D'un pas décidé, je me suis dirigée vers les grilles et les ai passées sans une once d'hésitation. L'arme de mon père dans ma main droite, je me suis sentie puissante et intouchable à ce moment, je me sentais protégée et la peur n'avait plus de place dans mon esprit. Toute raison avait déserté ma tête et je m'étais avancée sans être consciente du danger que je pouvais encourir en fonçant tête baissée dans ce traquenard. Heureusement pour moi, à l'entrée, dans la cabine du concierge, j'ai trouvé une lampe de poche qui me permettait de voir le chemin que j'empruntais. Allumant celle-ci, j'arrivais enfin à distinguer l'intérieur du bureau, après mon accès de (sur)confiance en moi passé, j'ai commencé à ressentir le besoin pressant de partir le plus loin et le plus vite possible de cet endroit.

Ce sentiment s'est accru lorsqu'en faisant le tour de la pièce, le faisceau de la lampe à éclairé quelque chose, tout était sans dessus dessous, les meubles avaient été jetés à terre, comme si quelqu'un avait voulu en faire des barrages pour se protéger d'un agresseur inconnu, la baie vitrée à l'avant de la pièce avait été brisée et des morceaux de verre jonchaient le sol. Une tâche de sang colorait le sol d'un rouge malsain, elle continuait jusqu'à une armoire, la personne qui avait été blessée avait dû se traîner pour essayer d'échapper à son attaquant. Je me suis mise à suivre cette lente progression, mon arme dégainée, prête à abattre la créature qui avait été là quelques instants auparavant si elle se trouvait toujours dans la pièce. Je me suis accroupie devant la flaque de sang et ai posé mon doigt sur celle-ci, le sang était encore chaud et n'avait pas encore coagulé. J'ai balayé le bureau du regard.

« Ça s'est passé très vite, il n'a rien vu venir… Son agresseur à dû arriver par la fenêtre, il l'a faite exploser, ce qui a dû blesser le gardien au visage, puis il s'est jeté sur sa victime. Le gardien n'a pas eu la moindre chance de s'en sortir… Rapide et précis, un merveilleux prédateur. »

J'ai prêté plus d'attention aux traces du meurtrier, indistinctes, comme s'il s'était déplacé par foulées immenses. Ça ne pouvait pas être un être humain ! J'ai continué d'essayer d'identifier les traces quand je suis finalement tombée sur une trace, immense et fraîche, elle ressemblait à celle d'un chat mais en beaucoup plus grande.

« Réfléchis ma grande ! Où est-ce que tu te trouves ? Dans un Zoo ! Donc Zoo égale animaux ! Donc s'il y a des animaux, qu'est-ce qui est plus grand qu'un chat ? Un chat est un félin, donc… Oh non ! Tout mais pas ça ! Pas un fauve ! »

Mortifiée à l'idée de me retrouver face à un félin en colère et assoiffé de sang, je me suis redressée et me suis mise à regarder partout dans la pièce, j'ai commencé à réaliser que ce monstre pouvait me fondre dessus à tout moment, arme ou pas, s'il m'attaquait, je pouvais déjà me considérer comme étant morte d'avance. Les fauves étaient de merveilleux prédateurs, discrets et silencieux, il pouvait être n'importe où ! Ravalant mon angoisse grandissante, j'ai à nouveau suivis la progression du gardien de nuit, les traces se poursuivaient jusqu'à une porte à l'arrière, entrouverte, elle semblait s'ouvrir sur une sorte de remise. Il avait quand même réussi à faire un très long chemin ! C'était assez incroyable, mais je me suis rendue compte que les traces du félin allaient n'importe où dans la pièce, elles ne semblaient pas s'êtres concentrées là où le gardien devait se trouver, elles allaient et venait de lui à une extrémité du bureau.

« … Il jouait avec sa proie, il le regardait se traîner pour essayer de survivre ! »

J'ai senti la nausée m'envahir, puis j'ai lancé un regard dégoûté à travers la pièce. Prenant mon courage à deux mains, j'ai poussé la porte du bout de mon arme, la lampe allumée, braquée vers l'avant. Il y avait du sang partout ! Comme si le gardien avait explosé de l'intérieur, l'épaisse moquette qui recouvrait le sol en était imbibée, même les murs en étaient couverts ! Promenant le faisceau lumineux que projetait la lampe dans toute la pièce, j'ai éclairé quelque chose au fond de celle-ci, un tas informe et sombre, on aurait dit des sortes de tuyaux à l'aspect gluant et visqueux, ils se trouvaient au pied du mur de gauche. Je me suis approchée au centre de la petite salle, essayant d'apercevoir le gardien et quand je suis arrivée près du mur, j'ai réalisé que le tas était en fait des boyaux. Refoulant mon horreur et ma peur j'ai lentement levé la lampe vers le haut du mur…

