Beta : Grealyl, que je remercie encore et toujours.
Note : ça y est, la fiction est finie ! Elle comportera quinze chapitres.
Pour les reviews anonymes, je tiens à remercier Vamp's et adanoide. Je tiens aussi à remercier tous ceux qui m'ont lu, laissé un message, mis en alerte, en favori,... J'espère avoir répondu à tout le monde.
Chapitre 11
Cinq jours étaient passés depuis la réception de la convocation au procès et il restait tout juste une semaine avant l'audience.
Dans l'obscurité du lit à baldaquin aux rideaux clos, les jumeaux étaient allongés l'un à côté de l'autre, les yeux grands ouverts, profitant qu'il soit tôt pour un samedi et que tous les deux soient réveillés pour discuter du procès, comme Severus l'avait recommandé à son filleul. Mais jusque là, Henry s'était buté à un mur. D'ordinaire, son frère ne pouvait rien lui cacher. Mais cette fois, il refusait de dire le moindre mot concernant sa vie au manoir Donewood.
- Pourquoi tu ne veux rien dire ? demanda encore une fois Henry pour la cinquième fois depuis le début de la semaine, depuis que Harry lui avait clairement fait comprendre que rien ne sortirait de sa bouche.
Comme d'habitude, Harry haussa les épaules, enfin, c'est ce que Henry sentit quand l'épaule de son frère bougea contre la sienne.
Étrangement, même si d'habitude il ne disait rien, cette réaction énerva Henry, qui se redressa et s'assit entre les draps défaits.
- Dis-moi ! Je veux savoir !
Harry s'installa à son tour en tailleur, les sourcils froncés. Jamais Henry ne lui avait encore parlé sur ce ton là et l'enfant, au lieu de se sentir mal à l'aise et effrayé, était exaspéré. Il quitta le lit, partit à la recherche de ses chaussons dont l'un avait fini sa course sous le lit, récupéra ses vêtements et fila s'enfermer dans la salle de bain avant que son jumeau n'ait le temps de comprendre ce qui se passait. Une fois sous la douche, Harry se laissa glisser le long du mur carrelé et pleura. Ses larmes se mêlèrent à l'eau qui coulait le long de son visage.
Henry voulait savoir mais il n'était pas le seul. Severus et Sirius étaient venus lui répéter à maintes reprises que lorsqu'il serait prêt, il pourrait venir. Mais Harry n'était pas prêt et il voyait la date du procès approcher rapidement. Les mots du parrain de son jumeau tournaient en boucle dans son esprit en même temps que le serment qu'il avait dû faire à Donewood. S'il ne disait rien lors du procès, son cauchemar personnel sortirait d'Azkaban mais s'il parlait, il mourrait. Et il se voyait mal expliquer ça à Henry, il ne voyait même pas comment il allait pouvoir l'expliquer.
De l'autre côté de la porte, Henry faisait les cent pas, inquiet. Il ne cessait de se répéter que jamais il n'aurait dû parler à Harry de cette manière et encore moins de le forcer à lui dire ce qu'il avait vécu. Ça faisait près de vingt minutes que son frère s'était enfermé dans la salle de bain et que l'eau coulait. Dix minutes de trop par rapport à l'ordinaire. Harry détestait prendre sa douche alors il faisait en sorte de rester le moins longtemps.
Quand Henry sentit un froid pénétrant sur sa peau et des picotements sur son ventre, comme des griffures, il souleva son haut de pyjama et découvrit des égratignures rouges. Aussitôt, il frappa contre la porte désespérément close avant de chercher de l'aide autour de lui. Mais le dortoir était désert. Tout le monde était parti manger ou vaquer à ses occupations du samedi matin.
Le petit garçon était tiraillé entre deux sentiments : aller chercher un professeur ou rester ici et tenter d'ouvrir la porte afin d'aller réconforter Harry. Finalement, la seconde option l'emporta. Il sauta sur son lit pour récupérer une baguette, se fichant de savoir si elle était à lui ou à Harry, et la pointa sur la porte.
