Beta : Grealyl
Chapitre 3
L'odeur d'antiseptique caractéristique de l'infirmerie de Poudlard fut la première chose que le cerveau de Henry enregistra avant de se réveiller. Il y avait passé trop de temps pour ignorer où il se trouvait. Son esprit encore embrouillé ne chercha pas à comprendre comment il avait bien pu arriver là. Ses derniers souvenirs étaient vagues mais l'enfant devinait que sa maladie avait encore frappé.
Une main dans ses cheveux lui apprit que son parrain était là. Severus lui caressait toujours la tête quand il le veillait. Pour lui montrer qu'il était là, qu'il ne le quitterait pas.
Doucement, les paupières frémirent, s'entrouvrirent pour se refermer aussitôt. La lumière était trop agressive. Pourtant, les chuchotis qu'il captait le poussèrent à ouvrir les yeux. Sa myopie l'empêchait de voir correctement mais il distingua la silhouette sombre de Severus à ses côtés et lui fit un sourire. Un instant plus tard, il sentit la monture froide et familière de ses lunettes se poser sur son nez et découvrit qu'il ne s'agissait nullement de son parrain mais de Peter.
- Reste allongé, conseilla ce dernier en le voyant tenter de se redresser.
Henry grimaça. En général, s'il devait garder la position allongée, c'était mauvais signe. Il comprit pourquoi quand il tenta de s'asseoir, rapidement arrêté par son oncle. Ses côtes étaient douloureuses.
- Monsieur Potter, râla la voix familière de Madame Pomfresh qu'il n'avait pas vu jusqu'à lors, debout de l'autre côté du lit. Quand cesserez vous de n'en faire qu'à votre tête ?
Elle l'aida à s'asseoir et cala des oreillers dans son dos. Henry s'aperçut qu'il faisait nuit et que l'infirmerie baignait dans la lueur des centaines de bougies. Combien de temps s'était écoulé entre le moment où il s'était effondré et son réveil ?
- Vous avez eu deux côtés cassées, une cheville foulée et une entorse au bras. Je les ai réparées mais vous aurez mal aux côtés encore pendant deux jours. Avalez-moi ces potions, ordonna-t-elle en lui tendant une à une des potions que Henry but docilement malgré le goût épouvantable qui manqua le faire vomir.
L'enfant se laissa retomber contre les oreillers, épuisé. Poppy avait sans doute glissé dans le lot une potion de Sommeil. Sans pouvoir s'en empêcher, il ferma les yeux et se laissa glisser entre les bras de Morphée.
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Henry ouvrit les yeux et à nouveau il se fit la constatation qu'il n'avait plus ses lunettes. Il les chercha à tâtons sur la table de chevet et les glissa sur son nez. L'infirmerie était sombre, aucune bougie ne brûlait et le silence régnait en maître absolu. Un léger craquement à sa droite le fit sursauter et il vit son parrain assis dans un fauteuil, en train de le fixer.
- Comment tu te sens ? demanda Severus dans un murmure, comme s'il ne voulait pas briser le silence. Tu as mal quelque pas ?
Henry secoua la tête. Oui il avait mal, mais il préféra garder le silence. Il avait juste envie que tout cesse et qu'il puisse sortir d'ici.
- Tu n'étais pas là, chuchota-t-il.
- Le professeur Dumbledore avait demandé à tous les professeurs de venir, expliqua Severus sur le même ton bas.
- Pourquoi ?
- Rien qui te concerne Henry. Toujours est-il que la réunion a pris un peu plus de temps que prévu. Peter, n'étant que l'assistant du professeur Chourave, s'est proposé pour te veiller. Qu'est-ce qui s'est passé ? Ron est venu me chercher. Je n'ai pas pu lui soutirer une explication claire. Madame Pomfresh ne m'a rien dit non plus.
- On était dans la salle commune avec Ron et Neville, et ça commencé comme d'habitude. Après, je me souviens juste m'être réveillé ici.
Severus lui caressa doucement les cheveux, clairement inquiet. Son visage ne montrait réellement ses émotions que lorsqu'il était avec Henry.
- Je croyais que c'était fini, dit l'enfant, las. Je croyais que je ne souffrirais plus.
- Je le croyais aussi.
- Pourquoi personne ne sait ce que j'ai ?
- Je continue mes recherches. On trouvera.
Ce faisant, Severus serra la main de l'enfant dans la sienne, pour le rassurer, mais aussi pour sceller cette promesse.
- Je suis resté longtemps inconscient cette fois ?
