Here we go, c'est partie.

Le chapitre un. Pour le moment, c'est un passage calme, mais c'est le calme avant la tempête.

Bioware est le proprio (hélas) et je fait juste mumuse avec leur jouet ^^

P.S. : Pour info, les phrases en italiques sont les pensées des personnages, sauf quand elles sont précédées d'un tiret. Dans ce cas, il s'agit d'une réplique par radio.


Chapitre 1

Normandy SR-1

Mission secrète

C'est à très grande vitesse que le vaisseau Normandy SR-1 passa à proximité de Jupiter, en direction de la bordure extérieure du système solaire qui abritait le berceau de l'espèce humaine. A l'intérieur de la frégate flambant neuve, l'activité était digne d'une fourmilière. La voix de Jeff « Joker » Moreau, le timonier, résonnait à travers les hauts-parleurs.

- Relais Arcturus Prime en vue. Début de la séquence de transmission.

Pendant ce temps, le commandant John Shepard, un homme de grande taille, à la peau blanche, aux yeux bleus, aux cheveux bruns ras et avec un léger duvet sur les joues, avançait vers le poste de pilotage, engoncé dans son armure noire et rouge du N7, unité spéciale de l'Alliance Interstellaire. En chemin, un de ces hommes le salua d'un bref « Commandant » puis vaqua à ses propres occupations.

Le vaisseau approchait déjà de Pluton. Et Joker continuait de faire son rapport sur la manœuvre en cours.

- Connexion établie. Calcul de la masse de transit et de la destination.

Shepard passait à côté de la passerelle de commandement, où l'officier de navigation consultait différents moniteurs. Il s'en détourna pour adresser un bref hochement de tête à son supérieur.

- Relais opérationnel, annonça le pilote. Acquisition du vecteur d'approche.

Shepard franchissait peu à peu les derniers mètres qui le séparait du poste de pilotage. Il vit que leur « invité » se tenait là.

- Station sécurisée pour transit, dit Joker tandis que les propulseurs inférieurs se repliaient sous le vaisseau.

Le commandant se plaça à côté de l'extraterrestre en armure noire et rouge qui observait la manœuvre depuis le début. Puis il fixa son regard sur l'énorme relais cosmodésique qui flottait à proximité de Pluton.

- On a le feu vert. Début de la phase d'approche.

Le Normandy amorça le virage pour se mettre dans l'axe de l'énorme structure.

- Passage du relais dans trois, deux, un...

Le vaisseau, entré dans le champ d'action du relais, fut aussitôt projeté vers sa destination.


Joker, secondé par le lieutenant Kaidan Alenko, effectuait les vérifications d'usage.

- Propulseurs... OK. Navigation... OK. Puits thermique interne activé. Systèmes opérationnels. Déviation... juste sous la barre des mille cinq-cents klicks.

- Pas mal, fit le non-humain d'un ton blasé. Votre capitaine sera satisfait.

Puis il fit volte-face et partit vers l'arrière du vaisseau. Joker serra les dents et attendit quelques secondes, puis, n'y tenant plus, laissa échapper ce qu'il avait sur le cœur

- Je déteste ce type.

Kaidan ne put s'empêcher de lui lancer un regard surpris.

- Attends, il vient de te faire un compliment, donc tu le détestes, c'est bien ça ?

- Tu parles d'un compliment, rétorqua le timonier. Je viens juste d'atteindre une cible de la taille d'une tête d'épingle depuis l'autre bout de la galaxie. Et il trouve ça « pas mal » ! Et puis je suis peut-être parano, mais ça me rend nerveux d'avoir un Spectre à bord.

Kaidan eut un petit sourire. Ça, c'était bien Joker.

- Pas de doute, t'es vraiment parano. Le Conseil a participé au financement de ce projet et ils envoient quelqu'un pour surveiller leur investissement. Je ne vois pas le problème.

- Mouais, fit Joker, pas convaincu. Ça, c'est la version officielle. Mais cette mission, je la sens mal.

- Moi aussi, dit Shepard, qui, jusque là, avait écouté la conversation sans rien dire. On envoie pas un Spectre pour faire des tours de manège.

