Et voilà, un nouveau chapitre pour lydie, puisque c'estune desseules (pour l'instant) qui la lit et qui n'en est que là...
Bah quoi! j'ai pas le droit de dédicacer mes chapitres? hein, bon. alors. voilà quoi.
vraiment, des fois, je me fais honte.
Chapitre 7:
Ne jamais croire tout ce que les gens racontent.
Diling kiling diling…
Le doux tintement se poursuivait inlassablement, accompagné par le chant des vagues venant s'échouer contre la coque de l'Ecumeur. Rien ne venait troubler cette mélodie, certes peu ordinaire, mais digne de figurer dans un CD de chansons de relaxation.
Diling kiling cliqueting…
Le chant continuait, sans fin.
Délicieusement bercée, Ambre esquissa un sourire dans son sommeil.
Diling kiling…
Floc plouc plic, firent les vagues en réponse.
Ronfle.
Ambre se retourna dans son hamac. Son petit bras déjà bien bronzé grâce au temps passé sur l'Ecumeur dépassait de sa couchette et sa tête reposait dessus. La jeune fille arborait une moue boudeuse dans son sommeil et ses mèches de cheveux blancs (et par endroit presque noirs par la crasse) s'étalaient sur son oreiller, masquant une partie de son visage dans l'ombre.
Ambre émit un nouveau ronflement sonore.
Fred étouffa un rire et laissa glisser de sa paume les dernières pièces de cuivre qui tombèrent en tourbillonnant dans un bol de bois posé sur le parquet du quartier des marins.
Diling kiling.
Fred se baissa et reprit une poignée de pièces dans le bol. Il les laissa de nouveau glisser une à une et leurs tintements emplirent de nouveau la pièce. Il adressa un sourire espiègle à son frère assis non loin de là qui lui répondit par le même sourire. Fred, tout en relâchant quelques pièces, entonna doucement :
« - C'est l'hoooore…. L'hore de se réveilleerrr… mon seignooor… »
Un sourire étira les fines lèvres d'Ambre, qui s'agrandit au fur et à mesure que Fred continuait sa chanson. Des étincelles de malice jaillirent dans les yeux sombres de Fred et c'est avec plus d'ardeur qu'il poursuivit sa comptine.
« - C'est l'hoooore… mon seignoooor… »
Kiling diling…
Brusquement, Ambre ouvrit grand ses yeux de miel, faisant sursauter les deux frères, et s'écria :
« - Il en manque une !
- Hein ? fit Fred.
- Il en manque une. »
Elle regarda frénétiquement autour d'elle.
« - Là ! »
Elle rejeta ses couvertures et sauta, non sans maladresse, au bas de son hamac. Elle courut à travers la pièce avant de s'arrêter brusquement, sous les regards ahuris des jumeaux. Elle se baissa et saisit une minuscule pièce de bronze qu'elle brandit fièrement.
« - Dahaaa ! je savais qu'il en manquait une ! »
Complètement choqué, Fred se posa lourdement sur le hamac d'Ambre. George, revenant un peu plus vite de sa surprise que son frère, demanda à la jeune fille.
« - Attends, attends. Y'a un truc que je pige pas. C'est sa bourse, fit-il en indiquant son frère, et tu connais le nombre exact de pièces qu'elle contient ?
- Mais c'est vrai ça ? renchérit Fred. Depuis quand tu connais le contenu de ma bourse ?
- Heu… fit Ambre.
- C'est pas la réponse que j'attendais.
- Eh bien, hier soir, pour… m'assurer que vous aviez bien fait ce que vous m'aviez dit…
- On devais faire quoi ? demanda George, soupçonneux.
- Que… vous ne deviez pas faire la fête avant de venir me chercher…
- Et pour ça, tu te permets de venir nous fouiller ?
- Heu… oui, fit-elle, toute penaude.
- Tu sais que c'est très mal élevé ?
Depuis quand les pirates donnent-ils des leçons de politesse ?
- …
- Tu as raison, ne réponds rien, ça t'éviteras de t'enfoncer, dit George.
- Moi, y'a autre chose qui me titille, continua Fred. Comment as-tu su qu'il en manquais une ? »
Ambre émit un « heu » accompagné d'un haussement d'épaules pour le moins significatif.
« - Mouais, fit George. Je crois que je vois.
- Ah bon ? fit son jumeau.
Du pétrole ? où ça ?
« - Notre Ambre est une vrai pirate ! complètement obsédée par les trésors !
- C'est pas vrai ! d'abord, je ne suis pas obsédée par les trésors !
- Brave petite. Tu feras une vraie pirate. Pas une de ces lopettes qu'on trouve à chaque coin de rue de Tortuga ou d'ailleurs.
- Tu penses vraiment ce que tu dis ? demanda Ambre en lui lançant un regard soupçonneux.
- Hem… en tous cas, tu pourras difficilement faire pire.
Ambre s'apprêta à lui jeter une réplique cinglante à la figure quand des pas pesants se firent entendre dans l'escalier qui descendait dans les quartiers de l'équipage. Ils se retournèrent comme un seul homme et pourquoi pas comme une seule femme ? pour voir qui venait interrompre leur joute oratoire. Pour cela, faudrait-il qu'ils soient habillés en femmes ? … j'imagine bien George avec un tutu et un tablier… rose le tutu.
Ils virent tout d'abord de grands pieds chaussés de grandes bottes de cuir s'arrêtant à mi-mollet, le tout surmonté de grandes et grosses jambes. Ouh les beaux jambonneaux ! et encore au-dessus, un grand et large torse et, attends, attends, je vais trouver un commentaire ! qui dominait l'ensemble, se trouvait une tête grande et balafrée. C'est pour mieux te… te… heu… te schtroumpfer, mon enfant!
« - Ah. Je pensais bien vous trouver ici, déclara Korp, avec un grand sourire. Mais pourquoi tu me regardes comme ça Ambre ?
Prise en flag. Ç a m'apprendra à faire des commentaires pourris.
- Moi ? rien. Absolument rien. Pourquoi ? dit-elle avec un sourire trop innocent pour être vrai.
- Mouais, » répondit Korp, pas dupe, pendant que les jumeaux se retenaient de s'écrouler par terre de rire. Il marqua une pause avant de poursuivre, à l'adresse des jumeaux. « Le capitaine m'a ordonné de vous dire, à vous deux, d'emmener la petite chez votre chère môman pour lui faire prendre un bain et la vêtir correctement. Tenez, ajouta-t-il en leur lançant une petite bourse de cuir.
- C'est le capitaine qui paye pour moi ? demanda naïvement Ambre.
- Non, c'est ta paie. Plus peut-être un petit quelque chose, vu que les mousses ne gagnent pas grand-chose…
- J'aurais du m'en douter…
- Pardon ?
- Vous êtes des pirates avant tout.
- Heureux que tu l'ai remarqué. Bon, c'est pas le tout, continua Korp, mais c'est que j'ai du boulot.
- Dis tout de suite que notre compagnie te déplait, répliqua Fred.
- Jamais je n'oserais dire cela, voyons.
- Peut-être, mais tu le penses, renchérit George.
- Oh zut ! comment as-tu deviné. Je suis déçu, mais déçu !
- C'est ça. Et mon grand-père était avocat.