Là, j'ai poussé un hurlement d'horreur, je suis sortie en courant de la pièce adjacente et me suis accrochée à l'un des murs du bureau pour ne pas m'effondrer, arrivée à cet endroit, j'ai régurgité le peu d'aliments que j'avais réussi à avaler. Ma tête s'est mise à tourner et de petits points noirs me brouillaient la vue, je me suis laissée tomber à terre, une fois assise, j'ai mis ma tête entre mes jambes pour faire passer ma nausée. Quelques minutes plus tard, je me suis relevée et avec appréhension, je suis à nouveau entrée dans la remise. Il était toujours là, sa position était toujours la même… Le gardien de nuit avait bien été tué, mais pas par son premier agresseur, un animal ne pouvait pas faire ce genre de chose. A moitié dévoré, son visage n'était plus qu'un amas de chair a vif, ses orbites avaient été vidées, le ventre ouvert, son deuxième agresseur l'avait torturé avant de l'achever. Tous ses doigts avaient été coupés et les plaies avaient été cautérisées pour qu'il ne se vide pas de son sang. Il avait été crucifié sur le mur, et une intuition morbide me disait que ça n'avait été qu'une torture de plus, il était toujours vivant quand ce monstre l'avait cloué au mur. La poitrine entièrement ouverte, la cage thoracique réduite en bouillie, l'assassin avait dû lui ouvrir entièrement pour laisser le champ libre à la bête qui l'avait attaqué en premier, tous ces organes manquaient, le fauve avait dû les dévorer, vidant le pauvre homme alors qu'il était agonisant. La nausée est revenue, j'ai secoué la tête, espérant faire passer mon mal-être grâce à ce geste. J'ai dirigé le faisceau de la lampe vers le haut du mur, une phrase avait été écrite avec le sang de la victime :

« Vas-y si tu l'oses… »

Les lettres avaient été tracées de façon maladroite, comme si un enfant les avait écrites, une flèche pointait vers le visage du cadavre. Sa tête avait été tirée vers l'arrière, sa bouche était ouverte et quelque chose en dépassait. Réprimant un frisson de dégoût, je me suis approchée et ai tendu une main tremblante pour attraper l'objet qui avait été enfoncé dans la gorge du gardien. Quand mes doigts ont touché sa peau mutilée, ma résolution à flanché, je ne pouvais pas ! J'en étais incapable ! Mais c'était un indice précieux, qui pouvait peut-être me sortir de cet enfer. Après un temps d'hésitation, j'ai à nouveau tendu le bras. D'un mouvement rapide, je l'ai attrapé, c'était un trousseau de clés couvert de sang, ce trousseau comportait plusieurs clés dont un porte clé où était écrit quelque chose :

« Lake Juliet – Umbrella corporation »

« Umbrella corporation ? Ca me dit quelque chose… mais quoi ? Où est-ce que j'ai bien pu voir ce nom ? »

J'ai fini par ranger le trousseau dans l'une des nombreuses poches de mon sac. Je me suis retournée et suis sortie prudemment des locaux réservés aux gardiens, l'arme à la main et regardant de tout côté pour essayer de détecter la présence d'un agresseur potentiel. Une fois dehors, j'ai éteint la lampe, un lampadaire éclairait les chemins pavés qui partaient à travers les allées sombres et les cages saccagées.

- … Promenons nous… dans les bois…

Ma respiration s'est bloquée tout à coup, le ton sur lequel cette comptine était chantée me donnait des sueurs froides. Ce chant sonnait comme une marche funèbre, la chanson d'un fou, sans rythme ni cadence. Des bruits de pas rapides ont retenti derrière moi et un mouvement à attiré mon attention au coin de mon champ de vision. Un rire discret mais sinistre à résonné et tout s'est arrêté aussi soudainement que ça avait commencé. Mes genoux tremblaient et mes jambes son devenues lourdes, sur quoi est-ce que j'allais encore tomber cette fois ?

