A/N: Que dire…merci encore pour vos commentaires. Vous êtes nombreux et loyaux, je suis si choyée :)

Désolé pour ma lenteur à mettre à jour, débordée comme jamais, je le dit et le répète, la vie d'adulte c'est pas cool! Vous n'avez pas idée à quel point je suis débordée ces temps-ci O_O'

Malheureusement, il est tard et je suis pressée de mettre à jour…pour cette raison, je suis contrainte de sauter un chapitre pour les réponses persos, milles excuses -_-. Je vous remercie quand même toutes! Merci pour votre intérêt et votre persévérance à me lire : Serleena, Cynthia, Anae, Kagome 78 et fleur-fane!

Bon, maintenant…Ce chapitre utilise un concept littéraire fort intéressant, celui de la correspondance. J'ai lu une fic dans une autre section qui m'a donnée envie de m'essayer à ce style (Message in a bottle de Lady Ankaa, aussi connue sous le nom d'Altol, une fanfic de final fantasy VIII), mais c'est en lisant le livre Quand souffle le vent du Nord de Daniel Glattauer que je fus convaincue du bien-fondé de cette idée (un livre splendide, que j'ai dévoré en quelques heures). Ce chapitre rapportera donc la correspondance entre Rin et Sesshomaru, mais ce sera mélangé à des scènes conventionnelles. J'espère que le concept vous plaira!

**Petite note, en début de paragraphes, je mettrai parfois des notes du genre « 5 jours plus tard » ou « 10 jours plus tard ». C'est le nombre de jours qui s'écoule entre chaque lettre échangé par Rin et Sesshomaru.

24: Origamis

Boum! Boum! Boum!

Sesshomaru observa ses plumes et ses pots d'encre vibrer dangereusement sur son bureau.

Au début, il n'avait pas prêté attention au bruit incessant des marteaux et des masses utilisés pour reconstruire son château. Ses quartiers avaient rapidement été raccommodés et il avait déjà inspecté les plans de reconstruction pour les autres sections. Il n'avait pas à se préoccuper du reste.

Mais après plusieurs jours restés dans ses quartiers privés, sans manger ni dormir, sa patience commençait à s'user.

Cela faisait maintenant plusieurs jours que Sesshomaru ne sortait plus de sa chambre. Apparemment débordé par les paperasses qui officialisaient sa prise de pouvoir des Terres du Nord, il se cachait là où personne ne pouvait le voir, tel un ermite. Seul Jaken était autorisé à le sortir de temps à autre de sa torpeur, afin de le consulter quand des décisions concernant la reconstruction du château devaient être prises. Mais depuis un incident impliquant une dague décorative lancée sur Jaken, ce dernier était resté plutôt discret. En effet, il avait compris que le maître était très irritable, et que son espérance de vie serait réduite de quelques décennies s'il osait consulter Sesshomaru pour d'autres questions futiles.

Boum…boum…BOUM!

Sesshomaru regarda avec hargne l'encrier qui venait tout juste de se renverser. Ses réflexes étaient si affectés par le manque de sommeil qu'il ne se donna même pas la peine de replacer l'encrier, ce dernier s'étant déjà vidé de tout son contenu avant que Sesshomaru n'ait le temps de réagir. Il soupira. Il avait honte de sa propre faiblesse. Il y avait à peine quelques mois, il pouvait passer des semaines sans manger ni dormir, tout en préservant une puissance inégalable. Depuis sa résurrection, il valait à peine plus qu'un humain. Après sa première nuit de sommeil, lorsqu'il était toujours au Nord, il s'était senti revigoré à un point tel qu'il se croyait déjà tiré d'affaire. Il a vite réalisé qu'il s'était trompé. Il commença à se demander s'il allait réellement, un jour, recouvrer ses forces d'autrefois.

«M-maître?», couina une voix ô combien désagréable.

Sesshomaru jeta un œil mécontent au crapaud qui perturbait une fois de plus le cours de ses tourments.

«…Je suis venu vous livrer une lettre! De Rin, je crois…C'est Ah-Un qui l'a apporté…»

Le youkai se leva d'un bond et saisit le papier des mains de Jaken.

«…Oui…c'est probablement elle», commenta le youkai en observant l'écriture féminine sur le parchemin décrépi. L'ennui et le désespoir laissait maintenant place au bonheur, à l'extase. Enfin…il allait avoir des nouvelles de Rin.

Sesshomaru leva la tête et remarqua que Jaken était toujours dans l'embrasure de la porte, immobile.

«Jaken…tu peux disposer…»

«Oui maître, mais…»

«Jaken, je n'aime pas me répéter», rétorqua froidement Sesshomaru.

«Mais je voulais avoir des nouvelles de…»

«Jaken. Dégage.»

Un peu déçu, mais surtout terrifié, Jaken s'inclina bien bas et disparut.

Sesshomaru porta la lettre tout près de son visage et huma son odeur. Oui…c'était en effet une lettre de Rin, il reconnaissait le parfum sucré de sa peau se mêlant à l'odeur du papier de riz. Il la déroula lentement.

Cher Sesshomaru-sama

BANG! Sesshomaru se tourna brusquement vers la fenêtre. Il retenu un grognement. Il comprit que s'il voulait réellement se délecter de l'instant présent, il n'aurait pas le choix de sortir du satané château.

Il fourra la lettre dans sa poche, mit son armure et évacua en vitesse.

Une armée de vassaux et d'ouvriers pullulait dans toutes les pièces et couloirs, mais le youkai ne leur prêta guère attention, se contentant d'ignorer les imbéciles qui osaient l'interpeler. Rarement, il n'avait autant eu l'envie d'être seul. Inconsciemment, il s'était dirigé à la cour arrière, à la plantation de cerisiers. À sa grande surprise, il remarqua que c'était le crépuscule. Son ermitage lui avait complètement fait perdre la notion du temps.

Près de deux semaines s'étaient écoulées depuis le départ de Rin. Au début, le youkai avait essayé de se noyer dans le travail, pour essayer d'oublier le vide, le gouffre que la jeune femme laissait derrière elle. Mais cette méthode n'avait marché que les premiers jours. Désormais, il n'était plus capable de se concentrer. Il était à la fois exténué et agité. Comme si Rin était un puissant opium, et qu'il était un drogué en sevrage. Les effets secondaires ne faisaient que s'intensifier au fil des jours.

Mais les choses allaient s'améliorer pour quelques temps. Grâce à cette satanée lettre.

Sesshomaru s'écrasa au pied d'un cerisier, le même qu'il y a deux semaines, lors de sa dernière nuit avec Rin. Il remarqua qu'Ah-Un était non loin de là, et dormait profondément. Il semblait exténué. Mais Sesshomaru était bien heureux de revoir son ancienne monture, le seul intermédiaire qui subsiste entre lui et…Rin. Il déroula le message.

