Chapitre 7….
Les premières journées avaient été ardues, mais elles ne se comparaient en rien à ce que le groupe devait maintenant affronter. Rin ne comptait plus les jours et les nuits qu'ils avaient passés à voler sur le dos de Kirara. Ils étaient constamment poursuivis par des hordes de youkais, et le Shikon no Tama les attirait de plus en plus. Plus la troupe s'approchait du but, plus leurs adversaires étaient puissants. Au stade où ils en étaient, les youkais étaient maintenant partout et insatiables.
Jaken les avait prévenus; même le seigneur des terres de l'Ouest ressentait l'épuisement en ces terres hostiles. Rin comprenait maintenant le sens de cette affirmation. Elle vivait le chaos que Sesshomaru avait dû supporter plusieurs mois durant.
«Rin! Attention!», hurla Inu-Yasha
Il posa sa main sur la tête de la jeune miko et la poussa contre le corps de leur monture. Elle sentit quelque chose frôler sa nuque. Lorsqu'elle jeta un coup d'œil derrière son épaule, Rin crut apercevoir des projectiles qui l'auraient surement atteint au visage, sans l'intervention d'Inu-Yasha. Ce dernier s'empressa de trancher l'ennemi avec son célèbre Kaze no kizu. Aucun de ces bâtards n'allait mettre ses salles pattes sur Rin.
Inu-Yasha persévérait, tandis que Jaken tenait bon, et faisait de son mieux pour repousser les ennemis trop proches à l'aide de ses flammes. Mais Rin n'en pouvait plus, sa vigilance lui faisait défaut. Elle n'était pas youkai, elle ne pouvait pas survivre indéfiniment sans le moindre repos. Elle regarda la mer de créatures qui planait sous Kirara. Jaken avait parlé de youkais félins, mais ils avaient tous constaté il y a maintenant au moins deux jours que les envahisseurs étaient devenus très diversifiés. Mais ils étaient tous aussi repoussants les uns que les autres, aux yeux de la jeune miko.
Elle soupira. La fatigue rongeait son moral…et sa bonne foi. Elle jeta un regard haineux aux ennemis. Au début, elle avait souhaité conserver ses flèches pour un moment où elle serait sur la terre ferme. Son peu d'expérience l'empêchait d'être précise en plein vol. Mais les ennemis étaient partout maintenant. Peu importe la trajectoire de ses flèches, elle était assurée d'atteindre plusieurs cibles à la fois. Elle posa sa main dans son carquois. C'était l'heure de la revanche.
«Mourrez salles monstres!», hurla-t-elle en tirant à gauche, à droite, devant elle, partout. Les flèches purificatrices avaient débuté leur carnage.
Jaken, qui était sur le devant de la monture, ne put qu'observer avec surprise la pluie de flèches qui déferlait sur la vague de youkais. Il assistait pour la première à la colère de Rin. Jaken sourit. Il avait hâte de voir la tête de Sesshomaru-sama lorsque ce dernier allait assister au spectacle qu'allait lui procurer son ancienne protégée.
…
«Yo, Sesshomaru! Où es-tu Sesshomaru! On a tous très envie de te voir! J'aimerais bien voir ta salle tronche pendant que je piétine ta jolie petite terre de l'Ouest»
«Quels abrutis…», fut la seule pensée qui traversa l'esprit de Sesshomarut. Il le savait. Une bande de youkais essayait de l'attirer dans une embuscade. Ses ennemis avaient mis à vue les youkais les plus arrogants et imbéciles, dans l'espoir que Sesshomaru morde à l'hameçon et les attaque. Mais ce dernier avait déjà repéré le reste du groupe. Il connaissait leur sorte, il en avait déjà tué plusieurs. Il aurait pu continuer, mais il savait que des centaines d'autres l'attaqueraient ensuite.
Il jeta un regard à sa gauche. À travers les arbres, il voyait le palais. Il était si proche…mais l'abondance de youkais était rendue nauséabonde à ses sens. Ils étaient si nombreux que même le seigneur des terres de l'Ouest devait se montrer prudent. Le youkai était fortuné. Aucun adversaire ne savait exactement où il se cachait. Il pouvait profiter de ce bref répit pour tenter de trouver une solution. Mais Sesshomaru fut pris de court par un nouveau stimulus.
