Heya ^^

Alors, juste un petit mot pour dire que je me suis permis de prendre certaines libertés quant à l'âge de Léon puisque dans mon histoire, il aurait vécu les évènements de Raccoon city à vingt ans alors que normalement il est plus vieux, voilà :)

...

Je me suis réveillée quelques heures plus tard, tremblante, en sueur, mais vivante. J'ai poussé un soupir de soulagement tout en me passant une main nerveuse sur le visage. Je me suis redressée avec peine, n'arrivant pas à ouvrir les yeux complètement à cause de la migraine qui me vrillait la tête. Je me suis assise et c'est là que je me suis rendue compte que j'avais été allongée sur un lit de camp et que je me trouvais dans une pièce de taille moyenne où des tas de cartons s'empilaient. Je devais être dans la remise d'un des magasins, donc encore dans le centre commercial. J'ai pu entendre des pas et Léon est entré dans la pièce.

- Ça va mieux ? M'a-t-il demandé d'une voix douce.

Je lui ai adressé un sourire ironique, maintenant que le danger était passé et que ma vie ne dépendait plus de lui, mon agressivité revenait au galop.

- Mis à part que j'ai mal partout et que mes blessures se sont sûrement toutes ouvertes à nouveau, je pète la forme !

Il a soupiré tout en levant les yeux au ciel et s'est ensuite approché de moi. Il s'est assis sur le rebord de mon lit de fortune, une boîte blanche entre les mains. Je lui ai lancé un regard interrogateur alors qu'il l'ouvrait. Voyant que je ne comprenais pas ce qu'il était en train de faire, il s'est légèrement tourné vers moi et a agité doucement la boîte.

- Une trousse de secours, a-t-il précisé tout en sortant plusieurs bandages et des compresses, il faut que je te soigne.

J'ai eu un mouvement de recul quand il s'est penché vers moi.

- Je peux me débrouiller toute seule, lui ai-je répondu d'une voix agressive.

Il a haussé un sourcil moqueur avant de me répondre.

- Ah oui ? A-t-il dit d'un air condescendant, et celles que tu as dans le dos ? Comment tu vas faire pour les désinfecter toute seule ?

J'ai voulu lui balancer une réplique cinglante, mais quand j'ai voulu me redresser complètement, un éclair de douleur m'a parcourue entièrement. J'ai poussé un petit cri tout en basculant vers l'arrière sur mon oreiller. Léon n'avait pas bougé, pas étonné par ma douleur. Il me lançait un regard blasé du genre « Je t'avais prévenue », ce qui m'a énervée au plus haut point. Avec un soupir exagérément long, je me suis assise doucement et lui ai tendu mes bras égratignés. Il s'est mis à désinfecter les plaies rapidement et je me suis efforcée de ne pas grimacer sous la sensation désagréable. Il a ensuite passé des bandages le long de mes bras. Il s'est ensuite attaqué à mon épaule, il a examiné la plaie quelques secondes avant d'écarquiller les yeux de surprise.

- Tu as été mordue ? M'a-t-il demandé d'une voix soudainement tendue.

- Euh… oui, lui ai-je répondu sans comprendre où il voulait en venir, et alors ?

Sa main qui tenait mon bras s'est serrée, me faisant presque mal.

- Quand ? A-t-il simplement dit.

- Hier, mais…

- Est-ce que c'est un enfant qui t'as mordue ? M'a-t-il interrompue en me secouant.

J'ai tenté de me dégager mais sa poigne était trop forte pour moi.

- Lâchez-moi ! Ai-je protesté en tirant sur mon bras pour qu'il desserre les doigts, vous me faites mal !

- Réponds-moi ! A tonné sa voix grave alors qu'il faisait un mouvement brusque pour me faire me retourner vers lui.

- NON ! CA TE VAS COMME REPONSE ?

Le tutoiement est venu tout seul, il n'a pas tiqué. Ma réponse a semblé le calmer, il s'est reculé et m'a lâchée. Il a ensuite poussé un soupir de soulagement tout en se passant une main sur la nuque. Moi j'étais à côté de lui, figée et stupéfaite par la violence dont il avait fait preuve. Qu'est-ce qui lui prenait à ce psychopathe ? Il était malade où quoi ?

- C'est quoi le rapport avec un enfant ? Lui ai-je demandé, prête à lui faire mordre la poussière s'il repartait dans un délire incompréhensible.

Il m'a regardée de biais, sans doute réticent à me donner des précisions, et a poussé un autre soupir, mais de défaite cette fois. Il ne m'a pas tout de suite répondu, se contentant de me lorgner comme si j'étais celle qui détenait toutes les réponses. J'ai soufflé, exaspérée par son mutisme soudain alors que quelques secondes plus tôt il était en train de me hurler à la figure sans que je sache pourquoi. J'ai esquissé un mouvement pour partir, mais il m'en a empêchée en me saisissant par le bras. Enervée, je me suis retournée pour lui dire de me lâcher, mais ma voix est restée bloquée au moment où mon regard à rencontré le sien. Acier contre acier, nous analysions chacun la détermination de l'autre, cherchant une faille, une faiblesse, mais ses yeux à lui me semblaient à cet instant plus gris qu'un ciel d'orage, une cachette où se dissimulait une forme sombre, un secret. Puis la colère que j'éprouvais pour lui est revenue, comme une vague qui m'a submergée des pieds à la tête. De la colère je suis passée à la haine. Je le haïssais parce qu'il me laissait dans l'ignorance alors qu'il était flagrant qu'il savait la raison pour laquelle ce cauchemar faisait rage là dehors.

Quand il s'est levé pour se poster devant moi, je n'ai pas réfléchis aux conséquences de mon acte. J'ai avancé d'un pas vers lui et ma main a fusé vers son visage. La paume grande ouverte, lorsque mon coup a touché sa joue il y a eu un claquement sec alors que sa tête partait sur le côté. Il y a eu un silence de mort pendant quelques minutes, le temps qu'il se remette de sa surprise. Il a relevé la tête avec lenteur et c'est là que je me suis rendue compte de la portée de mon geste. Je ne connaissais pas assez bien cet homme pour anticiper ses réactions. Pendant une fraction de seconde, j'ai eu peur qu'il me la rende, mais j'ai eu la surprise de rencontrer un regard dénué de colère ou de haine. Surprise et incompréhension, c'étaient là les seules émotions dominantes dans ses prunelles. J'ai eu la subite envie de m'excuser, mais lorsque j'ouvrais la bouche pour lui dire, la colère s'est à nouveau élevée, comme un serpent prêt à attaquer. Et là, je lui en ai remise une avec le dos de ma main.

Cette fois, je ne lui ai pas laissé le temps de comprendre ce qui lui arrivait, je me suis rapprochée de lui en serrant les poings de rage. Il a voulu parler, mais je me suis jetée sur lui, toutes griffes dehors. Je lui ai donné un coup de poing dans les côtes et c'est à partir de ce moment là qu'il a commencé à bouger. D'un mouvement brusque, il m'a attrapée par le poignet tout en pivotant sur une jambe, se plaçant ainsi dans mon dos. J'ai voulu me retourner mais il m'en a empêchée en me ceinturant d'un bras. Aveuglée par la colère, j'ai lancé mon coude vers l'arrière, il y a eu un bruit sourd et j'ai eu la satisfaction de l'entendre pousser un grognement de douleur alors que ses bras me lâchaient. Je me suis écartée de lui prestement tout en me remettant en position de combat.

- Qu'est-ce qui te prends ? M'a-t-il lancé d'une voix emplie de surprise et de colère.

Je ne lui ai pas répondu tout de suite. Avec un cri de fureur, je me suis lancée vers l'avant, j'ai esquivé ses bras qui cherchaient à m'immobiliser en me baissant et je l'ai attrapé par le col, le rapprochant de moi.

