l'école. Probablement puisque chaque année, les Premières Années allaient être réparties dans leur future maison. Restait à savoir comment.

Le professeur leur exposa le principe des quatre maisons et les qualités de chacune : Gryffondor, tenant son nom de l'un des fondateurs Godric Gryffondor, était la maison du courage Poufsouffle, comme Helga Poufsouffle, était la maison de la loyauté Serdaigle, de Rowena Serdaigle était à l'origine de son nom, avait pour principale qualité la connaissance la dernière quant à elle était Serpentard, comme le fondateur Salazar Serpentard, la maison de la ruse. Les Premières Années devaient également respecter le règlement en vigueur sous peine de sanctions : pertes de points, punitions, réprimandes voire expulsion.

- Bien, maintenant que tout est clair, nous pouvons passer dans la Grande Salle où vous serez répartis.

Les portes s'ouvrirent. Ce qui n'avait été jusque là que des bruits étouffés se transforma en boucan infernal. La Grande Salle était composée de cinq tables, quatre parallèles les unes aux autres installées dans la longueur de la pièce, la cinquième était perpendiculaire aux autres et était réservée aux professeurs. Tous étaient déjà installés.

Les Premières Années remontèrent jusqu'à la table des professeurs, tentant de faire abstraction des murmures sur leur passage. Henry était très petit pour son âge mais il s'aperçut qu'il n'était pas le seul. En effet un autre garçon était maigre et mesurait presque une tête de moins que les autres. Henry fut néanmoins le seul des deux à se faufiler tout devant pour bien voir mais surtout pour vérifier que son parrain était bien là.

Il fut à demi-rassuré. Oui, Severus était là mais Henry ne savait toujours pas comment ils allaient tous être répartis. Il se souvint que les frères de Ron leur racontaient des histoires de dragon qu'il fallait combattre ou de trolls à tuer, et que ses oncles et son parrain avaient acquiescé.

Finalement, le professeur McGonagall mit fin à sa torture mentale en déposant sur l'estrade un tabouret sur lequel elle posa un morceau de tissus rapiécé et miteux qui ressemblait vaguement à un chapeau. Ses bords se déchirèrent pour former une ouverture. Et l'objet se mit à chanter. Médusé, Henry ne put détacher son regard de la bouche qui bougeait et n'écouta pas la chanson. Il ne reprit ses esprits que lorsque la directrice de Gryffondor appela une certaine Hannah Abbot. Une fillette blonde sortit des rangs, tremblante et s'avança vers le tabouret. Le chapeau fut posé sur sa tête et un POUFSOUFFLE retentit.

Un à un les élèves passèrent par ordre alphabétique sous le Choixpeau – parce qu'apparemment, c'était à lui que revenait ce choix – et furent répartis dans leur maison. Henry attendit son nom avec appréhension, il avait peur de savoir où il allait atterrir. Même si son parrain était le directeur de Serpentard, le garçon était angoissé de s'y retrouver. Tout comme il avait la trouille d'aller à Gryffondor, Serdaigle ou Poufsouffle.

Lorsque son nom résonna, il crut qu'il allait s'évanouir mais il s'approcha, livide et s'assit sur le tabouret alors que dans la Grande Salle, il n'y avait pas un bruit. Le professeur McGonagall posa le chapeau sur sa tête et se recula.

Henry ne vit pas ses oncles et son parrain se faire plus attentifs. Il ne vit pas non plus Neville, installé à la table des Gryffondor et Ron qui attendait son tour, le fixer. Non, l'enfant ne vit rien et n'entendit rien non plus sauf la petite voix dans sa tête.

-Je vois du courage, fit-elle, mais aussi une grande peur du rejet. Tu as beaucoup de loyauté et une très grande envie d'être accepté tel que tu es. Serdaigle et Serpentard ne t'aideraient assurément pas sur ce chemin là.

Henry arrêta de respirer. Deux des quatre maisons venaient de se fermer. Ne restaient que Poufsouffle et Gryffondor.