Cher Sesshomaru-sama,

Je ne demanderai pas comment vous allez, car même de là où je suis, je peux tout deviner.

Vous êtes sans doute irritable, et vous avez sûrement battu Jaken à quelques reprises.

Mais ce n'est pas de votre faute. Votre château est bourré de youkais ouvriers qui font

du bruit et qui empestent la sueur, ça vous empêche de méditer et de réfléchir à votre

honorable empire. Vous avez donc toutes mes sympathies. Même moi je serais grincheuse,

si j'étais dans votre situation… surtout après le long voyage qu'a été le nôtre! Mais je vais

cesser de parler de votre situation, parce que je suis sûre que ça vous énerve un peu,

d'entendre parler de vous-même!

Heureusement, les choses se déroulent plutôt bien de mon côté. Ah-Un a grandement

facilité notre retour… même si j'avais le cœur gros. J'ai retrouvé ceux que j'avais

appris à apprécier, la première fois que je vous ai quitté. Yuki a tellement grandi!

Quand elle a vu Inu-Yasha descendre de Ah-Un, elle s'est exclamé « Papa-Yasha! »,

et elle a courut vers lui, avec ses petites jambes grassouillettes. J'étais très surprise. La

petite ne savait ni parler, ni marcher avant notre départ. Je crois qu'Inu-Yasha

l'était aussi. Je ne l'ai jamais vu aussi heureux avec sa fille. Son voyage lui aura

au moins permis cela : faire son deuil de Kagome et apprendre à aimer sa fille.

Oh…bien sûr, le voyage lui a aussi permis de s'enrichir!

Les sommes que vous nous avez laissé sont absolument absurdes, Sesshomaru-sama.

J'en ai assez pour vivre au moins une dizaine d'années sans même lever le petit

doigt! Mais bon, cela ne m'empêchera pas de me trouver un métier respectable,

c'est à peu près la seule façon de sauver mon honneur, vu que je n'ai pas de mari!

Dès demain, j'irai au village voisin m'acheter des nouveaux kimonos, pour ressembler à

une commerçante respectable, et des livres sur l'art de la parfumerie. C'est drôle, depuis

que nous avons discuté de la question, je remarque maintenant à quel point les parfums

commerciaux peuvent être étouffants. Pourquoi les parfumeurs distillent-il à ce point

l'odeur naturelle des fleurs et des fruits? Et pourquoi mélanger autant de ce satané alcool à

leur recette? Pour économiser quelques yens, je parie? Pour vous, et pour votre odorat

malmené, je vais leur montrer de quel bois je me chauffe! Mais pas trop quand même,

je ne voudrais pas que Sango accouche d'avance à cause de moi, il est encore trop tôt

pour ça. C'est fou à quel point elle a l'air heureuse depuis qu'elle attend un enfant, je l'envie

presque.

Comme vous pouvez le constater, la page est maintenant pleine des deux côtés, je serai

donc obligée de stopper cette interminable lettre. Le marchand de papier ne passe pas très

souvent, nous sommes donc rationnés.

J'attends une réponse de votre part avec impatience. Vous me manquez déjà beaucoup.

À très bientôt je l'espère,

Votre dévouée,

Rin

Sesshomaru regarda le bout de papier avec déception, il aurait aimé trouver d'autres pages, des dizaines d'autres! Il jeta un œil à Ah-Un. Connaissant Rin, il savait qu'elle s'était sans doute empressée de gribouiller tout ce qui lui passait par la tête pour lui expédier sa lettre le plus tôt possible, Ah-Un a probablement dû faire un aller retour avec très peu de repos. Il se demanda ce qu'il pourrait bien raconter à cette pauvre Rin. Il n'avait jamais été doué avec les mots. À l'écrit, c'était encore pire. Il allait devoir faire preuve d'imagination…

Il se releva. Il se sentait soudainement revigoré, comme s'il avait dormi une nuit entière. Il se dirigea lentement vers le château, mais s'arrêta au pied d'un cerisier. Il fixa un instant le soleil couchant, il avait une sensation de déjà vu. Il jeta un œil sur le sol. Une brindille de cerisier pleine de fleurs mortes traînait sur le sol. Sesshomaru la ramassa.

«Tiens donc, pourquoi le maître s'intéresse-t-il à des fleurs desséchées?»

Une voix de femme. Sesshomaru leva la tête. Il s'en voulu d'avoir baissé sa garde, il ne l'avait pas entendu s'approcher.

La jeune vassale aux cheveux noirs, Riona, se tenait devant lui. Il resta silencieux.

«Pourquoi s'intéresser à ces vieilles fleurs mortes, alors que les arbres sont encore pleine floraison?», s'enquit-t-elle d'un ton amusé, en regardant les fleurs au-dessus d'elle.

«Il n'y a pas si longtemps, ces fleurs séchées étaient elles-aussi dans les arbres», répondit passivement le youkai.

«Mais il semble qu'on ait a mit fin prématurément à leur heure de gloire! Une brise un peu trop brusque a dû briser la branche…j'imagine. C'est dommage, maintenant elles ne sont plus qu'un vestige du passé», répondit la jeune femme.

«Le passé…qu'est-ce que ça peut bien changer? Qu'est-ce qu'il y a de mal à faire partie du passé? Nous en ferons tous partie, un jour…»

«Oui…c'est vrai!» s'exclama-t-elle en hochant la tête. «Mais pas maintenant. Nous faisons encore partie du présent, et nous avons un futur. Pourquoi perdre notre temps à rêvasser du passé?»

«…Il y a parfois de merveilleuses choses qui dorment dans le passé. Il arrive même que le passé surpasse le présent ou le futur…». L'intonation du youkai était froides et impérieuses. L'interlocutrice ravala sa salive.

«…Vous êtes au sommet de votre gloire, maître. Vous en êtes encore à savourer votre victoire. Qu'est-ce qui vous rend nostalgique à ce point?», s'enquit-elle, dans un souffle.

Sesshomaru se contenta de la regarder froidement. Il n'avait pas l'intention de répondre à cette question.

«Qu'est-ce qui t'amène ici, Riona?»

«Certains félins sont déjà prêts à quitter le Nord, maître. Devons-nous mettre le plan à exécution, comme prévu?»

«Ai-je vraiment besoin de répondre à cette question?»

La jeune femme rougit. «Heu…je-je voulais seulement…Confirmer»

«Alors, tu peux confirmer par toi-même…si cela signifie que ma quiétude ne sera plus perturbée», rétorqua impassiblement le youkai. Il tourna les talons et se dirigea vers le château. Avec la nuit tombée, il savait que les faibles ouvriers allaient bientôt prendre congé. Il pourrait alors retrouver le silence, pour quelques heures.

La jeune vassale resta figée sur place, elle avait sans doute conclu qu'il valait mieux attendre qu'il s'éloigne avant qu'elle ne puisse retourner à ses occupations, ce qui était un choix plutôt sage.

