Beta : Grealyl

Note : Pour les reviews anonymes, je tiens à remercier adenoide (navrée d'avoir écorché ton pseudo dans le chapitre précédent). Je tiens aussi à remercier tous ceux qui m'ont lu, laissé un message, mis en alerte, en favori,... J'espère avoir répondu à tout le monde.

Ce chapitre répondra, j'espère, à toutes vos questions. J'ai volontairement énoncé ce qu'avait subi Harry plutôt qu'en faire la description parce que, entre le penser et l'écrire, il y a un pas que je suis pas prête à franchir.


Chapitre 12

Harry sentit sa tension augmenter. Il n'était pas rassuré et plus les secondes s'égrenaient, moins il se sentait bien. Il avait envie de partir.

- Amélia Bones présidera la séance en sa qualité de présidente-adjointe du Magenmagot, annonça un petit homme chauve à la voix aiguë. Messieurs Alistair Fraudster et Marcus Applylaw interviendront en temps qu'avocat de la défense et avocat de la partie civile. Greffier, Orphée Writespeed. La séance peut commencer.

Et il s'assit juste à côté de la présidente-adjointe qui se racla la gorge.

- Audience en vue du jugement de Lord Balthazar Daemon Donewood, le 27 janvier. Les charges pesant à son encontre sont meurtre avec préméditation sur deux Aurors, enlèvement, séquestration, coups, blessures et acte de barbarie sur la personne de Harry James Potter. Nous entendrons Lord Donewood pour sa défense, Monsieur Henry Charlus Potter et le professeur Severus Tobias Rogue, pour leurs témoignages, Madame Poppy Pomfresh et enfin les médicomages Thomas Treat, Andrew Apleaster et Sam Surgeon, pour leurs compétences médicomagiques. Tous seront entendus sous Véritaserum.

Harry chercha les médicomages et l'infirmière et les vit installés derrière lui. Il allait leur faire un signe mais Sirius lui fit signe de se retourner.

Applylaw se leva de sa place et s'approcha du prisonnier. Deux Aurors vinrent à leur tour, armés de leur baguette et d'une fiole remplie d'un liquide transparent. Ils forcèrent Donewood à ouvrir la bouche et ils versèrent trois gouttes du contenu de la fiole sur la langue. Ils attendirent quelques secondes.

- Déclinez vos noms, prénoms, date de naissance, titres, profession, état marital, exigea la présidente.

- Donewood, Balthazar Daemon, répondit l'homme d'une voix atone comme s'il récitait une leçon. Né le 11 décembre 1943, chef de famille de la maison Donewood, consultant auprès du ministre, veuf.

- Bien. Maître, vous pouvez y aller.

- Merci Madame la Présidente. Lord Donewood, le samedi 21 décembre, nous avons trouvé à votre domicile, la présence de Harry James Potter. Pouvez-vous nous dire ce qu'il faisait là-bas ?

Donewood grimaça. Il était flagrant qu'il refusait tout bonnement de répondre à la question ou de biaiser. Mais il savait parfaitement que la potion l'obligerait à dire ce qu'il refusait d'avouer. Et faire attendre la présidente n'était pas une bonne idée.

- Répondez, Lord Donewood, exigea-t-elle.

- Je... Il remplaçait mon fils.

- Pouvez-vous expliquer ce que vous voulez dire par là ? demanda l'avocat.

- Orion est mort de la dragoncelle le 2 octobre 1981. Ma femme dépérissait depuis qu'il était malade et quand il est mort, elle a été anéantie. Je ne voulais pas la perdre. Elle voulait son fils. Je gérais les comptes du Seigneur des Ténèbres et...

À cet aveu, le public se mit à murmurer avec frénésie et les journalistes notèrent furieusement les propos de l'accusé. Bones réclama le silence et enjoignit Donewood à continuer.

- J'étais donc au courant de ses actions. Quand il a été défait par le jeune Londubat, les Mangemorts ont décidé de se venger et ils se sont attaqués à des amis des Londubat, des Aurors. Sur place, il y avait les deux parents et un enfant...

- Un seul enfant ? releva Applylaw.

- Un seul enfant. Un garçon. Il pleurait dans son lit quand je l'ai trouvé. Bellatrix Lestrange voulait le tuer. J'ai pensé à ma femme. Et je l'ai pris avec moi. Le laisser là bas l'aurait condamné à mort.

Et tous savaient qu'il disait la vérité. Bellatrix Lestrange, née Black, était une sorcière condamnée à vie à Azkaban pour les meurtres des Potter. Elle était réputée pour sa sauvagerie dans ses meurtres et si elle s'en était prise à l'enfant, nul doute qu'on aurait retrouvé un amas de chairs sanguinolentes.