- Alohomora, prononça-t-il les dents serrées par l'angoisse de ce qu'il allait trouver de l'autre côté.
La porte s'ouvrit dans un déclic et l'enfant se précipita sur son frère, roulé en boule sous le jet d'eau froide. Harry grelottait et pleurait tout en se griffant violemment le ventre et les bras. Henry, perdu devant tant de mutilations, ne sut quoi faire. Il était terrorisé et n'avait pas conscience que les larmes inondaient ses joues. Lentement, sans réfléchir, l'enfant se laissa tomber à côté de son jumeau et lui prit la main. Pas un seul instant il ne pensa éteindre l'eau glacée qui leur tombait dessus et trempait son pyjama.
Ce fut Seamus qui les trouva en revenant de la Grande Salle bien plus tard, dans les bras l'un de l'autre, les lèvres dangereusement violettes, le corps bleu et les yeux clos. Il hurla à l'aide et vit Dean débouler, affolé par les cris.
- Va chercher quelqu'un ! Un préfet ! Un prof ! Vite !
Dean ne se le fit pas répéter une seconde fois, il fila ventre à terre pendant que son ami éteignait l'eau et récupérait le plus de serviettes possibles afin d'en recouvrir les corps glacés de ses camarades. Seamus eut l'impression d'attendre des heures avant de voir avec soulagement le professeur McGonagall entrer.
- Monsieur Thomas, allez dans la salle commune, chercher un préfet ou un élève de Cinquième, de Sixième ou de Septième Année ! Monsieur Finnigan, courez à l'infirmerie prévenir que deux élèves arrivent et qu'ils sont en hypothermie. Ensuite, passez prévenir les professeurs Rogue et Black.
Les deux enfants détalèrent. Le professeur emmitoufla ses deux élèves dans les serviettes et les frictionna du mieux qu'elle put en attendant de l'aide. Elle n'eut pas à attendre bien longtemps. Percy Weasley fit son apparition accompagné d'un Septième Année. La vieille dame jeta un sortilège d'allègement sur les jumeaux et se tourna vers les nouveaux arrivants.
- Messieurs, emmenez les Potter à l'infirmerie ! Tout de suite !
Jamais le trajet entre la salle commune des Gryffondor et l'infirmerie ne fut si court. Les couloirs étaient déserts et les deux élèves courraient à perdre haleine, serrant contre eux leur fardeaux en bénissant leur professeur d'avoir jeté le sort d'allègement. Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'infirmerie, Madame Pomfresh leur sauta dessus et leur désigna un lit agrandi magiquement.
Le professeur McGonagall arriva à peine quelques secondes avant les professeurs Black et Rogue, eux-mêmes suivi par Dean, rouge et en sueur par sa course effrénée.
- Que tous ceux qui ne sont pas malades ou affreusement blessés sortent d'ici ! tonna Poppy. Sur le champ !
Peu désireux de provoquer l'ire de la terrifiante infirmière, les trois enseignants et les trois élèves de Gryffondor sortirent aussitôt.
D'un geste de baguette, Poppy fit voler les serviettes et lança un sort de diagnostique sur les deux corps. Elle étudia rapidement les résultats, qui ne firent que confirmer ce qu'elle avait compris avec un simple coup d'œil.
Elle déshabilla rapidement Henry encore vêtu de son pyjama trempé, lança un sort de réchauffement assez puissant sur les jumeaux, les habilla d'un vêtement de nuit et les couvrit d'une épaisse couverture, ne veillant à ne laisser sortir que la tête.
Leur vie n'était pas en danger. C'était le principal. Elle permit à Severus et Sirius de venir et leur expliqua la situation avant qu'ils ne se mettent à l'assaillir de questions.
Hypothermie. Étrangement, ce fut la seule chose que retinrent les deux hommes. Poppy serra les dents pour ne pas éclater de rire en voyant les deux professeurs, dont l'un était le plus craint de Poudlard, se transformer en papa-poule devant leurs filleuls. C'était... attendrissant. Heureusement pour elle, elle s'abstint de le faire remarquer, car Severus l'aurait très certainement étranglé si elle avait osé dire ça à voix haute.
