Beta : Grealyl
Note : Pour les reviews anonymes, je tiens à remercier adenoide et asticot. Je tiens aussi à remercier tous ceux qui m'ont lu, laissé un message, mis en alerte, en favori,... J'espère avoir répondu à tout le monde.
On s'approche de la fin, encore deux chapitres, trois en comptant celui-ci.
Chapitre 13
Ron, comme Henry et dans une moindre mesure Neville, était un féru de Quidditch. Aussi, lorsqu'il apprit par un heureux – ou malheureux, c'est selon le point de vue – hasard que Harry ne connaissait strictement rien au Quidditch, à part quelques règles basiques, l'enfant n'avait pu s'empêcher de vitupérer contre son meilleur ami qui avait omis d'expliquer à son frère le plus beau sport du monde. Mais le pire fut sans doute quand Harry lui avoua, rouge écrevisse, qu'il n'avait jamais vu un match de sa vie. Le jeune Weasley crut avoir une attaque.
- Le prochain match est la semaine prochaine, fit-il implacable. On ira et je t'expliquerai tout. C'est vraiment une honte que tu ne saches rien.
Harry rougit, persuadé qu'il était coupable de quelque chose, mais la main de Ron posée sur son épaule le rassura un peu, tout comme ses paroles.
- Je ne te blâme pas Harry, c'est ton abruti de frère qui n'a pas été fichu de t'apprendre la base. Henry Potter, tu devrais culpabiliser !
Au lieu de ça, Henry rigolait avec Neville. Ils étaient littéralement en train de se rouler par terre, pliés en deux devant l'air moralisateur de Ron et celui perdu de Harry, qui ne comprenait plus ce qu'il se passait.
Les tensions du procès s'étaient estompées peu à peu et un mois était passé depuis la condamnation. Harry allait de mieux en mieux maintenant qu'il savait que Donewood ne pourrait jamais venir le récupérer. Les cauchemars étaient toujours là mais la présence de Henry les faisait disparaître. Les cours se passaient bien et les professeurs, satisfaits de ses progrès, le laissaient parfois suivre les cours des Premières Années. Mais le passé n'était jamais loin et Harry avait tendance à replonger dans ce qu'il connaissait, à savoir se replier sur lui-même, quand un événement inconnu survenait. C'était arrivé de nombreuses fois mais à chacune d'entre elles, Henry était là.
Henry était toujours là pour son frère mais entre eux, les choses commençaient à changer. Doucement presque imperceptiblement mais elles changeaient bel et bien. Ils se comportaient davantage comme des frères jumeaux, comme Fred et George Weasley, les blagues en moins.
Le samedi suivant, à dix heures, tout le collège était sur le terrain de Quidditch. Serpentard et Gryffondor jouaient et les élèves étaient habillés en rouge ou en vert, selon la maison qu'ils supportaient. On pouvait voir dans la marée humaine plus de rouge que de vert et Ron glissa à Harry que les Serdaigle et les Poufsouffle étaient pour les Lions lorsque ceux-ci jouaient contre les Serpents.
À l'autre bout du terrain, assis derrière un mégaphone, se tenait un certain Lee Jordan, un grand noir avec des dreadlocks et un grand ami des jumeaux Weasley, il était également en troisième année. C'était le commentateur officiel des matchs de Quidditch. À ses côtés, le professeur McGonagall regardait le terrain. Elle était là, toujours selon Ron, pour arrêter Jordan lorsque celui-ci partait dans des délires sur le match. Les joueurs n'étaient pas encore apparus.
- Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, commença Jordan, la voix amplifiée, bienvenue au match de Quidditch qui verra s'affronter Serpentard et Gryffondor !
Chacun des supporters applaudissait ou huait la maison, selon ses préférences.
- Et les joueurs entrent sur le terrain, annonça Jordan d'une voix excitée.
Tous se tournèrent vers les portes et applaudirent en voyant les tenues vertes puis rouges entrer sur le terrain. À chaque joueur qui apparaissait, filant au centre du terrain sur son balais, Jordan donnait son nom. Dans le lot, Harry ne connaissait que les jumeaux Weasley qui étaient batteurs, d'après ce que disait le commentateur. L'enfant n'avait jamais vraiment vu les autres. Mais ça n'avait pas d'importance pour l'instant. Là, il se laissait porter par l'ambiance et souriait. Les autres criaient leur joie et certains sifflaient. À côté de lui, Henry était déchaîné, comme Neville. Hermione était également présente mais elle se contentait de rester sagement assise, le nez dans un livre. Elle avait été contrainte à venir et n'avait cessé de vitupérer, arguant que c'était un sport dangereux.
Maintenant, tous les joueurs étaient en rond, accrochés à leur balais, attendant quelque chose. Dans le stade, le silence avait remplacé les acclamations. Sur le sol, la professeur de Vol posa une boîte par terre et l'ouvrit puis elle tourna son visage vers le ciel et les capitaines des deux équipes se serrèrent la main.
- Le Souaffle est lancé, suivi par les Cognards et le Vif d'Or, annonça Jordan. Bell récupère le Souaffle, passe à Johnson...