- Ce que vous avez fait est louable mais ça n'explique pas le fait que les Aurors aient retrouvé l'enfant dans les sous-sols de votre manoir, roué de coups, en mauvaise santé et sous les traits d'Orion.

- J'ai jeté au gamin un sort qui lui donnerait l'apparence de mon fils et je l'ai donné à ma femme. Elle est morte deux mois plus tard.

Severus ferma les yeux. Ça correspondait au moment où les marques avaient commencé à apparaître sur Henry. Donewood continuait son récit de la même voix monocorde.

- Quand j'ai vu que le gamin n'avait pas empêché ma femme de mourir, je me suis vengé sur lui.

- Quand vous dites, que vous vous êtes vengé, vous voulez dire... physiquement ?

- Oui.

Tout le monde se figea, choqué par l'horreur de la situation que chacun pouvait imaginer. Mais également par la voix rendue neutre par la potion, ce qui rendait le récit encore plus abominable.

- Lorsque l'enfant a grandi, vous avez continué ? Et jamais personne n'est intervenu ? Pour le soigner.

- Lotty s'en chargeait. Elle le soignait.

- Qui est Lotty ?

- L'elfe de maison.

- Ensuite ? Que s'est-il passé ?

- Le gamin est parti à Poudlard.

- Comment est-ce possible ?

- Les lettres. Il a reçu des lettres. Au début, je les ai ignorées, je me disais que si je ne répondais pas, elles s'arrêteraient. Mais elles ont continué. Chaque jour, il en venaient de plus en plus. À la fin, j'ai cédé et j'ai envoyé le gamin à Poudlard.

- Quels noms étaient sur les enveloppes ?

- Orion Donewood.

Pour le public, ça n'avait aucun sens. Si Orion était décédé, jamais son nom n'aurait dû se retrouver sur l'enveloppe, mais celui de Harry Potter.

- Lord Donewood, avez-vous déclaré la mort de votre fils ?

- Non.

L'avocat se tourna vers l'auditoire et plus particulièrement vers le directeur de Poudlard qui était plus au fait que la majorité des sorciers, sur ce point-là et ça concernait Poudlard.

- Professeur Dumbledore, étant le directeur du collège Poudlard, pouvez-vous nous expliquer ce phénomène ?

- Mais bien entendu, fit le directeur en se levant afin que tout le monde puisse le voir – ce n'était pas utile, il avait pris soin de revêtir une robe d'un superbe rose, parsemée ça et là de multiples étoiles vertes. Les lettres envoyées aux élèves et futurs élèves sont actualisées grâce à la Trace que portent tous les enfants sorciers mais également grâce aux actes de naissance et de mort au ministère.

- J'en déduis donc que si un enfant n'est pas déclaré, que ce soit à la naissance ou à la mort, il ne recevra pas de lettre ou en recevra encore s'il est décédé et non déclaré, avança Applylaw.

- C'est exact.

- Donc, la disparition de Harry Potter et l'annonce de sa mort ont engendrés une modification de l'acte de naissance.

- Tout à fait.

L'avocat s'accorda un instant de réflexion.

- Mais la Trace n'est-elle pas unique à chaque sorcier ? Comment se fait-il que la lettre destinée à Orion arrive au manoir alors qu'il s'agit de Monsieur Potter ?

- Il se peut, et je pense que mon raisonnement tient la route, que le sort de Lord Donewood sur Harry a perturbé la Trace et que celle-ci se soit légèrement modifiée, pas assez pour duper le ministère. Quant à la lettre, elles sont toutes gérées magiquement. Minerva... pardon, le professeur McGonagall se contente d'y apposer sa signature. Comme je vous l'ai dit, les lettres sont actualisée grâce aux actes, nous n'allons pas vérifier avec exactitude la véracité des faits. Si les actes sont faux, nous n'y pouvons rien. Malheureusement.

- Merci professeur Dumbledore.

Le vieil homme inclina à peine la tête, et se rassit, non sans sourire. L'avocat se tourna de nouveau vers Donewood toujours sous l'effet du Véritaserum.

- Que s'est-il passé lorsque Orion est rentré de Poudlard ?

- Je l'ai battu.

- Pour quelle raison ?

- Dumbledore m'avait fait parvenir une lettre m'expliquant que cet abruti ne pouvait pas revenir au deuxième trimestre car il n'avait pas les connaissances suffisantes. Il n'avait pas la base.

- Vous ne vouliez pas l'y envoyer et lorsqu'on vous déclare qu'il ne peut y retourner, vous le frappez.

