Eh voilà. Le 13ième chapitre que le monde entier attendait avec impatience! Enfin… au moi vous. J'espère…
Bref. J'ai réussi à la finir pendant qu'on avait pas encore trop de boulot mais cette belle époque est pas joyeusement du tout révolue. D'ailleurs, je suis sensée réviser ma bio. Ce que je vais faire avec entrain, cela va sans dire (si j'arrive à me faire gober ça, je suis un lysosome parti en vacances aux Caraïbes).
Je vais peut-être arrêter de dire des conneries (y'en a assez dans les quelques pages suivantes…) mais je vais quand même répondre à mes quelques rewiewers.
Melitta: j'ai rien à te dire, mis à part le fait que toi et les autres me manquer et que j'en ai marre de la prépa (mais c'est pas une nouveauté!)
Cap'taine ana: cette saleté m'a pas encore rewiewée. Pour la peine, je la bousifie. Tiens! Ça te fais les pieds hein?
Loulou: je vois que tu as la même culture que moi, c'est très bien ça. les jumeaux sont bien inspirés des jumeaux de Harry Potter (c'était assez gros quand même) mais pour le PGCD, ce n'est pas Ombrage. En effet, le PGCD existe vraiment. Ce n'est pas le plus grand dénominateur commun mais un bonhomme petit gros con et débile. D'où le surnom, cela va sans dire. Je l'ai quand même un peu amélioré vu que c'est également la caricature de mon ancien dirlo alcoolo et bedonnant… sa chère et tendre épouse qu'on n'a pas encore vu dans l'histoire est le portrait de l'épouse du dirlo: petite grosse pas sympathique du tout et qui pue horriblement de la gueule. Ceux qui la connaissent peuvent le confirmer (ouais, levez les bras avec moi! hem. Désolée). Et merci pour tes rewiews, ça fait plaisir de voir des gens que ça intéresse!
Je sais que y'a des trucs qui cloche par rapport au film mais je suis assez diabolique pour trouver quelque chose pour y remédier…
Pégase: merci aussi pour tes rewiews, ça me fait toujours plaisir!
Voilà, gros bisous à tous (sans les microbes).
Je sais, le titre du chapitre est nul mais j'avais la flemme d'en cherché un et puis d'abord, c'est pas le 13 pour rien!
Chapitre 13:
Le chapitre maudit
Une petite semaine s'était écoulée depuis que l'Ecumeur avait quitté l'Isla Mona. Le temps restait clément, quoique un peu froid pour la saison. Une bonne brise soufflait et faisait onduler la mer à l'infini. Une seule ombre au tableau: un panache de fumée noire s'élevait vers le ciel azuré, qui indiquait qu'un drame venait de se produire. Le navire marchand nommé le "Faucon des mers" était la proie des flammes. Ses planches crissaient et craquaient, envoyant des gerbes d'étincelles éblouissantes. Des cadavres jonchaient son pont, ainsi que des marins qui se vidaient de leur sang, une grimace d'horreur figée sur leur visage mal rasé. Les mares de sang commençaient à bouillonner sur le pont à cause des flammes ardentes et laissaient des taches noirâtres sur le bois.
A côté de ce sinistre spectacle se trouvait l'Ecumeur avec son équipage de pirates qui exécutaient une danse tribale de triomphe. Assez ridicule, il faut bien l'admettre. D'autant plus que les jumeaux mimaient un farouche combat avec des ombrelles au milieu.
Ambre, le rouge au joue et le souffle court, essuya son épée ensanglantée dans un chiffon. C'était leur troisième abordage depuis qu'ils avaient levé l'ancre. Le quatrième combat auquel elle prenait part. Tuer la répugnait toujours mais elle ne sombrait plus dans la dépression. Mais c'est vrai que ça aurait fait une sacrée déprime si elle avait eu le cafard pour chaque personne qu'elle avait éventrée, vu qu'elle avait désormais une bonne dizaine de morts à son actif.
Des applaudissements à tout rompre lui firent relever la tête. Elle laissa échapper un petit rire argentin: Fred et George gisaient sur le pont, des jambes par-ci, une ombrelle cassée par-là. Elle secoua la tête devant la stupidité apparemment sans fin des jumeaux et rengaina son épée. Celle-ci ne traînait presque plus par terre.
Cool! J'ai grandi!