Quelques heures plus tard, les jumeaux se réveillèrent, à quelques instants d'intervalle. Et aussitôt après avoir ouvert les yeux, Harry se roula en boule et se colla contre son frère, cherchant sa chaleur. Henry le serra contre lui, tout en profitant de l'absence de l'infirmière pour repenser à l'incident du matin.
Il se mordit la lèvre pour contenir ses sentiments, mélange de déception, de colère et de tristesse. Harry n'avait pas le droit de s'enfuir loin de lui comme ça, ça faisait trop mal ! Et puis, ils devaient vraiment parler du procès, c'était important. Surtout pour éviter une scène comme celle de ce matin. Mais d'abord, Henry sentait qu'il devait s'excuser bien qu'il ne se sente pas coupable de quoique ce soit.
Harry, lui, s'était roulé en boule et somnolait, la joue posée contre le cœur de son frère. Il était bien et n'avait aucune envie que ça change. Pour un peu, il se serait mis à ronronner.
- Harry, souffla son frère après plusieurs minutes de silence. Je suis désolé pour ce matin. Je ne voulais pas te faire de peine. Je voulais juste savoir pourquoi tu ne voulais rien dire.
- Pourquoi tu veux savoir maintenant ? chuchota l'autre en décalant sa tête jusque dans le cou de Henry.
- Parce que...
Henry ne sut quoi répondre. Comment dire à son frère que Severus voulait savoir ? Il avait peur de trahir Harry et de perdre à jamais sa confiance.
- C'est Oncle Severus qui veut savoir, avoua Henry incapable de cacher la moindre information à son jumeau.
- Pourquoi ? s'étonna Harry. Il m'a dit que quand je serai prêt, je pourrai venir.
- Je ne sais pas.
Et c'était, là encore, la pure vérité. Quand il sentit que Harry se rapprochait davantage de lui, il comprit avec soulagement que son frère ne lui en voulait pas.
- Pourquoi tu ne veux pas en parler ? demanda une nouvelle fois Henry avant de se mordre férocement la langue pour ne pas avoir su se taire.
Harry se raidit. Jusque là, il avait réussi à se taire mais il n'en pouvait plus. Cacher des choses à son frère était insupportable et là, il venait d'en franchir la limite. Il ne pouvait rien dire, la menace de mort planait sur sa tête et Donewood avait fait en sorte qu'il se taise et qu'aucun mot ne sorte de sa bouche.
- Je... Je ne peux pas.
- Comment ça ?
- Je n'ai pas le droit, fit Harry très vite.
Henry ne demanda rien de plus. Il n'avait pas tout à fait compris mais peut-être que Severus comprendrait, lui. Ou Sirius. Un silence apaisant s'installa.
- Dis, Henry, murmura Harry, tu pourras en parler à Oncle Severus ?
- À propos de quoi ?
- De ce que je t'ai dit.
- Pourquoi tu ne veux pas lui en parler toi-même ? Il ne va pas te manger.
- Parce qu'il va me poser des questions.
- Il t'en posera quand même, même si c'est moi qui lui dis.
- Dis-lui. S'il te plaît.
- D'accord.
0o0
Le feu ronflait allègrement dans la cheminée du salon des appartements de Severus. L'homme sirotait un verre de whisky pur-feu, le regard plongé dans les flammes. Il avait troqué ses éternelles robes noires contre un simple pantalon et une chemise, ses cheveux étaient noués en catogan et ses pieds nus étaient en contact avec l'épais tapis. Il ne lui manquait plus qu'un bon livre pour que tout soit parfait.
Lentement, le professeur leva son verre à hauteur de ses yeux et fit tourner les glaçons, appréciant au passage la robe ambrée de la boisson.
D'ordinaire, il ne buvait pas seul ou très peu. Il ne savait pas pourquoi il avait commencé ce soir. Peut-être était-ce à cause du procès, il n'en savait rien. Il refusait l'idée que Donewood parvienne à sortir un jour. Car, après ce qu'il avait fait, c'était plusieurs année de prison qu'il risquait. Mais si Harry témoignait, il risquait le baiser du Détraqueur.