- Poufsouffle, reprit le Choixpeau, serait la maison la plus susceptible de t'accueillir, or je vois que ce n'est pas ta place. Il ne reste plus que GRYFFONDOR !

Le dernier mot résonna à la fois dans la tête de Henry mais également dans la Grande Salle. Des applaudissements nourris s'élevèrent de la table la plus à gauche de l'estrade et le garçon s'y dirigea sans un regard vers son parrain et ses oncles. Il était soulagé.

Ron fut également réparti à Gryffondor à sa plus grande joie et à celle de ses amis sans se douter un seul instant qu'à la table des professeurs, Severus gémissait intérieurement. Ces trois-là étaient intenables lorsqu'ils étaient ensemble. Les sept prochaines années ne seraient pas de tout repos et le château risquerait de s'écrouler, il pouvait l'affirmer. Sauf s'il se permettait de mettre en garde Henry.

Henry s'allongea avec délice entre les draps de coton et s'endormit sitôt sa tête posée sur l'oreiller. La journée avait été longue et éreintante et le lendemain serait le premier jour de cours.

0o0

Le vendredi, à la fin de la première semaine de cours, lors du petit-déjeuner, Henry aperçut Athéna, la chouette chevêche de son parrain, se poser devant lui et tendre sa patte à laquelle une lettre était accrochée. L'enfant regarda la table des professeurs mais Severus n'était pas là. Il déplia alors le message tandis que le rapace s'envolait non sans lui mordiller affectueusement le doigt au passage.

« Henry,rejoins-moi dans nos appartements à la fin de ta journée de cours. Tu peux emmener Ronald et Neville si tu en as envie et s'ils le désirent.
Affectueusement,
Severus »

- C'est de qui ? demanda Neville assis à ses côtés.

- Severus, répondit Henry, il m'invite à passer après les cours ce soir chez lui. Et vous pouvez venir si vous voulez.

- C'est une bonne nouvelle, non ?

- Oui, très bonne.

- Alors pourquoi tu parais triste ? s'enquit Ron, la bouche pleine.

- Je suis juste inquiet, c'est tout. Je n'ai pas pu le voir à la fin du cours de Potion de lundi et j'ai eu l'impression qu'il me fuyait.

- C'est juste une impression, affirma Ron en finissant son assiette. Il t'adore.

- Ron a raison, le professeur Rogue t'adore, il n'a pas trouvé l'occasion de te parler avant, c'est tout.

- Moui, soupira Henry, guère convaincu.

- On finit les cours à trois heures avec Histoire de la Magie, fit Ron en regardant l'emploi du temps qu'il avait reçu le premier jour de cours. On ira après.

- Vous voulez venir ?

- Sauf si tu ne veux pas, reprit rapidement Neville.

Lors du dernier cours de la journée, Histoire de la Magie, Henry en vint à se demander s'il était possible qu'un professeur soit plus soporifique encore que le professeur Binns, fantôme de son état. À croire qu'il avait un don. Dès ses premiers mots, une torpeur s'était emparée de la classe et une à une, les têtes des élèves tombaient sur les pupitres, Henry ne fit pas exception, Ron ronflait allègrement et Neville bavait sur son parchemin vierge. Seule, une fille de Gryffondor, Hermione Granger, prenait des notes avec acharnement, semblant résister au sommeil. C'était une fillette brune aux cheveux emmêlés et aux dents proéminentes guère appréciée de ses camarades car elle semblait tout savoir sur tout et se faisait une joie de le montrer à tout le monde.