Le hanyou, Inu-Yasha, était sur ses terres, il se rapprochait. Il n'était qu'à quelques lieux de son demi-frère. Un sourire sinistre se dessina sur les lèvres de Sesshomaru. Il ignorait pour quelle raison le bâtard se trouvait dans les parages, mais il se doutait bien que le hanyou était indisposé par les envahisseurs. . Heureusement, Inu-Yasha pourrait en tuer plusieurs. À eux seuls, ils allaient pouvoir tuer la majorité des troupes qui rodaient autour du château et faire fuir les autres. Sesshomaru dégaina Bakusaiga et s'élança vers les quelques malheureux qui tentaient de l'attirer depuis maintenant plusieurs heures. Au diable les embuscades, il souhaitait jouer avec l'ennemi.
Malgré sa fatigue et sa lassitude, le seigneur youkai accueillit ses opposants avec la même grâce qu'à l'habitude. Plusieurs ennemis tombaient, après un seul coup d'épée de Sesshomaru. Ce dernier fronça les sourcils. Les ennemis étaient aujourd'hui fort nombreux, mais faibles, Sesshomaru avait l'habitude d'affronter des youkais de meilleur calibre.
«Kaze no kizu!»
Une autre vague d'ennemis mourut. Le hanyou l'avait déjà rejoint. Sesshomaru lança un regard dans sa direction. Il avait un youkai félin comme monture, mais qui n'appartenait évidemment pas au groupe ennemi. Jaken était aussi de retour. Il remarqua également la présence d'une femme, cette dernière venait tout juste de poser pied sur le sol. Une étrangère. Elle lui tournait le dos. Il put alors constater que le carquois de l'archère était vide. Elle dégaina cependant une dague et s'attaqua à l'ennemi le plus proche, un youkai juvénile, de faible puissance. Le malheureux devint poussière dès que la femme lui eut planté sa dague dans la poitrine. Il venait tout juste d'être purifié.
Il n'y avait plus de doute. La femme possédait avec elle le Shikon no Tama. Pourquoi Inu-Yasha était-il venu jusqu'ici avec un tel artefact? Alors que le puissant youkai poursuivit son carnage, il remarqua, sans grande surprise, que les envahisseurs battaient en retraite. Ils n'encerclaient plus Sesshomaru. Alors que les plus faibles fuyaient, une poignée d'entre eux se dirigeait vers la fille, ils étaient attirés par le pendentif qu'elle portait. Inu-Yasha était à proximité d'elle, mais il était submergé d'ennemis, il était incapable d'assister la pauvre humaine. Sesshomaru se rapprocha alors de ses renforts, devenus la proie de ses opposants. Il devait empêcher les envahisseurs qui restaient de s'approcher du bijou, car la femme n'était pas une guerrière expérimentée, elle ne tiendrait pas le coup. Cette dernière dégaina soudain sa deuxième dague et pivota sur elle-même, tuant et blessant gravement au passage une partie considérable de ses assaillants.
C'est alors que Sesshomaru la reconnu.
Visage pâle… d'immenses yeux noisette…c'était Rin.
Le seigneur youkai ralentit sa course alors qu'il s'approchait de la femme. Elle n'était pas en danger imminent. Pour le moment, elle se débrouillait à merveille. Il n'arrivait toujours pas à comprendre les images qui défilaient sous ses yeux.
Comment avait-elle pu changer à ce point? Elle avait caché son aura naturelle sous d'exubérants parfums floraux, raison pour laquelle Sesshomaru n'avait pu la reconnaitre. Elle avait les cheveux attachés et portait des vêtements similaires à ceux d'une ninja. Elle n'était certes pas une combattante aguerrie, mais la puissance de l'artefact qu'elle portait lui donnait la force nécessaire pour être une opposante de taille.
Elle était donc elle aussi devenue une miko, mais pas une miko habituelle. Kikyo et Kagome avaient toujours combattu avec une grâce réservée. Leur combat relevait de l'obligation et non du choix…tandis que Rin avait l'allure d'une démone avec ses deux dagues. Elle se battait avec une passion que Sesshomaru n'avait jamais vue chez une femme humaine. Il se demanda même si elle ne prenait pas plaisir à exterminer tous ces youkais. Elle dégageait une véritable grâce guerrière. Un spectacle à couper le souffle.