- Il... Il a été placé chez les Gryffondor. C'était une insulte pour moi, pour le souvenir de mon fils et celui de ma femme. Alors je lui ai montré.

- Comment lui avez-vous montré ?

- Je l'ai marqué du blason des Donewood.

Certains membres de l'assemblée furent scandalisés. Ils le firent entendre haut et fort mais la présidente réclama le silence.

- Saviez-vous que Orion... Devrais-je dire Harry... avait un frère jumeau ?

- Non, pas avant que les Aurors ne débarquent chez moi et ne m'arrêtent.

- Saviez-vous au moins à qui était cet enfant que vous avez enlevé ?

- Non.

- Pourtant, les journaux ont relayé l'information.

- Je ne lisais pas les journaux. Je ne voulais pas que ma femme tombe dessus et découvre que l'enfant qu'elle tenait n'était pas son fils. Elle ne se souvenait plus qu'il était mort.

- Je vous remercie. Je n'ai plus de questions Madame la Présidente.

- Monsieur Fraudster ? demanda Bones.

- Non, Madame la Présidente. Je n'ai pas de questions.

- Veuillez donner à l'accusé l'antidote.

Aussitôt, on versa l'antidote sur la langue de Donewood. Fraudster se leva à son tour et prit la parole.

- Madame la Présidente, je souhaite entendre la version de Monsieur Henry Potter. Monsieur Potter, fit-il en s'approchant de l'enfant à qui on venait de faire avaler les trois gouttes de Véritasérum, déclinez vos nom, prénoms et date de naissance s'il vous plaît.

- Potter, Henry Charlus, né le 31 juillet 1980, récita l'enfant d'une voix atone.

- Bien. Est-ce vrai que vous avez ressenti tout ce que votre frère ressentait ?

- Oui, répondit Henry.

- Et il vous a fallu dix ans pour découvrir qu'il s'agissait de votre frère ?

- Oui.

- Pas un seul instant, vous n'avez pensé que Harry pouvait être en vie ?

- J'espérais...

- Mais vous n'avez fait aucune recherche le coupa Fraudster.

Severus se retint de bondir sur l'avocat, tout comme Sirius. À entendre Fraudster, Henry était coupable de quelque chose. L'enfant n'avait que onze ans !

- Non, répondit Henry.

- J'avoue ne pas comprendre, Monsieur Potter. Vous avez un frère jumeau que vous espériez revoir un jour, en vie et pas une fois, vous vous n'êtes penché sur le lien gémellaire !

- Je ne savais pas qu'il existait.

Henry se sentait misérable. Il avait envie de pleurer, les larmes roulaient librement le long de ses joues. Sa voix n'était pas touchée, il parlait comme s'il ne ressentait rien.

- Vous avez un jumeau, Monsieur Potter, pointa Fraudster fortement. Une naissance gémellaire est très rare dans le monde sorcier. Savez-vous combien de jumeaux naissent chaque année ? !

- Non.

- La dernière remonte au 25 septembre 1987 ! Celle d'avant, 31 juillet 1980 ! Ce sont des faits suffisamment rares pour qu'on s'y intéresse. N'importe qui se serait penché sur la question et...

Severus, inquiet, lança un regard de supplique à Bones pour qu'elle intervienne sinon, il le ferait lui-même.

- Monsieur Fraudster, claqua la présidente-adjointe, n'oubliez pas qu'il s'agit d'un enfant de onze ans, que tous les adultes qui se sont penchés sur la question n'ont pas davantage trouvé de réponses. Nous sommes là pour juger Lord Donewood et non un enfant !

-Veuillez me pardonner Madame la Présidente. Monsieur Potter, que se passe-t-il lorsque le lien entre vous et votre frère agit ? Que ressentez-vous ?

- J'ai mal.

- Pouvez-vous nous décrire plus précisément ?

-Je... j'ai des frissons partout, les oreilles qui bourdonnent et j'ai du mal à respirer. Et après, j'ai mal mais ça dépend des fois.

-C'est à dire ? Dites ce que vous ressentez.

-J'avais mal au dos assez souvent. Comme si quelque chose ouvrait ma peau encore et encore. Comme une coupure. Je me suis aussi cassé les bras, les jambes sans bouger. Pour le reste, je ne m'en souviens pas. En général, je me réveille à l'infirmerie ou à Sainte Mangouste.

- Pouvez-vous nous dire combien de fois ça vous est arrivé, ces douleurs ?

- Beaucoup.

- C'est à dire ?

- Une fois par jour, à peu près. Le soir surtout ou pendant la nuit.

- Et le premier jour des vacances, vous rappelez-vous comment vous vous sentiez ?

