Une fois calmée, je me suis relevée, j'ai cherché un nouveau chargeur dans mon sac et l'ai mis à la place de l'ancien en produisant un claquement sec. Je suis allée vers le bâtiment duquel était sorti le monstre qui m'avait volé ma vie tranquille, une grande croix rouge était dessinée sur un panneau où il était écrit : Infirmerie. J'ai attrapé la poignée de la porte et ai essayé de l'ouvrir sans succès, énervée, je me suis mise à frapper celle-ci avec force. Me rappelant d'une des choses dont

m'avait parlé mon père, m'éloignant de quelques pas, j'ai inspiré et ai expiré lentement avant de donner un violent coup de pied au niveau du loquet. La porte s'est ouverte d'un coup en produisant un craquement retentissant. Il y a eu des bruits de course quelque part à l'étage, puis il n'y en a plus eu aucun, un silence inquiétant s'est installé. Prudemment, j'ai fais un pas dans le couloir, restant dans l'encadrement de la porte. Dos contre celle-ci, j'ai fermé les yeux et ai inspiré en appuyant mon arme contre mon front, puis, d'un mouvement brusque, j'ai pénétré dans le bâtiment, l'arme pointée vers l'avant.

Aucun monstre ne m'a attaquée. J'ai poussé un léger soupir, soulagée. Mais les bruits qui étaient venu de l'étage du dessus me préoccupaient plus. J'ai avancé prudemment le long du mur, regardant de tous côtés, les loups derrière moi. J'étais un peu rassurée grâce à leur présence, leur réaction face au gamin m'avait prévenue à l'avance de sa présence. Donc si un monstre se tapissait quelque part dans cet endroit, les animaux me préviendraient. J'ai avancé doucement, tous les sens en alerte, mail rien ne se passait. Cet endroit était sinistre, les murs étaient couverts de traces de griffures, je me suis approchée et ai posé une main sur l'un d'eux. Ces traces n'étaient pas celles d'un animal… elles avaient la dimension d'une main humaine, mais les sillons profonds causés par les ongles ne me rassuraient pas des masses, c'était comme si ses ongles avaient soudainement poussés et étaient devenus tranchants comme une lame de rasoir.

Arrivée à l'intersection du couloir, j'ai bifurqué vers la gauche. La peur m'avait quittée, aucune trace d'une présence quelconque… l'homme qui avait causé les dégâts dans le bâtiment n'était sûrement plus là. Mais à la fin de ce couloir, une porte avait été déchiquetée, comme broyée et une immense tâche de sang tapissait le petit bureau sur lequel elle s'ouvrait. Je me suis approchée de ce qui avait autrefois été un être humain mais qui n'était maintenant plus qu'un amas de chairs sanguinolentes. Mon envie de vomir est revenue, je me suis retenue tant bien que mal. Il y avait quelque chose sur le bureau, un morceau de papier tâché de sang. Je me suis dirigée droit vers le bureau à pas précautionneux, prudente. Quand j'ai attrapé la feuille, plusieurs gouttes de sang en sont tombées, colorant le bureau brun d'un rouge horrible. Je l'ai tournée dans mes mains, cherchant à savoir quelle importance ce papier allait avoir pour moi. Un manoir à l'allure ancienne était représenté dessus. Le sang avait mouillé l'encre qui avait servi au dessin mais le plus important était encore visible. J'ai promené mon regard sur la surface du papier quand quelque chose à attiré mon attention. Deux mots étaient tracés avec du sang au bas de l'image, j'arrivais à reconnaître l'écriture grâce aux formes des lettres, les mêmes que lorsque j'avais trouvé le gardien de nuit.

L'agresseur de ces deux personnes me laissait des indices morbides, comme si c'était une sorte de jeu de piste pour lui : d'abord les clés, et maintenant un dessin… J'ai lu les mots.

«Lake Juliet ?... ça me dit quelque chose… »

Je me suis creusée la tête pendant quelques minutes avant de réaliser la chose la plus évidente. Les clés me sont revenues en mémoire… il y avait un porte clé ! Oui ! Je me souvenais maintenant : « Lake Juliet – Umbrella corporation ». Donc c'était à cet endroit où cette chose voulait que j'aille, la peur m'a noué l'estomac, mon cauchemar n'allait pas se finir de sitôt. Je me suis retournée vers le couloir, il fallait que je trouve l'endroit où ils soignaient les animaux blessés. Les deux loups attendaient sagement derrière moi, je pouvais déjà les voir faiblir : la langue pendante, fatigués par l'effort de devoir seulement tenir debout et les yeux mi-clos. Il allait falloir que je fasse vite si je ne voulais pas avoir à les porter dans toute la bâtisse. Je suis repartie rapidement, les encourageant à chaque pas à me suivre. Arme au poing, je fracassais toutes les portes qui se trouvaient sur mon chemin et qui avaient le malheur d'être fermées ou bloquées.

