Hey ^^
Alors, voilà le nouveau chapitre qui est aussi une espèce de transition, puisque du temps est passé et qu'elle sort ici de son mutisme après plusieurs semaines. L'action devrait se situer plus dans les prochains chapitres ;)
Voilà,
Bizooo bavouzeu
Shauny.
...
L'hiver était bien entamé. Assise dos au mur, les jambes repliées sur mon buste, je fixais la neige virevolter au gré des vents forts depuis une meurtrière de l'étage, créant des nuages mouvants. Depuis quelques jours, je passais mon temps à fixer le paysage sous ma couverture, plongée dans mes souvenirs. Des souvenirs précieux où ma sœur n'était encore qu'une adolescente normale et jolie, et pas un monstre, des moments où ma famille entière avait été auprès de moi. Maintenant que je payais le prix de leur perte, je me rendais compte à quel point je n'avais pas chéris ces moments autant qu'il l'aurait fallu. Mon cœur s'est serré lorsque mon regard s'est posé sur la forêt. Les arbres nus ressemblaient à des silhouettes torturées pliées dans des angles étranges. Jamais je ne pourrais oublier ce jour.
Ma sœur était morte… et c'était de ma faute. Si seulement j'avais eu l'idée de vérifier leurs chambres avant de m'enfuir à toutes jambes pour me sauver de cet homme. Un frisson d'horreur m'a parcourue lorsqu'un terrible doute s'est insinué en moi. Jordan et Alice étaient peut-être encore en vie alors que j'étais passée dans le couloir pour aller vers la chambre de nos parents. Leur meurtrier avait sûrement été avec eux. Il n'y avait eu qu'une seule et unique porte entre moi et le reste de ma famille, et j'avais fuis.
La culpabilité m'a serré la gorge, m'emprisonnant insidieusement les poumons dans une sangle de fer. J'étais responsable de tout ça. Réprimant un sanglot, j'ai plongé mon visage contre mes bras croisés appuyés sur mes genoux. Je faisais de plus en plus de cauchemars concernant Alice. Dans ces songes, elle était normale au départ, souriante et éblouissante de par son énergie, mais elle se transformait ensuite en cette chose, m'attrapant la gorge pour la serrer, et me hurlait au visage cette phrase qui ne me quittait plus depuis lors :
« Tout ça c'est ta faute ! Ta faute ! Ta faute ! Ta faute ! TA FAUTE ! »
Dans ces moments là, je me réveillais toujours en sueur et tremblante avec la désagréable sensation d'avoir été réellement étranglée. Mais rien ne se passait. La vie continuait et une certaine routine s'était installée au sein de la petite communauté vivant dans la grange. Les hommes partaient toujours en ville en début de semaine pour renouveler les stocks, puis suivaient quelques travaux de renforcement des murs de la grange, puisque la mésaventure avec ma sœur nous avait prouvé que ce qui avait été fait n'avait pas été suffisant pour stopper une seule créature qui voulait entrer. On ne cherchait plus trop à me faire sortir de cet état de torpeur, parfois Elena et Jessica venaient me voir. Elles s'asseyaient et me parlaient, racontant leur journée et dans certains cas des moments de leurs vies passées. Je leur en étais reconnaissante, mais j'étais toujours incapable de parler ou de les regarder en face sans m'effondrer en larmes. J'avais l'impression de me voir dans leurs yeux, de voir une meurtrière, même si ils m'avaient tous répété qu'ils savaient qu'il n'y avait pas eu d'autre choix à ma portée.
Léon venait me voir tous les jours, il prenait place à côté de moi. Il ne disait jamais rien, mais sa présence me suffisait pour évacuer mes doutes et ma tristesse pendant quelques instants au moins. Mais tout me revenait de plein fouet lorsque je me retrouvais à nouveau seule.
Un bruit sec et métallique m'a faite sursauter. J'ai braqué mon regard vide dans la direction du bruit, découvrant ainsi Lincoln, accompagné de James. Il venait de poser son fusil contre le mur.
- Désolé, a-t-il dit en me lançant un regard navré quand il s'est aperçu que le bruit m'avait gênée.
Sans répondre, je l'ai regardé quelques secondes sans le voir avant de détourner les yeux sur le paysage blanc qui s'étendait dehors.
- C'est quoi son problème à celle-là ? A dit James d'un ton mauvais, elle pourrait au moins se rendre utile !
