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XX

Quand les rayons chauds du soleil pénétrèrent dans la chambre et qu'ils touchèrent ses cheveux bruns en une agréable caresse, Serge ouvrit les yeux. Il se sentit tout de suite bien, malgré une petite fatigue. Tout semblait annoncer une bonne journée. Il avait presque hâte de rejoindre ses amis au réfectoire, de manger et de s'amuser avec eux. Son goût pour les études, qui avait été troublé par d'autres soucis ces derniers temps, lui était revenu la veille quand il s'était forcé à travailler...

Il se retourna, le corps encore faible, et voulut s'étirer afin de se réveiller tout à fait. Soudain, quelque chose bougea à ses côtés et la vue des cheveux blonds le fit sursauter.

« Gilbert! » Il écarquilla les yeux, une surprise immense le saisissant.

Le blond dormait, profondément. La fatigue l'avait visiblement terrassé, il était tout alangui sur le lit, s'abandonnant lui-même.

« Gilbert...qu'est-ce qui t'es arrivé? »

Ce sang sur son col et son menton, ce bleu au coin de sa bouche, ses cheveux beaucoup trop emmêlés pour qu'il ne puisse s'agir que d'un sommeil agité, la saleté et même l'odeur de son corps et de ses vêtements...Il faisait peur à voir.

N'écoutant que son instinct et sa conscience, Serge se dégagea doucement du garçon puis sortit du lit. Il chercha de quoi nettoyer et soigner ces blessures puis revint au blond. Tans pis s'ils allaient être en retard, la santé de son « ami » importait plus. Avec des gestes lents, presque tendres, Serge soigna du mieux qu'il put l'être blessé qui avait choisi son lit et pas le sien...

Gilbert ouvrit enfin les yeux. Ses paupières, quoique fines et transparentes comme des morceaux de soie, semblaient lourdes. Il cligna des yeux, se demandant très clairement ce qui se passait. À sa surprise, Serge ne fit que lui sourire et lui caresser les cheveux même si sa main tremblait et fut un peu maladroite.

Le garçon blond ne sut que dire. Voilà cette situation bien étrange! Serge n'avait donc pas peur de lui montrer un semblant d'affection? Il l'avait tellement rejeté, et Gilbert n'étant pas à un paradoxe près, recherché pour sa gentillesse et sa générosité. Il prit la main de Serge, en fermant les yeux, et la ramena contre sa joue.

Toute chaude. C'était réconfortant.

Il ne prononça pas une parole. Puis il se leva, encore tout engourdi par le sommeil, et alla choisir des vêtements pour le jour. Sa douleur physique paraissait même oubliée, mais, en le voyant tituber et même trembler des jambes, Serge devina sans peine que Gilbert souffrait toujours.

Il s'approcha de lui, tenant encore le morceau de chiffon avec lequel il l'avait soigné, et demanda:

« Gil...Comment te sens-tu?»

Le blond, dos tourné, ne répondit pas, ce qui était au final peu surprenant. Il était affairé à chercher sa meilleure chemise (ses vêtements étaient souvent d'une qualité supérieure à celle des vêtements des autres élèves), un pantalon noir en flanelle ainsi que des dessous légers. Quand une brise traversa la chambre, Serge se rendit compte qu'aucun des deux n'avaient fermé la fenêtre depuis la veille.

« Je ne t'ai pas entendu rentrer cette nuit...je me suis inquiété pour toi. Même si tu t'en moques probablement... » La tristesse lui serra le cœur devenu soudain trop gros pour sa poitrine mais il se refusa d'ajouter plus de mauvais sentiments à ce coeur qui souffrait déjà trop. Il essaya d'esquisser un sourire, mais ses lèvres lui parurent assez lourdes.

Gilbert resta silencieux. Il ne montra pas aucun sentiment, mais ceux qui pouvaient pénétrer son cœur auraient découvert qu'il avait l'impression de se trouver au bord d'un précipice ou que le sol s'ouvrait sous ses pieds. On lui avait fait mal le jour d'avant et plus que tout, il l'avait eu besoin de tendresse...il avait tellement souffert...il souffrait tellement. Certes, il avait recherché cette douleur pour se sentir vivant mais...à la fin, qu'est-ce que cela lui apportait? Aucun d'eux ne remplacerait jamais Auguste. Son Augu. Où pouvait-il bien se cacher alors qu' il avait tant besoin de lui? Cet être qui ne lui épargnait aucune peine, et qu'il se devait de se détacher pour vivre enfin? Il le savait mais n'y arrivait pas. Trop de pensées contradictoires lui apportaient son lot de migraines.