- Je ne me sentais pas bien. J'avais peur. Je sais que je suis resté dans un coin, à attendre et que plus le temps passait, plus j'avais peur. Et puis, ça a commencé. Les frissons, les oreilles et les difficultés à respirer. Après, je crois que j'ai hurlé. Ça faisait tellement mal. Partout. Ça me brûlait.

- Est-ce que quelqu'un vous a dit ce qui vous arrivait ?

- Oui. Oncle Severus m'avait expliqué que c'était Harry qui avait besoin d'aide. Que c'était pour ça que je souffrais aussi.

- La peur, elle venait de qui ?

- Je ne sais pas.

Henry était déstabilisé par les questions posées à la suite sans rapport, pour lui, les unes avec les autres. Il se laissait porter par la potion et ne réfléchissait pas à ses réponses.

- Je n'ai plus de questions, Madame la Présidente, fit Fraudster.

- Monsieur Applylaw ?

- Aucune question à poser à Monsieur Potter, Madame la Présidente.

Les Aurors donnèrent à Henry l'antidote.

Ce fut au tour de Severus de témoigner. Comme à Henry et Donewood, on lui administra du Véritaserum et Fraudster posa les questions d'usage afin de vérifier que le témoin ne mentait pas avant d'entrer dans le vif du sujet.

- Qui êtes vous par rapport à Monsieur Harry Potter ?

- Le parrain de son frère jumeau.

- Vous êtes donc le parrain de Henry Potter. Étrange pour un ancien Mangemort.

-Monsieur Fraudster, claqua une nouvelle fois la voix de Bones, il suffit ! Le professeur Rogue était un espion au service de Dumbledore et ce, depuis le début.

Fraudster s'excusa vaguement avant de se tourner de nouveau vers Severus qui bouillonnait intérieurement. Il avait suffisamment prouvé son allégeance à Dumbledore, la guerre était finie depuis une dizaine d'années, il avait été jugé non coupable et on l'accusait encore d'être un Mangemort. Que devait-il faire de plus ?

- Pouvez-vous raconter ce qu'il s'est passé après la mort de ses parents ? Et pourquoi Henry n'était-il pas avec son frère le soir de la mort des Potter ?

- Harry avait la dragoncelle. Pas Henry. Pour éviter la contagion, Lily et James me l'ont confié jusqu'à ce que son frère se rétablisse. Quand ses parents sont morts, les Aurors sont venus m'arrêter parce que j'avais servi Voldemort. J'ai été jugé et relâché. La garde de Henry me revenait, j'étais son parrain. Je l'ai éduqué.

- Sait-il qui il est ?

- Oui. Je n'ai jamais chercher à lui cacher qui étaient ses parents.

- Il est de notoriété publique que vous haïssiez James Potter. Pourquoi vous avoir choisi comme parrain de son fils ?

- Fraudster ! intervint la présidente. En quoi savoir les raisons du choix de James Potter concernant le parrain de son fils sont-elles importantes pour cette enquête ?

- Veuillez me pardonner.

- Dernier avertissement Fraudster. Continuez.

- Après votre libération, vous avez obtenu la garde de Henry. Et après ?

- J'ai obtenu un poste de professeur au collège Poudlard, sous la direction du professeur Dumbledore.

- Et comment vous occupiez-vous de Henry ?

- Lorsque je donnais mes cours, Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow s'en occupaient à tour de rôle. Le professeur Dumbledore a fait attention à aménager nos emplois du temps afin que l'un de nous autre soit toujours libre pour Henry. Mais quand il a commencé à grandir et qu'il a fallu l'emmener à l'école, Molly Weasley s'est proposée de lui donner des cours avec ses propres enfants. Et le soir, il revenait à Poudlard.

- Qualifieriez-vous de fréquentes les nuits qu'il passait à l'infirmerie ?

- Oui.

- Combien, environ ?

- Trois à quatre fois par semaine. Depuis qu'il a dix-sept mois.

- Et à Sainte Mangouste ?

- Deux à trois fois par an.

- Je n'ai plus de questions.

Par la suite, les médicomages et Madame Pomfresh se succédèrent et dirent tous la même chose : ils avaient tous vu les marques apparaître sur le corps de Henry et jamais ces actes ne mirent en cause Severus.

Vers midi, la présidente-adjointe accorda à tous une pause pour le repas. Les jumeaux se sentaient vidés et n'aspiraient qu'à se reposer. Madame Bones les retrouva alors qu'ils sortaient de la salle d'audience, avec leur avocat, Dumbledore, Sirius et Severus, sous bonne escorte des Aurors.

