En plein milieu de la nuit, j'ai été réveillée par un cri strident, déchirant… un cri d'agonie. Comme si quelqu'un était torturé à mort, puis tout à coup, le hurlement a cessé.

Je me suis redressée, et ai tendu l'oreille, le cœur battant à cent à l'heure. Il n'y a plus eu aucun bruit pendant un long moment, persuadée d'avoir rêvé, je m'apprêtais à me recoucher, quand un nouveau cri à retenti, glaçant. Ayant perdu toute notion d'espace, je n'arrivais pas à situer ces cris. Est-ce qu'ils venaient de dehors ? Ou de… dans la maison ? Tout est devenu clair lorsque j'ai reconnu la voix de mon frère… Jared. Le cri à cessé dans un horrible gargouillement. Quelqu'un tuait ma famille ! Je me suis précipitée vers la porte et ai voulu l'ouvrir, mais j'ai stoppé mon geste. De l'autre côté, on pouvait entendre des pas traînants et une respiration sifflante, presque un râle inintelligible. Les pas se dirigeaient vers ma chambre !

J'ai juste eu le réflexe de tourner le loquet de ma porte que la personne ou… la chose qui se trouvait derrière s'est jetée de tout son poids dessus. J'ai poussé un cri, paniquée je me suis mise à pleurer. J'ai tenté de retrouver mon calme pendant que la chose derrière la porte donnait maintenant de grands coups dessus pour la faire céder. Des fissures on commencé à apparaître tout le long de la seule protection dont je bénéficiais contre mon agresseur, je me suis rapidement habillée, et me suis cachée dans un placard au fond de ma chambre. J'ai eu le temps de fermer la porte du placard et de poser une main sur ma bouche pour que mes hoquets provoqués par la peur ne se fassent pas entendre, que la porte à cédé dans un craquement retentissant. La… chose a émis un grognement satisfait, puis elle s'est introduite dans ma chambre de son pas chaloupant, comme celui d'un somnambule. Une effroyable odeur de pourriture est montée, j'ai retenu une exclamation de dégoût et une envie fulgurante de régurgiter mon repas. Je me suis concentrée sur mon agresseur, c'était un homme de petite stature, d'après ce que je pouvais en voir – la lumière était éteinte, et seule la lumière de la Lune me permettait d'entrapercevoir cet… homme –, trapu, les bras musclés, il marchait de façon gauche, comme si il allait s'écrouler à tout moment. Mais quand il est passé devant la porte du placard où j'étais cachée, il a fait une chose très effrayante, il s'est mis à renifler l'air autour de lui, il me pistait ! Il a fini par se diriger droit vers moi, j'aurais pu tourner de l'œil tellement j'avais peur.

Arrivé devant la porte, j'ai pu le détailler et j'ai failli pousser un hurlement d'horreur, j'étais en plein cauchemar ! Il arborait un large sourire plein de dents jaunes et noires, mais le pire était son apparence physique, sa peau partait en lambeau, et à certains endroits, l'os était à nu. Sa bouche était rougie par le sang et des morceaux de chair étaient encore coincés entre ses dents, ses yeux étaient vides de toute expression, à part une joie sauvage face à ma terreur, la joie de faire un carnage… Les yeux d'un fou. J'ai reculé contre le mur du fond, voulant me cacher le plus possible de cette chose immonde. Il a posé une main squelettique aux longs doigts blancs sur la poignée, et a commencé à la tourner, j'ai fermé les yeux et attendu que cette chose me tue. Si elle me voyait, j'étais foutue. Mais avant d'avoir pu ouvrir entièrement la porte, la créature s'est arrêtée, puis est partie, semblant avoir été appelée par quelque chose ou quelqu'un. J'ai mis plusieurs minutes à me rendre compte du fait que j'étais toujours en vie et que la chose était partie. J'ai attendu encore quelques minutes, histoire de vérifier si ce n'était pas une ruse pour que je sorte de ma cachette.

Je suis finalement sortie du placard, regardant de tout côté pour vérifier si aucune autre de ces bêtes n'était encore là. Je me suis dirigée vers la sortie le plus discrètement possible, il fallait que j'aille dans la chambre de mes parents, mon père avait une arme à feu, elle pouvait peut-être arriver à le repousser ! Mais arrivée dans l'encadrement de la porte, je suis restée bloquée… tout mon être me criait de sortir en courant pour aller au secours de ma famille ! Mais les hurlements de douleur et d'agonie me sont revenus en tête, réalisant soudain qu'ils étaient peut-être … non, sûrement tous morts, j'ai plaqué une main tremblante contre ma bouche pour empêcher un cri de douleur de franchir mes lèvres. Ma vue s'est brouillée de larmes et mes jambes sont devenues faibles, n'étant plus capable de tenir debout, je me suis laissée glisser au sol, cachée derrière mon bureau.

