Une demi-heure plus tard, nous sommes arrivés aux abords de la ville. Tout semblait dévasté, comme s'il y avait eu une tempête extrêmement violente. J'ai sorti mon arme, ai vérifié qu'il restait assez de balles dans le chargeur, et suis entrée dans ce qui avait anciennement été ma ville natale. Je ne reconnaissais plus rien… c'était comme si le monde lui-même avait changé… plus sombre, plus inquiétant. Je n'avais qu'une seule envie : trouver une voiture, monter dedans avec les loups et filer en vitesse le plus loin possible de ce cauchemar. Des bruits de verre cassé se sont fait entendre alors que j'avançais avec prudence le long de la rue principale. Je me suis tournée dans la direction des bruits tout en pointant mon arme. J'ai pu apercevoir au loin une femme qui entrait dans le centre commercial. Je me suis lancée à sa poursuite sans réfléchir.
- Madame ! Attendez !
Mais elle continuait d'avancer en trottinant vers ce piège mortel. Le centre commercial devait grouiller de ces bestioles !
- C'est dangereux !
Quand je suis entrée dans le bâtiment, je l'avais perdue de vue. J'ai fouillé l'endroit du regard, il était plongé dans la pénombre, il n'y avait plus d'électricité. Mes mains sont devenues moites, j'avais vraiment peur, ici, dans le noir. J'allais rebrousser chemin, quand de discrets sanglots ont retenti vers le fond du couloir en face de moi. J'ai inspiré et me suis avancée. Elle était là. De là où j'étais, je ne pouvais qu'apercevoir son dos agité par les sanglots. Le plafond était cassé et de fins rayons de soleil l'éclairaient. Je me suis approchée et me suis accroupie derrière elle. J'ai posé une main sur son dos. Quand elle a senti mon contact, elle s'est redressée tout en se raidissant. Elle n'a plus fait aucun bruit.
- Madame ?… Tout va bien ?
Inconsciemment, j'ai légèrement reculé. Elle a laissé échapper une sorte de râle étouffé, puis à un moment, elle s'est retournée violemment tout en se saisissant de moi. Elle m'a attrapée par les coudes et j'ai poussé un cri tout en faisant un bond vers l'arrière. Elle n'avait presque plus de visage, ses lèvres avaient été arrachées par je ne savais quoi, laissant sa mâchoire à nu. Ses ongles s'enfonçaient dans la peau de mes bras alors qu'elle resserrait sa poigne. J'ai poussé un cri et ai essayé de me reculer le plus possible afin de lui échapper. Je me suis débattue avec toute la force dont je disposais, mais elle ne me lâchait pas. Un bruit de verre a attiré mon attention, au niveau de mon coude, il y avait une bouteille. Je me suis cabrée comme un diable en furie, et j'ai attrapé la bouteille par le goulot. Je l'ai levée et lui ai fracassé sur la tête. Elle a poussé un cri tout en me lâchant. J'avais finalement réussi à me relever et j'ai commencé à courir vers le bout du couloir, vers la lumière. Mais elle m'a fait perdre l'équilibre en me saisissant par les jambes. Je me suis retrouvée plaquée au sol, elle au dessus de moi, essayant de me blesser. Je lui ai donné un coup de pied à l'estomac. Elle a été projetée vers l'arrière. Libérée de sa poigne, je me suis redressée et l'ai mise en joue. J'ai eu quelques secondes d'hésitation, pendant lesquelles elle s'était relevée et courait à nouveau vers moi. Quand elle à été à proximité, mon instinct de survie à repris le dessus. J'ai tiré. Quand je l'ai entendue tomber ainsi que le gargouillement sinistre qui s'est fait entendre avant que le silence ne règne, j'ai fermé les yeux, dégoûtée par ce que je venais de faire, même si c'était pour sauver ma propre vie.
J'avais le tournis, alors tous les gens étaient comme ça ? Non ! Non ! NON ! Je ne voulais pas ! Mes larmes se sont mises à couler sans que je puisse les contrôler. Je me suis relevée et me suis dirigée vers la sortie d'un pas titubant, j'avais l'impression qu'un poids énorme s'était abattu sur mes épaules. En chemin, j'ai été rejointe par Davran et Lodos. Ils semblaient affolés, je me suis agenouillée devant eux.
- Qu'est-ce qui se passe ? Leur ai-je demandé, intriguée, ça ne va pas ?
Davran piétinait, il donnait l'impression de vouloir déguerpir en vitesse. Lodos en faisait de même, mais lui me saisissait par la veste pour me traîner vers l'intérieur de la bâtisse, à la suite de son compagnon. Je me suis dégagée, perplexe. Je ne voulais pas aller plus loin dans cet endroit sinistre. Il me faisait peur. Je n'ai plus prêté attention aux loups et me suis dirigée vers la sortie à grands pas. Ils me regardaient sans bouger depuis l'endroit où ils étaient tout en gémissant. Je ne me suis pas retournée, après tout, ils viendraient quand ils le voudraient. Une fois arrivée dehors, l'atmosphère s'est allégée. J'ai été éblouie par le soleil qui se reflétait sur une vitre. J'ai placé ma main entre les rayons lumineux et mes yeux pour en atténuer l'intensité. Quand mes yeux se sont accoutumés à la luminosité ambiante, mon souffle s'est bloqué. Il y avait des gens à une centaine de mètres de moi. Mon cœur à fait un bond dans ma poitrine, il y en avait encore ! J'ai voulu me diriger vers eux mais un grondement sourd, venant de derrière moi m'a stoppée. Davran était là, il fixait ces gens d'un air menaçant tout en grognant. L'avertissement était clair : je devais me méfier de ces personnes. J'ai pris le temps de les détailler. Ils étaient tous ensembles, mais quelque chose semblait manquer. Personne ne parlait, ils étaient tous là, à marcher d'un pas de zombie comme si… attendez… Zombie ? Ma respiration s'est accélérée quand un homme de haute stature m'a dévisagée. Ses yeux étaient blancs, comme le monstre que j'avais vu dans le Zoo ! Le même liquide noir semblait s'écouler de ses yeux. Il
a poussé un cri tout en me désignant, attirant ainsi l'attention des autres. J'ai fais quelques pas vers l'arrière, mon arme pointée vers eux. C'était peine perdue ! Ils étaient trop nombreux ! Quand ils se sont lancés à ma poursuite, je suis partie en courant vers l'intérieur du centre commercial. Dans l'encadrement de la porte, il y avait un boîtier qui commandait les grilles. J'ai tiré dedans. Il y a eu un crépitement et les grilles de métal sont tombées en provocant un boucan de tous les diables. Ça m'avait donné une protection qui les retiendrait un petit moment. Ils se sont jetés dessus tout en poussant des cris gutturaux. Je suis partie en vitesse. J'ai rejoint les loups et me suis retournée pour voir l'un des hommes percer le métal d'un coup de poing, toute la chair de son bras s'est décrochée, laissant les muscles à nus.