- C'est vrai ? je savais pas. Mes sincères condoléances, fit Korp avec l'air de celui qui croit à ce qu'il dit.
- Fait attention, lui dit George. Il se pourrait qu'on déteigne sur toi.
- Dieu m'en garde », répondit le concerné d'un air faussement indigné.
Sur ce, le second leur tourna le dos et remonta sur le pont de l'Ecumeur comme il était entré, c'est-à-dire en faisant trembler tout le bâtiment.
« - Oh mais qu'elle est mignonne ! Vous n'avez pas eu trop de problème pour la retrouver hier ?
- Non maman, répondit George, excédé.
Dix minutes qu'elle nous bassine. Elle est gentille, mais elle radote. Ça doit faire la cinquième fois qu'elle leur demande ça.
- Et tu m'as dit que ton capitaine voulait…
- Qu'elle soit sortable.
- C'est vrai que là, dit-elle d'une voix compatissante.
Ambre, ne dis rien. Continue à faire la plante en pot. Tu souris et tu décores.
- Voyons, voyons… marmonna-t-elle en lui tournant autour. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui faire…
- Qu'est-ce tu veux lui faire, demanda brusquement Fred, inquiet.
- Eh bien. Des vêtements pardi. Mon chéri, que veux-tu que je lui fasse d'autre ? C'est bien ce que ton capitaine vous a demandé, n'est-ce pas ?
- Oui mais…
- Il n'y a pas de mais, le coupa-t-elle. Je crois que je vois ce que je vais lui faire.
- Pas trop voyant, j'espère, dit George.
- Tiens ta langue, s'il te plaît, » répliqua sa mère en lui lançant un regard noir. Regard qui s'attendrit aussitôt. « Bon, ma petite. Je vais prendre tes mesures et pendant que je commence à coudre, tu vas aller prendre un bain. Fredinouchet ?
- Ne m'appelle pas comme ça.
- Je fais ce que je veux. Va faire couler un bain et toi, ma petite, tu me passeras tes habits et George ira les laver.
- Quoi ? hors de question, répliqua-t-il, outré.
- Je sais, je te taquine. Tu me les donneras et je les donnerais à laver.
Et moi, je fais quoi pendant qu'on les lave ? Je reste à friper dans mon bain ou je me balade toute nue dans les rues ?
- Je dois bien avoir quelque chose à ta taille, le temps que je finisse tes nouvelles tenues.
Ouf.
- Merci, répondit simplement Ambre.
- Oh mais y'a pas de quoi, ma petite. Elle est charmante, dit-elle à l'intention des jumeaux.
- Nous le savons, répondirent-ils à l'unisson.
- Vous faîtes bien attention à elle, hein ? c'est dangereux la piraterie.
- Nous le savons.
- Et gardez toujours un œil sur elle quand vous débarquez à terre, les villes ne sont pas sûres et…
- Nous le savons.
- JE SAIS ! Vous le savez, nous le savons… j'ai saisi le concept.
- Hi ! hi ! hi ! fit George.
Baisse de régime pour les répliques. Le narrateur devrait aller se coucher. Je dis ça sans vouloir l'offenser.
- Allez viens, dit Fred à Ambre. Je vais te montrer la salle de bain. »
Il emmena Ambre dans son sillage qui jeta un dernier regard vers George plié de rire et sa mère qui tentait de le faire cesser. Désespérée, celle-ci leva les yeux au ciel et quand son regard redescendit, il croisa celui d'Ambre.
« - Eh ! attend ! j'ai pas pris tes mesures.
- Désolée maman, j'avais oublié, s'excusa Fred.
- Son bain est prêt au moins, que tu l'emmènes déjà ?
- Heu… non.
- Bin alors ? qu'est-ce que t'attends ?
- J'y cours, j'y vole. »
Tralalatsointsoin, tout le monde est heureux.
Fred disparut par une porte dans le fond de la cuisine, tandis que son frère, toujours mort de rire, se faisait chassé par sa mère.
« - Ah. Je les aime, mais ils sont quand même barbants. »
La voix de Fred leur parvint du fin fond de la maison :
« - Maman, je t'ai entendu !
- Les… les sons portent bien chez vous, commença Ambre. »
- Bravo ! Quel magnifique commencement de conversation ! Quand je pense que tu as pris des cours sur l'art de faire la conversation.
- Je hais ma conscience. Autant dire moi-même. Je me hais. Enfin … pas entièrement, juste une petite partie de moi. Ma conscience, quoi ! Mais au fait, elle se trouve où ma conscience ? Descartes et Buffon sont-ils nés, j'ai quelques questions à leur poser…
- Ambre ?
- Oui, ô conscience que je méprise ?
- Tu t'égares.
La mère des jumeaux lui jeta un regard bizarre qu'elle ne sut interpréter avant de partir fouiller dans une malle. Elle en sortit ses affaires de couture qu'elle posa délicatement sur la table, comme si c'était son bien le plus précieux. Elle farfouilla dedans et en sortit un mètre.
« - Viens par ici, ma petite. »
Ambre s'approcha timidement de la rondouillarde petite bonne femme.
« - N'ai pas peur, je ne vais pas te manger.
- J'aurais plus peur pour vous.
- Pardon ?
- Je suis indigeste.
Ambre, tu régresses. Là, vraiment, tais-toi. Tu t'enfonces.
- … »
Ambre se mordit les lèvres et fit encore un pas vers la petite femme. La mère des jumeaux s'accroupit et commença à prendre les mesures nécessaires. Ambre se laissa faire, sans dire un mot. Son regard dériva vers la fenêtre entrouverte. Une petite place assez propre, comparé à ce qu'elle avait entraperçu de la ville, étalait ses quelques massifs de fleurs avec fierté. Un bassin rempli d'eau claire était dressé en son centre et une demi-douzaine de femmes de toutes couleurs y faisaient leur lessive. Etait-ce ce qui l'attendait si elle ne réussissait pas à devenir une pirate digne de rester sur l'Ecumeur ? ou bien son capitaine se débrouillerait-il pour la renvoyer chez elle, en France ? ne rêve pas trop, petite Ambre. Le terrible pirate Roberts est trop proche de ses sous pour te payer le voyage du retour…
La jeune fille soupira, le regard toujours perdue dans les eaux maintenant savonneuses de la fontaine. La mère des jumeaux suspendit son geste et la regarda.
« - Tu te sens dépaysée, c'est ça ?
- Un peu. Je ne sais si je pourrais devenir un vrai pirate.
- Tu sais, la piraterie n'est pas la meilleure chose qu'une jeune fille dans ton genre pourrait souhaiter. En plus, c'est dangereux. J'ai entendu dire que…
- Je sais, la coupa Ambre d'une voix triste. Mais… » sa voix se brisa dans un sanglot.
Ambre serra les dents et tenta vainement de retenir ses pleurs. La petite et rondouillarde femme la regarda un instant sans comprendre avant de la prendre dans ses bras dodus.
- Ambre, tu es ridicule. Un pirate qui se respecte ne pleure pas voyons. C'est inconcevable.
- J'suis pas encore une pirate. Il est là le problème.
- Fichtre. Je n'y avais point pensé.
- Diablerie. Mon conscience ne sert vraiment à rien.
- Merci. Ça fait toujours plaisir. Non, ne répond rien, je sais que ça t'a fait plaisir.