- … Pendant que le Loup y'est pas…

La phrase avait sonné derrière moi, aussi claire et distincte que si la personne qui avait parlé s'était trouvée juste derrière moi. Je me suis retournée vivement, l'arme pointée dans la direction de la voix, mon cœur battait à cent à l'heure… personne…

- … Si le Loup y était…

J'ai paniqué, cette chanson plus l'ambiance sinistre de cet endroit me donnait envie de hurler de terreur et de partir en courant, aussi loin que possible. Sans m'en rendre compte, j'ai commencé à crier :

- QU'EST-CE QUE TU ME VEUX ! QU'EST-CE QUE TU ATTENDS DE MOI !

Je me suis soudainement rappelée avoir entendu cette même chanson pendant la nuit ou ma famille avait été tuée. J'ai compris que cette présence que je sentais inconsciemment depuis le début de mon cauchemar était celle-là même qui était là à me narguer. J'étais entrée dans une spirale infernale, j'étais en train de revivre, seconde par seconde la nuit où ils avaient tous été tués. J'ai compris que l'homme qui était présent dans notre maison n'était pas l'auteur des meurtres de mes parents et de mes frères et sœurs, non, c'était la personne qui était en train de chanter qui les avait assassinés. L'autre s'en était régalé… Soudain, tout s'est arrêté, le cri de détresse ce chant magnifique a à nouveau retenti, il semblait être une protection face à la comptine sinistre qui était chantée par un enfant semblait-il, mais j'étais bien incapable de dire si cette voix appartenait à un garçon ou à une fille.

Le chant m'a libérée de son emprise, je me suis tournée dans la direction de cette « voix » et suis partie en courant. Je ne me suis pas préoccupée du fait que je tournais le dos à un ennemi potentiel et que je risquais de mourir dans d'atroces souffrances à tout moment. J'ai couru à l'aveuglette pendant un long moment, uniquement guidée par ce son, pareil à un souffle, fragile et disparate. J'ai finalement débouché sur une place pavée, je me suis arrêtée et me suis retournée pour vérifier que mon poursuivant n'était pas juste derrière moi. Ne voyant rien d'alarmant, j'ai poussé un soupir de soulagement, j'avais réussi à me sortir cette horrible chanson de la tête. Un panneau indiquait dans quelle partie du Zoo je me trouvais, il y avait écrit « Zones tropicales », j'ai regardé autour de moi, il y avait plusieurs cages alignées et une grande volière en verre. Celle-ci aurait été magnifique si elle n'avait pas été détruite, des centaines de bouts de verre jonchaient le sol, reflétant la lumière de la Lune. Pensant être en sécurité, je me suis aventurée plus loin sur la place, quand un grognement sur ma droite m'a fait me figer. Lentement, je me suis tournée dans la direction du bruit, j'ai orienté la lampe dans cette même direction pour distinguer quelle créature m'avait vue.

Un loup… non, deux loups étaient là, à quelques mètres de moi. L'un était d'un noir d'encre, il était placé devant l'autre, en position de défense, les babines retroussées sur des crocs acérés, il semblait vouloir protéger celui qui était derrière lui, une plaie récente lui zébrait la tête, de l'œil gauche jusqu'à sa gueule, l'œil était miraculeusement intact. L'autre était d'un blanc immaculé, sauf que sa robe de neige était souillée de sang, une blessure lui barrait le flanc droit, de l'épaule à la cuisse, elle saignait abondamment, il était couché, et lui aussi arborait une attitude menaçante, les babines retroussées. Croyant être la source de leur agressivité, je me suis éloignée lentement, mais leurs regards étaient fixés vers une cage sur ma droite, la porte était ouverte et un écriteau expliquait quel animal s'y trouvait. Je me suis à nouveau figée et ai tendu l'oreille, des bruits de chair qu'on déchire et de déglutition semblaient venir de cette cage, intriguée, je me suis approchée. Le loup noir a poussé un grognement d'avertissement, j'ai sorti mon arme et ai regardé l'écriteau, il montrait une image de zèbre.

« Ça m'étonnerait que des zèbres puissent faire des bruits pareils… »