- Ça ! Ai-je dis d'une voix voilée par la colère tout en lui faisant perdre l'équilibre sur une pile de cartons, le faisant tomber sur le dos, moi au dessus de lui, c'est pour m'avoir abandonnée dans ce foutu Zoo !

Il a froncé les sourcils tout en m'attrapant les bras. Je savais que là, je bénéficiais de l'effet de surprise, parce qu'en combat singulier il gagnerait haut la main face à moi. J'ai approché mon visage du sien brusquement.

- Dis-moi la vérité ! Lui ai-je sifflé, acide, au moins une fois dans ta vie, sois honnête et dis-moi ce qui se passe là dehors !

Il m'a attrapée par la taille en m'a faite basculer sur le côté, inversant les rôles. Je me retrouvais ainsi en dessous de lui. Quand j'ai voulu le frapper pour me sauver, il m'a saisi les poignets pour les plaquer au sol au dessus de ma tête. J'ai vainement essayé de me dégager en me cabrant et en donnant des coups de pieds dans le vide tout en lui crachant des injures au visage. Il a calmement attendu que je finisse par fatiguer et me lasser.

- Lâche-moi ! Lui ai-je crié d'une voix suraigüe tout en continuant à me débattre.

Je commençais à manquer d'air et je tremblais de plus en plus fort sous l'effet de l'effort que je faisais pour me dégager de sa poigne. J'avais la respiration de plus en plus hachée et mon corps tout entier commençait à me faire mal.

- Calme toi d'abord et après on parlera ! M'a-t-il lancé avec colère et autorité, ensuite, tu vas baisser d'un ton et éviter de hurler parce que je te signale qu'on est pas tous seuls dans cet endroit !

J'ai fini par laisser tomber mes envies de meurtre. Je me suis affalée par terre, cessant toute résistance face à sa poigne d'acier. Il ne m'a pas tout de suite lâchée, pensant peut-être que je simulais pour qu'il me laisse et que je puisse l'attaquer à nouveau.

« J'aurais dû penser à ça plus tôt ! »

Il m'a finalement laissée et s'est assis à côté de moi tout en soupirant. Je me suis assise en tailleur, le toisant d'un œil méfiant tout en croisant mes bras sur ma poitrine.

- Alors ? A-t-il lâché d'une voix calme, qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Qu'est-ce que tu fais ici ? Lui ai-je demandé en relevant la tête vers lui, et qu'est-ce qui se passe ici ?

Ses yeux se sont voilés à ma dernière question. Pendant quelques secondes, j'ai pu voir de la tristesse se peindre sur ses traits, immédiatement remplacée par un masque d'indifférence.

- Raccoon city, a-t-il dit, tu connais ?

J'ai réfléchis quelques secondes. Ce nom me disait quelque chose…

- J'en ai entendu parler… C'est la ville qui a été détruite par un missile il y a quatre ou cinq ans, non ?

Il a acquiescé doucement, semblant plongé dans ses souvenirs.

- Il n'y avait pas eu une alerte à l'épidémie ? Ai-je continué, mes souvenirs se précisant au fur et à mesure

- La ville avait été mise en quarantaine. En vérité, il s'y est passé la même chose qu'ici…

J'ai ouvert la bouche de surprise pour la refermer ensuite, trop choquée pour parler.

- Mais… pourquoi personne n'a su pour les monstres et tout le reste ? Ai-je finalement lâché, incrédule.

Il a eu une exclamation dégoûtée tout en fronçant les sourcils.

- L'Etat a étouffé l'affaire, m'a-t-il presque craché d'une voix pleine de rancœur, à ton avis, qui a donné l'ordre de tirer ce missile ? Ils voulaient effacer toutes les traces.

Une vague de dégoût m'a submergée alors que je songeais aux familles des personnes qui avaient été tuées à cause de ça. Il a soupiré tout en se passant une main dans les cheveux.

- J'avais 20 ans à l'époque et je me souviendrais toujours de cette nuit là. Je venais d'arriver pour intégrer les forces de police de la ville, mais quand je suis arrivé, c'était déjà devenu une boucherie – son visage s'est fermé et ses poings se sont serrés alors qu'il continuait son histoire – C'est là que j'ai rencontré Claire Redfield, une jeune fille qui était venue à la recherche de son frère. Nous avons été les seuls survivants…

J'ai fermé les yeux, soudain fatiguée par la violence dont pouvaient faire preuve les être humains.

- Ensuite, j'ai été recruté par l'Etat pour assurer la protection de la fille de l'un des scientifiques d'Umbrella Corporation, l'entreprise qui a créé les virus responsables de la mutation des gens. – je me suis raidie à l'évocation de l'entreprise, ça me disait quelque chose – Plus tard j'ai été assigné aux services secrets et réquisitionné pour aller sauver la fille du président des Etats-Unis en personne. Elle avait été enlevée et séquestrée dans une zone éloignée en Espagne par une secte d'illuminés qui se faisaient appeler « Los Illuminados », ils avaient créé un parasite, le « Las Plagas » qui leur servait à contrôler les gens. J'ai réussi de justesse à m'en sortir et à sauver la fille.

Je l'ai regardé quelques secondes, dubitative, ça ne m'en disait pas long sur ce qui se passait ici. J'ai voulu lui demander des précisions sur le virus qui frappait Shadow Hill, mais il m'a devancée.

- Après pour ce qui se passe ici, a-t-il continué, je ne sais pas grand-chose. On m'a demandé d'éliminer un enfant qui serait à l'origine de la propagation du virus, c'est tout.

- Et tu n'as pas une description de cet enfant ?

Il a réfléchit quelques instants avant de se tourner vers moi, les sourcils froncés, l'air concentré.

- On m'a dit qu'il serait vêtu d'une chemise blanche d'hôpital et qu'il avait les dents pointues avec des cheveux bruns et longs, il doit avoir entre 6 et 8 ans approximativement. Une seule morsure de sa part transmet le virus à sa victime qui se transforme ensuite en monstre comme tu as dû en croiser en arrivant ici.

Mon cœur a raté un battement quand je me suis représenté l'enfant, j'ai revu son abominable sourire rempli de dents acérées. Un frisson de peur m'a parcouru le dos et j'ai dégluti avec difficulté.

- Léon, lui ai-je dis dans un murmure paniqué tout en m'accrochant à ses avant-bras, il y a un enfant qui me suit partout où je vais ! Il ressemble beaucoup à la description que tu viens de me faire ! Je l'ai déjà rencontré deux fois…

Voyant mon air paniqué, mon compagnon s'est approché tout en posant ses mains sur mes épaules.

- Calme-toi, m'a-t-il chuchoté d'une voix apaisante, tu es sûre que c'est bien le même enfant dont je t'ai parlé ?

J'ai hoché la tête avec raideur.

- … Il me fait peur… Les fois où je l'ai vu, il cherchait à me tuer…

Une larme m'a échappé. Il a posé une de ses mains sur ma joue et a essuyé la trainée humide avec son pouce.

- Ça va aller, m'a-t-il dit, ancrant son regard sombre dans le mien, il ne te fera rien.

A cet instant, je me suis sentie rassurée et protégée. Ses paroles étaient tellement apaisantes, il parlait avec tellement d'assurance que je ne pouvais que le croire. J'avais une boule d'angoisse qui m'obstruait la gorge, mais je me suis efforcée de faire bonne figure en lui faisant un petit sourire.

- Et pour ce qui est du Zoo, a-t-il continué alors que je me tendais à l'évocation de ce mauvais souvenir, je ne t'avais pas abandonnée.

J'ai haussé un sourcil alors que la colère refaisait surface. Mais il ne m'a pas laissée lui répondre.

- J'avais aperçu un enfant qui correspondait à la description qu'on m'avait faite. Alors je l'ai suivi quand il s'est éloigné vers la forêt, je n'avais pas remarqué qu'il m'attirait dans un piège. C'est quand je suis arrivé près de la grille que toutes ces bestioles me sont tombées dessus.

