Chapitre 2:

Apprentissage

La lumière traversait les carreaux et baignait le lit dans lequel Ambre se trouvait. Celle-ci émergea doucement du sommeil. Elle repoussa ses cheveux qui lui retombaient sur le nez d'un geste endormi de la main, papillonna des paupières et, quand elle réussit à ouvrir les yeux, elle vit, assis dans un grand fauteuil de cuir, un homme mince au visage anguleux qui la regardait de ses grands yeux sombres. Quand les brumes du sommeil se furent entièrement dissipées (assez rapidement dans ce genre de situation), tout lui revint en mémoire en un instant. La bataille, la fuite à la nage et les pirates. Et l'homme qui se trouvait devant elle ne pouvait être autre que le terrible pirate Roberts. Ne me dites pas que, hier soir, j'ai piqué l'épée du terrible pirate Roberts… je pouvais pas mieux choisir, non… évidemment avec ma poisse habituelle… Ambre se redressa d'un bond et se colla contre le mur. Ils restèrent à se regarder dans les yeux un moment, dans un silence tendu. Puis Roberts prit la parole.

"- Tu as dormi longtemps.

- …

- Et c'est une chance. J'ai eu le temps de me calmer.

- …

Mais de quoi il parle?

- Et oui. Par ta faute, nous avons perdu la trace du galion espagnol. Quand nous nous sommes remis à sa poursuite, après ton arrivée impromptue sur l'Ecumeur, il était trop tard. Il nous avait repéré et avait fait demi-tour. Et faut croire que leur vaisseau avance plus vite que le nôtre quand on remonte contre le vent.

- …

- Tu ne dis rien?

- …

- Quand la petite souris aura retrouvé sa langue qu'elle a donné au chat, elle nous préviendra. En attendant, tu as à manger sur la table."

Sur ce, il se leva et quitta la cabine. Ambre resta immobile, recroquevillée sur le lit. Elle écouta les bruits qui parvenaient à ses oreilles. Des ordres fusaient de temps à autre. Elle entendait aussi les pas des marins vaquant à leurs tâches accompagnés de rires et de discussions joyeuses. Elle sortit du lit et traversa silencieusement la pièce. Le capitaine pirate n'avait pas menti. Sur la table se trouvait une miche de pain, une pomme et une cruche d'eau. Ambre se rendit alors compte qu'elle mourait de faim et se jeta littéralement sur la nourriture. Elle dévora le pain en deux temps trois mouvements puis se servit un grand verre d'eau qu'elle but d'un trait. Puis elle s'attaqua à la pomme. Elle fit le tour de la pièce tout en mâchonnant. Elle alla jusqu'à la fenêtre, l'ouvrit et huma l'air du large. Mais elle perçut une autre fragrance plus riche, autre que celle des embruns. Elles se demanda d'où elle pouvait venir et s'assit sur le rebord et resta là quelques minutes à réfléchir à sa situation. Mais elle n'y vit rien de bien encourageant. Des larmes commencèrent à inonder ses joues alors qu'elle grignotait sa pomme du bout des dents, son appétit l'ayant abandonné.

Soudain, la vigie hurla, faisant sursauter Ambre qui manqua de sa casser la figure dans la plus haute dignité.

"- TERRE! Terre à bâbord!"

Cette annonce fut aussitôt suivie d'un boucan du tonnerre, car tous les pirates qui n'étaient pas sur le pont ou dans les cordages remontaient des cales. Ils se précipitèrent du côté gauche du navire, ce qui le fit dangereusement pencher. Le capitaine hurla:

"- Bande de chiens galeux! C'est pas un peu fini ce bordel? Vous avez jamais vu l'île de la tortue?"

Des grognements mécontents résonnèrent un peu partout sur navire (enfin surtout à gauche).

"- Vous avez quelque chose à dire? … non? Tant mieux! Aller! Au travail, tas de fainéants paresseux!"

Quel lyrisme. J'adore la poésie.

Le navire avançait à un bon train, fendait les vagues joyeusement et laissait derrière lui un sillage d'écume blanche. Ambre vit bientôt les premiers récifs qui bordaient l'île. Elle hésita un moment. Ces pirates allaient certainement la tuer, et avec un peu de chance elle pourrait atteindre l'île, si les requins avaient décidé de déserter cette portion de mer qui la séparait de la plage. Aller savoir pourquoi, mais Ambre n'appréciait plus qu'à moitié ces adorables bestioles. L'Ecumeur continuait à avancer et Ambre put bientôt voir l'île dans son ensemble. Elle aperçut de la fumée qui s'élevait au dessus des palmiers qui se balançaient doucement sous le vent et semblait provenir de l'autre côté de l'île. Serait-on arrivés au Fidji? C'est pal mal pour prendre sa retraite… un peu anticipée, d'accord mais… Cela la décida finalement. L'île n'était pas déserte et on pourrait peut-être l'aider et la renvoyer chez elle, en France, avec sa mère et ses frères. Elle jeta le trognon de pomme à l'eau, jeta un dernier regard autour d'elle pour voir si elle pouvait emporter quelque chose d'utile, mais tout était trop lourd. Et comme elle avait déjà testé l'expérience avec ses robes trempées, elle s'abstint d'emmener le moindre bibelot et se mit debout sur le rebord de la fenêtre, prête à plonger. Elle resta une minute à regarder l'océan à cinq mètres en dessous d'elle et prit son courage à deux mains. Elle se tendit mais elle sentit deux mains se resserrer brutalement sur sa taille et au lieu de se retrouver dans l'eau, elle heurta violemment le sol de la cabine. Au dessus d'elle se tenait un Roberts furieux.