Je me suis penchée vers l'ouverture et j'ai observé à l'intérieur, il faisait trop sombre pour arriver à distinguer quelque chose. J'ai attrapé la lampe et l'ai allumée… Grossière erreur, la lumière que je venais de projeter avait interrompu deux tigres énormes qui étaient en train de dévorer un zèbre d'après la fourrure que je pouvais apercevoir. Ils me regardaient d'un air menaçant, c'est à ce moment que j'ai remarqué que leurs yeux étaient injectés de sang et que leurs fourrures étaient clairsemées, des touffes de poils manquaient et laissaient apercevoir une peau couverte de croûtes et zébrée de marbrures noires. Sans savoir pourquoi, l'image de l'homme qui s'était introduit dans ma chambre m'est venue à l'esprit, l'état dans lequel se trouvaient ces tigres semblait être le même que le sien. J'ai éteint la lampe et je me suis mis à reculer le plus lentement possible, veillant à ne pas faire un seul mouvement brusque, mais à un moment, pensant être en sécurité, j'ai reculé plus vite, et mon pied s'est posé sur une branche qui traînait par terre. Je n'ai pas réussi à arrêter mon geste, la branche s'est brisée en produisant un craquement sec, assourdissant dans le calme absolu qui régnait en ce lieu.

Un feulement de rage m'est parvenu, après il n'y a plus eu aucun bruit, puis, mue par un quelconque instinct de survie, je me suis plaquée au sol. Quelque chose est passé à quelques centimètres de ma tête, m'égratignant au passage, j'ai effectué une roulade et me suis relevée souplement. Un des tigres venait de me sauter dessus, et je venais d'éviter de me faire égorger en me baissant, il ne me quittait pas des yeux tout en poussant des grognements effrayants. Je me suis mise à décrire un cercle pour rester face à mon agresseur qui s'était mis à bouger, toute mon attention était focalisée sur lui, je tenais mon arme serrée tellement fort que mes jointures me faisaient mal. En poussant un rugissement il s'est élancé vers moi, j'ai fais un écart au dernier moment et ses griffes ont fendu l'air à l'endroit où je m'étais trouvée quelques secondes plus tôt. J'ai pointé mon arme dans sa direction, mais un jappement m'a faite me retourner, l'autre tigre m'avait contournée pendant que le premier m'avait distraite, et le loup noir m'avait avertie du danger.

J'ai seulement eu le temps de pivoter qu'il était déjà sur moi, son corps tendu dans un saut prodigieux, mais avant de m'avoir atteinte, un hurlement de rage m'est parvenu et quelque chose à percuté le tigre quelques secondes avant qu'il ne me soit tombé dessus. En me redressant, j'ai pu apercevoir le loup noir en plein combat avec la bête, il grognait, donnait des coups de dents, griffait, il venait de me sauver la vie… Avant que je ne me sois totalement redressée, un poids énorme m'a percutée dans le dos, le premier tigre était sur moi. Je me suis débattue, alors que celui-ci approchait sa gueule de ma nuque, je pouvais sentir son souffle à l'arrière de ma tête alors que ses griffes m'écorchaient la peau des bras, j'ai regardé partout autour de moi, l'arme m'avait échappé quand il m'avait plaquée au sol. Sur ma droite, j'ai repéré un éclat de verre pointu, c'était ma seule chance.

Tout en poussant un cri de désespoir, j'ai tendu le bras et l'ai attrapé, je l'ai serré fort et l'ai dirigé à l'aveuglette dans la direction de sa tête. Mon arme improvisée à rencontré une petite résistance qui s'est très vite effacée, puis elle s'est enfoncée profondément, du sang à coulé sur la lame et s'est déversé sur moi alors que la bête poussait un grognement de douleur. Je m'étais entaillé les doigts dessus, le tigre à secoué la tête puis j'ai lâché prise, quand j'ai senti le poids dans mon dos se faire moins écrasant, j'ai tenté de me redresser. J'avais réussi à m'appuyer sur mes bras quand il s'est à nouveau appuyé sur moi, de toutes ses forces, je me suis retrouvée à nouveau plaquée au sol avec violence, l'impact avait été tellement fort que j'en avais été sonnée. Je m'étais résignée à mourir, quand un grognement menaçant à retenti juste devant moi, j'ai relevé la tête pour voir quel était le nouvel assaillant. Le loup blanc se tenait là, la tête basse, les babines retroussées en une attitude de défi, la haine brûlait au fond de ses prunelles grises. Le tigre ne lui a pas prêté plus d'attention que ça, il se préparait à me tuer. L'animal à poussé un nouveau grognement, puis il s'est ramassé sur lui-même et s'est ensuite tendu dans un bond, il a percuté le tigre de plein fouet, me libérant de son poids au passage. Profitant de cette occasion, je me suis levée maladroitement et me suis précipitée vers mon arme. Une fois l'arme dans ma main, je me suis tournée dans la direction des combattants, le loup était désavantagé à cause de sa blessure et de sa petite taille, le tigre avait l'avantage de par sa force et de sa grande taille, je l'avais blessé à l'œil, il a donné un coup de griffe au loup qui s'est trouvé projeté vers l'arrière, allongé sur le flanc, il n'a pas réussi à se relever assez vite, le tigre était déjà sur lui, toutes griffes dehors. Sans plus réfléchir, j'ai pointé mon arme vers lui et j'ai tiré, ma balle l'a atteint au flanc, il a poussé un feulement de douleur et s'est tourné vers moi.