- Tu m'ôtes les mots de la bouche.
- Du temps que c'est pas le pain.
- Pardon?
- Tais-toi et pleure. Ça me fera des vacances.
Ambre jeta ses bras autour du cou de la couturière et y enfouit son visage.
Ne te mouche pas sur elle. C'est mal poli… et pas très agréable.
« - Allons, allons ma petite. Pourquoi pleures-tu ?
- Snif, fit Ambre en relevant la tête et se frottant le nez très très élégamment.
- Raconte moi tout. Mes fils ont été méchants avec toi ?
- Noon, c'est juste que…
- Le bain est prêt, » les interrompit joyeusement Fred en entrant comme un fou dans la cuisine. Un regard noir et dissuasif de sa mère et il battit en retraite précipitamment et presque discrètement.
« - Je finis de prendre les mesures et tu vas aller prendre ton bain. Ça va te calmer et après tu me raconteras tes misères, d'accord ? »
Acquiescement minable.
- Aaaaaah… c'que ça fait du bien !
- En plus, t'en avais bien besoin.
- Je sais.
Ambre se laissa glisser encore plus profondément dans le bac de bois. Des volutes de vapeurs tournoyaient autour d'elle et la cachaient presque entièrement. Elle se laissa couler au fond et seules quelques mèches de cheveux flottaient désormais à la surface. Une main jaillit brusquement du bac et chercha à tâtons le bloc de savon posé à son intention sur une petite table de bois. Ambre ressortit de l'eau et entreprit de se frotter vigoureusement avec un gant en crins. AIIIEUH ! mais ça fait mal ! Cela finit, elle laissa sa tête reposer sur le rebord de la bassine et observa l'endroit dans lequel elle se trouvait.
La pièce était petite, carrée et sans fenêtre. L'éclairage venait d'une grosse lampe à huile aux vitres obscurcies par la saleté. Elle ne diffusait guère de lumière et donnait à la pièce un aspect mystérieux. Les murs étaient entièrement cachés par d'innombrables étagères surchargées d'objets en tous genres : des vivres, de multiples tissus, des pièces de fer forgé (ne me demander ce que ça fait là) et d'autres objets hétéroclites. J'adore prendre mon bain dans un cellier.
Ambre chercha une position plus confortable et ferma les yeux.
- Y'a pas à dire. Le seul inconvénient de la pirate, mis à part les innombrables possibilités de se faire tuer, les tempêtes et le fils de Roberts, est de ne pas pouvoir se laver.
- Réflexion très philosophique ma chère.
Elle était tranquillement en train de s'endormir quand quelqu'un frappa à la porte. Elle sursauta et, du coup, se cogna la tête contre le rebord.
« - Waaaieuh !
- Que se passe-t-il ? demanda une voix alarmée, qu'elle identifia comme celle de George.
- Rien, grogna-t-elle. Qu'est-ce que tu veux ?
- Ça fait un bout de temps que tu traînes là-dedans. Tu dois être vachement vieille maintenant…
- Hein ? fit Ambre, complètement à l'ouest.
- Tu dois être toute fripée.
- Ah.
- Si maintenant faut qu'on t'expliques nos blagues alors que tu devrais, depuis le temps, en comprendre toute la subtilité…
- C'est juste pour ça que tu me déranges ? ragea-t-elle.
- Ola, m'agresse pas comme ça ! je t'amène des vêtements de rechange, le temps que maman finisse les tiens. Je peux entrer ?
- Attend ! »
Ambre regarda l'eau de son bain un court instant. Opaque. Et assez noirâtre. En somme, très ragoûtant.
« - Tu peux entrer, mais vite fait hein ?
- Tu tiens à ta pudeur ? »
Je ne répondrais rien.
George entra avec une pile de vêtement dans les bras.
« - J'te pose ça là. Ma mère a pris tout ce qu'elle a trouvé qui pourrait t'aller. On lui a dit que tout ça, dit-il en montrant l'énorme tas, était peut-être un peu exagéré mais…
- Je vois. »
Il jeta un rapide coup d'œil à l'eau du bain et sourit. Ambre eut la bonne idée de rougir. George se mit à rire.
« - Rougit pas comme ça. Nous aussi, l'eau est dégueulasse lors du premier bain. Enfin peut-être pas autant mais… »
Le légèrement rouge vira au rouge vif. George éclata encore de rire.
« - T'as un seau d'eau claire derrière pour finir de te rincer. Utilise-le.
- J'te déteste.
- Moi aussi je t'aime. »
Sur ce, il disparut, la laissant seule ruminer sa vengeance dans sa crasse.
Finalement, au bout de deux minutes d'intenses recherches sur le meilleur moyen de se venger de George et de ses vannes pourries, Ambre décida de sortir de son bain. Elle alla prendre le seau d'eau propre, retourna dans le bac et entreprit de se verser l'eau sur la tête sans en mettre partout. Elle ne put retenir un petit cri. et je ne crie pas comme une fille ! L'eau du seau était glacée. Après la chaleur du bain, ça fait drôle. Entre deux frissons, elle entendit un fou rire provenant de derrière la porte puis, pour changer, la voix de George.
« - Je crois que j'ai oublié, hi ! hi , de te prévenir : l'eau du seau n'a pas été chauffée. Bwahahahaha !
- Je me vengerais, espèce de vaurien !
- Quelle répartie ! vraiment, là, tu m'épates. Bon, je te laisse finir de te… rincer. Hiek ! hiek ! hiek !
- Raaah," rugit Ambre, impuissante, mouillée et frigorifiée.
La jeune fille acheva de se verser l'eau sur la tête et sortit du bac tandis que les pas de George diminuaient d'intensité pour finir par s'estomper complètement. Tout en ruminant de sombres pensées et si je lui chatouillais les orteils pendant qu'il dort ? et si je lui versais un seau d'eau glacée en lui souhaitant un joyeux anniversaire demain matin ? et si… j'ai faim. Ambre se saisit d'une serviette rêche et se sécha. Elle alla ensuite farfouiller dans la pile de vêtements et, au bout de dix minutes, elle avait trouvé une chemise pas trop grande et un pantalon qui n'essayait pas de se faire la malle dès qu'elle faisait un pas. Cela fait, elle vida la bassine comme on lui avait indiqué. Ambre ne put retenir une grimace en voyant la couche de crasse qui maculait les bords du bac. J'avais vraiment tout ça sur moi ? beeuuuh. Je comprend mieux pourquoi les français ont la réputation d'être sales.
Ambre passa bien dix minutes à récurer la bassine avant de sortir. Elle regagna la cuisine où les jumeaux et leur mère l'attendaient. Celle-ci était déjà penchée sur ses travaux de coutures. Son aiguille filait à toute vitesse sur le tissu de lin blanc.
« - Merci pour les… commença Ambre.
- Oh mais de rien ma petite, » lui répondit la maîtresse de maison, sans quitter son ouvrage des yeux.
Embarrassée et ne sachant que dire, Ambre s'adossa contre un mur et commença à triturer ses doigts, sous l'œil amusé des jumeaux.
Fred et George ricanaient bêtement en faisant une bataille de pouces tout en taquinant Ambre, qui n'avait toujours pas dit un mot. Leur mère, excédée par leur gamineries, arrêta soudainement son aiguille et leva vers eux un regard plus qu'agacé.
