Chapitre 3 (Partie 2)
Emily Prentiss, plutôt imperturbable, semblait cette fois-ci avoir perdu son sang froid... Alors que tout le monde avait les yeux rivés sur l'écran, non pas par voyeurisme, mais pour trouver une piste leur permettant de coincer le suspect, Emily avait détourné les yeux et avait quitté ses collègues dans un mouvement de colère et de précipitation. Tous relevèrent la tête à ce moment, surpris par le geste de la profiler...
JJ: Trouvez quelque chose pour coincer ce salaud, je vais m'occuper d'Emily !
JJ s'inquiétait pour sa coéquipière, d'autant plus que ce genre de réaction était très inhabituelle chez Emily Prentiss. La jeune femme avait bien remarqué le comportement plutôt étrange de sa collègue, sa façon de s'investir un peu plus dans l'enquête, sa façon de prendre les choses un peu trop à cœur. Ça lui arrivait de temps en temps, lorsqu'il s'agissait d'enfants ou de femmes battues, violées ou torturées, mais cette fois JJ avait bien senti qu'il y avait quelque chose de plus profond... L'agent de liaison retrouva Emily assise sur le bord du trottoir devant le commissariat. Elle s'assit à ses cotés et posa une main sur son épaule.
Emily, rassurante: Je vais bien, j'avais juste besoin d'air. Je ne sais pas ce qu'il m'a prit…
JJ: Tu as le droit de craquer Emily, on craque tous à un moment et que tu ne veuilles pas le faire devant les autres ok, mais pas de ça avec moi. N'aie pas honte de craquer, tu n'as pas à toujours être forte. Cette histoire touche des femmes, et je sais mieux que quiconque ici comme ça peut être déstabilisant et difficile de s'identifier aux victimes, de compatir avec leur souffrance. Alors n'aie pas honte de ce que tu ressens…
Emily: Je sais tout ça JJ, mais je n'aime pas me montrer faible… Et pour l'enquête, elle n'a rien de plus que les autres, je suis juste fatiguée. Allez désolée, on devrait y retourner !
Emily se leva et repris le contrôle d'elle même, elle était douée pour ca, elle savait contrôler son image, ses émotions ... Elle avait un sourire de façade et une mine qui se voulait rassurante, elle aurait pu tromper tout le monde avec son sourire retrouvé...
JJ: Craquer, ce n'est pas être faible Emily, c'est être humain.
Emily sourit à sa collègue et elle partie rejoindre les autres... JJ la suivait de près, quelque peu déboussolée par l'attitude de sa collègue. Elle aurait aimé comprendre, qu'Emily se confit un peu, qu'elle partage avec elle ses doutes, mais c'était Emily en face... Cette dernière se remit en mode profiler, et en entrant dans le poste de police, elle fut soulagée de voir qu'ils avaient fini le visionnage de cette vidéo, un peu moins quand elle se rendit compte que tous la regardaient avec inquiétude.
Emily, devançant toutes les questions: J'ai eu un petit étourdissement, mais ça va. Bon, ça donne quoi ?
Hotch fit un rapide topo sur la vidéo et ce qu'il en ressortait… C'était qu'à part la victime et la chambre d'hôtel, rien d'autre n'était vraiment visible, et ce n'était pas avec cette vidéo qu'ils auraient des informations sur le tueur…
Hotch: La journée a été longue pour tout le monde et Prentiss vient de nous rappeler que nous avons tous nos limites… On va tous aller se coucher un peu et demain nous ferons un point et nous dresserons le profil.
Alors que tout le monde commençait à quitter les lieux pour rejoindre l'hôtel où ils allaient pouvoir se reposer, Hotch prit discrètement JJ à part.
Hotch: Comment va-t-elle ?
JJ: Je ne sais pas trop pour être honnête…
Hotch: Je compte sur toi pour la surveiller, c'est rare de la voir comme ça et je sais qu'elle a trop de pudeur et de retenue pour craquer devant les autres, elle ne veut pas qu'on la croit fragile… Donc on va faire en sorte de ne pas faire de remarques pour ne pas empirer les choses, mais JJ je compte sur toi pour essayer de comprendre !
JJ avait acquiescé aux propos de son chef, et elle aussi avait quitté le bureau de police de Boston qui leur servait de QG pour cette enquête.