Je suis partie en courant, ignorant la nausée qui me soulevait l'estomac. J'ai monté toute une volée d'escaliers, m'enfonçant toujours plus à chaque minute dans cet endroit effrayant. J'étais certaine que, même si je m'éloignais du danger qui me suivait de dangereusement près, j'étais en train de me jeter dans les bras d'un autre peut-être encore pire. J'ai couru a perdre haleine, j'avais peur de me retourner et de découvrir qu'ils étaient quelques pas derrière moi. Plusieurs fois, je me suis fait des ecchymoses sur les bras et les genoux en chutant, mais je ne faiblissais pas. J'ai traversé plusieurs couloirs sombres, seulement éclairée par la lumière de ma lampe de poche. J'ai fini par m'arrêter, considérant que j'étais assez loin pour souffler quelques minutes. Je me suis appuyée contre un mur en essayant de reprendre mon souffle. J'avais l'impression d'étouffer dans cette obscurité opaque et sinistre. Je me sentais horriblement vulnérable comme ça. Je ne pouvais pas voir dans le noir, ce qui donnait un avantage considérable à mes assaillants.
« Je vais me faire tuer… »
J'ai soupiré avec fatalité. Tant pis, s'il fallait que je meure, autant essayer d'emmener le plus de mes adversaires avec moi. Une fois mon souffle revenu à la normale, j'ai détaillé les environs. Je me trouvais dans l'une des allées principales du centre commercial. Il y avait de nombreux magasins qui bordaient l'allée des deux côtés. Je me suis remise en marche tout en examinant les enseignes, essayant de me souvenir de ce que ça avait été avant. Je me rappelais vaguement avoir déjà marché dans cet endroit, mais ça faisait longtemps que je n'y avais plus été. Plongée dans mes pensées nostalgiques, je n'ai pas tout de suite prêté attention aux bruits alentours, pourtant… oui… un crissement, le bruit que font les débris de verre lorsqu'on marche dessus. Tout près de moi … trop près de moi.
J'ai regardé sous mes pieds, rien, pas de verre. Mais le bruit continuait. J'ai promptement éteint la lampe, jurant intérieurement tout en pensant à ce que Léon m'avait dit : j'avais signalé ma présence avec brio. J'ai résisté à mon envie de me mettre des gifles. Putain ! Ce que je venais de faire équivalait à me balader avec un gilet fluorescent où serait écrit : « pour la bouffe c'est ici ! ». Ma bouche est devenue sèche alors que ma respiration s'accélérait. J'ai levé mon arme et ai regardé partout autour de moi dans l'espoir d'apercevoir la chose qui était là. Espoir vain… à moins d'avoir une vision infrarouge incorporée. Je me suis mise à reculer doucement, veillant à ne pas faire de mouvement brusque qui aurait pu signaler ma présence. Je suis restée comme ça pendant quelques minutes, espérant à chaque seconde toucher le mur de mon dos, et pas autre chose. Quand j'ai senti des planches rugueuses dans mon dos, j'ai lâché un discret soupir de soulagement. J'ai passé ma main gauche dessus, vérifiant si je me trouvais contre une porte, mais rien, pas de poignée. A la place, je pouvais sentir qu'il y avait des écarts entre les planches de bois. C'était une allée qui avait sûrement dû être condamnée pour travaux ou autre chose du genre. Les bruits se sont à nouveau fait entendre, j'ai retenu ma respiration alors que mon mystérieux « visiteur » passait près de moi sans me voir.
Je me suis accroupie et j'ai attendu. Si je pouvais éviter de me battre, je sauterais sur l'occasion sans hésiter. Il n'y a plus eu aucun bruit, méfiante, je me suis mise à compter les secondes. Pendant dix secondes, il n'y a plus rien eu, puis, un bruit de pas sur ma droite. J'ai pivoté dans cette direction, mon arme prête à l'emploi. Je me suis appuyée sur le mur et, avec lenteur, me suis relevée. J'étais collée au mur, je me pressais contre comme si j'avais voulu entrer dedans et disparaitre de la surface de la terre. J'ai entendu les pas s'éloigner et tous les muscles de mon corps se sont détendus. J'ai soupiré. Mais un léger bruissement venant de derrière moi, ainsi qu'un râle étouffé m'a interpellée… Attendez… derrière moi ?
« Qu'est-ce qu… ! »
Mais je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir d'avantage. Un cri a résonné et un bras est passé par l'un des interstices entre les planches, m'attrapant par la gorge. Je n'ai pas pu pousser un cri, la main qui venait de m'empoigner venait de se serrer. J'étouffais. J'ai essayé de me dégager, mais d'autres bras m'ont attrapée, m'immobilisant. Je me suis débattue comme un diable, me cabrant, donnant des coups de pieds et de poings. Rien ne marchait. Des points noirs se sont mis à danser devant mes yeux, et mon corps commençait à s'engourdir.