Cette fois. Parce qu'il y avait eu des précédents. Severus se souviendrait toujours des cinq jours de coma dans lequel Henry, alors à peine âgé de quatre ans, avait été plongé. Cinq jours d'angoisse à espérer que le pire ne se produise pas. On l'avait envoyé à Sainte Mangouste. Les médicomages n'avaient pas été très optimistes et répétaient sans cesse à Severus que si son filleul passait la nuit, il s'agissait d'un miracle. Ce fut sans doute les pires jours de la vie du professeur. Même lorsqu'il était espion, il ne s'était pas autant inquiété, pourtant c'était sa propre vie qui était en jeu.
- On est vendredi. Quelques heures, tout au plus. Il paraît que lorsque tu es arrivé, tu était conscient.
- Je ne m'en souviens pas. Il est quelle heure ?
- Il doit être encore tôt. Quatre, peut-être cinq heures du matin.
Severus lança un sort qui indiqua qu'il était près de six heures. Moins de dix minutes plus tard, Madame Pomfresh apparut, habillée de son habituelle robe rouge carmin et de son long tablier blanc. Dans son sillage, les centaines de bougies s'allumèrent.
- Comment tu vas ce matin ? demanda-t-elle.
- Ça va. J'ai encore un peu mal aux côtes.
- Pourquoi tu n'as rien dit ? s'étonna Severus.
Henry eut la décence de rougir et de baisser les yeux. Severus soupira mais n'ajouta rien de plus. Poppy fit quelques examens rapides, força son patient à boire plusieurs potions avant d'estimer qu'il pouvait sortir. Le Gryffondor ne se fit pas prier. Il était tellement pressé de partir qu'il fila sans même se rendre compte qu'il était encore en pyjama.
Une fois arrivé dans la salle commune des Lions, Henry monta dans le dortoir des garçons de Première Année et profita du fait que ses camarades dorment encore pour se ruer sous la douche. Quand il en sortit, le réveil de Seamus sonnait, indiquant qu'il était sept heures. Fin prêt, Henry s'assit sur son lit et entama la lecture d'un épais livre qu'il avait emprunté à la bibliothèque la veille. Il ignorait pourquoi il l'avait pris. Peut-être à cause du titre : Gémellité sorcière.
Henry était au courant de ses origines, de ce qui était arrivé à ses parents ainsi qu'à son frère, son parrain ne lui avait rien caché. Il savait donc parfaitement qu'il avait un jumeau même si celui-ci était mort. Il avait même une photo de lui avec Harry. Souvent, il se demandait ce que ça pouvait faire de vivre avec un frère duquel il serait proche, avant de se mettre à pleurer, parce qu'il ne le saurait jamais.
Refermant le bouquin dans un claquement sec avant d'avoir pu finir de lire la préface, Henry se pencha sur sa table de chevet et fouilla un instant dans son tiroir. De là, il en tira un album que Peter lui avait offert le jour de son anniversaire. Sur les pages, des photographies s'animaient sous ses yeux. Il pouvait voir ses parents, ses oncles. Ici, un Severus plus jeune, à la mine renfrognée lors du mariage de Lily et James. Là, un Sirius âgé de vingt ans poussait Peter dans l'eau. Plus loin, on apercevait Peter en train de dévorer une dinde avec Remus. Sur celle d'à côté, James enlaçait sa femme tout en posant pour l'objectif. Et puis, il y avait, à la fin, quelques photos de Harry et Henry. Des jumeaux au prénom si proche. Deux enfants au physique identique. Deux bébés qui souriaient sous l'œil attentionné de leurs parents.
Des images figées qui le resteraient à jamais.
Les larmes coulèrent le long des joues du dernier des Potter. Comme à chaque fois qu'il regardait l'album.
Une main se posa sur son épaule, le tirant de ses tristes pensées. C'était Ron. Ce dernier était habillé. Il ne posa aucune question quant aux larmes.
Ils retrouvèrent Neville qui les attendait au bas des marches, et ensemble, ils passèrent le portrait de la Grosse Dame, gardienne de la tour Gryffondor, pour rejoindre la Grande Salle, affamés. Étrangement, une fois à table, Henry sentit son estomac protester quand il avala une bouchée de toast. Il allait le reposer dans son assiette quand il sentit le regard de son parrain se poser sur lui. Les deux obsidiennes ne le lâchaient pas et semblaient lui ordonner de manger. Alors, sans grande conviction et un peu nauséeux, l'enfant croqua une nouvelle fois dans le pain grillé.
Tout au long du petit-déjeuner, il picora, mangeant en tout et pour tout un toast et buvant un fond de jus de citrouille pour faire passer.