- Le capitaine ne nous dis pas toute la vérité, affirma le pilote, exprimant ainsi la pensée générale.

- Joker ! Au rapport, cracha une voix via l'intercom.

Quand on parle du loup...

- On vient de passer le relais cosmodésique, capitaine. Système furtif activé. Tout a l'air de tenir.

- Bien. Trouvez une balise de transmission et reliez-nous au réseau. Je veux que les rapports de mission soient renvoyés à l'état-major avant d'atteindre Eden Prime.

- A vos ordres, capitaine. A propos, vous allez recevoir un « visiteur ». Vous voyez de qui je parle ?

- Il est déjà là, lieutenant, répliqua le capitaine d'un ton sec.

Joker secoua la tête, dégouté, puis Anderson reprit.

- Envoyez le commandant pour un débriefing, tout de suite.

La communication fut coupé, et Joker s'adressa à Shepard.

- Vous avez entendu ?

- Il n'avait pas l'air content, remarqua le commandant, pensif. Il doit y avoir un problème.

Puis il se retourna et suivit le même chemin que l'extraterrestre. Sans plus s'occuper de son supérieur, Joker tenta de détendre l'atmosphère.

- En même temps, il est toujours comme ça lorsqu'il me parle.

- Tiens donc, fit Kaidan avec ironie. Comme c'est étrange.

Shepard s'avança en direction de la salle de transmission où l'attendait le capitaine Anderson. Il se demandait bien ce qui pouvait mettre son supérieur dans cet état. Mais arrivé au niveau de la passerelle de commandement, il fut tiré de ses pensées par le navigateur qui était en pleine conversation avec un micro. Ou plus exactement la personne qui se trouvait à l'autre bout de la ligne.

- Mais si, dit-il, je viens de le voir. Il avait une de ces démarches, comme s'il était en mission.

- C'est un Spectre, ils sont toujours en mission, répondit une voix que Shepard reconnut comme étant celle du chef-mécanicien Adams, en poste deux ponts plus bas.

- Et nous voilà embarqués avec lui, rétorqua le navigateur.

- Du calme, Pressly, tu vas finir par te coller un ulcère.

Pressly était un homme qui approchait de la cinquantaine, blanc de peau, des cheveux gris et ras, le sommet du crane dégarni et un collier de barbe poivre. Et comme tout officier de l'Alliance qui se respectait, il portait l'uniforme réglementaire.

Lorsqu'il vit Shepard s'approcher, il se mit cette fois au garde-à-vous.

- Félicitations, commandant. On dirait que tout s'est bien passé. Vous descendez voir le capitaine ?

- Je vais lui faire mon rapport, oui, acquiesça John.

- Avec tout le respect que je vous dois, chef, il va peut-être finir par vous dire ce qu'on fout vraiment ici, dit alors Pressly.

- Vous pensez que l'état-major nous cache quelque chose ?

Visiblement, le navigateur n'attendait que cette question.

- Si tout ce qu'on a à faire, c'est tester le système furtif, pourquoi est-ce que le capitaine Anderson dirige la mission ? Sans parler de Nihlus. Les Spectres sont des espions d'élite. Qu'est-ce qu'un espion turien viendrait faire dans un vol d'essai ? Ça ne colle pas.

- Vous n'avez pas confiance en Nihlus, nota le commandant.

- Je n'aime pas les turiens de manière générale, expliqua Pressly. C'est de famille. Mon grand-père a participé à la guerre du Premier Contact. Il a perdu beaucoup d'amis quand les turiens ont attaqué.

- C'était il y a presque trente ans, objecta Shepard. Vous ne pouvez pas blâmer Nihlus pour ça.

- Non, bien sûr, mais ça me rend nerveux d'avoir un Spectre à bord. Surtout un turien. Nous sommes sur un vaisseau de l'Alliance, l'armée humaine. Mais contrairement à nous, Nihlus n'a pas de compte à rendre au capitaine. Les Spectres opèrent en dehors de la hiérarchie. Et ils ne viennent pas juste observer des vols d'essai. Nihlus a l'air de s'attendre à de l'action. Ça ne me plait pas.

