Heya ^^
Voilà la suite ;)
Et un très grand merci à toi Juls pour avoir pris le temps de me laisser cette petite review (le fait que mon histoire te plaise, ne serait-ce qu'un tout petit peu, me fait très plaisir :D). Et aussi pour te répondre, beaucoup de mes amies m'ont aussi fait le reproche de faire de trop gros paragraphes, ce qui alourdit beaucoup l'histoire .' *vraiment navrée*, j'essayerais de faire une présentation plus aérée à l'avenir xD. Mais (et j'ai vraiment honte de l'avouer) je ne sais pas vraiment comment m'y prendre pour découper tout en paragraphes homogènes, je demanderais à des amies de m'expliquer ^^ par contre le changement ne sera pas pour demain malheureusement : donc j'espère vraiment que ça ne te gênera pas trop de devoir lire mon gros bloc d'écriture .
Donc voilà la suite de ma fiction, en espérant qu'elle plaira :)
...
Le lendemain, je me suis réveillée doucement, un rayon de soleil passant par la lucarne frappait mes yeux de sa lumière aveuglante. Avec un grognement sourd, je me suis retournée pour me pelotonner contre la source de chaleur la plus proche de moi. Mais après quelques minutes de calme, plusieurs bruits se sont fait entendre dans la grange, signe que tout le monde s'activait. Je me suis redressée sur un coude avec difficulté, quelque chose de lourd et chaud passant dans mon dos et m'empêchant de m'asseoir correctement. J'ai ouvert les yeux pour me retrouver tout près de Léon. J'étais à moitié posée sur lui, la tête sur son torse, et un de ses bras était enroulé autour de ma taille. Je suis restée sans voix pendant quelques instants, ébahie par la situation dans laquelle je me trouvais. J'avais très chaud tout d'un coup, et mon visage devait sûrement être d'un rouge soutenu. Et c'est en retenant presque ma respiration que j'ai essayé de me débarrasser de son bras qui m'emprisonnait. Pendant un moment, j'avais cru l'avoir réveillé, mais il n'avait fait que pousser un profond soupir en bougeant un peu pour trouver une position plus confortable. Une fois debout, je me suis dirigée avec lenteur vers les autres pour ne pas le réveiller. La femme du médecin était déjà debout, ainsi qu'Elena et Lincoln. J'ai eu droit à un sourire éblouissant de la part de la jeune fille et à une tape affectueuse sur la tête par Lincoln. Elle était en train de manger, assise à une table faite de planches qui devaient sûrement venir du bâtiment lui-même.
- Salut !
Je lui ai répondu d'un hochement de tête en frottant mes yeux gonflés par le sommeil. Elle a eu un rire avant de me tendre la boîte de conserve qu'elle avait dans les mains tandis que je m'asseyais lourdement en face d'elle.
- Poires au sirop, a-t-elle précisé en voyant mon air interrogateur, sers-toi si tu en veux.
J'ai attrapé un morceau de fruit tout en la remerciant. Et avec une avidité presque animale, je me suis littéralement jetée dessus. Le jus sucré de la poire a envahit mon palais alors que j'avalais le morceau presque entier en laissant échapper un soupir d'aise. J'avais l'impression de ne plus avoir mangé de chose sucrée depuis une éternité. Elle m'en a redonné autant de fois que je voulais en me faisant des sourires complices en mangeant elle aussi. Puis Greg est arrivé, accompagné de Jessica. Ils se sont tous les deux assis après avoir ouvert une autre boîte de conserve.
- Bien dormi ? M'a demandé Greg dans un bâillement.
- Plutôt bien, oui, lui ai-je répondu avec un sourire tout en reprenant un morceau de poire.
J'avais presque l'impression d'être retournée en arrière, avec Alice et Jordan. J'ai senti ma bonne humeur retomber à ce souvenir alors que Léon nous rejoignait. Il avait l'air parfaitement éveillé, frais et dispo. J'ai retenu un sourire lorsque j'ai entendu Greg murmurer à Elena un « Mais comment il fait ? » incrédule, chose à laquelle elle a répondu par un haussement d'épaule. La femme du médecin est finalement allée s'asseoir avec nous, accompagnée de son fils, toujours endormit dans ses bras. Elle m'a saluée avec chaleur avant de s'asseoir en bout de table, à ma gauche. Ses longs cheveux bruns étaient attachés en une queue de cheval lâche qui laissait échapper quelques mèches rebelles. Elle avait assit Sébastien sur ses genoux pour lui donner à manger.