Ma détermination grandissait de minute en minute, rien ne pourrait me résister tant que je n'aurais pas trouvé cette foutue salle de soins ! Foi de Hearst ! J'ai continué d'avancer d'un bon pas lorsque les animaux se sont figés, la queue basse et se sont mis à pousser des grondements sourds et étouffés. Intriguée et alarmée, je me suis plaquée contre le mur, regardant de tous côtés pour apercevoir quelque chose qui était pour l'instant encore invisible à mes yeux. Je suis restée figée et attentive pendant plusieurs minutes, le cœur battant, mon arme serrée et rechargée dans ma main, le regard fouillant chaque millimètre de terrain que je pouvais apercevoir. Je cherchais la menace, tendue, fébrile, j'avais horriblement peur. N'ayant rien aperçu d'anormal, j'ai poussé un soupir tout en me détendant imperceptiblement… il n'y avait rien. Mais les loups ne s'étaient pas calmés pour autant, ils semblaient attendre que quelque chose arrive, en position de défense, j'ai voulu les caresser pour essayer de savoir ce qui se passait mais avant d'avoir eu le temps de me baisser, le loup noir s'est retourné vers moi d'un bond.

Babines retroussées, grognement menaçant, apparemment, il ne semblait plus m'apprécier autant qu'avant. J'ai enlevé ma main et me suis reculée doucement, je le regardais fixement, cherchant à savoir quelle était la raison de ce changement subit. La tête basse, les yeux lançant des éclairs, les muscles tendus, tout dans son attitude irradiait la violence et la sauvagerie. Mais ses yeux n'étaient pas braqués sur moi… Un souffle chaud m'a balayé la nuque alors qu'une main décharnée aux ongles démesurés et tranchants se glissait autour de mon cou. J'ai retenu une exclamation d'horreur, j'étais paralysée, je n'arrivais plus à bouger un membre tellement ma peur était forte. Les animaux ont grogné férocement, mais ils semblaient douter de la tactique à adopter cette fois. Foncer à tête baissée n'était pas très prudent, car même si je ne pouvais pas apercevoir le visage de mon « geôlier », je savais qu'il devait être impressionnant. J'ai laissé échapper un gémissement de douleur quand une de ses mains s'est posée sur mon dos, en plein sur les marques de griffes que le tigre m'avait faites, la douleur était insupportable. Puis elle s'est enlevée, je pouvais voir son ombre se profiler sur le mur en face de moi grâce à la lampe qui était suspendue au plafond. Avec horreur, j'ai pu détailler sa morphologie qui n'avait déjà presque plus rien d'humain. Il se tenait à quatre pattes, ses jambes avaient été remplacées par des sortes de jambes à la peau couverte de croûtes, ses genoux se pliant dans le sens inverse de la normale, ses bras étaient démesurément longs, chacun fini par une main aux longs doigts squelettiques et prolongés par des ongles tranchants. Une larme m'a échappé et à coulé sur ma joue.

« Pourquoi ! Pourquoi est-ce que je tombe toujours sur les choses les plus horribles ? »

Une sorte de râle m'est parvenu et son souffle s'est accéléré alors qu'il approchait sa bouche de mon épaule. Avant que je n'aie pu esquisser un geste pour fuir, il m'a mordue sans ménagement. J'ai poussé un hurlement déchirant alors que je me relevais pour pointer mon arme vers le monstre le plus effrayant que j'aie jamais vu. Sa tête était à moitié dévorée et l'œil intacte était blanc, une sorte de cataracte couvrait son iris d'un fin voile laiteux. Il avait des mâchoires énormes aux dents pointues et tâchées de mon sang, j'ai regardé vers mon épaule, il m'avait mordue avec violence, un morceau de peau manquait, il me l'avait arraché quand je m'étais levée pour lui échapper. Une douleur insupportable me traversait de part en part, partant de mon épaule, passant par mon dos et faisant tout le parcours de mes terminaisons nerveuses transmettant ainsi ma douleur à tout mon corps. J'ai reculé alors qu'il s'était mis à avancer vers moi d'un pas traînant, je l'ai mis en joue et l'ai bombardé sans m'arrêter. Quand le chargeur à été vide, j'ai pu constater que ça ne lui avait rien fait. J'avais pourtant visé la tête comme me l'avait conseillé Léon…

« Alors comme ça en plus d'abandonner les gens en plein territoire ennemi, il donne aussi des faux conseils ? … Connard ! »

A chaque fois que je repensais à lui ça me faisait le même effet, une colère noire m'envahissait et me donnait une témérité que je n'avais pas en temps normal. J'ai redirigé ma colère contre le monstre qui se trouvait en face de moi, à l'instar de Léon, il pourrait faire un bon « défouloir », non ? Je me suis redressée et lui ai envoyé mon pied droit en pleine figure alors que je venais d'effectuer un saut, il s'est retrouvé éjecté contre un mur. Une sorte de claquement sec m'est parvenu et j'ai pu constater qu'il venait de se briser un poignet en tentant d'amortir sa chute. Ça n'a pas eu l'air de le gêner, il n'a même pas poussé un seul cri de douleur, il s'est relevé et s'est à nouveau dirigé vers moi. J'ai encore reculé, me retrouvant ainsi acculée contre le mur du fond. Et maintenant ? Qu'est-ce que je pouvais bien faire pour m'en débarrasser ? Il était proche de moi, avançant de son pas trébuchant. Le dos courbé et la mâchoire ouverte sur ses dents aiguisées.