« NON ! PAS MAINTENANT ! »
Mon arme m'a échappé, j'étais incapable de la tenir fermement. Une larme a roulé sur ma joue, puis les ténèbres se sont refermées sur moi. Ma tête à basculé vers l'avant tandis que mon corps s'affaissait comme une poupée de chiffon. J'étais en train de mourir…
Un cri monstrueux s'est fait entendre dans les tréfonds de ma semi-inconscience. Il y a eu une déflagration, ainsi que des cris, mon corps à soudainement été projeté vers l'arrière avec violence tandis que les planches contre lesquelles j'étais retenue prisonnière volaient en éclat tout autour de moi. J'étais libre, ma respiration était erratique, j'inspirais à fond, toujours allongée, avec la sensation que l'air était la chose la plus merveilleuse du monde. Je suis restée comme ça pendant plusieurs minutes, savourant le seul fait de pouvoir respirer librement. J'étais vivante. Les loups étaient là, près de moi. Ils s'étaient placés devant moi, me cachant ainsi la vue de ce qui était en train de se passer. Je me suis redressée avec lenteur, ma gorge était atrocement sèche et me lançait à chaque respiration. De loin, je pouvais apercevoir la silhouette impressionnante de la chose qui venait – sans le savoir – de me sauver la vie.
C'était un monstre énorme, je ne voyais que son dos, mais il me faisait déjà peur. Un frisson de pure terreur est remonté le long de ma colonne vertébrale. Je me suis mise à trembler. La créature qui se tenait devant moi, avait la morphologie d'un homme, mais pour le reste, il n'y en avait plus aucune ressemblance. Sa colonne vertébrale ressortait horriblement, lui donnant un air reptilien, et une queue pointue la prolongeait vers le bas. Ses jambes étaient musclées, et la peau semblait pourrir. Son bras droit était démesurément long, il était terminé par une longue main squelettique prolongée par des ongles longs et tranchants. Une excroissance hideuse remplaçait son épaule droite. Son bras gauche était pareil à l'autre jusqu'au coude, mais le reste était remplacé par une lame tranchante et longue qu'il utilisait pour déchiqueter ses proies. Je ne pouvais rien apercevoir de plus. Des bruits terribles se sont fais entendre alors qu'il dévorait mes anciens adversaires. Pour ça, je lui devais une fière chandelle. Mais qu'il ne compte pas sur moi pour lui sauver la vie à mon tour !
J'ai reculé jusqu'à me trouver acculée contre le mur du fond, m'éloignant le plus possible de la bête. Je n'osais plus faire aucun mouvement. Puis tout s'est arrêté, les bruits de succion ainsi que les grognements. J'ai redressé la tête vivement pour regarder vers le monstre. Il avait fini son carnage et tournait maintenant en rond dans l'espèce de place circulaire qui s'ouvrait vers le haut, donnant ainsi accès aux étages supérieurs. J'ai regardé vers le haut. Un peu de lumière filtrait des fissures du toit, éclairant la scène d'une lumière douce. Je suis retournée à mon examen de la créature, maintenant qu'il se tenait face à moi. Les loups se sont plaqués au sol quand il s'est tourné vers nous. J'ai fais de même en me projetant derrière un pot décoratif, faisant confiance à l'instinct de ces animaux. Ils ne grognaient plus, ils semblaient attendre qu'il s'en aille, ou ne pas vouloir attirer son attention. Je ne savais pas. Quand je l'ai regardé de derrière le pot rectangulaire rempli de fleurs, j'ai réprimé un cri. Son visage était semblable à celui du monstre qui m'avait attaqué à l'infirmerie dans le Zoo. Ses yeux étaient blancs, il semblait aveugle, et d'impressionnants crocs sortaient de sa bouche ensanglantée.
Je me suis redressée, rassurée. S'il était aveugle, il ne pourrait rien contre nous. Mais je me suis vite rendue compte de ma bêtise. Beaucoup trop tard. L'excroissance qui surplombait son épaule droite était un œil, unique et immense. Quand je suis sortie de ma cachette, son iris d'un rouge malsain s'est braqué sur moi. Je me suis mise à reculer alors que les loups recommençaient à grogner. Ils se sont placés devant moi. La chose s'est mise à avancer vers nous d'un bon pas, presque en trottant. Puis il à levé son bras gauche au dessus de sa tête. Tout en poussant un cri, je me suis projetée vers l'avant, juste avant qu'il n'abaisse l'épée qui aurait dû me fendre le crâne. J'ai glissé entre ses jambes alors que les loups se jetaient sur lui. Il s'est retourné vers moi sans prêter plus d'attention aux animaux qui chargeaient avec violence. J'ai poussé un gémissement de détresse avant de me mettre à quatre pattes et de partir vers l'avant. Mais sa main m'a attrapée par le bras. Je me suis sentie soulevée du sol brusquement. Puis, son visage hideux s'est trouvé juste devant moi, à quelques centimètres.
J'étais suspendue, mes pieds ne touchaient plus le sol. Il me tenait par le poignet droit, celui qui tenait l'arme. J'ai poussé un cri de douleur quand il a serré les doigts, m'enfonçant ses ongles dans la peau. J'avais l'impression que les os de ma main allaient imploser sous la pression de ses doigts. J'ai essayé de me contorsionner pour qu'il me lâche, mais il n'y avait rien à faire, il était trop fort pour moi. Il a approché son bras tranchant sous ma gorge, caressant ma carothyde avec la pointe. J'ai poussé un cri quand la lame m'a entaillée, laissant une traînée brûlante à l'endroit où il m'avait blessée. Quand il a à nouveau avancé son bras vers moi, j'ai levé un pied et l'ai placé entre la lame et moi. J'ai réussi à le bloquer en plaçant mon autre pied dans le creux de son coude. Il pesait de toutes ses forces sur mes jambes, mais je tenais bon. J'ai profité de ce moment de répit en fouillant dans mon sac de ma main gauche, ce qui était problématique : mon sac était du côté droit, et je n'arrivais pas à atteindre le fond où la deuxième arme se trouvait. J'ai poussé un gémissement quand j'ai senti quelque chose céder dans ma main droite.
« J'y arriverais jamais ! »
Quand j'ai senti quelque chose de dur sous mes doigts, une vague de soulagement m'a submergée. J'ai attrapé l'objet et l'ai sorti… c'était la lampe de poche.
- MERDEEEEEEE ! Ai-je crié de toutes mes forces.