Des Gryffondor, Henry les connaissait tous. Enfin, il était capable de mettre un nom sur un visage. Dans son dortoir, ils étaient six garçons. Outre Neville et Ron, le jeune Potter avait donc fait la connaissance de Dean Thomas, un sorcier métis qui avait découvert peu de temps après son anniversaire qu'il était un sorcier : il n'avait jusque là, vécu qu'entouré de Moldus parce que son père, un sorcier, était parti peu après sa naissance Seamus Finnegan, le garçon avait raconté dès le lendemain de la rentrée, que son père était moldu et sa mère sorcière. Le dernier occupant du dortoir était sans doute celui que Henry cernait le moins : Orion Donewood, un petit gars, chétif et guère bavard qui n'avait pas l'air très dégourdi. Chez les filles, elles étaient cinq : Hermione Granger, Née-Moldu Parvati Patil, une jeune fille d'origine indienne et sorcière et dont la sœur jumelle, Padma, avait été envoyée à Serdaigle Lavande Brown, qui s'était immédiatement entendue avec Parvati Samantha Aguerby, une sorcière discrète dont le père travaillait au Ministère de la Magie et Sandy Pindleton dont les parents étaient Aurors.

La sonnerie réveilla tout le monde, à part Ron que Neville secoua un peu rudement pour qu'il daigne ouvrir les yeux.

- Quoi ? C'est déjà la fin ? marmonna-t-il, la voix pâteuse et les yeux embués de sommeil.

Ni Neville ni Henry ne répondirent, ils se contentèrent d'enfourner les affaires de leur ami dans son sac de cours et de le tirer de sa chaise afin qu'il les suive. Ils imitèrent les autres élèves de leur classe qui se pressèrent à la sortie de la salle, hâtés par la perspective du week-end ensoleillé qui s'annonçait.

Le trio courut à travers les dédales de couloirs, Henry en tête car ce dernier connaissait presque le château sur le bout des doigts. Ils arrivèrent, essoufflés, devant le tableau qui gardait les appartements privés du professeur Rogue. Un mot de passe soufflé plus tard, trois tornades entrèrent avec bruit, faisant sortir Severus de son bureau au pas de course, le visage fermé, la baguette tirée, en position d'attaque – vieille habitude apprise durant son enrôlement chez les Mangemorts et qu'il n'avait jamais perdue.

Certain qu'il ne craignait rien d'autre que de devoir surveiller trois gamins turbulents, Severus rangea sa baguette dans sa manche et soupira. Henry se recomposa un visage d'ange et s'avança vers son tuteur afin de le saluer comme il se devait, c'est à dire qu'il lui sauta dans les bras. Neville et Ron firent de même mais de manière plus conventionnelle, se contentant de faire un rapide signe de tête.

- Comment tu vas ? commença Severus aimablement, alors qu'ils étaient tous les quatre installés dans le salon devant une bonne tasse de thé et une assiette de gâteaux.

- Bien, répondit Henry.

- Vraiment ?

- Oui. Ça va bien, je t'assure. Je dors toute la nuit et je n'ai pas mal. Nulle part.

Henry perçut nettement un soupir de soulagement venir tout droit de son parrain. Mais à l'expression de son visage, il pouvait déterminer que Severus ne comprenait pas pourquoi l'enfant n'avait pas mal. Lui non plus d'ailleurs.

- C'est bien, non ?

- Oui, c'est bien Henry, c'est même une bonne nouvelle, se hâta de le rassurer Severus. Cependant, j'aurais bien aimé savoir ce qu'il t'arrive. Monsieur Weasley, mettez à profit l'éducation que vos parents vous ont inculquée au lieu de vous goinfrer, claqua Severus en voyant Ron engloutir la moitié de l'assiette en un temps record.

Rougissant jusqu'à la racine de ses cheveux, Ron enfourna la tartelette aux abricots qu'il tenait dans la main et se rencogna sagement contre le dossier de son fauteuil mais ne cessa de jeter des regards envieux sur la table. Le garçon était ce qu'on pouvait appeler un estomac sur pattes, il avait toujours de la place pour un peu de nourriture et ne semblait jamais être rassasié, il l'était d'autant moins lorsqu'il voyait un plateau de pâtisseries. La nourriture et lui, c'était une grande histoire d'amour.

Durant les trois heures qui suivirent, ils devisèrent sur un panel très large de sujets. Ron et Neville participaient allègrement aux conversations. Quand dix-huit heures sonnèrent, Severus leur fit comprendre qu'il était temps de partir. Henry eut beau supplier, rien n'y fit, mis à part que cela fit sourire son parrain.