Harry cessa d'écouter les commentaires de Jordan et regarda avidement ce qui se déroulait devant lui. Avant que le match ne commence, Ron lui avait vaguement expliqué les règles du Quidditch : sept joueurs par équipe, trois poursuiveurs, deux batteurs, un gardien et un attrapeur. Les poursuiveurs devaient marquer des buts avec le Souaffle, une grosse balle d'un rouge vif, en le lançant à travers un des trois anneaux dorés de l'équipe adverse, chaque but permettait à l'équipe de gagner dix points. Les batteurs devaient empêcher les Cognards, des balles de taille moyenne qui semblaient avoir une vie propre, de frapper les autres joueurs. Le gardien devait empêcher les poursuiveurs de l'équipe adverse de marquer. Et l'attrapeur devait, quant à lui, attraper la dernière balle, le Vif d'Or. C'était une toute petite boule dorée avec des ailes, très difficile à trouver et à saisir. Lorsque l'attrapeur saisissait le Vif d'Or, le match était fini et l'équipe remportait cent cinquante points.
Quand Ron lui avait expliqué tout ça, Harry avait hoché la tête, en signe de compréhension, même s'il n'avait strictement rien compris. Mais là, plongé dans la magie du match, l'enfant repensa aux règles et tout fut clair pour lui.
Finalement, Ron avait raison, le Quidditch était le plus beau sport au monde. Celui-ci souriait de toutes ses dents en voyant le frère de son meilleur ami, les yeux grands ouverts, attentif au jeu. Il avait gagné.
Harry Potter était devenu un mordu de Quidditch.
- Spinnet reprend le Souaffle des mains de Flint et...
Un juron particulièrement fleuri s'échappa de sa bouche. McGonagall lui retira le mégaphone. Sur le terrain, le capitaine des Serpentard, Marcus Flint, avait délibérément frappé un poursuiveur de Gryffondor avec une batte alors qu'il n'était pas batteur. Bibine accorda un penalty aux Lions. Ce fut Alicia Spinnet qui tira et marqua, entraînant des acclamations de joie dans la foule. Les Gryffondor menaient largement de soixante points, les Serpentard n'avaient marqué qu'un but. Mais pour l'instant le Vif d'Or ne s'était pas montré. Les attrapeurs se contentaient de fouiller les alentours et de voler en cercle tout en évitant les Cognards. Rien n'était joué et tout pouvait basculer.
- Dis, fit Harry proche l'oreille de Ron pour sa faire entendre à travers le vacarme, le plus long match a duré combien de temps ?
- Plusieurs semaines. Il fallait sans cesse des remplaçants pour que les joueurs puissent dormir.
- Et en général, les attrapeurs mettent combien de temps à attraper le Vif ?
- Ça dépend du Vif. S'il veut se montrer ou pas.
- Ah.
Une nouvelle bordée de jurons attira leur attention et ils virent Olivier Dubois, le gardien des Gryffondor, chuter de son balai sous les cris horrifiés de la foule.
- L'arbitre accorde un penalty aux Gryffondor. Johnson tire et ELLE MARQUE ! hurla Jordan. Quatre-vingt à dix !
Malgré la chute de Dubois, le match continuait mais l'écart commençait à se resserrer. Sans leur gardien, les Gryffondor encaissaient les buts et les trois poursuiveuses faisaient leur possible pour intercepter le Souaffle.
Harry se concentra à nouveau sur le match et également sur les commentaires amusants et fleuris de Jordan. Jusque là, l'enfant avait fait la sourde oreille, préférant voir plutôt qu'écouter mais quand il avait vu le Troisième Année faire le pitre et sortir des énormités, il avait été aussitôt intéressé. Le noir essayait d'être impartial mais on voyait bien qu'il soutenait Gryffondor. Il avait tendance à partir dans des délires invraisemblables qui prenaient fin en général lorsque McGonagall tentait de lui arracher le mégaphone. Sans grand succès jusque là.
- Katie Bell, reprit le jeune homme enjoué, s'empare du Souaffle ! Elle file jusqu'aux buts des Serpentard et... Dix points de plus pour Gryffondor ! Quatre-vingt-dix à cinquante. Ouh ! Ça, ça doit faire mal ! À l'évidence Moerson devrait s'acheter des lunettes. Il vient de défoncer littéralement le visage de son capitaine avec sa batte. Madame Bibine vient de siffler un temps mort.
Flint, le capitaine malmené par le batteur Moerson, descendit de son balais une fois revenu sur la terre ferme et fut emmené par Madame Pomfresh directement au château. Pendant ce temps-là, le match avait repris.
- Le troisième poursuiveur de Serpentard dont j'ai oublié le nom récupère le Souaffle. Il l'envoie à Pucey et... Oui ! Bell le récupère à son tour ! C'était bien joué ! Belle vient de foncer sur Pucey qui a pris la fuite ! Tu fais honneur à ta maison, Pucey !
- Monsieur Jordan, entendit-on à travers le mégaphone alors que Lee rigolait, impartialité !