Je me suis rappelé tous les cadavres de bêtes en tout genres qui jonchaient le sol quand j'étais arrivée. J'ai aussi revu la voiture démarrant.

- Je n'avais pas réussi à revenir sur mes pas, il n'y avait pas d'autre choix je devais passer cette grille et essayer de te retrouver en revenant par la porte principale.

Il s'est tu et m'a regardée avant de reprendre.

- Mais la grille était totalement détruite, je ne pouvais pas passer.

- Alors tu es parti ? Lui ai-je demandé, plongée dans mes souvenirs.

J'avais l'impression d'avoir vécu dix ans entre la journée d'hier et aujourd'hui alors qu'il ne s'était écoulé que quelques heures.

- Non, m'a-t-il dit, les sourcils froncés.

Il me regardait comme si j'avais dit une énormité, la plus grosse connerie de ma vie.

- J'ai cherché une autre entrée et j'ai fini par en trouver une, mais le temps que j'arrive à l'endroit où je t'avais laissée, tu étais déjà partie.

Je le regardais, plongée dans mes pensées. Il serrait les poings, comme si quelque chose le maintenait dans une tension violente. Puis il s'est détendu sensiblement et s'est retourné vers moi.

- Bon, je vais finir de te soigner et après on va essayer de sortir de cet enfer.

J'ai hoché la tête en signe d'approbation tout en me rasseyant sur un petit tabouret en bois qui était dans un des coins de la pièce. Il s'est placé derrière moi et s'est mis à désinfecter mes plaies. Il a mis un grand morceau de sparadrap sur mon épaule meurtrie, puis il s'est attaqué aux griffures dans mon dos, cuisant souvenir de notre combat contre les tigres contaminés. Mon haut étant déjà en miettes dans le dos, il n'avait eu qu'à élargir les trous pour pouvoir me soigner sans que j'aie à me découvrir plus que ça, à part quand il avait dû me mettre le bandage autour du buste pour maintenir la gaze contre mon dos. Après ça, il s'est tourné vers moi pour vérifier que je n'avais aucune autre blessure que je ne pouvais pas soigner par moi-même.

- Tu peux te débrouiller toute seule maintenant ?

- Oui, pas de problème, lui ai-je répondu tout en hochant la tête, un peu engourdie par la douleur qui commençait à se réveiller à cause du désinfectant.

Il est ensuite sorti, me laissant seule ainsi qu'un peu d'intimité pour que je puisse retirer mon pantalon afin de soigner les égratignures sur mes jambes. J'ai désinfecté rapidement avec l'impression qu'à chaque fois que je posais le coton imbibé du produit sur une blessure, un feu brûlant se répandait dans tous mes membres. Une fois soignée, j'ai remis mon pantalon, mais il était déchiré lui aussi, il ne ressemblait plus à rien.

- Léon ? Ai-je appelé, est-ce qu'il n'y aurait pas un magasin de vêtements dans le coin par hasard ?

- On est en plein dedans, m'a répondu sa voix, atténuée par la mince porte en bois qui nous séparait.

J'ai enfilé tant bien que mal ce qui avait anciennement été mon jean préféré, mais qui ressemblait plus à une loque ou à un chiffon sale qu'autre chose. Puis je suis sortie rejoindre Léon qui m'attendait, adossé au mur juste en face de la porte. Quand il m'a vue, il s'est redressé et s'est avancé vers moi.

- J'aurais besoin de changer de vêtements avant que ceux-ci ne tombent en ruine, lui ai-je précisé tout en faisant un large geste de la main pour m'englober moi ainsi que mes vêtements en lambeaux.

Il a hoché la tête tout en se dirigeant vers le bout du petit couloir dans lequel nous étions. Il s'est arrêté devant une porte et l'a ouverte avec précautions. Je l'ai suivi sans rien dire, consciente que cet endroit devenait plus dangereux parce qu'il était plus grand et donc plus dur à sécuriser. Nous sommes entrés dans une immense salle remplie de rayonnages en tous genres, les néons qui servaient à éclairer la pièce entière clignotaient par intermittence, de façon irrégulière et certains étaient cassés donnant une atmosphère oppressante à ce lieu. J'ai pris une discrète inspiration avant de m'avancer à la suite de mon compagnon qui marchait d'un pas lent et silencieux à travers le rayon des produits de beautés. J'avais l'impression d'être épiée, en danger constant, comme si quelqu'un était là avec nous, caché dans l'ombre. Mon cœur cognait de plus en plus fort contre ma cage thoracique et j'étais persuadée qu'il était en train de remonter dans ma gorge au fur et à mesure que la tension montait dans l'atmosphère. Nous avons traversé plusieurs rayons avant de trouver celui que nous cherchions. J'ai finalement trouvé l'affiche qui en désignait l'emplacement, sale et déchirée, mais toujours lisible. Nous nous sommes avancés doucement, moi derrière Léon qui pointait son arme droit devant lui et j'ai fini par moi aussi vouloir sortir les miennes afin de pouvoir me défendre moi-même. J'ai baissé les bras le long de mon corps et ai cherché à attraper mes armes dans mon sac… rien.

- Merde ! Ai-je murmuré, la voix emplie de colère contre ma connerie irrécupérable.

Léon s'est arrêté d'un coup lorsqu'il a entendu ma voix.

- Qu'est-ce qui se passe ?

J'ai poussé un soupir exaspéré tout en me passant une main sur la nuque.

- J'ai oublié mon sac dans cette foutue remise, et mes armes sont dedans, voilà ce qu'il y a !

- On ne fait plus demi-tour maintenant, m'a-t-il avertie avant de repartir sans m'attendre.

J'ai dû marcher d'un bon pas, presque courir pour le rattraper.

- Et je fais quoi si on se fait attaquer ? Lui ai-je lancé, énervée, je me mets à hurler tout en agitant les bras dans tout les sens en attendant que tu me sauves telle une demoiselle en détresse des temps modernes ? – je me suis tournée vers lui tout en haussant un sourcil, les bras croisés sur la poitrine – ça c'est pas vraiment mon style, j'ai horreur de ce genre de choses !

Il a soupiré d'une manière assez appuyée pour me faire comprendre que je lui pompais l'air avant de s'arrêter tout en se tournant vers moi.

- Fais comme tu le sens ! Mais crois moi, d'après moi, tu es tout sauf une demoiselle en détresse !

J'ai ouvert la bouche en une expression indignée, ça voulait dire quoi ça ? Non mais pour qui il se prenait ? Je l'ai rattrapé en vitesse.

- Et toi alors ? Tu te prends pour qui là ?

Il a pris une expression blasée.

- Changes toi d'abord, m'a-t-il lâché, on verra après pour le reste.

J'ai retenu mes insultes avec beaucoup de difficulté et je me suis tournée vers les vêtements qui étaient exposés. Je n'ai pas cherché longtemps, un haut blanc à manches longues, large mais qui se resserrait au niveau du buste et au col évasé, avec un jean délavé un peu large. J'ai remonté les manches au niveau de mes coudes et je suis partie rejoindre Léon qui m'attendait un peu plus loin.

- Bon, j'ai terminé, lui ai-je dis tout en ajustant ma tenue, on fait quoi maintenant ?

Il m'a regardée quelques secondes avant de se tourner dans la direction dont on venait d'arriver.

- On va retourner dans la remise pour prendre le reste de nos affaires et après on se tire d'ici avant d'avoir de la compagnie.