Ses bras étaient tendus devant lui, cherchant à m'attraper. Quand ses mains ont frôlé mes bras, je me suis baissée brusquement. Je suis restée accroupie et me suis penchée sur le côté, m'appuyant sur ma main droite, j'ai ramené ma jambe gauche sous moi et l'ai projetée vers le haut avec violence. Mon talon a heurté son menton. Il a été projeté vers l'arrière alors que le choc secouait encore tous mes os. Profitant de son inattention passagère, je me suis élancée dans le couloir, passant rapidement à côté de lui. J'ai couru de toutes mes forces vers la porte. Persuadée que j'arriverais à lui échapper, j'ai ralenti l'allure quand je suis arrivée à proximité de la porte. C'a été ma première erreur. Au même moment, quelque chose m'a saisi la cheville, me faisant tomber face contre terre. J'ai poussé un cri tout en basculant vers l'avant, je me suis écorché les bras sur le sol couvert de gravas en me protégeant avec ceux-ci. Une fois à terre, j'ai secoué la tête, essayant de reprendre mes esprits tellement le choc m'avait surprise.

J'ai regardé tout autour de moi, désorientée, mais quand j'ai été tirée vers l'arrière, j'ai laissé échapper un cri de détresse tout en essayant de m'accrocher aux murs du couloir, m'écorchant les doigts contre le plâtre blanc. J'ai lancé un regard derrière moi, j'avais sous-estimé la longueur de ses bras, il n'avait eu qu'à en tendre un pour me saisir le pied. Il me tirait vers lui, la bouche grande ouverte, la langue pendante. Une sorte de bave noire et visqueuse en sortait, s'étalant sur le sol avec abondance. J'ai réprimé un frisson de dégoût tout en tirant sur ma jambe, les mains accrochées à l'embrasure d'une porte. Des bruits gutturaux secouaient sa cage thoracique complètement défoncée en un genre de rire terrifiant. Il exprimait sa joie en agissant ainsi. J'ai regardé vers les loups, haletante, terrifiée. Ils étaient face à nous, le noir avançait à pas mesurés, la tête basse, un grondement ténu sortait de sa poitrine. Puis il s'est soudainement élancé vers mon agresseur, il a mordu le bras qui me tenait la jambe en grognant. Le monstre n'a pas semblé gêné pas cette attaque, il a secoué le bras jusqu'à ce que l'animal lâche prise.

La traction qu'il exerçait sur ma jambe me faisait mal, une crampe m'a traversé le bras. J'ai poussé un gémissement de douleur, et tout en prenant une respiration, j'ai lâché le mur de mon bras droit et ai attrapé mon arme. J'ai visé sa tête, et ai tiré en plein milieu de son front. La détonation qui a retenti m'a semblé assourdissante. La traction qui me mettait en torture a faibli. Profitant de cette faiblesse, j'ai tiré sur ma jambe de toutes mes forces. J'ai réussi à me dégager et me suis redressée. Je me suis retournée vers lui, il se tenait le front et semblait étonné du liquide qui s'écoulait par le trou que ma balle avait fait dans sa tête. J'ai reculé à pas lents le long du mur, les loups derrière moi. Mes mains frôlaient le mur, à la recherche d'une porte tout en essayant de ne pas attirer l'attention de mon assaillant. Quand j'ai senti la surface dure et lisse du bois contre mes doigts, j'ai saisi la poignée avec lenteur et l'ai tournée.

Le cliquetis caractériel du loquet qui se soulevait à retenti alors que le monstre continuait à examiner son sang avec curiosité. Quand il a entendu ce bruit, il s'est figé tout en relevant la tête dans ma direction, il a avancé dans ma direction tout en levant un bras. J'ai ouvert la porte et me suis engouffrée dans la pièce derrière moi tout en la refermant. Quand ses ongles se sont enfoncés dans le bois, je me suis jetée contre la porte avec violence pour l'empêcher de l'ouvrir. J'ai résisté alors qu'il s'acharnait sur la poignée pour entrer. Quelques instants plus tard, j'ai tourné le loquet et me suis éloignée doucement, essayant d'évaluer les chances qu'il avait de défoncer la porte. J'ai eu un sursaut quand il s'est à nouveau cogné contre celle-ci, mais elle a tenu bon. Rassurée, j'ai détaillé l'intérieur de la pièce dans laquelle je me trouvais. C'était une sorte de cabinet médical, une table métallique trônait au milieu de celle-ci et plusieurs commodes de couleur blanche étaient contre les murs ainsi qu'une armoire contre celui du fond et un bureau en dessous d'une fenêtre. Une forte odeur de médicaments flottait dans l'air.

« L'infirmerie ! Oui ! »

Une vague de soulagement m'a envahie. Je me suis approchée du bureau et ai fouillé dans les tiroirs. Tous les animaux étaient répertoriés, j'ai cherché le dossier concernant les loups. Une fois celui-ci trouvé, je l'ai sorti et l'ai ouvert. Ils étaient tous décrits, il y en avait une dizaine en tout, mais mon attention à été attirée sur les descriptions de mes deux compagnons. Il y avait des photos les représentants, leurs poids et leurs tailles étaient précisés ainsi que leurs noms. Davran pour le loup noir et Lodos pour le blanc. Le noir était le plus âgé des deux, il avait quatre ans et le blanc deux, donc Davran était de dominant. Je me suis agenouillée devant eux.