Allez ! Qu'est-ce que je pouvais bien faire avec ça ? Essayer de l'effrayer ?
« Ouais, compte là-dessus et boit de l'eau ma grande ! C'est impossible, à moins d'un miracle. Putain ! »
Puis, une idée m'est venue à l'esprit, et si…
- Qui vivra verra ! Me suis-je dis tout haut.
J'ai braqué la lampe vers son œil unique et l'ai allumée d'un coup. Il a poussé un cri tout en plaçant son bras gauche devant l'œil éblouit, le protégeant ainsi de mon attaque. Puis il m'a brutalement lancée à travers le couloir. J'ai poussé un cri tout en essayant de protéger ma tête avec mes bras. J'ai eu l'impression de voler pendant une bonne minute avant d'entrer en collision avec le sol violemment. J'ai glissé sur une dizaine de mètres avant de rencontrer un mur. J'avais mal partout, mais je pouvais encore me relever, une douleur dans ma main droite m'a faite pousser un gémissement : il m'avait brisé le petit doigt.
Je me suis remise sur mes pieds et me suis accroupie. Le monstre avait disparu. J'ai sorti les deux armes. J'ai vérifié avec soin que celle que j'avais trouvée n'était pas abimée. Et je me suis avancée prudemment, les pistolets pointés dans des directions opposées, l'un vers la droite et l'autre vers la gauche. J'étais terrifiée. J'avais conscience que ce monstre jouait avec moi, il me traquait, c'était sûr. J'ai entendu des grognements venir des étages supérieurs, puis plus rien. Je me suis avancée vers le milieu de la petite place intérieure. Je me suis mise à tourner sur moi-même avec lenteur. Je n'ai pas allumé ma lampe, consciente que si je le faisais, je mourrais en quelques secondes à peine, trahie par l'éclat de la lumière que projetterait l'objet.
Je tremblais de tous mes membres, j'avais l'impression de vivre un cauchemar, mais un cauchemar très réel dont il était impossible que j'arrive à me réveiller. C'était la réalité : j'allais mourir si je ne prenais pas d'initiative maintenant ! Alors c'est sans réfléchir que je me suis élancée dans le couloir en face de moi. Les loups m'ont suivie, je pouvais entendre les cliquetis de leurs griffes sur les dalles de béton qui recouvraient le sol. Un hurlement a retenti derrière moi, atrocement proche. J'ai crié tout en accélérant ma course. J'ai couru en ligne droite pendant longtemps, mes poumons étaient en feu, chaque respiration que je prenais me faisait mal et mes jambes commençaient à faiblir. Mais j'ai continué malgré tout. Je savais que si je ralentissais, ne serais ce qu'un tout petit peu, je mourrais, déchiquetée par la lame qui lui servait de bras. Je pouvais entendre les bruits de ses pas qui provoquaient des secousses à chaque foulée.
A un moment, je l'ai senti prendre une impulsion, puis plus rien. Il n'y a plus eu aucun bruit. Je n'ai pas ralenti tout de suite, effrayée à l'idée d'un piège, mais il n'y avait vraiment plus personne derrière moi. Je me suis finalement arrêtée, la gorge en feu et les muscles raidis. Je me suis appuyée contre un mur, essayant de reprendre mon souffle très irrégulier. J'ai fais un inventaire des diverses blessures que j'avais : mon bras droit avec un os fêlé, mon dos zébré des marques de griffures des tigres, ma tête égratignée ainsi que mes jambes et mon ventre, ma main droite avec mon petit doigt brisé, mon épaule mordue par ce monstre, et enfin mon bras gauche, mordu par cet oiseau de malheur. J'ai soupiré.
« Si on regarde toutes mes blessures, on pourrait retracer mon parcours jusqu'ici ! »
J'ai posé ma tête contre le mur, la penchant un peu vers l'arrière et j'ai fermé les yeux. Je ne savais pas quoi faire maintenant. Avec tous les monstres qui rôdaient dehors, il était plus prudent de rester à l'intérieur. Mais la présence de cette bête était vraiment très inquiétante. Je me sentais faible et vulnérable quand j'imaginais qu'il pouvait être n'importe où. Que ça soit à l'autre bout du centre commercial, comme à cent mètres de moi… ou peut-être moins. J'ai retenu un frisson, j'en avais assez de toutes ces choses qui m'arrivaient depuis ce matin ! Qu'est-ce qui se passait bon sang ! Je voulais savoir, mais ma seule chance était de trouver quelqu'un qui n'était pas encore devenu comme les gens que j'avais rencontrés. Ce qui aurait tenu du miracle. A part, bien sûr, ma rencontre providentielle et inopinée avec Léon… Je me demandais bien où il pouvait se trouver celui-là. J'ai laissé échapper un grognement énervé. Pourquoi est-ce que je revenais toujours à lui ? Ça devenait une obsession ou quoi ? J'ai secoué la tête d'un geste rageur. Une fois calmée, j'ai essayé de me relever en prenant appui contre le mur, mais mes jambes tremblaient trop fort et je me suis laissée tomber au sol alors que ma vue devenait trouble.
- J'ai perdu trop de sang, me suis-je dis dans un souffle, la douleur se réveillant peu à peu.
Mes mains et mes jambes tremblaient et j'avais l'impression que tout mon corps était devenu une immense douleur. L'adrénaline m'avait permis d'ignorer toutes mes blessures alors maintenant que je commençais à me calmer, j'avais presque l'impression de rouvrir mes blessures à chaque petit mouvement. J'en venais à me demander comment est-ce que j'avais fais pour me déplacer jusqu'à maintenant. J'ai appuyé ma tête contre le mur tout en me passant une main nerveuse sur le visage. Après un moment, j'ai refait une tentative pour me lever. J'ai dû m'agripper au mur avec force pour réussir à tenir debout correctement, j'ai poussé un soupir une fois en place. J'ai avancé de quelques pas avant de me stopper pour reprendre mon souffle.