- Merci pour hier soir, a-t-elle dit en me souriant.
J'ai mis quelques minutes à me rendre compte de ce dont elle me parlait. Je lui ai fait un sourire que j'espérais être suffisant comme réponse. Je n'avais aucune idée de ce qu'il fallait que je dise.
- J'ai… réagis instinctivement, ai-je finalement lâché en fixant mon regard sur les planches grossières de la table, j'avais une sœur qui dormait mal la nuit quand elle était petite, et je lui chantais cette berceuse pour la calmer…
Le cœur lourd, j'ai relevé les yeux vers elle alors qu'une main douce et réconfortante venait de se poser sur mon bras.
- Ça m'a beaucoup aidée en tout cas, a-t-elle dit en lançant un regard protecteur à son fils avant de me sourire à nouveau, c'était une très jolie chanson.
- Merci…
Après ça, j'ai été accaparée par Elena qui semblait vouloir me faire un inventaire détaillé de tout ce qui se trouvait dans cette grange qui, maintenant que j'en connaissais un peu plus, prenait plus des allures de forteresse qu'autre chose.
- Mais d'où est-ce que vous sortez tout ça ? ai-je demandé à Georges qui faisait face à Elena autour de la table, comment avez-vous fait pour rassembler autant de vivres en si peu de temps ?
- Les gens qui vivaient ici s'étaient fait des réserves pour des années, m'a-t-il dit alors qu'il se saisissait d'une boîte pour se servir.
- A croire qu'ils avaient déjà prévu cette épidémie, a lancé Lincoln en donnant un léger coup de coude à Léon tout en laissant échapper un rire, ou ils étaient de vrais paranos.
Ce dernier n'a pas répondu, il lui a renvoyé son sourire avant de s'étirer, faisant au passage craquer quelques-uns de ses os. J'ai retenu une grimace en entendant les craquements. Je n'étais pas de nature fragile, je faisais moi aussi craquer mes jointures de temps en temps, mais j'avais horreur d'entendre ces bruits provoqués par quelqu'un d'autre. J'avais toujours l'impression que cette personne se cassait quelque chose. J'ai sursauté assez violemment lorsque son genou a heurté le mien, faisant décamper Max qui trainait dans nos jambes sous la table. J'ai rivé mon regard à mes mains en sentant le poids de son regard sur moi.
Quand on est arrivés ici, il y avait déjà tout ça, a continué Georges alors que je relevais les yeux pour les fixer sur lui, tout ce qu'on a ramené de l'extérieur ce sont les médicaments, les couvertures et les vêtements. Mais aujourd'hui il va falloir qu'on fasse une petite excursion dans le centre ville pour ramener d'autres médicaments et pour essayer de trouver de l'essence pour la voiture sinon on ne va plus tenir longtemps comme ça.
Les loups étaient couchés derrière le banc sur lequel j'étais assise. On les avait laissés sortir pour qu'ils puissent chasser et se nourrir un peu plus tôt. Tout le temps où ils étaient dehors, je l'avais passé à les guetter par la meurtrière qu'ils avaient aménagée dans l'un des murs. Maintenant ils étaient là, repus et en pleine santé. Max essayait de jouer avec Davran en lui mordillant l'oreille alors que ce dernier l'ignorait superbement, avant que le petit ne finisse par se blottir contre son pelage chaud. Plus tard, quand tous le monde avait fini de manger, nous nous étions tous rassemblés devant Georges qui nous expliquait la teneur de notre sortie en ville. Je m'étais assise sur la table, le banc ayant été poussé dessous pour faire de la place.
- On va faire deux groupes d'au moins trois personnes, nous a-t-il dit en étalant un plan de la ville sur la table à ma droite, il va falloir être très prudents. L'un des groupe va aller à une pharmacie pour prendre le plus de médicaments possibles avant de revenir en vitesse, l'autre ira chercher des vêtements plus chauds dans un magasin.