J'ai hoché la tête en lui emboîtant le pas. Nous avons refait le chemin inverse avec la même prudence et la même lenteur avant de retrouver le petit couloir au fond du magasin. Une fois à l'intérieur, je me suis sentie immédiatement plus sereine et plus protégée. Dans la petite pièce, j'ai pris mon sac et ai passé la lanière au dessus de ma tête pour le mettre en bandoulière puis j'ai vérifié si mon arme était bien chargée. Puis je me suis occupée de l'autre avant de me rendre compte que l'arme que je tenais dans mes mains appartenait sûrement à Léon. Je lui ai lancé un regard à la dérobée. Il empaquetait toutes sortes d'objets dans un sac à dos et je ne pouvais le voir que de trois quarts. Puis je me suis décidée, j'ai attrapé l'arme par la crosse et lui ai tendu. Il s'est tourné vers moi, l'air étonné. Il m'a pris l'arme des mains doucement tout en l'étudiant avec attention. Il ne semblait pas la reconnaitre. J'ai senti ma gorge se nouer, si ça se trouvait, ce n'était même pas la sienne. J'avais peut-être trouvé le flingue d'un psychopathe tueur ou autre chose dans le genre. Mais son visage s'est finalement éclairé et il m'a fait un minuscule sourire.

- Où est-ce que tu l'as trouvée ? M'a-t-il demandé tout en tournant l'arme dans ses mains, je pensais que je l'avais perdue dans la forêt autour du Zoo.

- Et c'était vrai, jusqu'à ce que je tombe, dans les deux sens du terme, dessus. J'avais aussi trouvé ta veste, ai-je continué en évitant de le regarder dans les yeux.

Il m'a lancé un regard en me faisant un sourire narquois.

- J'avais remarqué, a-t-il finalement lâché, mais elle était en trop mauvais état pour la réutiliser, l'odeur du tissu imbibé de sang n'aurait fait qu'attirer ces bestioles.

Je lui ai fais une grimace en retour avant de retourner à l'inventaire de tout ce qui se trouvait dans mon sac. Une fois tous les préparatifs terminés, nous sommes à nouveau sortis dans le magasin. J'ai sorti mon arme mais ne l'ai pas pointée devant moi, pas la peine de me stresser pour rien. Il n'y avait aucun bruit, et cette atmosphère calme m'effrayait encore plus, j'ai inspiré et expiré plusieurs fois pour essayer de me calmer. Nous avons marché longtemps, longeant les murs et les rayons aussi silencieux que des fantômes. Puis nous avons fait une petite pause, Léon s'est appuyé contre le mur et je me suis postée face à lui.

- C'est trop calme, lui ai-je dis d'une voix tendue, il y a quelque chose qui cloche.

Il a hoché la tête tout en étudiant les alentours.

- Oui, a-t-il finalement lâché, quand on était arrivés ça grouillait de bestioles. Il y en avait tellement que j'avais dû nous barricader dans la remise…

Je lui ai lancé un regard perdu, je ne me rappelais pas de tout ça !

- Tu étais inconsciente, m'a-t-il précisé, c'est normal que tu n'en ais aucun souvenir.

Mais je ne lui prêtais plus une grande attention, quelque chose avait bougé derrière lui. Mais derrière Léon il y avait un mur en béton ayant l'épaisseur de deux personnes du même gabarit que moi mises les unes à côté des autres de front, donc avoir vu quelque chose bouger était impossible. J'ai secoué la tête tout en clignant des yeux pour m'éclaircir la vue. Ayant remarqué mon manège, mon compagnon me regardait comme si j'allais lui faire un malaise là tout de suite.

- Ça va ? M'a-t-il demandé, prêt à me rattraper si je tournais de l'œil.

- Oui, tout va b…

Mon mutisme à été brutal et surprenant, mais je n'arrivais plus à articuler un mot. Il y avait bien quelque chose dans le mur… et cette chose était en train de sortir, ou plutôt essayait de s'extirper. Il y avait deux traces bien distinctes de paumes appuyées à plat comme si quelqu'un essayait de sortir de l'intérieur du béton, puis des doigts décharnés et noirs sont sortis, suivis bientôt par une main longue et osseuse. De part et d'autre de mon compagnon, deux bras sont sortis avec difficulté, et moi j'étais là, à contempler ça alors que Léon était en danger. Il me regardait toujours, mais il était devenu nerveux, aux aguets. Sans un mot, j'ai tendu un doigt vers les bras pour le prévenir.

- Quoi ? M'a-t-il dit, ne comprenant pas ce que je montrais, qu'est-ce qui se passe ?

- Derrière-toi, lui ai-je soufflé dans un murmure apeuré, il y a quelque chose qui sort du mur !

Il s'est retourné brusquement tout en s'écartant du mur, me bousculant au passage. Lorsqu'il a vu ce que je voyais depuis un petit moment déjà, il a visé le mur entre les deux membres difformes et l'a criblé de balles. Ce qui a été sans résultat, la créature qui sortait n'a pas semblé souffrir de cet assaut. Un bruit de verre cassé a attiré mon attention, une autre bête sortait du mur un peu plus loin vers la gauche, mais celle-ci avait déjà sorti son buste entier. Une bouche noire et grande ouverte surmontée de deux orbites vides nous lançait une grimace morbide. Elle tendait désespérément les bras vers l'avant dans une tentative pour nous attraper, mais elle était trop loin. J'ai montré la créature à Léon pour lui signaler qu'il y en avait d'autres. Et en faisant ça, je me suis rendue compte qu'il y en avait bien une vingtaine qui sortait au fur et à mesure des murs du magasin entier.

- Ils sont trop nombreux, ai-je lancé à mon compagnon, il faut qu'on sorte d'ici !

Sa main s'est refermée sur la mienne et il est parti en courant vers les portes à l'avant. Je l'ai suivi tant bien que mal alors que nous évitions les bras tendus vers nous pour nous arrêter. Les monstres qui avaient réussis à sortir se traînaient dans notre direction par la force des bras. J'ai sauté au dessus de l'un des monstres tout en poussant un cri lorsque mon pied s'est écrasé sur un bras, provocant un claquement sec. Une fois dehors, nous nous sommes élancés vers la droite, suivant les panneaux indiquant la sortie des lieux. Nous avons finalement aperçut les portes vitrées scintillant dans le soleil couchant, elles reflétaient la lumière et nous empêchaient de voir de l'autre côté. Léon jetait des regards fréquents derrière nous et parfois visait et tirait, il ne regardait pas devant nous. Mais un mouvement, une ombre devant une des vitres m'a arrêtée. J'ai pilé net quand j'ai vu des centaines de personnes pressées contres les portes… des contaminés. J'ai dû tirer mon compagnon vers l'arrière pour éviter qu'il se jette dans les bras de ces gens.

- Non, lui ai-je crié, pas par là !

Il m'a lancé un regard sévère avant de se tourner vers les portes.

- Merde !

Je me suis retournée afin de vérifier à quelle distance se trouvaient nos poursuivants. Il y en avait une dizaine qui avançait avec lenteur, se traînant et laissant une trainée noirâtre derrière eux. Léon s'est mis à leur tirer dessus un à un, visant toujours la tête qui explosait dans une gerbe de sang. Je me suis retournée vers les gens qui étaient dehors et qui frappaient de plus en plus fort contre les portes, fragilisant le verre et créant des fissures. J'ai fais un lent tour sur moi-même, regardant et répertoriant toutes les sorties possibles que nous avions. Il ne nous restait qu'une seule solution…

Je me suis tournée vers Léon tout en lui désignant les escaliers qui montaient à notre gauche.

- On monte ! Lui ai-je crié pour couvrir les bruits de coups, c'est notre seule chance !

- Quoi ? Si on monte on est morts ! M'a-t-il répondu tout en continuant de tirer.

- Et si on reste ici : on est morts !

Il m'a regardée comme si je venais de lui dire que je venais de la planète Mars avant de soupirer.

- A quoi tu penses ?

- Le toit ! Ai-je crié, c'est là qu'on doit aller pour sortir !

- Et on fera quoi une fois « sur le toit »? M'a-t-il lancé d'une voix où se mêlaient la colère et le sarcasme, il va nous pousser des ailes et on va s'envoler ?

J'ai retenu difficilement mon envie de l'attraper par le col pour lui en foutre une bien méritée.

