Beta : Grealyl, sans qui, tous les chapitres ne seraient pas aussi bons, donc un grand merci à elle.

Note : Ce chapitre est plus sombre que les autres. Le voile est levé sur l'identité de Harry. J'ai conservé le rating T car je ne voyais pas de raison de le mettre en M mais si vous trouvez que le M se justifie, faites-le moi savoir.


Chapitre 6

Henry trempa ses lèvres dans sa tasse de thé mais ne but rien.

La veille, son parrain lui avait expliqué la situation. Il lui avait dit que Harry était en vie et que tout ce que l'enfant avait vécu de douloureux était du fait de son frère. Depuis, Henry ne cessait de penser à son jumeau introuvable. Il avait passé la nuit à pleurer et la journée à essayer de retenir ses larmes.

Le professeur Dumbledore, mis au courant de la situation, faisait les démarches nécessaires afin de forcer le Ministère à reprendre les recherches mais le Ministre Cornélius Fudge voulait des preuves évidentes et non – d'après ses propres mots – des hypothèses invraisemblables fondées sur des bouquins poussiéreux. Pomfresh avait eu beau lui montrer les cicatrices qui ornaient le corps de Henry, ça ne suffisait pas. L'homme voulait être certain de la véracité de l'information, pour ne pas propager une rumeur qui gâcherait sa carrière, et peut-être qu'il pourrait accéder à la demande du directeur, pas avant.

À cette annonce, Severus avait crié, s'était répandu en invectives toutes plus fleuries les unes que les autres, surprenant tout le monde, son filleul compris. C'était la première fois que le Maître des Potions qu'il était, un homme réputé pour rester de marbre en toute occasion, perdait son sang froid. Ses proches savaient que Henry était l'être qui comptait le plus pour lui mais jamais personne ne l'avait entendu jurer de cette façon et encore moins hurler à s'en briser les cordes vocales.

Maintenant, alors qu'il prenait le thé avec son filleul comme tous les vendredis, Severus avait retrouvé un semblant de calme mais il restait fébrile et la moindre allusion à celui qu'il nommait le crétin au chapeau melon risquait de le faire sortir de ses gonds. Son état de nervosité, qu'il masquait d'ordinaire si bien, était alors parfaitement perceptible, et il massacrait allègrement les pâtisseries au lieu de les manger. Henry n'était pas mieux.

Neville et Ron, cordialement invités à la réunion hebdomadaire du filleul et de son parrain, avaient préféré décliner l'offre et laissèrent Henry et Severus entre eux. C'était aussi bien.

Henry posa sa tasse sur la table basse installée au milieu du petit salon, et se recroquevilla dans son fauteuil. L'enfant était perdu, il se sentait fatigué, déprimé, terrorisé et était maintenant bien incapable de dire si ça venait de lui ou de Harry. D'un geste las, il se frotta les yeux et renifla.

En voyant son filleul dans cet état, Severus posa à son tour sa tasse, se leva dignement et prit l'enfant dans ses bras, chose qu'il n'avait pas fait depuis des semaines. Henry éclata en sanglots. Il pleura longtemps, son parrain ne chercha pas à le calmer, préférant le laisser évacuer cette tristesse tout en le berçant.

Un peu plus tard, Severus sentit la tête de Henry s'alourdir sur son épaule. L'enfant venait de s'endormir, épuisé par sa nuit blanche et par toutes les larmes versées. Le professeur de Potions soupira alors qu'il se dirigeait vers la chambre que son filleul occupait lorsqu'il n'était pas encore élève. Retrouver Harry allait devenir de plus en plus urgent à mesure des jours, sinon il y avait un risque énorme pour que Henry sombre dans la dépression, dont il présentait déjà les premiers symptômes.

Severus déposa son filleul avec délicatesse, lui retira lunettes, chaussures et chaussettes, puis, d'un geste de baguette, il le déshabilla pour lui mettre son pyjama de la même manière et le glissa sous les couvertures. L'homme retourna dans son salon et se posa dans son fauteuil. Le thé fut oublié totalement au profit d'une intense réflexion. Le professeur tournait et retournait dans son esprit toutes les informations en sa possession sur Harry et Henry. Il lui manquait quelque chose. Une donnée. Il était certain que le livre que Neville et Ron avaient lu contenait cette donnée, ce moyen qui pouvait aider à retrouver le fils disparu de ses amis défunts. Il avait beau fouiller dans sa mémoire, se remémorer l'intégralité de l'ouvrage qu'il avait dévoré, un détail lui échappait. C'était bien la première fois que ça lui arrivait et cela le faisait rager.