Riona…Sesshomaru trouva qu'elle n'avait rien de désagréable. La pauvre ne faisait que son travail, ce qui nécessitait parfois des formalités, comme celle qu'elle venait d'échanger avec lui. Sesshomaru savait qu'elle n'était pas une idiote. Jeune femme perspicace, se camouflant derrière un voile d'innocence. Elle lui faisait étrangement penser à Rin. Sesshomaru aurait supporté sa présence, s'il n'y avait pas eu de motifs cachés pour justifier ses actions.

Au début, le youkai n'avait pas réussi à la cerner, il ne se rappelait même pas l'avoir déjà vu.

Il se rappelait maintenant qu'il l'avait déjà aperçue, quand elle était enfant, alors qu'il faisait ses tournées de routine dans l'Ouest. Riona est la fille unique du baron Hatsuno, le même baron que sert Tatsumaki. Un vassal plutôt mou et lâche, qui préfère envoyer ses soldats plutôt que de se déplacer lui-même en temps de guerre. Si Inu-Taisho lui vouait un respect poli, Sesshomaru, lui, en est incapable. Il méprise ce gros lard assoiffé de pouvoir au plus haut point.

Sesshomaru avait deviné ses machinations. Hatsuno avait sans doute grassement payé les autres vassaux travaillant aux reconstructions du château, pour que Riona ait l'exclusivité des communications avec lui. Riona, une jeune vassale respectable, intelligente, une ressource qu'Hatsuno pouvait exploiter. Il s'imaginait sans doute pouvoir la marier à Sesshomaru. De ce fait même, Hatsuno gagnerait de nombreux privilèges, puisque sa lignée serait maintenant affilée à celle du Seigneur de l'Ouest.

Sesshomaru réprima une moue. La simple idée d'avoir une descendance de souche avec cet imbécile lui donnait envie de vomir! Même un héritier hanyou serait cent fois plus respectable! Le youkai soupira et retourna à ses quartiers. Il était profondément tanné d'avoir à gérer mille et unes machinations qui devait le forcer à se marier. Un sourire ironique se dessina sur ses lèvres. Il allait bientôt pouvoir célébrer un siècle de pure obstination. Il ferma la porte de sa chambre derrière lui et la verrouilla à double tour. Il ne voulait plus voir qui que ce soit.

La seule qu'il aurait laissé entrer n'était plus là, de toute façon.

Neuf jours plus tard

Des papiers, des sales papiers partout, éparpillés, devant, derrière, à droite, à gauche.

Rin regarda avec effroi les montagnes de paperasses qui envahissaient sournoisement sa chambre. Des livres gisaient aussi, ça et là. Elle passa le dos de sa main sur son front ruisselant de sueur. Le printemps n'en n'était qu'à ses débuts, mais Rin avait déjà l'impression que l'été était bien installé. La chaleur et l'humidité l'empêchaient de se concentrer depuis plusieurs jours. Elle desserra un peu son obi. Peut-être avait-elle mal choisie ses nouveaux kimonos et yukatas? Si la chaleur devait persister, elle n'aurait pas le choix d'acheter de nouveaux habillements aux tissus un peu plus plus légers.

Elle secoua la tête et retourna à ses réflexions. Après consultation de quelques ouvrages sur le sujet, la jeune femme avait décidé de faire un inventaire de tous ce qu'elle aurait besoin pour créer des parfums. Elle regarda les chiffres avec inquiétude. Elle n'avait jamais cru que cela nécessiterait autant d'argent. Pour débuter seulement, elle devrait dilapider la moitié de ses économies. De l'argent carrément jeté par les fenêtres si elle n'arrivait pas à des résultats concluants. C'est sans compter que la plupart des parfumeurs devaient subir de longues années d'apprentissage. Pourrait-elle réussir à les égaler seulement avec son talent naturel? Rin secoua la tête. Ça y est. Elle était découragée.

Elle savait maintenant que pour créer un parfum agréable, il ne s'agisswait pas de mélanger des fleurs avec d'autres effluves qui, au flair, s'harmonisent bien. Chaque pétale, chaque matière, réagit différemment aux procédés menant à l'élaboration d'un parfum. Rin se doutait que même avec tous ses ouvrages, il lui faudrait au moins plusieurs mois avant de comprendre les procédés qui lui permettraient d'être compétente.

Rin fronça les sourcils, serra les lèvres, et ramassa lentement toutes les paperasses qui jonchaient le sol. Elle était fatiguée et doutait d'elle même. Le simple fait de lire tous ces écrits n'était pas chose simple. D'apprendre une nouvelle science lui sembla soudainement encore pire qu'une nouvelle quête sur les Terres du Nord; l'idée qui semblait si attrayante au début se transformait rapidement en cauchemar. Elle sortit de sa chambre et se laissa choir à la cuisine, dans le but de se préparer un thé, qui réussirait peut-être, à lui insuffler un peu de courage. Alors que la mixture bouillait sur le feu, elle vit Inu-Yasha sortir de la chambre de Yuki, l'air satisfait. Il jeta un œil curieux à Rin.

«Encore en train de te faire du sang d'encre?»

«Non…je réfléchissait à la meilleure façon de débuter mon projet…», tenta de répondre Rin avec rationalité, tandis qu'elle se versa une tasse de thé bien vert.

«…C'est ce que je disais…»

«Non…ce n'est pas si mal, il faut juste que…»

«Oh pitié Rin, tu n'as pas à faire semblant devant moi», rétorqua Inu-Yasha en se versant lui-aussi une tasse. «Tu veux que Sesshomaru soit fier de toi, mais son idée t'emmerde au plus haut point»

«Inu-Yasha! Bien sûr que non!», tenta de nier Rin. «C'est juste que…c'est plus compliqué que ce que je croyais…» Elle soupira et se contenta de caler sa tasse.

«Tu sais…tu n'es pas obligée de te donner tout ce mal. Si tu sens que ce genre de trucs n'est pas fait pour toi…»

«Si j'abandonne…alors quoi? Qu'est-ce que je ferai, Inu-Yasha?», s'impatienta Rin.

«Tu feras autre chose, c'est tout», rétorqua-t-il avec nonchalance.

«Et quoi donc?»

«…Je sais pas…Tu trouveras bien»

«Ce n'est pas si simple! Je n'ai pas toute la vie pour y penser!»

«…Ah Rin…ce que tu peux être geignarde», soupira le hanyou.

«Inu-Yasha!»

«Je suis sérieux. Vois le bon côté des choses! Personne n'a le luxe de choisir ce qu'ils veulent faire de leur vie!»

«J'aimerais peut-être mieux qu'on m'impose quelque chose…Ce serait plus simple», bougonna Rin.

«Et merde, t'as même le choix de ne rien faire, si c'est ce que tu veux!»