J'ai attendu longtemps… le temps que mes sanglots étranglés se soient calmés, je m'étais forcée au calme de peur que cet homme revienne attiré par le bruit que j'aurais fait. J'ai jeté un coup d'œil vers la porte, il n'y avait plus aucun bruit dans la maison, il y régnait un came inquiétant. J'aurais préféré que cette… chose qui était entrée fasse du bruit pour que je puisse la situer avec précision dans la maison, le pire était que je ne savais pas si mon agresseur était le seul à être à l'intérieur ou s'il était venu avec un groupe. Je me suis finalement levée lentement, veillant à ne faire aucun bruit qui aurait pu signaler ma présence. Une fois debout, je me suis figée, attentive au moindre bruit, mais il n'y avait rien. J'ai discrètement regardé de tous côtés pour vérifier si j'étais bien seule dans le couloir, puis, prenant mon courage à deux mains, je m'y suis engagée en rasant les murs, prête à me plaquer contre ceux-ci si jamais j'apercevais quelqu'un. J'ai avancé ainsi, pas à pas, dans toute la longueur du couloir, ces quelques pas m'ont semblé durer des heures. Arrivée devant la porte de la chambre de mes parents, j'ai marqué un temps d'arrêt… la porte était ouverte ! Il y avait encore quelqu'un dans la maison ?

« Pitié ! Faites que ce ne soit pas cet homme ! »

J'ai poussé un long soupir pour tenter de me calmer, puis j'ai poussé la porte, m'attendant au pire des spectacles, ma respiration s'est accélérée et mon cœur s'est mis à battre à cent à l'heure. Une fois entrée, une forte odeur de fer m'a prise à la gorge, n'y prêtant pas plus d'attention, je me suis avancée dans le noir, éclairée seulement par la lumière blafarde qu'envoyait un réverbère depuis la rue. J'ai continué à avancer, la peur au ventre, quand mon pied s'est posé sur quelque chose de mou et de spongieux, je l'ai tout de suite retiré, et me suis penchée pour voir ce que c'était… Deux doigts, deux doigts et une sorte de masse de chair pleine de sang étaient là, à l'entrée de la chambre de mes parents. J'ai reconnu en celle-ci la forme d'un cœur humain et l'un des doigts portait une alliance.

J'ai crié, crié à m'en déchirer la gorge.

Je me suis précipitée vers le lit de mes parents ou un spectacle macabre m'attendait, ils étaient là, ma mère était allongée, elle n'avait pas bougé, elle devait sûrement avoir été la première à mourir… La gorge lacérée, comme déchiquetée par les mâchoires d'un monstre aux dents acérées, un trou béant ouvrait sa poitrine là ou son cœur aurait du se trouver, celui qui se trouvait dans l'entrée devait être le sien. Mon père était debout, il avait du se lever en entendant maman se faire dévorer – mes larmes sont revenues, accompagnées de sanglots hystériques, ma respiration était devenue difficile et chaque goulée d'air que je prenais avait des airs d'asphyxie – il était contre le mur à côté du lit. Le ventre ouvert, lui aussi avait eu la gorge lacérée, son agresseur semblait s'être acharné sur lui avec un couteau, toute sa poitrine était zébrée de grandes coupures et le sang avait giclé dans toute la pièce, jusqu'au plafond. Sa main droite semblait avoir été mordue… non, pas mordue, dévorée ! Et il y manquait deux doigts, l'annulaire et le majeur… les doigts que j'avais retrouvés dans l'entrée.

J'ai eu un haut le cœur, l'estomac soulevé par cette vision d'horreur, je me suis détournée et me suis accroupie pour calmer la nausée qui venait de me submerger. A chaque seconde, je menaçais de tomber dans les pommes. Tremblante et fébrile, je me suis relevée maladroitement et me suis dirigée vers la commode où me suis mise à fouiller, je savais que dans l'un de ces tiroirs se trouvait la seule chose qui me permettrais de m'en sortir vivante, l'arme de service de mon père était dans l'un d'entre eux. De plus en plus paniquée, j'ai commencé à jeter le contenu de chacun des tiroirs à terre, quand j'ai finalement senti quelque chose de dur et de froid sous mes doigts. Tout en poussant un soupir de soulagement je me suis saisie du revolver, il était lourd et usé et la crosse avait été polie par l'usage. Ayant emporté un sac que je portais en bandoulière, j'ai attrapé toutes les munitions que contenait le tiroir et les ai mises à l'intérieur.