- Messieurs, je pense que la présence des garçons cette après midi n'est pas utile. Les avocats ont terminé leur office. Je pense, Albus, que vous pouvez ramener vos élèves à Poudlard.

- C'est bien mon avis. Avez-vous encore besoin de mon infirmière ?

- Je ne crois pas.

Moins de quinze minutes plus tard, Harry et Henry se retrouvèrent à Poudlard, à l'infirmerie, sous l'œil acéré de Poppy qui les obligea à se changer et s'allonger dans un des lits. Le procès avait totalement épuisé ses patients et elle estimait que le lien gémellaire avait été mis à mal par toutes ces questions et ce stress. Elle tendit aux jumeaux une Potion de Sommeil et les borda dès qu'ils s'endormirent.

Le procès reprit vers treize heures. Donewood retrouva sa place sur la chaise, fermement enchaîné. Madame Bones prit la parole, réclamant le silence tout d'abord et puis, expliquant ce qui allait suivre. Les avocats restèrent assis sur un petit banc installé au pied de la chaire de la présidente-adjointe.

- Les témoignages sont terminés. Nous allons passer aux preuves. Greffier veuillez apporter la Pensine.

L'homme s'exécuta prestement. Il plaça la Pensine au milieu de la salle. Bones s'approcha à son tour et prit de la poche intérieure de sa robe la sacoche remplie de fioles contenant les souvenirs de Harry. Elle tira sa baguette et lança un sort sur la Pensine afin de permettre aux souvenirs d'être vus par tout le monde. Le greffier examina avec attention les preuves encore scellées.

- Ces preuves, expliqua Bones, viennent directement de Harry Potter qui a été soumis à un Serment Inviolable. Il nous a cependant autorisé à fouiller sa mémoire afin de visionner certains souvenirs.

Pendant quatre heures, les membres du Magenmagot et les autres purent voir, avec horreur pour certains, les souvenirs de Harry dont le plus ancien devait dater d'il y a sept ans, avant il ne s'agissait que de flashs puisque la mémoire de l'enfant n'était pas totalement opérationnelle avant ses quatre ans. Dans chacun d'eux, on pouvait voir Balthazar Donewood lui-même administrer les corrections toutes plus atroces les unes que les autres : coups de ceinture, coups de poings, de pieds, des heures, parfois plusieurs jours enfermé dans un petit placard sombre sans possibilité de sortir pour soulager ses besoins de base, les privations de nourriture, les corvées épuisantes pour un enfant et enfin, le Serment Inviolable. Ce fut sans doute ce dernier élément qui choqua le plus l'assemblée. Puis des photographies du dos des jumeaux prises à Sainte Mangouste circulèrent entre les robes prune.

Quand tout fut terminé, il était dix-huit heures. Bones se leva de sa chaire. C'était l'heure de rendre un verdict.

- Membres du Magenmagot, que ceux qui sont en faveur de la condamnation au baiser du Détraqueur de Lord Balthazar Donewood lèvent la main.

Une majorité, pour ne pas dire l'unanimité des mains des membres se leva. Y compris ceux qui avaient été grassement payés par l'accusé – restait encore à savoir où il avait bien pu se procurer l'argent.

- Que ceux en faveur de la libération de Lord Donewood lèvent la main.

Aucune main ne se leva. Dès lord, quatre Aurors libérèrent l'accusé et le traînèrent hors de la salle d'audience sans tenir compte de ses vociférations et de ses menaces de mort à l'encontre de Harry Potter et de toutes les personnes qui venaient de l'accuser.

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Severus se sentait épuisé en sortant de la salle d'audience. Il remarqua à peine les journalistes qui se pressaient autour de lui afin de recueillir ses impressions sur la sentence. Sirius était à ses côtés et Dumbledore les suivait. Aucun ne répondit, pressé de rentrer se reposer ou s'immerger dans une baignoire brûlante pour l'un ou boire une Potion Calmante pour l'autre ou se vautrer dans son fauteuil et dévorer son paquet de bonbons au citron qui venait tout droit de l'expéditeur pour le troisième. Mais ils savaient qu'ils ne pourraient que rêver. Le repas allait commencer à Poudlard et leur présence était obligatoire. Et Severus devait mettre les jumeaux au courant de la décision de sa bouche et non par les journaux qui n'allaient pas manquer de raconter en détails le procès et la sentence.