Il avait haussé la voix, attirant l'attention des autres habitants de la grange sur nous.
- C'est vrai, non ? A-t-il continué en regardant maintenant vers Georges, le prenant à témoin, elle fout rien de ses journées ! On est obligés de s'occuper d'elle, on gâche des provisions comme ça !
Ses yeux mauvais se sont plantés dans les miens avec colère, mais je ne lui prêtais pas plus attention que ça, tout semblait assourdi autour de moi, comme si une bulle de verre m'entourait.
- Si elle tient tant que ça à mourir, on pourrait l'y aider ! Sa sœur est morte, et alors ? Qu'elle passe à autre chose parce que là ça devient gavant !
- JAMES ! A retentit la voix furieuse d'Elena.
Elle a déboulé dans mon champ de vision, se jetant sur son frère pour le frapper. La tête du jeune homme est partie sur le côté quand le poing de sa sœur est entré en collision avec sa pommette.
- FERME-LA ! A-t-elle continué de crier tandis que Greg se précipitait, la saisissant par la taille pour l'éloigner, TU NE SAIS PAS CE QUI S' EST PASSE ! ARRETE DE PARLER D'UNE CHOSE QUE TU NE PEUX PAS COMPRENDRE !
Elle se débattait sauvagement, donnant des coups dans le vide, espérant ainsi atteindre son frère qui était tombé assis en arrière. Plus personne ne me regardait, tout le monde prêtait plus attention à l'altercation qui venait d'éclater par ma faute. Encore une fois, je créais des problèmes aux gens qui m'entouraient. Mon manque de réaction faisait souffrir les autres. J'ai resserré les pans de la couverture autour de moi, frissonnant pour une raison qui m'échappait. Je n'avais pourtant pas froid.
- Mais regardez la, bon sang ! A repris James en pointant un doigt accusateur dans ma direction tout en se relevant, elle se laisse crever tout seule !
Le cliquetis d'un cran de sûreté à interrompu tout le monde. Un silence de mort s'est abattu sur la grange, me faisant lever les yeux pour découvrir un spectacle que je pensais ne jamais voir. James s'était arrêté dans son monologue accusateur, le canon d'une arme dans la bouche. Léon était devant lui, la main gauche le tenant au collet et l'autre maintenant fermement l'arme dans sa direction.
- Tu vas arrêter de raconter des conneries, a-t-il murmuré d'une voix mauvaise, compris ? Essaye une seule fois de t'en prendre à elle et je t'explose la cervelle comme ces bestioles… et crois moi, je n'hésiterais pas une seule seconde.
Il a laissé un silence lourd de sens suivre sa tirade avant de retirer son arme de la bouche de James. Ne lâchant pas tout de suite son col, il s'est posté face à lui, essuyant le canon de l'arme sur le T-Shirt du jeune homme avec une moue de dégoût. Il s'est ensuite éloigné sans un mot de plus, les autres s'écartant instinctivement de son passage. Il ne m'a pas regardée, je ne savais même pas s'il s'était rendu compte que j'assistais à la scène. Etrangement, je me suis sentie blessée par cette dernière action. Il m'avait ignorée. Ensuite tous les autres se sont éloignés pour vaquer à leurs occupations habituelles. Seule Elena m'a jeté un regard désolé avant de partir elle aussi. Là encore, un frisson m'a secouée et je me suis emmitouflée plus fermement dans la couverture. Mais cette fois, je comprenais la raison pour laquelle j'avais une telle réaction.
L'abandon.
Je me sentais abandonnée des autres, et je m'en voulais de ressentir cela parce que je m'étais intentionnellement éloignée d'eux. Voir ses propres erreurs est quelque chose de difficile à faire. Et faire face aux gens qui en ont été témoins l'est encore plus. Une larme m'a échappé et je l'ai rapidement essuyée, ne voulant pas commencer à m'apitoyer sur mon sort à nouveau. J'ai fermé les yeux en enfouissant mon visage contre mes bras repliés, tentant d'ignorer ce pincement dans ma poitrine. Tentant d'ignorer les reproches de James. Mais la même petite voix moqueuse me susurrait qu'il avait raison, et qu'il exprimait dans ses mots ce que tous pensaient. Ils allaient tous de l'avant contrairement à moi. Je les ralentissais.