Shepard médita là-dessus quelques secondes, puis il finit par prendre congé de Pressly.

- J'essaierai d'obtenir des réponses quand je le verrai.

- Bonne chance, commandant, fit le navigateur, à nouveau au garde-à-vous.

En vérité, Shepard avait déjà pensé à tout ça avant le décollage. Dés qu'il avait appris que le Normandy bénéficierait d'entrée de jeu d'un équipage complet quand un demi-équipage suffisait pour le vol d'essai. Dés qu'il avait su que David Anderson, l'un des officiers les plus décoré de l'Alliance, était promu capitaine du prototype.

Car oui, Anderson était un héros de guerre, une légende vivante. On disait que s'il faisait fondre toutes les médailles qu'il avait obtenu durant sa carrière, il pourrait se faire faire une statue de lui-même grandeur nature. Ajouté à cela que c'était un homme honnête et droit, sous les ordres duquel on appréciait de partir en mission.

Pour en revenir à ses soupçons sur l'objectif caché de leur mission, l'arrivée de Nihlus à bord avait fini de le convaincre.

Oui, un Spectre à la solde du Conseil ne pouvait pas être là en tant que simple observateur. Si le Conseil avait voulu que quelqu'un soit présent en son nom à bord pour le premier vol, il aurait plutôt envoyé un simple diplomate. Pas un membre des Affaires Spéciales et Tactiques de Reconnaissance.

Pour qu'un Spectre se déplace, il fallait que ce vol d'essai cache quelque chose de plus important. Une mission... secrète.

Shepard repris sa marche. Peut-être que l'énervement qu'il avait senti dans la voix du capitaine tout à l'heure avait un rapport avec cette « mission secrète ».

Quoi qu'il en soit, il n'avait pas fait deux mètres qu'une autre conversation le tira à nouveau de ses pensées. Cette fois-ci, ce fut entre un jeune caporal, celui qui avait salué Shepard à son arrivée sur le pont supérieur, et une femme d'un certain âge qui portait un uniforme médical, signe de sa fonction de médecin de bord.

- J'ai grandi sur Eden Prime, doc, affirmait le soldat. Les Spectres qui viennent ici le font pas par plaisir. A mon avis, Nihlus nous cache quelque chose.

- C'est ridicule, répliqua le médecin. Le capitaine est le seul maitre à bord. Il n'a pas d'ordres à recevoir d'un Spectre.

- Il a pas le choix, doc. Les Spectres n'ont de compte à rendre à personne. Ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent. Même tuer.

- Vous regardez trop de holos d'espionnage, Jenkins.

Le caporal Jenkins, était un jeune homme d'une vingtaine d'années, fraichement promu. Comme il le disait, il était originaire d'Eden Prime, ce qui lui avait valu d'être désigné pour cette mission, bien qu'officiellement, son rôle se bornait à rester prêt à intervenir en cas de problèmes. Encore un facteur qui avait mis la puce à l'oreille de Shepard. Pourquoi inclure des soldats, lui compris, si on ne s'attendait pas à un peu d'action ?

Par bien des aspects, Jenkins rappelait invariablement à Shepard ce qu'il était lui-même à cet âge : un jeune bleu qui laissait derrière lui une vie qui ne lui plaisait pas, qui avait de l'ambition et des projets d'avenir. Et doté d'un tempérament enthousiaste et tête brulée, avide de faire ses preuves. Mais aussi compétent et sérieux quand la situation l'imposait.

Pour Shepard, c'était clair. Avec du temps, de l'expérience et de la maturité, Jenkins deviendrait un officier prometteur. En espérant qu'il vive assez longtemps pour ça.

Le docteur Chakwas, quant à elle, était une femme d'une cinquantaine d'années aux cheveux gris. Elle était, avec le capitaine Anderson, le navigateur Pressly et le chef mécanicien Adams, l'un des membres les plus âgés et les plus expérimentés de l'équipage.