Ils transplanèrent et se retrouvèrent devant les grilles de Poudlard. Rien que l'idée de marcher les fatiguait tous les trois. Ils avaient tous assisté à des procès bien plus durs que celui-là et pas une fois, ils ne s'étaient sentis comme ça. Peut-être parce que cette fois, le procès faisait intervenir des gens proches d'eux et que les souvenirs visionnés mettaient scène Harry. Severus en frissonnait encore quand il repensait à ce qu'il avait vu. Il se jura de mettre ces souvenirs en flacons pour faire le point. Pas étonnant que Harry ait voulu les laisser dans une Pensine et fasse des cauchemars encore aujourd'hui, plus encore depuis qu'il avait récupéré ses souvenirs.

Ils parvinrent enfin devant les grandes portes du château. Le brouhaha de la Grande Salle leur arriva une fois les portes franchies. Tous les élèves ou presque devaient être présents.

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Les jumeaux étaient plus nerveux qu'excités. Ils n'avaient aucune idée de l'issue du procès mais ils espéraient tous les deux que tout se finisse bien. Madame Pomfresh avait tenu à les garder à l'infirmerie toute l'après-midi afin d'avoir un œil sur eux. Ni l'un ni l'autre n'avait pu fuir, à leur grand regret. Ils avaient eu l'autorisation de sortir il y a quelque minutes seulement pour se rendre dans la Grande Salle. Là, ils avaient retrouvé Ron et Neville qui leur avaient demandé des nouvelles. Hermione leur avait donné un double de ses notes et les devoirs à faire. Henry avait eu l'air démoralisé en voyant tout ce qu'il avait à rattraper – et il n'avait manqué que la journée.

Henry jeta un regard vers la table des professeurs. Severus, Sirius et Dumbledore manquaient encore.

À ce moment là, les trois adultes entrèrent par la petite porte située derrière leur table. Rares furent les élèves à les voir, les autres étaient tellement plongés dans leur conversation et dans leur assiette pleine pour les remarquer.

Les jumeaux, en revanche, ne les lâchèrent pas un seul instant des yeux, espérant une réponse à leur question muette : quelle était l'issue ? Henry se mordait les lèvres et Harry serrait les mains tellement fort que ses jointures étaient livides. Ils étaient anxieux et l'air épuisé qu'arborait leur parrain n'était pas pour les rassurer.

Durant tout le repas, dont ils en passèrent la moitié à fixer Severus et Sirius et l'autre à picorer, ils n'eurent aucune réponse. Pas même un regard. Harry avait l'impression que son estomac s'était alourdi et qu'au lieu de manger des pommes de terre, il avalait des cailloux. Chaque bouchée était plus dure encore que la précédente et avaler relevait de l'impossible. Il avait à peine entamé son assiette qu'il se déclara vaincu. Il reposa sa fourchette sur le bord de son assiette et ne toucha plus à rien. L'absence de réponse ne pouvait signifier qu'une chose, ils avaient perdu sinon l'un des deux professeurs aurait fait un signe. Une grosse boule lui obstrua soudain la gorge et les larmes montèrent.

Sans se concerter, les jumeaux sortirent de table pour se rendre dans leur salle commune. Ils montèrent ensuite dans leur dortoir et se changèrent pour la nuit. Aucun des deux n'avait la moindre envie de parler. Ils se couchèrent donc en silence.

Ils entendirent à peine la porte du dortoir s'ouvrir quelques minutes plus tard. Ils sursautèrent quand les rideaux de leur lit furent tirés brutalement. La lumière de la pièce les agressa et Harry se cacha sous son oreiller afin de se protéger de l'éclairage trop vif. Henry, lui, se frotta les yeux et attrapa ses lunettes – inutiles tant qu'il ne serait pas habitué – pour les mettre sur son nez. Une silhouette se découpait devant lui, sombre, presque effrayante. Quand il put voir normalement, il se rendit compte qu'il s'agissait de Severus.

À cette constatation, son cœur fit un bond et il eut envie de rire. Son parrain lui avait affirmé que jamais il ne mettrait les pieds dans le dortoir des Gryffondor et le voilà dans ce même dortoir.

Severus s'installa au pied du lit, évitant de fixer les tentures rouges – la traversée de la salle commune sans avoir la migraine avait relevé de l'exploit – et attendit que les jumeaux se décident à lui demander ce qu'il faisait là. Il n'eut pas à patienter trop longtemps, Henry lui posa la question et il leur avoua l'issue du procès. Aussitôt Harry sortit la tête de sous son oreiller – à se demander comment il pouvait encore respirer – et fondit sur lui.

Le professeur se retint de rire en rattrapant l'enfant pour le serrer contre lui, et se dit qu'heureusement que rien n'avait été dit dans la Grande Salle car nul doute que Harry lui aurait sauté dans les bras et là, la réputation du professeur sévère et glacial en aurait pâti. Quoique, là, elle devait déjà en avoir pris un coup puisqu'il se trouvait dans l'antre des Lions, lui qui s'était juré de ne jamais y aller. Henry devait bien se gausser. La preuve, son filleul avait un sourire qui, si c'était possible, aurait fait trois fois le tour de son visage.