Lincoln, qui était en train d'aiguiser des couteaux de chasse tout en écoutant, s'est avancé pour les distribuer à quelques personnes. J'ai eu droit à un couteau fin et droit au tranchant effilé et dont le poids ne me gênait pas pour le brandir.
- Je vais juste vous rappeler une chose primordiale : si vous pouvez éviter la confrontation, fuyez, économisez vos balles parce que ça aussi on va en manquer bientôt, a continué Georges en nous regardant tour à tour.
- Visez la tête, a enchaîné Léon en vérifiant son arme d'un œil professionnel, c'est la seule chose qui les neutralisera pour de bon. Tirer dans le cœur ne sert strictement à rien, ce sont des cadavres ambulants, ils continueront d'avancer pour vous attaquer si vous ne réduisez pas leurs cerveaux en charpie.
Elena, qui était appuyée à la table à côté de moi, a eu une moue dégoûtée avant de placer une main devant sa bouche.
- Vous risquez de croiser des gens que vous avez connu de leur vivant, a dit mon compagnon en coulant un regard vers moi, surtout, n'hésitez pas à tirer. Je sais que ça sera dur, mais si vous avez une seule seconde d'hésitation, vous prenez le risque de vous faire tuer. Vous, ainsi que tous les membres de votre équipe.
Tous ont acquiescé gravement avant de se séparer pour discuter des différentes choses qui allaient être mises en place en notre absence par ceux qui resteraient. J'ai jeté un regard vers Léon qui étudiait la carte avec Georges.
- Alors ? ai-je finalement demandé, je suis dans quelle équipe ?
Léon m'a regardée quelques instants avant de se concentrer à nouveau sur la carte.
- Tu ne vas nulle part, a-t-il lâché, tu restes ici.
Je me suis figée tout en tournant la tête vers lui, mes yeux lançant des éclairs.
- Pardon ? J'ai dû mal comprendre.
Il a soupiré avant de se redresser pour s'approcher de moi.
- Tu m'as très bien compris, a-t-il dit en croisant les bras alors que je me redressais de toute ma hauteur, toujours assise sur la table, tu ne viens pas avec nous en mission. C'est trop dangereux.
J'ai serré les poings de toutes mes forces alors que je sentais mon indignation grossir de plus en plus.
- Tu n'as pas d'ordres à me donner ! ai-je explosé en frappant du plat de la main sur la table, je suis tout à fait capable de me débrouiller là dehors !
- Arrête un peu ton numéro de petite dure, a-t-il répondu, un peu plus calme que moi, je ne serais pas là pour surveiller tes arrières là-bas, tu devras te débrouiller toute seule cette fois ! Et crois-moi que tes animaux ne te seront pas d'une grande utilité si jamais tu te fais coincer par quelque chose de plus gros que toi ! Ouvre un peu les yeux, nom de Dieu ! Tu n'as aucune chance là dehors !
J'ai eu envie de le gifler, mais au lieu de me laisser emporter par la colère comme l'autre fois, je me suis contentée de planter un doigt accusateur dans son torse.
- Je n'ai pas besoin de toi ! ai-je dis, ma voix montant d'une octave, je n'ai jamais eu besoin de toi pour m'en sortir ! J'ai toujours réussi à me débr…
- ÇA SUFFIT ! a-t-il tonné alors qu'il plaquait les deux mains de part et d'autre de moi sur la table, la faisant trembler et dérangeant plusieurs objets qui trônaient dessus.
Je me suis tue, brutalement calmée par son action et par la proximité inhabituelle de son corps. Il était presque contre moi, penché en avant, et je pouvais sentir son souffle balayer mon front tandis qu'il me lançait un regard scrutateur. J'ai soutenu son regard, voulant me montrer rebelle jusqu'au bout, même si ça voulait dire que j'allais me mettre Léon à dos.
- Tu reste ici, a-t-il finalement dit entre ses dents serrées, insistant encore plus sur le dernier mot, lui donnant une consonance définitive.