"- Tu m'expliques ce que tu étais en train de faire?

- A votre avis?"

Nullement impressionné, le pirate poursuivit mais sur un ton beaucoup plus doux.

"- Si tu voulais descendre, il suffisait de le dire tout de suite. Nous t'aurions déposé en canot.

- Je… je ne …"

Roberts dressa un sourcil.

"- Je ne voulais pas vous dérangez." siffla-t-elle avec hargne.

"- Oh mais tu aurais dû. On aurait pu te conseiller : l'île de la tortue n'est pas réputée pour son hospitalité…"

Voyant qu'Ambre ne disait rien mais qu'une lueur d'intérêt brillait dans ses yeux, il continua:

"- Les cannibales n'apprécient qu'à moitié les français. Ils les trouvent un peu mous. Mais les enfants, par contre…"

Ambre pâlit et Roberts éclata de rire. Il se baissa, lui prit les épaules et la remit debout. Ambre recula immédiatement sans quitter le pirate des yeux. Roberts soupira d'exaspération et s'installa dans son fauteuil. Il sortit une longue pipe en terre délicatement sculptée et entreprit de la bourrer, sous l'œil attentif mais méfiant de la jeune fille. Il gratta une allumette, alluma sa pipe et en tirant quelques longues bouffées avant de prendre la parole.

"- Assied toi." dit-il en indiquant le lit.

Ambre avança à petits pas et s'assit sur le lit.

"- Bien." Roberts exhala un nuage de fumée. "Maintenant que tu es plus attentive, tu vas m'écouter sagement." Il la dévisagea un instant avant de reprendre. Elle ne le quittait pas des yeux mais elle paraissait beaucoup moins effrayée que la veille.

"- Que penses-tu de la piraterie?"

Ambre arrondit les yeux de surprise.

"- Ne me regarde pas comme ça, on dirait un merlan frit.

- …

- Oui, donc je te demandais ce que tu pensais de la piraterie, mais vu ta tête, je suppose que tu n'en penses pas grand chose. Tant mieux. C'est bien de partir sans trop d'à priori.

- …

Mais qu'est-ce qui dit? J'ai raté une diligence, là…

- J'ai parlé à mes hommes. A part monsieur Korp, ils n'ont pas franchement envie de te tuer après ce qu'ils ont vu hier soir. C'est rare de voir une gamine qui tient tête à un pirate. C'est même très rare. En fait, j'avais jamais vu ça. D'habitude, ça chougne, ça supplie, c'est chiant. Moi-même, hier soir, je ne sais pas ce qui m'a pris d'arrêter Korp. Et maintenant… du coup, l'idée m'a traversé l'esprit de te relâcher. Peut-être. Mais je suis quand même le terrible pirate Roberts. Je suis sensé ne pas laisser de survivants. Alors un de mes hommes a eu une brillante idée. Alors on va faire un marché. Soit tu t'enrôle dans la piraterie avec nous, soit…

- Soit?

- Soit nous te tuons. Ou on te relâche sur une île déserte, je sais pas encore.

- Ah ouais…

- Je plaisante. Tu peux rester en tant que mousse pour l'instant, et après on avisera. Sait-on jamais? La piraterie te plaira peut-être…

Ambre hésita à prendre la parole, puis se lança d'une toute petite voix en essayant d'en maîtriser les tremblements.

- Pourquoi faites-vous cela?

- Ce n'est presque pas par bonté d'âme : notre mousse s'est fait tué lors de l'attaque du Fortuné

Ambre laissa son regard vagabonder par la fenêtre, sur les vagues éblouissantes de lumière. S'ils la relâchaient dans un port quelconque, il y avait une chance pour qu'on la retrouve. Elle rejoindrait sa famille en France. Et son père la renverrai. Pour ce mariage qu'elle ne pouvait supporter. Alors que si elle se faisait pirate… Ambre réfléchit à toutes les implications que cela entraînerait : les carnages, les pillages et tout le bataclan qui va avec. Mais ce qui revenait les plus souvent dans son esprit, c'était la liberté qui s'offrait à elle et une nouvelle vie aventureuse.