Mais son heure de gloire avait une fin. Un youkai félin plutôt baraqué s'élança dans sa direction. Cette dernière esquiva son attaque et planta ses deux dagues dans le dos de son assaillant. Mais ce dernier avait une puissance respectable, elle n'avait pas réussi à le purifier. Rin essaya de dégager ses armes, mais elles étaient coincées dans le corps de l'assaillant. Alors que celui-ci pivota pour faire face à son attaquante et lui trancher la tête, la jeune miko lâcha prise et se laissa choir sur le sol. Le youkai ennemi lui lança un sourire sadique en s'approchant lentement de sa proie.
«Rin!», hurla Inu-Yasha qui était entouré de trois ennemis de haut calibre. Ce dernier jura. À peu près tous les meilleurs guerriers s'étaient jetés sur le hanyou, car ils avaient assumé que ce dernier protégeait l'humaine.
Rin regarda son bourreau avec effroi. Elle était toujours plantée au sol, en position assise, ses jambes devant elle. Elle essaya nerveusement de reculer. Elle voulait s'éloigner le plus possible de l'ennemi. Alors que celui-ci leva sa hache pour achever la jeune miko, Rin ferma les yeux. C'était fini. Elle mourrait avant même de revoir son seigneur youkai. Mais la mort ne vint jamais à elle. Elle décida d'ouvrir les yeux lorsqu'elle entendit un gémissement et un bruit sourd. Elle avait devant elle le cadavre du puissant youkai, avec les deux dagues toujours plantées dans son dos. Sans même se soucier de l'identité de son sauveur, Rin regarda autour d'elle d'un air paniqué. Elle essayait de localiser d'autres attaquants. Mais où étaient-ils tous? À peine quelques minutes auparavant, elle ne pouvait voir qu'une mer de youkais autour d'elle, et maintenant, c'était le calme plat.
«…Rin…»
Le jeune femme se figea, ce n'était pas la voix d'Inu-Yasha. Cette voix… était beaucoup plus grave et douce. Elle leva les yeux.
Devant elle, il était là. Quelques partis de ses habits étaient déchirés et tachés de sang, mais il était là, vivant. Son regard d'ambre se posa sur elle avec la même sagesse qu'à l'habitude. Son sauveur. Sesshomaru.
«Se…Sesshomaru-sama?», s'enquit-elle, d'une voix timide et tremblotante. Ses yeux s'emplirent de larmes. «SESSHOMARU-SAMA!»
Elle ignora la douleur qui tiraillait ses muscles. Elle se leva et s'élança dans les bras de son seigneur youkai. Elle le sera fort contre elle, sa tête blottie sur sa poitrine. Il était là. Elle pouvait sentir sa chaleur, son odeur. Ses pires cauchemars étaient faux. Elle était revenue à temps. Elle pouvait le voir à nouveau.
Il ne l'avait pas repoussé, mais il n'avait pas non plus retourné son étreinte. Elle leva alors les yeux pour l'admirer, elle tendit une main vers son visage. Elle voulait le toucher. Mais la main du seigneur youkai intercepta la sienne. Les yeux de Rin se fixèrent sur le regard impassible du maître. La jeune femme vira à l'écarlate. Elle venait tout juste de comprendre le caractère très inapproprié de son geste. Elle rompit son étreinte et se plaça à une distance politiquement correcte du seigneur youkai.
«P-pardonnez-moi! Sesshomaru-sama!», s'exclama-t-elle, incapable de camoufler son embarras.
Le seigneur youkai porta alors son regard sur Inu-Yasha, maintenait débarrassé de ses ennemis, et qui le fixait avec hargne. Il regarda ensuite Jaken, qui semblait encore ému par les chaudes retrouvailles de Rin et son maître. Mais son expression vira rapidement à l'effroi, lorsqu'il réalisa que son maître le fusillait du regard.
«Sesshomaru-sama! Pardonnez mon absence! Devant votre refus de prendre possession du Shikon no tama, j'ai décidé de le prendre moi-même, dans l'espoir de vous être utile dans votre lutte! Mais la nouvelle protectrice, Rin, a refusé de me laisser le prendre. Et Inu-Yasha, eh bien…»
«Il n'était pas question que je la laisse venir ici toute seule! Sans moi, Rin et Jaken seraient morts, Sesshomaru», lui lança Inu-Yasha, sur un ton défiant.