« - Vous n'avez pas autre chose à faire ? boire un coup avec vos amis ?
- Maman ! tu nous pousserais à l'alcoolisme ?
- Si ça me permet de ne plus vous avoir dans les pattes, oui.
- On se sent aimé, hein ? répliqua Fred à l'intention de son frère qui se hâta d'ajouter :
- Si tu veux être tranquille, dis-le nous clairement.
- Je veux être tranquille.
- Eh bin voilà ! c'était pas si compliqué! »
La petite dame ne put retenir un sourire. D'un signe de tête, elle donna leur congé aux jumeaux que ceux-ci s'empressèrent de prendre après un rapide baiser à leurs deux petites femmes.
« - On va enfin pouvoir faire plus ample connaissance sans leurs incessantes interruptions et commentaires. Quand penses-tu ? »
Ambre se contenta de sourire.
« - Ces deux sacripants ne t'en font pas voir de toutes les couleurs sur l'Ecumeur ?
- Non. Ils passent leur temps à me faire des blagues mais…
- Et ils t'ont déjà parler de moi ?
Hein ?
- Non. Mais ça se voit qu'ils vous aiment, s'empressa-t-elle d'ajouter.
- J'espère bien ! sinon, je… enfin bref. Ne parlons pas de moi. Mes deux vauriens de fils m'ont vaguement dit comment tu était arrivée sur l'Ecumeur mais ils ne m'ont pas tout dit et… je crois qu'ils ne savent pas tout. Il y a des choses qu'ils ne peuvent pas deviner.
L'instinct maternel ?
- Vas-y, je t'écoute. »
Ambre, d'abord timide au début, se transforma en véritable moulin à paroles. Elle lui raconta tout. Sa vie sur l'Ecumeur, ses peurs de ne pouvoir devenir un véritable pirate, ses doutes. L'aiguille continuait de filer sur le tissu, sans s'interrompre. La petite bonne femme l'écoutait sans l'interrompre, ou presque. Quand Ambre eut fini de vider son sac, la rondouillarde petite femme la regarda sans rien dire.
« - Bienvenue dans la famille, dit-elle simplement avant de se replonger dans son ouvrage.
- Pardon ?
Mais qu'est-ce qu'elle dit?
- Mes fils aussi en ont vu de durs avant de devenir de véritables pirates. De même, on n'a pas toujours vécu ici. On se rendait à St Kitts mais une énorme tempête nous a fait dérivé et on a échoué pas loin d'ici. Les habitants de Tortuga sont venu voir ce qu'il y avait à piller mais ils n'ont trouvé que quelques survivants. On a eu beaucoup de mal à s'intégrer et personne ne voulait de mes fils comme matelots ou pirates. Ils ne les prenaient pas au sérieux. Ce qui d'un côté se comprend. En fin de compte, lors d'une rixe, George a tué un de nos pires clients.
- Vous faites quel genre de commerce ?
- Heu… je suis la gérante du bordel d'à côté. Je continue mon histoire. Cet homme était aussi une des plus fines lames de Tortuga. Mes deux chérubins sont ainsi remontés dans l'estime de ces gens. On a commencé à leur proposer d'intégrer certains équipages et finalement, Roberts les a engagés. Mais je n'ai pas commencé à te raconter cette histoire pour te raconter leur vie. Enfin, pas totalement. » Elle sourit à Ambre, captivée par l'histoire de ses jumeaux préférés. (Par contre, les lecteurs…) Tout en se remettant à ses travaux d'aiguille, elle poursuivit. « Après avoir tué Roxano…
- Qui ça ? la coupa Ambre.
- Roxano. L'homme que George a tué… George a alors sombré dans une sombre dépression. Tuer un homme n'est pas facile. Enfin, je dis ça, mais je n'en ai pas encore fait l'expérience. Donc… il a mis du temps à s'en remettre mais il s'en est remis. Et ce n'est pas un mauvais pirate. Fred non plus d'ailleurs. Tout ça pour te dire que tu ne dois pas t'en faire. Tu vas remonter la pente…
Quelle pente ?
… et devenir un vrai pirate. Ne t'en fais pas pour ça. Tu en ai capable, d'après ce que je vois et d'après ce qu'ils m'ont racontée.
- Merci.
- Mais de rien. Je ne serais pas une vraie mère si je n'aidais pas la nouvelle petite sœur de mes fils à retrouver le moral et à avoir confiance en elle. »
Wulfran était installé à une petite table dans le coin le plus reculé de la taverne. Il était dix heures passées mais il venait juste de s'installer pour petit déjeuner après sa folle nuit à courir derrière des gamines perdues. Et également à se prélasser en agréable compagnie après. C'est vrai qu'on a rarement vu des nuits d'une petite heure (d'intense recherche) sous ces latitudes.
Est-ce qu'ils l'ont retrouvée? J'espère que oui, ça m'éviteras de futurs ennuis avec mon cher papounet, mais si elle est morte au fond d'un caniveau, ça ne me gêne absolument pas. Au contraire même. Un peu contradictoire comme pensée mais je suis déjà si tordu que…
"- Wulfran?"
Mais qu'est-ce qu'on me veut à cette heure de la matinée? On peut même plus déjeuner en paix?
Le gaillard qui avait ainsi interpellé l'estimé fils du terrible pirate Roberts s'installa sans préambule en face du jeune homme. Wulfran le regarda d'un air mauvais et se remit à touiller son porridge. Le bonhomme, surpris par le désintéressement total de Wulfran, resta silencieux à le regarder manger, droit comme un i sur sa chaise et se tortilla les mains.
Mais il a un balais dans le… ce gonze?
Wulfran engloutit une cuillérée de sa bouillie sans adresser un regard à l'homme de plus en plus nerveux.
Je crois que je vais avoir pitié de lui.
"- Qu'est-ce que tu veux? demanda le jeune homme en avalant une nouvelle bouchée.
Le bonhomme déglutit difficilement.
Ça me perdra un jour.
"- Heu… je ne sais comment t'annoncer ça…
Et il me tutoie en plus? je le connais même pas.
- Vas-y, je t'écoute, lui dit Wulfran en accentuant chaque syllabe, comme s'il parlait à un attardé.
Mais c'est un attardé!
- Eh bien, je me promenais tranquillement et…
- Epargne-moi le récit de tes aventures qui, je n'en doute pas, sont passionnantes et va au but.
Mon porridge refroidit.
Pourquoi je pense ce que je devrais dire?
Wulfran eut encore droit à une déglutition difficile de son interlocuteur.
Heureusement que dans la piraterie, on est habitué à tout.
"- Continue, je vais pas te manger…"
Mais je peux te faire de choses bien plus horribles.
C'est peut-être ça qui lui fait peur…
L'homme parut reprendre du poil de la bête et reprit son récit.
"- Je disais donc qu'en me promenant, dit-il très vite, je suis tombé sur votre père qui discutait avec le capitaine Jack. On allait dans la même direction et, du coup, j'ai surpris leur conversation." Il marqua une pause avant de reprendre, visiblement inquiet par la réaction que son histoire risquait de créer chez le jeune homme. "J'ai cru bon de vous prévenir…"
Wulfran haussa un sourcil septique devant cette déclaration.
Il croit? Lui?
"- Votre père et lui parlaient de vous.