Cette sentence était atroce, Severus en convenait mais c'était la seule chose que méritait cet homme. Voir son âme être aspirée hors de son corps et n'être plus qu'une coquille vide.
Severus avala une autre gorgé du liquide, gorgée qui lui brûla la gorge mais qui lui fit du bien.
Deux coups résonnèrent contre le panneau de la porte d'entrée. Severus posa son verre sur la table basse et se leva. Il eut la surprise de voir Harry et Henry sur le pas de la porte mais les convia à entrer. À en juger par leur air coupable et leur tenue assez légère, ils n'étaient pas sortis de l'infirmerie avec le consentement de Poppy.
- On peut te parler ? demanda Henry timidement.
- Poppy est au courant de votre départ ?
Les garçons rougirent et Severus soupira. Il fit venir à lui deux épaisses couvertures.
- Mettez ça. Vous avez souffert d'hypothermie, ce n'est pas une raison pour finir avec un rhume. Qu'est-ce qui vous a pris de fuir l'infirmerie ? C'est si important que ça ?
Henry hocha la tête.
- C'est à propos du procès.
Aussitôt Severus se tourna vers Harry, persuadé que l'enfant était enfin prêt à parler.
- Il ne peut pas, fit Henry.
- Comment ça ? interrogea Severus de but en blanc sans lâcher Harry du regard.
- Il...
- Henry, c'est à Harry de m'expliquer, coupa Severus doucement. Harry, pourquoi tu ne peux pas ?
Mais l'enfant secoua la tête. Severus pinça les lèvres. Que Harry ne veuille pas, il pouvait gérer, mais que le garçon ne puisse pas, c'était plus grave. Ça impliquait des sorts qu'il ne pourrait défaire puisqu'il n'était pas le lanceur et parce qu'il ignorait lesquels avaient été employés. Pourtant, il devait savoir.
- Harry, je vais te poser des questions. Tu dois me répondre honnêtement.
Ce que le petit garçon redoutait était arrivé. Là, il ne voulait pas répondre mais il ne put empêcher sa tête de répondre oui.
- Bien. Est-ce que Donewood t'a lancé un sort ?
Devant l'absence de réponse, Severus sentit qu'il devait aller plus loin et affiner sa question. Donewood était fou mais un fou intelligent doublé d'un paranoïaque. Si Harry ne pouvait pas parler de ce qu'il avait vécu, nul doute qu'un sort était derrière tout ça. Et si ce à quoi il pensait s'avérait être juste, il s'agissait d'un serment. Pire, du Serment Inviolable. Mais pour cela il fallait un Enchaîneur. Severus eut soudain une idée et se demanda pourquoi il n'y avait pas pensé avant.
- Harry, je veux que tu me regardes dans les yeux. Quoiqu'il se passe, tu ne lâches pas mon regard. Je vais entrer dans ta tête et regarder tes souvenirs, tu te laisses faire. Détends-toi.
L'enfant ne demanda pas un seul instant ce qui allait se passer. Il chercha rapidement la main de son frère pendant que Severus prenait sa baguette et la pointait vers lui.
- Détends-toi, répéta une nouvelle fois Severus calmement. Legilimens.
Harry sentit une présence dans sa tête, douce, comme une main qui caressait ses cheveux. Pour un peu, il en aurait fermé les yeux mais Severus lui tenait fermement le menton, l'obligeant à conserver la connexion.
Severus les voyait, il les avait sous les yeux. Des images atroces, même pour lui qui avait torturé sous le règne de Voldemort. Comment pouvait-on faire ça à un enfant ? Comment Harry avait-il pu vivre toutes ces horreurs ? Et y survivre ? Et Henry ? Il les avait ressentis ces coups, ces tortures.
Choqué au delà des mots mais conscient que sa tâche n'était pas finie, le professeur se hâta de chercher le sort ou autre, qui empêchait Harry de parler librement.