Le trio rejoignit la salle commune de Gryffondor afin de déposer leur sac de cours et se préparer à descendre dans la Grande Salle pour le dîner, habituellement servi à dix-huit heures trente.

0o0

Une semaine passa. Sur le panneau d'affichage, les Première Années virent qu'un cours avait été rajouté. Cours de vol avec le professeur Bibine et qu'il aurait lieu le lundi suivant. Autant dire que cette nouvelle fit grand bruit parmi les plus jeunes de l'école. Ceux, élevés dans le monde des sorciers, étaient déjà montés sur un balais. Les autres ne pouvaient qu'imaginer. Henry était de ceux-là, il n'avait jamais eu le droit de voler sur un tel engin, Severus le lui ayant formellement interdit. Ron et Neville n'avaient jamais eu cette interdiction mais leurs yeux étincelèrent quand ils en parlèrent sur le chemin jusqu'aux appartement du parrain de leur ami.

En voyant Neville sautiller partout en clamant quelque chose qu'une oreille humaine ne pouvait comprendre, le visage extatique de Ron et celui, sombre de Henry, Severus enjoignit son filleul à lui expliquer.

Le soir même, Henry se retrouvait assis sur un lit de l'infirmerie en maugréant. Severus lui avait fortement conseillé – ordonné serait plus exact – d'aller voir Madame Pomfresh dès qu'il avait su pour les cours de vol. Le garçon avait peur de ce que les examens allaient donner. Il attendait ces cours avec impatience et il y avait un risque pour qu'il ne puisse pas voler.

- Monsieur Potter, voudriez-vous cesser vos simagrées ? exigea sèchement Poppy en lui lançant plusieurs sorts.

- Je vais bien !

- C'est à moi d'en décider, il me semble. Vous avez repris du poids depuis la rentrée, c'est bien. Et vos plaies ont toutes cicatrisé. Vous dormez bien ? Pas trop fatigué ?

- Ça va, répéta Henry, agacé et pressé d'en finir.

- Cessez ce comportement puéril. Plus vous geindrez, plus vous resterez ici, c'est compris ?

- Oui Madame, murmura Henry.

Dix minutes plus tard, le verdict était tombé : Henry était dispensé de cours de vol. Il allait devoir rester de côté, tout simplement parce qu'il était trop fragile. Depuis tout petit, il voulait tant faire comme les autres et jouer au Quidditch, le sport le plus réputé chez les sorciers mais malheureusement, il avait toujours été de frêle constitution et sa « maladie », qui risquait de se déclencher à chaque instant, l'empêchait de jouer aux mêmes jeux que les autres enfants. Il l'exécrait chaque jour que Merlin faisait.

- Vous pouvez y aller, Monsieur Potter, fit Poppy d'une voix douce.

Quand le garçon passa devant Neville et Ron, occupés à jouer aux échecs, les garçons cessèrent aussitôt leur activité, avisant le visage fermé et le regard sombre.

- Mauvaise nouvelle ? interrogea Ron.

- Lundi, je ne pourrai pas participer aux leçons de vol. Je ne pourrai que regarder. Je suis fatigué, je vais me coucher, dit-il sans laisser à ses amis une chance de parler.

Henry monta l'escalier de pierre menant au dortoir des garçons, entra et referma violemment la porte. Il était furieux, et le mot était faible, lorsqu'il vit qu'il n'était pas seul dans la pièce ronde dans laquelle six lits avaient été disposés. Orion lisait, tranquillement installé sur son lit, ses fins cheveux blonds lui tombant devant les yeux. Le bruit de la porte et regard glacial de son camarade le fit fuir sans demander son reste. Le petit brun entra dans son lit à baldaquin et referma rageusement les rideaux. Il se comportait de façon puérile mais ça n'avait aucune importance.