Toute heureuse de cette découverte qui n'est grande que dans l'idée, la jeune fille alla prêter main forte (expression fort peu appropriée vu sa force de mouche) aux pirates qui rangeaient leur butin au centre du pont, près de l'ouverture menant aux cales. Elle arriva à la hauteur de Trévor (autre expression nulle puisqu'elle n'arrive même pas à l'épaule du quartier-maître) et lui tira sur la manche pour attirer son attention. Quand il l'eut enfin repérée, il baissa les yeux sur Ambre:
"- Qu'est-ce que tu veux?
- Je peux faire quelque chose pour aider?
- Tu sais que c'est une question idiote?"
Comme Ambre ne répondait pas et le regardait sans comprendre, il poursuivit.
"- Il y a toujours quelque chose à faire sur un navire et particulièrement quand on vient de piller. Tu n'as qu'à descendre ces… choses," ajouta-t-il après un temps mort. Il lui indiqua une caisse éventrée d'où gisaient des sabres au fourreau richement décoré. "Ils sont fous ces orientaux," reprit-il pour lui-même, avant de se mettre à donner ses ordres concernant le rangement.
Ambre entreprit de se charger de ces lames peu ordinaires et fit deux pas en direction des cales avant de s'arrêter brusquement, un pied en l'air. Elle se retourna et appela Trévor.
"- Quoi! rugit-il.
- Je les met où?
- Comment ça où? répliqua-t-il, agacé.
- Dans quelle cale?
- Ah," fit-il visiblement surpris. Il n'avait visiblement pas pensé à la question. Il se gratta le menton d'un air pensif avant de répondre avec un haussement d'épaules. "Fous-moi ça dans le fond, tout tout au fond, là où ça gêne pas."
Se rend-il compte que ces paroles peuvent être mal interprétées?
Ambre acquiesça et descendit l'escalier, en retenant un fou rire. Les bras chargés des étranges sabres, elle réussit à prendre une lampe et traversa les premières cales pour atteindre la dernière. Elle jeta un regard circulaire autour d'elle pour trouver un endroit suffisamment grand pour y caser tout son chargement. Quand elle l'eut trouvé, elle posa sa lampe sur un coffre et se déchargea des sabres avec un soupir de soulagement. Elle les rangea soigneusement un par un en les examinant au passage. Elle arriva enfin au dernier et prit quelques minutes pour l'observer plus attentivement. Le fourreau était très long, en arc de cercle, comme la lame. La partie qui protégeait la lame n'était pas plate, contrairement à son fourreau, mais ronde et tout décorée de gravures, or sur fond rouge et noir. La jeune fille dégaina lentement le sabre. Le crissement métallique résonna dans toute la cale. Les yeux dorés d'Ambre se posèrent sur la lame, également finement gravée de signes qu'elle ne pouvaient interpréter. Elle fit courir ses doigts fins sur l'acier, redessina les symboles compliqués du bout de l'index.
"- AMBRE !"
Elle sursauta et lâcha le fourreau qui lui tomba douloureusement sur le pied. Elle poussa un petit cri de douleur et sautilla sur place en se tenant le gros orteil, tandis que Trévor poursuivait.
"- Active-toi un peu! On n'a pas toute la nuit!"
Ambre essuya une larme qui perlait au coin de son oeil gauche, rangea à regret la lame dans son fourreau et regagna le pont en boitant.
"- Qu'est-ce qui t'es arrivé? la questionna Fred quand il la vit.
- J'me suis pris un truc sur le pied.
- Ah.
- Tu fais quelque chose là maintenant tout de suite? demanda-t-elle avec un sourire qui en disait long.
- Heu… tu veux savoir si je peux t'aider?
- Tout à fait.
- A quoi faire?
- Ranger les sabres bizarres dans la cale du fond.
- Ok. Je vais chercher George.
- Pendant ce temps là, moi, je continue."
Ambre avait déjà réussi à prendre une petite demi-douzaine de sabres et était toute fière d'elle. Wouah! C'est que j'aurais presque des muscles! Mais elle déchanta vite quand les jumeaux revinrent.
"- Mais t'as rien du tout là!" s'exclama George avec un grand sourire.
Il entreprit alors de charger la pauvre Ambre. En quelques instants, sur ses bras tendus reposaient une pile de sabres qui lui arrivait jusque sous le nez.
"-Là. C'est beaucoup mieux," conclut-il en en ramassant quelques uns pour lui-même, histoire de faire semblant de travailler.
La jeune fille avait les bras qui tremblaient sous l'effort. Elle poussa un grognement de reproche accompagné d'un regard de glace à l'adresse de George. Celui-ci se tourna vers elle et la dévisagea un instant avant de dire:
"- Y'a quelque chose qui va pas?"