« Si je commence à me fatiguer aussi vite, je vais pas faire long feu ici… »
Jurant intérieurement, je me suis forcée à repartir. Et j'ai continué mon avancée, d'un pas de sénateur qui m'exaspérait. Si une de ces bestioles me tombait dessus maintenant, j'étais morte. Les loups me suivaient docilement, ils semblaient calmes, ce qui me rassurait. Ils semblaient savoir quand il y avait un ennemi à proximité. Lodos a prit un peu d'avance sur nous et est parti vers le bout du couloir en trottinant. Je l'ai suivi des yeux, enviant sa force et son courage. Ils pouvaient encore se déplacer librement, eux.
- Allez, me suis-je dis d'une voix forte, on continue !
Et je suis repartie de mon pas mesuré. Tout semblait incroyablement calme dans cette aile du centre. C'était beaucoup trop calme pour que cet endroit soit sans danger. J'ai repensé à la bête de tout à l'heure, si ça ce trouvait, il était en train de me traquer, ou même de m'observer dans un coin de ce couloir. Ma respiration s'est accélérée alors que j'étais en train de me représenter le monstre caché dans l'ombre, se préparant à me fondre dessus pour me tuer. J'ai levé mon arme d'une main tremblante. Le poids dans ma main me rassurait, je me sentais protégée comme ça, moins vulnérable. Un bruit de course s'est fait entendre quelque part. J'ai poussé un cri de surprise tout en pointant mon arme dans n'importe quelle direction. Les bruits ont continué, s'amplifiant de seconde en seconde, ça semblait se rapprocher, mais le son était comme étouffé, comme si ça venait de derrière une porte très épaisse. Intriguée et rassurée de ne pas me trouver dans la même pièce que la chose qui se déplaçait, j'ai collé mon oreille contre le mur à ma droite. Ça venait de là. Un coup de feu est parti et un cri de fureur s'est fait entendre. Les bruits étaient très proches, je me suis reculée quand il y a eu un grand coup contre le mur. Il y avait deux bruits différents, des pas lourds et très espacés et d'autres plus légers et rapides. Un nouveau coup de feu a été tiré et l'une des vitres qui tapissait ce mur s'est fissurée. Quelque chose est passé au travers, la faisant exploser en mille morceaux, je me suis baissée et j'ai placé mes mains devant mon visage pour le protéger. Une fois les débris tombés, j'ai pointé mon arme vers la chose qui venait de se redresser. Je ne savais pas si c'était une personne ou un animal, ou autre chose car il n'y avait pas assez de lumière.
- Qui est là ! Ai-je dis d'une voix forte, montrez-vous !
La chose s'est figée et s'est tournée vers moi. Un nœud s'est formé dans mon estomac et mes mains sont devenues moites. La forme sombre s'est lentement avancée vers moi, j'ai reculé tout en enlevant le cran de sécurité de mon arme, provocant un petit cliquetis. La chose s'est arrêtée à quelques pas de moi.
- Tu es la fille du Zoo, non ?
J'aurais pu tomber à la renverse. Cette voix !
- Léon ? Ai-je demandé d'une voix tendue, c'est vous ?
- Oui, m'a-t-il simplement répondu, qu'est-ce que tu fais ici ?
La colère est revenue, plus forte et plus violente que jamais. J'ai voulu me jeter sur lui pour le frapper, mais je n'en ai pas eu le temps car il s'est lancé sur moi tout en criant « Attention ! ». Il m'a écrasée de tout son poids alors que le mur près duquel nous étions est parti en morceaux. Je me suis dégagée en vitesse pour me redresser, mais Léon m'a retenue par les bras, me maintenant au sol, j'ai voulu protester, mais ma voix s'est bloquée dans ma gorge quand j'ai vu le nouvel arrivant. C'était le monstre que j'avais croisé un peu plus tôt. Il tournait en rond tout en poussant des cris haineux. Il était couvert de blessures et saignait abondamment, un liquide noir et visqueux sortant de ses plaies. Il ne nous avait pas encore vus. Je me suis mise à trembler et la poigne de mon compagnon s'est raffermie, comme s'il essayait de me rassurer par ce geste. Je me suis raidie.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Lui ai-je soufflé d'une voix acide.
- Il a soupiré tout en regardant un peu partout dans l'allée ou nous nous trouvions.
- Il faut qu'on trouve un moyen de sortir de là sans attirer son attention, m'a-t-il murmuré.
Je l'ai repoussé sans douceur et me suis accroupie derrière un muret qui nous séparait de la bête. J'ai regardé en tout sens, cherchant silencieusement un moyen de sortir de ce piège grandeur nature. Le monstre s'est tourné dans notre direction et j'ai baissé la tête rapidement, manquant de peu de cogner mon front contre le bord de ma petite protection. Je me suis tournée vers Léon, appuyant mon dos contre le muret. Il ne bougeait pas, il semblait être devenu une statue dans l'obscurité, son regard d'acier analysant chaque parcelle de terrain. Tout en l'observant, j'ai commencé à me poser des questions : qu'est-ce qu'il faisait ici ? Qui était-il pour savoir se battre contre ces choses ? Comment est-ce que ça ce faisait qu'il en connaisse autant à propos de ces monstres et de ce qui se passait dans cette ville ? Frustrée de ne pas pouvoir lui poser toutes mes questions, et sachant pertinemment qu'elles resteraient sûrement sans réponses, j'ai poussé un profond soupir. Mon compagnon m'a lancé un regard perplexe alors que je me retournais pour voir où était le monstre. En même temps, je pouvais le comprendre : une fille, se retrouvant seule face à des bestioles horribles devrait, normalement, être à moitié hystérique maintenant, et pas soupirer d'un air blasé alors qu'une de ces créatures se trouvait à quelque mètres. Mais bon…
« On est pas non plus obligés d'être tous pareils ! »
J'ai baissé la tête, me retenant pour ne pas me donner de baffes. Non mais franchement ! C'était le moment pour se poser des questions existentielles ? J'ai secoué la tête tout en fronçant les sourcils, déplorant moi-même mon inconscience face au danger qui se tenait juste devant nous. J'ai continué mon exploration visuelle du couloir, mais je ne trouvais rien qui nous aurait permis de sortir vivants de cet endroit. J'avais envie de me mettre à hurler. Hurler parce que j'étais en colère. Hurler parce que j'étais désespérée. Hurler parce que j'avais horriblement peur… Quand la main de Léon s'est refermée sur mon épaule, j'ai faillis faire un bond tout en poussant un cri, mais, heureusement, ma voix s'est brisée dans ma gorge, retenant ainsi mon cri. Je me suis tournée vers lui avec brusquerie, le bousculant presque au passage. Sans rien dire, il m'a désigné une fenêtre brisée un peu en hauteur dans le mur. Le seul problème était que cette même fenêtre se trouvait une quinzaine de mètres plus loin et notre abri se terminait à quelques pas de nous, ce qui faisait qu'il fallait qu'on se déplace à découvert sur dix mètres approximativement.
