Bêta : Grealyl qui, comme d'habitude, a fait un excellent boulot.

Note : je tiens juste à remercier nepheria4 pour sa review, la suite est là.

Je tiens aussi à m'excuser pour les fautes que vous avez pu trouver dans les chapitres précédents. Il y a toujours plusieurs relectures de ma part et de la part de Grealyl mais, certaines parviennent encore à se faufiler entre les mailles


Chapitre 7

Rufus Scrimgeour, chef du bureau des Aurors, regarda ses hommes. Ils étaient tous habillés de la robe bordeaux sur laquelle était épinglé l'insigne de la brigade. Ils étaient une vingtaine à être présents dans le bureau du niveau deux du ministère de la magie. Pour tous, il ne s'agissait que d'une mission de routine, une vérification d'information, rien de très important en somme. Personne ne comprenait pourquoi ils étaient si nombreux, surtout un samedi soir à près de vingt heures.

- Messieurs, s'il vous plaît, commença Scrimgeour d'une voix calme et grave, emprunte de sagesse, attirant instantanément à lui l'attention des Aurors. Cette mission, contrairement à ce que tout le monde pense, n'est pas qu'une simple mission de routine. L'ordre vient de Monsieur le Ministre qui la tient du directeur de Poudlard, Albus Dumbledore.

Des murmures circulèrent dans la pièce, rapidement interrompus par un raclement de gorge. Si la demande venait de Dumbledore, relayée par Fudge, ça devait donc être important.

- Il s'agit d'un enfant.

Tous les visages réjouis la seconde précédente, se fanèrent à l'annonce de cette nouvelle. Un enfant. Chacun imaginait le pire des scénarios. Si Dumbledore déposait une demande, cela concernait un de ses élèves et pour que cette demande atterrisse sur le bureau de Fudge, cela devait être non seulement important, mais aussi grave.

- Il s'agit de Harry Potter.

Les plus vieux Aurors, déjà là dix ans auparavant, se regardèrent interloqués. Tous se souvenaient parfaitement de l'affaire Potter. Harry Potter était mort, comme ses parents, bien que le corps de l'enfant n'ait jamais été retrouvé.

- S'il vous plaît, fit Scrimgeour alors que les murmures devenaient assourdissants. Je sais que la plupart d'entre vous ne sont pas sans ignorer que Harry Potter est officiellement décédé. Mais j'ai appris aujourd'hui par Monsieur le Ministre que Harry Potter est bel et bien en vie et que nous savons maintenant où il se trouve.

0o0

Des pas pressés résonnèrent dans les couloirs alors qu'une minuscule créature vêtue en tout et pour tout d'une taie d'oreiller immaculée courait aussi rapidement que lui permettaient ses petites jambes. Lotty, l'elfe de maison au service de la famille Donewood depuis des années, frappa deux coups à la double porte du bureau de son maître avant d'entrer.

Son maître, Balthazar Donewood, était avachi dans son fauteuil devant son bureau, un verre d'alcool à la main et la baguette dans l'autre. Autrefois, il avait été un bel homme, mais la mort de sa femme survenue dix ans auparavant avait déclenché sa folie. Aujourd'hui, il ne quittait pour ainsi dire jamais son siège – sauf pour aller dormir ou descendre aux cachots – ni sa baguette. Ses yeux injectés de sang brillaient d'une folie dangereuse et sur son visage, on pouvait lire toute la paranoïa qui l'habitait. L'homme, âgé d'une quarantaine d'années, paraissait vingt ans plus vieux, ses longs cheveux d'un blond terne et sale étaient striés de mèches grisâtres et retombaient sur ses épaules osseuses recouvertes d'une vieille robe sombre usée aux emmanchures et aux pieds.

La folie et la paranoïa touchaient les Donewood de père en fils depuis près d'un siècle. Et depuis près d'un siècle, les elfes de maison comme Lotty connaissaient tous les moyens qui garantissaient leur sécurité et leur survie, aussi, apparaître devant le maître comme ça était une mauvaise idée, car si Donewood était fou, il n'en demeurait pas moins très rapide pour lancer un sort.

Lotty examina son maître de ses grands yeux globuleux avant de s'incliner si bas que son nez frôla le tapis. Son maître devait sans doute revenir des cachots, l'elfe allait donc devoir descendre voir les dégâts sur le corps du jeune maître.

- Qu'est ce que tu veux ? cracha Donewood.

- Lotty a fait entrer monsieur le chef des Aurors, maître Donewood monsieur, couina la créature en agitant inconsciemment ses oreilles pointues.