«Je ne veux pas vivre éternellement sous la tutelle de Sesshomaru…Il faudra bien que j'apprenne à me débrouiller seule un jour…»

«Rin, tu es déjà une miko, tu peux donc protéger le village en cas d'attaque. Mais récemment, c'est plutôt tranquille, donc tu m'aide moi, Sango, Miroku, Shippo même! Tu en fais déjà amplement!»

«…Je…je ne vous ai pas aidé tant que ça!»

«Si! Tu en fais déjà beaucoup trop! En fait, je crois que ce serait tout à fait justifié si tu décidais de ne rien faire, pour une fois!», s'énerva Inu-Yasha.

«Mais…»

«Pas de mais! Écoute…avant, c'était Kagome qui faisait des sermons casse-pied, mais en son absence, je serai obligé de le faire pour elle!»

Rin ne put s'empêcher de sourire.

«Arrête de jouer les saintes! Pourquoi n'oses-tu jamais profiter de la vie! Ça fait à peine une semaine qu'on est revenu…»

«Deux et demi», corrigea Rin.

«Peu importe! Tu es en droit de te reposer! Je sais pas! Prélasse-toi donc au soleil, va prendre l'air, lis un livre, apprends à jouer du shamisen, n'importe quoi! Mais ne t'impose pas tout ce travail après tout ce qu'on a dû traverser a! Moi-même je ne fais rien en ce moment! Aucun youkai exterminé depuis notre retour…»

«Ce serait plutôt difficile, il n'y en a nul part!»

«Et j'en profite!»

Rin soupira. «Bon alors ce que tu me suggère de faire…c'est de ne RIEN faire jusqu'à ce que je n'ai plus un sous?»

«Tu peux te trouver du travail avant d'être fauchée! Mais prends au moins quelques mois pour te la couler douce!», s'exaspéra Inu-Yasha. «Viens je vais te montrer!»

Il prit Rin par les épaules et la poussa vers la sortie de sa hutte. Il ouvrit la porte.

«Tu vois? Du soleil, des oiseaux, une jolie brise qu'il n'y a pas entre quatre murs!»

«Je sais à quoi ressemble l'extérieur…»

«Mais tu sembles avoir oublié que dehors c'est plus intéressant que ma hutte crasseuse Allez, dehors!»

«Mais mes papiers!»

«Ils vont t'attendre ici! Allez! Va!», s'impatienta-t-il.

Il ferma la porte derrière Rin. La jeune femme cligna des yeux en observant la porte close. Inu-Yasha venait tout juste de la foutre à la porte! Elle soupira et se résigna. Inu-Yasha était de nature brusque, mais il avait peut-être raison. Elle avait rarement quitté sa hutte depuis son retour. Jamais elle ne se permettait un véritable congé.

En réalité, elle craignait les moments de répits. Elle voulait consacrer le moins de pensées possibles à Sesshomaru, mais elle savait très bien que sans but précis et sans corvée à accomplir, elle ne pourrait s'empêcher de penser à lui…Que faisait-il aujourd'hui? Lui avait-il écrit? Avait-il l'intention de lui répondre? Elle lui avait écrit peu de temps après son retour, mais ses écrits étaient toujours sans réponse…Rin se secoua la tête pour chasser ses vilaines pensées et débuta son ascension vers le village. Elle était déjà pleine d'appréhension.

Autre raison pour laquelle elle détestait sortir : le regard des autres. Depuis son retour, plusieurs villageois — et surtout villageoises — la regardaient étrangement. Elle entendait parfois des murmures. «Oh regarde! La courtisane du démon! Pourquoi est-elle revenue?». Et ce n'était que les ragots les plus chastes.

Elle avait entendu des rumeurs à l'effet qu'elle n'acceptait que les créatures au sang démoniques dans sa couche, raison pour laquelle elle vivait avec Inu-Yasha. D'autres disaient que c'était une fille de joie pour youkais, raison pour laquelle ses kimonos étaient fait des plus somptueux tissus. «La plupart de ces horribles créatures pillent tant de villages qu'ils ont beaucoup d'argent sale à laisser à des petites « garces » comme elle» , murmurait certaines femmes, en lançant des regards mauvais à Rin.

Rin avait horreur de toutes ces médisances. Elle avait d'abord cru qu'elle serait accueillie en héro à son retour, mais les villageois étaient soit ignorants, soit insensibles à ses efforts. Comme s'ils n'avaient pas la moindre idée qu'elle avait frôlée la mort une demi-douzaine de fois pour eux…pour éviter que d'autres carnages viennent perturber la quiétude du village.

Heureusement, quelques villageois, souvent ceux qui connaissent un peu Sango, Miroku ou Shippo, lui vouent un peu plus de respect, ce qui avait pour effet de la rassurer.

Ses balades à l'extérieur étaient donc, toujours, hautement imprévisibles. Ou bien elle se sentait comme une invitée d'honneur, ou bien comme un traînée. Mais dans tous les cas, elle n'avait jamais l'impression de faire partie du village. Elle n'était qu'une présence extérieure, admirée ou détestée, probablement la villageoise la plus controversée à des milles à la ronde. Mais immanquablement, elle se sentait seule, elle n'avait pas l'impression d'avoir sa place parmi eux.

En revanche, le regard de certains hommes était tout autre. Rin réalisait désormais qu'elle n'avait plus rien d'une enfant. Certains lui lançaient des regards furtifs, tandis que d'autres ne faisaient aucun effort pour camoufler leur indiscrétion.

La plupart des jeunes femmes étaient déjà mariées à son âge, mais, malgré le fait qu'elle était sur le point d'atteindre ses dix-sept ans, Rin avait toujours un faible espoir de se trouver un mari…Les prétendants ne manquaient pas…Ne restait plus qu'à se convaincre elle-même, à se résigner pour de bon et dire adieu à une vie qu'elle ne pourrait plus jamais goûter.

Elle fut soudainement tirée de ses songes par le bruit d'un instrument à cordes. Elle sourit : c'était le signe que Shippo était dans les parages.

Elle savait que de tenir compagnie au jeune youkai allait sans l'ombre d'un doute alimenter les rumeurs à l'effet qu'elle ne s'intéresse jamais à ceux de son espèce, mais elle s'en contrefichait.

Elle s'approcha de la mélodie. Shippo jouait du shamisen, un passe-temps qui occupait une grande partie de ses journées depuis plusieurs mois. Inu-Yasha avait horreur du bruit des cordes, mais Rin ne partageait pas le même point de vue : elle avait toujours aimé la musique, sous toutes ses formes.

«Hé ho Rin! Ça fait un bail que je ne t'ai pas vu!», lança le youkai en continuant son entrainement intensif.

«Oh tu sais…j'étais si occupée!»

«Mais tu trouve quand même le temps de profiter du soleil?», rétorqua Shippo en levant un sourcil.

«Inu-Yasha m'y a forcé…», bougonna la jeune femme. «Mais…dis-moi…pourquoi passes-tu tes journées à jouer du Shamisen?»