« Merde, merde, merde ! Mais quelle idiote, comment je fais maintenant ? Je suis morte ! Il va me tuer ! »

Quand il s'est élancé vers moi, mon sang n'a fait qu'un tour, en poussant un cri, je suis partie en courant dans le dédale de cages qui s'ouvrait devant moi. Je savais qu'il était avantagé à cause de sa vitesse, alors je me suis mise à tourner à chaque intersection, je ne suis jamais partie en ligne droite ce qui lui aurait permis de me sauter dessus. J'ai couru pendant cinq minutes, puis, n'entendant plus rien derrière moi, je me suis retournée pour vérifier si mon poursuivant était toujours là. Il n'était plus là, un calme inquiétant s'est installé, et comme je l'avais dis avant, il pouvait être n'importe où, c'était un chasseur hors pair, discret et précis. Un léger bruissement derrière moi a attiré mon attention, je me suis retournée lentement et j'ai pu voir le tigre à quelques mètres de moi, son corps était tendu, prêt à bondir pour me tuer, il y a eu un moment de latence durant lequel j'ai aperçu un enfant derrière la bête qui me regardait avec un sourire horrible, dévoilant des dents pointues et tâchées de sang, il était habillé d'une blouse d'hôpital blanche qui s'arrêtait au niveau de ses genoux, elle était déchirée et beaucoup de sang imbibait le tissu, une tignasse de longs cheveux brun emmêlés masquaient à moitié son visage, et ses yeux étaient à peine visibles. Il a penché la tête, puis sa bouche s'est ouverte pour parler.

- … il nous mangerait…

J'ai pu reconnaitre la voix qui avait chanté cette comptine un moment avant, il venait de la finir tout en me souriant. L'animal à bondi… J'ai fermé les yeux, m'attendant à mourir dans d'atroces souffrances, mais quelque chose m'a saisie par la taille, me tirant vers l'arrière avec violence. J'ai poussé un cri de surprise alors que je basculais, le tigre est passé à côté de moi. Je me suis retrouvée dans une des cages qui était miraculeusement intacte, la bête s'est tournée vers moi en feulant, la grille qui était ouverte s'est fermée juste devant lui, il s'y est heurté alors qu'il venait de bondir une deuxième fois. Je me suis rendue compte que j'étais tout contre quelqu'un, tellement proche que je pouvais sentir sa chaleur, c'était un homme d'après sa taille, un de ses bras me ceinturait alors que l'autre pointait une arme vers la bête qui essayait de s'introduire dans la cage. J'étais dos contre son torse, j'ai tenté de me dégager, il m'a laissée partir sans résistance. Quand je me suis retournée, j'ai pu détailler mon sauveur grâce à ma lampe que je venais d'allumer, c'était un homme grand, mince, mais tout en muscles, ses yeux étaient d'un gris acier, indéchiffrables, ses cheveux étaient châtains, ils lui arrivaient au niveau des pommettes et étaient coiffés avec une raie de côté. Il semblait surpris de ma présence, il plissait les yeux, éblouit par la lumière de la lampe que je braquais sur lui.

- Eteins ça ! M'a-t-il dit d'un ton pressé, tu vas nous faire tuer !

- Quoi ? Ai-je répondu, incrédule, mais c'est…

- Tu signales parfaitement l'endroit où on se trouve ! M'a-t-il interrompue, en colère, alors maintenant éteins cette foutue lampe !

Sans chercher à en savoir d'avantage, j'ai éteins la lampe. La cage à été plongée dans le noir, je n'arrivais plus à distinguer les traits de mon sauveur. J'ai laissé échapper un cri de surprise lorsque le tigre s'est élancé contre les barreaux justes à côté de moi. Mais avant qu'un son ne soit sorti de ma bouche, mon mystérieux compagnon s'est précipité vers moi et a plaqué une main sur ma bouche. L'animal à poussé un grognement de frustration, puis il s'est éloigné de son pas souple. Une fois la bête loin de nous, il a poussé un soupir, puis il a libéré ma bouche, me permettant de respirer, ce que j'avais arrêté de faire dès le moment où sa main était entrée en contact avec mes lèvres.