Mais Sesshomaru ignora les précédentes remarques.
«Jaken, tu dois appeler les vassaux», lui lança-t-il, sur un ton de marbre.
«M-maitre? Mais…»
«Les vassaux Jaken, maintenant.», lui ordonna son maître en lui jetant un regard d'acier. Il n'avait pas envie d'entendre ses histoires…
«Oui maître Sesshomaru! Pardonnez-moi maître!», s'exclama le crapaud alors qu'il s'élança vers le château du seigneur youkai.
Sesshomaru tourna alors le dos au reste du groupe et suivit Jaken.
«Sesshomaru-sama! Attendez! Vous ne souhaitez pas savoir quelle raison nous amène ici?», s'exclama Rin, déconcertée.
«Le seigneur des terres de l'Ouest n'a pas besoin de l'aide du Shikon no tama. Vous avez fait une erreur en venant jusqu'ici», lança le maître youkai, sans se retourner.
Les yeux de Rin s'emplirent à nouveau de larmes. Il lui avait tourné le dos, il se fichait d'elle et de ses intentions. Elle se ressaisit. Elle devait lui parler.
«Sesshomaru! Écoutez-moi! Vos envahisseurs sont venus jusqu'à mon village! Ils ont fait un carnage pour s'emparer du Shikon no tama. Ils ont tué des femmes, des enfants, des orphelins…»
Sesshomaru s'arrêta. Sans se retourner, il lui lança :
«Le sort de tes congénères m'importe peu, Rin»
«Je ne suis pas venue vous quémander de la compassion, Sesshomaru-sama! Je suis venue, car notre objectif est le même, chasser et exterminer ces youkais assoiffés de sang. Vous n'avez jamais été comme eux, Sesshomaru-sama! Vous ne tuez pas gratuitement, vous êtes un youkai juste! Le Shikon no tama vous appuie!»
Sesshomaru resta silencieux et immobile.
«Sesshomaru-sama! Vous connaissez la puissance du Shikon no tama. Vos ennemis le veulent! Imaginez quels dommages ils pourraient causer avec le bijou entre leurs mains! Si je reste ici, avec le Shikon no tama, vous serez assuré qu'il sera entre bonnes mains…Je le protégerai pour vous! Je purifierai les youkais corrompus, afin d'accélérer votre victoire!», s'exclama Rin, avec une détermination que Sesshomaru ne lui connaissait pas.
«Mais ne compte pas sur moi pour la laisser seule ici. J'ai mis trop d'effort à reconstituer le Shikon no tama pour le perdre de vue. Et Rin n'est qu'une gamine. Je protégerai le Shikon no tama avec elle!», s'exclama Inu-Yasha, alors que Rin lui jetait un regard vexé.
Sesshomaru soupira, il n'avait pas la détermination, ni l'énergie pour les persuader de rebrousser chemin. De toute façon, il ne pouvait plus laisser Rin s'aventurer seule sur les terres de l'Ouest, son premier voyage avait été suffisamment dangereux.
«Alors qu'il en soit ainsi», laissa tomber Sesshomaru. Il jeta un oeil derrière son épaule pour regarder son ancienne protégée. Elle était une femme maintenant, elle était devenue une étrangère. «C'est donc la voie que tu as choisie, Rin». Il se tut et se dirigea vers le château. Au moment où il ouvrit la porte, trois ou quatre youkais du camp adverse sortirent à la course, Jaken à leur trousse. Le crapaud venait tout juste de chasser les derniers vagabonds à proximité.
Rin regarda le maître anxieusement. Elle connaissait Sesshomaru. Elle savait que sa dernière phrase, si courte, pouvait être interprétée d'une multitude de façons. Elle sentait le reproche dans la voie du youkai. Lui en voulait-il? Rin garda le silence et se contenta de suivre le maître des terres de l'Ouest, talonnée de près par Inu-Yasha et Kirara, tous près à entrer dans ce qui deviendrait leur forteresse.
…
«Aille!»