- Quoi ? ! rugit l'homme en pointant sa baguette vers l'elfe. Et quelle est la raison de sa présence ici ?

- Monsieur le chef des Aurors a dit qu'il voulait vous le dire lui-même, maître Donewood monsieur.

Donewood cracha sur le tapis, le visage ouvertement furieux et la bouche prête à lancer un sort de magie noire. Il ordonna à la pauvre elfe de faire attendre Scrimgeour – car il ne pouvait s'agir que de lui – dans le hall.

Durant les quelques minutes pendant lesquelles Lotty remplissait sa mission, Donewood réfléchissait à la raison de la présence du chef des Aurors chez lui.

Plus il réfléchissait, plus son corps se tendait. Et puis, tel un ressort, l'homme se leva de son fauteuil et courut à travers les couloirs en rugissant. Quoiqu'on en dise, Balthazar était un homme intelligent et il ne mettait jamais longtemps avant de découvrir la vérité. Le chef des Aurors ne se déplacerait jamais seul, comme ça, sans invitation. Il avait forcément fait venir une escouade de chasseurs de mages et ceux-ci devaient commencer à avoir fouillé la maison. Lotty avait levé les barrières protectrices du manoir en faisant entrer l'homme et Donewood venait de s'en rendre compte.

Il déboula devant Scrimgeour qui l'attendait dans le hall d'entrée, seul.

- Rufus Scrimgeour, salua Donewood en soufflant comme un bœuf, épuisé par l'exercice fort peu habituel auquel il venait d'être soumis. Que me vaut l'honneur de votre visite ?

Le directeur du bureau des Aurors nota la tenue usée de son vis-à-vis, les cheveux sales et le regard rouge et une pensée traversa son esprit : comment Fudge pouvait-il encore demander conseil à cet individu qui, malgré sa politesse et son air supérieur, suintait le mépris et donnerait à quiconque l'envie de partir en courant ? Scrimgeour se félicita intérieurement de ne pas être tout le monde et d'avoir eu un excellent mentor – lui aussi rongé par la paranoïa – Alastor Maugrey, dit Fol Œil à cause de son œil de verre qui tournait dans tous les sens.

- Monsieur le Ministre lui-même m'a chargé d'une affaire, expliqua Scrimgeour qui jubilait mentalement de voir le visage de l'homme en face de lui se tordre de colère. Une affaire dans laquelle vous semblez être personnellement impliqué.

- J'ignore de quoi vous parlez.

- Pendant que nous parlons, mes hommes fouillent le manoir.

Donewood grogna, maudissant mentalement Fudge, et se mit à taper du pied sur le sol de marbre tandis que son cerveau réfléchissait à toute allure. Une seule chose pouvait le faire tomber mais personne ne savait qu'elle était là.

- Et vous recherchez quoi ? cracha-t-il, un peu inquiet. J'ai été blanchi quant aux accusations sans fondement de mon attachement au Seigneur des Ténèbres. Et il n'y a ici, aucun article de magie noire.

- Je ne suis pas là pour ça, mais pour Harry Potter.

Donewood afficha un air surpris, et Scrimgeour scruta son visage, guettant un signe de nervosité qui montrerait sa culpabilité.

- Harry Potter ? N'est-ce pas cet enfant que le ministère a déclaré mort ?

- Nous avons découvert que ce n'était pas le cas.

- Vous m'en voyez étonné. Et qu'est-ce qui vous fait dire que cet enfant est ici ?

Scrimgeour fronça les sourcils en se demandant si Fudge n'avait pas bu une potion qui lui aurait fait perdre l'esprit. Donewood était trop calme pour être coupable ou alors il était vraiment un excellent acteur. Et puis, le directeur repensa à ce que son suspect venait de lui dire : l'homme savait qui était Harry Potter alors que beaucoup de personnes, y compris celles issues des vieilles familles avaient oublié l'enfant.

- Voyez-vous, expliqua Scrimgeour de sa voix grave et sérieuse qui masquait parfaitement ses sentiments, Harry Potter a un frère jumeau qui ressent lorsque son frère a des problèmes. Ce qui semble se passer assez fréquemment. Jusque là, nous ignorions où se trouvait Harry mais nous venons de le découvrir.

- Chez moi ? ricana Donewood. Il y a méprise. Il n'y a qu'un enfant dans cette maison et c'est le mien.

- Nous sommes en train de le chercher afin de vérifier qu'il s'agit bien de votre enfant. S'il s'avère que nous nous sommes trompés, nous nous confondrons en excuses mais dans le cas contraire, vous finirez vos jours à Azkaban. Où est votre fils, Lord Donewood ?