- Quoi? c'est tout? Tu m'empêches de prendre mon petit dej' tranquille pour ça? tempêta Wulfran. Il se leva d'un bond, prêt à en découdre.
- Attendez, fit l'homme visiblement terrifié et le visage crayeux comme un linge sale.
- Et pourquoi, je vous prie?
Mais pourquoi suis-je poli dans un moment pareil ?
- Votre père parlait de ne pas vous laissez monter à bord de l'Ecumeur…"
Ce fut au tour de Wulfran de devenir tout pâle. Le jeune homme fit un pas en arrière, comme s'il avait reçu un coup de poing dans l'estomac. Tout tremblant, il se rassit sur le banc de bois bouffé aux mites.
"- Je suis désolé de vous dire ça comme ça, mais je pensais que vous auriez préféré le savoir.
- …
Comment a-t-il osé?
- Je vous laisse, j'ai à faire.
Comment a-t-il peut me trahir comme ça?
- Encore désolé."
Il veut donner l'Ecumeur à cette… gamine? Mon Ecumeur?
Le blondinet se leva, fit un léger signe de tête à Wulfran qui ne répondit pas, trop hébété pour ça, et s'en fut dans les ruelles sordides de Tortuga. Et, pendant que Wulfran déprimait en touillant son porridge, Wesley s'empressa d'entrer dans une taverne voisine. Quand il ouvrit la porte, il fut assailli par la fumée. Un nuage bleuté flottait au plafond, sans cesse agrémentait par les bouffées que relâchaient les fumeurs de pipe et, accessoirement, par la cheminée qui ne tirait pas. Wesley regarda attentivement autour de lui jusqu'à ce qu'il ait trouvé ce qu'il cherchait. Ou plus exactement, qui il cherchait. Il traversa alors la salle en zigzaguant entre les tables maculées de tâches et de graisse et les pirates de tout acabit jusqu'à atteindre une petite table dans le fond de la taverne. Il s'assit sur le banc de bois en vérifiant s'il pouvait y poser ses estimables (et estimées) fesses sans se retrouver avec une tâche qui lui aurait fait perdre tout son charme. Il se cala le dos contre le mur et fit un grand sourire, découvrant ses dents blanches que personne ne pouvait voir dans la semi-pénombre qui régnait dans la pièce.
"- Alors? demandèrent les jumeaux en canon.
- Je lui ai dit. Vous auriez du voir sa tête. A mourir de rire. C'était ça le plus dur. Garder mon sérieux. Comment vous faites pour ne pas rire à chaque fois que vous faites une connerie?
- Des années d'expérience mon bon ami," répondit Fred du tac au tac.
Wesley éclata de rire et les jumeaux le rejoignirent bientôt.
Un serveur surgit de derrière son comptoir et s'approcha des tables du fond. Quand il parvint à celle de l'étrange trio, il les trouva affalés sur la table, hoquetant de rire. Peut-être surpris mais n'en laissant rien paraître, il leur demanda:
"- Vous désirez quelque chose?
- Une bière pour chacun, répondit George, le seul qui arrivait à parler: les deux autres n'étaient même plus capables de respirer correctement.
- Je vous amène ça tout de suite."
Le serveur repartit, indifférent à tout ce qui se passait dans la grande pièce enfumée. Ce n'était pas trois pauvres clampins morts de rire qui allait le perturber. Le yoga et l'ouverture des chacras avaient déjà peut-être atteint ces îles d'outre-mer…
Il revint quelques instants plus tard, portant sur un plateau trois pintes de bière fraîche. Il les déposa sans douceur sur la table, attendit qu'on le paie et repartit sans plus de cérémonies.
"- Vachement sympa, ici, commença Wesley.
- Les gens sont ouverts…
- Et sociables, renchérit George.
- Ça donne envie de boire, dit Fred avec un sourire malicieux.
- Ah bah ça tombe bien ça alors!
- Hin! Hin!"
Les trois jeunes gens prirent leur chope et les descendirent cul sec avant de les reposer brutalement sur la table avec une grimace de dégoût.
"- On a eu le fond du tonneau?
- Ou faut croire que leur bière reflète le caractère de la maisonnée.
- Douce et aimable?
- C'est très gentil pour nous," fit une voix derrière eux.
Les jumeaux se retournèrent tandis que Wesley essayait de se retenir d'éclater de rire.
Le serveur.
Se fut l'explosion sous le regard ahuri du pauvre homme. Les trois étaient écroulés lamentablement sur la table, agités de soubresauts. Le serveur, après avoir donné ses quelques bières à ses clients, s'éloigna dans l'arrière boutique. Il en revint accompagné de deux armoires à glace. En moins de temps qu'il n'en faut pour dire "attention aux requins, tu risques de te faire chatouiller les orteils par leurs petites dents pointues et tranchantes comme des rasoirs", Wesley, Fred et George, hilares, se retrouvèrent dehors, la porte de l'auberge claquant dans leur dos.
"- Je ne recommanderais pas cette taverne. Leurs gens n'ont aucun sens de l'humour," conclut Fred avant de repartir dans un nouveau fou rire.
Ambre s'admirait. Le grand miroir au cadre doré, sans doute récupéré lors d'un précédent pillage de l'Ecumeur ou d'un autre navire pirate, renvoyait l'image d'une jeune fille qui aurait fait péter une durite à son oncle Pierre. Ses cheveux d'un blanc immaculé cascadaient sur ses épaules, libres et frisottant à tort et à travers. Mais ce n'est pas ça qui aurait fait mourir son oncle d'apoplexie (cela l'aurait juste profondément exaspéré), c'était sa tenue: Ambre portait un pantalon bouffant qui s'arrêtait à mi-mollet, fait de toile de bonne qualité dans les marrons kakis (c'est moins gênant vu qu'on voit pas les tâches) et une ample chemise de lin blanc, dont l'ouverture était retenue par un cordon en cuir. Elle portait également une large ceinture de cuir fermée par une boucle en forme de serpent qui lui tombait sur les hanches.
"- Tu pourras ajouter quelques trous si tu veux la porter plus haut, lui dit la mère des jumeaux, la sortant de sa rêverie.
- Vous croyez que je pourrais porter une épée avec cette ceinture?
- Oui, tu pourrais. Mais pour l'instant, je ne crois pas qu'il y en ai une à ta taille: elle t'empêcherait de marcher ou, si t'as pas de chance, traînerait par terre.
- Je vois.
- T'en fait pas mon chou, tu grandiras.
J'espère bien. Je me vois mal finir ma vie avec mon pauvre mètre vingt…
- Je vais t'en faire trois autres: deux de rechange et une pour les mauvaises saison. Tu as une idée de comment tu les veux?
- Heu… non. Je m'en remet à votre jugement qui est certainement meilleur que le mien.
- Bien, mais ne me vouvoie pas. Tu fais partie de la famille maintenant.
- Alors comment dois-je vous appeler?
Pas maman quand même !
- C'est vrai ça! je ne t'ai même pas dit mon nom. Quelle étourdie je fais! Ça me rappelle la fois où Gros Jean m'a… Désolée, je me suis un peu égarée du sujet là…"
Sourire compatissant.
- Oui, donc, je disais que je m'appelais…
- Coucou Doris! la coupa Wesley en entrant dans la cuisine, suivi des jumeaux.
