Un autre chapitre pour vous les ami(e)s ! J'espère qu'il vous plaira (même s'il est court) et qu'il en rassurera certain(e)s. Bonne lecture à vous et gros bisous. Et n'oubliez pas : NCIS LA ce soir sur M6 !

Le reste de la journée parut extrêmement long à Abby. Rester assise en cours avait toujours eu tendance à la rendre folle. Déjà en maternelle. A l'époque, elle était dans la classe de Gibbs, et le petit garçon n'arrivait jamais à la garder plus de cinq minutes assise à côté de lui. Elle avait besoin d'être partout, de toucher à tout, de courir, de sauter, de faire des choses. Du bruit, surtout. Renverser des caisses de jouets. Crier le plus fort possible. Parler aussi. A l'époque, Abby ne parlait qu'en criant. Ce n'était pas volontaire, mais personne ne lui avait jamais appris à moduler le son de sa voix. Elle ignorait tout bonnement comment on faisait. Gibbs, qui n'aimait pas le bruit, lui avait appris à parler sans crier. Mais, pour le reste du monde, la nuance sonore était à peine palpable. Il avait fallu attendre le CP pour qu'elle trouve un compagnon à sa hauteur. Et s'était le cas de le dire. A l'époque, le petit garçon faisait exactement la même taille qu'elle, affublé de son costume marin à manche courte. Elle se rappelait avoir distingué un genou écorché, juste avant de voir un sourire immense. Un sourire tellement immense qu'il n'aurait, en toute logique, pas dû tenir sur une si petite tête. Mais Tony avait toujours eu un don particulier quand il s'agissait de sourire. Ils étaient dans la même classe, Gibbs, Tony et elle, et, bien entendu, leur petite bande n'avait pas mise plus d'un quart d'heure pour être fondée. Petite bande qui évoluait bien, encore actuellement. Le premier jour, elle avait parlé si fort que le petit Anthony avait ouvert de grands yeux ronds. Puis, un sourire ravi était apparu sur son visage. Tony aimait le bruit. Cela avait été la première chose qu'elle avait appris à l'école. Tony aimait le bruit. Plus tard, avec l'âge, elle avait compris que c'était plus compliqué que ça : elle aimait le bruit parce qu'elle pouvait l'entendre, parce que sa famille ne le pouvait pas. Tony, lui, aimait le bruit parce qu'il lui donnait l'impression d'être entouré, parce qu'il calmait ses angoisses les plus profondes. Tony aimait le bruit parce qu'il le faisait exister. Abby aimait le bruit parce qu'il lui permettait de vivre dans sa bulle. Cette passion commune, ils l'avaient immédiatement partagé, et Abby avait montré à Tony les cris les plus redoutables de son répertoire. Le petit garçon lui avait ouvert la porte du monde merveilleux des chuchotements et autres murmures. En quelques semaines, elle était passée d'ignorante à experte. Et Tony s'était mis à hurler comme un fou pendant les récrées. Gibbs avait dû souffrir de cet engouement pour le son. Mais il n'en avait jamais rien dit. Et, avec l'âge, Abby et Tony avaient gardé ce petit monde pour eux. Se murmurer des secrets à l'oreille. Klaxonner sans aucun scrupule à pas d'heure. Chanter à tue-tête sur du rock métal. Ne se soucier de personne. Ne jamais se soucier de personne. Quelque part, Tony était à elle. Et elle était à Tony. Frère et Sœur. Pour toujours. A jamais. Ils étaient toujours complices des farces de l'autre, victime des sautes d'humeur, étranger à eux-mêmes et en même temps incollables sur cette moitié d'eux qui les suivaient partout. La gothique et le sportif. Un duo improbable, explosif, mais qui faisait l'unanimité. C'était à elle qu'il aurait dû se confier quand il avait perdu sa mère. C'était vers elle qu'il aurait dû se tourner. Mais il ne l'avait pas fait. Il s'était éloigné, enfermé dans ses problèmes. Parce que Tony ne partageait pas. Il pouvait être incroyablement généreux avec les autres, mais terriblement égoïste quand il s'agissait de lui. Il gardait ses émotions à l'intérieur. Toujours. Pourtant, cela n'avait jamais empêché la jeune fille de comprendre. Elle le connaissait si bien qu'elle n'avait pas besoin qu'il parle pour savoir. Sa respiration, les battements de son cœur, ses sourires bien trop grands. Abby était incollable quand il s'agissait de Tony. Et elle savait parfaitement que, même s'il avait repris sa place dans la hiérarchie scolaire, il n'allait pas bien. Alors, elle fit ce qu'elle faisait toujours quand il était triste : elle resta à côté de lui, tout l'après-midi. Assise en tailleur sur sa chaise, blottie contre son épaule. Enchaînant câlin sur câlin. Ne lui laissant pas le temps de penser. Elle faisait du bruit. Du bruit pour deux. Pour le rassurer. Parce qu'elle savait qu'il avait peur.