Voulant me changer les idées, j'ai à nouveau tourné mon regard vers l'extérieur. Le blanc immaculé et stérile de la neige me donnait l'impression d'être enfermée dans un hôpital psychiatrique. J'avais l'impression que les murs se refermaient sur moi à mesure que le temps passait. J'ai faillis sursauter en apercevant quelque chose bouger dans la neige près de la forêt. Quelque chose ou quelqu'un se promenait près de notre refuge. Sans attendre, je me suis relevée doucement avant de marcher vers le fusil. Je suis restée devant pendant quelques secondes, ne sachant plus vraiment comment bien m'en servir. Je me suis agenouillée devant, attrapant le canon de l'arme pour le regarder tandis que la crosse reposait toujours au sol.
- Loup ? A soudain appelé la voix grave de Jessica, qu'est-ce que tu fais ?
Son ton était doux et calme, comme de ceux que l'on utilise lorsqu'on parle à un enfant difficile. Je me suis presque sentie vexée à cause de ça, mais un hoquet étonné et horrifié à interrompu mes réflexions. J'ai levé les yeux sur elle. Elle me regardait d'un air atterré, les yeux grands ouverts. Ses mains se sont écartées doucement tandis qu'elle se mettait à avancer vers moi avec la même lenteur.
- Pose ça, Loup, a-t-elle continué alors que je ne comprenais absolument rien à ce qu'il se passait.
J'ai serré plus fermement mes doigts autour de l'arme avant de la tirer un peu plus vers moi, la crosse raclant le sol bruyamment. Jessica s'est stoppée dans sa marche avec un tressaillement nerveux. Elena est ensuite arrivée. Elle a regardé la jeune fille aux cheveux rouges sans comprendre avant de poser les yeux sur moi. Elle a eu la même réaction horrifiée sans que je ne comprenne pourquoi.
- Va chercher les autres, a murmuré vivement Jessica à Elena qui s'est exécutée rapidement tandis qu'elle reportait son attention sur moi, tout va bien.
Je ne comprenais toujours pas, qu'est-ce qui se passait ? Ils pensaient quoi ? Que j'allais… m'en prendre à eux dans un accès de folie ? Une colère noire est montée en moi, comme une vague dévastatrice. Mes mains se sont mises à trembler sous l'émotion forte qui me prenait et j'ai posé ma main libre près de la gâchette de l'arme. Plusieurs pas ont résonné sur le bois usé du sol avant que tous les autres n'arrivent. Léon était en tête. Tous ont eu plus ou moins la même réaction que Jessica et Elena. Seul Léon est resté stoïque face à moi.
Il s'est avancé d'un pas normal jusqu'à avoir couvert la moitié de la distance qui nous séparait alors que Jessica qui avant était la plus proche avait voulu l'arrêter. Alors ils pensaient vraiment que j'étais devenue folle ? La colère est montée d'un cran encore, me donnant envie de hurler de fureur. Léon s'est arrêté quand un mouvement nerveux m'a secouée, faisant sursauter tout le monde derrière lui. Et qu'est-ce qu'il voulait faire ? Me tuer avant que je ne me mette à assassiner les autres à tours de bras ? Mon regard est passé sur le groupement devant moi. A nouveau, je me sentais exclue, mise à l'écart pour mes erreurs passées.
« Bande d'enfoirés »
- Loup, m'a interpellé la voix grave de Léon qui venait de s'accroupir pour être à ma hauteur, lâche ça.
Il avait adopté le même ton que Jessica, ce qui m'a donné envie de le frapper. Je n'étais plus une enfant, merde ! Qu'on me traite en conséquence !
- On se fout de ce que James à dit, d'accord ? Il raconte des conneries, a-t-il continué en levant légèrement les mains lui aussi, alors ne fais pas ça, tu m'entends ?
Complètement perdue, j'ai resserré mes doigts autour de l'arme, chatouillant la gâchette de mon index.
- Loup, a appelé la voix étranglée d'Elena dont les mains étaient agrippées au bras de Greg, serrant à lui faire mal.
Mais de quoi avaient-ils peur à la fin ! Ma respiration s'est accélérée et j'ai reporté mon regard dans les yeux gris de mon compagnon. Il n'avait pas peur lui. Ou du moins il n'avait pas peur de moi. Quelque chose le maintenait dans un état nerveux, il était tendu, ça se voyait. Et puis quel était le lien avec James ? Tout devenait confus à mesure que j'essayais de comprendre ce qu'ils voulaient. J'ai plongé mon regard dans celui d'Elena pour ensuite passer dans ceux des autres. Ils avaient peur, c'était indéniable. Peur de ce qu'ils voyaient. J'ai posé les yeux sur le fusil, puis sur mes genoux, vérifiant la position que j'avais. Et puis d'abord, qu'est-ce qu'ils voyaient au juste ?