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Apathique. C'était le seul mot qui venait à l'esprit des professeurs lorsqu'ils voyaient Henry. Il était mou, semblait fatigué et se traînait. Seul le professeur Binns ne parut pas le remarquer. Cela dit, il ne vit pas non plus les autres élèves dormir, tout concentré qu'il était sur son cours qu'il débitait de sa voix morne et soporifique. Ron et Neville avaient bien tenté de faire parler leur ami, pour comprendre, mais Henry répondait qu'il allait bien, ou haussait les épaules avant de reprendre son activité.
Lorsque la sonnerie annonçant le début du week-end retentit, Henry rangea ses affaires comme les autres, et suivit le flot des élèves. Il ne voulait plus qu'une seule chose : dormir. D'un pas traînant, il rejoignit sa salle commune, monta dans son dortoir, jeta son sac et se laissa tomber sur son lit. Dès que sa tête toucha l'oreiller, il s'endormit, oubliant totalement que comme tous les vendredis, il était convié chez son parrain.
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Ron ne se considérait pas comme quelqu'un d'intelligent, ce qui le rendait moins idiot que la plupart des autres. Il avait néanmoins une nette tendance à se sous-estimer. Sixième et dernier garçon d'une fratrie de sept enfants, il avait l'impression de passer inaperçu au milieu de la tribu.
Bill, l'aîné et l'héritier, avait été préfet puis préfet-en-chef lorsqu'il était à Poudlard. Maintenant, il travaillait à Gringotts, la banque des sorciers. Un travail qui lui permettait de bien gagner sa vie.
Le second, Charlie, avait été capitaine de l'équipe de Quidditch et avait fait remporter à Gryffondor la coupe. À sa sortie de Poudlard, il était parti étudier les dragons en Roumanie et en avait fait son métier. Un métier dangereux qui inquiétait sa mère mais c'était sa passion, alors Molly Weasley ne disait rien.
Le troisième, Percy, était en cinquième année à Poudlard. Il était préfet et semblait destiné à suivre les pas de Bill. Il avait l'ambition de travailler au Ministère de la Magie, comme son père et pour y arriver, il se plongeait dans les études, affichant en toute circonstance un air pédant et pompeux et suivait à la lettre le règlement, n'hésitant pas à retirer des points à sa propre maison, avantage permis par son statut de préfet.
Ensuite venaient les jumeaux. Fred et George étaient en troisième année et batteurs dans l'équipe de Quidditch. Ils s'étaient donnés comme mission d'amuser les élèves et semblaient y parvenir, au détriment des professeurs, dont certains étaient totalement désemparés face aux perpétuelles farces des deux Gryffondors.
Et la dernière, Ginny, était à peine âgée de dix ans. Seule fille de la fratrie mais également première fille dans la famille Weasley depuis plusieurs générations, Ginny faisait le bonheur de ses parents.
Chacun de ses frères et sœur était différent mais tous semblaient faire quelque chose d'exceptionnel. Pas Ron. Il était à Gryffondor, comme les autres et il était roux, comme les autres. Contrairement à ses aînés, ses notes étaient moyennes. Presque rien de ce qu'il avait ne lui appartenait : sa baguette était à Charlie, son uniforme était à Bill, ses affaires d'école étaient d'occasion. Il savait pertinemment qu'il n'avait pas de tact, qu'il s'emportait pour un rien, qu'il parlait souvent avant de réfléchir, ce qui pouvait vexer son interlocuteur. Sa gloutonnerie n'avait d'égal que sa capacité à dormir comme un loir à n'importe quelle heure de la journée et n'importe où. Et il haïssait sa manie de rougir – surtout des oreilles – lorsqu'il était gêné ou en colère.
Pourtant, Ron était passionné par les échecs – peut-être plus encore que par le Quidditch – et un excellent stratège. Neville et Henry disaient à qui voulait l'entendre que Ronald Weasley était un ami comme on en faisait peu, il n'hésitait pas à mentir pour sauver la peau des fesses des personnes à qui il tenait, même s'il risquait lui-même une punition, il était capable de se battre contre quiconque insultait sa famille, ce qui englobait aussi ses amis et les parents de ces derniers. Et contrairement à la majorité des autres enfants, il n'était pas ami avec Neville à cause de sa notoriété. Leur amitié était plus forte que ça.
Alors, certes, Ron était un garçon qui semblait benêt et un peu simplet au premier abord mais il voyait plus de choses que ce que beaucoup croyaient. Ce n'était pas Neville qui était capable de dire avec précision quand Henry n'allait pas bien, ce n'était pas lui non plus qui savait se taire quand un de ses amis se murait dans le silence, lui laissant le temps de ruminer avant de lâcher ce qu'il avait sur le cœur. Oui, il avait des notes ni bonnes ni mauvaises, mais c'était uniquement parce qu'il n'avait pas envie de travailler.