- Qui êtes-vous ? Lui ai-je demandé dans un chuchotement, et qu'est-ce que vous faites ici ?

- Plus tard, a-t-il dit, éludant mes questions, si on s'en sort.

J'ai poussé un soupir tout en levant les yeux au ciel.

- Bien sûr, ai-je répliqué, ironique, c'est sûr que là le temps presse !

- Tout à fait, a-t-il dit, agacé par ma tirade, les barreaux ne tiendrons pas indéfiniment, il faut qu'on trouve un moyen de sortir sans attirer son attention.

Ramenée à la réalité par ce qu'il venait de dire, j'ai dirigé mon regard vers l'allée qui passait devant la cage. Le tigre s'y tenait toujours, il faisait des allers-retours en grognant et l'enfant était toujours là, il nous regardait, un rictus de haine plaqué sur le visage. J'ai eu la surprise de ressentir une certaine satisfaction face à sa frustration, il n'avait pas réussi à me faire tuer, et cette joie sauvage qui venait de me prendre m'a fait prononcer ce que je pensais à haute voix :

- … Si le loup y est pas, il nous mangera pas !

Il a poussé un cri de frustration, puis il est parti en courant, disparaissant dans l'une des allées sombres. Quand j'ai reporté mon attention sur mon compagnon, j'ai pu constater qu'il me lançait un regard perplexe. J'ai secoué la tête, éludant sa question informulée. Le tigre commençait à s'impatienter, il grondait, montrait les dents tout en s'élançant avec force contre les barreaux de fer qui nous protégeaient de lui. Sans réfléchir, j'ai visé et tiré quatre fois vers le fauve, mes tirs ont fait mouche, je l'ai touché à la cuisse et au flanc, il s'est effondré en laissant échapper un cri de douleur. Le hurlement d'un des loups m'est parvenu à nouveau, fragile et merveilleux, mais celui-ci était aussi plein de détresse, réalisant soudain que le deuxième tigre était resté avec eux, j'ai senti une angoisse inattendue me serrer la gorge. C'était sans précédent, pourquoi est-ce que je me sentais concernée par la vie d'un animal ? D'un prédateur en plus ! Mais sans savoir pourquoi, je m'étais attachée à ces créatures, je voulais les protéger comme ils m'avaient protégée avant. Mon compagnon s'est redressé et à lui aussi tiré en direction de la bête, le tigre a été blessé à la patte, il s'est retiré tout en rugissant de rage. Des bruits de course ont retenti pendant quelques minutes alors que le fauve s'en allait, nous laissant seuls dans la cage. Inquiète, je me suis levée et me suis dirigée vers la grille qui bloquait la sortie, une fois arrivée devant celle-ci, j'ai cherché le mécanisme qui permettait l'ouverture. J'ai entendu des pas derrière moi et la voix grave et chaude de mon sauveur s'est élevée.

- Qu'est-ce que tu cherches ?

- Un moyen de sortir de cette cage, lui ai-je répondu avec plus de sécheresse que je l'avais voulu dans la voix, si c'est possible.

Vu que la cage était plongée dans le noir, je n'arrivais pas bien à distinguer les contours de mon compagnon, j'ai juste senti son épaule frôler la mienne lorsqu'il s'est accroupi devant l'entrée à côté de moi. Il y a eu un bruit de métal, puis la grille s'est levée, nous ouvrant le passage. Pressée, je me suis éjectée de la cage, il fallait que je rejoigne les loups, ils étaient sûrement en danger ! Je me suis tournée dans la direction que j'avais empruntée pour arriver ici et suis partie en courant, arme rechargée, prête à l'emploi. Mais avant que j'aie pu faire deux pas, mon poignet à été attrapé par quelque chose qui m'a faite me retourner, déséquilibrée, j'ai basculé dans la direction de la traction. J'ai fermé les yeux en poussant un petit cri, m'attendant à rencontrer la surface dure du sol, j'ai eu la surprise de tomber dans des bras chauds et puissants qui m'ont rattrapée et m'ont remise sur mes pieds. Je me suis redressée et ai toisé mon compagnon avec colère.

- Non mais ça va pas ? Ai-je dit, la voix tendue, qu'est-ce qui vous a pris ?

- Du calme, m'a-t-il répondu de sa voix grave, où est-ce que tu vas ?

- Je… j'ai été séparée de quelqu'un pendant ma fuite, ai-je menti, incertaine de la marche à suivre.