- Il se repose dans sa chambre, répliqua Balthazar du tac au tac.

- Je vois, fatigué par le voyage.

- En effet.

Scrimgeour trépignait d'impatience mais il ne le montra pas. Ses hommes n'étaient toujours pas visibles mais le manoir était grand, ils ne pouvaient pas tout fouiller en quelques minutes à peine. Cependant, plus le temps passait et plus Donewood prenait confiance en lui. Le chef des Aurors trouvait que son hôte était trop détendu et qu'il répondait trop facilement, comme un texte préparé à l'avance.

Une heure plus tard, les deux hommes étaient toujours dans le hall mais aucun mot n'était échangé, ils se regardaient en chien de faïence. La tension était palpable et l'atmosphère était lourde.

Un Auror apparut enfin, portant dans ses bras une couverture de laquelle dépassaient des pieds nus. Scrimgeour sentit son cœur s'arrêter de battre un court instant. Il était au courant pour le lien et il avait peur que si Harry meurt, Henry ne succombe également. Il fondit sur l'Auror Anderson et l'interrogea du regard. Ce qu'il y vit le soulagea.

- Lord Balthazar Donewood, vous êtes en état d'arrestation, déclara-t-il en se tournant vers le suspect maintenant encadré par quatre Aurors.

- Je serai jugé pour quels motifs exactement ? L'éducation n'est pas un crime. Mon fils a juste été puni.

Scrimgeour fit signe à Anderson de s'approcher. Il tira de la poche intérieur de sa robe une photographie sorcière prise à l'infirmerie de Poudlard le jour-même et que Fudge lui avait remis avec l'ordre de mission.

- Auror Anderson, ordonna-t-il, retirez la couverture et montrez le dos de l'enfant.

Le jeune homme s'exécuta. Il posa délicatement l'enfant part terre et, aidé d'un collègue, il le tourna sur le dos. Là, au milieu du sang séché et des plaies, on pouvait voir parfaitement le blason de la famille Donewood, identique à celui sur la photographie.

- Lord Donewood, reconnaissez-vous ce blason ? Demanda Scrimgeour en glissant l'image sous le nez de Balthazar.

L'homme perdit aussitôt son assurance et dans ses yeux, on pouvait lire de la rage. Les quatre Aurors s'approchèrent de lui, prêts à le retenir en cas de tentative de meurtre.

- Il s'agit bien du blason des Donewood sur cette photographie ? N'est-ce pas ? Ce dos n'est pas celui d'Orion, votre fils mais celui de son frère. Et il est identique à celui d'Orion. Vous serez donc jugé pour meurtre sur les personnes de James et Lily Potter, enlèvement, séquestration, torture et actes de barbarie en la personne de Harry Potter.

- Je n'ai tué personne !

- Lorsque Lily et James Potter sont décédés, leur fils Harry a disparu. Le jour-même. Coïncidence ? Je ne crois pas. Emmenez-le à Azkaban.

Il attendit que les quatre Aurors partent avec le prisonnier avant de se tourner vers Anderson qui portait de nouveau l'enfant inconscient.

- Anderson, vous l'emmènerez à Sainte Mangouste par poudre de cheminette. J'ai peur que le transplanage ne soit contre-indiqué.

0o0

Severus regardait son filleul étendu entre les draps blancs de Sainte Mangouste. Poppy avait ordonné le transfert de Henry en urgence à l'hôpital des sorciers dès que Fudge était parti voir Scrimgeour. Cela faisait plusieurs heures que le professeur attendait des nouvelles de Harry tout en surveillant son frère. Sirius, Remus et Peter n'étaient pas au courant de la véritable identité de Harry et c'était mieux comme cela. Le professeur de duel était impulsif et s'angoissait assez vite, il était hors de question que son inquiétude se transmette aux autres. Et puis, cette nuit, c'était la pleine lune, Remus y était sensible et il avait besoin de ses amis pour canaliser ses instincts sauvages de loup-garou, animal qu'il devenait une fois par mois.

La porte de la chambre de Henry s'ouvrit sur un médicomage portant un paquet emmitouflé dans une couverture, ou était-ce une cape ?

- Professeur Rogue, veuillez sortir, ordonna l'homme alors que trois infirmiers entrèrent à leur tour.

- Qui...

- Dehors !

Severus s'exécuta sans broncher et quitta le chevet de Henry. Il s'installa sur l'une des inconfortables chaises du couloir mais ne resta pas assis bien longtemps. Il fut rejoint par Dumbledore et Madame Pomfresh.

- Des nouvelles ? demanda-t-il avidement.