Ses yeux revinrent sur le capitaine qui se tenait devant elle, engoncé dans son fauteuil.

"- Alors?" demanda-t-il.

"- Pirate.

- Oui, c'est moi.

- Nan, répliqua-t-elle, irritée. Je me demande si la piraterie n'est pas le mieux en ce qui me concerne.

- Voilà une bonne nouvelle! C'est Korp qui va être content!"

Roberts, en voyant la tête d'Ambre, ajouta:

"- Je rigole."

Ambre lui jeta un regard noir.

"- Viens. On doit pouvoir te trouver quelque chose de mieux que cette chemise de nuit. Un marin qui se respecte ne se trimballe pas avec des guenilles."

Ambre se leva et le suivit. Mais qu'est-ce que j'ai encore fait? Je suis complètement timbrée ma parole! Tu vas me dire: je le savais déjà mais quand même! S'engager dans la piraterie! Faut être dingue! Quand elle apparut derrière le capitaine, tous les hommes présents sur le pont se turent. Roberts sourit et déclara:

"- Messieurs, nous avons un nouveau compagnon à bord."

Les marins se remirent au boulot de bon cœur tout en souhaitant la bienvenue à Ambre. Seul Korp tirait une gueule de six pieds de long. Le capitaine fit un signe de tête à Ambre pour qu'elle le suive et descendit les marches de bois sculptées. Il se dirigea vers un immense gaillard avec un cou de taureau qui donnait des ordres pour que les marins donnent plus de voiles.

"- Trévor!"

L'interpellé se retourna, dévoilant une orbite vide, entourée de cicatrices rougeâtres qui ne semblaient pas totalement refermées. Il remit rapidement son bandeau noir avec une tête de mort brodée dessus pour ne pas effrayer Ambre. Super original comme bandeau. Vraiment.

"- Oui, mon capitaine?

- Je vous charge de cette demoiselle.

- Elle a accepté votre proposition, alors?

- Vous ne m'écoutez jamais quand je parle?

- Pas quand je dois m'occuper de cette bande de singes,"dit-il en désignant les forbans qui couraient sur les vergues. "Mais croyez bien que j'en suis désolé.

- J'espère bien. Donc, tâcher de trouver des vêtements décents pour…

- Ambre.

- Pour Ambre. Et tâchez aussi de lui trouver du travail. Un pirate qui chaume n'a pas sa place sur mon navire. Cela dit en passant, je ne crois qu'on aurait pu trouver mieux comme prénom pour notre nouvelle compagne. Sur ce, je vous laisse.

- Bien mon capitaine."

Le terrible pirate Roberts rejoignit la barre de sa démarche de félin et s'occupa de ses propres affaires de piraterie. Ambre le regarda partir puis se retourna vers Trévor. Celui-ci l'examinait des pieds à la tête.

"- Mouais… je sais pas ce que je vais trouver à ta taille, mais va falloir faire avec. Allez viens."

Ambre le suivit docilement et ils descendirent dans les cales. Elle ne vit pas les pièces voler d'une main à l'autre, prix des paris sur sa décision.

Ils traversèrent une cale et entrèrent dans une seconde, plus petite. Trévor ouvrit plusieurs coffres et entreprit de fouiller dedans. Au bout de plusieurs minutes, il tendit à Ambre un pantalon de toile grossière et une chemise de laine.

"- Merci.

- Oh mais de rien. Ca m'a fait plaisir." répondit Trévor en souriant. "Je te laisse te changer et me rejoindre là-haut. Je vais voir ce que je peux te trouver comme besogne."

Ambre acquiesça d'un faible signe de tête et Trévor sortit d'une démarche claudicante. Elle attendit qu'il soit sortit des cales avant de se changer. Elle déposa délicatement sa robe-sous-vêtement sur un coffre et enfila le pantalon. Il était bien entendu trop long et elle entreprit de faire un ourlet. Elle passa par dessus sa chemise et renonça à la faire rentrer dans son pantalon, vu la quantité de tissu qu'il aurait fallu faire rentrer. Elle se sentait parfaitement ridicule, avec un seul escarpin puisqu'elle avait perdu l'autre de son bain forcé de la veille. Elle l'enleva et le mit avec le reste de ses affaires. Enfin prête, elle ressortit à l'air libre rejoindre Trévor. Celui-ci l'attendait avec à côté de lui un tas énorme de tissus blancs.

"- Bien. Il y a une voile à recoudre, qui peut servir en cas de problème. Je te montre comment on fait et après tu te débrouilles."

Ambre répondit d'un "oui" parfaitement inaudible. Trévor eut un petit rire devant la timidité de la jeune fille qui ressemblait plus au ricanement d'une sorcière enrouée qu'à autre chose. Très vieille la sorcière. Et très enrouée…

Il s'assit sur une caisse, se saisit du tas de chiffon qui n'était en fait qu'une immense voile de foc. Il chercha les deux bouts déchirés, fit signe à Ambre de venir à côté et commença à recoudre. Ses mains filaient à toute vitesse, rassemblant les deux bords de la toile épaisse. Il lui expliqua ensuite comment faire des points serrés pour que son travail ne soit pas complètement inutile.