- Oui professeur. Bell, Johnson, Bell, Spinnet et… BUT ! Cent à cinquante ! Le Souaffle est récupéré par Spinnet qui file vers les buts. Attention Alicia !
Trop tard, le cri de Jordan n'empêcha pas un des batteurs de Serpentard d'envoyer vicieusement un Cognard sur la poursuiveuse qui lâcha le Souaffle dans sa fuite. La balle rouge fut interceptée par Pucey. Les hurlements de joie des Serpentard atteignaient des sommets et plus encore quand Pucey marqua un but. Le commentateur grogna et jura de nouveau comme il le faisait à chaque but marqué par l'équipe adverse.
- Pucey reprend le Souaffle. Mais visiblement les Gryffondor n'ont pas dit leur dernier mot ! Weasley vient d'envoyer un Cognard sur Pucey qui lâche le Souaffle à son tour. Belle revanche !
- Jordan !
- Pardon professeur. Bell se dirige vers les buts et... Attendez ! Terence Higgs, l'attrapeur des Serpentard et Maureen Vand, l'attrapeur des Gryffondor semblent avoir vu le Vif d'Or.
Toutes les respirations se bloquèrent tandis que les attrapeurs venaient de plonger de toute la vitesse de leurs balais à la poursuite de la minuscule balle dorée. Pendant ce temps là, les poursuiveurs des deux équipes tentaient de creuser le plus possible l'écart ou de le rattraper. Jordan commentait à peine les scores qui n'intéressaient plus personne.
Les jumeaux Potter étaient concentrés sur les attrapeurs, comme le reste des spectateurs. Chacun priait pour que sa maison l'emporte.
- Serpentard l'emporte, deux-cent-vingt à cent-dix ! annonça Jordan à travers le mégaphone, mais on sentait néanmoins que pour lui, la victoire des Serpents était dure à digérer.
Higgs remonta en chandelle, le poing tendu en avant pour bien montrer au stade qu'il avait gagné. L'ensemble de la maison des Vert-et-argent hurla sa joie. Les autres applaudissaient poliment. Harry et Henry, eux, fixaient Severus qui ne montrait rien. Il se contentait de gratifier sa maison d'un signe de tête.
- Les Gryffondor sont derniers au championnat, fit Ron très déçu alors que tout le monde quittait les gradins pour la chaleur réconfortante du château. Maureen n'attrape le Vif qu'une fois sur trois. C'est ce que m'ont dit Fred et George. Et quand on a rencontré Poufsouffle au début de l'année, Maureen ne l'a pas attrapé.
- Pourquoi ils la gardent alors ? demanda Harry.
- Parce que c'est la seule qui a réussi aux sélections.
Le petit groupe retourna au château. Une fois arrivés dans leur salle commune, ils se plantèrent devant la cheminée pour profiter de la chaleur du feu.
Harry ne cessait de se repasser le match dans sa tête et il se surprit à penser qu'il avait lui aussi, envie d'essayer. Il était déjà monté sur un balai, lors du cours d'initiation au vol et, malgré sa frayeur de quitter le sol, l'expérience lui avait plu. Il aurait bien voulu rester en l'air plus longtemps mais la professeur lui avait dit de se poser. Par la suite, il n'était pas remonté sur un balai, comme tous les autres Première Année.
Au moment d'aller se coucher, cette idée n'avait toujours pas quitté son esprit. Harry voulait voler. Il ne savait pas pourquoi mais il en mourait d'envie.
Plongé dans ses pensées, il se lava rapidement les dents et se mit en pyjama, le tout machinalement. Lorsqu'il revint dans le dortoir, il se dirigea vers son lit et s'endormit dès que sa tête toucha l'oreiller.
À son réveil, il constata que Henry l'avait rejoint et que son frère dormait tout contre lui. Les rideaux qu'il avait soigneusement fermé la veille – ça il s'en souvenait – étaient ouverts et laissaient passer la lumière du jour. Harry supposa qu'il devait être assez tard. Il n'avait pas de réveil et avait la flemme de se lever pour aller chercher celui de Henry. Il faisait trop froid et puis, avec le poids qui dormait à moitié sur lui, il ne pouvait guère bouger. Il resta donc là, étendu sur le matelas confortable, bien au chaud sous les draps, à apprécier le calme. Ça faisait du bien. Même si le bruit ne le gênait plus, il se sentait plus apaisé quand il n'y avait pas un bruit.
De son lit, Harry pouvait entendre les ronflements de Ron et Neville, les sifflements de Dean et Seamus qui avait commencé à parler en dormant. C'était amusant de l'écouter même si ce qu'il disait n'était pas compréhensible. En général, lorsqu'on disait à Seamus qu'il parlait, celui-ci refusait d'y croire.
On était dimanche et personne, à part les plus téméraires et certains professeurs, ne se levait avant neuf heures. Et Henry dormait profondément alors Harry n'était pas prêt de se lever, peu importe l'heure qu'il était.