C'est ça. Et une crème fouettée ne peut être fouettée que si on la fouette avec un fouet.
Ma chère conscience, penses-tu que partir dans son trip tout seul avec un truc qui n'a absolument rien à voir avec ce dont on est en train de parler soit contagieux dans cette famille?
Conscience?
You hou! Es-tu là?
La fourbe. Elle fuit ses responsabilités.
Hem… je crois que j'ai ma réponse.
- Maman, tu t'es surpassée! Tu me fais la même chose? demanda Fred en sautant littéralement sur sa pauvre mère.
- Nan mais, le coupa son frère, ce n'est pas ses vêtements qui sont beaux, c'est Ambre. Et de toutes façons, ça ne t'irais même pas.
- Que… que quoi? comment oses-tu?
- Bah. J'ose. C'est tout.
- Je te jette mon gant pour réparer l'affront! lança Fred de façon très théâtrale.
- Que veux-tu que j'en fasse? passe moi au moins le deuxième…" lui répondit George, très sérieusement.
Grand silence.
C'est pas ce qu'on appelle le calme avant la tempête?
Soudain, tous les passants qui passaient sur la petite place devant la maison des jumeaux, les femmes qui faisaient leur lessive et les gamins qui jouaient à la crapette sursautèrent à cause du tonnerre de rire qui ébranla la maison à ce moment-là. On entendit même un beau 'plouf glouglou' indiquant que quelqu'un faisait désormais quelques brasses dans le petit bassin.
"- Faut vraiment que vous m'appreniez à faire ça, dit Wesley entre deux hoquets de rire.
- On t'a déjà dit qu'il fallait des années d'entraînement intensif. Et encore, il faut du talent au départ. Entraîne-toi et reviens nous voir dans vingt ans.
- Au fait, enchaîna Fred, on était venus pour quoi?
- Pour passer prendre Ambre et aller faire un tour, répondit George.
- On devait pas… passer voir l'Ecumeur? ajouta Wesley avec des airs de conspirateur?
- Certes.
- Alors on y va? dit Fred. T'es prête Ambre?
- Oui, je crois.
- Comment ça tu crois? T'es même pas capable de savoir si t'es prête ou non?"
Ambre lui jeta un regard méprisant et se retourna vers Doris.
"- Vous… tu n'as plus besoin de moi?
- Non mon chou, tu peux y aller. Je te préviendrais quand j'aurai fini.
- Merci.
- Mais de rien, mon chou, ça me fait plaisir.
- Bon maman, on revient ce soir pour dîner?
- Que nous prépares-tu de bon?
- Une salade de riz avec maïs, tomates et fromage."
Wulfran touillait encore son porridge. Sa cuillère montait haut au-dessus du bol avec son chargement avant de se retourner. Le liquide visqueux retournait d'où il venait avec un 'splatch' guère appétissant et la cuillère reprenait son va-et-vient, tandis que le jeune homme regardait dans le vide, la bouche entrouverte, lui donnant l'air parfaitement débile.
Thérèse, la charmant jeune fille blonde qui lui avait tenu compagnie durant la nuit surgit comme une furie dans la taverne et s'installa en face de lui. Wulfran ne lui lança qu'un regard parfaitement apathique avant de se replonger dans le touillage de son porridge. Thérèse lui enleva le bol de devant lui avec un geste agacé et attendit qu'il daigne s'intéresser à elle. Peine perdue. Wulfran s'acharnait à touiller: il frappait rythmiquement la table crasseuse avec sa cuillère, en y laissant des gouttelettes de porridge. Exaspérée, la jeune lui arracha la cuillère des mains et la balança joyeusement par dessus son épaule.
"- Eh! Pourriez faire attention! c'est sale, ça! rugit un client installé à une table derrière eux.
- Désolée, riposta-t-elle avec l'air du 'je-m'en-fous-royalement-de-ce-que-tu-me-racontes'.
- C'est vraiment sorti du fond du cœur," la railla Wulfran.
Elle lui lança un regard noir qu'il accueillit avec la plus parfaite indifférence.
"- Qu'est-ce que tu me veux? ajouta-t-il froidement.
- J'ai entendu des gens sortant de cette taverne parler du fils du terrible pirate Roberts affalé sur son bol de porridge en des termes pas très flatteurs. Je sais que c'est ton fol amour, mais c'est perdu t'avance. C'est un amour impossible. Dépérir d'amour pour du porridge, tu pardonneras mes propos, mais c'est complètement…
- Je ne te pardonnerais pas tes paroles alors passe-toi de commentaires, la coupa Wulfran. Et tu n'as pas répondu à ma question. Qu'est-ce que tu m'veux?
- Savoir pourquoi tu t'es mis dans un tel état. C'est à cause de cette gamine?
Cette gamine… je suis sûr que c'est pour elle que mon père ne veux pas que je monte à bord de l'Ecumeur… il ne veut quand même pas lui donner? Naaan. Il n'oserait pas me faire ça… quoique. Un battement de ses beaux cils et il doit fondre. Il a beau être le pirate le plus redouté de toute cette mer, il a ses faiblesses.
- Wulfran? Tu m'écoutes?
- Hein? Non. Qu'est-ce que tu disais?
- Je disais que…
Nan. Mon père ne peut pas lui donner l'Ecumeur. Il est à moi. Et jamais il ne me ferait ça. Il m'aime bien trop pour ça… je dois en avoir le cœur net.
- Wulfran. Tu ne m'écoutes toujours pas.
- Non, en effet.
- Je sais que tu ne m'écoutes pas. mais ce n'est pas ce que tu es censé répondre.
- Et qu'est-ce que j'étais censé te dire?
- Mais si! je t'écoutes, c'est juste que…, lui expliqua-t-elle en prenant une voix supposée être sincèrement désolée. Et après tu inventes une excuse pourrie.
- Excuse-moi de froisser ton amour propre mais… blesser ton ego ne m'importe absolument pas.
- Tu es impossible! ragea-t-elle.
- Heureux que tu t'en rendes enfin compte. Si tu l'permets, j'ai d'autres chats à fouetter.
- Mais…"
Protestation totalement futile puisque Wulfran s'était déjà levé. Le jeune homme lança quelques pièces à l'aubergiste qui tintèrent sur le comptoir et sortit sans entendre les protestations de sa compagne.
Ce n'est pas que je n'entendait pas, j'ignorait. Nuance.
D'un pas rageur, Wulfran traversa les hauts quartiers de Tortuga avant de s'enfoncer dans les petites ruelles sordides qui descendaient vers le port. Il marchait de plus en plus vite, se retenant de courir. En effet, on imagine mal un des pirates les plus en vue de cette ville et d'ailleurs arriver en courant pour sauter sur son père et lui faire une crise sur ce qu'un ivrogne a soi-disant entendu. Wulfran ralentit l'allure.
Vu sous cet angle, tout ça me paraît désormais un peu ridicule.
Mais je veux quand même en avoir le cœur net.
Le jeune homme repartit de plus belle, bouscula les passants qui ne s'écartaient pas sur son passage, ragea contre les échoppes en tous genres qui encombraient la voix, injuria qui ne lui plaisait pas (mais pas les armoires à glace) pour finalement arriver sur les quais hors d'haleine.
Ola, faut que je me calme un peu si je ne veux pas être trop ridicule.