Ron était juste un petit garçon de onze ans qui avait le temps de mûrir et de s'affermir avec le temps. Et pour l'instant, il ne se souciait pas de lui mais de Henry qui dormait à poings fermés et qui demeurait impossible à réveiller – Neville avait essayé, en vain – alors qu'ils devaient être chez le professeur Rogue pour le thé. Le rouquin se porta volontaire pour aller parler à Severus puisque Neville, depuis que les cours de Potions avaient commencé, avait une nette tendance à se faire gronder parce qu'il faisait exploser ses chaudrons.
Le trajet jusque dans les cachots fut assez rapide. À force de le faire semaines après semaines, Ron le connaissait par cœur. Il frappa à la porte qui s'ouvrit sur le professeur. Celui-ci darda son regard noir sur l'enfant, seul et commença à s'inquiéter – en gardant un visage impassible – en ne voyant pas Henry.
- Entre, fit-il simplement en s'effaçant pour permettre à Ron de s'introduire dans les appartements.
Le thé était prêt et la table croulait sous les gâteaux. Ron salivait rien qu'en les regardant et se força à rester à sa place et à se concentrer sur le professeur et non sur les divines pâtisseries. À l'évidence, ils étaient attendus.
- Il y a un souci avec Henry ?
- Il dort, répondit honnêtement Ron.
Le professeur n'était pas le seul à se faire du souci et Ron se demandait si lui-même s'en ferait autant pour Neville pour une simple sieste. Probablement pas, tout simplement parce que Neville n'était pas aussi fragile que l'était Henry, il n'avait pas les mêmes soucis de santé.
- Ron, fit Severus d'une voix pressante, dis-moi tout !
Le garçon se mordit la lèvre et le bout de ses oreilles commença à rougir, preuve qu'il était gêné. Avouer au parrain de Henry tout ce qui concernait son filleul, ne l'embêtait pas. Ce qu'il redoutait, c'était sa réaction. Severus était réputé pour sa froideur et ses remarques sarcastiques – même s'il semblait s'abstenir lorsqu'il s'adressait à Ron, Neville ou Henry – et il devenait d'autant plus irascible lorsqu'on touchait à son pupille.
Pour le convaincre de parler, Severus l'installa dans un des fauteuils et lui tendit une tasse de thé avec des petits gâteaux. Ron cracha le morceau avant même de boire ou de manger.
- J'aurais dû m'en douter quand je l'ai vu au déjeuner, marmonna Severus en reposant sa tasse.
- C'est grave ?
- Non, c'est juste le contrecoup de ce qui lui est arrivé.
Severus prit une serviette en tissus, y déposa le reste des petits gâteaux, la referma pour la tendre à Ron.
- Ramène ça à ton dortoir. Tu en fais manger à Henry quand il se réveillera et bien sûr tu partages avec Neville. Dis leur que vous êtes les bienvenus ici demain, après le repas.
Ron savait reconnaître un congédiement quand il en voyait un. Et là, Severus le mettait poliment à la porte. Le Gryffondor se leva donc, son précieux chargement entre les mains et se dirigea vers la sortie.
- Ron, fit Severus, fais attention en sortant d'ici. Tu es encore chez les Serpentard et j'en connais deux qui feraient n'importe quoi pour avoir ce que tu as dans les mains.
L'enfant acquiesça, voyant parfaitement à qui Severus faisait allusion : Vincent Crabbe et Grégory Goyle, deux Serpentard de Première Année, comme lui, qui traînaient toujours avec Drago Malefoy. Les deux garçons étaient presque aussi larges que hauts et ne semblaient penser qu'avec leur estomac et leurs muscles – mais principalement avec leur estomac. Se mettre en travers de leur chemin n'était clairement pas la meilleure des choses à faire.
- Ron, appela encore une fois le professeur, merci d'être là pour Henry. Je ne le dis jamais mais toi et Neville êtes importants pour lui et..., enfin merci.
Ron ne savait pas quoi dire. Les compliments de Severus étaient fort rares et les remerciements encore plus. Il rougit fortement, murmura que c'était normal, que Henry était son meilleur ami, son petit frère et qu'il ferait tout pour sa famille. Et puis, il sortit.
Le trajet du retour fut encore plus rapide que l'allée, la crainte de rencontrer Crabbe et Goyle donna des ailes au garçon et il courut, ne se permettant de souffler qu'une fois parvenu au portrait de la Grosse Dame.