Henry, semblant sentir que son frère pensait à lui, grogna dans son sommeil et bougea un peu, resserrant sa prise sur son doudou personnel. Maintenant, Harry sentait le souffle chaud de son jumeau contre son cou. Mu d'une envie subite, l'enfant leva la main et caressa les cheveux en bataille de Henry. Contrairement à ce qu'on pouvait penser, les Potter avaient les cheveux fins et doux au toucher. C'était juste leur implantation qui les faisait pousser n'importe comment.
Le geste réveilla doucement Henry qui aurait voulu rester dans les bras de Morphée encore longtemps mais il eu beau essayer de se rendormir, le sommeil le fuyait. Un instant, l'enfant se demanda ce qui l'avait réveillé et la première chose qui lui vint dans le brouillard de son esprit était les rideaux ouverts qu'il n'avait pas pris la peine de fermer en rejoignant son frère au beau milieu de la nuit. Et puis, la caresse dans ses cheveux lui fit comprendre que Harry était réveillé.
- Tu me fais la tête ? commença Henry en guise de bonjour.
La main stoppa et retomba sur l'oreiller.
- Non.
- Alors pourquoi tu es allé dormir tout seul ?
- Je ne sais pas, avoua Harry. Dis, tu crois que je pourrais demander à Oncle Severus si je peux jouer au Quidditch ?
À ces mots et à la grande surprise de Harry, son frère gloussa en essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller le dortoir. Le résultat fut indescriptible.
- Qu'est-ce que j'ai dit de drôle ? grogna Harry, vexé que son frère se moque de lui.
Henry tenta de retrouver son calme mais il repartait dans un fou-rire incontrôlable aussitôt. Il fallut plusieurs minutes et un Harry contrarié qui éjecta presque de son lit son jumeau, pour que celui-ci redevienne sérieux.
- Ce n'est pas toi, répondit Henry en se rapprochant et en s'accrochant à Harry comme à une bouée, prévenant ainsi la prochaine ruade qui ne l'enverrait pas par terre s'il restait arrimé à son frère. C'est Oncle Severus. Il disait que le Quidditch était pour les crétins et seuls les abrutis y jouaient.
- Ah, fut tout ce que Harry trouva à dire.
Il était déçu. Il avait envie de jouer lui aussi mais il refusait que son oncle pense qu'il n'était qu'un crétin. Il sentit Henry rouler sur le dos et chercher sa main pour la serrer.
- Mais je pense qu'il disait ça pour plaisanter. Moi aussi j'aime le Quidditch et j'ai envie d'y jouer. Papa y a joué tu sais ?
- C'est vrai ?
- Oui. Et il n'était pas un abruti. C'était un des meilleurs élèves de son année et un très bon joueur. C'est Oncle Sirius qui me l'a dit.
Harry ne savait rien ou presque sur ses parents – sur leurs parents – et Henry ne lui en parlait pas beaucoup.
- Il jouait à quel poste, papa je veux dire ? ne put-il s'empêcher de demander.
- Poursuiveur je crois. Et toi, tu veux jouer à quel poste ?
- Attrapeur.
- Moi, j'aimerais être poursuiveur. Attrapeur c'est trop de responsabilité. Batteur, c'est trop dangereux, il faut aller vers le Cognard et gardien, non, sûrement pas. C'est trop dur et il faut être bien taillé pour ça.
Malgré lui, Harry pouffa rapidement suivi par Henry.
- Alors, Ron a réussi à te convertir ? s'enquit un peu plus tard Henry.
- Oui. C'était un beau match hier. Dommage qu'on ait perdu.
- C'est sûr mais bon, c'est le jeu.
- Il n'aime pas le Quidditch Oncle Severus ?
- Je ne sais pas vraiment. Je crois que si mais d'après Oncle Remus, Oncle Sirius lui a cassé le nez pendant un match et depuis il n'aime plus.
- Alors pourquoi il dit que c'est un sport de crétins ?
- Il parlait pour Oncle Sirius et papa. Je n'ai jamais compris pourquoi il les traitait d'abrutis. J'ai posé la question une fois mais Oncle Remus m'a dit que j'étais trop jeune pour comprendre. Mais, pour le Quidditch, je pense qu'on pourra demander à Oncle Severus. Pas sûr qu'il soit d'accord mais qui ne tente rien, n'a rien. Et puis, tu pourras toujours voir avec Oncle Sirius. Il dira peut-être oui. Lui.
Harry nota une pointe de jalousie dans la voix de son frère. Étonné, il tourna la tête vers Henry qui fixait le plafond du lit.
- Tu... Pourquoi tu dis ça ?
Henry ne répondit pas, il se contenta de s'emmitoufler dans les couvertures dans un soupir. Inquiet par l'attitude de son frère, Harry reposa la question.
- Oncle Severus n'a jamais voulu que je monte sur un balai, expliqua Henry avec regret. À chaque fois, il me demandait d'aller voir Poppy. Et elle me disait que je ne pouvais pas.
- Et pas Oncle Sirius ?
- Je ne sais pas. Quand je lui demandais, il me renvoyait vers Oncle Severus qui me disait d'aller à l'infirmerie. Comme tout le monde d'ailleurs. Mais comme Oncle Sirius est ton parrain, il acceptera peut-être que tu ne passes pas par l'infirmerie.