- Ils l'ont trouvé, répondit Dumbledore avec un sourire rassurant. Il va bien, du moins aussi bien qu'on peut aller après une telle correction. D'après Scrimgeour que j'ai vu au Ministère, le jeune Orion a été admis à Sainte Mangouste il n'y a pas vingt minutes. Scrimgeour est formel, c'est bien Harry.

Severus poussa un soupir de soulagement et se laissa tomber sur la chaise. Le cauchemar prenait enfin fin, ils allaient pouvoir regarder devant eux sans s'inquiéter de la survie de Henry. Mais le professeur savait que, même si le plus dur était derrière eux, le futur ne serait pas au beau fixe. Harry avait eu une enfance difficile et ça ne serait pas sans conséquence.

Ils patientèrent une heure avant de voir le médicomage qui avait mis Severus dehors, sortir de la chambre de Henry. Son visage ne trahissait aucune émotion mais on pouvait discerner un petit sourire satisfait flotter sur ses lèvres fines. Il s'approcha du petit groupe assez rapidement.

- Tout va bien, ils sont sortis d'affaire l'un comme l'autre. Pour le moment, ils se reposent et ils ne se réveilleront pas avant demain. Mais si vous souhaitez les voir...

Severus n'attendit pas la fin de la phrase du médicomage, il se précipita au chevet de son filleul.

Lorsqu'il entra, il le vit, allongé dans le lit, le teint pâle et marqué par des balafres, ses cheveux d'un blond clair étaient étalés sur l'oreiller blanc. Orion Donewood ressemblait à un cadavre. L'enfant avait été installé sur le lit à côté de Henry. Severus ne put s'empêcher de toucher la petite main posée sur les draps. Elle était tiède. La poitrine du petit garçon se soulevait et s'abaissait doucement.

- J'ai estimé qu'il était préférable de lui laisser le visage avec lequel il a grandi et de lui montrer, une fois réveillé, sa véritable apparence, fit le médicomage en entrant, avec Poppy et le directeur, à la suite de Severus.

- C'est une bonne idée, acquiesça Dumbledore.

Le directeur pressa affectueusement l'épaule du professeur avant de partir, suivi de Poppy et du médicomage.

0o0

Le brouillard cotonneux et rassurant dans lequel il se trouvait, se dissipa lentement. Son esprit s'éclaircissait au fur et à mesure des minutes qui s'égrenaient.

L'enfant avait l'impression d'être sur un nuage de douceur, un peu comme son lit à Poudlard, bien au chaud entre des draps épais et douillets. C'était comme dans un rêve. Comme ceux qu'il faisait lorsqu'il était chez le maître mais qui disparaissaient quand Lotty venait le réveiller le matin.

Il prenait peu à peu conscience de son environnement. Il y avait le son, d'abord brouillé puis plus clair et plus fort, comme le volume qu'on aurait augmenté soudainement. La douleur ensuite, sa vieille compagne semblait avoir disparu, elle qui le suivait depuis aussi loin que remontait sa mémoire. Et là, elle n'était plus là. Ça ne lui était arrivé qu'une fois ou deux, lorsque Hermione lui avait concocté une potion anti-douleur quand il avait chuté dans l'escalier.

Il n'avait pas mal. Ce fut cette constatation qui le réveilla complètement. D'habitude, il ne sentait rien seulement lorsqu'il dormait. Au réveil, sa douleur était là, fidèle au poste. Pas là. Pas cette fois. Peut-être rêvait-il encore, il l'ignorait mais rien que pour se sentir aussi bien, il était prêt à dormir des années.

Malheureusement, le rêve allait prendre fin. Il entendait la porte de son cachot s'ouvrir. Lotty allait le secouer pour qu'il fasse ses corvées. Il percevait ses petits pas se rapprocher de lui. Mais étrangement, la douleur était toujours absente.

Et ce n'était pas le plus bizarre. D'habitude, Lotty le secouait avec douceur mais là, elle lui prit la main, ou plutôt le poignet. Et la petite voix aiguë qu'il entendait tous les matins depuis qu'il était petit, sauf durant les premiers mois à Poudlard, était devenue plus grave. Mais les mots demeuraient incompréhensibles.

Plutôt que d'écouter la voix, il essaya de se concentrer sur les sensations qu'il percevait. Sous lui, il ne sentait pas le sol glacé et humide des cachots mais bel et bien des draps doux et chaud ainsi qu'un matelas confortable, comme à Poudlard. Et la senteur légèrement agressive qui emplissait ses narines n'avait rien à voir avec celle de l'urine et autre odeur corporelle qu'il avait déjà respirée.