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Emily Prentiss avait rejoins la chambre d'hôtel que Garcia leur avait réservé. Elle passait énormément de temps hors de chez elle, dans des hôtels comme celui ci, elle avait l'habitude de voyager, de dormir ailleurs que dans son appartement...
Avant, elle appréciait de retrouver le calme de son appartement, la sérénité d'être chez elle et elle savourait les retours à la maison. Mais ces derniers temps, elle ressentait tout cela différemment. Lorsqu'elle rentrait chez elle, elle se sentait vide, seule et lasse. Chaque retour à la maison lui donnait le cafard…
Lorsqu'elle était en enquête, elle passait son temps avec ses collègues et amis, l'esprit tourné vers les autres, les victimes, les suspects, les preuves… Mais lorsqu'elle rentrait chez elle et qu'elle fermait la porte de son appartement, le silence qu'elle rencontrait lui rappelait sans cesse sa solitude. Son boulot, elle l'adorait, mais elle n'avait définitivement que ça dans sa vie... Il lui prenait son temps, son énergie, il lui prenait sa vie … Et lorsqu'elle rentrait, elle devait faire face au fait d'être seule chez elle et même Sergio n'arrivait plus à combler le vide qu'elle ressentait, vide qui avait grandi en elle ces dernières semaines...
Elle se savait être la seule responsable de tout ceci, elle avait eu l'occasion de construire sa vie plusieurs fois, mais elle s'était souvent réfugiée derrière son boulot, ou bien elle avait fuit à la simple évocation d'une relation un peu plus sérieuse… Emily avait eu peur de s'engager, et elle devait faire face à ses erreurs seule.
Ces derniers temps, ce sentiment de solitude s'était accentué après qu'elle ait une nouvelle fois fuit devant le bonheur. Elle avait énormément de regrets en elle, et à l'approche de ses 39 ans, elle commençait à faire le point sur le temps perdu, sur les erreurs qu'elle avait commisses et sur ce qu'elle pouvait encore espérer de la vie… Emily était en pleine remise en question sur sa vie... Elle se sentait mal, elle sentait que quelque chose ne tournait pas rond chez elle et elle en cherchait la cause au travers de cette remise en question...
Cette enquête relançait en elle beaucoup de souvenirs et d'interrogation, elle ne pouvait s'empêcher de s'identifier à Bethany Gannon la troisième victime, une femme qui avait fait de son boulot sa vie et qui s'était retrouvée seule face à sa mort... Elle n'avait eu personne à aimer, personne avec qui partager sa passion, elle était morte et ce qui restait d'elle n'était autre que des articles. Emily ne voulait pas qu'il ne reste d'elle que l'agent du FBI, elle ressentait le besoin d'avoir quelque chose en plus, elle voulait laisser plus d'elle...
Mais au delà de la solitude qu'elle partageait avec Bethany Gannon, c'était son avortement qui l'avait touché, une épreuve qu'Emily avait elle aussi dû vivre et cette enquête avait ravivé en elle des souvenirs douloureux … Et ses souvenirs ajoutés à sa remise en question et à son insatisfaction la conduisait à se demander si elle avait vraiment fait le deuil de son avortement, si elle s'était vraiment pardonnée tout ceci et si elle avait réussi à tourner la page...
Emily n'était pas comblée dans sa vie affective et elle commençait à se demander ce qui aurait été différent si elle avait fait un autre choix il y a près de ça 25 ans, aurait-elle était plus heureuse ? Aurait-elle été plus comblée? Peut être aurait-elle eu une vraie famille, un vrai soutien. Et elle serait mère en ce moment ? C'était peut être ce qui lui manquait pour être heureuse, un enfant, une famille, un homme ? Emily avait eu l'occasion d'avoir tout ceci, d'être heureuse, mais elle avait toujours fuit sans jamais vraiment comprendre. Elle avait eu plusieurs opportunités d'être heureuse mais elle s'était toujours refusé le droit au bonheur...
La jeune femme ne savait plus vraiment où elle en était dans ses pensées, mais une chose était claire : cette enquête la perturbait de plus en plus, et son esprit s'embrouillait, ne lui laissant aucun répit pour souffler ou pour réfléchir de manière cohérente...
Cette nuit-là, Emily ne dormit que très peu. Ses doutes, ses inquiétudes, ses appréhensions et ses sentiments occupèrent ses pensées, l'empêchant de trouver le repos, la privant d'un sommeil dont elle avait pourtant bien besoin…