"- Bien. T'as compris?"

Ambre répondit d'un signe de tête.

"- Je repasserais tout à l'heure pour voir comment tu avances."

Il s'éloigna à grands pas et donna ses ordres, puis il disparut dans le ventre du navire. Ambre prit entre ses doigts fins la grosse aiguille qui servait à recoudre les voiles, passa dans le chas, comme il lui avait montré, trois fils enroulés en un seul et commença son travail. Quitter la broderie pour recoudre des voiles sur un bateau pirate. Tu parles d'un changement!

Elle cousait depuis un peu moins d'une heure, mais la déchirure n'avait quasiment pas réduit de taille. Le tissu était dur à piquer et il fallait faire des points serrés et peu espacés pour que le vent ne puisse passer au travers et que la voile ne risque pas de se découdre. Ambre avait mal au doigt à force de forcer sur l'aiguille pour percer la toile et elle n'avait que peu de lumière à l'ombre des voiles du mât d'Artimon. De plus, elle était sans cesse dérangée par les marins qui passaient pour grimper dans le gréement et qui semblaient s'évertuer à lui rendre sa tâche plus difficile. Elle se releva, étira son dos douloureux et se dirigea vers l'avant du vaisseau. Arrivée sur le gaillard d'avant, elle enjamba la rambarde et s'installa à califourchon sur le bastingage, le plus près possible de la figure de proue. Elle avait plus de lumière et les marins n'avaient aucune raison de passer par là. Ambre contempla quelques instants le dragon qui étendait ses ailes, prêt à prendre son envol. Il était sculpté avec art, mais le temps et les intempéries l'avaient altéré par endroit. Malgré tout, il gardait fière allure, la gueule béante et la langue pendante, chacune de ses écailles reflétant la lumière du soleil. Ambre sourit pour elle-même. La couture sur un navire, quand le vent lui fouettait le visage agréablement réchauffé par le pâle soleil de printemps, était beaucoup moins astreignante que la broderie au coin de la cheminée avec les bougies pour seule source de lumière. Elle se remit au travail de bon cœur.

Le soleil déclinait sur l'horizon et Ambre n'avait toujours pas fini. Plus des trois quarts de la voile étaient recousus. Elle s'était piqué les doigts de nombreuses fois et avait laissé quelques petites tâches de sang sur le tissu blanc. Elle déplia ses doigts endoloris et changea de position. Elle s'assit à califourchon sur la rambarde accompagnant le mouvement du navire et rit intérieurement en pensant à ce que dirait son oncle s'il la voyait comme ça, les cheveux aux vent, en tenue de garçons et, qui plus est, assise dans la position qu'il détestait le plus. Elle laissa son regard dériver sur les vagues un moment, ses petits doigts s'activant seuls sur la toile rêche. Jamais elle n'aurait pensé aimer l'océan ainsi. Elle continua son travail avec un sentiment de liberté qu'elle n'avait jamais éprouvé avant.

Elle arriva à la fin de son ouvrage alors que la nuit était déjà tombée. Le navire était éclairé par de nombreuses lampes à huile et la lune offrait en plus une lueur blafarde. Elle était épuisée mais contente d'elle. Et soudain, elle prit conscience qu'elle ne savait pas où dormir. Raaah! C'est ballot, ça! Elle n'allait quand même pas retourner dans la cabine du capitaine et n'avait aucune idée de l'endroit qu'on lui avait réservé. S'ils m'en ont même réservé un. Elle bailla à s'en décrocher la mâchoire, finit les derniers points qui lui restaient à faire et s'apprêta à se lever quand elle entendit.

"- Bordel! Mais elle est où, la mioche! Je l'avais laissé là!" rugit la grosse voix de Trévor.

"- Elle est peut-être repartie à la nage. Avec les requins. Elle aime ça la petite souris.

- Ta gueule, Korp! Roberts va nous tuer si elle s'est barrée!" répliqua Trévor.

- Tu crois qu'elle est assez conne pour se sauver alors qu'on a quasiment plus de raison de la tuer?" intervint un troisième marin.

- Quasiment? Pourquoi quasiment?demanda Trévor.

- Parce que y'a que Korp qui lui en veut encore.

- C'est normal! T'as vu ce qu'elle m'a fait?

- Broaf! Une de plus ou de moins, ça change plus grand chose maintenant.

- Ouais mais quand même!

- Bon. C'est pas le tout, mais y'a pas trente-six endroits où elle puisse être. On a déjà fouiller les cales et regarder dans tous les hamacs, la cuisine…

- On a pas regardé chez le capitaine… dit sournoisement Korp.

- Dis pas de conneries. S'il était pédophile, on le saurait!