- Loup, regarde moi, a soufflé Léon en s'approchant un peu plus de moi, qu'est-ce que tu comptes faire, hein ?
Je l'ai regardé sans comprendre. Qu'est-ce qu'il essayait de me dire ? Qu'est-ce qu'ils pensaient tous ? Je ne leur voulais aucun mal, alors pourquoi tout le monde me craignait ? Je ne faisais que tenir un fusil, bordel ! Et même pas dans le bon sens ! Qu'est-ce que j'aurais bien pu leur faire avec une arme à l'envers ?
- Tu tiens vraiment à en finir ?
J'ai tressailli violemment à l'entente de la voix calme mais tendue de mon compagnon. Alors… c'était ça qu'ils voyaient ? Une jeune fille lessivée, fatiguée et apeurée qui voulait se flinguer ? J'ai examiné ma position avec plus d'attention. J'étais à genoux, ma couverture sur les épaules et je ne faisais que tenir le canon de l'arme dirigé vers le plafond. A part ça, rien ne pouvait laisser penser que j'avais envie d'en finir avec la vie.
Mais peu de temps après, l'évidence m'a sauté aux yeux.
Le canon était tourné vers mon visage et ma main droite était posée près de la gâchette, me donnant vraiment l'air de vouloir me suicider. Fronçant les sourcils, j'ai levé les yeux sur Léon. Voyant son air tendu et nerveux, je me suis enfin rendu compte que je leur faisais peur, non pas parce que je risquais de leur faire du mal, mais parce qu'ils pensaient que je voulais mourir. Secouant légèrement la tête pour démentir, j'ai essayé de parler, mais les mots ne voulaient pas sortir, bloqués par le trop plein d'émotions qui me traversaient. Pour la première fois en presque un mois, je le regardais réellement, je n'étais plus plongée dans cette torpeur malsaine dans laquelle je m'étais enfermée. J'avais voulu me protéger du monde extérieur, mais cette fois, il fallait que je revienne à la réalité. Et cela même si le réveil allait être douloureux.
Des larmes ont dévalé mes joues tandis que je secouais toujours la tête sous les yeux des autres. Je me suis ensuite peu à peu recroquevillée sur moi-même, gardant le canon du fusil serré dans ma paume. J'ai pu sentir la main de Léon se poser sur la mienne, déliant doucement mes doigts de l'arme pour m'en éloigner. Une fois son travail fini, il l'a attrapée pour la faire glisser au sol un peu plus loin, la mettant hors de portée.
- Je ne voulais pas, ai-je commencé à murmurer en hoquetant, je n'avais pas l'intention de…
Mais je n'ai pas eu le temps de finir ma phrase que deux mains agrippaient mes épaules pour me tirer en avant. Un léger cri de surprise m'a échappé tandis que j'entrais en collision avec un corps dur et chaud. Prise au dépourvu, j'ai eu le souffle coupé lorsque deux bras se sont refermés dans mon dos pour me presser avec force contre ce même corps, une main sur ma nuque et l'autre enroulée autour de ma taille. L'action m'avait semblé avoir duré des heures, mais tout s'était enchaîné en quelques secondes. Toujours à genoux, Léon me serrait contre lui à m'en broyer les côtes, enfouissant son visage dans mes cheveux.
- Léon, ai-je murmuré d'une petite voix alors que je m'agrippais à mon tour à lui.
- Ne refais jamais ça, a-t-il soufflé dans mon cou avec colère et soulagement, compris ?
Un frisson m'a traversé lorsque son souffle chaud est passé sur ma nuque, et j'ai hoché la tête contre lui, resserrant ma prise autour de son cou. Perdant peu à peu la notion du temps, je restais accrochée à lui, comme un noyé à sa bouée de sauvetage, seulement consciente de la caresse lente de sa main enfouie dans mes cheveux. Puis il s'est détaché de moi avec lenteur, me maintenant toujours entre ses bras tandis qu'il se redressait pour me regarder.