- Alors comme ça vous vous appelez Davran et Lodos, ai-je dis tout en les regardants tours à tours.

Ils ont reconnu leurs noms et ont agité la queue tous les deux en me lançant un regard intelligent. J'ai ri. Mais ma joie passagère s'est vite calmée quand j'ai entendu le monstre qui se trouvait derrière la porte pousser une sorte de rugissement de rage. Fébrile, je me suis mise à chercher de quoi les soigner en vitesse. Une fois les médicaments et autres pommades nécessaires trouvés, j'ai soulevé Davran et l'ai placé sur la table en fer. Il n'a pas bronché et s'est laissé faire, une fois placé, il s'est assit et a sagement attendu que je m'occupe de lui. J'ai mis du désinfectant sur une gaze et ai tapoté sa plaie avec douceur. Il a esquissé un mouvement pour se dérober à la sensation désagréable mais est resté tranquille après que je l'ai rappelé à l'ordre. Une fois mon travail fini, j'ai passé une pommade sur sa tête et l'ai remis à terre. J'ai réitéré mes gestes avec Lodos et lui ai mis un bandage pour protéger sa blessure. Quand je me suis approchée de la porte, le monstre l'a percutée avec violence, me faisant reculer de plusieurs pas. Elle résistait toujours à ses assauts acharnés et ne semblait pas commencer à se fissurer. Une fenêtre donnait sur le couloir, les stores étaient baissés et ne laissaient filtrer aucune lumière. Je me suis approchée le plus lentement possible et ai éteins la lumière de la pièce, ainsi, si j'ouvrais les stores, il ne verrait pas ce qui se passait dans notre refuge.

Je me suis baissée et suis restée accroupie sous la fenêtre tout en tirant sur la ficelle qui relevait les lamelles en plastiques. J'ai regardé vers notre assaillant avec prudence, veillant à ne pas me faire remarquer. Maintenant que je n'étais plus dans le même espace que lui, j'ai pu prendre le temps de le regarder avec attention. Il était appuyé contre la porte et je pouvais voir son buste entièrement déformé, au niveau de son épaule gauche, une sorte d'excroissance hideuse palpitait. J'ai continué à le regarder quand soudain il s'est remis à quatre pattes, disparaissant de mon champ de vision. Je me suis dévissé le cou pour essayer de l'apercevoir à nouveau, sans succès.

Mais dans un mouvement brusque, son visage s'est retrouvé à quelques centimètres de la vitre, juste en face de moi, son œil unique et aveugle fixé sur moi. J'ai poussé un cri tout en faisant un bond vers l'arrière, me cognant la tête contre la table métallique. Il a ouvert la bouche et a appuyé ses mains aux longs doigts contre la fenêtre, ses ongles crissant contre la surface lisse, me donnant des frissons et laissant des traces de sang dans leurs sillages. J'ai reculé jusqu'à ce que mon dos se trouve appuyé contre le mur du fond. Ma respiration s'est accélérée alors qu'il appuyait de plus en plus fort, des fissures apparaissant sur la vitre. J'ai sorti mon arme et l'ai pointée dans sa direction, les mains tremblantes. Quand la vitre a explosé, je me suis baissée et ai avancé vers la porte en courant alors qu'il se précipitait en un bond à l'endroit où je m'étais trouvée quelques instants auparavant. Je l'ai ouverte et suis partie à toute vitesse vers la porte d'entrée du bâtiment.

« Si j'arrive à l'attirer dehors j'ai peut-être une petite chance de m'en sortir… »

J'ai entendu un vacarme derrière moi alors que mon agresseur tentait de me rattraper, mais les couloirs étaient étroits et je tournais souvent aux intersections, les loups justes derrière moi. A un moment, j'ai pu sentir une de ses mains me frôler la tête, me laissant une longue estafilade sur la joue. Quand je suis arrivée dans le Hall d'entrée, j'ai piqué un sprint vers la porte vitrée qui se trouvait devant nous, je l'ai passée et l'ai refermée derrière moi. Je me suis éloignée de quelques pas mais les portes ont explosés, le monstre était passé au travers, il y a eu une sorte de déflagration qui m'a projetée vers l'avant. Je suis passée au dessus des quelques marches qui menaient à l'entrée et me suis écrasée au sol. Une douleur violente m'a parcourue des pieds à la tête, ma chute avait ravivé les douleurs que me causaient mes blessures au dos et à l'épaule.

Je me suis redressée rapidement et me suis retournée pour voir dans quel état était mon assaillant. Il était en sang, des morceaux de verre étaient profondément enfoncés dans son corps difforme. Il n'arrivait plus à se relever, une des lames de verre lui avait tranché le tendon d'Achille, lui coupant ainsi tout usage à son pied. Je me suis placée devant lui et l'ai mis en joue. Je me suis mise à tirer, visant cette masse de chair palpitante que j'avais pensé être son cœur. Quand mes balles l'ont touché, il a poussé un cri de douleur tout en plaçant ses mains devant son point faible pour tenter de le protéger de mes assauts. Puis il s'est soudainement baissé et s'est mis à se traîner dans ma direction, je me suis mise à reculer à la même vitesse que lui avançait, continuant ma triste besogne. Quand la dernière balle de mon chargeur s'est logée dans son « cœur », il est tombé face contre terre… il était enfin mort. Fatiguée, hébétée, je me suis laissée tomber à terre et me suis mise à pleurer, je n'arrivais pas à me rendre compte que j'avais réussi à m'en débarrasser seule, sans l'aide de personne. J'étais toujours en vie ! Je me suis relevée quelques minutes plus tard, tremblante et fébrile, mais toujours en vie ! Je n'arrêtais pas de me le répéter sans relâche, comme un disque rayé.