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Henry resta sans voix en voyant la décoration de la Grande Salle pour Halloween. C'était la première fois qu'il pouvait participer au banquet prévu le soir même. Les années précédentes, il passait le 31 octobre et Noël à l'infirmerie. Systématiquement. Heureusement, ça n'avait jamais empêché ses oncles de lui rapporter des bonbons ou des cadeaux.
Cette année serait différente. Du mois, Henry l'espérait. Pour l'instant, il ne pouvait se rassasier du spectacle qui s'étalait sous ses yeux : des centaines de citrouilles évidées, dans lesquelles on avait mis des bougies, flottaient au-dessus des tables, et des chauves-souris voletaient dans tous les sens sous le plafond magique ensorcelé pour refléter le ciel.
- J'ai hâte d'être à ce soir, commenta Neville à ses côtés, les yeux brillants, époustouflé par le décor.
Ron ne put qu'acquiescer en silence. Ses frères lui avaient raconté des choses sur Poudlard et d'après eux, les repas servis lors des fêtes étaient encore plus exquis qu'à l'accoutumée. Vivement ce soir. La journée était à peine entamée et promettait d'être longue même si les Premières Années finissaient les cours à quinze heures le jeudi.
La journée passa finalement assez rapidement. Le cours de sortilèges avec le minuscule professeur Flitwick, qui devait monter sur une pile de livres pour se faire voir de ses élèves, se déroula normalement : Seamus réussit à mettre le feu à la plume qu'il voulait faire léviter, brûlant au passage quelques cheveux de Lavande ; Ron faillit éborgner Hermione avec qui il faisait équipe ; Henry crut qu'il allait commettre un meurtre alors que son partenaire, Orion, faisait le contraire de ce qu'on lui demandait ; Neville se disputait avec Dean sur qui lancerait le sortilège en premier ; Parvati mordit férocement Sandy sans raison et Samantha, fidèle à elle-même, gardait son calme et travaillait en silence tout comme son binôme, un Poufsouffle du nom de Edward Guerbylord. Les autres noir et or étaient aussi sages.
Le cours de Métamorphoses, instruit par le professeur McGonagall, se fit dans le plus grand silence. Les Gryffondor perdirent plusieurs points, comme à l'accoutumée, à cause d'Orion. Points rapidement retrouvés grâce à Hermione qui réussit du premier coup sa transformation d'une aiguille en allumette et répondit habilement aux questions posées.
Seul le cours de Botanique, dans les serres avec le professeur Chourave, une petite dame replète, fut une catastrophe. Les élèves de Gryffondor et de Serdaigle travaillaient sur des petites boutures de filet du diable, une plante dangereuse qu'il fallait manier avec beaucoup de précautions. Cette fois-ci, ce fut Neville qui eut charge d'Orion. Le petit blond ne faisait rien comme on lui demandait. À croire qu'il n'écoutait pas les consignes. Passionné par les plantes, le Survivant s'énerva en voyant le gâchis que son partenaire faisait. Résultat, ils se firent tous les deux coller pour le lendemain soir.
- C'est un danger public ! brailla Neville une fois qu'ils furent tous sortis des serres, entouré par Dean, Seamus, Ron et Henry. Je viens de me faire coller à cause d'un abruti pas foutu d'écouter ce qu'on lui dit ! Y en a marre maintenant ! Il fait des conneries et c'est les autres qui trinquent ! Et puis, je vous parie qu'il n'ira même pas s'excuser !
Les autres ne dirent rien. D'ordinaire, ils laissaient Orion tout seul, pas parce qu'ils ne l'aimaient pas, mais parce que ce dernier ne demandait rien à personne et paraissait fuir toute approche. Depuis le début de l'année, aucun n'avait été capable de dire à quel moment leur camarade avait bien pu ouvrir la bouche. Personne ne savait qui était réellement ce petit blond.
Neville continua à vitupérer jusqu'à la Grande Salle. Henry et Ron prièrent mentalement pour qu'Orion ne soit pas là. Leur ami était de mauvaise humeur et il ne valait mieux pas pour le coupable de se retrouver face à lui. Cela dit, ses coups de colère étaient assez rares et ne duraient jamais longtemps.
Finalement, jusqu'au banquet, il n'y eu aucun mort à déplorer, pas même Orion qui semblait avoir deviné qu'approcher Neville était à ses risques et périls, et qui passa donc la fin de la journée à rester le plus loin possible de lui.
Tous les élèves de Poudlard se retrouvèrent dans la Grande Salle à l'heure du repas. Pour la première fois de sa vie, Henry passait Halloween en dehors de l'infirmerie.