- Non, mais j'essaye de nous sortir de ce merdier ! Lui ai-je craché d'une voix acide, mais maintenant, si tu as d'autres remarques vas-y, ne te gênes surtout pas, fais en profiter toute la classe ! Moi, j'y vais avec ou sans toi !

Et sur ces belles paroles, je me suis tournée vers l'escalier et j'ai commencé à montrer les marches quatre à quatre en courant. Je ne me suis pas retournée, j'avais l'impression que je venais d'avaler un morceau de plomb à mesure que je m'éloignais de lui. Mais un bruit sourd ainsi que plusieurs pas rapides derrière moi m'ont rassurée un peu plus tard. J'ai tourné la tête afin de voir le visage qu'il arborait. Il avait une mine sévère, les mâchoires serrées, visiblement, il ne pensait toujours pas que ma solution nous sauverait mais il tenait à rester en vie.

« Tant pis ! »

J'ai failli trébucher lorsque j'ai regardé vers les baies vitrées qui commençaient à céder sous les coups acharnés des gens contaminés. La poigne de Léon m'a soutenue alors que je me redressais rapidement.

- Allez, allez ! M'a-t-il pressée, me collant de près, plus vite !

L'escalier se terminait au deuxième étage. Quand nous avons sauté les dernières marches qui nous séparaient du couloir, un bruit assourdissant nous est parvenu d'en dessous, les vitres étaient brisées. J'ai jeté un regard paniqué autour de nous, certaines lumières marchaient toujours, nous permettant de nous y retrouver dans l'obscurité. J'ai entrainé Léon vers une allée en face de nous alors que des bruits de courses précipitées se faisaient entendre dans l'escalier juste derrière ainsi que des cris. J'ai couru de toutes mes forces, m'efforçant de rester à la même hauteur que mon compagnon. Nous avons dû sauter ou contourner bon nombre d'obstacles en tous genres qui nous entravaient la route avant de bifurquer vers la droite dans une allée sombre. Mais après quelques pas, je me suis rendue compte que nous étions dans un cul de sac. Devant nous, il y avait une porte de service réservée aux employés. J'ai foncé vers cette sortie providentielle tout en priant pour qu'elle ne soit pas fermée. Je me suis cognée contre le bois brut de la porte avant de m'acharner sur la poignée, je l'ai tournée, mais rien n'a bougé, pas de déclic, rien. Elle était fermée à clé…

- Non ! Ai-je crié, désespérée tout en continuant à tourner la poignée de plus en plus fort, non !

Léon s'est posté près de moi et a lui aussi essayé d'ouvrir la porte. Je me suis tournée vers l'autre bout du couloir, les cris se rapprochaient et des ombres commençaient à se faire voir sur le mur, signe que nos « amis » étaient de plus en plus proches. Un frisson de terreur m'a parcourue, c'était inutile d'espérer pouvoir faire demi-tour, on était bloqués. Léon a tiré sur la poignée, mais même une fois cassée, le loquet restait bloqué. J'ai reculé pour m'adosser au mur tout en pressant mes mains contre mon visage.

« Mon dieu, c'est un cauchemar ! Faites que je me réveille ! Par pitié ! »

Mais mon dos à rencontré une grille, j'ai poussé un cri tout en me retournant. Une vieille grille de monte charge était là, et je me demandais s'il marchait toujours. J'ai cherché le bouton d'appel et une fois trouvé, j'ai appuyé dessus avec fébrilité tout en jetant des regards rapides vers le bout du couloir. J'ai pu entendre le mécanisme s'enclencher en grinçant alors que l'ascenseur commençait sa lente descente. Les cris se rapprochaient de plus en plus, augmentant ma terreur d'un cran encore.

- Allez, allez, ALLEZ ! Ai-je dis, ma voix devenant un cri alors que je donnais maintenant des coups de poing sur le bouton.

Quand le bas de la cage s'est fait voir, je me suis tournée vers Léon.

- Léon ! Lui ai-je crié pour couvrir les hurlements, par ici !

Il s'est tourné vers moi et m'a fais signe de passer la première quand j'ai ouvert la grille. Il a commencé à tirer alors que je l'avais attrapé par le T-shirt pour le tirer à l'intérieur. Il est passé et j'ai refermé les grilles de justesse. Une femme est passée devant nous, se jetant sur les grilles de toutes ses forces tout en criant. Je me suis littéralement jetée en arrière, mais ses doigts se sont refermés sur mes cheveux. Elle m'a tirée vers elle alors que je poussais un cri, mais Léon m'a attrapée et lui a tiré une balle dans la tête. Je me suis collée contre la façade à l'opposé de la grille, tremblante, tout en pointant mon arme sur les gens qui commençaient à se rassembler pour passer leurs bras à travers les grilles qui nous en séparaient. J'avais terriblement peur qu'elles cèdent et que ces monstres puissent nous fondre dessus pour nous dévorer. J'ai tiré plusieurs fois pour éclaircir leurs rangs. Il fallait que je puisse accéder à l'interrupteur qui faisait monter la machine afin d'appuyer sur le bouton de l'étage où nous voulions aller. J'ai pris une grande inspiration tout en glissant mon arme à l'arrière de mon jean et je me suis tournée vers Léon.

- Couvre-moi !

Et je me suis précipitée sur le petit tableau, appuyant sur le bouton qui se trouvait le plus haut. J'ai senti des doigts me frôler, me griffant parfois alors que mon compagnon tirait, très près de moi, puis je me suis éloignée prestement. Quand l'ascenseur à commencé à monter, je me suis appuyée contre le mur du fond et me suis laissée glisser au sol. Notre ascension était lente et bruyante, mais nous étions en sécurité, et c'était tout ce qui comptait pour le moment. Les étages défilaient derrière la grille devant nous avec lenteur, parfois plongés dans un noir opaque et inquiétant. J'ai appuyé mes paumes contre mes yeux, posant mes coudes sur mes genoux repliés. Je me sentais fatiguée tout à coup, j'avais l'impression d'avoir passé trois jours sans dormir alors que ça ne faisait que deux ou trois heures maximum que je m'étais réveillée. Puis je me suis redressée pour m'examiner, j'ai laissé échapper un ricanement ironique.

- Ça ne fait même pas une heure que je me suis changée et j'ai déjà réussi à les tâcher de sang ! Ai-je dis d'une voix dédaigneuse tout en tirant sur le bas de mon haut où se trouvaient plusieurs tâches.

Mon compagnon a poussé un soupir avant de venir s'adosser au mur à côté de moi. Il s'est assis et a commencé à vérifier l'état de ses armes.

« Il ne sait faire que ça ou quoi ? »

Je l'ai regardé faire pendant quelques minutes avant de pousser moi aussi un soupir de fatigue. J'ai fermé les yeux tout en appuyant l'arrière de ma tête contre le mur et j'ai commencé à me rappeler ma vie avant ce désastre. Derrière mes paupières closes, je voyais défiler les visages souriants de ma famille : mon père, souriant avec fierté lorsqu'Alice lui avait offert son premier cadeau pour la fête des pères, Jordan, riant aux éclats avec ma mère, Alice qui arborait une mine gênée mais souriante lorsqu'elle m'avait avoué sortir avec un garçon depuis peu… Mais tout était bien fini maintenant, et cette atroce vérité s'est imposée à moi comme un coup de poing dans l'estomac. Pendant un moment, je me suis sentie sonnée, choquée, j'avais envie de me mettre à crier ma peine au monde entier, de tout casser, là, maintenant ! J'avais l'impression qu'une main de fer me sanglait l'estomac, m'empêchant de respirer librement. Je ne pouvais même pas donner de sépultures décentes aux membres de ma famille…

- Tu serais vraiment partie ? M'a demandé la voix de Léon, interrompant mon flot de pensées noires, sans te retourner ?

J'ai levé la tête vers lui sans vraiment comprendre où il voulait en venir, lui me regardait avec un sourire en coin.