- Réfléchis Severus, se dit-il à haute voix – il avait remarqué que parler tout fort l'aidait à se concentrer.

Il se leva de son fauteuil et commença à faire les cent pas.

- Prenons les éléments un par un. Des jumeaux. Le receveur ressent lorsque son frère est en danger. Si les jumeaux sont séparés, ça aide si le donneur est celui qui se retrouve en situation dangereuse. Ce qui le cas de Harry. Mais pour Henry ? Comment peut-il retrouver le donneur ? Réfléchis Severus, tu l'as lu. C'est écrit dans le livre.

Mais la réponse ne vint pas.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda une petite voix venant de la chambre de Henry.

Severus cessa de marcher et regarda son filleul qui venait d'apparaître, les yeux ensommeillés et les cheveux en bataille. Le professeur avait l'impression, en voyant Henry ainsi, de faire un retour quelques années en arrière, quand le petit sortait de son lit en se frottant les yeux et venait voir son parrain après un cauchemar. À dire vrai, la dernière fois que Severus avait eu à gérer un cauchemar du petit garçon n'était pas si lointain, il remontait à la rentrée.

- Je t'ai réveillé ? s'inquiéta immédiatement Severus.

- Non, 'me suis réveillé tout seul. A qui tu parles ?

- A moi-même. Je fais des recherches.

- Ah. Je dors depuis longtemps ?

Severus jeta un coup d'œil à l'horloge murale près de la porte d'entrée et parut surpris. Une heure s'était écoulée. Il avait eu l'impression que quelques minutes seulement étaient passées.

- Une heure. Tu devrais aller te recoucher.

Henry secoua la tête en se laissant tomber dans le fauteuil que son parrain avait quitté.

- Ça va. Tu faisais des recherches sur quoi ?

- Sur Harry.

Les oreilles de Henry se dressèrent et son regard, brouillé par la myopie, s'éclaira.

- Et ? Tu as trouvé quelque chose ?

- Rien, malheureusement. Pourtant, je sais qu'il y a une solution pour retrouver ton frère, j'ai beau chercher, je n'y arrive pas.

- Le livre...

- Justement, il y a quelque chose dans ce foutu bouquin qui est la clé. C'est un détail qui a toute son importance et je suis incapable de me souvenir de ce que c'est.

Lorsqu'il regarda Henry qui le dévisageait de ses grands yeux verts dépourvus de ses éternelles lunettes, Severus grogna et se remit à faire les cent pas, laissant l'enfant décontenancé. Il aurait pu demander à Henry mais celui-ci n'avait pas lu GémellitéSorcière, il ignorait donc ce que recherchait son parrain et n'aurait aucune réponse à lui donner.

- Jumeaux, monologua Severus sans plus faire attention à son filleul qui ne le lâchait pas du regard même si, sans ses lunettes, la silhouette de son parrain était rendue indistincte et totalement floue. L'un ressent la douleur de son frère. Le receveur. Je suis presque certain qu'il est capable de faire autre chose.

Il avait la réponse sur le bout de la langue.

- Merde !

Brusquement, après ce juron, Severus s'arrêta. Il avait trouvé.

- Pour trouver le donneur, il faut regarder son frère ! s'exclama-t-il en se frappant le front du plat de la main.

Et c'est ce qu'il fit. De la paire, Henry était le receveur. C'était pour cela qu'il ressentait les appels de son frère. L'enfant s'inquiéta de ce comportement anormal. Son parrain le fixait en effet comme une potion qui ne réagissait pas comme elle aurait dû, et Henry songea que décidément, il n'aimerait pas être une potion.

- Henry ?

- Oui ? piaula l'enfant en ouvrant de grands yeux perplexes.

- Non, fit Severus un instant plus tard. Rien. Se pourrait-il que... Non, ce n'est pas possible, reprit-il pour lui-même. Harry ne peut pas être à Poudlard. On l'aurait forcément vu. Pourtant...

- Pourtant quoi ? osa Henry.

Severus fondit sur le petit garçon qui se tassa, apeuré mais son parrain se contenta de s'asseoir tout près de lui.

- Il faut que je sache. Depuis le début de l'année, il ne t'es rien arrivé, mis à part cet incident avant Halloween ?

Henry réfléchit un instant avant de secouer la tête. Depuis qu'il était à Poudlard, sa vie s'était considérablement améliorée car sa maladie s'était faite oublier.

- Rien d'inhabituel ?

- Eh bien, à part des montées d'angoisse dès que je vais à un des tes cours, non, je ne vois pas.

Severus choisit de ne pas relever la pointe d'humour sarcastique le visant personnellement.

- Ce n'est pas... Ça n'a aucun sens, marmonna l'homme en se passant une main las sur son visage.