Il m'a observée quelques instants, ses yeux orage semblant fouiller chaque recoin de mon âme, et je baissais les yeux sous cette inspection. J'avais honte. Honte de moi, de mon comportement des dernières semaines. Je m'étais isolée sans penser une seule seconde aux autres autour de moi. J'ai relevé la tête avec lenteur et Léon m'a adressé un sourire discret avant de se lever. J'étais toujours à moitié dans ses bras et il s'est tourné vers les autres, m'emmenant avec lui, sa main posée au creux de mes reins me poussant à avancer. Sa poigne m'aidait à faire face, à m'excuser pour ce que je venais de faire, me communicant la force nécessaire pour m'exprimer.
Je les ai tous regardés : Elena, toujours agrippée à Greg qui posait une main rassurante sur son épaule, Jessica, Georges, Lincoln, tous autant qu'ils étaient. Je voulais m'excuser, les supplier de me pardonner cette absence. Prenant une longue inspiration pour me calmer, je me suis légèrement avancée, m'éloignant de Léon. Je voulais leur montrer que je savais faire face à mes erreurs seule. C'était en quelque sorte une nouvelle prise d'autonomie.
- Pardonnez-moi, ai-je soufflé d'une voix rauque qui m'a semblé appartenir à quelqu'un d'autre.
Comme si mes mots avaient fait exploser la bulle fragile de calme qui s'était mise en place, Elena s'est jetée sur moi pour me serrer elle aussi dans ses bras. Je pouvais la sentir trembler tandis que je lui rendais son étreinte.
- Tu es de retour, a-t-elle murmuré de sorte à ce que personne d'autre ne puisse l'entendre, tu nous as manqué…
- Oui, ai-je répondu d'une voix étranglée, pardon, pardon…
Je ne voyais pas ce que j'aurais pu dire d'autre. Ce seul mot tournoyait dans mon esprit, refusant de me laisser en paix, alors je le répétais sans relâche, espérant de ce fait parvenir à me racheter auprès des autres. J'allais me rendre utile maintenant et plus seulement me laisser porter par Léon. Une main sur mon épaule m'a ramenée à la réalité. Je me suis dégagée en douceur des bras d'Elena pour faire face à Georges. Il avait l'air d'aller mieux depuis la dernière fois que je l'avais « vu ». Ses bandages avaient été enlevés autour de son torse, signe me montrant à quel point il s'était passé du temps entre le moment de notre arrivée et ce jour. Seule une balafre en train de cicatriser sur sa joue prouvait que les combats étaient toujours monnaie courante lors de sorties.
- Vous avez l'air d'aller mieux, ai-je dis d'une petite voix en faisant un vague signe de la main vers son torse.
Il n'a pas répondu, et sous l'examen de ses yeux clairs, j'ai baissé les miens, ma honte refaisant surface avec plus de force encore. Puis soudain, une grande main calleuse s'est posée sur ma tête pour ébouriffer joyeusement mes cheveux tandis qu'un rire éclatait devant moi.
- Content de te revoir, gamine, a dit Georges dans un sourire sincère.
Mon cœur s'est serré et je n'ai pas pu empêcher une larme de m'échapper. Je ne m'étais pas rendu compte de ce à côté de quoi j'étais passée pendant ma période de mutisme, passant mon temps à ruminer mes sombres souvenirs ou tentant au contraire de les oublier.
- Tout va bien maintenant, ai-je assuré en lui rendant un sourire maladroit.
Son sourire s'est agrandit et il s'est éloigné pour laisser la place à Jessica qui m'a elle aussi prise dans ses bras, mais dans une étreinte toutefois moins écrasante que celle d'Elena. Elle n'a rien dit, mais je pouvais sentir qu'elle se réjouissait, même si cela se faisait beaucoup plus discrètement que les autres. Elle m'a sourit et à laissé la place à Greg qui m'a adressé lui aussi une moue réjouie, plus pudique. Ils ne semblaient pas m'en vouloir, chose qui m'a étonnée. A leur place, si quelqu'un avait agi comme moi, je lui aurais déjà mis mon pied au cul pour qu'il se bouge en lui hurlant dessus. J'aurais fais pareil que James… même si j'aurais été un peu moins violente dans mes propos. C'était aussi la raison pour laquelle je ne lui en voulais pas autant que je l'aurais voulu. Il n'était pas là. Peu de temps après, Max a débarqué, jappant joyeusement au milieu de l'attroupement inhabituel de personnes, ne comprenant sûrement pas ce qu'il se passait. Je me suis agenouillée pour le caresser.