- Pardon ? Lui ai-je demandé tout en penchant la tête sur le côté, de quoi tu parles ?

Il a laissé échapper un rire discret tout en faisant tourner son arme dans ses mains.

- Je te demandais si tu allais vraiment partir toute seule comme tu l'avais dis si je ne t'avais pas suivie dans l'escalier.

- Oh ça ! Me suis-je exclamée, comprenant enfin ce dont il me parlait, je ne sais pas… peut-être…

Il a gardé le silence pendant quelques instants, on pouvait toujours entendre les hurlements atrocement aigus venir d'en dessous de nous. Je n'avais qu'une seule envie, et c'était une chose complètement idiote, mais je voulais m'accroupir en me bouchant les oreilles et attendre que tout se termine, comme un petit enfant perdu et apeuré. Le néon qui éclairait la cabine s'allumait et s'éteignait par intermittence, mais les moments où il faisait noir étaient de plus en plus longs, alourdissant l'atmosphère déjà électrique. J'avais une boule d'angoisse qui me serrait la gorge, et j'étais sûre que j'aurais pu fondre en larmes si je me mettais à parler, alors je ne disais rien, j'attendais que notre ascension se termine et qu'on se retrouve enfin sur le toit. Mais je ne savais pas ce qu'on allait faire une fois là-haut, j'essayais désespérément de trouver une solution, mais mon cerveau tournait à vide, je ne savais pas comment on allait se sortir de là. Puis je me suis adressée à lui pour calmer mon angoisse et pour m'expliquer par la même occasion.

- En fait, ai-je repris, je serais sûrement partie seule, mais une fois le danger passé, je pense que je ne m'en serais pas aussi bien sortie sans toi… je serais déjà morte depuis longtemps sans ton aide…

Je lui ai lancé un regard de biais avant de continuer.

- Donc merci de m'avoir sauvé la vie… et d'être là, avec moi, ai-je conclu en évitant de le regarder dans les yeux tout en me triturant les doigts.

Je me sentais affreusement idiote et ridicule de lui faire une déclaration comme ça, mes joues chauffaient de plus en plus et j'étais sûre qu'à ce moment là je devais ressembler à une écrevisse. Ça sonnait comme une réplique d'un mauvais film, complètement kitsch… et idiot. Lui ne m'a pas tout de suite répondu, il se contentait de regarder devant lui, fixant sur le mur quelque chose que j'étais incapable de voir.

« Il s'est rendu compte que j'étais une dingue qui s'attache trop vite aux gens ! Il va m'envoyer balader et partir tout seul de son côté ! Merde, mais pourquoi est-ce qu'il faut toujours que je dise des choses sans réfléchir ! Je suis vraim… »

- … Moi aussi, a-t-il finalement dit dans un murmure, interrompant mon monologue moralisateur.

J'ai froncé les sourcils tout en me penchant vers lui pour lui faire comprendre que je n'avais rien entendu de ce qu'il venait de dire.

- Hm ?

Il a semblé se rendre compte du fait que j'étais ici avec lui.

- Je disais que moi aussi, je serais déjà mort sans ton aide, m'a-t-il dit en se tournant franchement vers moi, alors… Merci à toi aussi.

Je lui ai fais un sourire chaleureux en guise de remerciement. Puis la cage d'ascenseur s'est immobilisée dans un vacarme assourdissant et nous avons pu distinguer un couloir à l'allure sinistre derrière la grille qui nous en séparait. J'ai déglutis avec difficulté alors que mes mains se mettaient à trembler à nouveau. J'ai regardé Léon qui examinait toujours le couloir, s'assurant sûrement qu'il n'y avait aucun danger qui nous guettait. J'ai pris une longue inspiration avant d'expulser tout l'air lentement par la bouche pour tenter de me calmer.

- C'est ici que tout va se jouer, m'a dit mon compagnon en me regardant, prête ?

J'ai sorti mon arme et l'ai vérifiée rapidement avant de lui répondre en faisant claquer le chargeur alors que je le replaçais à l'intérieur.

- Oui ! Lui ai-je répondu tout en lui faisant un petit sourire de connivence.

Il m'a rendu mon sourire avant de se retourner vers la grille pour l'ouvrir. Un grincement aigu s'est échappé de celle-ci lorsqu'il l'a repliée… Un son beaucoup trop fort à mon goût, j'ai jeté un regard nerveux vers la droite puis vers la gauche. Mes prunelles ont accroché un escalier un peu plus loin qui montait vers nous, j'avais toujours l'impression que quelque chose se trouvait juste derrière nous, prêt à bondir. J'étais sûre de voir d'un moment à l'autre tous les gens que nous avions semés un peu plus tôt arriver en courant dans notre direction. Léon s'est avancé prudemment au milieu du couloir alors que je le collais de près. J'ai regardé un peu partout, au fond d'un couloir sur notre gauche se trouvait une porte métallique surmontée d'un petit panneau vert qui montrait un petit bonhomme qui montait un escalier. J'ai donné un coup de coude à mon compagnon afin d'attirer son attention. Quand il a posé ses yeux sur moi, je lui ai fais un petit signe du menton vers ce que je pensais être la sortie de secours. Il a suivit mon geste et a vu la porte, il a ensuite hoché la tête avant de se diriger vers celle-ci d'un pas précautionneux. Je l'ai suivit, aux aguets, l'arme pointée vers l'avant… j'avais un mauvais pressentiment. J'ai voulu me tourner vers Léon pour lui faire part de mes inquiétudes mais un bruit de course s'est fait entendre tout près de nous. Je me suis tournée dans la direction des bruits tout en pointant mon arme dans cette même direction… rien.

« Je n'ai pas rêvé ! J'ai bien entendu quelque chose ! »

Mais un cri atrocement proche a retenti, j'avais l'impression que la personne qui criait se trouvait tout près de mon oreille, mais il n'y avait rien. J'ai regardé vers mon compagnon, il pointait lui aussi son arme dans une direction opposée, appuyant son dos contre le mien. Mais plusieurs gouttes me sont tombées dessus. J'ai posé ma main sur l'une d'elle avant de la ramener vers mon visage afin de distinguer ce qui me tombait dessus.

« C'est sûrement de l'eau… »

Mais je me suis figée quand j'ai vu la couleur sombre du liquide… c'était du sang. J'ai levé la tête avec lenteur tout en récitant toutes les supplications que je pouvais connaître dans ma tête, priant pour qu'il n'y ait rien au dessus de moi. Du noir, c'était là tout ce que j'arrivais à apercevoir. Il faisait trop sombre et le plafond était trop haut pour que je puisse voir qui que se soit. J'ai poussé un discret soupir de soulagement tout en revenant au couloir en face de moi. Il n'y avait peut-être rien au dessus de moi, mais quelque chose avait bien crié et était donc ici avec nous. Léon m'a jeté un regard par-dessus son épaule et je me suis tournée vers lui pour lui montrer que tout allait bien. Mais un poids m'est tombé sur les épaules.

- LOUP ! a crié mon compagnon tout en se précipitant vers moi.

J'ai poussé un cri tout en m'écrasant au sol, cri qui s'est perdu dans celui aigu de mon agresseur. Quand je me suis tournée vers lui, j'ai reconnu ces longs cheveux emmêlés et ce sourire ouvert sur une rangée de dents acérées… l'enfant que Léon recherchait était là, au dessus de moi. J'ai poussé un nouveau cri tout en me débattant avec fureur. Il s'est jeté sur moi en ouvrant la bouche, les dents en avant, je l'ai attrapé à la gorge afin de le tenir éloigné alors que ses petites mains se mettaient à me griffer le bras avec des gestes frénétiques. Je l'ai envoyé valser contre un mur et je me suis relevée rapidement, pointant mon arme vers l'endroit où il se trouvait, mais il n'y avait plus rien. J'ai reculé pour me rapprocher de Léon.

- Ça va ? M'a-t-il demandé en m'attrapant par le bras.