Le jour J arriva enfin. Si la majorité des élèves de Première Année étaient fous de joie à l'idée de ce cours de vol, ce n'était pas le cas de Henry qui redoutait les quolibets humiliants de ses camarades. À ses côtés, Ron et Neville parlaient avec animation, oubliant leur ami.

Les cours de vol étaient en commun avec toutes les maisons. Dans le parce, le professeur Bibine, et arbitre de Quidditch lors des matchs, les attendait de pied ferme, debout au milieu de deux rangées de balais. C'était une femme grande et fine, aux cheveux courts et gris et aux yeux de faucon.

- Monsieur Potter, commença-t-elle avant même de faire l'appel, veuillez vous placer à côté de moi. Les autres, prenez place à gauche de votre balais. Allez.

La quarantaine d'enfants s'exécuta, chacun se plaça à gauche d'un balais. Henry put constater qu'il n'y avait aucun balais en trop, il n'y avait donc aucun absent. Un moyen rapide de faire l'appel.

- Tendez la main au-dessus du manche de votre balais et dites à haute voix « debout ». Avec conviction.

Des « debout » résonnèrent, des balais sautèrent dans la main de leur propriétaire tandis que d'autres restèrent par terre. C'était le cas de Neville pour qui, son balais tourna sur lui-même. Celui de Ron s'abattit sur son visage avant de retomber par terre.

Henry regarda avec envie les élèves monter sur leur balais. Le professeur Bibine leur donna quelques consignes supplémentaires avant de porter son sifflet à la bouche. Un sifflement strident s'en échappa et les enfants s'élevèrent lentement.

- Maintenant, vous redescendez en inclinant légèrement le manche de votre balais vers le bas. Monsieur Donewood, j'ai dit de pencher le manche vers le bas. Si vous le remontez, vous ne risquez pas de vous poser. Bien, maintenant que tout le monde est au sol, chacun emmène son balais dans la réserve et vous pourrez rentrer au château.

Henry n'attendit personne, de peur d'entendre des remarques sarcastiques sur son compte. Ce fut le cas, les commentaires virent surtout des Serpentard mais ils cessèrent bien vite en voyant la maison Gryffondor faire barrière.

0o0

Les semaines passèrent. Octobre succéda à septembre et Halloween était dans quelques jours à peine. Chaque année, le directeur organisait un banquet et tout le monde était excité. Pour certains, le temps passait vite.

Ron soupira en voyant la montagne de devoirs qui s'amoncelaient dans son agenda. Il n'était pas un élève studieux, se contentant de travailler un minimum afin de s'assurer la moyenne et de faire tout au dernier moment. Mais là, il avait pris beaucoup de retard dans ses dissertations et il devait en rédiger trois pour le lendemain. Autant dire qu'il était fichu.

- La prochaine fois, tu feras tes devoirs en avance, le sermonna Neville. On va à la bibliothèque ?

- J'ai le choix ?

- Non. Et de toute manière, Henry est là-bas pour ses recherches.

Le Survivant poussa son feignant d'ami jusqu'à l'antre de Madame Pince, vieille dame aigrie et d'une amabilité proche du néant qui scrutait les élèves avec des yeux de rapace, fondant sur eux au moindre bruit. Bref, pour Ron, ce n'était pas le paradis.

Ils trouvèrent Henry installé à une table et caché derrière des montagnes de livres. Il s'enterrait à la bibliothèque depuis quelques jours, quand il avait du temps libre, pour effectuer des recherches sur son cas. Il avait demandé à Ron et Neville de l'aider mais l'un frissonnait dès qu'il mettait un pied ici et l'autre avait du mal à rester concentré plus d'une demi-heure sans décrocher.

- Tu trouves quelque chose ? chuchota Ron en s'approchant.

Henry fit un bond tel que plusieurs livres s'échouèrent au sol. Ron s'excusa à voix basse et l'aida à ramasser les bouquins – d'épais volumes poussiéreux et sentant le moisi – avant de s'installer à la table et de sortir ses affaires.

- Qu'est-ce que...