- J'suis sûr qu'il a des petits secrets…"

Pendant que les trois compères papotaient, Ambre avait déposé son attirail et la voile réparée sur le pont et dit d'une petite voix.

"- Je suis là.

- Où ça là?

- Ici.

- Ah."

Trévor, suivi de Korp et d'un dénommé Bob arrivèrent sur le gaillard d'avant et trouvèrent Ambre assise sur le bastingage, avec la voile posée à ses pieds, pliée.

"- Et bien, on peut dire qu'on t'a bien cherchée.

- J'ai cru comprendre. Désolée.

- C'est pas grave. T'as fini?

Ambre hocha la tête.

"- Bien. Fais voir ça."

Ambre lui tendit la voile. Trévor la prit d'un geste brusque et la déplia. Bien la peine que je m'acharne à la plier correctement! Il l'examina une minute avant de dire:

"- Mouais. Pas mal. T'aurais pu faire pire. Maintenant, j'te montre ta couchette et demain je te réveille à l'aube." Il commença à rouler la voile et suspendit son geste avant d'ajouter avec un petit sourire en coin, légèrement sadique. "Tu n'imagines même pas tout ce que je peux trouver à te faire faire."

Trévor finit de rouler la voile de foc, la cala sous son bras et repartit vers les quartiers des marins, suivis d'Ambre, de Korp et de Bob qui ricanait bêtement tout seul. Ils pénètrent dans une grande pièce sous le pont, remplie de hamacs, de couchettes et de bric à brac en tout genre, solidement arrimé au plancher. Le borgne, comme Ambre avait surnommé Trévor en son for intérieur, réveilla plusieurs ronfleurs et les envoya sur le pont prendre leur quart. Puis il prit une couverture de laine, la jeta à Ambre qui l'attrapa au vol et lui désigna un hamac dans le fond.

"- Voilà pour toi. Tu dois avoir aussi un bout de pain et du lard."

Trévor fit demi-tour et ressortit, laissant Ambre seule avec Korp, Bob et tous les forbans endormis. Elle se dirigea prestement vers son couchage, mangea avidement, se glissa sous sa chaude couverture et s'endormit rapidement, malgré les ronflements qui résonnaient dans la vaste salle.

Le lendemain, Trévor vint la réveiller aux aurores. Il la secoua sans ménagements jusqu'à ce qu'elle ouvrit un œil en disant:

"- Raah non, c'est pas moi.

- Pardon?"

Ambre se frotta les yeux et réalisa pour la deuxième fois en deux jours qu'elle ne se trouvait pas chez elle, mais sur l'Ecumeur, le navire du terrible pirate Roberts.

"- Nan rien.

- Allez debout. Va dans la cambuse, Bob (le cuistot) te donnera de quoi grignoter et tu me rejoindras sur le pont quand tu auras fini.

- Bien.

- Et ne traîne pas.

- Bien."

Trévor la laissa finir d'émerger, réveilla les jumeaux Fred et George, les envoya prendre leur quart et sortit. Ambre s'étira de tout son long et manqua de tomber quand son hamac fit un mouvement imprévu.

"- Damné machin!"

Les jumeaux pouffèrent. Ambre sauta au bas de sa couchette trop précaire et s'apprêta à aller dans la cambuse quand elle se rendit compte, encore une fois, qu'elle ne savait pas où c'était. Elle se dirigea alors vers les jumeaux en train de s'étirer dans leurs hamacs.

"- Excusez moi…" Ils se retournèrent simultanément et examinèrent de haut en bas le nabot qui leur adressait la parole.

"- Pouvez-vous me dire où se trouve ce qui sert de cuisine sur ce navire? Poursuivit-elle, mal à l'aise.

- Oui, je crois qu'on peut. On peut lui dire, non? Hein Fred?

- Oui, on peut le faire.

Ambre les regarda l'un après l'autre ne sachant comment réagir. Puis Fred reprit la parole:

"- Aller. J'ai pitié de toi. Si tu peux attendre deux minutes qu'on s'habille, on y va ensemble.

- Merci.

- Oh mais de rien, ma 'tite demoiselle." dit-il du tac au tac en sautant du lit et en faisant une révérence tout à fait ridicule. Puis s'en autre cérémonie, il enfila son pantalon et une chemise pendant que son frère faisait de même sous le regard horrifié (mais peut-être un peu intéressé) d'Ambre. La pauvre jeune fille est encore prude.

"- Prêts?" demanda George.

"- Voui voui," répondit-elle d'une petite voix.

"- Voyons! Ne soit pas si timide avec nous!

- Désolée…

- Et arrêtes de t'excuser tout le temps!

- Heu… désolée…

- Pardon, j'ai pas bien entendu…

- Nan rien.

- Je préfère ça.

- Bon alléééééé! On y va? J'ai faim moi!" les coupa Fred.