Rin grinça des dents alors qu'elle tentait de soigner une blessure qu'elle s'était faite à la jambe. Une entaille assez profonde, qui laisserait surement une cicatrice sur sa cuisse. Elle était toutefois soulagée d'être à l'intérieur du castel de Sesshomaru. Elle était dans la même chambre d'invitée qu'à l'accoutumée, au deuxième étage, avec une vue sur la cour qui devenait fleurie chaque printemps. Mais le paysage extérieur était en ce moment très glauque. L'équinoxe était déjà passé. Il n'y avait que quelques fleurs automnales qui persistaient. La jeune femme posa une pommade sur sa plaie. C'était une puissante recette d'herbes médicinales que lui avait inculquées Miroku, qu'il avait lui-même appris de Kagome. Le remède chassait les maladies et aidait à guérir. La menthe qui se trouvait dans la mixture apporta une légère sensation de fraicheur sur sa peau. Rin se sentait déjà mieux. Elle termina son œuvre en posant un bandage sur la plaie. Elle enleva ensuite sa tenue de combat pour enfiler un kimono et détacha ses cheveux.
Inu-Yasha avait pris possession de la chambre voisine, Rin pouvait entendre ses ronflements. Le pauvre s'était effondré dans le premier lit qu'il avait trouvé, exténué. Rin aurait souhaité faire de même, mais elle voulait d'abord parler à Sesshomaru. Elle devait le confronter, lui expliquer les raisons qui l'avaient forcée à le quitter. Elle jeta alors un œil au sol. Du sang...juste à côté de sa tenue de combat, qui traînait par terre. Le sang venait de sa tenue, apparemment souillée. Mais le sang n'était pas sur le tissu qui avait couvert sa jambe blessée, il était sur la partie qui couvrait son bras droit. Non…ce ne pouvait pas être son sang, elle ne s'était pas blessée à cet endroit. Rin réfléchit. Le sang d'un youkai? Elle se figea. Un seul youkai avait été suffisamment près d'elle pour tacher ses vêtements à ce point; Sesshomaru. Elle saisit un petit sac et sortit de la pièce.
…
Rin descendait prudemment les somptueux escaliers du castel. Maintenant que l'adrénaline s'était volatilisée de ses veines, ses muscles et sa jambe lui faisaient terriblement mal.
«Rin, tu ne dors pas?», lui souffla une voix douce. Gladis, la youkai gouvernante du château, l'attendait au premier étage. C'était une youkai chien, comme Sesshomaru, mais ses aptitudes au combat étaient très limitées, tout comme Jaken.
«Vous ne dormez pas non plus, Gladis?», lui lança Rin, surprise.
«Non, la joie de tous vous revoir me garde éveillée. Lorsque j'ai vu arriver ces hordes de youkais félins, j'ai cru que c'était la fin pour moi», lui lança la youkai, sur un ton joyeux. «Mais le voyage a dû être pénible pour toi, tu n'es qu'humaine après tout. Pourquoi ne dors-tu pas? Tu as besoin de quelque chose?»
«Non…merci Gladis! Je souhaitais tout simplement parler à Sesshomaru-sama. Où est-il?»
«À l'extérieur, dans la cour arrière je crois…probablement en train de méditer, fidèle à ses vieilles habitudes! Avant de sortir, il m'a justement mentionné qu'il souhaitait te parler. Je comptais te prévenir à ton réveil, mais maintenant que tu es ici…»
«Merci Gladis, j'y vais de ce pas», lui répondit Rin, avec un brin d'anxiété.
La servante regarda la jeune femme se diriger vers la cour. La dernière fois qu'elle avait vu Rin, elle devait avoir 13 ou 14 ans…elle était encore toute petite et frêle. En quelques années seulement, elle était déjà une femme splendide. Pourquoi n'était-elle pas dans un village d'humains? Pourquoi n'était-elle pas mariée à un puissant guerrier?
Non, ce destin ne collait pas avec Rin. L'enfant sauvage avait grandi avec des youkais, elle se comportait donc comme eux, elle devenait une guerrière.
…
Sesshomaru contemplait le clair de lune avec la même indifférence qu'à l'habitude. Malgré d'innombrables semaines sans le moindre repos, le sommeil ne venait pas à lui. Il faisait encore nuit, les youkais ennemis pouvaient revenir. Il devait rester aux aguets jusqu'à l'aube. Il sentit alors l'odeur de Rin qui s'approchait de lui. Il remarqua qu'elle avait enlevé le suffoquant parfum d'humaine femme qu'elle portait précédemment. Elle s'était surement lavée. La senteur était maintenant beaucoup plus subtile et agréable.
«…Sesshomaru-sama…puis-je vous parler?», lui murmura-t-elle.