« Je suis vivante ! Je suis vivante ! Je suis vivante ! Je suis vivante !... »

Mes larmes ne s'arrêtaient pas, j'étais incapable de me contrôler. Ma vue était brouillée alors que j'essayais d'avancer tant bien que mal vers le portail qui s'élevait devant nous quelques mètres plus loin, il était encore caché par un bosquet d'arbres. Les loups étaient derrière moi, ils semblaient aux aguets, prêts à tuer le prochain adversaire qui se mettrait en travers de leur route. Leur comportement ne m'a pas alarmée plus que ça, toute mon attention était focalisée sur ce portail de malheur, seul échappatoire qui me permettrait de sortir de cet enfer. Je ne me suis rendue compte de leur manège que lorsque je suis arrivée face à mon but… je me suis figée, incapable de dire quoi que ce soit. Après un moment de contemplation stupéfaite, je suis tombée à genoux et mes larmes se sont intensifiées. Je me suis recroquevillée et me suis mise à frapper le sol de mes poings tout en criant.

- NON ! NON ! C'EST PAS VRAI ! DITES MOI QUE JE REVE ! C'EST PAS POSSIBLE !

La raison de mon malheur était le portail, les grilles avaient été saccagées et transformées en un amalgame de morceaux de fer qui bloquaient tout passage, je me suis relevée doucement, comme si j'étais en train de rêver, je n'y croyais pas. J'étais bloquée dans le Zoo, et j'avais une petite idée de l'identité de la personne qui avait fait ça et qui cherchait ma mort depuis le début de cette histoire.

- ALORS ? Ai-je crié dans la direction de la zone où j'avais rencontré l'enfant la veille, CA Y EST ? T'ES CONTENT LA ? C'EST BON ? T'AS REUSSI A ME BLOQUER ICI ! ALORS QU'EST-CE QUE TU VEUX DE PLUS ?

J'ai tourné en rond, regardant de tout côté et m'attendant à apercevoir cette immondice à moitié cachée quelque part, me narguant, son sourire abominable plaqué sur les lèvres… Mais il n'y avait rien… J'ai poussé un cri de frustration. Je rêvais de le voir quelque part, à proximité de moi, de sorte que je puisse le cribler de balles et le voir agoniser. Je savais que j'étais cruelle à ce moment là, mais cette fois, le bien et le mal n'entraient pas en compte. Je me suis tourné dans la direction opposée de ce qui avait anciennement été la sortie de cet endroit et me suis dirigée vers la carte qui montrait où je me trouvais ainsi que les environs. Sans un mot, j'ai détaillé le plan.

« C'est beaucoup trop vaste… J'y arriverais jamais ! »

J'ai poussé un soupir de défaite, me suis retournée et ai pris le premier chemin, la tête basse, le moral au plus bas. Davran et Lodos était toujours derrière moi, un peu en retrait, les yeux braqués vers un bosquet d'arbres qui bordait le chemin que nous empruntions. Je me suis tournée vers eux, intriguée alors qu'ils refusaient de faire un pas de plus.

- Eh ben alors ? Leur ai-je demandé, qu'est-ce qui ne va pas ?

Un grondement sourd est sorti de la poitrine de Davran, qui a vite été suivi par Lodos. Je suis restée face à eux quelques secondes sans comprendre ce qui pouvait bien leur arriver. Voyant que leurs regards étaient fixés vers la gauche, j'ai moi aussi regardé dans cette direction, certaine d'y découvrir la raison de leur comportement… Il n'y avait rien, mis à part les arbres touffus bordés de buissons fournis qui nous cachaient la vue. Mais un bruissement et un bruit de course, ainsi que les feuilles qui bougeaient m'ont démontré que nous n'étions pas seuls ici. Je me suis redressée et ai sorti mon arme.

« Bon, je suis déjà tombée sur deux tigres monstrueux, un psychopathe mangeur d'homme, un gamin tueur complètement taré et un hybride d'homme et d'autre chose d'inconnu. Je suis sûre que je peux plus faire pire ! »

Mais j'avais tort, un animal méconnaissable est sorti des buissons. Il ressemblait à un loup d'après sa morphologie, mais pour le reste, c'était impossible de dire de quelle espèce il était. Des lambeaux de chair sanglante se détachaient de ses membres, laissant les muscles à nus. Les tissus étaient d'un noir dégoûtant et des sortes d'ailes sortaient de son dos, complètement défoncées et en morceau. Ses yeux étaient rouges et une sorte de liquide noir s'en écoulait. Il a baissé la tête et un grognement effrayant est sorti de sa gueule alors qu'il dévoilait ses crocs acérés et démesurément longs. Il a commencé à avancer vers nous. Je l'ai mis en joue et ai tiré. Je l'ai atteint à l'une des ailes, il a reculé sous le choc, mais n'a pas bronché. Je n'avais pas peur, nous étions à trois contre un, nous avions l'avantage. Mais mon assurance s'est vite effacée quand sept autres monstruosités du même genre son sorties des buissons.