- Qu'est-ce qui n'a aucun sens, Oncle Severus ?

- Henry, ce que je vais te demander est très important.

- Ah ? fit Henry, légèrement inquiet.

- Est-ce que tu as eu l'impression de vouloir connaître un élève plus qu'un autre ?

- Quoi ? Pourquoi ?

- Oui ou non ? scanda Severus d'une voix forte.

Voyant le petit brun plongé dans une intense réflexion, que Severus jugeait inutile – ce n'était pas difficile de savoir si on était attiré par un élève sans la moindre raison – le professeur, poussé par l'impatience, secoua Henry un peu durement.

- Oui ou non Henry !

- Je ne sais pas ! hurla l'enfant, terrorisé par cette poussée de violence à son encontre.

Son visage se tordit et il éclata en sanglots. Severus se maudit un instant et attira Henry dans ses bras en s'excusant à mi-voix. Son filleul était épuisé et à bout de nerfs et lui trouvait le moyen de se montrer violent. Le professeur fit venir à lui une fiole de potion calmante ainsi qu'une autre de sommeil. Il les donna à Henry qui les but docilement, et le mit au lit. Juste avant de partir, il plaça un sort d'alarme autour du lit du garçon afin d'être prévenu au moindre souci.

Severus quitta ses appartements, soucieux, et prit la direction du bureau directorial. Il devait parler avec Albus Dumbledore. Si Henry ne savait pas, qui saurait ? La possibilité que Harry ne soit pas à Poudlard pouvait également être envisagée. Après tout, il y avait d'autres écoles de magie dans le monde, l'héritier Potter pouvait être dans n'importe laquelle.

Une fois parvenu au pied de la gargouille de pierre qui gardait le bureau directorial, Severus prononça le mot de passe et la statue bougea, laissant place à un escalier. Arrivé en haut des marches, le professeur frappa contre la porte close. Une fois. Deux fois. Il tenta une troisième fois mais l'huis resta fermé. Apparemment le directeur était absent.

Dépité, Severus redescendit lentement l'escalier. Plongé dans ses pensées, il remarqua à peine qu'il revenait vers ses appartements. En revanche, il vit nettement trois élèves plantés devant sa porte. Trois enfants dont deux qu'il commençait à bien connaître puisqu'ils étaient les amis d'enfance de Henry. La présence du troisième élève était étrange. Il s'agissait de Hermione.

-... Partir, entendit-il enfin alors qu'il n'était plus qu'à quelques mètres à peine du trio.

Apparemment, les gamins se disputaient mais à voix basse puisque leur conversation ne résonnait pas à travers les couloirs. Ron faisait de grands gestes, trahissant ainsi sa colère et Hermione se triturait nerveusement les mains, signe d'inquiétude.

Lorsqu'ils le virent, ils cessèrent toute activité, attendant qu'il soit suffisamment proche d'eux pour lui expliquer leur présence.

Severus soupira en ouvrant la porte de ses appartements : il allait être envahi de Gryffondor bruyants. Le professeur était de mauvaise foi et le savait éperdument puisque son propre filleul était de la maison des Lions, tout comme Ron et Neville et que les inviter ne le gênait pas outre mesure.

- Je ne veux pas entendre de cris, prévint-il d'une voix sévère.

Hermione suivit, un peu tremblante, les garçons. Elle semblait stupéfaite de leur nonchalance, comme si c'était habituel pour eux de rendre visite au directeur des Serpentard. Elle ignorait que c'était le cas, n'imaginant pas une seconde que Henry Potter, un Gryffondor, était le filleul de Severus Rogue, un être qui semblait mettre un point d'honneur à se montrer désagréable avec tout le monde. Il était donc impensable aux yeux de la fillette que son camarade puisse vivre avec une personne telle que l'être que tous les élèves ou presque appelaient « terreur des cachots », « chauve-souris des cachots » ou encore « le bâtard graisseux » – il était appelé ainsi à cause de ses cheveux noirs en permanence recouverts d'une substance huileuse censée protéger son cuir chevelu des vapeurs toxiques des Potions, sans cela, il risquait fort de se retrouver chauve à quarante ans.

Cependant, lorsque la porte se referma derrière eux, Hermione perçut un changement dans le comportement, ordinairement froid et austère, de l'homme. Elle nota que les traits sévères s'adoucirent un peu et que Ron et Neville semblaient faire comme chez eux, ne paraissant pas perturbés.