Ou pas. Les garçons restèrent encore quelques minutes dans le lit de Harry, en silence, appréciant la présence de l'autre. Et puis Henry décida de se lever quand son ventre se mit à gargouiller assez bruyamment, faisant glousser au passage son frère. Ils allèrent se laver ensemble afin d'aller manger plus vite et rejoignirent, fin prêts, la Grande Salle presque déserte. Il était à peine huit heures et demi. C'était trop tôt pour la majorité des élèves.
Severus était absent mais Henry savait parfaitement que son parrain était un lève-tôt. Il était probablement en train de faire des potions dans son laboratoire personnel. Et Sirius était là, mais tellement peu réveillé qu'il était hors de questions que les jumeaux aillent le voir. Ils risqueraient de se faire jeter proprement.
- On va voir Madame Pomfresh ? hasarda Henry, bien que l'idée ne le séduise pas du tout.
Il n'était jamais entré à l'infirmerie de son plein gré et sans blessures – à part pour se faire examiner afin de déterminer si oui ou non, il pouvait jouer au Quidditch mais ce n'était pas de son plein gré. En proposant ça, il avait innocemment pensé que Harry dirait non. Malheureusement pour lui, son frère déclara le contraire et ils se retrouvèrent sur le chemin de l'infirmerie après leur petit-déjeuner. Henry ne cessa de grommeler tout bas et de bouder, ce que ne comprit pas Harry.
- Qu'est-ce qu'il y a ? voulut savoir Harry après un énième soupir de son jumeau.
- Je ne veux pas aller à l'infirmerie. Poppy trouvera un moyen pour qu'on y reste.
- Si tu ne voulais pas y aller, pourquoi tu l'as proposé alors ?
- Je ne pensais pas que tu dirais oui, geignit Henry.
- Pourquoi tu as proposé l'idée alors ? s'étonna Harry, totalement perdu.
Une plainte lui répondit et Harry ne chercha pas plus loin, son frère n'ayant visiblement pas envie de lui expliquer.
- Allons bon, s'exclama Poppy en les voyant débarquer sur leurs deux jambes et en parfaite santé, que vous arrive-t-il ?
Henry grogna une réponse incompréhensible pour un être humain. Harry aurait bien voulu répondre à sa place mais il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait là.
- Monsieur Potter, la dernière fois que j'ai vérifié, vous aviez une langue et vous étiez parfaitement capable de vous en servir. Avez-vous des soucis de gorge ? Dans ce cas, laissez-moi vous donner une potion.
Ce fut radical. Henry retrouva presque miraculeusement sa voix et ce, sous le sourire – que l'enfant qualifia de sadique – de Madame Pomfresh lorsqu'elle l'entendit crier que ce n'était pas la peine.
- Alors ? redemanda-t-elle.
- Harry et moi voulons voler sur des balais.
- Je vois.
Il ne lui fallut guère plus pour comprendre ce que Henry insinuait, c'était toujours la même chose quand il venait ici en bonne santé et ce, depuis qu'il était en âge de monter sur un balai. Elle les fit s'asseoir chacun sur un lit et leur fit une batterie de tests afin de déterminer si oui ou non ils allaient pouvoir voler.
Les résultats ne se firent pas attendre.
Non.
Les jumeaux ne pourraient pas voler. Ils étaient encore trop faibles physiquement.
- Henry, expliqua doucement Poppy en voyant l'air abattu du petit garçon, je sais que tu veux voler mais pour l'instant, avec ton poids, tout ce que tu risques, c'est de te tuer. Tu es trop léger. Beaucoup trop léger pour voler.
- Mais... Harry est déjà monté sur un balai, pleurnicha l'enfant, et il est là.
Le regard polaire que Poppy adressa à Harry fit frémir ce dernier et tout son être se tendit dans l'attente d'un coup. Mais aussitôt, l'infirmière s'adoucit en voyant la tête rentrer dans les épaules et les yeux verts briller de terreur. Elle ne devait en aucun cas oublier ce qu'avait vécu Harry. Il était encore fragile psychologiquement même si ses progrès étaient spectaculaires. Un ton trop froid ou un geste mal interprété par l'enfant pouvaient tout ruiner et renfermer le petit garçon sur lui-même.
- Tu m'expliques ce que tu faisais sur un balai alors qu'il me semblait t'avoir dit que tu ne devais pas voler ? demanda-t-elle d'une voix douce. C'était quand ?
Lorsqu'elle vit Harry se tendre encore et que la terreur n'avait pas quitté le regard de son patient, elle laissa Henry s'approcher.
- Il ne t'arrivera rien Harry, promit-elle.
Un regard vers son frère et Harry sut que l'infirmière disait la vérité. Ses épaules se détendirent un peu. Il lui avoua faiblement qu'il avait volé lors du cours d'initiation au vol avec le professeur Bibine.