Ils se sont alignés derrière lui, la gueule ouverte et le même liquide noir et visqueux s'en écoulait. J'ai reculé le plus lentement possible alors qu'ils avançaient dans notre direction. Je savais que nous étions maintenant en position de faiblesse, donc, des proies faciles car, arme ou pas, je n'avais aucune chance, ils étaient trop rapides et agiles pour tous les abattre. J'ai continué de reculer jusqu'à ce que j'entre sous le couvert des arbres qui se trouvaient derrière nous. Je me suis retournée et ai rapidement lancé un coup d'œil pour voir quelles options nous avions pour fuir. Les loups grognaient et avançaient vers les monstres, les babines retroussées, menaçants. Quand Davran à chargé le premier de la bande, je me suis retournée et suis partie en courant le plus vite possible à travers la forêt, essayant de ne pas tomber en me prenant les jambes dans une racine. J'ai couru pendant une dizaine de minutes lorsque je suis arrivée dans une sorte de petite clairière. Je me suis arrêtée, essoufflée, et me suis retournée pour vérifier si les monstres ne se trouvaient pas juste derrière moi. Il n'y avait rien. Tout était calme … trop calme. Un bruit de coup de feu m'a faite sursauter.

« Quoi ? Je suis pas seule ici ? »

Déjà, je m'imaginais des scénarios improbables et fantasques. Mais quelqu'un était bien là, et avait tiré un coup de feu. Je n'avais pas rêvé ! J'ai couru dans la direction du bruit, manquant plusieurs fois de tomber à cause d'un trou ou d'une racine. Plongée dans ma course effrénée, je ne faisais plus attention à ce qui m'entourait. Mon attention entière était focalisée dans cette direction, vers cette personne inconnue qui partageait sûrement la même impression que moi, celle d'être bloquée dans un mauvais rêve, dans un cauchemar et de ne pas arriver à se réveiller. Mais je suis vite revenue à la réalité quand mes pieds ses ont emmêlés dans quelque chose qui trainait sur le sol. J'ai essayé de me rattraper tout en poussant un petit cri, mais mes mains n'ont rien trouvé pour se raccrocher. Je suis tombée lourdement sur le sol, provoquant un bruit sourd. J'ai pris quelques secondes avant de me relever. J'ai redressé la tête et l'ai secouée pour atténuer le sifflement dans mes oreilles. J'ai poussé un grognement alors que je ressentais une désagréable sensation, j'avais l'impression que mon cerveau était détaché et se cognait contre mon crâne quand je le secouais. Je me suis relevée avec lenteur et ai regardé autour de moi, cherchant la cause de ma chute. Un peu plus loin gisait une veste brune, de grande taille, un revolver était juste à côté. Je me suis approchée et me suis baissée afin d'examiner le vêtement avec plus d'attention. Je l'ai attrapée et l'ai soulevée, elle était faite dans une matière chaude et lourde, c'était une veste d'homme, déchirée à l'épaule droite et tâchée de sang. J'ai eu la désagréable impression de l'avoir déjà vue. Je me suis creusé la tête pendant cinq minutes pour essayer de me rappeler où est-ce que j'avais bien pu la voir. Mais à un moment, les coups de feu me sont revenus en tête et le reste m'est revenu très vite…

« C'est quand même pas… ? Non ! Ça ne peut pas être à Léon ! »

J'ai tourné la tête de tous côtés, cherchant à l'apercevoir s'il était encore dans les parages. Une angoisse injustifiée s'était emparée de moi. Moi ? Me faire du souci pour lui ? Ça jamais !

« … Mais tout ce sang… »

Je me suis forcée à rester calme et à réfléchir posément, si les coups de feu avaient été tirés c'est que la personne, qui était peut-être Léon, devait être vivante.

« Oui, mais il peut aussi être blessé, ou encore agonisant… »

Quelques secondes plus tard, ayant médité mes paroles, je me suis rendue compte de l'idiotie de mes pensées.

« Mais quelle débile ! Arrête de te faire des films ma grande ! Si toi, t'as pu t'en sortir sans grands problèmes, pour lui ça doit être comme faire un tour à Disneyland ! »

J'ai souri à ma propre remarque, franchement, Disneyland ? D'où est-ce que ça avait bien pu me venir ? Pourquoi pas chez les Bisounours tant qu'on y était ! J'ai pouffé de rire mais me suis instantanément calmée, parce que, rire alors qu'on risque de mourir à tout moment est assez… comment dire… morbide. J'ai enfilé la veste avec précautions, veillant à ne pas agrandir la déchirure de l'épaule. Une fois mise, je me suis rendue compte qu'il faisait plutôt froid, je frissonnais et lorsque le tissu chaud s'est posé sur mes épaules, une vague de bien-être m'a envahie. J'ai retroussé les manches, ai ramassé l'arme à feu, vérifié s'il restait des balles dans le chargeur et me suis mise en route. Au loin, un hurlement à retenti, je me suis arrêtée et me suis retournée, un sourire étirant mes lèvres. Les loups allaient bien. J'aurais pu reconnaître leurs voix entre milles.