OoOooOoooOooOoO

-Alors, quelqu'un pense avoir trouvé ?

Tony se tenait debout dans le parc, Abby cramponnée à son bras. Les autres étaient assis sur un banc, en face.

-Pas vraiment.

-C'est trop dur Tony.

-J'ai une idée, mais je suis sûr de m'être trompé.

-Pose dans la casquette.

Il tendait de sa main libre une casquette de baseball retournée dans laquelle Mikaël, Jethro et Shannon déposèrent un papier. McGee hésita, puis fit de même.

-Et vous les filles ?

Kate et Ziva échangèrent un regard, perplexes.

-On peut réfléchir encore un peu ?

-Bien sûr.

Il donna la casquette à Abby et tout les deux piochèrent parmi les petits papiers pour découvrir les hypothèses de leurs amis.

-Jethro, tu passes du bon côté de la Force mon vieux !

-Tony, est-ce que je valide Shannon ou pas ?

-Fais-voir ? Bah oui ! C'est exactement ça. Tu vois bien, là !

-Je croyais que tu écrivais ça avec un « ch ».

-Pourquoi je mettrais un « ch » si je peux mettre deux « c » ? Shannon, tu rejoins ton cher et tendre !

Ils continuèrent leurs délibérations devant un public tendu.

-McGoogle, je suis fier de toi ! La fête sera plus sympa avec mon geek-préféré ! Bon, Mikaël, qu'est-ce que tu nous as mis-là ? Euh… Je sais pas lire hébreu…

La mine déconfite de l'italien fit rire toute la bande et l'israélien se leva pour aller donner sa réponse à Tony, qui la valida, ravi.

-Kate, Ziva, il ne reste plus que vous.

-Et qu'est-ce que tu fais du reste de l'école alors ?

L'israélienne semblait dubitative.

-Pourquoi crois-tu que j'ai fais un code si compliqué ?

-Si compliqué qu'on le déchiffre en un après-midi ?

-Je t'en prie Kate, je sais qu'Abby et Jethro ont soufflé les réponses !

En fait, il était certain que ce n'était pas le cas. Ses amis le connaissaient juste assez bien pour ne pas avoir à réfléchir pendant des heures pour cerner l'esprit tortueux de l'italien.

-Dans ce cas, je tente ma chance !

Et Kate se leva pour aller chuchoter une réponse à Tony.

-Comment est-ce que tu peux trouver un truc pareil toute seule ? Bon, ta réponse n'est pas complète, mais tu peux difficilement faire mieux, étant donné que tu débarques de l'Ohio… Validée.

-Et Ziva aussi.

-Comment ça « Ziva aussi » ?

-C'est notre réponse à toutes les deux DiNozzo.

Le regard de Kate était assez éloquent : elle le mettait au défi de la contredire. Anthony leva les bras en signe de reddition.

-Soit, Ziva et Kate, validées !

Les deux jeunes filles s'en tapèrent cinq, ravies. Abby se mit à rire et déposa une grosse bise sur la joue gauche de Tony, qui haussa un sourcil.

-Et pourquoi ai-je droit à un bisou moussaillon ?

-Parce que j'adore mon Capitaine, Cap'tain !

Tony dût trouver l'explication logique car il ne fit pas d'autres commentaires. Il embrassa Abby sur le front et s'étira d'une manière tout à fait… tonyesque, avant de se tourner vers le groupe.

-Bon, j'espère que vous n'aurez pas trop de mal avec le dress code les amis. Moi, je suis déjà prêt !

Kate arracha une touffe d'herbe et la lui lança au visage.

-Comment veux-tu qu'on soit prêts d'ici vendredi Tony ? Vendredi !

L'italien se mit à rire et écarta les bras en signe de paix.

-Hélas, c'est pas ma faute ! Et arrête de m'attaquer avec ta salade transgénique. Giiiiiiiibbs, aide-moi ! Elle est folle !

Il courrait déjà autour du banc, essayant d'esquiver les projectiles de Kate sous le regard impassible de Gibbs.

-Si tu te taisais, tu aurais moins d'ennuis Tony.

-Mais Giiiiibbs !

Le cri conjoint d'Abby et Tony fit sourire le jeune homme qui se leva pour se planter entre Kate et l'italien.

-Stop les enfants ! On arrête ça, où vous serez privé de dessert !