« Ce type est taré… »
Je lui ai lancé un regard incrédule, il voulait vraiment qu'on se fasse tuer ce malade !
- Vous êtes sérieux ? Lui ai-je chuchoté d'une voix tendue ou se mêlait la colère et l'incrédulité – en un geste rageur, j'ai montré la distance qui nous séparait de cette sortie – on va se faire repérer dès la seconde où on va sortir du couvert de ce foutu muret !
Il m'a regardée quelques secondes avant de s'avancer tout en me tenant par le bras, me forçant ainsi à le suivre. J'ai essayé de le faire lâcher mais rien n'y a fait, il me traînait littéralement alors que j'essayais de m'accrocher à tout ce qui passait près de moi pour le stopper. Au bout d'un petit moment, j'ai fini par me résigner et l'ai suivit docilement tout en récitant tous les jurons que je connaissais dans ma tête, muette prière destinée à mon « très cher » compagnon. Une fois à l'extrême limite de notre protection, il s'est arrêté pour me refaire face.
- Bon, a-t-il dit tout en me scrutant comme s'il voulait voir à travers moi, à partir de maintenant il faudra que tu m'écoutes sans discuter, d'accord ?
- … Pardon ? Me suis-je exclamée, outrée par son comportement de petit chef.
Il a poussé un long soupir tout en se passant une main nerveuse dans les cheveux.
- Tu m'as très bien entendu, m'a-t-il répondu, il faudra que tu suives toutes mes directives sans faire d'histoires. Il en va de nos vies alors, s'il-te-plaît, fais ce que je viens de dire.
- J'ai dû mal comprendre, ai-je commencé, tout mon être rempli d'indignation, vous pensez que je vais me taire et dire « Amen » à tout ce que vous allez dire ?
Il s'est tendu et s'est rapproché de moi en me saisissant par les coudes.
- Bon, je vais faire simple. En gros : tu la fermes et tu me suis, ça te vas ?
J'ai ouvert la bouche pour répliquer, mais il ne m'en a pas laissé le temps, sans attendre, il m'a à nouveau attrapée par le poignet et s'est remis en marche. Puis il s'est un peu redressé et s'est mis à courir le plus silencieusement possible vers un abri nouveau alors que la bête nous tournait le dos. Il s'est laissé glisser derrière un banc à moitié cassé. Une fois en place, il m'a fait signe d'avancer à mon tour. J'ai pris une grande inspiration et me suis un peu relevée pour vérifier où se trouvait notre « charmant compagnon ».
Il tournait en rond, défonçant parfois un objet ou un pan de mur qui avait le malheur de se trouver au travers de son chemin. Quand il a fendu un mannequin d'une des vitrines en deux, j'ai fermé les yeux. Cette vision me faisait horreur, même si ce n'était qu'une poupée de plastique grandeur nature, parce que ça me montrais peut-être la façon dont j'allais mourir d'un moment à l'autre. Une fois sûre que le monstre ne risquait pas de me voir quand je sortirais de ma cachette, je me suis relevée, et, pliée en deux, je me suis mise à courir à grandes enjambées tout en essayant de faire le moins de bruit possible. Quand je me suis jetée au sol à côté de Léon, celui-ci m'a attrapée et m'a serrée contre lui.
La créature s'est tournée vers nous, son attention attirée par le bruit sourd que j'avais provoqué en me laissant tomber. Elle a regardé dans notre direction pendant quelques minutes avant de retourner à son massacre du mobilier. La pression qu'exerçaient ses bras s'est faite moins forte, puis il m'a lâchée, mettant un peu de distance entre nous. J'ai expiré tout l'air que j'avais bloqué dans mes poumons au moment où il m'avait attrapée, ayant momentanément oublié de respirer. Pathétique. Mais je m'étais sentie tellement bien, tellement protégée quand il avait fait ça… J'avais presque envie qu'il recommence pour voir si ce n'était que dû à la peur, ou si ça venait vraiment de lui. Je suis restée quelques minutes là, perdue dans cette bulle de protection et de calme, mais au moment où Léon s'est redressé, tout a volé en éclat. Non mais je pensais à quoi là ? J'avais dû me prendre un énorme coup sur la tête ! C'était sûrement ça !
Un bruit assourdissant a attiré mon attention vers le milieu du couloir. Le monstre était devenu fou, il criait, frappait dans le vide, il dévastait tout sur soin passage. Puis il s'est mis à se déplacer n'importe comment, entrant parfois en collision avec des objets ou des murs, il a faillit marcher sur notre cachette, mais est reparti en sens inverse, se retrouvant ainsi entre nous et la sortie. Allongée sur le ventre, appuyée sur mes avant-bras repliés, j'ai laissé échapper une exclamation de défaite en voyant l'endroit où il se trouvait. J'ai posé mon front contre le sol poussiéreux pour éviter de me mettre à éclater en sanglots hystériques. Il y en avait vraiment marre ! C'était moi ou j'attirais toujours toutes les choses les plus horribles ? Vraiment, le sort s'acharnait contre moi ! Puis ma colère est montée d'un cran quand je me suis tournée vers mon compagnon. Je l'ai toisé quelques secondes d'un œil mauvais.
- Et maintenant ? Lui ai-je craché d'une voix vibrante de colère, on fait quoi, Einstein ?
Il a haussé un sourcil tout en me lançant un regard incertain.