«T'es pas au courant?», rétorqua-t-il en écarquillant les yeux. «Pour la fête de la moisson!»

«Qu-quoi?»

«À chaque année, à la fin du printemps, une fête est organisée pour célébrer l'arrivée des nouvelles pousses! Il y a des spectacles de toute sorte! De la musique…de la danse…Étant donné que c'est pour célébrer les nouvelles récoltes, les artistes sont tous de nouvelles recrues, c'est la tradition!»

«Et…j'imagine que quelqu'un doit sélectionner les participants?»

«C'est exact! Il y a deux ans, j'ai essayé de faire un duo comique avec Inu-Yasha…mais, ça n'a pas vraiment fonctionné…»

«Inu-Yasha n'a pas un sens de l'humour très développé…», remarqua Rin.

«Ouais…c'était un problème», admit Shippo en se grattant le derrière de la tête. «J'ai laissé tombé les blagues… de toute façon, la musique c'est beaucoup plus populaire auprès du comité de sélection!»

«Alors, je te souhaite bonne chance!», s'exclama joyeusement Rin. «Et que compte-tu faire pour les impressionner?»

Shippo sembla embarrassé. «Et bien…j'ai pas encore décidé…Je m'entraîne en ce moment…» Il joua quelques notes d'une chanson aux allures enfantines. Rin sourit tristement, la mélodie lui rappelait tant de choses…

«Cerisiers, cerisiers…Sur les collines verdoyantes et les montagnes…Aussi loin qu'on peut voir…», fredonna Rin. Shippo s'arrêta, l'air abasourdi.

«Tu la connais? Tu peux la chanter?», s'interloqua-t-il.

«Shippo! Tout le monde connaît les paroles!»

Un sourire espiègle se dessina sur ses lèvres. «Alors…si tu connais si bien la chanson… Est-ce que tu acceptes de faire un duo avec moi?»

«D'accord!», s'exclama-t-elle avec joie. Le shamisen reprit.

«Est-ce du brouillard ou des nuages ? Parfum dans le soleil du matin. Cerisiers, cerisiers…Fleurs en pleine floraison»

Rin était soudainement absorbée par la chanson. Elle pensa à sa défunte mère, et à son vieil arbre en fleur dans le jardin. Elle pensa à Sesshomaru, à la couleur des fleurs … et à la couleur de ses yeux… au levé du soleil. Elle pensa aux efforts gargantuesques qu'il avait fait pour la réconforter, elle se rappela sa dernière étreinte.

Shippo n'en croyait pas ses yeux. Il vit quelques personnes jeter des regards curieux à leur petit spectacle. Quelques femmes avec leurs enfants s'agglutinèrent autour d'eux, pour assister à la performance. Le youkai remarqua même quelques pièces lancées à leur pied.

Il n'y avait aucun doute, —malgré les vilaines rumeurs — Rin captivait la foule. Sa voix douce et son regard mélancolique hypnotisaient les passants.

«Cerisiers, cerisiers, A travers le ciel de printemps, Aussi loin qu'on peut voir. Est-ce du brouillard ou des nuages ? Parfum dans l'air. Viens maintenant, viens, Regardons enfin !», termina la jeune femme. Elle fixa avec surprise les quelques passants qui s'étaient arrêté et qui applaudissaient pour elle.

«C'était génial! Il faut absolument qu'on fasse un duo au festival!», s'exclama Shippo.

«Oh… je ne sais pas! Il faudrait que je chante devant beaucoup de monde, n'est-ce pas?», s'inquiéta Rin.

«Mais il le faut! Je ne savais pas que tu chantais aussi bien! Tu deviendrais célèbre à coup sûr!», renchérit Shippo

«Tu crois?», s'enquit Rin, en fixant le sol.

Avant que Shippo ne puisse répondre, une créature ailée se posa tout juste devant Rin. Son visage s'illumina.

«Ah-Un, tu es revenu!», s'exclama-t-elle. Elle eut presque envie d'hurler quand elle vit le bout de papier accroché au cou du dragon. Elle le prit et le cacha dans son obi.

«Allez! Viens Ah-Un! Allons à la source, pour que tu puisses te désaltérer!»

Sous les regards surpris de Shippo et des passants, elle quitta sans même dire au revoir.

«Et oh! Riiin! N'oublie pas notre entente!»

«Quelle entente?», cria Rin au loin.

«Le festival!»

«Je vais y réfléchir!», se contenta-t-elle de répondre, en disparaissant de sa vue.

Shippo rangea son shamisen, et ramassa les quelques sous qui jonchaient le sol. Rin…sa voix était si mélodieuse et si triste à la fois. Il ignorait ce qui pouvait lui inspirer une telle mélancolie… mais ironiquement, il se doutait que c'était cette même tristesse qui allait lui permettre d'être sélectionné pour le festival, ce qu'il souhaitait à tout prix!

… Et ce qui ne ferait pas trop de mal à Rin non plus…

Rin,

Tu avais raison. Je suis d'humeur massacrante ces temps-ci. Je ne parlerai pas de l'état de Jaken…

Les réparations sont très pénibles…

Tu veux jouer aux devinettes? C'est mon tour maintenant.

Tu es sûrement vexée, parce que j'ai pris un peu de temps à te répondre. Mais c'était une nécessité. Tu as été si pressée de

m'écrire que tu n'as pas laissé Ah-Un se reposer. Le pauvre était dans un piteux état quand il est arrivé ici.

Rin, saches qu'Ah-Un n'est pas un jeune dragon, il prend de l'âge. Il faut lui laisser le temps de se reposer, sinon, il risque de

s'éteindre prématurément…raison pour laquelle j'ai pris quelques jours avant de terminer cette lettre. Maintenant que tes

inquiétudes et appréhensions sont dissipées… puisque tu comprends la cause de mon retard… je vais poursuivre…

Je constate que tu as hâte de devenir une riche commerçante. Tu es ambitieuse, ce qui est respectable. Néanmoins, tu n'as pas

à être aussi pressée. Tu dois te reposer avant de te lancer dans une nouvelle aventure, car je suis certain que ta lassitude

est grande. Moi-même, je ressens quelques contrecoups de la quête du Nord. Il m'est arrivé de m'assoupir inopinément

alors que j'essayais justement, de régler des traitées qui concerne les terres nordiques. J'ai donc dû m'imposer quelques nuits

de sommeil, qui furent des plus salutaires, même si —Rin remarqua une hésitation dans la calligraphie— tu n'es plus à

mes côtés. En effet, j'ai dû réapprendre à m'assoupir, malgré le fait que je ne sens plus ton parfum, et que je n'entends plus ta

respiration lente et profonde. J'aimais bien quand tu dormais près de moi. Encore aujourd'hui, cette image m'apaise l'âme.

Hélas, les seules présences féminines qui m'accompagnent désormais sont celles de prétendantes et de leur famille sans

scrupule. Tu te rappelles de cette vassale avec des taches de rousseurs : Riona? Son père espère ardemment que je la

choisisse comme femme.