Il jeta un bref regard sur Rin. Ses cheveux d'un brun très foncé, presque noir, étaient détachés, ils cascadaient maintenant sur ses épaules. Elle avait troqué sa tenue de combat pour un kimono pourpre et portait sa fourrure blanche, probablement pour se protéger du froid automnal. L'étrangère qu'il avait aperçue plus tôt s'était magiquement volatilisée. Elle était de nouveau Rin, la pure, l'innocente, la jeune fille qu'il connaissait.
«Je…je suis désolé Sesshomaru-sama…d'avoir quitté de cette façon le printemps dernier…Je…». Elle soupira. «Je savais que c'était la seule façon que je serais capable de partir. Le simple de vous annoncer mon départ et de devoir vous dire adieu». Elle s'arrêta brusquement, mais ravala ses larmes. «…était trop difficile pour moi…je suis désolée»
Elle prit une grande respiration et continua, avec plus d'aisance cette fois.
«Quand j'étais petite, je rêvais de pouvoir rester, mais maintenant, je réalise que j'ai dû être un terrible fardeau pour vous. Je voulais donc trouver un village d'humain et essayer, une fois de plus, d'y rester…»
Sesshomaru se rappela l'enfance de la jeune fille. À de multiples reprises, ils avaient tenté de laisser Rin dans des villages d'humains. À chaque fois, Jaken lui expliquait que la vie du seigneur youkai était trop dangereuse pour elle. Elle faillit rester pour de bon dans un village la première fois, mais après quelques visites du seigneur youkai, la petite avait statué qu'elle ne voulait plus rester. Dès le départ de Sesshomaru, Rin avait fui le village. Ce petit manège s'est produit plusieurs fois. Étrangement, elle était souvent capable de les retrouver, lui et Jaken. À chaque fois, elle les suppliait. Elle voulait rester avec eux, elle n'ennuyait dans les villages d'humains. Ils la gardaient alors quelques semaines de plus, et essayait de nouveau de la raisonner. Mais il n'y avait rien à faire, la gamine était malheureuse parmi les humains. Sesshomaru finit par céder. De toute façon, il avait d'autres obligations que d'essayer de raisonner la jeune humaine. Elle avait surement ses raisons.
«…Je ne suis plus une gamine…j'espérais donc trouver un mari et pouvoir fonder une famille…c'est le destin de toutes les femmes…», continua Rin.
«Mais tu as pourtant choisi de porter le Shikon no tama», poursuivit Sesshomaru, sans même regarder son interlocutrice. Une fois de plus, sa réplique ressemblait presque à un reproche. Se sentait-il trahi?
«Je…je n'avais pas le choix. Dans le premier village que j'ai trouvé, Inu-Yasha est venu à ma rencontre et m'a expliqué que sa défunte femme, Kagome, était venue à lui. Elle lui demandait de me léguer le Shikon no tama. Je n'ai pas eu le choix, Sesshomaru-sama, je ne pouvais pas refuser la dernière volonté de la miko…»
Cette information avait en quelque sorte, réussi à apaiser le youkai. Rin n'avait pas rejoint Inu-Yasha par choix, elle l'avait fait par bonté de cœur, par générosité, par altruisme. C'était Rin tout craché.
«Et…je suis désolé de ne pas vous avoir remis votre fourrure, je sais à quel point elle est importante pour vous, je suis venue vous la rendre», dit la jeune femme.
Rin se trompait. Sesshomaru se foutait éperdument de sa fourrure. Il ne ressentait pas le froid de toute façon.
«Pour le moment, tu en as plus besoin que moi Rin», répondit-il, simplement.
«Vous…vous-en êtes sûrs?», demanda la jeune femme. Son regard s'arrêta sur le bras du maître youkai. Elle avait raison, il était blessé. Elle avait complètement oublié de vérifier à son arrivée.
«Sesshomaru-sama…vous êtes blessé…je vais vous aider», murmura-t-elle, en sortant de drôles d'items d'un petit sac qu'elle traînait avec elle.
«Je n'ai pas besoin de cures d'humains Rin…»
«M-mais votre bras…», commença-t-elle.