- On y va, on y va. Pas la peine de t'enflammer…

- Je m'enflamme pas mais si tu vas avoir le cul roussi par Trévor parce que tu traîne, c'est ton problème…

- Evidemment, si on prend les choses comme ça…

- Je les prend comme ça, alors bouge!"

C'est ainsi qu'Ambre fit connaissance avec les deux pirates les plus déjantés de l'équipage de l'Ecumeur. Et tous les trois se rendirent dans la cambuse. Le cuistot leur servit un copieux petit déjeuner qu'ils partagèrent en rigolant bêtement comme des gamins. Ambre les examina attentivement. Ils étaient jeunes, la vingtaine environ et avaient des cheveux bruns et lisses, nattés comme la plupart des pirates en queue de guerrier, des yeux sombres et rieurs, un nez fin et une bouche à peine dessinée dans un visage long et osseux. La seule chose qui lui permettait de les distinguer était la cicatrice qu'arborait George sur la pommette gauche. Quand ils eurent fini, ils se rendirent sur le pont où les attendaient Trévor. De loin, Ambre lui trouva une vague ressemblance avec un crapaud. Ne me demandez pas pourquoi.

"- Voilà. On vous amène votre apprentie, s'exclama Fred, tout joyeux.

"- Fraîche et dispose, renchérit George.

- Parfait. Elle va en avoir besoin, la petite Ambre.

Surtout faites comme si je n'étais pas là.

- Qu'est-ce tu lui as encore trouvé à faire? Grimper aux cordages? Ferler les voiles? L'escrime? Récurer le pont? Eplucher les patates? Ranger les cales? Apprendre à faire des jolis nœuds?

- Ou bien aiguiser toutes les armes? Prendre son tour à la vigie? Raccommoder? Faire la vaisselle? Faire les…

- Ohoooh, on se calme! L'effrayer pas tout de suite!"

En effet, Ambre avait pâli devant l'énumération des besognes qu'on pourrait lui refourguer. Qui a dit que les pirates n'étaient pas sadiques?

"- Aujourd'hui rien de tout ça. On va, ou plutôt Ambre va retresser tous les cordages qui en ont besoin, ensuite les enrouler correctement (n'allez pas croire que c'est facile) et je pense qu'après ça…

- Oulaaaah. Et nous? On ne s'occupe que de faire mumuse avec les voiles et faire la vigie, n'est-ce pas? Rassurez moi…

- Oh vous, comme d'habitude. Un quart normal. Mais peut-être deux si vous n'êtes pas sages…

- Ok, Trévor!"

Fred et George s'élancèrent dans les cordages avant que Trévor ne leur trouve quelque chose de pénible à faire et lancèrent un clin d'œil à Ambre.

"- T'en fais pas, c'est pas si terrible que ça…"

Ambre leva ses grands yeux dorés vers Trévor. Celui-ci sourit et lui fit un signe de tête lui indiquant de le suivre. Sur le gaillard d'avant, près de la figure de proue se trouvait un amoncellement de cordes en tous genres. Ambre le regarda, suspicieuse, se demandant ce qu'elle allait bien devoir faire. Trévor saisit une des cordes toute effilochée dans une de ses grandes paluches poilues et, comme la veille, lui montra comment faire pour rentrer les brins et tresser en cas de besoin. Enfin bref. Tout ce qui était nécessaire de faire pour renforcer la corde. Ambre en prit une dans une main et une aiguille courbe dans l'autre. Elle s'installa de nouveau sur la rambarde et entreprit de remettre les brins en place. Trévor resta un moment, lui donnant quelques conseils et partit s'occuper de gérer le navire en boitillant.

La matinée fila rapidement et Ambre eut vite les mains écorchées et irritées. C'était un travail dur et harassant. Les mousses sont-ils vraiment obligés de se payer les tâches les plus ingrates? Heureusement que les jumeaux passaient régulièrement, soit pour l'aider un peu, soit (le plus souvent) pour l'embêter. A travers leurs histoires et leurs anecdotes, elle commença à mieux connaître l'équipage. Trévor était un des plus vieux marins de l'équipage et refusait de prendre sa retraite, même s'il ne pouvait plus monter dans le gréement à cause de sa jambe boiteuse. Alors Roberts l'avait chargé de prévoir les tâches de chaque marin et il se débrouillait très bien. Il leur prodiguait des conseils issus de sa longue expérience tout en les épuisant à la tâche.

"- Panique pas, il sera peut-être plus gentil avec toi…

- Peut-être…"

Il y avait toute une bande de jeunes marins entre vingt et trente ans qui avaient été enrôlés assez récemment: Ken, le play-boy de service, James, James Bond, comme il se faisait appelé et qui racontait à qui voulait l'entendre qu'un jour il sauverait la planète, Wesley qui, comme Ambre, n'avait pas été tué par le terrible pirate Roberts et qui pour le moment, faisait le valet du navire (pour pas trop le changer de son ancienne existence de valet de ferme…)et Vincent, un français assez mignon en son genre avec un accent ardéchois terrible.