« Ils arriveront à me rejoindre, ça je n'en doute même pas une seconde ! »

Après tout, ils viendraient quand ils le voudraient, ils n'étaient pas des animaux domestiques, ils étaient libres et sauvages. J'ai inspiré avec lenteur, savourant la tranquillité dont je bénéficiais dans cette forêt, mais qui n'était que passagère, et je le savais bien. Je me suis remise en marche, toujours dans la direction des coups de feu. Ça m'aiderait peut-être à sortir de cet enfer et à m'éviter de me perde. J'ai marché pendant une bonne demi-heure dans cette forêt qui entourait ce Zoo, et je commençais sérieusement à douter qu'elle ait une fin. Mais je suis enfin arrivée à une sorte de clairière remplie de hautes herbes – qui m'arrivaient à la taille environ –, je me suis arrêtée et ai évalué les risques que je prenais en entrant dans un tel piège naturel. Ces hautes herbes étaient une cachette de choix pour toute créature avide de sang et de chair fraîche. Mais un cri derrière moi, qui n'avait rien d'humain, a attiré mon attention. Je me suis retournée et me suis retrouvée face à un monstre ailé, une sorte de mélange entre un oiseau et quelque chose que je ne connaissais pas mais qui avait beaucoup de dents… très pointues.

J'ai poussé un cri alors que la bête me fondait dessus. J'ai plongé vers l'avant, me mettant ainsi à couvert dans les herbes. J'ai utilisé l'arme que j'avais trouvée et ai tiré plusieurs fois dans la direction de « l'oiseau » qui cherchait à m'attraper avec ses serres acérées. J'avais réussi à le toucher à l'épaule. Il a été projeté vers l'arrière et est tombé au sol dans un cri. Mais il s'est relevé, l'air de rien et est revenu à l'assaut. Je me suis mise à quatre pattes et suis partie dans n'importe quelle direction, pourvu que je réussisse à trouver un abri pour qu'il ne puisse plus m'attaquer et que je puisse lui tirer dessus pour m'en débarrasser. Mais il ne lâchait pas l'affaire, il griffait, cherchait à mordre et me suivait partout où j'allais. A un moment, une douleur brûlante m'a traversé le bras, le monstre avait réussi à me mordre et ne me lâchait plus. J'ai poussé un cri de douleur tout en essayant de le faire lâcher prise en secouant mon bras blessé, mais je n'y arrivais pas. J'ai alors saisi l'arme que j'avais dans la main à l'envers et me suis mise à frapper la tête de l'oiseau avec la crosse de toutes mes forces. Il a poussé un petit cri quand un craquement à résonné et du sang s'est déversé sur moi. Mais il ne me laissait toujours pas. Il me faisait horriblement mal, et je pouvais sentir qu'il commençait à m'arracher la peau. Je commençais à désespérer quand soudain, quelque chose est arrivé derrière le monstre, deux formes, l'une noire et l'autre blanche, ont fondu sur la bête. Davran et Lodos étaient arrivés, ils avaient plaqué le monstre au sol et le mordaient sans relâche, ils le griffaient, grognaient. J'ai pu entendre la chose pousser des petits cris qui se sont amenuisés au fur et à mesure, puis ils se sont arrêtés dans un gargouillement écœurant.

Je me suis assise et suis restée là, tremblante et sans rien faire. Les deux loups se sont tournés vers moi, leurs gueules étaient couvertes de sang et des lambeaux de chair étaient encore accrochés à leurs dents, mais ils avaient l'air d'aller bien. J'ai tendu un bras et l'ai posé sur la tête de Lodos, qui était le plus proche de moi. Je l'ai caressé pendant quelques minutes. Etrangement, ce geste me calmait, peut-être parce qu'en faisant ça, je me prouvais à moi-même que je n'étais pas seule dans ce monde horrible et inconnu, qui pourtant revêtait les mêmes couleurs et les mêmes formes que celui qui était le mien… je ne savais pas, et je ne voulais pas le savoir. Je me suis finalement relevée et suis partie dans la direction où il n'y avait pas de traces dans les herbes, ce qui prouvait que je n'avais pas encore été vers là-bas. J'ai marché à pas mesurés, je ne voulais pas retomber sur un monstre du même genre que celui d'avant.