Si Henry se retenait de pouffer, d'autres n'eurent pas cette délicatesse. Dans son dos, les garçons de Première Année de Gryffondor se gondolaient littéralement. Severus tenta son regard noir sur eux mais il fut considérablement amoindri par Harry qui refusait tout bonnement de le lâcher. Le professeur se jura de faire perdre au moins cent points à l'entièreté de la maison des Rouge-et-Or dès le lendemain, toutes années confondues.

Harry accepta de mauvaise grâce de s'écarter du giron de son tuteur et de se recoucher. À croire qu'il dormait déjà et qu'il était somnambule car dès que sa tête toucha l'oreiller, il s'endormit. Severus ébouriffa les cheveux désordonnés de Henry et referma les rideaux. D'un simple coup d'œil, il fit taire les ricanements et envoya les garnements se coucher. Les quatre garçons se plièrent à l'ordre muet immédiatement.

Dans l'intimité du lit à baldaquin, Henry se rallongea et sentit presque aussitôt, Harry venir se serrer contre lui afin de profiter de sa chaleur. Lui-même se colla à son frère et s'endormit.

Il se réveilla à peine quand Harry lui mit des coups de pieds dans son sommeil et gémissait. Il se contenta d'enlacer son frère dans ses bras. L'enfant se calma immédiatement.

Dès le lendemain matin, au petit-déjeuner, tous les élèves de Poudlard eurent vent de l'issue du procès Donewood relatée dans tous les journaux. Ron, Neville et Hermione gratifièrent les jumeaux d'un sourire pour les féliciter.

Severus regarda la table des Gryffondor et se replongea dans la lecture du journal. Il en était au milieu de l'article lorsque Dumbledore se mit à lui parler. Il s'en rendit compte après plusieurs secondes de retard et releva les yeux.

- Vous disiez ?

- Que nous devrions envisager la perspective de récompenser Messieurs Weasley et Londubat.

- À quel propos ?

Dumbledore sourit malicieusement et Severus ne mit guère plus de deux secondes pour voir où le directeur voulait en venir, c'était grâce aux deux enfants que Harry avait été retrouvé. Là, le professeur se sentit coincé. Récompenser les garçons signifiait récompenser Gryffondor mais en temps que directeur de Serpentard, Severus ne pouvait l'admettre surtout que sa maison avait subi une perte de points considérables et qu'ils se retrouvaient maintenant en dernière position pour le classement de la coupe des Quatre Maisons. Pour sûr, si Dumbledore donnait des points aux Lions, ceux-ci se retrouveraient en tête.

- Ça n'est pas un peu tard ? Ça fait plus d'un mois que Harry a été retrouvé.

- J'avoue avoir oublié entre les vacances et le procès, fit Dumbledore avec un petit sourire tellement exaspérant que Severus voulut le lui faire ravaler. Minerva, qu'en dites-vous ?

- C'est une excellente idée.

Faites confiance à Minerva McGonagall pour écouter toutes les conversations. Bien sûr que c'était une bonne idée, Pour la première fois depuis des années, Gryffondor avait une chance de remporter la coupe, la directrice des Lions devait jubiler. Severus râla intérieurement.

- Je pense qu'accorder vingt points à Monsieur Londubat pour sa clairvoyance serait bien. J'ajoute cinquante points à Monsieur Weasley pour ses recherches et ses connaissances, ce qui nous a permis de sauver Harry.

Là, Severus eut un doute. Certes, il était reconnaissant envers Ron pour lui avoir ouvert les yeux en lui démontrant que Harry était vivant mais ils auraient sûrement trouvé l'enfant rien qu'en regardant le dos de Henry, lui aussi marqué par le blason des Donewood. Et non, Severus n'était pas de mauvaise foi. Il était réaliste.

- Trente points à Messieurs Thomas et Finnigan, pour leur rapidité d'intervention, continua Dumbedore.

Severus ne pouvait nier que les trente points étaient justifiés, quoiqu'un peu excessifs à son goût – si ça ne tenait qu'à lui, il aurait accordé un point à chacun. Si Seamus était entré un peu plus tard dans la salle d'eau ou n'avait pas réagi comme il l'avait fait, les jumeaux seraient dans un état critique. Le professeur calcula rapidement et fit le total. Cent points tout rond. Il se jura que d'ici ce soir, les Gryffondor auraient perdu leurs cent points accordés et d'ores et déjà comptabilisés. Après tout, il avait une réputation à tenir.