Korp était déjà le second du capitaine quand ils étaient arrivés (trois ans auparavant). Il était très pointilleux sur les devoirs des hommes de l'Ecumeur et personne n'osait râler vu l'armoire à glace qu'était le second… Il maniait l'épée et la hache comme le bourrin qu'il était et quand les marins de l'Ecumeur abordaient et que Korp se joignait à eux, ils lui laissaient toute la place disponible… Et si un des pirates étaient touchés par un de ses coups monstrueux, Korp lui sortait son excuse favorite : "M'enfin! Tu peux pas regarder où je vais?"

Il y en avait comme ça toute une tripotée à bord de ce navire qui contenait environ cent-vingt pirates avides de richesses. Les jumeaux ne les connaissaient pas tous personnellement car il y en avait qu'ils ne voyaient jamais à cause de la ronde des quarts.

D'après leurs dires, la plupart semblaient contents d'avoir un nouveau mousse à bord, d'autres étaient indifférents. Seul Korp paraissait n'apprécier qu'à moitié que la gamine qui l'avait défiguré soit toujours vivante. Les jumeaux étaient appréciés par tout le monde pour leur bonne humeur et leur entrain.

Vers midi, ils lui apportèrent son déjeuner et restèrent avec elle. Ils mangèrent en silence puis Fred demanda brusquement:

"- Pourquoi tu t'es engagée si vite? Dans notre équipage, je veux dire.

- Pourquoi me demandez-vous ça?

- Ca nous a étonné que tu te fasses pirate si vite, alors que le capitaine te proposait de te relâcher. Et me vouvoie pas, j'ai horreur de ça!

- T'avais compris ce qu'il t'avait proposé au moins? Dit George, espiègle. Ambre répliqua par un regard noir et resta silencieuse. Ses yeux couleurs de miel exprimaient l'étendue de sa tristesse face à la trahison de sa famille qu'elle ressentait au plus profond de son être comme une lame chauffée à blanc. Les jumeaux restèrent silencieux, l'air grave (si si c'est possible). Finalement, au bout de plusieurs minutes d'un silence tendu, elle lâcha d'une voix atone.

"- Mon père et mon oncle avaient arrangé un mariage avec un lointain cousin. Ils pensaient ainsi sauver la fortune de la famille et si je rentrais en France...

- Car la mariée, bien sûr, c'était toi.

- Ca allait pas être mon oncle.

George pouffa, manquant de s'étouffer avec son pain.

"- Désolé, j'ai imaginé ton oncle en robe de mariée. Même si je ne connais pas ton oncle, c'était…

- Ridicule? Pathétique? Affreux? renchérit Fred

- Tout à la fois.

- Ah bah ça devait être beau... Y'a pas à dire. T'as un esprit bizarre. Imaginer des types en robes de mariée… Quand je pense que je suis ton frère.

- C'est pas prouvé."

Ambre éclata de rire, bientôt rejointe par les deux autres. Ils finirent leur repas rapidement et les jumeaux repartirent dans les cordages pendant qu'Ambre continuait à réparer les cordes et ils évitèrent de remettre ce sujet sur le tapis.

Elle finit en fin d'après midi, les mains à vif. Trévor vint voir où elle en était et, peut-être légèrement étonné de voir qu'elle avait fini si vite même si lui-même n'aurait pas mis plus de trois heures, il lui montra comment les enrouler correctement. Ambre eut beaucoup de mal, ayant des bras trop petits et les cordes n'étant pas du tout coopératives. George eut pitié d'elle, et pendant que Fred faisait leurs tâches, il aida Ambre à finir. Quand tous les rouleaux de corde furent enrouler, elle les posa à côté du grand mât avec les autres et alla se coucher, après être passée dans la cambuse où Bob lui donna un morceau de pain, un ragoût de pommes de terre et une poire.

Les jours suivants se déroulèrent de façon similaires. Trévor la réveillait aux aurores, lui donnait un travail à accomplir, lui montrait comment le faire et s'en allait. Ambre s'appliquait, dérangée de temps à autre par Fred et George et, le soir venu, elle s'endormait comme une masse dans son hamac. Puis vint le moment où Trévor commença à lui apprendre la théorie sur les manœuvres des voiles, quand et comment ferler les voiles… Ensuite il la confia aux jumeaux qui s'amusèrent comme des petits fous à la faire monter et descendre, passer d'un coté et de l'autre d'un mât, courir sur les vergues. Au début, Ambre progressait lentement dans le gréement de peur de tomber mais au bout de deux semaines, elle grimpait comme un écureuil.