- Tout se passe bien depuis l'attaque ? Ai-je demandé tandis que Max se mettait sur le dos, quémandant des caresses sur le ventre.
Un silence gêné s'est installé. Personne ne s'était attendu à ce que j'en parle aussi vite après mon retour inopiné à la réalité. Mais il fallait que je fasse avec, et pas que je me mette des œillères pour éviter de voir la dure vérité. Alice était morte. Je l'avais tuée par accident alors qu'elle était devenue un de ces monstres assoiffés de sang lors de ma tentative de sauvetage.
- Henry va bien ? Ai-je soudain demandé, ne me rappelant plus de la dernière fois où j'avais vu le vieil homme.
Lincoln s'est avancé pour poser une main solennelle sur mon épaule. Ma gorge s'est serrée quand j'ai vu son air grave.
Non…
- Ne me dis pas que…, ai-je commencé.
Un sourire a étiré les lèvres pleines de Lincoln tandis qu'il secouait la tête en signe de négation. Un énorme soulagement m'a submergée, m'enlevant un poids des épaules et me permettant de respirer plus librement.
- Il va bien, a finalement dit mon ami, je voulais te remercier personnellement d'avoir sauvé mon père.
Reprenant un air grave, j'ai baissé la tête pour exprimer mon désaccord.
- Ce n'est pas moi qui l'ai sauvé, ai-je murmuré en fermant les yeux, revoyant la scène comme si elle s'était déroulée hier, je n'ai rien pu faire quand j'étais face à elle…
- Tu as empêché mon père de se faire enlever puis dévorer par ces créatures, a argumenté Lincoln en posant une main sur ma tête pour caresser mes cheveux, tu t'es lancée à leur poursuite sans avoir de renforts, alors merci de l'avoir sauvé cette nuit là.
Je n'y croyais toujours pas, mais ne voulant pas soulever une nouvelle polémique, j'ai hoché légèrement la tête en signe d'acceptation. Liam s'est ensuite approché, accompagné de Sarah.
- Tu veux bien que je t'ausculte ? M'a demandé le médecin en me lançant un regard interrogateur, comme si j'étais encore sur le point de me soulever, de me rebeller pour m'enfuir comme un animal sauvage.
J'ai hoché la tête avant de le suivre. J'ai jeté un regard en arrière, cherchant Léon tandis que j'accompagnais Liam jusqu'à son cabinet improvisé. Mon compagnon était resté en retrait pendant toutes les retrouvailles et je ne pouvais plus le distinguer maintenant. Ce n'est que lorsqu'un jappement a retenti dans la grange, beaucoup plus fort et beaucoup plus grave que celui de Max, que j'ai pu le repérer. Il était descendu de la mezzanine.
Assis dos au mur, il caressait Lodos allongé conte sa jambe tandis qu'il jouait de l'autre main avec Davran qui, la gueule entrouverte, faisait semblant de mordre ses doigts lorsqu'il les attrapait. Il ne mordait pas vraiment, chose qui m'a étonnée. Ils étaient tout de même des animaux sauvages, et des prédateurs qui plus est. Suivant les directives de Liam, je me suis ensuite allongée sur une petite table qui m'obligeait à laisser pendre mes jambes, les genoux pliés dans le vide. Il m'a fait passer quelques rapides examens, vérifiant mes fonctions vitales ainsi que mes réflexes et ma force.
- Tout a l'air d'aller, a-t-il conclu dans un sourire en m'aidant à me redresser, mais tu as perdu des forces en restant sans bouger pendant trois semaines, il va falloir que tu te réhabitues à faire les choses que tu savais faire sans effort auparavant, et aussi que tu manges avec parcimonie parce que ton estomac n'est plus habitué à recevoir beaucoup d'aliments.
J'ai hoché la tête, toujours aussi silencieuse.
- Tu vas bien, hein ? M'a demandé Liam en penchant la tête pour se retrouver devant moi, une moue inquiète sur le visage, sûrement préoccupé par mon mutisme prolongé.
Je lui ai fais un sourire.
- Oui, ai-je répondu, c'est juste que j'ai pris l'habitude de ne pas beaucoup parler.
Je l'ai regardé d'un air désolé alors qu'il secouait une main pour balayer ma remarque.
- Ne t'en fais pas pour ça, a-t-il dit en souriant, pour ce qui est de parler, demande à Elena de te donner des cours, quand on la lance, elle ne s'arrête plus !