Hermione risqua un œil curieux et détailla rapidement le salon. Elle qui avait cru que les appartements du directeur des Vert-et-Argent étaient à l'image de son propriétaire : glacés, sombres et d'une austérité digne d'une cellule de prison, mais elle dut se rendre à l'évidence. La pièce était chaleureuse, confortable et accueillante. La dominante n'était pas du vert ni de l'argent, bien qu'on puisse noter quelques touches ici et là. Les murs de pierre étaient nus mais le sol était recouverts d'épais tapis. Un canapé et deux fauteuils encadraient une table basse, face à la cheminée de pierre dans laquelle un feu ronflait allègrement. Trois portes fermées devaient donner accès à d'autres pièces, l'une était sans aucun doute la chambre de Rogue, la seconde devait donner sur la salle de bain. La troisième était la chambre de Henry mais la fillette l'ignorait et se demandait ce qu'il pouvait bien y avoir derrière.

- Mon salon vous plaît-il, Miss Granger ?

La fillette sursauta à l'entente de son nom. Le professeur l'avait pris en flagrant délit de curiosité. Elle ne put s'empêcher de rougir jusqu'à la racine des cheveux.

- Maintenant, vous allez m'expliquer ce que vous faites ici, fit Severus lorsque les trois enfants furent installés.

Ron, dont le sac à dos était posé à ses pieds, l'ouvrit et en tira Gémellité Sorcière.

- Je croyais que ce livre avait repris sa place à la bibliothèque ?

- Eh bien, commença Ron, les oreilles écrevisses, au moment de l'apporter, Neville et moi, on a eu une sorte de révélation à propos de Harry.

Il se tut, déglutissant avec difficulté. La perspective de dire ce qu'ils avaient découvert, avec Neville, au professeur ne l'embêtait pas, mais il se demandait s'il devait le dire devant Hermione qui n'était au courant de rien et commençait à se poser de sérieuses questions quant à ce Harry.

- Par Merlin, Ron, gronda Severus, pressé de savoir ce que les garçons venaient de découvrir, oubliant totalement la présence de la fillette. Vas-tu cracher le morceaux ? ! Ce n'est pas croyable ça, on dirait que tu te délectes de faire languir les gens lorsque tu sais quelque chose d'important !

- C'est Orion. Donewood, précisa Ron.

Il y eu un blanc. Severus et Hermione fixèrent Ron comme s'il était devenu fou ou qu'une tête supplémentaire venait de pousser.

-Pardon ? fit Severus d'une voix blanche. Comment, par les couilles de Merlin, en êtes-vous venus à cette conclusion ?

Une telle vulgarité venant de son professeur mais surtout, cet air abasourdi à la place du visage impassible qu'elle avait toujours vu, choquèrent Hermione. Ron ne se laissa pas démonter, il ouvrit le livre, le feuilleta rapidement et tomba enfin sur les pages qu'il avait lues.

- « Dans le cas où les jumeaux seraient séparés après la création du lien magique, le receveur serait fortement soumis à un besoin impérieux et inconscient de retrouver son frère et subirait les conséquences du lien magique dans le cas où ce-dernier serait amené à s'en servir instinctivement. Dans le cas où la paire se retrouverait ou serait en présence l'une de l'autre sans savoir qu'ils sont des mêmes parents, il est utile de voir le receveur agir. Son instinct le poussera à se rapprocher de l'autre. »

- J'ai effectivement lu cette partie, j'ai même demandé à Henry s'il savait de qui il s'agissait mais il a été incapable de me le dire.

- Pourtant, il passe son temps à chercher tout ce qu'il peut sur Orion. Je ne l'avais jamais vu comme ça. Dès qu'il le voit, c'est à la limite s'il ne le colle pas.

- Seulement, reprit Neville, il ne s'en rend pas compte. Quand je lui ait demandé pourquoi il était obsédé par Orion, il avait l'air surpris et m'a dit que ce n'était pas le cas.

La nouvelle laissa Severus quelque peu perplexe. Jamais il n'aurait pensé que le fils héritier de James et Lily, l'enfant disparu que tous croyaient perdu était en réalité un petit garçon craintif qui avait peur de son ombre. Pourtant, alors que l'information faisait son chemin jusqu'à son cerveau, le professeur se dit qu'il aurait pu le deviner. Henry et Orion avaient sensiblement le même comportement, même si le petit brun était plus vif et plus épanoui que l'autre. Il était évident, et ce, pour tous les professeurs de Poudlard, que Orion était un enfant battu. Mais c'était monnaie courant chez les vieilles familles traditionalistes de corriger fréquemment les enfants. Il s'agissait d'une manière – assez brutale et violente, il faut en convenir – d'éduquer sa progéniture. En général, c'étaient les pères qui s'en chargeaient, la mère ne servant qu'à faire beau dans le décor. Le Ministère ne ferait rien pour sortir le malheureux ou la malheureuse de là.