J'ai détourné les yeux la première en poussant un soupir énervé, mais je n'osais pas bouger. J'ai senti son regard sur moi pendant quelques secondes avant qu'il ne s'éloigne lentement pour se redresser. J'ai aperçu Georges qui m'a lancé un regard désolé avant de se détourner. Il régnait un silence de mort dans la grange, tous les regards étaient fixés sur nous. Finalement, il m'a tourné le dos avant de s'éloigner de quelques pas pour parler avec Georges.
- Vous resterez ici, vous aussi, lui a-t-il dit d'un ton sec, vous êtes blessé.
- Non, mon garçon, lui a répondu ce dernier tout en bombant machinalement le torse pour montrer qu'il allait bien, je viens avec, et pas de discussion possible.
Mon compagnon a cédé d'un hochement de tête raide, puis il s'est isolé pour se préparer. J'étais restée sur la table, indignée au plus haut point. Mais pour qui est-ce qu'il se prenait cet imbécile ! Il n'avait pas d'ordres à me donner ! Un peu plus tard, Elena s'est approchée de moi doucement tout en posant une main sur mon épaule.
- Ça ira, m'a-t-elle dit en me faisant un faible sourire, on va mettre de nouvelles défenses en place et renforcer la grange en leur absence.
Je lui ai fait un sourire en réponse, même si je n'étais pas vraiment très heureuse de l'issue de ma conversation avec Léon. Je n'avais aucune raison de faire passer ma colère sur elle. Puis quelques heures plus tard, ils étaient tous fins prêts. Ils avaient formé les deux équipes de trois personnes : Léon, Greg, Lincoln d'un côté, et Georges, James, et Liam de l'autre.
J'étais restée dans mon coin, appuyée contre le mur du fond, je les regardais finir de se préparer et vérifier leurs munitions avec une impression de rejet et de trahison grandissante en moi. J'en voulais à mort à Léon pour m'avoir mise de côté comme une gamine encombrante et inconsciente. Je savais très bien me défendre toute seule, et j'étais sûre que mon compagnon en était lui aussi conscient… alors pourquoi ?
Du coin de l'œil, je pouvais voir Sarah, la femme du médecin, parler à voix basse avec son mari. Sébastien s'était mis à pleurer en silence tout en s'accrochant avec force aux jambes de son père, refusant obstinément de le lâcher. Il avait peur… peur que son père ne revienne jamais.
J'ai senti ma gorge se serrer alors que je prenais soudainement conscience du fait qu'ils ne sortaient pas faire une promenade quelconque, qu'ils risquaient de mourir à tout moment. Peut-être que l'un d'entre eux ne reviendrait pas de cette sortie. J'ai cherché Léon du regard, essayant de me rassurer en me disant qu'ils allaient sortir avec un agent entraîné qui allait les protéger du mieux qu'il le pouvait. J'ai eu un moment de panique quand je ne l'ai pas trouvé parmi le groupe rassemblé devant les portes. Il était déjà sorti ? Je me suis redressée, devenue aussi raide qu'un bout de bois, tout en m'approchant le plus calmement possible.
Je les ai tous regardés, voulant graver leurs visages dans ma mémoire pour ne jamais les oublier. Elena discutait avec Greg, elle était anxieuse, sa main frêle serrait celle du jeune homme avec force tout en tremblant légèrement. Lincoln essayait de rassurer son père en tapotant maladroitement son dos. Toutes les familles étaient à peu près réunies, Elena est allée serrer James dans ses bras et Christopher le regardait avec une sorte d'admiration qui m'a donné envie de le frapper. Il ne partait pas accomplir une mission glorieuse d'où il ne risquait que de sortir avec quelques blessures. Non. Si jamais il se faisait blesser, l'odeur du sang attirerait tous les charognards du coin qui se précipiteraient pour le dévorer. Jessica les regardait elle aussi de loin, assise dos contre le mur où je m'étais appuyée, elle semblait perdue dans la contemplation de ses amis. Elle aussi devait avoir peur pour eux. Personne n'était épargné. Quand Léon est finalement entré dans mon champ de vision, toutes les émotions qui me traversaient à ce moment là ont empiré. Je me suis arrêtée alors que ma respiration devenait lourde. Je m'étais attendue à ce que tout aille mieux en le voyant, mais il n'en était rien… parce que je risquais de le perdre lui aussi, tout comme ma famille.