Était-ce un rêve ou la réalité ? Il devait en avoir le cœur net et le meilleur moyen était d'ouvrir les yeux. Lorsqu'il essaya, il eut l'impression que ses paupières étaient collées l'une à l'autre.

0o0

Severus assistait au réveil de Harry à quelques pas du lit. Son regard ne cessait de naviguer entre les deux garçons. Mais Henry semblait dormir encore, il n'avait pas bougé d'un pouce contrairement à son frère.

Le médicomage, présent également, encourageait Harry à ouvrir les yeux. Il avait soigné peu d'enfants battus, ceux-ci étaient soignés par les médecins de la famille, mais les réactions qu'il avait vues étaient toujours plus ou moins les mêmes : l'enfant mettait du temps à se réveiller parce qu'il se croyait dans un rêve et le réveil signifiait un retour à la réalité.

Il vit les yeux pâles apparaître derrière les longs cils clairs et les paupières alourdies par le sommeil.

Severus, en voyant le petit garçon se réveiller, aurait bien voulu savoir ce qui se passait dans la tête de l'enfant. Il vit les yeux perdus de Harry se poser sur son médicomage avant de regarder autour de lui, les sourcils froncés – une mimique que le professeur n'avait jamais remarqué auparavant pourtant, il se targuait de pouvoir comprendre une personne rien qu'en la regardant – identique à Henry lorsqu'il ne portait pas ses lunettes, mais également à James lorsque Sirius lui piquait ses lunettes. Froncer les sourcils aidait soi-disant les myopes à distinguer un peu mieux ce qui les entourait. Et la myopie chez les Potter semblait se transmettre de père en fils, comme les cheveux en bataille. Il fallait voir ceux de Henry, Severus avait été incapable de les coiffer quand son filleul était encore trop petit pour le faire seul.

Le professeur se dit que Henry ne devait pas être le seul à avoir hérité des problèmes de vision de son père, son frère devait aussi voir vaguement les formes. Severus prit sur la table de chevet les lunettes de son filleul et les posa doucement sur le nez de Harry. Il vit clairement l'enfant cligner des yeux plusieurs fois, ajuster la monture afin qu'elle soit à la bonne place et pas trop gênante puis fixer les deux adultes, un air ébahi gravé sur le visage. Comme si c'était la première fois qu'il les voyait – c'était probablement le cas – aussi nettement. Il avait l'air d'être à la fois ravi et effrayé, ce qui donnait une expression assez comique et parfaitement indescriptible. Cependant, sans doute pour ménager la fragilité psychologique du patient, les deux adultes se retinrent de sourire. Mais Harry se détourna d'eux et repartit à la chasse au détail avec de grands yeux émerveillés.

Severus lâcha Harry du regard, rassuré de le voir aller bien – aussi bien que possible après l'enfer qu'il venait de vivre – et se concentra sur son frère, qui dormait toujours comme un bienheureux pour encore, il l'espérait, quelques temps.

Ce fut sans compter sur Henry qui se décida de se réveiller à l'instant même où Severus pensait cela. L'enfant remua sous ses draps, s'assit dans son lit avant même d'ouvrir les yeux. Ses petites mains frottèrent sans douceur les paupières encore lourdes de sommeil et il bailla, exposant à tout le monde la vue de ses amygdales.

Absolument pas réveillé et encore abruti par les différentes potions que le médicomage lui avait expédié dans l'estomac, l'enfant tâtonnait dans le vide, sans doute à la recherche de sa table de nuit, dans l'espoir vain de trouver ses lunettes afin d'y voir un peu plus clair.

Il marmonna un grognement en regardant finalement où il tâtonnait sans parvenir à mettre la main sur ses lunettes. Il maugréa quelque chose qui ressemblait vaguement à « je les ai mises où ? » mais Severus n'en était pas certain. Apparemment, Henry ignorait totalement ce qu'il s'était passé mais ça n'avait rien de bien surprenant, il était souffrant et n'avait probablement eu aucune conscience de son trajet jusqu'à l'infirmerie et, lorsqu'il avait été transféré à Sainte Mangouste, il était évanoui.

Severus prit la petite main dans la sienne, la serra un instant avant de forcer avec douceur Henry à se recoucher. L'enfant se laissa faire, docile non sans marmonner. À croire qu'il dormait encore.

- Oncle Sev ? appela Henry, un peu plus réveillé, les sourcils froncés, tentant de distinguer son « agresseur ».

- Oui, répondit Severus sans relever le diminutif dont venait de l'affubler son filleul. Tout va bien.