J'ai ri, puis je suis ensuite partie vers l'échelle dans l'idée de descendre. Un léger vertige m'a prise quand j'ai regardé vers le sol depuis la mezzanine, évaluant ainsi la hauteur de ce que j'allais devoir affronter. Prenant par la suite mon courage à deux main, j'ai rapidement descendu l'étage, manquant de tomber lorsque mon pied à touché terre alors que je m'attendais à trouver un autre barreau de l'échelle. Je suais à grosses gouttes et mes bras me lançaient, comme si je venais de faire une série de pompes. Je comprenais maintenant ce que Liam m'avais dit, le moindre effort allait devenir la chose la plus difficile à faire pour moi.
- Bel effort, a complimenté Greg en s'avançant, ça va ?
- Oui, ai-je soufflé en reprenant ma respiration, c'est seulement que j'ai perdu l'habitude.
Elena est ensuite arrivée derrière lui, m'adressant un sourire radieux. J'avais l'impression que la jeune fille se faisait un devoir de sourire en ma présence, cherchant peut être ainsi un moyen de me montrer que tout allait bien malgré les évènements passés. Je lui ai rendu son sourire en me passant une main sur le front pour essuyer la sueur. J'avais transpiré à cause de l'effort, mais pas seulement, j'avais aussi eu une trouille monstre en descendant et cela combiné au reste devait être la raison de ma transpiration abondante.
« Pas très glamour tout ça… »
- En même temps, t'as vu le temps que t'as passé à faire le mollusque là-haut ? A dit Greg d'une voix faussement outrée, tu t'es rouillée ma vieille.
- Greg ! Est intervenue Elena en lui frappant l'épaule du poing.
- Ça va, l'ai-je calmée en levant une main, un sourire complice aux lèvres, oui, je suis devenue une vraie mémé !
Ils ont semblé étonnés par ma réaction. Mais Greg a été le premier à réagir. Il s'est posté à côté de moi pour passer un bras autour de mes épaules.
- Bon, alors il va falloir qu'on te fasse un programme spécial, a-t-il commenté en tendant une main à plat devant nous, comme s'il visualisait la feuille écrite, tu verras, ensemble nous surmonterons cette dure épreuve !
Le ton théâtral qu'il avait adopté m'a fait éclater de rire tandis qu'Elena nous suivait un peu en retrait. J'avais l'impression d'être dans un de ces films américains avec un entraîneur personnel un peu excentrique qui allait m'aider à retrouver la forme. Ils n'avaient peut être pas compris, mais le fait que Greg ait tourné ma période apathique en dérision me faisait du bien. Je préférais ça plutôt que de garder le silence dessus, comme si j'en avais encore honte. Non. Je voulais maintenant aller de l'avant, et ne plus m'attarder sur le passé comme je l'avais. Mon ami m'a ensuite laissée avec Elena pour se diriger vers la réserve d'armes. Quelques minutes plus tard, il est revenu avec un petit revolver léger.
- Tiens, a-t-il dit en me tendant l'arme que j'ai attrapée rapidement, essaye de viser la canette là-bas.
J'ai regardé dans la direction qu'il pointait. A une dizaine de mètres, une vieille canette de bière trônait sur un plan de travail. Plusieurs marques de tirs dans le mur me prouvaient que c'était ici qu'ils s'entraînaient.
- La canette, là ? Ai-je demandé d'un air professionnel, sûre de réussir ce tir d'une simplicité enfantine.
- Ouaip, a répondu le jeune homme en se positionnant à ma droite.
- Facile.
J'ai mis mon bras en position, arme pointée en avant, puis j'ai enlevé le cran de sûreté. Mettant mon œil dans l'axe de mon bras et fermant l'autre, j'ai attendu quelques secondes avant de finalement tirer. La détonation m'a fait sursauter et mon bras est parti en arrière avec violence, me prenant par surprise. Le contrecoup me faisant faire presque trois pas en arrière pour rester debout. J'ai regardé mon bras tremblant avec incrédulité, puis la marque que ma balle avait faite dans le mur. Elle était beaucoup trop haute. Pourtant mon tir était parfait. Enfin…. sans être une professionnelle du tir, je savais me débrouiller pour tirer sur une cible immobile. Greg a fait un petit sifflement pour marquer son étonnement.