Poppy calcula rapidement que ce cours était programmé courant septembre. Harry n'était jamais venu la voir parce qu'il était encore sous la tutelle de Donewood. S'il l'avait fait, tout le monde aurait vu que l'enfant était maltraité – même si personne n'aurait rien fait – et l'infirmière aurait décrété que le vol était proscrit pour le petit garçon. Et peut-être que la vérité aurait éclaté plus tôt. Mais rien n'était moins sûr.
- Et tu n'as eu aucune difficulté à contrôler le balai ?
S'il était honnête envers lui-même, Harry devait bien avouer que si, il avait eu des difficultés. Alors il hocha la tête. Mentir n'aurait rien apporté.
- La taille moyenne pour un garçon de votre âge, c'est environ un mètre quarante-cinq. Vous faites à peine un mètre vingt, ce qui est la taille d'un enfant de six ans. Et votre poids est, certes, en adéquation avec votre taille, mais il bien trop faible pour que vous puissiez monter sur un balai. Même si vous avez pris un peu de poids, vous êtes maintenant dans la moyenne. Pour un enfant de six ans.
- On ne peut pas faire un essai ? tenta Henry.
- Hors de question ! répliqua Poppy d'un ton catégorique. Pas avant que vous n'ayez repris au bas mot dix kilos !
Henry soupira, désespéré. Dix kilos ! Lui qui en prenait difficilement deux, en prendre dix allait être mission impossible. Il ignorait qu'il avait pris près de trois kilos en deux mois.
- Henry, fit Poppy conciliante – l'enfant était après tout, son patient le plus régulier et elle ressentait un certain instinct maternel envers lui, vu qu'elle le connaissait depuis sa naissance ou presque – tu n'as que onze ans. Vous n'avez que onze ans, reprit-elle en incluant Harry, vous n'avez pas fini de grandir et maintenant que tout est... arrangé, vous allez pouvoir récupérer en taille et en poids et ce, assez rapidement. Laissez-vous le temps.
Les garçons hochèrent la tête, dépités. Ils auraient préféré une autre nouvelle. Ils retournèrent, abattus jusqu'à leur salle commune et se laissèrent tomber d'un même mouvement sur le canapé qui leur tendait les bras, devant le feu qui ronflait dans la cheminée. Henry posa la tête sur les cuisses de son frère, le visage tourné vers les flammes. Il était à peine neuf heures et demi du matin mais le garçon sentait ses yeux le picoter désagréablement comme lorsqu'il était fatigué ou qu'il avait trop pleuré.
Il sentit des doigts glisser dans ses mèches en désordre et en tournant la tête, il vit Harry lui sourire.
- Tu n'as pas l'air contrarié, constata-t-il.
Harry devait avouer que son frère avait raison. Il n'était pas contrarié, juste un peu déçu.
- J'ai envie d'aller me promener, fut sa réponse.
Le temps de regarder par la fenêtre, Henry était debout et filait chercher sa cape d'extérieur et, accessoirement, celle de son jumeau. Harry se leva à son tour. Dehors, il ne pleuvait pas, une chance. La météo avait été abominable toute la semaine. Même pendant le match, il avait plu. Tous les élèves avaient dû se couvrir en conséquence et les sortilèges pour repousser l'eau avaient fleuri. C'était donc une chance que ce dimanche, que la pluie ne tombe pas malgré un ciel grisâtre.
- Tiens, fit Henry en tendant la cape à Harry ainsi que son écharpe.
- Merci.
Ils s'emmitouflèrent soigneusement afin d'affronter le temps maussade et le froid qui régnait encore en cette fin de mois de février.
Dehors, la température était clémente mais restait fraîche. Les garçons firent quelques pas en prenant garde à ne pas trop marcher dans l'herbe encore trempée, risquant de se mouiller les pieds et Henry avait horreur d'avoir les pieds mouillés, après il avait froid. D'un même pas et sans se concerter, ils se dirigèrent vers un banc à quelques mètres de la grande porte. Henry tira de la poche intérieure de sa cape un petit livret assez épais qu'il tendit à son frère.
- Ouvre, fit-il alors que Harry le regardait étrangement.
Lentement, Harry ouvrit le carnet et se figea. Là, dès la première page, il vit une photo de deux nourrissons parfaitement identiques allongés l'un à côté de l'autre. Dessous, il pouvait lire :
« 31 juillet 1980, naissance de Harry et Henry Potter. »
L'enfant resta un long moment sur cette image figée. Puis il se mit à tourner les pages en silence. Sur les photographies qui défilaient sous ses yeux, il apercevait des visages connus comme Severus, Sirius, ou Peter mais également celui d'un homme et d'une femme mais qu'il reconnut assez facilement.
- C'est papa ? souffla-t-il tout bas comme s'il ne voulait pas briser le silence. Et elle, c'est maman ?
Henry acquiesça. Avant ce matin, Harry n'avait jamais vraiment entendu parler de son père. Severus en parlait rarement, voire jamais et Henry non plus. Alors, l'enfant ignorait tout de ses parents. Il savait juste qu'ils étaient morts et que son père avait joué au Quidditch. Apparemment, son frère avait dû s'en rendre compte.