Il le trouva. Et resta bouche bée par ce qu'il voyait dans l'esprit de son neveu. Donewood avait bel et bien eu recours à un Serment Inviolable mais au lieu d'utiliser un sorcier comme Enchaîneur, il s'était servi d'un elfe de maison et l'avait tué ensuite d'un coup de baguette devant l'enfant terrorisé.
Le souvenir était récent, il devait dater de quelques jours avant la rentrée scolaire.
Découvrant cela, Severus voulut chercher plus profondément afin de comprendre comment Harry avait pu entrer à Poudlard mais le frisson qu'il sentit le ramena à la réalité. Il s'était déjà trop attardé dans l'esprit du garçon et la légilimancie était une discipline qui n'était pas sans conséquences pour celui ou celle qui recevait le sort. Certains étaient même devenus fous car le lanceur ne faisait guère attention. La manipulation de l'esprit était un domaine complexe et un art. Les meilleurs légilimens parvenaient à extraire des souvenirs ou des pensées avec douceur mais d'autres n'y parvenaient qu'avec brutalité, qu'elle soit volontaire ou non. Dans ces cas-là, cela pouvait s'apparenter à de la torture.
Il sortit de l'esprit de Harry et vit avec effroi des larmes couler le long des joues encore creuses. Sans réfléchir, il prit l'enfant dans ses bras, s'excusant encore et encore de lui avait fait revivre ses souvenirs.
Severus garda Harry une bonne heure dans les bras pour le calmer tout à fait. Pas un seul instant le garçon ne chercha à se défaire de l'étreinte.
Le professeur reposa finalement l'enfant sur le canapé, à côté de son frère et leur fit signe de rester à leur place pendant qu'il s'approchait de la cheminée. Il prit un peu de poudre cheminette dans un pot sur le manteau de marbre et la jeta dans l'âtre en articulant sa destination. Le feu prit une teinte verte, Severus s'agenouilla et mit sa tête dans les flammes.
- Albus ! appela-t-il.
Il réitéra son appel deux fois avant de voir le directeur s'approcher de la cheminée.
- Severus ? Un souci ?
- Pouvez-vous venir ? C'est important.
Sans laisser le temps à Dumbledore de donner une réponse, Severus sortit de la cheminée et s'écarta. Un instant plus tard, le directeur de Poudlard émergea de l'âtre avec une certaine distinction. Il frotta sa robe d'un beau vert anis afin de la débarrasser de grains de poussière inexistants et darda son regard pétillant sur les jumeaux, chaudement emmitouflés dans leur couverture.
- Vous ne devriez pas être à l'infirmerie tous les deux ?
- Ils se sont enfuis, répliqua Severus posément. Les garçons, allez dans votre chambre.
Étrangement, Dumbledore se mit à rire avant de prendre place dans un des fauteuils, imité par Severus, tandis que les enfants disparaissaient dans la pièce à côté. Le directeur jugea un instant son collègue et s'inquiéta de le trouver soucieux.
- Severus, y aurait-il un problème ?
- Je dirais que oui. C'est assez grave.
Le visage du directeur se teinta d'inquiétude. Ce que Severus jugeait grave l'était sans conteste. L'homme n'était pas du genre à exagérer – sauf pour ses élèves, quand il les décrivait comme étant des cornichons incapables de réaliser une potion basique.
- C'est à propos de Harry et du procès. Henry vient de me dire que Harry est incapable de parler de ce qui lui est arrivé.
Dumbledore eut l'air abasourdi. C'était la première fois que Severus voyait son supérieur comme ça, à court de mots.
- J'ai pratiqué la légilimancie sur Harry pour comprendre et Balthazar lui a fait prononcer un Serment Inviolable.
Un hoquet lui répondit. Le vieil homme était sous le choc et ses yeux bleus ne reflétaient aucune malice mais plutôt une grande colère mélangée à de la tristesse.
- Non ! Il n'a pas osé !
- Si.
- Mais... Severus, il faut un...
- Un Enchaîneur, oui. Il a utilisé un elfe de maison qu'il a ensuite tué. Devant Harry. Je n'ai pas cherché à aller plus loin, j'étais resté trop longtemps. Mais, s'il ne peut en parler, j'ai pensé à une Pensine. Ce seront ses souvenirs qui parleront pour lui.