- Bon, a-t-il finalement dit en se tournant vers moi, on dirait que t'as vraiment bien perdu la force, mais pas l'habitude. Tes mouvements étaient bons, il faut juste qu'on travaille la force de tes bras.
Je ne voulais même pas savoir ce que je devais maintenant valoir au combat au corps à corps. Les heures qui ont suivit, je n'ai pas cessé de m'entraîner au tir, enchaînant échec sur échec, mais je n'abandonnais pas. Je n'abandonnerais plus jamais…
- On dirait une petite vieille, m'a lancé Greg après un tir particulièrement lamentable.
Piquée au vif, je tournais un regard courroucé sur lui et Elena qui étaient avachis sur un banc à ma gauche. La jeune fille a hoché la tête pour marquer son assentiment.
- Ouais, a-t-elle renchérit, on dirait Christopher.
A cette parole, Greg s'est redressé pour la regarder, l'air étonné, avant d'éclater de rire avec la jeune fille. Ecroulé sur le banc, il a ensuite levé une main en l'air et Elena a claqué la sienne contre.
- Bonne vanne, a dit le jeune homme en essuyant des larmes de rire, hoquetant légèrement, je m'incline. C'est toi la meilleure aujourd'hui !
Elena s'est ensuite levée pour faire une révérence à une foule imaginaire. J'assistais à ce spectacle, ne comprenant strictement rien à ce qu'il se passait. Voyant que je les regardait d'un air étonné, mon amie s'est levée pour se poster face à moi.
- On fait une espèce de concours pour s'occuper, a-t-elle expliqué, celui qui sera capable de faire des blagues en rebondissant sur les phrases des autres gagne. Et si en plus elles sont drôles c'est encore mieux.
Un sourire m'a étiré les lèvres tandis que je levais les yeux au ciel en secouant la tête.
Vous savez vraiment plus quoi inventer pour vous amuser, hein ? Ai-je dis, une moue faussement blasée sur le visage.
- Ouais, a répondu Greg en se relevant, c'est idiot, mais ça nous occupe. Allez ! On se remet au boulot là !
Sous ses directives, je me suis remise au tir sous les commentaires parfois instructifs des deux adolescents. Une semaine plus tard, j'étais à nouveau capable de toucher la cible en un seul tir bien placé, mais je me fatiguais toujours assez vite, même si maintenant la force de mes bras était déjà un peu revenue. Alors que je m'entraînais maintenant au tir avec un fusil de chasse, une douleur dans l'épaule m'a fait pousser un grognement. Je devais absolument maîtriser toutes les armes à feu que nous avions car en cas d'urgence, on ne prendrait pas le temps de choisir nos armes.
- Cale la crosse contre ton épaule, a dit une voix dans mon dos, ça minimisera l'effet de contrecoup.
Avant que j'aie eu le temps de me retourner, deux bras sont passés de part et d'autre de moi pour changer ma position. Je me laissais faire, ayant reconnu la voix de Léon. L'arme calée fermement contre mon épaule, la tête légèrement baissée pour rester dans l'axe de l'arme, j'ai fermé un œil pour ajuster la trajectoire du tir avant d'appuyer sur la gâchette. Le contrecoup était toujours présent, mais il était beaucoup moins gênant puisqu'il ne me faisait plus reculer comme avant. Léon s'était éloigné pour se placer à ma droite. Les bras croisés, il examinait les restes de la bouteille en verre qui parsemaient la table dix mètres plus loin.
- On dirait qu'on va pouvoir t'emmener avec nous en excursion, a-t-il finalement lâché en me faisant un sourire en coin.
Je me suis tournée franchement vers lui, lui faisant face tandis qu'une moue dubitative prenait place sur mon visage.
- Je croyais que tu ne voulais pas que je vienne avec vous en ville ? Ai-je soulevé en haussant les sourcils.
- Oui, mais depuis ce qu'il s'est passé, j'ai pu me rendre compte qu'il n'y a aucun endroit sûr dans cette ville, a-t-il répondu d'un air grave, pas même cet abris.
- Quoi ? Ai-je répondu, choquée qu'il dise que les gens qui se sentaient en sécurité ici, à savoir tous nos amis, ne l'étaient pas et que nous risquions de mourir à tout moment, mais qu'est-ce que tu…
- A partir de maintenant, m'a-t-il interrompue en s'approchant légèrement, on va rester ensemble. Je ne te laisserais plus toute seule, que ce soit ici ou dehors.