Je tenais mon arme fermement, presque trop fort, je me faisais mal, mais je refusais de desserrer les doigts. J'avais peur. J'ai marché longtemps, mon arme pointée devant moi, prête à tirer si besoin était. Je me sentais un peu rassurée grâce à la présence des loups. Davran avait pris un peu d'avance et marchait loin devant nous alors que Lodos était resté à côté de moi. Les coups de feu ont à nouveau retenti, j'ai eu un sursaut, surprise, puis je suis partie en courant vers les bruits. Les animaux me suivaient de près. J'ai couru de toutes mes forces, espérant arriver à temps pour prêter main forte à la personne qui était en danger. Puis tout à coup, aussi soudainement que j'y étais entrée, je suis sortie du couvert des arbres pour me retrouver face à un grillage haut de deux mètre approximativement. J'ai juste eu le temps de tourner la tête vers la droite pour apercevoir une voiture foncer à toutes blindes sur la route. Des monstres couraient après. Il y a eu des coups de feu et les hybrides se sont effondrés. Je n'ai pas cherché à attirer l'attention du conducteur de la voiture, de toute façon, j'étais trop loin pour que cette personne puisse m'apercevoir. Au lieu de ça, je suis restée très calme, je me suis mise à scruter les environs. Des cadavres de bêtes en tout genre jonchaient le sol, il y avait des traces de lutte et de sang un peu partout. Je me suis approchée avec prudence, vérifiant que tous les monstres étaient bien morts et ne risquaient pas de me fondre dessus à tout moment. J'ai regardé de tous côtés, cherchant une quelconque sortie, mais il n'y avait rien à part ce grillage. Il s'étendait sur toute la longueur, que je regarde vers la gauche ou vers la droite. J'ai soupiré tout en prenant appui sur celui-ci.

« Bon, je fais comment maintenant ? J'ai fini par trouver une extrémité de ce foutu Zoo. Mais ça ne m'aide pas des masses. Je fais comment pour sortir ? »

J'ai à nouveau soupiré.

- Bon, me suis-je dis, une chose est sûre – j'ai regardé vers le haut du grillage d'un air résigné – faut que j'apprenne à voler…

Et je me suis mise à rire, là, comme une idiote. Un rire d'hystérique sortait de ma poitrine, incontrôlable et totalement incongru si on prenait en compte le contexte qui m'entourait. A savoir : monstres, sang, mort, et tout ce qui allait avec. Je me suis appuyée sur la grille et me suis laissé glisser au sol tout en riant. Je me trouvais totalement débile, mais j'étais incapable de me calmer, un fou rire venait de me prendre. J'avais besoin d'évacuer tout le stress que j'avais emmagasiné, et je n'avais rien trouvé de mieux que de rire. Ça m'a pris cinq bonnes minutes avant que je ne réussisse à me calmer. Mes abdominaux étaient contractés à force de rire, je me suis relevée avec difficultés. Une fois debout, je me suis appuyée sur mes genoux et, pliée en deux, j'ai entrepris de reprendre mon souffle. Je n'en revenais toujours de cet accès d'hystérie (si, si, on peut appeler ça comme ça !). Qu'est-ce qui m'avais pris ? Une fois mon souffle redevenu normal, je me suis redressée et me suis dirigée à l'opposé du grillage. J'ai fais quelques pas et me suis retournée. J'ai jaugé la hauteur de l'obstacle et ai haussé les épaules.

« Allez, je me lance ! Et si je me tue à l'atterrissage, tant pis ! Ça m'évitera de me faire dévorer vivante par je ne sais quelle bestiole bizarre… »

J'ai inspiré avec lenteur, et suis partie en courant vers la grille. J'ai couru de toutes mes forces, récitant une prière pour réussir. Etrangement, je trouvais certaines similitudes entre ce moment là et le moment où j'ai dû sauter par la fenêtre du bureau à la maison. Dans les deux cas je ne savais pas si j'allais m'en sortir en un seul morceau. Arrivée à proximité, j'ai pris une impulsion sur un rocher et ai sauté vers le haut. J'étais arrivée à hauteur de buste quand je suis entrée en collision avec le grillage. J'ai poussé un cri alors que je me courbais vers l'avant. Les bouts de métal qui dépassaient au bout m'écorchaient la peau du ventre. Je me suis démenée pour passer mes jambes de l'autre côté tout en me blessant un peu partout. Quand j'ai finalement réussi, je me suis laissée tomber vers l'avant sans chercher à me protéger. Je suis tombée comme une masse. Heureusement, la terre était meuble et avait amorti ma chute. Je suis restée allongée, sans bouger, j'avais l'impression que chaque centimètre carré de ma peau était à vif. Quelques minutes plus tard, je me suis redressée, un peu sonnée par la douleur et par le choc. Mais il y avait une chose à laquelle je n'avais pas pensé… les loups ! Comment est-ce que j'allais les faire passer la grille ? Je ne pouvais pas les laisser ici !

- Merde !

Je les ai cherchés du regard, mais ils n'étaient plus là. Affolée, je me suis mise à les appeler. Mais un grattement continu à attiré mon attention un peu plus loin, juste devant le grillage. Ils étaient là, ils avaient trouvé une petite ouverture entre le sol et la grille et ils creusaient pour l'agrandir. J'ai soupiré, soulagée qu'ils aient réussi à se débrouiller seuls. Je me suis mise à genoux devant eux et j'ai commencé à creuser de mon côté afin de leur faciliter la tâche. Une dizaine de minutes plus tard, ils étaient en train de se faufiler par leur sortie de fortune. Une fois les deux animaux dehors, je me suis mise à reboucher l'ouverture. Je ne voulais pas faciliter la tâche aux monstres qui étaient dans cet endroit pour sortir. Une fois mon ouvrage terminé, je me suis retournée et sui partie dans la direction de la ville. Avec un peu de chance, il restait peut-être des survivants…