Les deux jeunes gens se mirent à protester, s'alliant contre l'autorité. Ils furent bien vite rejoints dans leur scène par Abby.

OoOooOoooOooOoO

Quand l'heure vint de quitter le lycée, Tony fit monter ses deux passagères : Abby à l'avant et Kate à l'arrière, comme précédemment. Ils avaient salué le reste du groupe et quittaient sans regret le « bagne », comme les deux complices se plaisaient à l'appeler. Ils discutèrent, mirent la radio à fond et chantèrent avec des voix de plus en plus délirantes sur les tubes du moment, passant un bon moment. Quand ils passèrent devant la bibliothèque, Abby fit signe à Tony de s'arrêter.

-J'y vais les amis. Faut que j'aille chercher mon petit frère. Bon, vous êtes prudents hein ? Et Tony, tu ne dragues pas Kate en mon absence, d'accord ?

Elle ébouriffa les cheveux de son ami avant de le serrer dans ses bras et fit claquer deux bises sur les joues de Kate. Elle quitta la voiture et leur fit au revoir de la main, tendit que Tony démarrait, laissant la vitre ouverte, des relents de rock alternatif s'échappant du véhicule. Des passants bronchèrent mais Tony s'en moquait. Il alla même jusqu'à chanter plus fort encore pour les énerver.

-Tu es vraiment infâme Tony.

Il venait de sortir de la rue et fermait la vitre. Kate en profitait donc pour donner son avis.

-Et alors, tu m'aimes bien, non ?

Elle avait gagné la place d'Abby au précédent feu rouge, et elle sentit le regard de l'italien sur elle. Pour toute réponse, elle haussa les épaules. Il ne s'en formalisa même pas. Un flash info remplaça la musique, il baissa le son.

-Est-ce que tu serais d'accord pour que je te montre un truc vraiment cool ?

Kate fronça les sourcils, la notion du mot « cool » selon Tony ne devait pas être la même que la sienne.

-Est-ce que c'est dégradant ? Machiste ? Pervers ?

-Non. Ca ne représente aucun des aspects de ma personnalité, je te rassure.

Leurs regards se croisèrent et ils partagèrent un rire enfantin.

-Je parlais de quelque chose de concret. Tu veux ou pas ?

-Ca marche. Mais je préviens ma mère que je serai en retard.

Tony acquiesça et mit son clignotant tandis qu'elle envoyait un texto à sa mère. Il leur fallu quelques minutes pour arriver à destination, mais cela valait vraiment la peine. Kate en oublia de descendre de la voiture et Tony dût lui ouvrir la portière.

-On se fait prier Princesse ?

Kate sortit de la voiture sans quitter le paysage des yeux. Ils étaient au bord de l'océan, un coin de plage se dessinait en bas et on apercevait une petite île à un ou deux kilomètres. L'eau était d'un bleu presque pur, et le soleil lui donnait un éclat qui donnait presque envie de se jeter à l'eau. De là où ils étaient, ils surplombaient le paysage. Tony fixait la ligne de l'horizon, presque rêveur. Kate, elle était perdue dans la contemplation du reflet du ciel sur l'océan, où le bleu et l'orange se mêlaient à la perfection. C'était étonnamment beau. Le souffle coupé, elle mit du temps à retrouver la parole. Tony, lui, semblait toujours absorbé par le lointain.

-C'est pas cool Tony. C'est magnifique.

Il esquissa un sourire, mais il semblait à des kilomètres de là. Sur cette petite île, peut-être.

-Ma mère disait ça aussi. C'est un des rares beaux coins de DC. L'avantage qu'il a sur les autres, c'est que personne n'y vient jamais.

Pour répondre à la question muette de Kate, il balaya quelques branches d'un geste, dévoilant un panneau « Zone Dangereuse » qui semblait dater.

-Le sol danger qu'il y a, c'est de t'écraser en bas si tu penses que plonger dans un amas de rochers est indolore. Mais comme tu m'as l'air plutôt futée, je pense que tu ne plongeras pas.

Kate ne répondit pas, mais elle se douta qu'elle était une privilégiée. Tony n'avait pas dû monter ce petit coin de paradis à plus d'une dizaine de personnes. Ils restèrent là un petit moment, assis sur le capot de la Ferrari à se perdre dans les flots, puis ils prirent le chemin du retour, sans échanger un mot. Tony la déposa devant chez elle un peu avant l'heure prévue, comme la règle le veut, et Kate le remercia d'un signe de la main avant de rentrer dans sa maison. Tony démarra la voiture et alluma l'auto-radio. Un grondement électrique remplaça le silence complice qu'il partageait avec Kate quelques instants plutôt tandis qu'il appuyait sur l'accélérateur.