Shepard ne la connaissait que depuis quelques semaines, mais le courant était vite passé. Il savait d'elle qu'elle avait servie sur de nombreux vaisseaux de l'Alliance, qu'elle avait participé à de grosses campagnes comme la libération de Shanxi et le raid Skyllien, qu'elle aimait les alcools de qualité (avec modération bien sûr), et que bien qu'elle ne paraissait pas très enchantée à la perspective de devoir utiliser ses compétences, elle n'hésitait jamais à retrousser les manches et à soigner plaies et bosses avec une main sûre et experte.

Lorsqu'il vit son supérieur, Jenkins le salua et l'invita à se joindre à la discussion.

- A votre avis, commandant, on va rester longtemps sur Eden Prime ? Moi, je veux de l'action, de la vraie.

Oui, pas de doute. C'était Shepard au même âge. Et ça fit sourire le commandant. La doctoresse, quant à elle, laissa échapper un petit ricanement sarcastique.

- J'espère sincèrement que vous plaisantez, caporal. « L'action » signifie généralement que je me retrouve à rafistoler des membres de l'équipage à l'infirmerie.

Shepard crut préférable de tempérer un peu le jeune sous-officier.

- Calmez-vous caporal. Un bon soldat doit savoir garder la tête froide, au combat comme en dehors.

- Pardon, commandant, mais j'en peux plus d'attendre sans rien faire. C'est la première fois que je participe à une mission avec un Spectre.

- Abordez cette mission comme une mission normale et tout ira bien. Je vous fais confiance.

- Facile à dire, pour quelqu'un comme vous. Vous avez déjà fait vos preuves sur Akusé. Tout le monde sait de quoi vous êtes capable. Cette mission, c'est la chance de ma vie, c'est l'occasion de prouver ce que je vaux.

- Vous êtes jeune, caporal, insista le commandant, et vous avez encore une longue carrière devant vous. Ne gâchez pas tout par impatience.

- Ne vous en faites pas, chef, le rassura Jenkins. Je serai à la hauteur.

- Vous êtes originaire d'Eden Prime, c'est bien ça ? A quoi ça ressemble ?

- C'est très calme, commandant. Pas de pollution, pas de grandes villes. La préservation de l'environnement est une priorité.

- C'était comment de vivre là-bas ?

- Au début, c'était plutôt sympa, répondit le jeune caporal en se replongeant dans ses souvenirs avec un petit sourire légèrement nostalgique. Mes parents habitaient un peu à l'écart, au milieu des champs. La nuit, je grimpais sur une colline et je regardais les lumières des habitations de la colonie principale. Je trouvais ça magnifique. Mais en grandissant, j'ai compris que cette vie ne me convenait pas. C'était trop calme pour moi. Alors, j'ai rejoint l'Alliance. Comme quoi, même au paradis, on finit par se faire chier.

- Vous savez pourquoi on nous envoie sur Eden Prime ?

- Pas vraiment, commandant, fit Jenkins en haussant les épaules. C'est une de nos colonies les plus stables, alors j'imagine que c''est l'endroit idéal pour tester le Normandy en situation.

Mouais, ça, Shepard en doutait de plus en plus.

- Mais y a forcément autre chose, ajouta le caporal, faisant ainsi écho aux pensées de son supérieur. Il y a un Spectre à bord, il doit bien y avoir une raison ! C'est pour ça que je suis à cran : j'ai hâte de connaître notre vraie mission.

Shepard réprima un petit sourire. Oui, un vrai enthousiaste, ce caporal.

Il délaissa un peu le jeune sous-officier et se tourna vers le médecin de bord, qui avait écouter la conversation sans rien dire.

- Dites-moi, docteur, que pouvez-vous me dire sur Nihlus ?

- Et sur les turiens, ajouta Jenkins, avide d'en savoir un peu plus sur les premiers extraterrestres rencontrés par la race humaine.

- Les turiens sont généralement très respectés des autres espèces, expliqua Chakwas. Les patrouilles turiennes qui protègent l'espace de la Citadelle sont plus nombreuses que n'importe quelle autre flotte. Il y a quand même quelques frictions entre eux et nous. Certains les trouvent trop rigides, d'autres leur reprochent encore la guerre du Premier Contact. Quant à Nihlus, ajouta-t-elle en réponse à la question du commandant, je lui ai à peine parlé. En général, il ne s'adresse qu'au capitaine.