Un tintement, probablement magiquement amplifié, perça miraculeusement le brouhaha ambiant. Toutes les têtes se tournèrent vers l'origine du bruit. La directrice adjointe McGonagall s'était levée et tapait doucement contre son verre afin de ramener le silence.
- Je requiers votre attention. Le directeur Dumbledore souhaiterait faire un discours.
Le directeur se leva à son tour. C'était la seconde fois que Henry le voyait et il lui paraissait toujours aussi étrange. Albus Dumbledore était un vieil homme excentrique aux dires de Severus, avec une longue barbe blanche, des lunettes en demi-lune qui ne cachaient pas deux orbes bleues pétillantes de malice. Pour le festin d'Halloween, il portait une robe d'un orange vif à faire pâlir les citrouilles.
- Je suis ravi de vous retrouver ce soir pour Halloween, commença-t-il, j'espère que vous passerez un bon moment. Sur ce, je vous souhaite à tous un bon appétit.
Les tables se couvrirent soudainement de dizaines de plats tous plus appétissants les uns que les autres. Henry en avait l'eau à la bouche et bavait littéralement en dévorant les pommes de terre en sauce. À ses côtés, Ron s'était jeté sur les cuisses de poulet qui se trouvaient à sa portée. Face à eux, Neville se servait allègrement de petits pois – son plat préféré – qu'il avalait tout rond avant de dévorer à pleines dents un morceau de tourte au jambon. À croire que les trois n'avaient rien mangé depuis des semaines.
C'est donc le ventre plein que tout le monde alla se coucher. Henry se glissa sous ses draps avec un sourire aux lèvres et des souvenirs pleins la tête. C'était le 31 octobre, il allait bien, il était heureux.
Au moment de s'endormir, l'image de ses parents s'imposa à son esprit. Aujourd'hui était la date d'anniversaire de leur mort et il n'avait pas pensé un seul instant à eux. Sa fatigue s'évanouit immédiatement. L'enfant se redressa et fouilla dans sa table de nuit pour en tirer son album de photographies. Comme d'habitude quand il le feuilletait, une boule se forma dans sa gorge et les larmes coulèrent sans qu'il puisse les retenir.
-Papa, maman..., pleura-t-il sans honte en regardant la dernière photo de l'album qui les représentait tous les quatre.
Elle avait été prise quelques jours avant la mort de ses parents et de son frère.
Une main sur son épaule le fit bondir. C'était Neville qui avait dû entendre ses sanglots. Il alluma une bougie et s'assit sur le lit de son meilleur ami. Lui aussi avait perdu sa famille, tuée par lord Voldemort ce même soir. Et comme lui, il pleurait chaque année la disparition de ses parents. Personne, lui compris, ne savait comment il avait bien pu réussir à survivre au sortilège de mort, ne lui laissant qu'une simple cicatrice en forme d'éclair sur le front.
Neville Londubat, fils unique de Franck et Alice Londubat, Aurors, était devenu Neville Londubat, le Survivant, le vainqueur de Voldemort, un orphelin.
- Désolé de t'avoir réveillé, hoqueta Henry dans un chuchotement en essuyant ses larmes.
- Non, je ne dormais pas, t'en fais pas. Ils te manquent à toi aussi, n'est-ce pas ?
C'était plus une affirmation qu'une question mais Henry hocha tout de même la tête. Ils n'étaient pas les seuls à être orphelins, il y en avait beaucoup comme eux dont les parents avaient été tués durant la guerre contre Voldemort, la plupart vivaient, comme Neville, chez un parent proche.
- Grand-mère me racontait toujours une histoire sur eux quand j'étais petit, fit Neville avec un léger sourire. À chaque fois, elle pleurait. C'était le seul jour où elle me parlait d'eux, pour que je me souvienne d'eux, que je n'oublie pas qui ils étaient. Elle se rendait pas compte que je faisais des cauchemars après. J'avais l'impression de revivre leur mort.
- Désolé, dit Henry sans savoir pourquoi.
-T'as pas à être désolé. C'est pas de ta faute. C'est de la faute de Voldemort. Sans lui, nos deux familles seraient encore en vie.
Et tout ce qu'ils avaient vécu tous les trois avec Ron n'aurait peut-être jamais eu lieu. Mais cela, Henry le garda pour lui.
- Comment tu imagines ta vie si tes parents n'étaient pas morts ? osa Henry.
- J'aurais peut-être eu un petit frère ou une petite sœur voire plusieurs que je pourrais embêter. Enfin, une vie comme celle de Ron. Maman me prendrait dans ses bras pour me consoler si j'avais mal ou peur, Papa m'apprendrait à voler et à utiliser sa baguette en cachette.
