Disclaimer: I DO NOT OWN KAZE TO KI NO UTA. IT BELONGS TO KEIKO TAKEMIYA

NO PROFIT MADE.

To vaninachan: Merci beaucoup pour ton commentaire. Je n'ai pas arrêté l'histoire mais je suis très occupée depuis plusieurs mois. Donc, j'ai dû ralentir pas mal d'activités. En tous les cas, ton commentaire a été une très belle surprise, merci :)

« Ce sont de mauvaises femmes, » s'écria Julien. Il fit un pas en arrière pour rejoindre ceux qui étaient restés dans le luxueux restaurant La Marge, à Arles. Les rires fusèrent autour de lui.

« Quoi, Julien? Tu n'oserais même pas embrasser ne serait-ce qu'une de ces jolies créatures! Profite-s'en; au pensionnat, nous n'avons pas de telles opportunités. Tout ce que nous avons ce sont des mâles et des mâles! » s'exclama Lucien en agrippant le bras de Julien.

Tandis que les deux et leur petit groupe se disputaient, Serge les observait en un silence inquiet. Ses camarades, voulaient-ils vraiment coucher avec ces prostituées? Avaient-ils déjà tous oublié leur leçons de catéchisme? Ne voulaient-ils pas se souvenir que ce genre de commerce ne leur ferait que du mal? Un soupir échappa sa bouche.

« Maman, regarde comme ce garçon est bronzé! Tu crois qu'il est français? »

Cette petite voix perplexe et étonnée attira l'oreille de Serge. Il se retourna; une petite fille et sa maman se tenaient non loin de lui, sortant de la boulangerie tout proche, trois baguettes de pain sur les bras. La maman secoua la tête de sa gamine: « Ne désigne pas les gens comme ça, Éléonore! Ce n'est pas poli! » La petite jeta un regard de surprise sur Serge. Il sourit et fit un petit hochement de tête. Rouge et apeurée, elle se cacha derrière sa mère, tenant fermement sa robe. Ce fut à peine si elle osait pencher la tête pour revoir Serge.

Il rit presque. La maman fronça des sourcils devant la frayeur de sa fille puis s'éloigna avec elle dans d'autres rues. Serge se sentait d'humeur presque mélancolique en ce très beau jour et tous ses proches amis avaient bien du mal à le rasséréner et à le rendre joyeux. Certains commençaient à perdre patience en apprenant la raison de sa maussade humeur: Gilbert n'était encore une fois pas venu avec eux à Arles, ayant fait l'école buissonnière le jour d'avant avec l'un de ses amants et était revenu à l'école avec des paquets de beaux vêtements. Ainsi donc, Gilbert gardait toujours un peu d'argent sur lui. En recevait-il assez souvent?

...Comment se déroulait une journée entre Gilbert et l'un de ses amants dans le meilleur des mondes?

Les lèvres de Serge tressaillirent. Il avait du mal à concevoir le plaisir que pouvait retirer l'ange aux yeux verts en restant avec ces hommes qui le traitaient comme un objet, unetrainée, parfois même avec une violence inouïe. Comment un corps et un esprit de la sorte pouvaient trouver la paix?

Gilbert, j'aimerais tellement pouvoir t'aider...et te prouver que je ne veux pas te trahir ni abuser de toi.

Il regagna le restaurant (qui faisait aussi office de salon de thé). Les invités offraient un spectacle intéressant: on y trouvait les meilleurs classes de la société, des hommes finement habillés, ainsi que de belles dames en robes colorées, primesautières et élégantes, des enfants de la bourgeoisie essayaient de se tenir sagement et de faire bonne impression. Quant aux camarades de Serge, ils modéraient leurs propos et s'efforçaient tant bien que mal de parler doucement, l'affluence de gens en cet endroit les rendait quelque peu perplexe. Ils venaient d 'une prestigieuse école et ils savaient que leur comportement devait honorer sa réputation.