Severus était contre les corrections corporelles, il en avait suffisamment reçu étant jeune pour refuser d'infliger une telle chose à son filleul qui semblait déjà, à cause de Harry, souffrir de mauvais traitements. Sirius bannissait également cette forme d'éducation, sa mère le rouait régulièrement de coups tout simplement parce qu'il refusait de se couler dans le moule des Black. Lily et James avaient eu une vie plus facile, mais l'idée de frapper leurs enfants ne leur serait jamais venue à l'esprit. Quant à Remus et Peter, même étant célibataires et sans enfant à charge, ils préféraient punir de façon traditionnelle et plus douce. Ainsi, Henry, lorsqu'il était chez l'un de ses oncles, allait dans sa chambre, était privé de dessert ou se faisait sermonner mais jamais on ne levait la main sur lui.

- S'il s'agit vraiment du petit Donewood, reprit Severus, alors il faudra des preuves en béton, comme diraient les moldus. Le Ministère ne fera rien s'il n'est pas persuadé que Orion est bien Harry. Et tant que le Ministère ne fera rien, nous serons pieds et poings liés.

Depuis le début de la conversation, Hermione avait gardé le silence. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait là, Ron l'avait presque contrainte à venir avec lui et Neville, la tirant par le bras jusqu'à ce qu'elle promette de les suivre. Elle n'avait pas eu son mot à dire. Et quand elle avait découvert qu'ils se rendaient chez le professeur Rogue, elle avait tenté de leur faire comprendre que déranger le directeur des Serpentard n'était pas la meilleure idée du siècle mais ils ne l'avaient pas écoutée. Maintenant, elle était perdue, des dizaines de questions tournoyaient dans son esprit, à propos du Maître des Potions, de Henry, de Orion, de Harry – bien qu'elle ignore de qui il s'agissait – de la relation entre le trio de Premières Années et la « terreur des cachots ».

Comme si le professeur avait entendu ses pensées, il se tourna vers elle.

- Vous m'avez l'air perdu. Je me trompe ?

- J'avoue ne pas tout comprendre. Je ne sais même pas ce que je fais là.

- Orion est... ton ami, expliqua Ron, hésitant sur le dernier mot, ne sachant s'il convenait. On avait besoin de savoir des choses sur lui. Et je me disais que, peut-être, tu pourrais confirmer certaines choses.

- Mais pourquoi ?

- Tout ce qui sera dit dans ici, n'en sortira pas, prévint Severus. J'ai votre parole ?

Poussée par la curiosité, Hermione hocha frénétiquement la tête.

- Henry Potter est mon filleul. Il a un frère jumeau, Harry, qui a disparu quand il avait un an environ. Les recherches ont duré deux mois avant de le déclarer mort. Nous avons découvert hier qu'il était finalement vivant et Monsieur Weasley vient de m'annoncer qu'il pensait que c'était Orion.

- Comment ça peut être possible ?

- Le lien qui existe entre les jumeaux issus de parents sorciers. Je ne vais pas vous l'expliquer en détails, vous demanderez à vos amis de vous laisser le livre si vous souhaitez en savoir plus. Toujours est-il que ce lien est très fort et qu'il n'est pas sans conséquences. Nous avions toujours cru que Henry était malade mais il s'agissait du lien. Ce que ressent Harry ou Orion s'il s'agit bien de lui, Henry le ressentira de la même manière.

Hermione ouvrit de grands yeux, l'air effrayé, prise d'un affreux doute.

- Est-ce que ça vous dit quelque chose ? demanda Severus doucement. Vous savez comment se sent Orion en ce moment ? Ou s'il lui est arrivé quelque chose depuis la rentrée ?

- Oui, bégaya-t-elle. Depuis une semaine, il ne va pas très bien. Je ne suis pas certaine qu'il dorme la nuit et il ne mange pour ainsi dire pas du tout. Il a des cernes immenses sous les yeux et il maigrit. Et puis...

- Et puis ? l'encouragea Severus.

- Un peu avant Halloween...

- Continuez.

- Il aura des ennuis ? s'inquiéta Hermione en se mordant la lèvre.

- Si vous ne dites rien, il en aura.

- Très bien, dit-elle avant d'inspirer profondément. Un peu avant Halloween, il est tombé dans les escaliers. Je n'étais pas là mais il est venu me rejoindre dans une salle de classe un peu plus tard, je devais l'aider pour ses devoirs. J'ai voulu l'emmener à l'infirmerie mais il n'a pas voulu. Pourtant, il avait mal. Je crois qu'il s'était cassé une jambe, un bras et quelques côtes en tombant. Il m'a fait comprendre qu'il préférait avoir mal plutôt que d'aller à l'infirmerie. Je suis... J'y suis allée et j'ai demandé à Madame Pomfresh des Potions.