Parce que je me voyais mal lui dire que je voulais aller aider des animaux qui m'avaient sauvé la vie… il m'aurait prise pour une folle…

- Il faut que j'aille m'assurer de sa sécurité ! Ai-je continué en évitant son regard.

- Les environs ne sont pas sûrs, a-t-il dit, c'est dangereux, tu pourrais retomber sur ces tigres. Et vu la façon dont tu t'es débrouillée, je doute que tu tiennes plus de quelques minutes face à eux.

Je lui ai lancé un regard noir, il pensait que j'étais une gamine sans défense ? D'un mouvement brusque, je me suis dégagée de sa poigne et ai tourné les talons dans la direction que j'avais prise pour venir. Je me suis mise à marcher d'un pas rageur, mais mon « sauveur » n'avait pas l'intention d'en rester là, je pouvais sentir sa présence quelques pas derrière moi, ses pas résonnaient dans mon dos, il marchait à la même cadence que moi pour me parler.

- Je vais réitérer mon avertissement, c'est trop…

- Pas la peine de gaspiller votre temps et votre salive, l'ai-je interrompu en levant une main, j'y vais que ça vous plaise ou non !

Il s'est mis en travers de mon chemin tout en lâchant un soupir excédé. J'ai tenté de le contourner mais il m'en a empêchée, énervée, inquiète, j'ai croisé les bras pour m'empêcher de le frapper, je lui ai lancé un regard blasé, et j'ai attendu qu'il dise quelque chose.

- C'est dangereux, a-t-il répété, énervé lui aussi, tu risques de mourir ! Ce n'est pas un jeu !

- Et quoi ? Lui ai-je répondu, perdant patience, vous croyez quoi ? Que je suis en train de me prendre pour Lara Croft ? Que ça m'amuse de croiser des monstres qui essayent de me tuer ? Que ça m'amuse aussi de savoir que toute ma famille à été tuée par l'un de ces monstres ?

Quand j'ai prononcé ces derniers mots, ma voix s'est étranglée, j'ai eu envie de fondre en larmes, et – chose très étonnante – j'ai eu la folle envie que cet inconnu me prenne dans ses bras pour me consoler. J'ai essuyé les larmes qui avaient commencé à perler d'un geste rapide, il a détourné les yeux, un air désolé sur le visage.

« Pas du genre démonstratif le gars… »

- Je suis désolé, a-t-il dit d'une voix douce, je ne savais pas…

- Ça c'est sûr que vous ne pouviez pas savoir, ai-je dis avec agressivité, mais bon, là n'est pas la question, je vais aller aider cette… personne que j'ai laissée.

Il a fait un claquement de langue agacé puis il m'a suivie sans rien dire de plus. Un nouveau cri s'est fait entendre alors que les battements de mon cœur s'accéléraient. Fébrile, je me suis mise à courir par grandes foulées, suivie par les bruits de pas rassurants de mon compagnon juste derrière moi. Arrivée sur la place, j'ai fait un arrêt brusque, où mon « ami » à faillit me tomber dessus. J'ai cherché les animaux du regard, trop stressée pour être objective, j'ai fouillé dans mon sac et ai sorti ma lampe que j'ai allumée. J'ai entendu mon compagnon dire un juron entre ses dents, sans lui prêter plus d'attention, je suis partie dans la direction des combattants que je venais de remarquer à l'une des extrémités de la place. Le loup noir était en mauvaise posture, sa blessure à la tête saignait abondamment et il commençait à faiblir, il commençait à céder du terrain face au tigre qui l'attaquait sans relâche. J'ai couru de toutes mes forces dans leur direction, arrivée à proximité d'eux, j'ai posé un genou à terre et ai mis le tigre en joue. J'ai vidé mon chargeur dans sa direction, une des mes balle s'est logées dans sa tête et les autres l'ont touché à la poitrine, il s'est tourné vers moi en rugissant, au moment ou il s'apprêtait à me sauter dessus, mon « sauveur » lui a tiré une salve de balles qui l'ont balayé, l'animal s'est retiré en rugissant. J'ai voulu partir en courant vers les loups, mais mon compagnon m'a attrapée par l'épaule et m'a entrainée vers un mur où il s'est appuyé. Il me regardait tout en rechargeant son arme.

- Tire leur dans la tête si tu veux t'en débarrasser, a-t-il dit d'une voix calme, tirer dans le cœur ne sert à rien, compris ?