Serge s'assit auprès de Karl et Pascal qui participaient à une discussion-qui bien animée par des voix calmes- n'en déclenchait pas moins leurs ardeurs. On parlait de république, de l'avenir de la France. Serge prit sa part dans la conversation mais on le rabroua gentiment en lui disant qu'il n'avait aucun souci à se faire puisqu'il allait devenir un grand pianiste, trouver de riches mécènes.

D'abord, Serge ressentit une petite pointe d'agacement à leur commentaire. Certes, son talent ne faisait aucun doute mais il avait le droit de réfléchir à son avenir où même d'envisager une toute autre voix. Cependant, leur bonne humeur était si contagieuse qu'il ne tint pas longtemps rancune envers ses amis. Bientôt, le rose du rire sur les joues l'enjoliva encore plus, les étoiles de la plaisanterie rendirent ses grands yeux bruns encore plus beaux et la légèreté que prit leur conversation le détendit de façon charmante.

Deux heures s'étaient écoulées depuis leur venue dans le restaurant. Plusieurs proposèrent une petite promenade dans la ville et de visiter la plus belle église du coin. Qui plus est les Arlésiennes portaient des costumes très jolis et qui donnaient le sourire à qui les apercevaient.

« Hé, » fit soudain Karl en donnant un coup de coude à Serge. « Cette fille n'arrête pas de te regarder depuis tout à l'heure! On dirait bien que tu lui plais! »

Les autres entendirent ce qu'il venait de dire et tournèrent leurs yeux vers une jeune fille dont l'apparence était fort agréable, qui était assise avec une autre dame plus âgée, à l'autre extrémité de la salle bondée. Quand ses yeux bruns clairs aux longs cils croisèrent ceux de Serge, flatté et surpris, les joues de la fille se teintèrent de rose. Elle détourna le regard un moment puis les releva, un sourire timide aux lèvres. Serge lui rendit son sourire, un peu intimidée.

« Ça doit être une noble ou une fille de bourgeois, vu sa robe! » fit l'un des élèves de Lacombrade.

« Oui, en plus, elle est chaperonnée par une dame. Une fille de bonne famille ne sort jamais seule,»dit un autre.

« Tu vas oublier ma chère Patricia, n'est ce pas? » dit Pascal sur ton taquin à l'encontre de Serge qui se sentit rougir jusqu'aux oreilles.

« J'apprécie ta sœur, mais je n'ai jamais rien promis, ni fait. »

«En effet, mais elle va être déçue... »

«Arrête, je n'ai même pas encore parler à cette fille! »

«Mais elle te dévore des yeux, elle n'attend que ça!...oh, voilà qu'elle sort avec sa dame! Tu devrais lui parler... »

La jeune fille et sa « dame » sortirent du restaurant et se dirigèrent vers la chocolaterie en face. Elles n'y restèrent pas longtemps et s'assirent sur un banc près de l'entrée. Les garçons remarquèrent les nombreux coups d'œil qu'elle jetait sur le restaurant avec ce qu'ils interprétaient comme de l'espoir. L'un deux prit Serge par les épaules et le somma de se lever.

« Va lui parler! »

« Mais je n'en ai pas envie! »

« Menteur! »

« Fais le, sinon personne ici ne te laissera tranquille, » fit Pascal.

Un grand soupir s' échappa des lèvres un peu sèches de Serge. Devant l'insistance de ses camarades dont certains pariaient déjà, il se força à aller parler à la jeune fille. Ensuite, avec un peu d'optimisme, ils le laisseraient en paix.

XXX

Gilbert rentrait au pensionnat d'un pas calme et tranquille. La journée n'avait pas vu d'incident majeur. Seulement un...Le matin, il avait rencontré Jacques dans les bois et avait assouvi ses pulsions. L'après midi, il avait fait un effort pour aller à la bibliothèque et lire un peu. Des examens avaient lieu dans les semaines à suivre, et même si cette école le fatiguait et ne faisait travailler que son mépris et sa solitude, il tenait à garder un niveau correcte. Qui déjà lui avait dit qu'il n'avait besoin que de peu d'efforts pour être un excellent élève?...Serge, peut-être, quand un jour, il s'était penché au dessus de son épaule et avait lu une de ses dissertations. Bien-sûr, Gilbert l'avait repoussé...Ensuite, il n'avait pu resté longtemps à la bibliothèque: les autres élèves commençaient à murmurer contre lui et à lui lancer des regards haineux et dégradants. Le blond s'en était allé à la serre pour manger des fruits qu'on cultivait. Ce fut un jeu amusant: ne pas se faire voir par les cultivateurs, ni les jardiniers.