Elle termina son récit en se tordant nerveusement les mains. Tout son être tremblait.

- Madame Pomfresh vous a donné ces Potions ? fit mine de s'étonner Severus. Comme ça ? Sans poser de questions ? Étrange. Dites-moi la vérité Miss Granger.

- Il... ?

- Ni lui ni vous n'aurez des soucis. Pas avec moi du moins.

Elle lui jeta un regard hésitant, puis répondit :

- Je suis allée à la bibliothèque pour voir les sorts et les potions de soin. Je lui en ai préparé une.

- Avec quels ingrédients ? s'enquit Severus bien qu'il connaisse déjà la réponse, des ingrédients avaient disparu de sa réserve personnelle à cette période.

- Les vôtres, avoua Hermione d'une toute petite voix.

Severus ne savait s'il devait exploser de rage devant une telle conduite – voler les ingrédients d'un maître de Potions était une idée stupide, qui sait quels ingrédients dangereux il pouvait y avoir – ou alors être impressionné – après tout, les potions de soin n'étaient pas enseignées avant la troisième ou la quatrième année.

Alors qu'il allait prendre la parole pour sermonner Hermione pour son inconscience, Ron parla à sa place.

- Et le lendemain, fit le garçon en se souvenant de l'état de son ami ce jour-là et de l'absence de son camarade en cours, Orion n'est pas venu parce qu'il était fatigué.

- C'est ça.

- Ça correspond. Henry était complètement épuisé le vendredi, affirma Neville.

- Bien, soupira Severus. Il faut que je vois Orion. Allez me le chercher.

Hermione poussa un gémissement de dépit. Si elle avait pu, elle aurait fondu en larmes.

- Un souci ?

- Je ne sais pas où il se trouve ? Il disparaît le vendredi après les cours et il réapparaît le samedi pour le déjeuner. Et demain, il rentre chez lui.

Severus poussa un chapelet de jurons particulièrement fleuris. Ça n'allait pas. Il ne fallait pas que Orion rentre.

- Neville, tu cours vite, file chez Sirius et demande-lui sa carte. Il comprendra. S'il refuse, débrouille-toi pour qu'il te la donne. S'il ne l'a pas, tu vas chez Remus ou chez Peter. File !

Neville obéit et fila ventre à terre.

- Professeur, risqua Hermione en s'enfonçant au maximum dans son fauteuil, comment Orion peut-il être Harry ?

La question lui brûlait la langue depuis le début mais elle n'avait pas osé la poser. Et la poser maintenant semblait incongru mais elle n'avait pu se retenir.

- Il y a plusieurs possibilités : potion d'ADN ou alors, potion d'adoption, plus complexe que la première et seuls cinq Maîtres peuvent la brasser sinon, il y a les sorts, le glamour, le sort Paterfilius qui est un sort d'apparence la potion capiloris peut servir aussi, c'est un dérivé du polynectar – une potion qui permet à celui qui en boit, de prendre l'apparence d'une personne choisie pendant une heure – pour capiloris, la durée va de deux à huit jours, ça dépend du poids du sorcier qui en prend mais associée au sort paterfilius, elle peut durer ad vitam aeternam.

- Ce que je veux dire, c'est que quelqu'un se serait rendu compte si Orion n'était pas le véritable enfant des Donewood. Enfin, si Harry a disparu et que le lendemain, les Donewood ont un bébé assez grand, c'est étrange, non ?

- C'est un bon raisonnement, Miss Granger. Vous êtes perspicace. Peut-être un peu trop pour votre âge. Mais, cela dit, vous n'avez pas tort, sauf si Harry a remplacé Orion. Malheureusement, élaborer des hypothèses ne sert à rien tant que nous ne sommes pas sûr qu'il s'agisse bien de Orion, enfin de Harry.

Lorsque Neville revint une demi-heure plus tard, en nage, haletant et tout rouge à cause de sa course, sans carte, tout simplement parce que les trois professeurs n'étaient pas chez eux, Severus baissa les bras. Il renvoya les enfants dans leur salle commune et passa la soirée à chercher une solution afin de trouver Orion avant le départ du train le lendemain.

0o0

Le train était parti depuis une bonne heure et Severus n'avait pas réussi à voir Orion. Il voulait juste voir l'enfant, pas le garder, bien que l'idée soit tentante. Mais maintenant, c'était trop tard, Orion allait rentrer chez lui et s'il s'agissait vraiment de Harry, Severus pouvait parier que Henry allait passer une grande partie de ses vacances à l'infirmerie.