- J'en ai d'autres des albums photos, dans ma malle, fit Henry une fois que son frère eut refermé celui qu'il avait entre les mains. C'est Oncle Peter qui me les a offerts pour un anniversaire. Je voulais te les montrer. Je ne sais pas grand chose sur papa et maman. Juste ce qu'on m'en a dit. Oncle Severus me racontait des histoires le soir quand j'étais petit.
- Tu peux me parler d'eux ?
Henry réfléchit. Penser à ses parents lui donnait toujours envie de pleurer. Mais là, il en avait parlé et éprouvait juste de la tristesse. Alors il hocha la tête. Après tout, Harry avait le droit de savoir, tout comme Henry l'avait eu. C'était leur famille.
- Papa était fils unique. Il a été réparti à Gryffondor. C'était le meilleur ami de Oncle Remus, Oncle Sirius et Oncle Peter. Ils étaient tous les quatre dans la même maison.
- Et Oncle Severus ?
- Je ne sais pas. Il n'en parle pas. J'ai demandé à Oncle Sirius, il avait l'air gêné mais il n'a rien dit. Je crois qu'ils n'étaient pas amis avant. Parce que, sur toutes les photos que j'ai d'eux quand ils étaient jeunes, Oncle Severus n'est pas dessus ou alors il est tout seul. Lui était à Serpentard et, comme maintenant, les Serpents et les Lions ne s'aimaient pas. Il paraît qu'il y avait souvent des duels. Comme maintenant mais en pire. Je sais qu'ils ont fait beaucoup de bêtises quand ils étaient ici. Papa, Oncle Remus, Oncle Peter et Oncle Sirius je veux dire. Le professeur McGonagall me disait que j'étais bien le fils d'un Maraudeur parce que j'avais utilisé la baguette de Oncle Severus sans son autorisation et que j'avais fait exploser quelque chose, je ne me souviens plus de ce que c'était, mais je me rappelle m'être fait gronder et punir.
- Les Maraudeurs ? releva Harry avec un sourire suite à la petite anecdote de son frère.
- C'était comme ça qu'ils se faisaient appeler, les Maraudeurs. Je ne sais pas pourquoi.
- Et maman ?
- Elle a une sœur mais Oncle Severus dit qu'elle n'est pas fréquentable parce qu'elle déteste la magie. C'est une moldue. Je ne l'ai jamais vu et je n'ai pas envie de la voir.
Devant l'air confus de Harry, Henry reprit.
- Maman est une Née-moldue. Avant de recevoir la lettre, elle ne savait pas qu'elle était sorcière. Elle aussi a été à Gryffondor. Oncle Remus raconte toujours que papa est tombé amoureux de maman dès qu'il l'a vu mais Oncle Severus dit que comme papa était un crétin prétentieux, arrogant et dont la tête était si grosse qu'elle risquait d'exploser, maman n'a jamais posé un regard sur lui. Ça s'est arrangé à leur dernière année, quand la tête de papa s'est dégonflée.
L'anecdote fit rire Harry. Par la suite, Henry lui raconta tout ce qu'il savait de leurs parents.
Ils furent rejoints par Ron et Neville qui voulaient assister à l'entraînement de Quidditch ordonné par Olivier Dubois, le capitaine, après la défaite de la veille. Ils traînaient dans leur sillage la pauvre Hermione qui aurait donné n'importe quoi pour être ailleurs. Si le Quidditch avait intéressé Harry, à l'évidence, il n'était guère apprécié par la jeune Granger, surtout parce qu'elle avait la trouille de voler.
Le groupe fila jusqu'au terrain, Ron, Neville et Henry en tête, tandis que Harry et Hermione y allaient plus lentement, prenant leur temps.
- J'ai l'impression de voir mes petits cousins le matin de Noël, avoua la fillette sans lâcher le trio du regard. Ce n'est qu'un sport et ce n'est qu'un entraînement. Je ne vois pas ce qu'il y a d'intéressant là-dedans à voler sur des balais, à se prendre des balles dans la tête, à chercher une petite balle et à en envoyer une troisième dans des buts.
- C'est parce que tu n'as pas compris le jeu, lâcha Harry avec un petit sourire.
Hermione le fixa un instant sans cesser de marcher. Une nouvelle fois, elle se fit la constatation que oui, il était bien loin le petit garçon qui la regardait avec adoration. C'était fini. Maintenant Harry commençait à s'affirmer un peu plus chaque jour. À dire vrai, la fillette en était soulagée, l'idée d'être considérée comme une idole l'avait toujours fait frissonner, elle ne pouvait supporter cette responsabilité, pas à onze ans.
- Alors explique-moi, fit-elle.
Ron avait essayé de la convaincre, sans succès. Hermione ne voyait pas l'utilité du Quidditch. Elle ne voyait pas non plus l'utilité des autres sports comme les football, le basket, le volley ou le handball, trop violents à son goût. Seul le tennis pouvait l'intéresser.
- Non, répliqua Harry, ça ne s'explique pas le Quidditch, ça se vit.