Ces jeux de chat et de souris me tanne, je sais que je n'aurai pas le choix de céder éventuellement, et ce même si aucune

prétendante n'est en mesure de me satisfaire. En fait, cette pauvre Riona aurait presque eu une chance, si ce n'avait été

de sa famille répugnante, à laquelle je ne souhaite pas m'affilier.

Rin, si tu t'es déjà demandé — comme beaucoup d'autres — pourquoi il n'y a pas de dame de l'Ouest…tu as maintenant

la réponse sous les yeux : ma confiance et mon affection sont très difficiles à obtenir. Aucune youkai n'y est

parvenue. Elles ne voient que le puissant seigneur, elles ne comprennent rien à ma personne. Tu es la seule qui ait

réussi à me déchiffrer. Une situation très ironique, j'en conviens.

Je sais déjà quelle pensée traverse ton esprit. Tu crois que ta présence m'écarte du droit chemin et m'empêche de

trouver une femme. C'est totalement faux. Ce n'est quand même pas de ta faute si tu es la seule qui ait réussie à attirer

mon attention. Je me pose sérieusement la question : vais-je réussir à trouver une prétendante digne

d'intérêt un jour? Peut-être… mais je ne crois pas que ce sera de ton vivant! Je suis désolé pour ce pessimisme, je me

doute que tu ne partage pas la même opinion… Qu'importe! Pour le moment, c'est toujours le souvenir

de ton parfum et de ton sourire qui me permettent de dormir la nuit.

À ta grande déception je le sais, ce message prendra maintenant fin, puisque cette lettre est déjà la plus longue

que je n'aies jamais écrite.

Maintenant, j'attends de tes nouvelles.

Sesshomaru.

PS : Ces abrutis d'humains ne sont même pas capables de s'approvisionner en papier? Utilise les pages de surplus

qui sont reliées à cette lettre. De cette façon, tu ne pourras plus utiliser les contraintes d'espace comme excuse

pour envoyer une réponse hâtive. Ah-Un n'en sera que plus heureux. N'oublies pas qu'il a besoin de

viande fraiche pour survivre… il faut donc lui laisser le temps de chasser.

Rin regarda un instant le papier que Sesshomaru lui avait laissé : fin et raffiné. Un genre de papier si dispendieux qu'aucun villageois ne pourrait même songer à s'en procurer. Elle nota qu'il serait bien avisé de cacher le précieux matériel, pour empêcher les villageois de trouver un autre prétexte aux médisances. Elle se tourna vers le dragon à deux têtes, qui s'abreuvait abondamment à la rivière.

«Oh, je suis désolé Ah-Un! Je vais te laisser le temps de te reposer quelques jours, cette fois-ci!»

Rin fixa un moment le message qu'elle tenait toujours dans ses mains, elle était complètement confuse. Elle ne savait pas quoi penser de cette lettre, ses sentiments étaient si contradictoires! D'un côté, les papillons butinaient dans son ventre; Sesshomaru ne l'avait pas oublié, il lui faisant savoir une fois de plus qu'elle était l'élue de son cœur. Mais d'un autre côté, l'estomac de la jeune femme se tordait à l'idée que Sesshomaru s'apprêtait peut-être à choisir une dame de l'Ouest, pour sauver la face et finalement avoir un héritier.

Quelle ironie… C'était Rin elle-même qui lui avait suggéré de faire entrer une autre femme dans sa vie, et à présent, elle était horrifiée à l'idée que Sesshomaru puisse l'écouter.

Que pouvait-elle faire? Qu'oserait-elle répondre? Rin soupira, elle savait qu'elle n'avait pas le choix.

8 jours plus tard

Cher Sesshomaru-sama,

J'ignore quel temps il fait sur vos terres, mais ici, c'est insupportable. L'humidité est intenable,

le moindre petit effort me fait suer comme un ouvrier! Je n'arrive pas à croire qu'il y a tout au plus deux mois,

nous étions en plein hiver, dans les montagnes nordiques, à tuer des monstres et à chercher Tsukiyama. J'ai

l'impression que tout cela est arrivé il y a très longtemps.

Vous avez raison, j'étais un peu trop pressé avec cette histoire de parfum… J'ai mis tout ça sur la glace, car je

me suis rendue compte que non seulement ce projet était très dispendieux, mais qu'il était aussi très risqué. Je

n'ai aucune garantie de succès, je vais donc réfléchir quelques temps avant de me jeter à l'eau. Je ne voudrais

pas gaspiller votre argent dans un projet irréalisable.

J'ai aussi pris une pause car ce sera bientôt le festival des moissons. Mon ami Shippo m'a persuadé d'y participer.

Nous allons faire un duo : je chante et lui joue du shamisen! Vous savez à quel point j'aime chanter… ces temps-ci,

je me pratique à un point tel qu'il arrive parfois que ma voix se tarisse! Sango est alors forcée de me faire des

infusions pour m'aider à guérir. Je dois la laisser tranquille…la pauvre! Elle devient de plus en plus grosse! Mais

la maternité lui fait toujours aussi bien!

Je vous remercie pour cette dernière lettre, Sesshomaru-sama, vous ne savez pas à quel point cela compte pour moi.

À chaque fois que je la lis, j'ai l'impression d'être avec vous de nouveau! Mais je la lisais trop souvent, j'ai

donc dû user d'une stratégie pour mettre fin à cette fâcheuse manie. Le papier que vous avez utilisé est si beau et

satiné que j'ai décidé de transformer votre lettre en origami! Votre lettre s'est réincarnée en une grue royale!

Je suis fière de mon œuvre, je l'ai exposé dans ma chambre, et j'ai la ferme intention de faire la même chose avec

toutes les correspondances qui suivront! Pardonnez mes enfantillages… je crois que peu importe mon âge, je ne

cesserai jamais de me comporter en gamine!

Mais bon… passons à des choses plus sérieuses maintenant. Je suis heureuse que vous songiez à trouver une

Dame de l'Ouest. Certes, nous avons été très proche, mais tout cela fait partie de passé maintenant.

Et je suis heureuse de constater que cela ne vous empêche pas d'aller de l'avant.

Vous ne devriez pas être aussi dure avec Riona… Je ne connais pas sa famille, mais cette youkai a l'air gentille,

dévouée et elle est très jolie. Je crois qu'elle ne ressemble pas à vos prétendantes habituelles! Et je crois qu'elle

serait beaucoup plus supportable que… disons… Tatsumaki? Je sais que vous ne croyez pas au destin… mais je ne

puis m'empêcher de penser que votre rencontre avec elle n'est pas anodine. Vous êtes très exigeant,

il vous en faut beaucoup pour être impressionné par une femme… Le simple fait que vous la qualifiez de

« supportable » est lourd de sens, à mon humble avis.