Il écouta d'une oreille distraite le tintement de la cuillère du professeur de Métamorphose sur le verre, incitant les élèves au silence. Dumbledore se leva de sa chaise, signe qu'il allait faire un discours et tous les regards se braquèrent sur lui.

- Mesdemoiselles et messieurs, vous avez tous reçu et lu pour la grande majorité d'entre vous, le journal. La plupart d'entre vous connaissent les Potter, aussi je vous prierai de ne pas les interroger sur le procès, ni de les importuner sur ce sujet.

Et il se rassit. Severus soupira. Demander de ne pas faire quelque chose allait provoquer l'effet inverse. Tout le monde allait se ruer sur les jumeaux afin d'avoir des détails. Le professeur se demanda soudain si Harry, après la « mort » de Donewood allait maintenant parler. Le Serment Inviolable, comme la plupart des sorts, ne cessait qu'après la mort du lanceur. Mais ne plus avoir d'âme ne revenait pas à mourir. Le corps, même sans âme, continuait si on lui apportait le minimum vital : boire, manger et dormir, éventuellement.

Severus devait absolument parler avec Harry afin de le mettre au courant, et ce avant que l'enfant ne fasse une bêtise.

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Chose promise, chose due. La centaine de points attribués aux Gryffondor fondit comme neige au soleil. Severus se fit un malin plaisir à ôter toujours plus de points à la maison des Lions, pendant et en-dehors des cours. Les élèves, fous de joie en découvrant qu'ils étaient en tête le matin-même, avaient rapidement perdu leur sourire au déjeuner quand ils virent qu'ils venaient de perdre pas moins de cinquante points en moins de quatre heures et que ces points ne furent pas récupérés. Et le soir, lorsqu'ils repassèrent devant les quatre gigantesques sabliers qui comptabilisaient les points des différentes maisons, ils virent qu'ils en étaient revenus au point de départ.

Ce fut donc un Severus d'une étrange bonne humeur qui fit parvenir une note aux jumeaux, les priant de le rejoindre dans son bureau pour vingt heures.

Les deux garçons étaient pile à l'heure lorsqu'ils frappèrent contre la lourde porte de bois de ses appartements.

- Tu voulais nous voir ? demanda Henry une fois entré.

- Asseyez-vous. Hier, je n'ai pas eu l'occasion de vous parler du procès et de la sentence.

- Mais...

- Henry, s'il te plaît, ne m'interromps pas. Je suis d'accord, vous avez lu le journal. Mais savez-vous ce qu'est un Détraqueur ? Non, fit-il en voyant les deux enfants secouer la tête. Les Détraqueurs comptent parmi les plus répugnantes créatures qu'on puisse trouver à la surface de la terre. Un Détraqueur se nourrit des autres, des souvenirs heureux, jusqu'à les réduire à quelque chose qui lui ressemble – des êtres maléfiques, dépourvus d'âme. Celui qui subit son pouvoir ne garde plus en mémoire que les pires moments de sa vie. Ce sont les gardes de la prison d'Azkaban et croyez-moi, c'est ce qui se rapproche le plus de l'enfer.

Severus se tut, laissant à ses protégés le temps de digérer ses paroles. Rien qu'à penser à ces créatures, il en frissonnait. Il en avait rencontré à quelques reprises, et à chaque fois, son sang s'était glacé dans ses veines. Il avait eu l'impression qu'il ne pourrait plus jamais rire. Il savait que certains prisonniers d'Azkaban étaient devenus fous.

- Le Détraqueur, reprit-il, en plus d'aspirer tous les souvenirs heureux de sa victime, peut se repaître de son âme. Je vous passe les détails, sachez juste qu'on appelle ça le Baiser du Détraqueur et que c'est un spectacle que je déconseille à quiconque de regarder. Toujours est-il que la victime, une fois embrassée, devient une coquille vide. À l'heure qu'il est, Donewood est encore en vie mais son âme n'est plus.

- Ça veut dire quoi ? voulut savoir Harry.

- Que le Serment Inviolable que tu as prononcé est encore valable.

- Je ne comprends pas.

- Un sort prend fin à la mort de son lanceur. Donewood est en vie et tant qu'il le sera, tu seras sous le joug du Serment.

Harry sembla comprendre la portée des paroles de Severus. Mais étrangement, il sembla l'accepter.


À suivre


la définition du Détraqueur n'est pas de moi, je l'ai tirée en parti du site de l'encyclopédie HP, là où je tire beaucoup d'informations que vous avez pu trouver au fil des chapitres précédents.