- Ron a oublié qu'il avait trois devoirs à rendre pour demain, expliqua Neville en s'installant à son tour, et qu'il ne les a pas commencé.

- D'accord. Courage Ronny, fit Henry en se replongeant dans ses notes.

Quand ils quittèrent la bibliothèque trois heures plus tard, Ron était soulagé. Il avait terminé. Certes, Neville et Henry l'avaient aidé mais il avait fini.

Une fois dans leur salle commune, les trois garçons déposèrent leurs affaires dans leur dortoir, retournèrent en bas avant de se laisser tomber dans les confortables fauteuils de cuir rouge devant la cheminée allumée. Dehors, la pluie tombait sans discontinuer et en rafale depuis la veille. Le temps était froid et n'encourageait personne à oser mettre le nez dehors. Pourtant, tous les élèves attendaient avec une certain impatience le premier match de Quidditch qui devait avoir lieu après Halloween et tous espéraient que le temps s'améliore, au moins pour que les équipes puissent s'entraîner sans trop de risques.

Cependant, la météo n'était pas le sujet principal de leur conversation. Henry écoutait Ron et Neville discuter avec animation. Et puis, soudain, il eut la sensation de frissons à travers tout le corps, ses oreilles bourdonnèrent, sa respiration s'accéléra. Malgré son état, l'enfant savait parfaitement qu'il n'était pas sur le point de s'évanouir, bien qu'il aurait préféré. Non, sa « maladie » réapparaissait. C'était toujours la même chose avant que la souffrance ne vienne.

Elle fit son apparition. D'abord sourde puis de plus en plus forte. Il avait mal partout : aux bras, aux jambes, au dos. La pièce chaleureuse disparut. Henry ne se rendit pas compte qu'il avait glissé du fauteuil et qu'il s'était roulé en boule en suppliant. Il ne vit pas non plus Ron et Neville bondir à ses côtés ni la troupe qui se formait autour d'eux. Il ne sentit pas les bras qui le soulevèrent. Il ne s'entendit pas hurler.

0o0

Le préfet-en-chef de Gryffondor, Stanley Jenckinson, porta Henry jusqu'à l'infirmerie, Neville trottinant à ses côtés tandis que Ron courait jusque dans les cachots à perdre haleine avec comme mission, de trouver le professeur Rogue pour le ramener au chevet de son filleul.

Stanley entra en trombe dans l'infirmerie, faisant sursauter Madame Pomfresh. Quand cette dernière vit Henry cramponné à l'uniforme du jeune homme, gémissant et haletant, elle montra un lit vide avant de disparaître dans sa réserve. Quelques minutes plus tard, elle fit avaler à l'enfant une potion de sommeil et congédia le préfet-en-chef ainsi que Neville. D'un coup de baguette, Poppy déshabilla son patient pour évaluer les dégâts.

La porte de l'infirmerie s'ouvrit une nouvelle fois, brutalement. Il ne fallait pas être devin pour savoir qui entrait.

- Comment il va ? Demanda Severus, le visage de marbre.

Si Poppy ne savait pas que l'homme ferait tout pour son filleul et s'inquiétait beaucoup pour lui, elle aurait pu le croire insensible. Mais elle connaissait le professeur de Potions et voyait parfaitement son regard angoissé.

- Mal. En arrivant ici, il avait du mal à respirer. Ses côtes sont défoncées, j'espère qu'elles n'ont pas touché un poumon. Il doit avoir également un bras et une jambe cassés. Je viens de le mettre sous potion de sommeil et j'allais commencer à le soigner. Il faut trouver ce qu'il a, Severus.

- Je sais ! Je ne fais que ça depuis dix ans ! Sorts, malédictions et même potions ! J'ai pensé à tout ça mais ça n'a rien donné !

C'était l'une des premières fois que Poppy voyait Severus perdre son sang-froid.

- Ça faisait un mois et demi qu'il n'avait rien eu, reprit Severus douloureusement. Je pensais que c'était fini tout ça. À l'évidence, je me suis trompé.


À suivre