À l'entendre, il y avait pensé et certainement de très nombreuses fois. Imaginer la famille qu'il aurait pu avoir. La famille idéale, parfaite.
- Et toi ?
- Je sais pas. Comme toi. Je crois.
Un silence s'installa entre les deux amis.
- Tu sais, reprit Henry, tu vas le dire que c'est bizarre mais j'ai l'impression que Harry n'est pas mort.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Je sais pas, j'ai cette impression. Je peux pas l'expliquer.
- On n'a jamais retrouvé son corps, Henry. Les Aurors ont cherché partout.
Neville n'avait pas voulu le décevoir mais quand il vit le visage de Henry se décomposer, il se mordit la langue et se morigéna d'avoir fait perdre l'infime lueur d'espoir qui brillait dans le regard émeraude de son ami. Pour se faire pardonner de sa bévue, le garçon se rapprocha de son meilleur ami et l'étreignit.
- Je sais, soupira Henry après un moment alors qu'ils se détachèrent. Mais je peux pas m'en empêcher. C'est bête, hein ?
- Non, c'est normal. C'était ton jumeau et j'avais pas à dire ça. Je suis désolé. J'espère juste que quand la vérité éclatera, tu seras pas déçu.
Ils discutèrent encore un peu et puis Neville se leva pour retrouver son lit quand Henry l'arrêta d'une pression sur le bras.
- Merci Nev'.
- De rien. Les amis, c'est fait pour ça, non ?
Henry hocha la tête. Les deux amis se séparèrent et Neville se glissa entre ses draps pour s'endormir sitôt la tête posée sur l'oreiller. L'autre souffla sur la bougie et s'emmitoufla dans ses couvertures sans parvenir à fermer l'œil, des images s'imposaient à lui, tournant encore et encore, l'empêchant de sombrer dans le sommeil.
Le bip bip régulier et sonore du réveil de Seamus s'éleva dans le dortoir des Premières Années de Gryffondor. D'ordinaire, tout le monde se réveillait assez rapidement et seuls Ron et Neville dormaient encore. À croire que rien, pas même une explosion, ne pouvait les tirer du sommeil dans lequel ils étaient plongés. Il fallait à chaque fois pas moins de cinq minutes à Henry pour leur faire ouvrir les yeux et dix minutes supplémentaires pour les tirer du lit et veiller à ce qu'ils ne se rendorment pas. Et puis, il y avait le combat quotidien entre Seamus et Dean pour savoir qui prendrait la salle de bain en premier. En général, Henry profitait de la dispute pour piquer leur place, rigolant sous la douche alors que les hurlements de ses camarades résonnaient à ses oreilles.
Cette fois-là ne dérogea pas à la règle. Malgré sa fatigue et sa courte nuit, Henry bondit hors de son lit, frissonna à cause de la fraîcheur du dortoir et se dépêcha de filer sous la douche pour se réchauffer. Pour l'instant, il avait la forme mais il savait pertinemment que vers dix heures, il aurait envie de dormir. Plus jeune, il aurait pu faire une sieste car Molly l'obligeait presque à se reposer après le repas et les heures de cours n'étaient pas aussi éreintantes qu'à Poudlard. Maintenant, il était trop vieux pour faire une sieste et de toute manière, il n'en avait plus le temps.
Lavé, habillé et une fois la corvée du lever des marmottes qui lui servaient d'amis accomplie, Henry se laissa tomber sur son lit avant de se relever l'instant d'après pour préparer son sac de cours.
Durant le petit-déjeuner, un hibou se posa devant Neville qui récupéra la lettre, intrigué et la lut. Son visage se durcit et entre ses doigts, le morceau de parchemin disparut, froissé.
- C'est grave ? s'enquit Henry en voyant l'air grave qu'arborait son meilleur ami.
- Juste le lieu et l'heure de ma colle, répondit sombrement Neville en jetant un coup d'œil meurtrier à Orion assis plus loin, le nez plongé dans ses céréales.
- C'est à quelle heure ?
- Vingt heures avec Rusard.
Le trio frissonna. Argus Rusard était l'être le plus détesté de Poudlard. C'était un cracmol, qui semblait prendre un malin plaisir à se montrer irascible et malveillant - peut-être parce qu'il ne supportait pas sa condition. Il était accompagné d'une chatte aussi détestable que lui : Miss Teigne. Bon nombre d'élèves rêvaient de botter le derrière de l'abominable félin qui traquait quiconque irait contre le règlement, mais personne ne s'y risquait, n'ayant aucune envie de se retrouver en retenue avec son maître.