Puis, il avait marché jusqu'aux grilles de l'école. La route était d'un vide vertigineux. Rien, personne. Du vent. Rien d'autre. De loin, il aperçut Rosemary et Jules. Ils paraissaient engagés dans une conversation fort animée. Soudain, Rosemary avait tourné la tête et ses yeux se posèrent sur Gilbert. Un sourire sardonique se dessina sur la bouche rose du blond le plus âgé. Gilbert le fusilla du regard puis s'enfuit dans les bois.

Là ses premières larmes de la journée coulèrent: encore une fois, Auguste n'avait pas envoyé de lettres. Cela faisait deux mois. Deux mois déjà. Et sa dernière...si brève, si sèche. Pas un mot d'amour, ni d'affection. Comment arrivait-il si bien à lui trucider le cœur, sans même battre une paupière? Auguste, il était si cruel! Rosemary savait tout cela...et il se moquait de lui.

Ce fut le seul problème de la journée. Il n'avait rien fait de dangereux, se contentant de marcher dans la forêt un bon moment loin des autres et du bruit. En apercevant des animaux sauvages gambader à travers les arbres, cela lui rappela son enfance solitaire. Son lapin, « papa ». Ses chiens.

Les autres étaient revenus d'Arles et se dirigeaient tous vers le grand réfectoire où le repas devait être servi. Gilbert sentit la faim tenailler ses entrailles. Il ressentait une certaine peur à franchir le seuil et se mêler aux autres vu leur aversion pour lui. Toutefois, les cuisiniers allaient refuser de lui donner de la nourriture cette fois ci. Et ce qu'on servait à table lui rendait sa faim encore plus cruelle.

«Serge était tellement mignon quand elle lui parlait! »

« Il était rouge...mais comme pas possible. »

« Elle aussi d'ailleurs. Je crois qu'elle est vraiment tombée sous son charme. Il en a de la chance, le diantre! J'aimerais avoir une amoureuse moi aussi. »

« Rooh, s'il te plait, je t'ai présenté ma cousine Alice l'année dernière quand mes parents t'ont invité à la maison. Tu n'as même pas voulu aller plus loin, idiot! »

« Oh là là ça va! Alice ne me plaisait pas, hein! Peut-être que si elle s'épilait les sourcils... »

« Comment? Est-ce que monsieur s'est vu? Tu devrais faire de même, tiens, peut-être qu'une fille aussi belle que l'amoureuse de Serge voudrait de toi... »

La discussion se suivit jusqu'à l'entrée dans le réfectoire. Gilbert ne l 'écoutait même plus...Les mots lui tournaient dans la tête. Serge...une amoureuse? Quoi? Depuis aujourd'hui? Sans se rendre compte, il s'était arrêté comme frappé par le tonnerre.

Il ne sut comment l'expliquer...mais, un sentiment de solitude encore plus intense le prenait du plus profond du cœur. Sa faim s'était effacée, comme par magie.

XXX

Serge continuait de sourire. Ses amis avaient eu raison de le pousser à rencontrer cette demoiselle. Anette. Une fille de bourgeois dont le père riche marchand de tissus vendait partout dans la France. Ils avaient une maison dans le Sud d'Arles, et même à Paris là où il pouvait suivre toutes les mondanités du moment. Elle avait été si douce et charmante. Son cœur avait battu fort à chaque fois qu'elle avait levé les yeux sur lui.

Il voulait la revoir...mais quelque chose semblait le retenir, et il ne sut le définir, ni mettre des mots sur cette hésitation.