- J'espère qu'on pourra le voir en action, fit Jenkins avec un air avide. Il paraît qu'un jour, il a dégommé à lui seul tout un peloton ennemi.

- Et que savez vous exactement des Spectres ? Demanda Shepard.

- Seulement ce que j'en ai entendu dire, répondit la femme avec une petite moue. Les agents Spectres travaillent directement pour le Conseil de la Citadelle. Ils opèrent généralement seuls ou en petits groupes. Mais les Spectres n'ont aucun pouvoir officiel : c'est surtout une organisation de l'ombre chargée de protéger la stabilité de la galaxie.

- La protéger à tout prix, ajouta le caporal. C'est ça qui compte. Les Spectres sont au dessus des lois.

- A ma connaissance, poursuivit Chakwas, leurs rangs sont surtout composés d'agents recrutés parmi les races conciliennes, c'est à dire de turiens et des asaris, et même aussi quelques galariens. Certaines rumeurs parlent d'agents drells, et même krogans. Mais cela, rien ne permet de le confirmer.

- Pas d'humains ?

- Ça fait des années que nous essayons de faire accepter un humain dans leur rang, sans résultats jusqu'ici.

- Eh, commandant ! Vous seriez pas mal comme Spectre ! S'exclama Jenkins. Ils sont toujours lâchés dans des merdiers pas possibles, avec des chances quasi nulles. Et ils s'en sortent ! Comme vous sur Akusé, quoi !

- J'essaye de ne pas trop penser à Akusé, fit le commandant avec un soupir mélancolique.

Il ne pouvait pas vraiment oublier les cinquante marines sous ses ordres ce jour-là. Aucun n'avait survécu, tous tués par des dévoreurs, d'immenses vers qu'on trouvait sur plusieurs planètes de la galaxie. Shepard était le seul à s'être tiré de cet enfer, et il se demandait encore comment il avait réussi et pourquoi lui et pas un autre.

Jenkins se rendit compte de la gaffe qu'il venait de commettre, et il s'excusa aussitôt.

- Désolé, commandant. Je ne voulais pas vous offenser. Je respecte ce que vous avez fait sur place, comme tout le monde.

- Inutile de ressasser le passé, commandant, fit le docteur pour détendre un peu l'ambiance. Vous aviez besoin d'autre chose ?

Shepard se secoua mentalement, rangea ses mauvais souvenirs dans un coin de son esprit et se concentra sur l'instant présent.

- Ça ira, merci. Le capitaine doit m'attendre.

Shepard laissa donc le jeune caporal et la doctoresse et alla dans la salle des transmissions. Mais quand il y entra, le capitaine n'était pas là. Seul Nihlus, le turien, l'attendait.

Il avait la peau brune, dure et rugueuse, un peu comme les reptiles terriens tels que le crocodile. Il avait trois cornes dressées vers l'arrière au sommet de son crâne, ce qui, selon un des membres de l'équipage, lui donnait un air de marteau arrache-clou. Son visage, encadré par une paire de petites mandibules au niveau de la mâchoire inférieure, était à mi-chemin entre le félin et l'oiseau de proie, impression accrue par ses petits yeux verts et perçants, et il avait sur sa face des peintures blanches que Shepard supposa comme étant rituelles.

Ajouté à ça son armure de combat et son fusil à pompe accroché à sa ceinture, et on obtenait un des meilleurs Spectres que la galaxie ait jamais connue.

Pour l'heure, le turien était dos au sas, en train de regarder une projection holographique d'Eden Prime, et s'il avait entendu Shepard entrer, il n'en montra rien, tant que celui-ci ne fut pas à son niveau. Nihlus se retourna alors, et s'adressa à l'humain qui venait de le rejoindre.

- Commandant Shepard. Vous êtes seul ? Tant mieux, je dois vous parler.

- Me parler de quoi ? Demanda le commandant, curieux.

- Eden Prime, cette planète où nous allons... On dit que c'est un monde magnifique.

- Je n'y suis jamais allé, l'informa l'humain.