Sa respiration plus régulière et plus lente, Wulfran se mit en quête du navire de son père. Il l'aperçut enfin, se balançant doucement aux milieux des eaux putrides du port.
Y'a pas idée de balancer tout ce qui traîne dans ce port. Et après on s'étonne que ça pue.
Tiens? Un cadavre.
Il continua sa marche le long du quai toujours en direction de l'Ecumeur. Mais plus il s'en approchait et plus il doutait.
Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire? Je ne vois pas du tout comment lui expliquer les choses… il va falloir se la jouer finaude si je ne veux pas paraître ridicule, gamin et immature.
L'imposant bâtiment ne se trouvait plus qu'à une dizaine de mètres devant lui. Il s'arrêta et le contempla pour la énième fois. Le grand dragon le dominait de toute sa hauteur, la gueule béante, prêt à cracher ses jets de flammes dévastatrices.
Quand je pense qu'il me faisait peur quand j'étais môme.
Wulfran contourna l'avant du navire et longea son flanc jusqu'à la passerelle.
Quoique je comprends pourquoi la vue de ce vaisseau en fait frémir plus d'un d'horreur.
Le garçon monta à bord d'un pas assuré. Une fois sur le pont, il interpella un marin, qui n'était autre que Ken.
"- Ola mon brave! Le capitaine était-il ici?
- Vous êtes son fils?
- En quoi cela vous regarde-t-il? Je ne vous demande pas si vous lavez vos chaussettes tous les trente-six du mois ou bien si vous vous êtes curé le nez récemment!
- Vous enflammez pas comme ça! Je veux juste savoir qui je dois lui annoncer, répondit Ken hargneusement. Il n'apprécierait pas que je vienne le déranger pour lui dire qu'un visiteur inconnu demande à la voir.
- Je ne voyais pas en quoi ça vous regarde puisque je suis capable de me présenter moi-même.
- Si on laissait monter tous les inconnus à bord de l'Ecumeur pour qu'il puisse aller présenter leurs hommages au capitaine, d'une, ça se saurait, et, deusio, on gigoterait joyeusement à la grand-vergue au bout d'une corde."
Wulfran laissa échapper un petit rire avant d'ajouter.
"- C'est vrai que ce serait bien le genre de mon père. Très bien, concéda-t-il. Aller m'annoncer.
- Heu… désolé, mais je ne crois pas qu'il accepte de voir des visiteurs en ce moment…"
Là, je craque. Il pouvait pas me dire ça avant?
Wulfran laissa échapper un énorme soupir d'exaspération totale avant de jeter son regard le plus noir au pauvre Ken qui devait supporter ses enfantillages. Mais au moment où Wulfran allait vraiment péter une durite et se prendre la honte de sa vie en faisant le sale enfant pourri gâté devant l'équipage de son père, une voix familière leur parvint, venant d'entre les voiles.
"- Laisse-le passer, leur dit Fred, du haut de la grand vergue.
- Je crois que son père attend son rapport, compléta George.
- C'est tout à fait ça", rétorqua Wulfran d'une voix glaciale. Il adressa un regard sinistre lourdement chargé de haine à Ambre, qui se tenait avec les jumeaux, assise à califourchon sur le long tronçon de bois qui soutenait le grand hunier. Il s'en alla d'une démarche hautaine retrouver son père.
"- Je crois qu'il ne m'aime pas, déclara Ambre une fois que Wulfran eut disparut dans la cabine.
- Tu es très observatrice, ma chère.
- Je sais, mais ce qui me chagrine, c'est de ne pas savoir pourquoi.
- C'est vrai ça, dit George, maintenant bien intrigué. Qu'est-ce tu lui a dit à ce pauvre jeune homme pour qu'il te haïsse à ce point.
- Je… il m'a foncé dedans hier soir. Il était complètement ivre et a commencé à piquer une crise à son père parce que j'étais à bord de l'Ecumeur et pas lui. Un truc du genre. J'ai pas tout suivi…
- Huuuummm… firent les jumeaux, avec des airs de psychanalystes. Pas très convaincants puisqu'ils n'avaient guère de modèle à cette époque-là.
- Je crois que je vois, répondit Fred. D'après ce que tu me racontes et d'après ce que je sais à propos de cette personne, je dirais que Wulfran…
- Wulfran? Il s'appelle Wulfran? le coupa Ambre. C'est bizarre comme nom…
- Ne m'interrompez pas ma chère. Je suis en train de réfléchir.
- Ouia! rétorqua son frère. Ça doit être vachement dur. Tu arriveras à vivre avec?
- Je pense que je devrais y arriver. Où en étais-je?
- Tu allais arriver à ta conclusion, répondit Ambre, nullement déconcertée par les insultes échangées entre les deux frères.
- Fichtre. C'est pourtant vrai. Je disais donc que Wulfran devait être jaloux de toi pour réagir de la sorte…
- Pardon? s'écria Ambre.
- Qu'en pensez-vous cher confrère? continua Fred en ignorant royalement l'interruption.
- Je suis en tous points d'accord avec vous.
- Alors nous pouvons inscrire ceci dans nos archives.
- Dans le journal de bord?" insinua Ambre avec un sourire coquin.
Les jumeaux échangèrent un regard surpris avant que Fred ne traduise leur pensée à haute et intelligible voix.
"- Ble cvrois gie… tousse tousse.
- Pardon? demanda Ambre.
- Désolé, je m'étouffais tout seul. Je disais que je crois qu'on a une très mauvaise influence sur toi. La preuve: c'est toi qui invente les coups pourris qu'on aurait du inventer avant toi.
- Hé! hé! hé!
- Mais, même si ça pourrait être très drôle, je ne crois pas que le capitaine apprécierait. On peut toucher à qui on veut, mais…
- Mais pas à son fils, coupa froidement Ambre. Ca va, j'ai compris." Elle resta silencieuse un moment avant qu'un sourire pervers illumine son visage. "Mais on peut se débrouiller pour que Roberts ne sache pas que c'est nous… ni même le fils; ça lui évitera d'aller cracher le morceau à son cher papounet…
- Elle est machiavélique.
- Et diabolique, renchérit Fred. J'aime cette petite."
A peine Wulfran avait-il frapper à la porte que la voix profonde de son père lui parvint, l'invitant à entrer. Il ouvrit la porte précautionneusement et entra dans la cabine, assez sobre malgré la petite fortune de son père. Le terrible pirate Roberts lui jeta un regard surpris avant de demander:
"- Que viens-tu faire ici?
- Je… j'avais besoin de te parler.
- A propos de quoi?
- Et bien…
Et comment je vais lui dire ça?
- J'attend.
De la finesse, de la diplomatie, si tu veux avoir gain de cause mon petit Wulfran.
- J'ai… j'ai entendu dire que tu ne voulais pas que je monte à bord de l'Ecumeur, lâcha-t-il très vite.
- Tiens donc. Et où as-tu entendu ça?
Mais pourquoi son visage ne reflète-t-il jamais de sentiments? Je sais plus comment le prendre.
- Quelqu'un me l'a dit.
En fait je crois que je n'ai jamais su.
- Et tu crois tout ce que les gens de racontent?
Là, il s'agit de ne pas plus t'enfoncer…
- Non. Je voulais en avoir le cœur net.