Il ouvrit la fenêtre afin d'aérer la chambre puis commença à se déboutonner pour mettre sa chemise de nuit qu'il avait déjà posé sur le lit. La nuit était tombée vite. Demain, les cours reprendraient de façon normale et Serge, avec un peu d'inquiétude, se rendait compte qu'il avait pris un peu de retard.

Soupirant, il prit de nouvelles résolutions. «Tu vas devoir travailler encore plus, mon vieux! », ça et sa composition...

La porte s'ouvrit. Gilbert entrait et dés que leurs yeux se croisèrent, le temps ne suivit plus son cours. Gilbert referma la porte, s'avança sans un mot jusqu'à Serge qui recula d'un pas, approcha son visage sur l'épaule de Serge, le fixant du regard puis se détourna pour se déshabiller. Des frissons parcouraient le corps du brun qui ne put décrocher son regard du dos nu de Gilbert. Ce dernier, sur l'omoplate gauche, avait un gros bleu. Que s'était-il passé encore?

S'il lui demandait...lui répondrait-il?

« Bonsoir, Gilbert...on s'est à peine vus aujourd'hui. As tu passé une bonne journée? »

« De quoi tu te mêles, vicomte. Les colombes ne sont-elles pas assez belles pour toi pour que tu puisses te sentir obligé de fourrer ton nez dans mes affaires? »

Serge fut abasourdie, sa chemise glissant le long de son corps.

« Pardon? »

Gilbert lui lança une chaussure, comme quand ils s'étaient embrassés pour la première fois. Il se glissa sous la couverture, lançant un regard froid et moqueur à son interlocuteur.

«Je hais quand tu prends des airs de bon garçon, bien innocent, qui croit toujours qu'il peut aider les gens. Arrête de te mêler de mes affaires. »

Serge fut trop interloqué pour répondre au tac au tac. Il fixa les yeux verts un moment avant qu'un sourire mystérieux tira ses lèvres.

«Mon besoin de savoir t'a-t-il autant dérangé? Est-ce que m'enquérir de ta santé t'est apparu comme un crime? Dans ce cas, je m'excuse bien platement, monsieur Cocteau. »

Cela eut l'effet escompté. Gilbert eut tout de suite l'air déstabilisé. Il ne s'était vraiment pas attendu à cette réaction.

«Rencontrer une fille suffit à te donner autant d'assurance? »lança-t-il avec ironie, mais avec un peu de concentration, n'importe qui aurait pu entendre les vibrations de tristesse dans sa voix.

La surprise frappa Serge puis son sourire réapparut, de façon plus discrète.

«Tu es donc au courant. Qui donc t'en a parlé? Je suis invité à la revoir à la fin de la saison. Tu pourrais venir. Elle aura peut-être de jolies amies à te présenter. »

Les lèvres de Gilbert tressaillirent. Un mouvement de mépris le fit presque bondir de son lit. Mais...il n'allait pas laisser à Serge le plaisir de le voir stupéfait. Jouer le jeu serait une revanche bien plus délicieuse et qui plus est, lui ferait perdre ses moyens, non?

« Pourquoi pas? Si tu es sérieux, monsieur Perfection. Il fait froid, n'est ce pas? »

« Ah, excuse moi, je vais fermer la fenêtre... »

« Inutile, laisse là comme cela. »

L'instinct de Serge se mit en marche: Gilbert se levait, de manière langoureuse, et faisait quelques pas. Quelque chose allait se passer...

«Il fait froid mais en plus...tu dois te montrer bon amant avec cette fille, n'est-ce pas? »fit Gilbert, ses yeux sans émotions, le sourire glacial. «Tu dois être parfait dans tous les sens du terme... »

« Qu'est-ce que tu...? »

«Sers moi dans tes bras et laisse toi faire. »

Sans même crier gars Gilbert se jeta sur Serge en l'enlaçant. Posant ses lèvres sur celles de Serge, ils tombèrent sur son lit. Serge, dans ce baiser aussi inattendu que fougueux, put enfin mettre un nom sur cette hésitation...elle s'appelait Gilbert. Il ne voulait pas de ça, il ne voulait rien apprendre de Gilbert.

A suivre...