« Eh ouais mon pote ! Creuse-toi la tête ! »
Il a finalement soupiré et est retourné à son analyse du terrain.
- On va attendre, a-t-il lâché d'une voix à peine audible, et voir s'il ne se déplace pas d'ici peu.
Si la situation n'avait pas été si dramatique, je n'aurais pas hésité une seule seconde à me foutre de sa gueule. J'en aurais presque ri. Au lieu de ça, j'ai eu une sorte de petit rire sec et discret et ai fais mine d'applaudir en affichant une mine faussement extasiée.
- Noooon ! Ai-je dis en haussant les sourcils, un sourire faux sur les lèvres, pas possible ! Je n'y aurais pas pensé moi-même !
Il m'a regardée comme si j'étais une folle sortie de l'asile et a ensuite froncé les sourcils. Ne lui laissant pas le temps de me répondre, ni même de comprendre que je me payais sa tête, je me suis approchée de lui. J'ai posé mon coude sur son épaule tout en regardant dans la direction du monstre en une attitude très familière, presque comme une vielle amie.
- Oui mais, ai-je commencé d'une voix posée, comme si j'étais en train d'essayer de faire comprendre quelque chose d'évident à un débile, si notre « ami » nous tombe dessus ? On fait quoi au juste ?
Il a lâché un grognement, énervé par mon attitude méprisante.
- Moi au moins j'essaye de nous sortir de là, a-t-il finalement dit d'une voix tendue, pas comme certaines – il m'a lancé un regard froid – et je ne vise personne, bien sûr.
Puis il m'a fait un sourire hypocrite et s'est retourné vers le monstre. Moi j'avais été clouée sur place par sa tirade.
« Il a raison, je suis vraiment débile ! »
J'ai soupiré tout en secouant la tête. Je me suis aussitôt mise au boulot, cherchant n'importe où une sortie… rien. Désespérée, j'ai laissé errer mon regard sur le mur juste derrière nous. Mais quelque chose a retenu mon attention. Il y avait une grille d'aération à moitié enlevée au niveau du sol. J'ai plissé les yeux afin de percer le rideau d'obscurité pour essayer de distinguer sur quel endroit pouvait s'ouvrir cette grille. Sans un mot, j'ai fais une petite tape dans les côtes de Léon pour attirer son attention. Il m'a regardée d'un air exaspéré, sûrement convaincu que je voulais encore me foutre de lui, mais je lui ai désigné la grille du menton. Son visage s'est adouci et il m'a adressé un léger sourire en coin, puis nous avons rampé vers cette sortie providentielle. Une fois devant, il m'a arrêtée d'un geste quand j'ai voulu attraper la grille pour l'enlever. Je lui ai lancé un regard interrogateur.
- Attends un peu, m'a-t-il chuchoté doucement, ça risque de faire du bruit, donc d'attirer son attention – il a désigné la créature un peu plus loin du pouce – on va essayer de l'enlever quand il fait du bruit, tu me suis ?
- Jusque là, oui.
Puis il s'est placé juste derrière moi alors que je venais de m'accroupir devant la grille pour en saisir deux extrémités. Je pouvais sentir sa poitrine collée contre mon dos, diffusant une douce chaleur dans mes muscles tendus. Il a lui aussi saisi la grille à deux endroits, et nous avons attendu. J'ai fermé les yeux, attentive au moindre bruit. Un fracas assourdissant a retenti derrière nous. J'ai saisi cette chance, tous les deux, nous avons tiré ensemble de toutes nos forces. La grille a cédé dans un grincement strident, mais le son a aussitôt été noyé par d'autres crissements en tous genres. Quand toute résistance a été enlevée, j'ai faillis partir en arrière, écrasée par le poids de cette grille. Mais Léon m'a aidée à la repousser et à la poser contre un mur tout en douceur pour éviter de provoquer un vacarme de tous les diables. Il s'est ensuite séparé de moi pour passer prudemment la tête de l'autre côté pour vérifier que l'endroit était sûr. Peu de temps après, il s'est retourné vers moi et m'a fais signe de le suivre alors qu'il passait entièrement de l'autre côté. J'ai voulu me pencher pour en faire de même, mais ma tête s'est mise à tourner et je me suis subitement sentie extrêmement faible. Je me suis laissée tomber sur mes mains, me retrouvant ainsi à quatre pattes. J'aurais pu tourner de l'œil, une écœurante envie de vomir m'a prise à la gorge. Une main m'a attrapée par le poignet et j'ai redressé la tête faiblement pour apercevoir le visage de Léon. Il m'observait avec inquiétude, voyant sans doute mon air groggy et mon teint qui devait avoir sûrement viré au blanc du style cachet d'aspirine. Il s'est extirpé prudemment du passage et s'est redressé face à moi tout en posant une main fraîche sur mon front.
- Ça ne va pas ? M'a-t-il demandé en fronçant les sourcils.
Sans lui répondre, j'ai fermé les yeux pour essayer d'atténuer la migraine qui venait d'exploser dans mon crâne. Je me suis sentie subitement faible alors que mon compagnon venait de me saisir par le bras pour essayer de me faire réagir. Sans pouvoir me retenir et avec l'impression de ne plus pouvoir contrôler mon propre corps, je me suis sentie tomber vers l'avant et m'affaisser contre Léon. Je n'avais pas perdu connaissance, mais j'étais vidée, épuisée par toutes les choses qui m'étaient arrivées et à cause de la quantité de sang que j'avais perdue. J'ai senti les bras de Léon se refermer sur mon dos avec hésitation, comme s'il ne savait pas quoi faire dans ces cas là.
« Pff ! Quelle question, il va m'allonger par terre et m'abandonner, comme au Zoo… »
Mais j'ai eu la surprise de sentir sa poigne se faire plus forte. Ses mains m'ont agrippé les épaules et son visage inquiet est entré dans mon champ de vision. Quand il a vu que je n'étais pas totalement inconsciente, il a semblé se calmer.
- Est-ce que tu peux encore te déplacer ? M'a-t-il chuchoté d'une voix qui m'a semblée passer au ralenti dans ma tête.