Cela faisait maintenant un mois qu'elle se trouvait sur l'Ecumeur et les jours s'écoulaient dans la routine de la vie à bord d'un navire pirate. Courir dans le gréement, astiquer le pont, aider Bob pour la cuisine et autres tâches très amusantes pour un jeune mousse sans expérience. Ambre n'avait pas beaucoup grandi mais avait forci et sa peau blanche était maintenant hâlée. Elle n'arrivait pas à accomplir toutes les tâches que faisaient les autres marins mais elle aidait de son mieux. Trévor se rendit compte qu'il n'avait plus grand chose à lui apprendre, et que l'expérience serait plus utile que de recoudre des voiles. Elle dut donc prendre son tour dans la routine des quarts. Mais Trévor s'arrangeait pour qu'il tombe en même temps que celui des jumeaux qui s'étaient pris d'affection pour ce petit brin de fille.

Depuis l'insertion d'Ambre comme mousse dans l'équipage, ils n'avaient fait que deux brèves haltes dans des petits ports isolés pour refaire le plein de vivres et d'eau et y avaient vendu le peu qu'ils avaient trouvé sur le Fortuné. Et depuis ce temps, aucun navire n'avait croisé leur route et les pirates étaient sur les nerfs.

Un jour où la mer était agitée et où les manœuvres à effectuer étaient un peu trop complexes et où elle aurait été plus une gêne qu'autre chose, Trévor l'envoya pour la première fois en haut de grand mât scruter l'horizon. Ambre eut tout d'abord le vertige (elle n'était jamais montée aussi haut) mais il fut bientôt remplacé par un sentiment d'excitation et de bien-être. Elle rêvassa un moment puis se morigéna intérieurement pour ne pas faire ce qu'on attendait d'elle et elle se mit à rechercher la silhouette d'un navire. Trévor lui avait dit que si jamais elle repérait quelque chose, elle devait appeler un des jumeaux ou un autre membre de l'équipage pour qu'il lui dise si ce qu'elle voyait était bien un navire et non pas une île ou autre chose du même style.

Elle se trouvait là-haut depuis un long moment et la mer était de plus en plus violente et les tangages en haut du mât était bien plus sensibles que sur le pont. Son estomac avait tout d'abord crié au meurtre puis Ambre avait pris le rythme et n'en souffrait plus. Elle ricana intérieurement quand elle entendit Bob et un autre pirate dénommé Vincent prendre les paris pour savoir si elle allait être malade. Je suis pas sûre qu'ils rigoleraient autant si je leur vomissais dessus…Plus sérieusement, elle reprit son observation. Depuis qu'elle était montée, elle n'avait aperçu que deux îles qui se découpaient nettement sur le bleu-vert de l'océan. Quand je pense qu'il croyait que je pourrais les confondre avec un navire! Je sais que je suis pas très fut fute quand je veux mais quand même! Y'a des limites! Et soudain, à tribord, elle crut apercevoir un vaisseau. Elle n'en était pas sûre : elle ne l'avait vu que très brièvement avant que l'Ecumeur ne replonge dans un creux entre deux vagues. Elle attendit qu'il remonte et observa attentivement. Elle ne vit rien. Pourtant, j'aurais juré que… L'Ecumeur plongea à nouveau. Et quand il atteint le sommet de la vague suivante, Ambre l'aperçu de nouveau. Cette fois elle en était sûre. Elle se pencha par-dessus la fragile rambarde qui entourait ce petit poste d'observation et chercha un des jumeaux des yeux. Ils sont encore plus difficiles à repérer qu'un navire dans la tempête. Et pour une fois, je sais de quoi je parle! Et soudain, elle en vit un. Pas moyen de savoir si c'était Fred ou George puisqu'elle n'arrivait pas à voir la cicatrice. Au hasard, elle cria.

"- FRED!"

Coup de chance, c'était le bon. Il leva le nez vers elle.

"- Je crois que j'en ai vu un!

- Un quoi?

- Une baleine!

- Hein?

- A ton avis idiot! Un navire!

- J'arrive!"

Fred agrippa l'échelle de corde et arriva jusqu'à elle en un temps record.

"- Où tu l'as vu?

- A tribord, par là! " dit-elle en indiquant l'endroit d'un geste.

Fred fronça les yeux et scruta l'endroit qu'elle lui avait désigné.

"- Je ne vois rien.

- Il doit être dans un creux. Attend qu'on soit remonté sur la vague suivante. Tu devrais le voir."

Il attendit que l'Ecumeur ait escaladé l'autre vague et regarda de nouveau, à la recherche du navire.

"- Je ne vois toujours rien? Tu es sûre que…

- Là! Regarde!"

Fred suivit la direction qu'Ambre lui indiquait du bout du doigt et aperçut le vaisseau juste avant qu'il disparaisse à nouveau caché par la mer de plus en plus démontée.

"- T'as raison, ma parole!

- Mais j'ai toujours raison, voyons!"

Fred dégringola jusqu'au pont après une dernière recommandation:

"- Surtout ne le quitte pas des yeux!"

Et pour la première fois depuis très longtemps, Ambre se sentit utile.