Avec une impression d'irréalité, je me suis retournée, tournant le dos à la sinistre scène qui s'étalait sous mes yeux. Si seulement tout ça n'avait été qu'un rêve ! Je me serais réveillée et tout serait redevenu comme avant… Mais la réalité était bien là devant moi, atrocement douloureuse et indéniable. J'ai poussé un juron entre mes dents serrées, la peur et la tristesse avaient laissé place à une haine brûlante, je me détestais ! Je me détestais pour mon incapacité à traquer la créature qui leur avait fait ça, et à la tuer ! J'aurais voulu pouvoir me déplacer avec nonchalance dans la maison, à pousser des hurlements de haine pour attirer la bête à moi, a lieu de ça je me suis déplacée avec une lenteur qui m'a moi-même exaspérée. J'ai veillé à ne faire aucun bruit, même si j'étais rompue dans l'art du combat au corps à corps, je voulais quand même rester à distance respectable de mon agresseur qui avait plus des allures de « zombie » qu'autre chose. L'arme à la main, cran de sûreté enlevé, je me suis avancée dans le couloir, il y régnait un noir d'encre.

Je ne me suis pas arrêtée devant les chambres de Jordan et d'Alice, je ne voulais pas voir dans quels états ils devaient êtres, et je savais déjà qu'ils avaient perdu la vie. D'un pas précautionneux, je me suis dirigée vers l'escalier. Arrivée au seuil des marches, je me suis permis un soupir et un arrêt provisoire, je suis restée immobile quelques instants, quand quelque chose est tombé sur mon épaule et a glissé le long de mon bras. J'ai sursauté tout en poussant un cri de stupeur, amenant ma main sur mon bras, j'ai attrapé la chose qui m'était tombée dessus et l'ai rapprochée de mon visage pour mieux la distinguer dans l'obscurité. C'était d'une matière visqueuse et glissante, molle et spongieuse, m'apercevant que l'objet se vidait d'un liquide sombre, j'ai amené mes doigts vers mon nez pour pouvoir les sentir. L'odeur de fer qui est monté vers mes narines m'a tout de suite rappelé quelque chose. J'ai laissé échapper un cri d'horreur tout en lançant le morceau de chair sanguinolente loin de moi. Essayant de reprendre une respiration normale, j'ai entendu un gargouillement discret venant d'au-dessus de moi. J'ai poussé un gémissement effrayé et ai lentement levé les yeux vers le plafond, devinant déjà ce qui s'y trouvait. Le monstre était là, il tenait dans l'encadrement de la porte, suspendu au plafond, il dardait sur moi un regard empli d'une joie malsaine, il arborait un horrible sourire déformé.

J'ai poussé un hurlement terrifié alors qu'il se jetait sur moi. Il m'a percutée de plein fouet, me clouant au sol, je pouvais sentir son haleine putride tout contre mon oreille, il m'a attrapée par les coudes, plantant ses longs doigts dans la chair de mes bras comme le ferait un rapace enfonçant ses serres dans la chair tendre de sa proie. Je me suis débattue de toutes mes forces en criant aussi fort que je le pouvais. Me rappelant soudain que j'avais une arme en ma possession, je l'ai mis en joue après avoir réussi à dégager un bras de sa poigne et j'ai tiré. Le coup a été brutal, le choc m'a fait partir en arrière alors qu'il s'effondrait dans un grand cri, du sang m'a giclé au visage. Libérée, je me suis élancée dans le sens inverse de l'endroit où il se trouvait, il était entre moi et les escaliers, et ne voulant plus me retrouver aussi proche qu'avant de lui, j'ai couru droit devant moi, sans vraiment savoir où j'allais. Je me suis instinctivement dirigée vers le bureau, j'ai passé la porte et l'ai fermée derrière moi dans un grand claquement sec, puis j'ai tourné le loquet. Je l'ai entendu arriver derrière la porte d'un pas lent, il semblait beaucoup s'amuser de cette situation.

- … Veux pas jouer ?…

J'ai faillis m'étrangler avec ma salive. Il savait parler ? Ensuite j'ai entendu des grognements impatients, puis une exclamation de rage à retenti.

- … Veux pas jouer ! S'est-il exclamé, dans un grand cri.

Il s'est jeté contre la porte de toutes ses forces. Je savais déjà qu'elle ne résisterait pas très longtemps face aux assauts acharnés de mon agresseur. J'ai essayé de réfléchir à toute vitesse alors que les gonds de la porte commençaient à céder, je n'avais aucune sortie ou cachette pour me dissimuler à ses yeux, le bureau était trop bas et pas assez profond pour que je puisse me cacher en dessous et le placard n'était pas assez grand. Alors j'ai pris une décision éclair, sans réfléchir, je me suis mise face à la porte, arme pointée vers celle-ci et j'ai tiré. Cinq fois en tout. Il a poussé une exclamation de douleur alors que je sentais mon poignet s'engourdir à cause du contrecoup.