J'ai bougé mes bras avec lenteur et ai pris appui sur ses avant bras pour me redresser. Au prix d'un immense effort, j'ai levé les yeux vers lui.
- Je…je crois que oui, lui ai-je répondu d'une voix chevrotante.
Il a hoché la tête et est reparti vers notre sortie de fortune sans pour autant lâcher ma main. J'avais eu un accès de faiblesse mais maintenant, je me sentais un peu mieux, mes forces commençaient à revenir petit à petit. Je l'ai suivi de près, faisant attention à ne pas faire de bruit en me déplaçant. Une fois de l'autre côté, j'ai pu constater que nous étions dans un couloir adjacent. Sombre et poussiéreux, il semblait avoir été témoin d'une bataille rude. Tous les meubles étaient en morceaux, les vitrines avaient été brisées et des morceaux de verre jonchaient le sol. Contrairement aux autres allées, le sol n'était pas recouvert de dalles en béton mais d'un plancher vieux et grinçant, il produisait un son étrange à nos oreilles alors que nous avancions d'un pas mesuré vers l'avant tout en faisant attention aux endroits où nous posions nos pieds.
Mes tremblements sont revenus, plus forts que jamais, je n'avais pourtant pas froid mais je n'arrivais pas à me calmer. La main de Léon s'est serrée sur la mienne avec force. Je marchais un peu en arrière par rapport à lui, j'ai posé mes yeux sur sa silhouette rassurante tout en serrant moi aussi ma main dans la sienne. Nous avons continué notre avancée, le vacarme que produisait le monstre derrière nous s'amenuisant peu à peu, mais à un moment, quelque chose m'a foncé dessus, sortant de l'ombre tout en poussant un cri. J'ai fais un bond sur le côté pour éviter la chose en question qui s'est en fait avéré être un oiseau tout en criant de surprise, un son aigu qui s'est répercuté dans tout le couloir. Je me suis figée tout en plaquant mes deux mains sur ma bouche, horrifiée par le bruit que je venais de faire. Et c'est avec une horreur atteignant des sommets que j'ai entendu un cri horrible me parvenir en une sorte de réponse. Il y a eu un bruit énorme suivi d'une petite secousse quand le monstre avait dû défoncer le mur de notre allée. La main de Léon s'est refermée sur la mienne et m'a tirée vers l'avant, me forçant à le suivre alors qu'il partait en courant. Nous avons couru comme ça pendant une durée que je ne saurais plus bien déterminer, une minute ? Dix ? Vingt ? Une heure ? Aucune idé il y a eu un instant où, au moment où j'ai posé mon pied par terre pour prendre une foulée, le plancher a cédé sous mon poids.
J'ai poussé un cri alors que ma jambe s'enfonçait jusqu'en haut de la cuisse, me déchirant le pantalon contre les arêtes tranchantes du bois brisé. Léon a fait un arrêt brusque pour se retourner lorsque je lui ai lâché la main. Il s'est baissé à mon niveau alors que j'essayais de sortir ma jambe du trou en prenant appui sur mes bras. Voyant que je n'arrivais à rien, il s'est placé derrière moi et a mis ses bras sous mes aisselles pour me soulever.
- Rien de cassé ? M'a-t-il demandé d'une voix tendue tout en jetant de fréquents regards vers le fond du couloir.
- Je ne crois pas, lui ai-je répondu tout en tirant de toutes mes forces pour sortir ma jambe.
J'avais presque réussi à sortir mon genou entier lorsque quelque chose m'a saisie par le pied et m'a tirée vers le bas avec violence. J'ai poussé un cri alors que je refaisais un plongeon vers le plancher, mais les bras de Léon m'ont rattrapée de justesse.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Quelque chose me tire vers le bas ! Lui ai-je presque hurlé alors que la traction sur ma jambe devenait insupportable.
Quand ma jambe entière a à nouveau été dans le trou, Léon m'a lâchée pour se placer autrement. Il s'est mis face à moi et m'a attrapé les mains pour essayer de me tirer. Derrière lui, j'ai pu apercevoir le monstre arriver de loin.
- Léon… ai-je soufflé à mon compagnon pour essayer de l'avertir du danger.
Il n'a pas réagit, sûrement absorbé par sa tâche, mais je pouvais voir la silhouette de la créature grossir au fur et à mesure que la distance qui nous séparait de lui s'amenuisait.
- Léon ! Lui ai-je dis d'une voix de plus en plus pressante, il arrive !
- Je sais ! M'a-t-il aboyé tout en se mettant à examiner le sol avec attention.
J'ai voulu lever mon arme dans la direction du monstre mais la chose qui me tenait par la jambe voulait manifestement me faire passer toute entière par ce minuscule trou. J'ai poussé un cri de douleur alors que la sensation d'être écartelée me reprenait. J'ai cherché Léon du regard pour le trouver accroupi juste devant moi, un peu plus loin, il semblait fasciné par la vision du sol à moitié pourri et délabré. Puis j'ai reporté mon attention sur notre assaillant et j'ai eu l'horreur de constater qu'il était beaucoup plus près que ce que je pensais… trop près.
- LEON ! Ai-je crié d'une voix stridente.
Et avec l'impression que tout se passait au ralenti, j'ai vu Léon lever son poing en l'air et l'abattre soudainement sur le sol. Un craquement sinistre à retenti et j'ai pu sentir toutes les lattes en bois se fissurer en dessous de nous. Mon compagnon a plongé sur moi alors que le plancher cédait. J'ai passé mes bras autour de lui alors que les siens se refermaient sur mon dos. Nous avons chuté pendant une dizaine de secondes avant de rencontrer le sol de l'étage du dessous, mais le plancher n'a pas résisté à notre poids, nous avons traversé le sol en provoquant un bruit sourd, et celui du dessous aussi, ralentissant progressivement notre chute. En traversant le troisième plancher, je me suis cogné la tête violemment contre le rebord. Ma tête est partie vers l'avant et, sous le choc, j'ai pu sentir que nous avons ensuite touché la terre ferme, puis les ténèbres se sont refermées sur moi alors que Léon se redressait.