- Plus criants encore qu'un témoignage, acquiesça Dumbledore.
- Malheureusement, je crains des répercussions sur Harry. Je ne dis pas qu'il est faible mais il est encore fragile psychologiquement et lui et Henry ne sont que des enfants. Je refuse qu'ils voient ça. Henry souffrirait en voyant ce qui s'est passé, et son frère l'a déjà vécu une fois de trop.
- Je comprends. Je vais devoir en discuter avec Amélia.
- C'est elle qui présidera le Magenmagot ?
- Oui. Il faut qu'elle voit Harry. C'est à elle de prendre une décision. Je vais voir avec elle afin d'avoir ses disponibilités. Je vous tiens au courant.
0o0
Amélia Bones était une femme massive à la mâchoire carrée et aux cheveux gris coupés courts. Mais pour Henry, elle semblait gentille. Pour Henry seulement. Harry, lui, était terrorisé. Il fallut toute la persuasion de son frère pour le tirer de derrière la porte de sa chambre où il s'était caché lorsque la sorcière était entrée. Mais lorsque l'enfant prit place à côté d'elle, il tremblait de tous ses membres.
- Monsieur Potter... commença-t-elle d'une voix calme. Je peux vous appeler Harry ?
L'enfant hocha la tête. Oui il préférait Harry à Monsieur Potter. Harry c'était son prénom, son vrai prénom et il y tenait.
- Harry, je suis Amélia Bones, celle qui va présider lors du procès contre Balthazar Donewood.
À ce nom, Harry trembla plus violemment encore. Sa main tâtonna le vide, cherchant désespérément celle de Henry. Lorsqu'il la trouva, il se sentit un peu mieux – il se sentait toujours mieux quand Henry était avec lui.
- Le professeur Rogue et le directeur Dumbledore m'ont fait part de quelque chose d'important qu'il faut que tu me confirmes. D'après eux, tu ne peux pas parler de ce qui t'est arrivé. C'est vrai ?
Harry hocha à nouveau la tête.
- D'accord. Merci Harry.
Et elle se leva. Le petit garçon se demanda, étonné, si l'entretien était réellement fini. Dans un sens il était soulagé, dans l'autre, il avait l'impression que rien ne s'était passé. Severus les envoya de nouveau dans leur chambre, disant qu'il voulait parler avec Madame Bones.
On était lundi, le procès était dans une semaine. Dumbledore avait exempté les jumeaux de cours pour l'après-midi afin qu'ils puissent rencontrer celle qui présidera le procès.
- Qu'est-ce qu'ils se disent tu crois ? questionna Harry à son frère.
- Je n'en sais rien.
- Si je ne peux rien dire, Il va sortir ?
- Oncle Severus et Dumbledore vont tout faire pour que non.
- Tu promets ?
Henry mourrait d'envie de dire oui mais même lui savait qu'il ne pouvait pas faire cette promesse. Harry en était parfaitement conscient mais il avait espéré. Il ne voulait pas que son tortionnaire sorte et revienne le chercher comme dans ses cauchemars.
Un peu plus tard, Severus pénétra dans leur chambre et avisa les jumeaux assis sur le lit de Henry. Madame Bones entra à sa suite.
- Nous avons eu l'accord de Madame Bones pour utiliser une Pensine durant le procès, expliqua-t-il aux garçons. Pour cela, Harry, Madame Bones va prélever tes souvenirs liés à ton passé chez Donewood, les dupliquer et les mettre dans une Pensine.
- C'est quoi une Pensine ? demanda Henry.
- C'est un récipient dans lequel on dépose ses pensées et ses souvenirs, expliqua Severus d'un ton docte.
- Et on se souvient après des pensées qu'on y a mis ? On les a encore dans la tête ?
- Non, sinon à quoi cela servirait de les mettre dans une Pensine ?
- Mais je ne me souviendrais de rien alors, lâcha Harry en oubliant momentanément qu'il y avait une étrangère dans sa chambre.