- On est où ? fit l'enfant un peu perdu alors qu'il jetait un regard embrumé autour de lui, constatant qu'il se trouvait dans un univers blanc, et il était certain qu'il ne s'agissait pas de sa chambre.

- Tu es à Sainte Mangouste, Henry.

- Pourquoi ?

- Tu te souviens de quelque chose ?

Henry secoua la tête. Tout était confus dans son esprit. Il avait plus ou moins une idée de ce qui avait bien pu se passer mais, en général il se réveillait à l'infirmerie de Poudlard, pas à Sainte Mangouste. Ça ne lui était arrivé que deux ou trois fois, peut-être plus, il ne savait plus, ça faisait tellement longtemps.

Il sentit plus qu'il ne vit le métal familier de ses lunettes se poser sur son nez – apparemment Severus avait réussi à mettre la main dessus – et le monde s'éclaircit nettement. Il vit son parrain lui sourire mais également les cernes qui commençaient à apparaître sous les yeux sombres.

Severus s'assit à ses côtés, lui prit la main et prit une profonde inspiration. Tout ça n'annonçait rien de bon. Le professeur jeta un rapide coup d'œil au médicomage occupé avec Harry, le distrayant efficacement en lui parlant mais le sort de silence lancé sur le lit du petit blond empêchait quiconque étant en dehors d'entendre quoique ce soit.

- Henry, commença Severus doucement, jeudi nous avons parlé de ton frère, tu t'en souviens ?

- Oui, répondit l'enfant. Tu m'as dit qu'il était vivant.

- Avant-hier...

- On est quel jour ?

- Dimanche. Avant-hier, Ron et Neville sont venus avec Hermione. À l'évidence, tes amis sont beaucoup plus observateurs que moi. Ils ont découvert qui était Harry.

Là, Severus sut qu'il avait toute l'attention de son filleul et que celui-ci était parfaitement réveillé.

- Il s'agit d'Orion, lâcha Severus.

Pris d'un doute, Henry regarda de l'autre côté de la chambre et vit le second lit. Il ne lui fallut guère plus de temps pour respirer que pour savoir à qui la chevelure blonde et en désordre appartenait. Il l'aurait reconnue entre mille et pour lui, aucun doute n'était possible. Ces cheveux ne pouvaient appartenir qu'à Orion Donewood ou Harry Potter comme venait de lui dire Severus.

- Comment ils le savent ? demanda l'enfant sans lâcher du regard son camarade de dortoir.

Harry se tourna vers lui, comme s'il avait senti le regard vert de l'autre occupant de la chambre.

Severus lui expliqua dans les grandes lignes comment les trois Premières Années en étaient arrivés à la conclusion que Orion était Harry, mais également les raisons qui avaient conduit Henry à Sainte Mangouste. L'enfant serait aller voir son frère si son parrain ne l'avait pas retenu.

- Il n'est pas encore au courant. Je compte le faire dès que le médicomage aura fini.

0o0

L'enfant regarda, sceptique, le miroir qu'on venait de lui mettre entre les mains. Son professeur de Potions, tout en lui mettant une paire de lunettes sur le nez, lui avait raconté une histoire à laquelle il croyait à peine. Pas parce qu'il ne voulait pas y croire mais parce qu'il ne pouvait pas. C'était impossible. Déjà pour être frères, il devait y avoir un minimum de ressemblance mais entre lui et Henry Potter, c'était le jour et la nuit. Même lui le savait.

Pourtant, le petit garçon aurait tellement voulu croire qu'une telle chose puisse être possible. Avant Poudlard, il avait enduré les coups sans broncher, persuadé que c'était normal. Mais durant les trois mois qu'il avait passé au château, sans coups ni brimades d'aucune sorte de la part des adultes, il avait commencé à se dire que souffrir n'était pas obligatoire, qu'il n'était pas obligé d'avoir mal en permanence.

Il en était là de ses réflexions lorsque la porte de la chambre s'ouvrit sur le directeur. Le vieil homme était accompagné par deux autres individus que l'enfant avait probablement vu mais dont il ne se souvenait pas. L'un des deux inconnus, un grand brun aux cheveux bouclés, fondit sur Henry et le souleva de son lit pour le serrer contre lui. L'autre resta près de la porte et fixa le petit blond un court instant avant de reporter son attention sur la brute qui faisait voltiger le gamin.

- Sirius, fit-il d'une voix posée qui ressemblait vaguement à un couinement, lâche-le, tu vas finir par lui broyer quelque chose.

Ledit Sirius fit ce qu'on lui dit et reposa en douceur Henry dans son lit avant de se tourner vers le professeur de Potions et, à la grande surprise du petit blond, de lui coller un magistral coup de poing en plein visage.