- Mais vous en avez entendu parler, supposa le turien. C'est un symbole pour votre peuple, n'est-ce pas ? Une preuve que l'humanité est non seulement capable d'établir des colonies galactiques, mais aussi de les protéger. Mais cette protection est-elle vraiment efficace ? Demanda-t-il en se tournant vers l'image du monde-éden

Shepard n'aimait pas la tournure que semblait prendre la conversation.

- Si vous avez quelque chose à dire, dites-le, répliqua-t-il d'un ton sec.

- Les humains sont encore jeunes, inexpérimentés, expliqua Nihlus en se retournant vers l'humain. La galaxie recèle bien des dangers, Shepard. L'Alliance est-elle prête à y faire face ?

C'est à ce moment-là que le capitaine Anderson fit son entrée dans la salle. Il était grand, la peau noire, les yeux marrons et les cheveux grisonnants, et il dégageait une aura autoritaire.

- Je crois qu'il est temps de dire la vérité au commandant, dit-il avec l'intonation qu'il aurait employé pour donner un ordre.

Le turien acquiesça. Il était visiblement d'accord pour arrêter là les cachotteries.

- Cette mission est bien plus qu'un simple vol d'essai, avoua-t-il.

Pourquoi je ne suis même pas surpris ? Pensa Shepard en lui-même.

Il se tourna alors vers Anderson.

- Je me disais bien que vous nous cachiez quelque chose. Tout l'équipage a des soupçons.

- Nous organisons un ramassage secret sur Eden Prime, expliqua le haut gradé. C'est pour ça qu'il nous fallait le Normandy, et que son système furtif soit opérationnel.

- Quel est le colis, capitaine ?

- Une équipe de recherche sur Eden Prime a déterré une sorte de balise... d'origine prothéenne.

- Mais les prothéens ont disparu il y a cinquante-mille ans.

- Leur héritage existe toujours, rappela le turien. Les relais cosmodésiques, la Citadelle, nos systèmes de propulsions... Tous sont basés sur la technologie prothéenne.

- Cette mission est cruciale, Shepard, enchaina le capitaine. La dernière fois que l'humanité a fait une découverte de ce genre, notre technologie a fait un bond de deux-cents ans en avant. On ne pourra rien apprendre de plus tant que la balise restera sur Eden Prime. Il faut la rapporter sur la Citadelle pour qu'on puisse l'étudier sérieusement.

- Cela va au-delà des seuls intérêts humains, commandant, ajouta Nihlus. Cette découverte pourrait avoir des répercussions sur toutes les races de l'espace concilien.

- Il faut s'attendre à des ennuis ? S'enquit Shepard, qui commençait à comprendre pleinement les enjeux de cette découverte.

- Toujours, assura le Spectre.

- Ce n'est pas tout, Shepard, poursuivit Anderson. Nihlus n'est pas seulement là pour la balise. Il est aussi venu vous évaluer.

- Donc, c'est pour ça que je le croise à tout bout de champ, nota Shepard.

Et dans sa tête, une idée folle germa. Est-ce que par hasard... Non, ce n'était quand même pas ça ?

- Que se passe-t-il, capitaine ? Demanda Shepard.

Anderson prit une bonne inspiration et se lança.

- L'Alliance soutient ça depuis longtemps. L'humanité veut jouer un plus grand rôle dans la politique intergalactique. Nous voulons avoir notre mot à dire au Conseil de la Citadelle. Or, dit-il en abattant son poing dans la paume de son autre main, les Spectres incarnent la puissance et l'autorité du Conseil à travers la galaxie. Qu'un des nôtres rejoigne leurs rangs serait un énorme pas en avant.

- Vous avez survécu à l'enfer sur Akusé, expliqua Nihlus. Refuser de mourir est un talent très utile. C'est pourquoi j'ai proposé votre nom pour intégrer les Spectres.

Les soupçons de Shepard se confirmaient. Et pour être honnête, l'idée ne lui déplaisait pas vraiment. Néanmoins, une question lui trottait encore dans la tête.

- Pourquoi un turien voudrait faire entrer un humain chez les Spectres ?