Il retint ses larmes. Soudain, une main semblable à une hirondelle recherchant une branche se posa sur son épaule. « Gilbert, s'il te plait réponds moi. Je ne t'embêterai plus si tu me parles un peu...je m'inquiète tellement pour toi... » Serge, toujours le même. Après ce qu'il avait enduré, c'était auprès de lui et de sa gentillesse que Gilbert s'était réfugié et trouvé un peu de chaleur. On aurait dit un rayon de lune dans une nuit noire comme les ténèbres.

« Laisse moi! Qui t'a dit que tu pouvais me toucher! »

Avec violence, il s'était retourné et avait giflé cette main intruse. En effet, de quel droit ce modèle de vertu pouvait-il ne serait-ce que l'effleurer?

« Je...je suis désolé, »fit Serge, les yeux écarquillés par la stupéfaction. L'incompréhension le grisait alors qu'il regardait cette petite bête féroce qui refusait toujours de lui accorder un minimum de confiance. Sa main commençait déjà à rougir. La main de Gilbert était en effet un fer rougi au feu.

«Ne me touche pas! »

« Très bien...je voulais juste...te rassurer...je ne te veux aucun mal! Je te le promets! »

« Mph! » Le sourire de Gilbert déguisait à peine sa moquerie. « Eh bien dis donc, au final, tu n'es pas si différent des autres. Une couverture cajoleuse pour ensuite mieux profiter de moi? Je ne suis pas crédule. »

« M...mais non! Ce n'est pas du tout mon intention de profiter de toi! Je te respecte et je me refuse de me comporter comme tous ceux qui te désirent!Je ne veux pas les imiter! » Comme le blond le fixait d'un regard toujours transperçant de méfiance et d'agressivité, Serge s'empressa d'ajouter comme si chaque seconde importait: « Des gens bien et sincères existent, Gilbert! Je le jure! Ma tante ne m'aime pas, et pourtant j'ai trouver des gens d'en dehors ma famille qui m'aiment et qui m'acceptent! Je leur fais confiance parce qu'ils m'ont prouvé que je le pouvais...tu...tu peux faire pareil...avec moi au moins. Je ne te trahirai pas, et je me fais réellement du souci pour toi. En te voyant ce matin sur mon lit, j'ai été à la fois surpris, triste et content. Surpris parce que tu ne voulais plus m'approcher depuis quelques temps, triste parce que je voyais qu'on t'avait fait du mal et que tu t'étais fait mal...Content parce que je pouvais t'apporter mon aide. Je veux être ton ami, Gilbert. »

Gilbert sentait son cœur battre la chamade. Tout cet écoulement de bons sentiments lui donnait la nausée tout comme cela le réchauffait, et faisait presque monter des larmes de souffrance et de reconnaissance à la surface. Mais, encore une fois, pas une goutte d'eau ne déborda des yeux verts.

Son agressivité disparut de ses traits mais la froideur resta comme une couche de neige trop dure à enlever.

Il ne dit mot et se tourna vers la porte afin de s'en aller.

« Gilbert! »

Serge, sentant le désespoir et l'incrédulité devant tant de silence l'envahir jusqu'aux entrailles, lui prit la main. Gilbert se retint de donner une seconde gifle. Il regarda le brun. Son visage ne pouvait qu'exprimer un réel chagrin. Gilbert voulut bien faire semblant de le croire cette fois là.

Il ramena sa main contre la joue de Serge et sans l'avertir, lui donna un baiser sur les lèvres. Le cœur de Serge menaça de s'arrêter de battre. C'était la dernière chose à laquelle il s'attendait. Les lèvres de Gilbert. Avant qu'il ne put faire quoique ce soit- que ce fut le rejeter, où même retourner le baiser- Gilbert s'esquivait et s'en allait de la chambre.

Il laissa un Serge décontenancé, chamboulé et tremblant sous cette montagne d 'émotions. Gilbert, bien-sûr, ne viendrait pas aux cours aujourd'hui encore...