J'ai hoché la tête avec raideur, encore sonnée par la violence de l'attaque. Mais cette fois, j'ai été attaquée par derrière, deux petits bras sont passés de part et d'autre de ma tête et se sont refermés sur moi. Quand j'ai senti ses dents contre ma peau, j'ai poussé un hurlement suraigu tout en me débattant. Léon a tiré et a attrapé l'enfant afin de l'éloigner de moi, il poussait toujours des cris, puis j'ai entendu un nouveau coup de feu suivit d'un bruit de chute. Des bruits de pas ont retenti puis plus rien. Moi j'étais tombée à genoux en laissant échapper des sanglots incontrôlables. Je manquais d'air, j'avais le tournis et l'impression que j'allais vomir mes tripes dans la seconde. J'ai entendu Léon s'approcher pour s'accroupir devant moi.

- Il m'a mordue ! Lui ai-je crié tout en pressant ma main sur l'endroit où j'avais senti ses dents, il m'a mordue !

- Non, il ne t'a pas mordue ! M'a dit Léon tout en se rapprochant de moi, tu m'entends ?

- Il m'a mordue ! Ai-je continué, incapable de comprendre, ou bien d'écouter ce qu'il était en train de me dire, Il m'a mor…

- Il ne t'a pas mordue ! M'a-t-il interrompue en me saisissant par les épaules pour attirer mon attention, son ton devenant plus dur, regarde-moi !

J'ai levé les yeux vers lui avec lenteur, refusant toujours de croire que j'allais pouvoir m'en sortir.

- Tu n'as pas été mordue, a-t-il répété doucement, d'accord ?

- Mais…, ai-je commencé, sans savoir comment continuer, la main toujours pressée sur ma peau.

Il m'a attrapé le poignet pour que j'enlève ma main afin de voir si, oui ou non, j'avais été blessée. J'ai retiré mes doigts de mon épiderme et mon compagnon a examiné mon cou avec attention, passant sa main dessus et me faisait frissonner par la même occasion.

- Tu n'as rien, a-t-il finalement dit tout en me faisant un sourire encourageant, tout va bien.

J'ai fermé les yeux, tentant d'endiguer le flot de larmes qui m'avait submergé. Le bras de mon compagnon est passé autour de mes épaules et il m'a tirée vers lui. Je me suis retrouvée le front appuyé contre son épaule.

- Tu ne deviendras pas comme eux, m'a-t-il murmuré d'une voix douce, je te le promets.

Au début je suis restée raide comme un piquet contre lui, mais au fur et à mesure, je me suis détendue. J'ai attrapé son T-shirt de la main gauche et l'ai serrée, m'accrochant à lui de toutes mes forces et j'ai fondu en larmes. J'ai laissé sortir toute ma peine et ma rage, tout le désespoir qui m'habitait ainsi que ma rancœur et mes doutes. C'était vrai, une question me taraudait tout le temps, une fois sortie de ce cauchemar… Qu'est-ce que j'allais devenir ? Où est-ce que j'irais ? Je n'avais plus personne… plus rien à quoi me raccrocher pour tenir. J'avais désespérément besoin que quelqu'un me rassure et me dise que tout allait bien se passer. Et voilà que cet homme que je ne connaissais que depuis quelques heures me prenait dans ses bras et me disait ce que je voulais entendre… J'avais besoin de lui, de sa présence, de sa force, je voulais qu'il reste ici avec moi. Qu'il ne m'abandonne jamais… Je me sentais si inutile et faible, j'avais l'impression d'être la fille pas moche mais pas super intelligente qui ne sert qu'à se faire attaquer dans un film d'horreur quelconque. Quelques minutes plus tard, je me suis forcée au calme et me suis éloignée de Léon, le regard vissé au sol.

J'avais honte de mon accès de faiblesse, et je savais que si je levais les yeux, je serais incapable de soutenir son regard. J'ai reniflé bruyamment avant de me redresser complètement, agrandissant la distance entre nous. Je voyais un peu flou et mes yeux étaient gonflés, chose due au fait que je venais de tremper son T-shirt en larmoyant comme une madeleine, mais pour le reste, je me sentais étrangement bien. Je m'étais vidée de toute cette tension et de cette angoisse constante en laissant libre cours à mes larmes et à ma colère. Je me sentais si légère, plus rien ne tirait mon humeur vers le bas.

- Ça va mieux maintenant, non ? M'a demandé Léon, un sourire dans la voix.

Etonnée, je me suis tournée vers lui en fronçant les sourcils mais le sourire aux lèvres.

- Comment ? Me suis-je contentée de dire, j'étais incapable d'exprimer ce que je ressentais, comment est-ce que… ? Oui… ça va… bien mieux…

Il m'a sourit franchement, déclenchant en moi une sensation de chaleur que je n'arrivais pas à identifier. Je me suis détournée quand j'ai senti cette chaleur se faire de plus en plus présente au niveau de mes joues.

- Pourquoi ? A continué mon compagnon, je ne sais pas, l'humain est ainsi fait et je serais bien incapable de te l'expliquer. La seule chose dont je suis sûr, c'est que quelque fois, vider son sac et se laisser aller ça ne peut faire que du bien…

J'ai hoché la tête tout en me mordant la lèvre, un tic nerveux que j'avais hérité de ma mère. A chaque fois que quelque chose me gênais, je me mordais la lèvre inférieure. Et les gens qui me connaissaient bien le remarquaient très vite, ce qui faisait que je ne pouvais plus mentir en toute tranquillité sans me faire fliquer à cause de ces foutus gênes. Mais à ce moment là, je ne voyais pas trop ce qui avait pu le déclencher, l'enfant ? Cet endroit ?… Léon ? Non ! Qu'est-ce qui aurait bien pu me gêner de ce côté-là ? Ce mec était la personne la plus gentille que j'avais rencontrée dans cet enfer… même si parfois son caractère de merde étais plus qu'horripilant et que ça me donnait envie de lui arracher la tête, mais bon, il fallait que je fasse avec. Et puis, il me protégeait sans cesse du danger, ce détail m'a rappelé la façon dont il m'avait appelée quand je m'étais faite attaquer…

« Loup ! »

J'ai poussé un soupir tout en me passant une main sur le visage. Mais je me suis figée dans mon geste… minute…

« Loup !… Mais oui, les loups ! »

J'ai laissé échapper une exclamation atterrée alors que je me relevais pour me diriger vers la cage d'escalier qui descendait. Merde ! Je les avais complètement oubliés ! Oh non ! Ils étaient restés en bas avec tous ces gens monstrueux !

« Par pitié, faites qu'ils ne se soient pas fait attraper puis dévorer par ces créatures ! »

Une boule d'angoisse énorme venait de prendre forme dans ma gorge, rendant ma respiration irrégulière. J'ai presque couru mais une poigne de fer m'a clouée sur place en m'attrapant un poignet pour me retourner.

- Qu'est-ce qui te prends encore ? M'a lancé Léon d'une voix énervée.

- Il faut que je redescende ! Lui ai-je presque crié tout en cherchant à échapper à ses doigts, laisse-moi !

Il a serré plus fort, me faisant mal. J'ai poussé un gémissement de douleur.

- Tu ne vas nulle part ! A-t-il tonné d'une voix forte, c'était toi qui voulais qu'on monte, alors maintenant qu'on y est, on y reste !

- IL FAUT QUE JE DESCENDE ! Ai-je crié en tirant de plus en plus fort sur mon bras.

- C'EST DU SUICIDE ! M'a-t-il répondu en m'attirant à lui pour me saisir par les bras, tu veux mourir ?

Un sanglot m'a échappé alors que je baissais la tête.

- Mais il faut que je les aide ! Ai-je dis, me parlant plus à moi-même qu'à lui.

- Qui ? S'est-il enquit, le ton moins dur qu'avant, de qui est-ce que tu es en train de me parler ? Qui est-ce que tu dois aider ?