- Bien. Ça peut être une qualité si tu ne cherches pas à vérifier tous les trucs le plus improbables qui soit.
Je crois que je viens de me taper sur la tête à grands coups de marteau, que le choc a ouvert une crevasse juste sous mes pieds et que je suis tombé au fond du gouffre.
- Mais ce que tu me dis là n'est pas totalement infondé.
- Alors c'est vrai? je ne pourrais pas monter sur ce pont?
Le gouffre ne faisait peut-être finalement que cinquante pauvres centimètres, mais tous comptes faits, je crois que j'aurais préféré un puit sans fond et me noyer dans ma propre stupidité.
- Pas tout à fait. Ta réaction d'hier soir m'a montré que tu n'étais pas tout à fait prêt.
- Comment ça pas prêt?
- Dis : du lait, du lait, du lait, du lait…
- Hein?
- Répète ça.
- Du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait, du lait…
- Bon stop! Ça suffit. Maintenant, que boit une vache?
- Bah. Du lait!
Quelle question!
- Tu vois? T'es pas prêt.
- Hein?
- Une vache boit de l'eau. Elle pond du lait, mais elle boit de l'eau.
- Elle pond du lait?
- Enfin… on se comprend.
- Et tu me dis que je ne suis pas prêt parce que je répond à côté à une question aussi conne?
- Oui. Tu fonces tête baissée sans réfléchir. Je me vois donc mal te donner un poste à responsabilités sur l'Ecumeur. D'autant que tu ne supportes pas mon nouveau mousse.
- On y vient.
- Pardon?
- Avoue que tu la préfères à moi! Un battement de ses longs cils sur ses beaux yeux ambrés et tu fonds. C'est pas vrai?"
Roberts perdit son masque impassible. Il passa par toutes les expressions imaginables, entre la surprise, l'incrédulité, l'étouffement pour finir par éclater de rire.
Le rire gras et sonore de Roberts fit sursauter Ambre et les jumeaux qui manquèrent de basculer et de s'écraser sur le pont que Ken, James et quelques autres venaient de finir de récurer, après trois bonnes heures de dur labeur. Ils n'auraient guère été heureux de devoir se débarrasser des corps et, surtout, de s'acharner à enlever tout le sang qui s'incrustait dans les veines du bois et les interstices…
Roberts s'étouffa de rire pendant dix bonnes minutes. Tous les passants qui passaient sur le quai à ce moment-là regardèrent l'Ecumeur avec circonspection, avant de faire des remarques du genre: 'si c'est pas lamentable de voir ça! le plus redoutable de nos loups de mer…'; 'il a du craquer. C'est les nerfs qui lâchent…' ou encore 'il a fait de mauvaises prises? Il a pas de quoi payer son équipage? Quelle misère.'
Puis, quand les rires ne furent plus audibles que de ceux qui restaient sur le navire, les passants se dispersèrent et allèrent colporter les ragots plus loin.
Roberts était affalé sur son bureau, essayant désespérément de reprendre son souffle avant de repartir dans un fou rire. Wulfran le contemplait, mal à l'aise. Jamais encore, il n'avait vu son père dans cet état. Lui qui était d'habitude si sérieux était pathétiquement écroulé sur sa table, s'étouffant à moitié au milieu de ses cartes.
Et c'est moi qui suis responsable de ça? naaan! Je n'ose y croire.
"- Papa… ça va mieux? demanda-t-il, inquiet.
- Pfiou… hi! hi! hi!. Je ne me suis jamais senti si euphorique. Hu! hu! hu!
- Je crois que j'avais remarqué. Tu es sûr que ça va?
- Oui, oui. Ne t'en fais pas. Mais à l'avenir, évite de proférer des absurdités pareilles."
Roberts s'interrompit un instant, le temps de finir de reprendre son souffle. Ses yeux avaient déjà repris leur sérieux. D'une voix plus calme, il reprit:
"- Je ne veux pas que tu me rejoigne sur l'Ecumeur tout de suite. Que tu ne soit pas prêt passerait encore. Mais je ne veux pas de mutinerie à bord de mon navire, ni de dissension.
- Je ne vois pas comment je pourrais en causer, riposta Wulfran d'un ton réfrigérant.
- Moi si. Mon mousse.
- Encore elle?
- Laisse-moi finir. Je ne tiens pas à ce que ça dégénère.
- Je pourrais me tenir.
- Permet-moi d'en douter. Tu finiras bien un moment donné par craquer et à la provoquer en duel, ou une autre stupidité du même genre. Ce que je ne veux absolument pas.
- Mais pourquoi? Dans tous les équipages, il y a des personnes qui se détestent et qui se font mille misères à tout bout de champs!
- Certes, mais aucun n'est appelé à devenir mon successeur. Si tu n'es pas bien vu par mes hommes, tu auras beau te faire respecter, par la force ou la peur, ils ne feront rien pour t'aider.
- Oui mais… je ne vois pas en quoi tuer cette fille me les mettrait à dos.
- Ils l'adorent.
- Tu ne peux pas la laisser ici? Une femme, et une fillette encore plus, n'a pas sa place sur un navire.
- Mes hommes m'en voudraient beaucoup. Et en plus, elle bosse bien, on la paie pas trop et elle picore comme un moineau. Très économique.
- Et si…
- Non, je ne changerais pas mon équipage pour tes beaux yeux.
On pouvait toujours demander…
- Tu vas donc rester encore quelques temps avec Jack sur le Grand Fourbe, jusqu'à ce que je décide que tu sois prêt."
Wulfran ne répondit rien. Il se contenta de baisser la tête et de ruminer sa colère dans le col de sa chemise blanche.
"- Bien, poursuivit son père, maintenant que tout est dit, tu peux y aller. J'ai encore beaucoup de boulot.
- Vous repartez bientôt?
- Dans quelques jours, je pense."
Wulfran s'apprêta à partir mais, avant de franchir le seuil, il se retourna une dernière fois.
"- Dis…
- Oui?
- Puisque tu as une fille à bord, accepterais-tu d'en avoir une deuxième?
- Tu parles de Thérèse?
Comment il sait ça lui?
- Oui. Comment le sais-tu?
- Elle est passée ce matin.
- Et alors.
- Je lui ai dit non. Ambre, c'est une chose. Je ne peux pas m'en défaire comme ça. Thérèse en est une autre. Je ne veux pas que les gens disent que je me met à devenir sénile au point de recruter dans la gente féminine.
- C'est vrai que ton image en prendrait un sacré coup.
- Elle en souffre assez avec Ambre. Je ne voulais pas pousser le bouchon trop loin.
- Je vois, cracha Wulfran.
- Tu peux penser ce que tu veux de mes décisions, mais évite de penser trop fort.
- Désolé.
- Ce fut un plaisir de parler avec toi. Reviens quand tu veux.
- Je n'y manquerai pas."
Là-dessus, Wulfran ouvrit la porte de la cabine, traversa le pont en quelques grandes enjambées avant de disparaître dans les rues de Tortuga.
le huitième chapitre arrivera quand on me le demandera: je vais me replonger à corps perdu dans les sombres eaux écumeuses de la prépa (mais avec un tuba, une lampe torche, des vivres, un canard en plastique de bain, un peignoir... comme ça je resterais peut-être en vie suffisamment longtemps pour écrire la fin...)
Bazouxxxx à tous !