Pour ma part, je ne vous en ai pas encore parlé mais… les prétendants sont nombreux au village. Je ne suis pas

prête à me marier, mais je crois tout de même que mes craintes n'étaient pas fondées. Que j'ai 17, 20 ou 30 ans,

je trouverai sans problème chaussure à mon pied! J'espère qu'éventuellement, vous ferez de même…

Votre dévouée,

Rin

Sesshomaru plia calmement le bout de papier et le plaça dans une poche, et ce malgré le fait qu'il mourrait d'envie de chiffonner ce qu'il venait de lire, prendre sa forme bestiale, courir dans les bois et tuer la moitié de la population animale qu'il trouverait dans la forêt.

«Vous semblez préoccupé, Sesshomaru-sama, quelque chose ne va pas?», s'enquit prudemment la femme à côté de lui. Le regard que lui lança Sesshomaru la persuada de se taire et de faire comme si elle ne lui avait pas adressé la parole.

Les propos de Rin le propulsaient dans un profond état de confusion. D'un côté, elle disait être heureuse de recevoir des lettres, mais de l'autre, elle était horriblement distante et cruelle. Pourquoi faisait-elle autant d'effort pour le jeter dans les bras d'une autre: une femme qu'elle ne connaissait même pas! Comment pouvait-elle lui faire un tel affront après tout ce qu'ils avaient vécu ensemble?

Soudainement, Sesshomaru se sentait trahi. Pourtant, la réaction de Rin était parfaitement rationnelle, parfaitement logique! Les lettres devaient servir à apaiser la douleur de la séparation. Mais ensuite…que devait-il arriver? Sesshomaru n'avait pas cru —ou n'avait jamais voulu croire— que cette correspondance pourrait leur permettre de s'éloigner l'un de l'autre. Mais c'était pourtant ce qui était en train de se produire. Plus les jours passaient, moins la séparation faisait mal, moins ils pensaient l'un à l'autre. Loin des yeux, loin du cœur, tout ça était normal, et pourtant, Sesshomaru n'arrivait pas à l'accepter. À un certain moment, il avait été persuadé que Rin était la seule et l'unique, son âme sœur, rien de moins!

Peut-être s'était-il trompé? Il jeta un œil rapide à Riona. Elle, lui, et quelques autres vassaux étaient retournés brièvement sur les terres du Nord, pour superviser l'exode des félins, et pour prendre possession du castel seigneurial. Il n'avait pas décidé d'amener Riona par gaité de cœur, sa présence était le fruit d'une ruse.

Suite aux intempestifs harcèlements d'Hatsuno, Sesshomaru avait accepté de « considérer » son offre, à condition de préserver la confidentialité de leur entente. Hatsuno, imbécile qu'il était, n'avait pas besoin d'un mot de plus pour tout répéter au reste du royaume, et c'est exactement ce que Sesshomaru voulait. Il savait que des rumeurs de mariage allaient attirer sa mère, qui oserait peut-être alors, sortir de l'ombre dans laquelle elle s'était plongée.

Sesshomaru avait une excellente mémoire. Il n'avait pas oublié que Negaeri avait empoisonné Rin uniquement parce qu'elle avait une dette envers la dame Mère; Sasori, l'ancienne dame de l'Ouest, reine déchue, déshonorée par son défunt époux, maladivement déterminée à empêcher son fils de l'humilier comme Inu-Taisho l'avait fait. Mordrait-elle à l'hameçon? Sesshomaru le souhaitait ardemment, il voulait faire payer à cette femme tout ce qu'elle avait fait subir à Rin. Il ne supportait plus son emprise maladive. Qu'elle soit sa mère ou non, Sesshomaru souhaitait la faire payer, et s'il le fallait : l'éliminer.

C'était son plan de départ, utiliser Hatsuno et Riona pour attirer sa mère. Car cette dernière savait que Sesshomaru était en colère, pour cette raison, elle était introuvable, camouflant son aura dans d'épais nuages du printemps.

Mais à présent, Sesshomaru n'était plus sûr de rien. Il ne cessait de revenir à une question fondamentale : s'était-il trompé? Peut-être que Rin avait raison, Riona était peut-être plus qu'un vulgaire… appas. Il tourna de nouveau subtilement les yeux vers elle. Riona n'était pas très âgée, elle était une jeune adulte, brillante et très belle. De plus, à sa connaissance, la jeune femme avait jalousement été préservée par ses parents, jamais elle n'avait été touchée. Sesshomaru savait que plusieurs hommes se serait littéralement jetée sur ce genre de femme : docile, vertueuse et pure. Mais Sesshomaru ne savait pas quoi penser d'elle.

Ses grands yeux orangées rappelaient le reflet du crépuscule, Sesshomaru se doutait qu'il serait facile de s'y perde…comme dans les yeux noisette de Rin. Ses cheveux longs et épais, son sourire sincère…même son nom! Riona; Rin, leur nom se ressemblaient tellement!

Rin n'était peut-être qu'une phase…une phase nécessaire pour lui apprendre ce qu'était l'amour, lui montrer à quel genre de femme il pouvait faire confiance…quel genre de femme pouvait porter sa descendance et diriger l'Ouest.

Rin et Riona avaient plusieurs points communs dans leur façon d'être, mais leur situation était complètement à l'opposée l'une de l'autre. Rin est une orpheline humaine, mortelle, Riona, une youkai au sang noble, qui mourrait sans doute après lui. Rin était un amour impossible, Riona; une source de réconfort tout à fait logique. Rin était le passé…Riona serait-elle le futur?

10 jours plus tard

Rin,

J'espère que tu vas bien et que tes préparatifs vont bon train pour le festival des moissons.

Même si tes chansons enfantines énervaient Jaken au plus haut point, je sais reconnaître

le talent, et je sais que tu réussiras à impressionner ceux qui t'écouteront.

Je crois que tu avais raison. Riona mérite peut-être une chance. Je ne veux pas

m'éparpiller dans les détails, mais elle te ressemble tellement qu'une existence à ses côté

serait sans doute…des plus supportables. Ce serait peut-être aussi une opportunité

de l'arracher à son horrible famille. La pauvre semble avoir subie beaucoup de préjudice

depuis son enfance, et ce, malgré son sang noble et la richesse de sa lignée.

Cependant, malgré tous mes bons mots pour elle, je te dois tout.

Aussi stupide que cela puisse paraître, ce Sesshomaru, grand taiyoukai de l'Ouest,

Ne prendra pas de femme s'il n'a pas la bénédiction de sa Rin.

Réponds-moi vite, et sois sincère.

Sesshomaru

Des larmes ruisselèrent sur les joues de la jeune femme, mais cela ne l'empêcha point de prendre à nouveau la plume, l'encrier et le papier satiné… et poursuivre, la tâche la plus difficile de sa vie.

4 jours plus tard

Sesshomaru-sama,

Nous avons échangé plusieurs lettres déjà, j'ai quelques beaux origamis qui égayent ma chambre.