Il aurait dû se sentir effrayé à l'idée de ne plus avoir de souvenirs en tête mais au contraire, il se sentait rassuré voire soulagé. Malheureusement, Severus le détrompa bien vite.
- Nous n'allons pas te prendre tous tes souvenirs, juste en sélectionner quelques-uns et nous allons les copier avant de te les rendre.
L'enfant baissa la tête, déçu. Severus lui prit le menton et le força, avec douceur, à lever la tête vers lui. Il vit les yeux verts se brouiller de larmes.
- Je verrai avec le directeur et le Ministère pour tes souvenirs...
Une lueur d'espoir s'insinua en l'enfant. Severus allait voir ce qu'il pourrait faire et peut-être que...
- Mais rien n'est garanti. Et je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée.
Peut-être que le Ministère refuserait tout simplement une telle demande. Le cœur de Harry se serra à cette pensée. Il aurait dû y penser.
- Tu es prêt ? fit Severus en sortant sa baguette.
Harry hocha la tête. Son tuteur lui conseilla de fermer les yeux et de visualiser les scènes qu'il lui demandait. Le petit garçon sentait l'extrémité de la baguette se poser contre sa tempe et il se tendait involontairement.
- Pense au Serment Inviolable, murmura Severus.
Les images défilèrent derrière les paupières closes.
- Memoriaextractus, prononça Severus.
Un mince filet argenté s'accrocha à la pointe de la baguette de Severus. Un instant plus tard, la volute était mise dans un flacon que la présidente-adjointe du Magenmagot s'empressa de sceller et d'étiqueter avant de le dupliquer.
Ils renouvelèrent l'opération plusieurs fois, sur plusieurs souvenirs. Les flacons s'alignaient sur la table, séparés en deux tas distincts : les originaux et les copies.
Étrangement, alors qu'il n'avait plus ces souvenirs atroces, au lieu de se sentir rassuré, il avait l'impression dérangeante d'un manque, d'un vide qu'il lui fallait combler.
La présidente-adjointe du Magenmagot rangea les fioles de souvenirs de Harry dans une sacoche non sans entourer chacune d'elles d'un sort qui les rendait incassables.
- Bien, je vais y aller, prévint-elle. Nous nous reverrons à l'audience.
Les jours passèrent rapidement. Un peu trop vite au goût de Harry qui faisait la douloureuse expérience d'avoir l'impression que le temps s'accélère quand on refuse de voir un événement arriver. Le petit garçon passa tout son dimanche à tourner en rond, l'estomac tellement noué qu'il ne pouvait pas avaler la moindre bouchée de nourriture. Henry n'était pas en meilleur état. Severus avait donc dû leur faire avaler presque de force une Potion Calmante le soir, suivi rapidement par une Potion de Sommeil Sans Rêves afin qu'ils puissent dormir. Les garçons se couchèrent dans leur lit dans les appartements du professeur.
Severus les réveilla vers sept heures et les laissa se préparer. Avec l'accord de Dumbledore, ils utilisèrent la cheminée du bureau directorial pour se rendre directement au ministère. Accompagnés par le vieil homme, ils arrivèrent dans l'atrium. Harry et Henry regardèrent, fascinés, la fontaine d'or située au beau milieu, surmontée par un elfe de maison, une sirène, un sorcier, un gobelin et un moldu.
Sirius les attendait de pied ferme près de la fontaine. Il était nerveux et ça se voyait, il tapait du pied sur le sol de marbre et consultait toutes les dix secondes sa montre à gousset. Il serra brièvement l'épaule de Harry lorsqu'il le vit et le gratifia d'un sourire qui se voulait rassurant.
- On y va, fit-il.
Ils prirent l'ascenseur qui les mena directement au niveau dix du ministère. Une nuée de journalistes les attendaient déjà et dès que les portes s'ouvrirent, ils bondirent sur eux comme des vautours sur leur proie. Harry et Henry se cachèrent du mieux qu'ils purent dans les robes de leur tuteur, terrifiés par les questions criées toutes plus fortes que les autres. Protégés par Dumbledore, Sirius et Severus, les jumeaux avancèrent vers la double porte. Les Aurors parvinrent à contenir la foule hors de la salle le temps que tout le monde s'installe.