Ce fut une journée banale en somme. Depuis toujours, Gryffondor et Serpentard étaient deux maisons rivales. Aussi n'était-il pas anormal de voir des sorts voler entre les lions et les serpents, peu importait l'année. Les duels étaient monnaie courante malgré l'interdiction de faire de la magie en dehors des cours et il n'était pas rare que l'un des protagonistes finisse à l'infirmerie, blessé ou alors une partie de son anatomie transformée.
Entre les Premières Années, les combats se faisaient le plus souvent à mains nues puisqu'ils ne connaissaient pas assez de sortilèges ou de maléfices à lancer à leur adversaire. Neville était le plus souvent visé à cause de sa popularité. Après tout, il était le Survivant et, grâce à son exploit lorsqu'il n'avait qu'un an, beaucoup de Mangemorts s'étaient retrouvés à Azkaban, la prison des sorciers. Leurs enfants, du moins ceux qui se trouvaient à Poudlard, se vengeaient sur le coupable.
Ron aussi recevait son lot de mauvais sorts mais ils ne venaient que d'une seule personne : Drago Malefoy, fils de lord Lucius Malefoy, Mangemort reconnu qui, par pot-de-vin, s'était retrouvé à une place avantageuse : il était proche du Ministre et était lavé de tout soupçon. Cela dit, ce n'était pas pour cela que les deux garçons se battaient. C'était uniquement à cause de la haine ancestrale qui opposait leur famille – haine, dont bien entendu, tout le monde avait oublié l'origine. Drago insultait Ron, à propos de sa fortune inexistante – les Weasley n'étaient guère riches – , de sa famille trop nombreuse à ses yeux mais aussi parce qu'il traînait avec Neville et que les amis du brun étaient par définition ses ennemis.
Il faut dire que les Malefoy possédaient une fortune assez importante et aimaient à le montrer : Drago se pavanait avec des sacoches de cuir pleines de bonbons venant des meilleurs confiseries d'Europe ; il se vantait de posséder le plus rapide des balais de course, le nimbus 2000 et portait, avec son air snob et prétentieux, des tenues coûteuses et sans doute taillées sur mesure, le week-end lorsque le port l'uniforme n'était pas obligatoire ; il avait des manières de prince et parlait avec une détestable voix traînante mais il donnait également l'impression que le château était à lui et que les élèves étaient ses larbins. Ce qui énervait prodigieusement le trio.
Henry, quant à lui, était protégé grâce à son lien avec le professeur Rogue. Tous les Serpentard savaient qui il était et que s'attaquer à lui équivalait à s'attirer de très gros ennuis. Leur directeur de maison était partial pendant les cours et attribuait aux Serpentard plus de points qu'aux autres maisons mais, à côté, il valait mieux filer doux. Si on tenait à la vie, le filleul du directeur de la maison des Vert et Argent était une mauvaise cible.
Lorsque le dernier cours prit fin, Ron, Neville et Henry coururent jusqu'aux appartements de Severus pour leur rendez-vous hebdomadaire. Certes, ils se voyaient le lundi lors de l'heure de Potions mais ça n'avait rien à voir puisque le professeur Rogue montrait un visage moins amical et n'hésitait pas à retirer des points à son propre filleul. La première fois, Henry n'avait pas compris et avait cru à un rejet. La seconde fois et après explication, il avait saisi mais avait toujours beaucoup de mal avec l'attitude froide de son parrain, image qui collait parfaitement à avec le personnage de la terreur des cachots.
Deux coups plus tard, la porte s'ouvrit sur Sirius qui les accueillit le sourire aux lèvres. Le professeur de duel voyait très rarement le frère de son filleul disparu puisque les Premières Années n'avaient pas cette matière au programme et Henry vaquait à ses occupations d'élève. Le trio eut la surprise de voir que non seulement Sirius était là mais que Remus et Peter étaient également présents.
Henry était content de voir ses oncles, voyant tout aussi rarement Peter que Sirius, puisqu'il n'assistait le professeur Chourave que pour les cours de Cinquième et de Septième Année. Le petit brun avait juste aperçu Peter la semaine dernière, à l'infirmerie, le temps d'ouvrir et de fermer les yeux, mais ces quelques minutes étaient tellement floues dans son esprit qu'il s'en souvenait à peine.
Le thé et les petits gâteaux n'attendaient plus que les trois garçons.
Vingt heures sonnèrent, rappelant à Neville sa punition. Il soupira. Il n'avait aucune envie de voir Rusard.
L'enfant quitta la salle commune sans se douter un seul instant que ses deux amis priaient mentalement en sa faveur afin de le revoir vivant et en bon état.
À suivre