« Je ne vais quand même pas me mettre à pleurer ! »
J'ai respiré le plus lentement possible tout en m'approchant de lui. Quand il a remarqué ma présence, il m'a lancé un regard de biais, voulant sûrement vérifier si je lui en voulais toujours. Je n'arrivais pas à parler, j'avais la gorge tellement serrée que je n'aurais sûrement pas réussi à articuler un mot. Je me suis appuyée au mur juste à côté de lui. Il finissait de se préparer, alors je suis restée silencieuse. Sa présence à quelques pas de moi me suffisait. Maintenant que l'ampleur des risques encourus me sautait au visage, j'avais beaucoup plus de mal à en vouloir à Léon. Il voulait que tout le monde sorte vivant de cet enfer, et il allait sûrement donner tout ce qu'il avait pour protéger les autres. Je lui jetais des regards furtifs, essayant de ne pas me faire remarquer tout en regardant de temps à autre les autres qui se tenaient devant moi. J'ai aperçu Elena qui s'approchait de moi à pas lents, son teint était plus blanc que d'habitude, lui donnant l'air maladif. Elle avait l'air tellement vulnérable à cet instant… comme si elle allait se briser si quelqu'un la brusquait. Puis Léon s'est redressé avant de commencer à s'avancer vers les portes, accompagné des autres. C'est à cet instant que j'ai senti quelque chose en moi se briser. Je ne savais pas quoi, mais une vague d'angoisse m'a submergée.
- Léon, l'ai-je appelé d'une voix étranglée tout en saisissant son T-Shirt pour le retenir.
Il s'est retourné vers moi, l'air intrigué alors que les autres s'éloignaient. J'avais les yeux vissés au sol, je me sentais incapable de croiser son regard. Je suis restée là quelques secondes à essayer de trouver quoi lui dire, sans vraiment trouver, puis je me suis finalement décidée à le regarder en face. Et à cet instant, j'ai fini par comprendre. En un simple regard, j'ai compris qu'il était tout aussi soulagé que moi de mon intervention, qu'il ne voulait pas partir sans savoir notre différent réglé.
- Sois prudent, ai-je lâché dans un souffle.
Il m'a sourit tout en hochant légèrement la tête, puis j'ai lâché son vêtement alors qu'il s'éloignait pour rejoindre les hommes sur le seuil.
- Tout ira bien, a murmuré la voix grave de Jessica derrière moi tandis qu'une main ferme se posait dans mon dos, ils vont tous revenir, comme d'habitude.
J'ai acquiescé en silence tout en gardant les yeux fixés sur le dos de mon compagnon jusqu'à ce que les portes se referment sur eux. Une fois le bruit du moteur de la voiture éloigné, nous nous sommes tous rassemblés pour faire le programme de la journée. Elena restait collée à moi, comme si elle voulait faire le plus de choses possibles pour éviter de penser aux autres là dehors. Je la comprenais. Pour la première fois de ma vie, j'étais nerveuse. Je ne m'étais pas attendue à me sentir aussi inquiète pour Léon, mais c'était un fait, et je n'y pouvais strictement rien.
- Bon, a dit Sarah alors que nous nous étions tous regroupés autour de la table, on va renforcer les parties fragilisées avec les planches que nous avons stockées au fond.
- Il faudrait que quelqu'un fasse un tour du bâtiment à l'extérieur pour dire quels endroits sont plus fragiles que d'autres, a fait remarquer Jessica qui était assise à ma gauche, parce que les attaques qu'on a essuyées la semaine dernière n'ont pas été très tendres avec les murs.
Je lui ai rendu son sourire tout en hochant la tête.
- Je veux bien m'en charger, ai-je dis en posant mon regard sur Sarah qui donnait à manger à un Sébastien récalcitrant, si personne d'autre ne veut le faire, bien sûr.
J'ai senti la main d'Elena qui était posée sur mon épaule se crisper, je me suis tournée vers elle pour lui faire un sourire rassurant.