Mais ils ont l'air plutôt maussades entre quatre murs. Je crois que je vais les laisser s'envoler au

solstice d'été, ils seront beaucoup plus beaux lorsqu'ils se laisseront bercer par le vent.

Qu'en pensez-vous?

Rin

PS : Bien sûr que vous avez ma bénédiction, je suis heureuse pour vous, Sesshomaru-sama!

La main de Sesshomaru se serra contre le papier, comme s'il tentait d'étrangler la lettre, dans l'espoir qu'une ou deux paroles non dites en jaillissent.

3 jours plus tard

Rin,

Merci pour cette réponse rapide, mais tu n'es pas sincère.

Tu ne peux pas faire une envolée de grue de papier au solstice d'été. As-tu oublié? C'est le moment

que j'avais choisi pour que nous puissions trinquer à notre victoire sur les Terres du Nord…

Ce sera aussi l'occasion de révéler qui sera le nouveau seigneur du Nord. Cette journée ne serait

pas la même sans toi. De plus, Gladys et Jaken se meurent de te voir, ils ne cessent de me harceler

pour avoir de tes nouvelles…

Rin, tu as fait le souhait que je trouve une épouse, mais mes sentiments pour toi sont toujours

les mêmes, je pense à toi tous les jours. Je ne supporterais pas l'idée de me marier, si cela devait

te faire souffrir.

De plus, saches que je refuse de m'unir à une autre avant le solstice d'été, je veux te revoir avant.

Au moins une dernière fois.

Sesshomaru

PS : Aies l'obligeance de me confirmer ta présence lors des célébrations. Si tu veux, je peux même

venir te chercher à ton village, je t'escorterai jusqu'au castel…Nous voyagerons ensemble

comme jadis.

11 jours plus tard

Rin,

Est-ce qu'Ah-Un a bien fait son travail, ou l'ai-je trop épuisé? As-tu reçu ma dernière lettre?

Sesshomaru

Oui…Ah-Un avait bien fait son travail…trop bien d'ailleurs, elle aurait souhaité ne plus recevoir ces lettres qui planaient sur elle comme une malédiction. Que pouvait-elle lui répondre?

5 jours plus tard

Sesshomaru-sama,

Je le répète, je suis heureuse pour vous, vous avez besoin d'un héritier.

Mais à présent… je crois que ma présence sur vos terres serait gênantes. Ne me

forcez pas à venir…Pourquoi n'utilisez-vous pas vos célébrations comme prétexte

pour demander la main de Riona?

Rin

4 jours plus tard

Rin,

Je n'aime pas ce que je lis.

Non, je ne demanderai pas la main de Riona. L'écriture de ta dernière lettre était

tremblotante, j'ai même senti quelques larmes séchées sur le papier. Ce n'était pas très

futé de ta part, surtout si tu souhaitais camoufler ta peine. Ou peut-être était-ce intentionnel?

Pourquoi fais-tu tant d'effort pour me jeter dans les bras de Riona si cela te fait souffrir à ce point?

Je suis déçu. Autrefois tout était si simple, tu ne me mentais jamais. Pourquoi

commencer maintenant? Je veux tout savoir. Oses révéler ce qui t'accable, cela te

feras le plus grand bien.

Sesshomaru

PS : Ce festival a-t-il eu lieu? Comment avance tes projets? Comment va-tu?

10 jours plus tard

Rin,

Pourquoi as-tu tant de difficulté à me répondre ces temps-ci?

Sesshomaru.

15 jours plus tard

Rin…

Est-ce que tu sais dans quel état tu me mets?

Qu'ai-je fait pour mériter un tel traitement?

14 jours plus tard

Sesshomaru-sama,

Je ne suis pas Rin. Je suis désolé de vous écrire de cette façon. Je ne voulais pas m'immiscer dans votre

correspondance avec elle, mais les circonstances me poussent à commettre des gestes drastiques.

J'ignore ce que Rin vous a dit sur sa situation. J'ignore ce que vous lui avez répondu. Et je n'ai

aucune espèce d'idée pour quelle raison elle ne retourne plus vos lettres. Cependant, je suis son

amie, et je ne supporte pas de la voir souffrir à ce point. Auparavant, toute la journée, elle nous

« cassait les oreilles avec vos exploits », pour reprendre les termes de votre…peu importe, vous savez qui…

Depuis qu'elle a cessé de parler de vous, sa joie de vivre s'est éteinte. Elle est devenue obsédée par ce

festival des moissons. Ne vous y méprenez pas. Elle chante terriblement bien. Mais elle est si triste que ses

chants ressemblent à une hymne à la mort. Depuis que vous avez cessé d'exister pour elle, elle

est comme une âme errante…une jeune femme qui a perdu sa raison de vivre. Cela doit cesser.

Je suis certaine que Rin vous manque, elle nous manque à nous aussi. Peut-être n'ose-t-elle pas l'admettre,

mais elle a besoin de vous dans sa vie pour être heureuse. Nous avons tout essayé pour la remettre sur pied.

Elle nous a simplement répondu qu'elle s'en remettra, et de ne pas s'inquiéter pour elle…mais plus

personne ne croit à ses mensonges. Son amour pour vous n'est pas le genre d'amour qui se guérit. Vous

l'avez marqué à jamais. Si vous avez encore un peu de considération pour elle, venez la voir chanter.

À la prochaine pleine lune aura lieux les festivités de la nouvelle moisson.

Sesshomaru-sama…Vous avez déjà sauvé Rin à de multiples reprises…

Je vous en conjure, redonnez-lui sa vie de nouveau. Sauvez-la.

Sango

…..Fin de chapitre…..

A/N : Ne me tuer pas…au stade où on en est… vous SAVEZ que j'ai la vilaine habitude de terminer cruellement mes chapitres! J'y peux rien, je suis comme ça ^^'

Petite info, au cas où ça intéresse quelqu'un…la chanson que Rin fredonne au sujet des cerisiers…c'est une comptine japonaise qui date du moyen-âge japonais (et qui s'intitule Sakura-sakura), je trouvais qu'elle était de circonstance :) Vous pouvez en trouver plusieurs versions (modernisé ou pas) ou fouinant sur le net…J'ai voulu écouté quelques versions afin de savoir à quoi ressemblait la chanson, avant d'inclure le moment où Rin chante dans ce chapitre. Fait concasse, la première version de Sakura-sakura que j'ai trouvé était un remake modernisé…interprété par une certaine…Rin! XD

Bon…je l'avoue…je suis tatillonne à un point tel que je fais parfois des recherches sur le Japon pour me donner l'impression d'être crédible quand j'écris cette fic. Que voulez-vous, ma curiosité l'emporte sur tout!

Que ce passera-t-il au prochain chapitre? Oh…il y aura une sale engueulade… plusieurs émotions fortes, mais pour le reste, c'est une surprise!