- Tous les turiens ne sont pas hostiles aux humains, l'informa le Spectre. Beaucoup d'entre nous voient tout le potentiel de votre espèce. Vous avez beaucoup à offrir à la galaxie... et aux Spectres. Nous sommes un groupe d'élite, et il est rare de trouver un individu de votre talent. Je me fiche pas mal que vous soyez humain, Shepard, tant que vous avez les compétences nécessaires.

Le commandant sentait la sincérité dans les propos de l'alien. Et, bien qu'il n'en montra rien, il se sentait flatté. Il ne prit que quelques minutes de réflexion, et considéra que c'était une occasion qui ne se représenterait certainement jamais. Certes, en tant que Spectres, il aurait d'énormes responsabilités, et une pression monstre sur les épaules. Mais d'un autre côté, il aurait vraiment l'impression de jouer un rôle important, et il aurait une plus grande liberté de mouvement.

Non pas que son grade de commandant de l'Alliance le lassait, mais il se sentait parfois étouffé par les limites et les objectifs qu'on lui imposait. Pouvoir faire suivant ses propres règles avait... un petit côté vraiment tentant.

Finalement, il prit sa décision.

- Dites-moi ce que je dois faire, dit-il en guise d'approbation.

Nihlus lui adressa un petit hochement de tête et lui expliqua la marche à suivre.

- Il faut d'abord que je vous évalue, commandant. Nous allons faire équipe pendant quelque temps.

- Vous serez responsable de l'équipe au sol, ajouta Anderson. Récupérez la balise et rapportez-la sur le vaisseau au plus vite. Nihlus vous accompagnera en tant qu'observateur.

Profitant du temps qui leur restait, Shepard décida qu'il serait bon d'en apprendre le plus possible sur différents détails.

- Qu'est-ce qu'elle a de si important, cette balise ?

- Toutes les civilisations galactiques évoluées, commença le turien, sont basées sur la technologie prothéenne. La votre ne fait pas exception.

- Si l'humanité n'avait pas découvert ces ruines enfouies sur Mars, poursuivit le capitaine, nous serions toujours coincés sur Terre. Et encore, ce n'était qu'un petit cache de données. Qui sait ce que nous pourrons apprendre de cette balise.

Puis il prit un air légèrement inquiet.

- Imaginez qu'il s'agisse d'archive d'armes... Nous ne pouvons pas la laisser tomber entre de mauvaises mains.

- Comme qui, par exemple ?

- La Travée de l'Attique n'est pas le secteur le plus stable de l'espace concilien, expliqua Anderson. Il existe de nombreux pirates et groupes criminels actifs dans la région. Ils peuvent se dire qu'une balise prothéenne vaut la peine d'attaquer un vaisseau de l'Alliance. De plus, Eden Prime est à la frontière des systèmes Terminus.

Les systèmes Terminus. Un nom qui faisait frémir les populations civiles. Une vaste zone de non-droit, aux mains des pirates de la pire espèce et des groupes mercenaires sans scrupules. Sans parler des butariens, qui s'y étaient exilés après un désaccord avec le Conseil quant à l'entrée de la race humaine dans la communauté galactique et son expansion sur des territoires visés par les aliens à quatre yeux.

On y trouvait aussi des stations neutres, des colonies indépendantes, des mondes sauvages et inexplorés...

Shepard n'ignorait rien de la puissance que pouvait déployer les principales factions des systèmes Terminus. Néanmoins, il doutait qu'ils se risquent à s'attirer les foudres du Conseil.

- La Travée de l'Attique est sous la protection de la Citadelle, rappela-t-il. Si les systèmes Terminus attaquent, c'est un acte de guerre.

- En théorie, oui, commença le turien. Mais certaines des espèces des Terminus seraient prêtes à déclencher un conflit pour ça.

- Se retrouver entrainé dans un conflit majeur avec les systèmes Terminus est la dernière chose dont le Conseil a besoin, expliqua le capitaine. Nous devrons donc faire profil bas.

- Et que savez-vous sur les prothéens ?