Il ignorait pourtant à quel point il avait raison.

Plus les heures défilaient, plus Henry se montrait angoissé. Le moindre bruit le faisait bondir et le moindre frôlement engendrait des cris. L'enfant n'avait rien avalé de la journée, il en était incapable. Il avait préféré resté assis dans un coin, sans bouger. C'était la première fois qu'il se comportait ainsi. Son parrain préféra penser que c'était Harry qui ressentait ça.

Henry n'était pas le seul à être différent, Severus était fébrile, attendant que dix-huit heures sonnent, heure à laquelle le Poudlard Express était censé arrivé en gare de Londres, jetant régulièrement des coups d'œil sur son filleul afin de voir ses réactions.

Severus ne voulait pas s'angoisser ni espérer pour rien. Tout concordait et désignait Orion comme étant Harry mais personne n'avait de preuves concrètes. Mais le contraire devait aussi être envisagé. Il était possible aussi que Orion ne soit pas Harry. Et jusqu'à ce que le gamin revienne à Poudlard, il était fort peu probable que la vérité éclate. Mais même à ce moment là, ça n'était pas certain.

Henry commença à gémir dans son coin, alertant Severus. L'homme se leva d'un bond et fondit sur l'enfant. Ça commençait. L'instant que Severus avait tant redouté depuis le matin était finalement arrivé. Il était dix-huit heures dix.

Le trajet jusqu'à l'infirmerie fut à la fois rapide et extrêmement long. Henry n'avait cessé de pleurer et de hurler tout en se tortillant entre les bras de son parrain, en proie à une souffrance indicible.

- Déposez-le là, fit Poppy dès qu'elle les vit entrer avec fracas.

Son visage ne trahissait rien, aucun sentiment. Elle se contentait de faire son travail avec application. Non pas qu'elle soit insensible mais son métier d'infirmière l'obligeait à mettre de côté ses sentiments humains afin de soigner ses patients sans sourciller, contrant parfois le mal par le mal.

- Petrificus Totalus, dit-elle simplement d'une voix atone en pointant le corps de Henry qui gesticulait dans tous les sens en hurlant.

Aussitôt, le corps se figea et les cris cessèrent.

- Severus, allez me chercher mes potions de soin.

Severus hocha la tête. Il aurait voulu riposter et exiger de rester présent auprès de son filleul mais la voix neutre sous-entendait un ordre auquel il était plus prudent d'obéir, Poppy était après tout surnommée le dragon, ce n'était pas pour rien. Lorsqu'il revint, la femme était penchée sur l'enfant qu'elle avait déshabillé entièrement. Sur le corps, des marbrures rougeâtres apparaissaient avec des plaies sanguinolentes de plus en plus nombreuses.

-Aidez-moi à le tenir, je dois lever le sort avant de lui administrer les potions.

Le professeur posa les différentes fioles sur une tablette près du lit et maintint le corps figé de l'enfant. Dès que Poppy prononça le contre-sort, Henry se cambra sur sa couche, plantant ses talons dans le matelas et décollant son dos du lit malgré la force que son parrain exerçait pour l'immobiliser. Il poussa un hurlement atroce qui glaça les deux adultes.

- Il faut le retourner, ordonna l'infirmière prise d'un doute affreux en voyant les draps sous son patient se teinter de rouge.

Malgré tout ce qu'elle avait pu voir chez Henry qu'elle connaissait depuis des années, Poppy ne put retenir un son étranglé devant l'horreur qu'elle avait sous les yeux. Le dos du petit garçon n'était plus qu'un amas de chair lacérée. Mais ça n'était pas le pire.

Là, au milieu du dos, une forme qui devait avoir la taille d'une paume de main adulte, apparut. Severus sentit son estomac se contracter lorsqu'il sut ce que c'était. Jamais, au cours de sa vie, même lorsqu'il avait été Mangemort, il n'avait vu cela. Même Poppy crut qu'elle allait vomir. Elle fila en direction de la cheminée de son bureau afin de prévenir, grâce au réseau de cheminette, le directeur.

Dumbledore apparut l'instant d'après et, malgré son âge avancé, accourut vers le seul lit occupé. Il était accompagné par le professeur McGonagall avec qui il était en réunion lorsqu'il avait été appelé. Minerva avait suivi en apprenant que l'un de ses Lions était blessé. L'enfant ne criait plus et avait cessé de se débattre, il gisait sur le ventre, évanoui.

- Par Morgane, Merlin et les Fondateurs, jura la directrice de Rouge-et-Or, dites-moi que ce n'est pas ce que je crois !