Un soupir s'échappa de la bouche de la brunette. Ce n'était pas une réponse ça ! Surtout qu'elle était certaine que Harry n'avait jamais joué de sa vie au Quidditch. Ils arrivèrent près du terrain, Hermione se tut. Elle suivit Harry qui rejoignait son frère déjà installé avec ses amis sur les gradins. Henry était assis entre Ron et Neville mais il avait gardé une place pour son frère. Ils n'étaient pas les seuls à avoir voulu observer l'entraînement, plusieurs élèves de Gryffondor étaient là également.
Sur le terrain, les joueurs écoutaient attentivement les recommandations du capitaine, plutôt ses vociférations qu'on entendait jusque dans les gradins, avant de décoller. Dubois resta au sol juste le temps de lâcher les balles et décolla à son tour.
L'entraînement fut suivi avec passion pour les garçons et avec dédain pour Hermione qui préférait se plonger dans la lecture de ses notes de cours. Les examens approchaient. Ils étaient dans quatre mois, c'était court pour tout réviser.
Installée derrière le quatuor, elle tenta plusieurs fois de s'éclipser afin de rejoindre la relative chaleur du château mais Harry semblait avoir des yeux dans le dos ou alors une excellente ouïe. Il suffisait qu'elle se lève pour qu'il se retourne. Et le regard qu'il lui lançait avait beau la faire maugréer, elle restait toujours assise. Oh oui, elle prenait conscience que le petit Orion Donewood était bien loin maintenant, même si, et Hermione en était quasiment certaine, c'était grâce à Henry.
C'était la deuxième fois qu'elle se faisait cette réflexion. Maintenant, ça semblait encore plus vrai aujourd'hui encore que la dernière fois.
L'entraînement dura deux heures ! Deux longues heures à assister aux cabrioles toutes plus spectaculaires et dangereuses les unes que les autres, pour la plus grande joie des garçons qui assistaient au spectacle, les yeux brillants, avides de tenter leur chance l'année prochaine.
Par trois fois, Harry repéra le Vif d'Or. L'enfant était au bord du terrain et voyait donc beaucoup mieux que plus haut dans les gradins. À chaque fois, il le montrait à Henry qui, lui, ne voyait rien, trop occupé à regarder le jeu des poursuiveurs.
Il était midi et demi quand Dubois permit à son équipe de se poser sur le sol, enfin et les envoya à la douche pendant que les spectateurs rentrèrent au chaud pour le déjeuner. Sans surprise, Ron se jeta sur la nourriture, à croire qu'il n'avait rien mangé depuis des jours alors que son dernier repas remontait à trois heures. Mais Henry avait l'impression que son meilleur ami pourrait passer la journée à manger. Et le pire dans tout ça, c'était que Ron ne prenait pas un gramme. Toutes les filles étaient jalouses de sa ligne. Cela dit, Ron n'était encore qu'un enfant en pleine croissance.
À table, les garçons discutaient, là encore de Quidditch, mais Harry ne participait pas à la conversation, plus concentré sur son assiette qu'il s'échinait à finir. Il repensait sans cesse aux paroles de l'infirmière alors qu'il mangeait. Il devait prendre dix kilos, ça lui semblait beaucoup surtout qu'il mangeait peu. Pas parce qu'il chipotait mais parce qu'il n'avait jamais vraiment eu à manger dans son enfance. Son estomac s'était rétréci au fur et à mesure des années. Maintenant, finir le quart de son assiette relevait du défi. Et Henry n'était pas différent de lui. Son frère se forçait, tout comme lui, à manger correctement mais c'était dur.
Après le repas, comme bien souvent depuis la rentrée, les jumeaux s'isolèrent tous les deux, loin de leurs amis. Ils ne savaient pas pourquoi mais ils ressentaient le besoin de rester juste ensemble. Ron, Neville et Hermione l'avaient compris même si pour les garçons, la présence constante de leur ami leur manquait.
Dans l'intimité du lit à baldaquin, malgré les rideaux grand ouverts, Henry montrait à son frère les différents albums photos qu'il avait. Il les avait tous étalés sur le lit et racontait à Harry chacune des images et l'histoire qui lui était associée. Harry avait sous les yeux, ses premiers mois en temps que Potter. Son enfance heureuse. Celle dont il ne se souvenait pas. Et puis il vit celle de Henry entouré par ses amis, ses oncles et son parrain qui l'aimaient. Sans leurs parents. Sans lui.
Et Harry eut mal. Il n'avait pas vécu ça. Il n'avait pas ressenti le même bonheur que son frère. Avant, il pouvait y faire abstraction mais plus maintenant qu'il avait tout ce bonheur sous les yeux.
Lui, son enfance s'était résumée à des coups, des brimades, des corvées et encore des coups. Même si tout était normalement fini, ses nuits étaient encore peuplées de cauchemars liés à son passé. Cauchemars qui le tétanisaient et dans lesquels il voyait le cadavre de Donewood venir le chercher et l'arracher à son frère comme il l'avait fait dix ans auparavant en l'emmenant avec lui.
Harry sentit à peine les bras de Henry l'entourer. Il ne se rendait pas compte qu'il pleurait à chaudes larmes.
La seule chose qu'il voyait était le visage de ses parents souriant à leurs enfants.
À suivre