Sesshomaru soupira. Rin avait toujours eu une drôle d'obsession avec son bras gauche. Celui qu'Inu-Yasha lui avait enlevé et qui était revenu comme par magie lorsqu'il découvrit Bakussaiga, l'épée qui dormait en lui. C'est alors que la jeune femme se donna le droit de relever la manche du youkai pour constater les dégâts. Une coupure profonde à l'allure sinistre. En temps normal, Sesshomaru aurait invoqué sa puissance youkai pour refermer la plaie, mais il était las. La blessure se refermerait d'ici quelques jours, de toute façon. Il sentit alors une sensation de fraîcheur sur son bras. Rin jouait de nouveau à la soignante avec lui. C'était la première fois qu'il la laissait s'exécuter. La sensation de la pommade sur sa peau était étrangement agréable. Rin étendait le tout du bout des doigts avec une légèreté qui se comparait à une plume, comme si elle voulait éviter de lui infliger quelconque douleur. Il ne comprenait pas toute cette attention, il ne réagissait plus à la douleur depuis plusieurs décennies.
Il ignorait le combat intérieur que menait en ce moment cette dernière. Rin était absolument abasourdie que le youkai la laisse regarder son bras, le toucher, le soigner. Rin profitait de l'instant pour contempler les reflets pâles de la peau du maître au clair de lune. Seulement du bout de ses doigts, Rin pouvait sentir la chaleur, la puissance qui émanaient du bras meurtri.
Alors que Rin terminait de poser le bandage, Sesshomaru sentit le sang de sa compagne. Il remarqua une goutte qui coulait le long de sa cheville.
«Rin…peut-être devrais-tu te préoccuper de tes propres blessures», suggéra le maître youkai. Rin suivit le regard de Sesshomaru.
«Mais…j'avais déjà bandé cette plaie, je ne comprends pas!»
Sesshomaru dégaina une épée qu'il n'utilisait que très rarement; Tenseiga.
«Montre-moi Rin», ordonna-t-il.
Rin ravala sa salive alors qu'elle s'exécutait. Ils avaient découvert par le passé que Tenseiga avait toujours un effet sur Rin. La lame, lorsque collée contre une blessure, pouvait la faire disparaître instantanément. Mais Tenseiga ne pouvait reproduire cet effet ni sur Sesshomaru, ni sur Jaken. L'épée faisait seulement effet sur l'humaine.
Même si la procédure était banale, Rin sentit ses joues s'enflammer lorsqu'elle leva délicatement son kimono pour lui exposer sa cuisse. D'un coup de lame, le youkai enleva les bandages, déjà imbibés de sang et posa le dos de l'épée sur la coupure. Après un léger picotement, l'entaille s'était volatilisée.
«A-arigato…Sesshomaru-sama»
Elle laissa tomber le tissu de sa robe sur sa jambe et s'assit de nouveau à côté du youkai. Elle pouvait sentir que son maître était plus détendu que lors de son arrivée. Rin l'avait remarqué depuis plusieurs années. Il avait pris l'habitude de poser son regard sur elle uniquement lorsqu'il était préoccupé. Or, son regard était depuis un bon moment de nouveau tourné vers la lune. Rin était heureuse. Elle adorait partager ces moments de silence nocturne avec Sesshomaru.
«Rin, même avec le Shikon no tama, tu restes vulnérable. Il te faudra t'entraîner…les ennemis que tu as rencontrés aujourd'hui étaient faibles», conseilla Sesshomaru.
«Oui, Sesshomaru-sama. Je m'entrainerai, dès demain. Inu-Yasha m'aidera», répondit la jeune femme.
Le youkai fit une légère moue. Inu-Yasha. Il avait presque oublié sa présence puante dans le palais.
«Il y a autre chose Rin…», poursuivit Sesshomaru. «Ces dagues que tu as seront inutiles sur cette terre.» Il détacha un item de sa ceinture, qu'il ne portait habituellement pas avec lui. «Utilise cette arme, la lame a été forgée par des youkais».
Sesshomaru lui tendit une dague, beaucoup plus longue que celles que Rin portait avec elle.
«Mais…je crois qu'elle est trop grande Sesshomaru-sama, elle est surement trop lour…»
Avant qu'elle ne puisse terminer sa phrase, le youkai avait posé le manche de l'arme dans la main de la jeune femme. Rin avait senti les doigts de Sesshomaru frôler les siens. Elle fut stupéfaite de la chaleur que dégageait sa main, par rapport aux siennes, glacés par le temps froid. Elle saisit la dague et la sortit de son fourreau. Elle était légère, plus légère que ses armes humaines. C'était une arme aussi majestueuse que son propriétaire. La lame avait un reflet bleuté et un croissant de lune, similaire à celui sur le front de Sesshomaru, se retrouvait sur le manche. Rin avait l'impression que l'item avait une valeur inestimable.