- Espèce d'enfoiré ! hurla Sirius.

- Messieurs, tempéra le médicomage en s'interposant. Vous êtes dans une chambre d'hôpital et non je-ne-sais-où, vous êtes priés de vous tenir correctement et pas comme des enfants turbulents, auquel cas je vous demanderai de sortir. Tous les deux !

Severus prit Sirius par le bras et l'entraîna à l'extérieur de la chambre, suivit par Peter. La porte se ferma dans leur dos. Les couloirs grouillaient de monde, personne ne fit attention à eux.

- Tu aurais pu me prévenir ! vitupéra Sirius à l'encontre de Severus qui se massait la mâchoire.

- Pour faire quoi ? On a eu la preuve hier soir et tu étais occupé avec Peter pour vous occuper de Remus et son... problème. Vous étiez injoignables vendredi, tous les trois !

- Tu aurais pu laisser un mot ! C'est Albus qui nous a prévenu !

- Sirius, intervint Peter déterminé à avoir une explication et dont les oreilles commençaient dangereusement à souffrir des hurlements de son ami, ferme-la. Severus, tu peux nous dire ce que fait le fils de Balthazar Donewood ici ?

- C'est bien simple, répondit Severus en jetant un regard noir à Sirius, Orion Donewood est Harry.

Un silence suivit cet aveu. Sirius dévisagea Severus comme si une seconde tête venait de lui pousser et Peter restait là, les bras ballants, la bouche ouverte et les yeux exorbités.

- C'est une blague, répondit lentement Sirius.

- Non. Et je te préviens Sirius, il est hors de question que tu fasses avec lui ce que tu viens de faire avec Henry.

- C'est mon filleul et...

- C'est un enfant qui a la trouille ! Sirius, reprit Severus plus calmement en se souvenant que son ami ignorait l'histoire, Balthazar le torturait. Le dos de Henry ressemblait à un amas de chairs. Ça te donne une idée de l'état de celui de Harry. Ça dure depuis des années. J'ai vu le gamin à Poudlard pendant mes cours, il était terrorisé en permanence, il parlait peu voire pas du tout, mangeait à peine, je pense qu'il dormait rarement.

- Tu terrorises tes élèves, même les plus courageux, releva Sirius.

- Certes, fit Peter à son tour, mais ce n'est pas le cas de Pomona et je pense que pour Remus, ça doit être pareil.

- Peter, tu ne donnais les cours...

- Je suis encore capable de savoir à qui je donne des cours Sirius ! Mais je parle aussi avec Pomona et il m'arrive d'assister aux cours des Premières Années et je peux t'assurer que Orion ou Harry - maintenant je ne sais plus comment je dois l'appeler -, était à chaque fois littéralement pétrifié. Alors, pour les cours de Potions, je peux comprendre, Severus est fidèle à sa réputation de terreur et chauve-souris des cachots...

- Merci pour cette aimable description mais je suis là, grogna ladite chauve-souris, vexée qu'on parle de lui comme s'il était absent.

- Mais, continua Peter en balayant d'un geste de la main les grognements de Severus, Pomona n'a jamais levé la voix sur aucun de ses élèves et tu sais comme moi qu'il y en a qui le mériteraient. D'accord, certaines plantes sont un peu dangereuses mais pas pour les cours de Première Année. La seule plante un temps soit peu dangereuse, c'est le Filet du Diable et ils ne travaillent que sur des boutures. Pourtant, ça n'empêche pas Orion, enfin Harry, de trembler comme une feuille.

- Je vois, fit Sirius sombrement.

Il comprenait parfaitement ce que ses amis tentaient lui dire, il n'était pas aussi stupide qu'on se plaisait à le croire, il lui arrivait de réfléchir et ce, plus souvent que d'aucuns ne le pensaient. Mais savoir que son filleul, celui qu'il avait perdu dix ans auparavant et qu'il espérait tout de même revoir un jour malgré l'arrêt officiel des recherches, avait été battu, affamé, marqué, bref, que Harry avait été torturé le mettait hors de lui. Il n'avait que rarement vu l'enfant, à part aux repas et encore, aussi ignorait-il ce que les trois autres professeurs, qui avaient cours avec l'enfant, voyaient.

Lui-même avait été battu par sa mère lorsqu'il était plus jeune, déjà parce qu'il avait refusé d'aller à Serpentard, se retrouvant à Gryffondor mais également parce qu'il s'était acoquiné avec James Potter, dont les parents prônaient le mélange des sangs, et parce qu'il s'était allié avec un monstre, une créature magique : un loup-garou. Mais à côté de Balthazar Donewood, sa mère, la terrible Walburga Black était à peine un lutin de Cornouailles. Sirius pouvait donc parfaitement imaginer ce que pouvait ressentir son filleul.