- Seulement ce qu'on apprend à l'école : que c'était une espèce très évoluée qui dominait la galaxie il y a cinquante-mille ans... ensuite de quoi ils ont disparu. Il y a pas mal de théories qui circulent, mais personne ne sait vraiment comment ni pourquoi. Par contre, tout le monde s'accorde à dire que la civilisation galactique n'existerait pas sans eux.

- La Citadelle est le centre névralgique de notre société galactique, renchérit le turien, et sans les relais cosmodésiques, les voyages interstellaires seraient impossibles. Nous sommes tous redevables aux prothéens.

Shepard médita là-dessus, puis, jugeant qu'il en savait assez pour le moment, il estima qu'il était temps de passer à la suite.

- J'attends vos ordres, capitaine, dit-il.

- Nous devrions être tout prêt d...

Anderson fut coupé par la voix de Joker.

- Capitaine ! On a un problème !

- Quel problème, Joker ?

- Transmission urgente d'Eden Prime, chef. Faut que vous voyez ça.

Anderson tiqua. Puis il se tourna vers l'écran holographique.

- Basculez-la sur l'écran.

Shepard et Nihlus se postèrent de part et d'autre du capitaine, tandis que l'image fixe d'Eden Prime laissa place à un vision d'apocalypse. Des tirs étaient échangés, des explosions creusaient des cratères dans le sol. Un soldat en armure blanche et rouge, une femme, vue les formes de sa poitrine, courut vers le cameraman, fusil en main.

- A TERRE ! Lui hurla-t-elle, après quoi elle tira sur un ennemi invisible pour les deux humains et le turien.

Encore des tirs et explosions, puis un lieutenant qui tentait d'envoyer un message de détresse, à peine audible à cause des parasites et des détonations.

- … envahis... notre position ! Je répète, nous sommes attaqués...

C'est à ce moment-là que résonna un bruit infernal. Les soldats filmés par la caméra cessèrent momentanément de tirer, et tous regardaient, bouche-bée, quelque chose qui semblait en hauteur. Le caméraman se tourna et vit ce qui faisait ce bruit.

Un gigantesque vaisseau noir, aux allures de pieuvre géante, descendait sur la colonie en écartant ses tentacules parcourus par des éclairs d'énergie rouge. Puis la transmission redevint franchement chaotique, et les trois observateurs ne purent qu'entrapercevoir les soldats tomber les uns après les autres.

Puis la transmission s'arrêta.

- Ça s'arrête là, capitaine, annonça Joker. Après ça, plus rien. Plus le moindre signal.

Anderson réfléchit quelque secondes puis...

- Retour arrière. Arrêt à 38.5.

L'écran revint en arrière et s'arrêta sur l'étrange vaisseau. Les trois hommes l'observèrent en silence, se demandant ce que ça pouvait bien être exactement.

Nihlus ne bougeait pas d'un pouce. Seules ses mandibules frémissaient de temps à autres.

Shepard avait une impression désagréable, comme s'il sentait au fond de lui que cette chose était dangereuse. Plus que dangereuse.

Anderson fut le premier à rompre le silence qui s'était installé.

- Situation ?

- Nous sommes à dix-sept minutes, capitaine. Aucun autre vaisseau de l'Alliance dans le système.

- Joker, manœuvre d'atterrissage. Je crois que les choses se compliquent un peu.

- Une petite équipe d'intervention passera plus facilement inaperçue, réfléchit le turien. C'est notre meilleur chance de récupérer la balise.

- Préparez-vous et rejoignez-moi dans la cale, dit Anderson à l'alien qui s'en alla.

Le capitaine s'adressa alors à Shepard.

- Prévenez aussi Alenko et Jenkins. Vous partez en missions, commandant.

Puis il fit volte-face, laissant le commandant regarder une dernière fois le mystérieux vaisseau.


Voici voilà. Les connaisseurs constateront que j'ai ajouté quelques lignes de dialogues, mais ça permet d'étoffer un epu et de donner plus de cohérence dans les dialogues.

J'ai parfois l'impression que certaines réponses sont complètement hors-sujet. Enfin c'est mon avis, hein ?

Bon, go au chapitre 2, maintenant.