«Mais fais attention, la lame est empoisonnée», termina-t-il.
«Merci beaucoup…Sesshomaru-sama, elle est splendide, j'en prendrai soin», promit son interlocutrice qui remit la puissante lame dans son fourreau. Ils restèrent en silence quelques minutes, Sesshomaru absorbé par ses pensées, et Rin qui faisait le vide dans son esprit. La fatigue commençait à s'emparer d'elle.
«Sessshomaru…sama…je suis heureuse, d'être avec vous de nouveau», avoua-t-elle, la voix enrouée par le sommeil qui l'accablait.
Il resta silencieux. Après quelques minutes, il pouvait voir, avec sa vision périphérique, la tête à sa compagne dodeliner, elle s'endormait, elle cherchait un point d'appui. Sa tête vint finalement se choir sur l'épaule du youkai, qui tressaillit légèrement au contact de la jeune femme. Il resta un instant à contempler la nuit tardive. Pour la première fois depuis plusieurs mois, Sesshomaru sentait le sommeil venir à lui. La fatigue de Rin était contagieuse. Lorsqu'il remarqua les premiers rayons de soleil matinaux, il prit la jeune femme dans ses bras et la ramena dans sa chambre. Il la posa délicatement sur son lit et ne put s'empêcher de la regarder un instant, de la même façon qu'on contemple une œuvre d'art. À quel moment était-elle devenue une femme? Avant son départ, ses formes avaient toujours été camouflées sous ses kimonos enfantins. Aujourd'hui, ses vêtements laissaient légèrement entrevoir des courbes. Sesshomaru avait toujours craint ce moment…non pas parce qu'il était incapable de gérer ses instincts masculins, mais plutôt parce qu'il avait craint que le cœur de Rin ne se corrompe, que sa pureté, que sa joie de vivre, soient remplacé par la vanité typique des femmes choyées par mère Nature. Comme il l'avait prévu, elle était devenue une splendide jeune femme. Elle avait dû recevoir beaucoup d'avances dans un village d'humains. Il recouvra la silhouette frêle de la jeune femme avec ses couvertures. Il était soulagé. Une partie de ses craintes s'étaient avérées fausses. Certes, Rin était devenue une femme, mais son cœur était resté inchangé. Il pouvait encore sentir la joie…non…plutôt la rage de vivre, qui avait toujours habité sa protégée. Rin était restée pétillante, mais humble.
Sesshomaru se dirigea dans ses propres appartements. Il dormit.
A/N : Et voilà! Les grandes retrouvailles! Je dois avouer que j'ai particulièrement aimé écrire ce chapitre! Attention! Ça risque de chauffer entre le youkai et l'humaine au cours des prochains chapitres! Le rating montera peut-être à M, mais je ne suis pas encore décidée. Vous serez prévenu en cas de chaud lemon!
Mais pour le moment, je réclame rémunération. Non…pas du cash, votre feedback uniquement.
Je m'adresse même à toi, petite personne anonyme qui a lu tous les chapitres au cours des derniers jours, mais qui est restée silencieuse, je t'ai vu dans mes Story Stats, tu as pourtant lu l'histoire jusqu'à la fin, tu devais apprécier, un tantinet soit-il… Vous êtes d'ailleurs plusieurs dizaines à avoir fait de même. Vous devriez pourtant savoir qu'il n'y a rien de plus gratifiant pour un auteur que de se savoir lu. Je sais exactement où je m'en vais avec cette histoire, je déborde d'idées, mais mon horaire personnel deviendra très chargé au cours des prochaines semaines, j'ai donc besoin que vous me bottiez les fesses si vous voulez avoir la suite rapidement. Car chaque nouveau chapitre pour moi = une nuit blanche! J'ai besoin de motivation pour veiller jusqu'à l'aube!
Je remercie encore les personnes qui ont pris le temps de me laisser une petite review! C'est grandement aprécié!
Allez! Cliquez! Juste là! Bouton du bas!