- Sirius ? interrogea Peter, inquiet par la mine fermée de son meilleur ami.

- Ça va, assura-t-il, mais je jure que si cet enfoiré de Donewood sort d'Azkaban, je lui fais subir ce qu'il a fait subir à Harry.

Devant le regard que ses amis lui rendirent, il comprit en disant cela qu'il ne serait pas le seul.

Lorsqu'ils revinrent, ils eurent la surprise de voir que Henry avait rejoint Harry dans son lit. Dumbledore était à leur côté et paraissait leur expliquer quelque chose, aussi les deux enfants ne remarquèrent pas la présence des trois professeurs.

En revanche, le directeur se tourna vers eux et leur sourit.

- J'allais montrer à Harry quel est son vrai visage.

Ses yeux bleus pétillèrent derrière les lunettes en demi-lune tandis qu'il tirait sa baguette de sa robe de sorcier du plus beau violet et décorée de fils d'or.

Le mouvement de recul de Harry n'échappa à personne et son regard terrorisé lorsque la pointe de la baguette du directeur fut pointée sur lui était parfaitement compréhensible.

- Vous savez quel sort a été utilisé ? fit Severus assez surpris par l'assurance du vieil homme.

- Bon nombre de sorts se lèvent par un Finite Incantatem. Pas tous, j'en conviens et les sorts de métamorphose humaine qui nécessitent des contres-sorts appropriés sont rares et complexes. Peu de sorciers sont capables de les exécuter. Ils se contentent donc d'un Glamour ou d'une potion. Balthazar était certes intelligent mais la métamorphose n'était pas sa matière de prédilection. Je l'ai eu en temps qu'élève et je puis vous assurer qu'il avait beaucoup de mal dans cette matière. Certains de ces sorts nécessitent la présence d'un mage. Et pour les potions, je ne suis pas un Maître, contrairement à vous Severus mais j'imagine que se procurer les ingrédients est une tâche assez ardue.

- Ils sont rares et extrêmement chers en effet et les potions sont assez difficiles à réaliser. Même la plus simple, la potion d'adoption, reste assez complexe. Certains ingrédients, s'ils sont ajoutés trop tôt ou trop tard, rendent la potion inefficace. Seuls ceux disposant d'une maîtrise en Potions peuvent se targuer de pouvoir la préparer et il faut une autorisation du Magenmagot. Seule la potion Capiloris pourrait avoir été utilisée mais je n'en suis pas convaincu.

- C'est en effet mon avis. Je pense que la dernière demande d'adoption déposée au Magenmagot remonte aux années quarante.

Toute requête de ce type déposée au Magenmagot était attentivement suivie et le sorcier qui la déposait devait être certain de son choix. Dans le cas où la demande serait acceptée, un double était automatiquement fait et archivé, la nouvelle était ensuite dans la presse. Les demandes d'adoption étaient fort rares. En général, les parrains ou les marraines s'occupaient des enfants orphelins mais ils ne les adoptaient pas.

- Vous êtes prêt ? fit Dumbledore d'une voix bonhomme à un Harry passablement angoissé.

Sans attendre de réponse, le directeur tapota le bout de sa baguette sur la tête de l'enfant en prononçant une formule que Harry, terrifié, n'entendit pas.

Aussitôt des picotements se firent sentir à travers son corps. C'était désagréable mais pas douloureux. Il avait vécu bien pire.

Lentement, sous les yeux avides des adultes et de Henry, le visage de Harry se transforma. Les yeux gris se colorèrent en vert, le même vert émeraude que Henry, et sa mère avant lui. Les cheveux suivirent, passant d'un blond pâle et terne à un brun foncé, d'une coupe désordonnée à une touffe sauvage.

Bientôt, Orion Donewood disparut, laissant place à Harry Potter. La ressemblance avec Henry assis à côté de son frère était flagrante.

Ils étaient identiques.


À suivre


note bis : je ne fonctionne pas au chantage du type "pas X reviews, pas de chapitre", c'est pas mon style et ça a le don de m'énerver quand je vois ça chez les autres, donc je dirai ceci : J'AI BESOIN DE VOTRE AVIS, que ça soit simplement pour dire que vous aimez ou non. C'est juste une façon de savoir si mon travail plaît ou pas. Il y a beaucoup de lecteurs, mais j'ai peu d'avis. Maintenant, j'ai fait passer mon message, à vous de voir ce que vous en ferez.