Le second chapitre de la série "404 errors".

Je n'ai pas clairement dit de quel personnage il s'agissait mais c'est assez facile à deviner.

Bonne lecture ~


Une ombre se tenait là, debout, sur ce vieux rocher élimé par le temps. Cette ombre, ce simple souvenir, était rattachée à quelque chose dans le village. Ce même village caché -même si tout le monde savait où il se trouvait- il l'avait quitté des années auparavant. Il y avait ce sentiment, cette émotion enfermée au fond de l'ombre. Il se devait, à présent que tout été fini, de faire son deuil.

Il se déplaçait lentement, rasant les murs, de peur d'être reconnu même dans la mort. Pourtant, il n'avait rien à craindre, personne n'aurait pu le voir. Certains eurent un frisson lorsqu'il passa près d'eux, et un énorme chien blanc s'arrêta à son niveau pour humer l'air, mais il passa inaperçu dans le village en reconstruction.

Ce chemin, il ne l'avait pas oublié. Malgré le quinquennat écoulé depuis, il se souvenait de chaque lieu, et chaque lieu lui renvoyait un souvenir, une anecdote ou même une simple image témoignant du passé...

Là, c'est devant ce magasin que son père lui avait annoncé qu'il deviendrait grand frère. C'est dans ce parc qu'ils étaient tous venus pour la première ballade de son cadet et qu'un petit papillon s'était déposé sur le landau de l'enfant, comme pour veiller sur lui... chose qu'il n'avait jamais fait lui-même.

Pour un grand frère, il était impardonnable... et pourtant, il y avait tant de choses qu'il aimerait se faire pardonner. Étant mort, ce serait désormais difficile... Il devait se faire une raison. Tant pis.

Il arriva bientôt. La demeure avait tant changé. De la rouille s'était installé sur toutes parties faites de métal les herbes hautes envahissaient chaque espace libre les murs s'étaient décolorés avec le temps les volets s'effritaient et le toit, c'est à se demander comment il tenait encore en place... La maison familiale, le cœur de son clan, n'était plus qu'une vieille baraque en ruine que les adolescents utilisaient pour leur squat. Brisant... écœurant... déprimant.

Il dépassa le portail, qui pendait lamentablement, et se stoppa devant la porte.

Comment ouvrir une porte lorsqu'on n'est plus qu'une ombre, même pas dessinée par le soleil et ses rayons..? Cela restait une bonne question ! Il aurait aimé avoir un, un contact avec son passé, son histoire et ce à quoi il avait dû renoncer pour sa mission. Quel engagement stupide ! Et pourtant, c'est son devoir il l'avait fait par conviction ! et pour protéger son cadet...

Le creux de la maison l'attirait. Comme un appel. Aussi, il se rapprocha, presque imperceptiblement, de l'obstacle, jusqu'à finalement se coller à la porte. Il ne sentit pas le contact du bois mais il ferma les yeux, faisant comme si. Il en avait besoin, pour lui-même, pour le sacrifice qu'il avait dû faire. Lorsqu'il rouvrit les yeux, voulant se redresser, il constata qu'il était entré. La porte n'ayant pas bougé, l'ombre s'affranchissait des lois physiques.

Il fallait qu'il voie les lieux. Il devait voir cet endroit.

L'ombre glissa parmi les pièces, sans se soucier des divers encombrements jonchés sur le sol ou ne serait-ce que les murs. Il se dirigeait juste par cette attraction, ce besoin.

C'était là, juste au centre de la salle.

L'ombre se recroquevilla sur elle-même, et tressaillait comme prise par un sanglot. Un long sanglot silencieux, qui pourtant perçait le mutisme. Un millier de pardons et d'excuses muettes... faites à sa famille et plus particulièrement à son petit frère, de 5 ans son cadet qui avait tant jurer de le tuer.