Il n'y a plus eu aucun bruit derrière la porte, pensant être en sécurité, je me suis approchée pour vérifier si j'étais bien débarrassée de la créature. Il y a eu un moment de latence durant lequel j'ai eu la folle idée que mes coups de feu à l'aveuglette avaient porté leurs me suis penchée vers les trous que les balles avaient faits dans la porte pour l'apercevoir. Quand soudain une main squelettique a surgit et m'a agrippé les cheveux avec force. J'ai laissé échapper un cri de surprise, et avec horreur, je l'ai vu. Il avait du sang qui lui coulait de la bouche et du nez, et une de mes balles lui avait fait un trou sanguinolent entre les deux yeux. Il était toujours vivant ? Je me suis débattue avec force, frappant et griffant comme un animal effrayé. J'ai empoigné l'arme fermement et l'ai pointée vers son poignet pour qu'il me lâche, j'ai tiré deux fois, puis son os à cédé et son poignet s'est à moitié décroché. Tout en poussant un cri oscillant entre horreur et douleur, il a attrapé son membre maintenant inutile. J'en ai profité pour m'éloigner le plus possible de la porte, je l'ai ensuite entendu pousser un rugissement de rage et il s'est élancé sur la porte. Elle a volé en éclat.

Sans plus réfléchir, j'ai couru de toutes mes forces vers la seule sortie plausible tout en récitant une prière pour ne pas me briser le cou à la réception. J'ai sauté vers la fenêtre en me protégeant le visage de mes bras pour ne pas me blesser, quand j'ai rencontré la surface dure du verre, j'ai eu l'impression d'entrer en collision avec un mur en béton. Il y a eu un moment de blanc durant lequel je me suis sentie flotter, puis je suis tombée sur le toit qui surplombait la porte d'entrée. J'ai senti la surface dure du toit puis j'ai glissé de celui-ci et suis tombée sur le bitume. J'ai entendu un craquement sinistre et une douleur m'a fait pousser un long gémissement, je m'étais sûrement fêlé un os de l'avant-bras, la douleur n'était pas aussi forte que si j'avais eu un os brisé et je pouvais toujours bouger les doigts et le poignet. Le choc m'avait un peu assommée et j'étais restée allongée sur le sol en tentant de me ressaisir. Quand j'ai entendu des bruits de pas précipités venir de l'intérieur de la maison, je me suis relevée en quatrième vitesse.

Je ne savais pas où aller et les clés de la voiture étaient encore à l'intérieur, et il était totalement hors de question d'y retourner ! Je suis donc partie en courant vers le centre-ville. J'ai couru pendant longtemps, le temps que j'arrive à atteindre la route principale, mais à un moment elle se trouvait bloquée par une barrière signalant des travaux. Je me suis arrêtée devant celui-ci dans un dérapage qui a manqué de me faire tomber à terre. Non ! Le seul chemin qui pouvait me faire sortir de la ville était maintenant bloqué par des travaux ? La respiration hachée, je suis restée dans le carrefour quelques instants, les mains sur les genoux, j'ai regardé de tous côtés puis j'ai repéré un petit panneau jaune avec une indication « Déviation » écrit dessus. J'ai poussé un cri de joie et me suis élancée vers la route que pointait le petit panneau, jetant un regard en arrière, j'ai pu constater avec soulagement que l'homme qui m'avait attaquée ne m'avait pas suivie. Je suis partie en marchant vers une route bordée d'arbres, mal éclairée et à l'aspect peu accueillante. Peu rassurée, j'ai sorti l'arme que j'avais rangée, prête à me défendre bec et ongles. J'ai continué sur la route pendant une dizaine de minutes, et plus le temps passait, plus je commençais à douter de la déviation, je devais avoir raté une intersection. Comme pour me confirmer ce fait, un énorme portail bloquait la route entière, en fer noir, un grand panneau avec le mot « Zoo » était gravé dessus. Les grilles étaient cassées et à moitié effondrées, il devait y avoir eu du grabuge vu l'état de l'entrée.

Soudain un cri a déchiré la tranquillité de la nuit, un cri de détresse, un cri d'animal acculé, au seuil de la mort. Chamboulée par les émotions contradictoires qui m'avaient traversée, je me suis arrêtée et ai prêté l'oreille aux bruits alentours. Le cri a à nouveau retenti, glaçant de par sa véracité, et ce son, était à la fois magnifique et déchirant, joyeux et nostalgique, mélancolique. Cette voix a résonné en moi comme un tintement de cristal, pur et magnifique. Il fallait que j'aille voir quelle était la créature à laquelle cette « voix » appartenait.