J'ai rechargé avec plus de maladresse que lui, une fois mon geste fini, j'ai serré mon arme avec force et ai hoché la tête tout en lui lançant un regard assuré.

- Compris !

Il m'a adressé un léger sourire de connivence, puis il s'est détaché du mur en mettant le tigre en joue. Je l'ai suivi, quelques pas en arrière essayant d'apercevoir les loups dans la bataille qui faisait rage.

- Et éteins ta lampe ! M'a-t-il lancé, tu…

- …signale parfaitement l'endroit où on se trouve, je sais ! L'ai-je coupé, je crois que je vais commencer à comprendre à force !

D'un geste rapide, j'ai éteins la lampe et l'ai jetée dans mon sac, l'arme toujours pointée vers l'avant. L'animal a surgit sur notre gauche, sortant d'un petit bosquet d'arbres qui formaient une tâche d'ombre parfaite pour se dissimuler. Je n'ai pas bougé, je me suis mise à lui tirer dessus sans discontinuer, je l'avais touché deux fois à la tête et il commençait à faiblir, mais il continuait de courir vers moi. Je n'avais pas peur, ce qui était étrange car je risquais d'y laisser la vie, une sorte de bulle de calme m'avait enveloppée et les bruits alentours semblaient s'être assourdis. Cette sensation à disparu d'un coup lorsque, voulant tirer une autre balle, j'ai à nouveau appuyé sur la gâchette, mais aucune détonation n'a retenti, il y a juste eu un petit déclic… le chargeur était vide…

Le tigre s'est élancé vers moi en grognant. Voulant me protéger, j'ai levé mes bras devant mon visage et j'ai fermé les yeux, ma voix semblait être bloquée dans ma gorge, je n'ai pas poussé un cri. J'allais mourir et là personne ne pouvait me sauver… Un poids prodigieux et entré en collision avec moi, mais il ne venait pas du tigre, l'animal est passé à quelques centimètres de moi, ses griffes fendant l'air à l'endroit où je m'étais trouvée, mais je n'avais pas été éloignée assez vite, une douleur insupportable s'est propagée dans tout mon buste alors que les griffes du tigre lacéraient mon dos. J'ai poussé un cri de douleur tout en m'effondrant au sol avec l'homme qui m'avait sauvé la vie pour la deuxième fois en moins d'une heure. La douleur m'écrasant littéralement, j'ai été incapable de me relever, je me suis accrochée à mon « sauveur » de toutes mes forces, essayant de faire diminuer mon mal par ce geste, je pouvais sentir mon T-shirt s'imbiber de sang dans mon dos, mon corps entier brûlait alors que des milliers d'aiguilles se plantaient dans ma colonne vertébrale. J'ai poussé un gémissement de douleur alors que mon compagnon essayait de se redresser pour tirer.

L'animal nous chargeait à nouveau, il a pointé son arme vers lui et a tiré… deux fois, la tête de l'animal à volé en éclat, répandant du sang un peu partout, nous éclaboussant au passage, emporté par l'élan, son corps s'est effondré devant nous. Anesthésiée par la douleur, je n'ai pas réussi à bouger quand mon sauveur m'a soulevée pour me porter sur un banc. Je voyais flou, n'ayant pas été habituée à endurer une telle douleur, j'en avais été presque assommée, j'arrivais juste à distinguer la forme vague de mon compagnon, il m'a posée sur le banc, veillant à ce que ma blessure ne touche rien, puis il a commencé à s'éloigner. Toujours dans les vapes, j'ai attrapé son poignet. Quand il a senti ma main, il s'est tourné vers moi.

- Votre… ai-je tenté d'articuler, votre…

Il s'est accroupi en face de moi, tous les sons alentours semblaient assourdis, je n'entendais pas très bien.

- Oui ? M'a-t-il demandé, qu'est-ce qu'il y a ?

Sa voix semblait lointaine, comme s'il avait été de l'autre côté d'une porte fermée, j'ai secoué la tête.

- Votre… nom…

Il est resté silencieux un moment, puis il s'est relevé.

- … Léon S. Kennedy, a-t-il finalement dit, et toi ?

- Loup…, ai-je dis ai-je dis d'une voix voilée par la douleur – chaque respiration que je prenais réveillait une douleur atroce dans mon dos qui me donnait envie de hurler –, Loup… Hearst…

- Original, a-t-il commenté tout en s'éloignant.

J'ai voulu me lever pour lui demander où est-ce qu'il allait, mais mes forces m'abandonnaient, ma vue s'est obscurcie, et j'ai sombré dans l'inconscience.