- J'ai bien peur que si, Minerva, fit Albus d'une voix blanche, choqué au delà des mots. Je pense que Cornélius m'écoutera et acceptera ça comme preuve. Veuillez m'excuser. Pompom, puis-je utiliser votre cheminée ?

Poppy hocha la tête, le cœur au bord des lèvres. Elle devait se reprendre, son patient souffrait et cela devait cesser. Elle prit une profonde inspiration, ferma les yeux et expira doucement. Lorsque ses paupières se relevèrent, son visage avait retrouvé une certaine impassibilité. Elle avait mis de côté tout ce qu'elle aurait pu ressentir.

Lorsque Dumbledore revint quelques minutes après être parti, accompagné d'un Fudge réticent, le chapeau melon posé de travers sur sa tête et les yeux brillant de colère, Poppy avait commencé à soigner Henry, toujours inconscient, mais ses soins n'étaient visibles puisque les plaies se multipliaient.

- Albus ! tempêtait le Ministre. J'exige une explication !

- Vous vouliez des preuves concernant Harry Potter...

- Harry Potter est mort ! fulmina Fudge en s'arrachant à la poigne ferme du vieux directeur.

- Les preuves sont là pourtant.

- Allez voir le chef des Aurors, Albus. Ce n'est pas...

- C'est vous qui avez ordonné la fin des recherches ! rétorqua Dumbledore aussi calmement que possible malgré la colère qu'il sentait monter rapidement. C'est à vous de rouvrir l'enquête. Il s'agit de l'enfant de James et Lily Potter, deux des meilleurs Aurors du pays ! Faites-le en leur mémoire ! Et bougez-vous un peu !

Fudge ne répliqua rien. Il se laissa guider jusqu'à un lit et aperçut enfin Rogue, Madame Pomfresh et le professeur McGonagall. Il baissa les yeux et découvrit un tout petit garçon dénudé au dos sanguinolent et affreusement marqué de profondes lacérations. Choqué, il ne put détacher son regard des marques qui apparaissaient, toujours plus nombreuses. Ne pas admettre une telle évidence aurait été une hérésie. Dumbledore lui avait parlé du lien que des jumeaux avaient entre eux et il en avait sous les yeux la parfaite illustration.

- Je vais ordonner une recherche à travers tout le pays, fit-il en tremblant.

- Je pense que ce ne sera pas nécessaire, intervint Severus en pointant du doigt la forme, maintenant parfaitement nette, inscrite dans la chair. C'est un blason.

Severus avait raison, il s'agissait bien d'un blason incrusté dans la peau mais le sang empêchait de voir les armoiries.

Avant la fin du dix-huitième siècle, chez les plus vieilles familles sorcières de Grande Bretagne, il était courant d'apposer son blason sur le corps de son épouse lorsque celle-ci avait été infidèle. Mais la pratique avait été interdite lorsqu'un mari décida de torturer sa femme uniquement parce qu'il la soupçonnait d'infidélité. Mais, là, il ne s'agissait pas d'adultère. Harry n'était qu'un enfant de onze ans, encore innocent et pur. En d'autres termes, il n'avait rien fait pour mériter un tel châtiment.

Poppy se pencha à nouveau sur son patient et soupira de soulagement en constatant que la « punition » avait enfin cessé. Elle fit reculer les adultes, lava le corps et commença les soins.

- Comment est le blason ? osa Dumbledore en préférant rester à sa place mais sans quitter du regard l'infirmière.

Severus croisait les doigts et priait pour que ce blason soit la clé qui les mènerait à Harry.

- Un serpent entourant un arbre dépourvu de feuilles.

Dumbledore se tourna vers Fudge et Severus, les sourcils froncés. Mais aucun ne répondit. Le second ignorait la réponse et le premier semblait tellement abasourdi qu'il était incapable de prononcer le moindre mot.

Fudge ne pouvait croire ce que venait de dire l'infirmière. Il s'approcha donc du corps et vérifia par lui-même. Mais Poppy n'avait rien inventé, contrairement à ce qu'il avait pensé. Il voyait parfaitement le blason : le serpent entourant un arbre effeuillé. Ces armoiries, il les avait assez souvent vues sur des parchemins. Il n'agissait de nulle autre personne que l'un de ses proches collaborateurs : Lord Balthazar Donewood, un noble anglais que tous disaient totalement fou, adepte des idées de feu Lord Voldemort et sans le sou. Mais, malgré ces « défauts », le Ministre n'hésitait pas à faire appel à lui, au même titre qu'il faisait appel à Lucius Malefoy.

- C'est... c'est le blason de la famille Donewood, balbutia le ministre.


À suivre