- Je ne risquerais rien, lui ai-je assuré, et puis si jamais un problème se pointe, vous serez là pour couvrir mes arrières.
Sarah semblait peser le pour et le contre tout en fixant les portes d'un air pensif tandis qu'Henry faisait les cent pas en lançant de fréquents regards vers la meurtrière aménagée. Il était inquiet pour son fils. Tout le monde l'était. Elena se rongeait les ongles, presque jusqu'au sang alors que sa main restait fermement accrochée à moi. J'ai posé ma main sur la sienne avec douceur, pour ne pas la faire sursauter.
- Ça va aller, je ne vais pas non plus me jeter dans une fosse remplie de serpents sans espoir de survie, lui glissai-je dans un sourire qu'elle a essayé de me rendre sans grand succès, et les loups seront là.
Ce dernier argument l'a fait tourner les yeux vers les deux animaux qui attendaient devant les portes, visiblement envieux de faire un tour à l'extérieur pour se dégourdir les jambes et chasser par la même occasion.
- Bon…, a-t-elle fini par laisser échapper d'une petite voix, d'accord, mais sois prudente, ok ?
J'ai hoché la tête doucement, ne voulant pas la surprendre par mon envie un peu morbide de sortir de ce huis clos. J'avais besoin de bouger, de me dégourdir les jambes, et même si être dehors au milieu des ennemis tous plus horribles les uns que les autres me faisait aussi peur qu'à elle. Mais les loups seraient là avec moi, donc le danger serait moindre et vu que la grange était située dans une clairière j'aurais une vision dégagée du terrain et ne risquerais donc pas de me faire surprendre par un de ces monstres. J'ai ensuite poussé un léger soupir en me relevant pour préparer mes affaires. J'étais en train de vérifier mes réserves de chargeurs fraîchement renouvelées quand Sarah est venue me voir.
- Prends ça, m'a-t-elle dit en me tendant une veste élimée en cuir brun.
Je l'ai prise pour l'inspecter minutieusement. Le cuir était vieux et craquelé par endroits, mais il était toujours légèrement élastique et protégeait bien des chutes et dans mon cas : des morsures probables.
- Elle te protégera mieux que ton T-Shirt, a-t-elle continué en tentant un sourire qui s'est fâné de lui-même sur ses lèvres sèches, plus j'y pense, et moins j'ai confiance en mon choix, tu es vraiment sûre que ça va aller là dehors ?
- Tout ira bien, ai-je répété en lui hochant la tête pour donner plus de poids à mes paroles, les loups seront là et je sais me servir d'une arme.
Je pouvais voir à son front plissé par l'inquiétude qu'elle était toujours en train de peser son choix et d'essayer de trouver une raison suffisante pour annuler ce qu'elle avait lancé. Mais je n'allais pas lui en laisser le temps, j'ai posé une main sur son épaule avant de passer la veste et d'attacher mon couteau le long de mon mollet à l'aide de deux lanières de cuir. Je me suis ensuite dirigée rapidement vers les portes en caressant les loups au passage tandis qu'ils se mettaient à tourner en rond autour de moi en comprenant que j'allais leur ouvrir la porte. Davran est passé entre mes jambes, me faisant presque tomber, suivit de près par le chiot qui ne le lâchait plus d'une semelle tandis que Lodos grattait légèrement le bois de la porte pour signifier son besoin de sortir chasser et courir. Ils n'étaient pas faits pour rester cloîtrés dans une pièce à longueur de journée, et je commençais sérieusement à me demander s'il n'était pas plus judicieux de les laisser aller où ils voulaient puisqu'ils ne risquaient rien dehors.
J'ai attendu quelques secondes la main sur le battant de la porte, jetant un dernier regard vers Elena, Jessica et Sarah qui attendaient que je sorte pour refermer la porte derrière moi. Elena était plus blanche qu'un linge et semblait sur le point de faire un malaise, le visage de Jessica était marqué par l'inquiétude et Sarah avait l'air fatigué et résigné, son front barré prouvant qu'elle réfléchissait toujours à la situation actuelle. J'ai ensuite ouvert la porte après avoir fait un signe de tête accompagné d'un sourire en direction d'Elena.