- Les loups…

- Des loups ? A-t-il répété afin de s'assurer qu'il m'avait bien comprise.

J'ai hoché la tête machinalement alors que mon esprit était déjà plongé dans des scénarios plus horribles les uns que les autres. Je me voyais déjà face à leurs cadavres à moitié dévorés, ou pire… face à eux, transformés par le virus qui ravageait la ville entière. Je n'aurais pas eu la force de me battre contre eux…

- Ecoutes, a continué mon compagnon, ce sont des animaux sauvages, et les animaux ont un instinct de survie très développé par rapport au nôtre. Ils sont sûrement vivants, mais là, il faut que nous ont sorte d'ici vivants. D'accord ?

- Mais si jamais…

- Ils sont déjà dehors, j'en suis sûr, m'a coupé Léon en haussant un peu la voix, énervé par ma ténacité, alors maintenant, on va y aller.

Je lui ai lancé un regard incertain avant d'avancer d'un pas vers lui, vers la sortie. Il m'a souri et s'est tourné vers la porte. Je l'ai suivi sans rien dire, plus angoissée que jamais, j'avais réussi à taire mes inquiétudes, mais dans ma tête, Davran et Lodos étaient sûrement aux prises avec les gens de tout à l'heure. Je mourais d'envie de tout balancer et de redescendre pour aller les chercher, même si ça voulait dire me séparer de Léon, ma seule chance de survie. Je me suis stoppée derrière lui quand il s'est placé près de la porte alors que dans mon esprit commençait à germer un plan pour lui échapper. J'étais sur le point de le mettre à l'œuvre quand quelque chose de froid s'est refermé sur mon poignet droit. J'ai poussé un cri tout en faisant un bond vers l'arrière, mais ce qui me tenait m'empêchait de m'éloigner. Quand j'ai regardé ce que c'était, j'ai pu apercevoir un bracelet en fer qui m'enserrait le poignet, relié par une chaîne à un autre bracelet, mais qui n'était pas accroché à moi. Il était autour du poignet gauche de Léon. J'ai levé les yeux vers lui alors qu'une colère phénoménale m'envahissait, prenant de plus en plus d'ampleur à chaque seconde. Lui me regardait avec un petit sourire victorieux.

- C'est quoi ces conneries ? Me suis-je exclamée tout en agitant mon poignet devant ses yeux, pourquoi tu nous as menottés ?

Son sourire s'est élargit alors qu'il croisait les bras, m'obligeant ainsi à lever le bras et à me rapprocher de lui pour suivre le mouvement.

- Ça, a-t-il dit calmement, c'est pour t'empêcher de faire une connerie justement.

- Pardon ? Lui ai-je répondu, priant pour que mon incrédulité feinte soit crédible, mais je n'allais pas faire de connerie !

Il a soupiré, le sourire toujours aux lèvres, sans doute amusé par ma mauvaise foi. Mais pas dupe.

- Franchement, ça me vexe que tu me prennes pour un idiot, m'a-t-il lancé d'une voix faussement chagrine.

J'ai lâché un grognement tout en secouant la tête, énervée.

- Bon d'accord, mais des menottes ? Tu veux qu'on se fasse tuer ou quoi ?

- Ça fera travailler notre esprit d'équipe, a-t-il répondu tout en haussant négligemment les épaules.

J'aurais pu lui balancer mon poing dans la figure. Comment faisait-il pour faire preuve d'une telle légèreté alors que des monstres nous couraient après et qu'on risquait notre peau à chaque seconde ? Après quelques instants plongés dans un silence buté, j'ai cédé à ma curiosité.

- D'où tu les sors ? Lui ai-je demandé tout en testant la solidité de la chaîne en tirant dessus, histoire de voir si j'arrivais à me libérer pour lui fausser compagnie.

Lui qui avait décroché de la conversation pour se concentrer sur la porte et comment l'ouvrir, s'est retourné vers moi.

- Quoi ? M'a-t-il lancé tout en haussant les sourcils.

J'ai levé mon poignet, lui faisant lever le bras avec moi, et l'ai secoué.

- Ça ! Lui ai-je lancé d'une voix sèche.

- Je l'ai pris à un policier de la ville, m'a-t-il répondu avec désinvolture, comme si ce n'était pas bien grave.

- Tu… quoi ? Me suis-je écriée, choquée par son acte, mais c'est illégal ça !

- Crois moi, m'a-t-il dit en levant sa main droite dans un signe d'apaisement, vu son état, il n'en aurait plus eu un grand besoin.

Je me suis tue, me rendant compte que cet homme était sûrement devenu un monstre lui aussi. Mais quand je me suis mise à réfléchir à quand est-ce qu'il avait bien pu les prendre, je me suis aperçue d'une chose. Un horrible doute m'a assaillie…

- Par pitié, lui ai-je lancé d'une voix blanche, dit moi que tu as les clés !

Il a laissé échapper un rire nerveux avant de me faire un sourire navré.

- Non…

« Oh gé-nial ! »

J'ai plongé mon visage contre ma main libre tout en poussant un soupir désespéré qui s'est transformé en grognement de colère.

- De mieux en mieux ! Ai-je dis d'une voix tendue, et comment on va faire pour se détacher maintenant que monsieur à eu la super idée de nous menotter ensemble ?

Il a haussé un sourcil, et c'est sans se départir de son sourire idiot qu'il s'est à nouveau tourné vers la porte.

- Oh allez, m'a-t-il lancé, c'est pas si grave ! Du moins, pour l'instant… On improvisera quand on voudra se détacher…

- Ouais, lui ai-je répondu, sarcastique, et si l'un d'entre nous se casse la gueule, l'autre fait un plongeon avec ! – j'ai secoué mon poignet, faisant tinter la chaîne – On va se faire choper en trois secondes à cause de ça ! – j'ai fais mine de trouver la situation particulièrement drôle – Ha ! Et ça se dit agent du gouvernement !

Il n'a pas relevé mon reproche, se bornant à secouer la tête négligemment.

- Mais non ! Fais-moi un peu confiance ! M'a-t-il finalement dit dans un soupir agacé, et pour ce qui est des chutes, on va essayer de faire travailler ton sens de l'équilibre !

Il avait fini sa phrase, son ton devenant de plus en plus moqueur. J'ai eu une exclamation indignée avant de lui asséner une claque sur l'arrière du crâne.

- Je ne te permets pas ! Lui ai-je dis d'une voix énervée, mon sens de l'équilibre est très bien !

Il s'est massé l'arrière du crâne, me lançant un regard noir et marmonnant des paroles incompréhensibles avant de dire un ton plus haut :

- Si on peut même plus rigoler…

Puis il s'est tu, se concentrant sur la porte. Peu après, il s'est écarté et a sorti un trousseau rempli de sortes d'objets métalliques en tous genres. J'ai froncé les sourcils, je ne comprenais plus rien là.

- Qu'est-ce que tu fais ? lui ai-je dis, incrédule.

Il a soupiré et s'est tourné vers moi lentement.

- Comme tu peux le voir, je suis en train de crocheter la serrure.

- Mais… on peut pas la défoncer comme les autres ?

Il a inspiré un grand coup avant de se relever pour me faire face. Il m'a fait un sourire crispé avant de taper du poing sur la porte, faisant un bruit sourd et métallique.

- Elle est en métal, m'a-t-il répondu d'une voix agacée et ironique, alors à moins que tu sois capable de casser une plaque métallique d'au moins cinq centimètres d'épaisseur d'un coup de pied, je ne vois pas trop comment faire pour l'ouvrir. T'as une autre idée ?

Je me suis tue, me retenant de lui faire ravaler ses moqueries à grands coups de massue. Il s'est agenouillé devant la serrure et a choisi une tige en métal et une sorte de crochet qu'il a introduit dedans. Il a bougé les deux objets doucement jusqu'à ce qu'un déclic se fasse entendre. La voie était libre et la porte ouverte.