Le petit groupe prit place dans le box des témoins et victimes, séparé du reste de la salle par une cloison. Il y avait pour le moment quelques spectateurs assis dans les gradins entourant la salle. Les membres du Magenmagot entrèrent à leur tour par une porte dérobée, dans leur robe de couleur prune brodée du côté gauche d'un M savamment dessiné. Face à eux, dans l'espace vide, une chaise pourvue de chaînes, elle aussi vide, pour l'instant.
Les Aurors qui gardaient les portes fermées, les ouvrirent lorsque le président fit son apparition. Les journalistes pénétrèrent en silence dans la salle d'audience et s'installèrent dans le box prévu pour eux.
Amélia Bones monta sur son estrade, sa place étant surélevée par rapport aux autres membres du conseil. Toute la salle se leva. D'ordinaire, c'était Dumbledore qui présidait. C'était lui le président du Magenmagot mais, là, il ne pouvait intervenir en temps que tel puisqu'il devait intervenir en temps que directeur de Poudlard durant ce procès.
Quatre Aurors amenèrent le prisonnier vêtu de l'uniforme rayé gris et noir d'Azkaban. Balthazar Donewood, après son séjour à la prison des sorciers, semblait plus fou que jamais. Ses cheveux blonds retombaient en mèches ternes, grasses et emmêlées sur son visage crasseux. Ses yeux étaient injectés de sang et se posaient sur chaque membre présent dans la salle. Dès qu'il fut assis, les chaînes de sa chaise s'enroulèrent autour de son corps décharné et de ses mains, l'empêchant ainsi de bouger.
À côté de Henry qui déglutit en découvrant pour la première fois le visage de l'homme qui terrorisait son jumeau, Harry tremblait nettement en voyant son tortionnaire apparaître. Il n'était pas rassuré pour deux sous. Mais Sirius lui prit la main, tout comme Henry. Il se sentit alors apaisé même s'il avait peur de la réaction de son frère et de son parrain lorsqu'ils allaient découvrir ce qui lui était arrivé. Le savoir était différent de le voir.
Lorsque Bones s'assit, tout le monde l'imita. Le procès pouvait commencer.
À suivre
note : Je remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont répondu au sondage (si on peut appeler ça comme ça), sondage dont voilà le résultat définitif (sur quinze personnes qui ont répondu)
pour les couples qui, je le rappelle, ne seront pas traités dans cette fiction mais dans la suite
- Severus/Sirius, 6 pour dont 1 par MP
- Severus/OC, 5
- Sirius/OC, 5
- Peter/OC (femme), 6
- Remus/OC (femme), 6
- Remus/Lucius, 4
- Remus/Severus, 1
pour savoir si Severus et Sirius vont vivre ensemble ou non pour éduquer les jumeaux (dans le chapitre 14) :
- ensemble, 8
- pas ensemble, sauf pendant l'été, 3
J'espère (et je croise les doigts) n'avoir oublié personne dans mes résultats et que ceux et celles qui ont répondu se retrouveront.
D'après les résultats, et conformément à ce que je pensais avant de faire ce sondage, plus jamais je n'en ferai ! C'est trop compliqué, une fois j'ai un résultat, une autre fois, j'en ai un autre. Voilà, c'est dit.
Plus sérieusement, après dépouillement, ça va être à moi de trancher car comme vous pouvez le voir, il y a des résultats, ben c'est kif-kif bourriquo :
j'annonce que ce sera un Severus/Sirius (pour les mécontents, allez vous en prendre à ceux qui ont dit que c'était à moi de voir) et un Remus/OC (là encore, allez vous en prendre à ceux qui ont dit que c'était à moi de voir). Et que pour le bien des jumeaux, ils vivront (Severus et Sirius) ensemble. Ce résultat sera pris en compte dans le chapitre 14, pas avant.