Fred intervint, avant qu'Ambre ne pète une durite.
"- Arrête de l'embêter la pauvre.
- Tu crois pas que tu m'en demande beaucoup? répliqua son frère d'un air outragé.
- Fais un effort," répondit Fred en déchargeant la jeune fille. Ses cheveux d'un blanc de neige tournoyaient autour de sa tête, décrivant de figures compliquées et chatouillant par moment le nez de Fred.
"- Atchoum!" fit Fred. Son éternuement fit sursauter Ambre qui en lâcha son chargement. Celui-ci n'échappa à la loi de la pomme de Newton et s'écrasa avec fracas sur les pieds des deux jeunes gens qui se mirent à hurler comme si on les égorgeait.
George cessa de ramasser les sabres qui traînaient par terre et se retourna vers les deux autres pour voir ce qui les faisait hurler ainsi. En faisant ça, un des sabres qui dépassait plus que les autres rentra violemment dans le ventre de Wesley qui passait par là. Déséquilibré, Wesley s'affala sur George. Tout alla alors très vite. Les sabres volèrent des bras de George puisque Wesley avait pris leur place. Ils s'étalèrent l'un sur l'autre avec des jambes et des bras qui partaient en tous sens. Ils firent un rouler-bouler et se retrouvèrent entre Fred et Ambre qui sautillaient sur place en se tenant le pied. Evidemment il fallut qu'Ambre marche sur le bras du pauvre Wesley, perde l'équilibre et se rattrape à la chemise de Fred qui ne manqua pas de tomber également. Il y eu ainsi un tas informe de corps et de membres dans des positions grotesques. Et pour conclure le tout, les sabres que George avait joyeusement balancer pour récupérer Wesley redescendirent pour tomber sur la bande de bras cassés qui gisait lamentablement sur le pont.
J'aurais préféré que le narrateur oublie de relater ce passage peu glorieux de ma vie.
Le second et le quartier-maître ne manquèrent pas d'accourir pour connaître la raison de tout ce raffut. Quand ils réussirent à identifier les coupables dans l'entremêlas de corps, ils échangèrent un regard résignés. Korp dit d'une voix las:
"- Finissez ce que vous êtes en train de faire et revenez me voir. Un petit tour aux fers à fond de cale ne pourra vous faire que le plus grand bien."
Sur ces aimables paroles, il tourna les talons, suivi de Trévor. Difficilement, Ambre, Wesley et les jumeaux parvinrent à se remettre sur pied. Ils massèrent leurs membres douloureux avant de reprendre leur tâche en boitant.
Ambre menait le petit groupe dans l'obscurité des cales, sa lampe à bout de bras et un paquet de sabres sous l'autre. Elle indiqua à sa suite où elle avait posé les armes. Elle se délesta des siennes, les rangea et serait bien remontée sur le pont, à l'air libre, mais ses compagnons trouvaient que c'était quand même beaucoup moins fatigant quand c'était elle qui rangeait. Ils ne se donnèrent même pas la peine de trouver un argument, genre "le mousse est un larbin": ils posèrent les sabres et remontèrent illico, laissant une Ambre furieuse. Avec un grognement rageur, elle aligna les lames aux fourreaux étincelants.
Un petit grattement la fit sursauter. Elle se retourna et scruta attentivement la pénombre étouffante de la cale. Les sourcils froncés dans une expression concentrée et pas très jolie, elle restait silencieuse en retenant sa respiration et attendant un nouveau bruit. Un infime bruit lui fit tourner ses yeux ambrés vers le coin le plus obscure de la cale. Son cœur battait la chamade quand soudain…
- Ambre. C'est encore un rat. Arrête de flipper pour rien, ça devient lassant.
- Tiens. Ma conscience. Ça faisait longtemps. J'ai cru pendant un moment que mon côté schizophrène avait pris la tangente.
- Jamais je ne t'abandonnerais voyons!
- Tu tiens donc autant à moi que ça?
- Que nenni, malheureuse! Je fais partie intégrante de toi, mais crois-moi: si je pouvais me carapater et te laisser toute seule avec tes problèmes, je le ferais avec plaisir.
- Merci, c'est sympa.
La jeune fille repoussa une mèche de cheveux et rangea le dernier sabre avant de se relever et de quitter la cale, non sans jeter un dernier regard dans l'ombre épaisse.
Elle rencontra une douzaine de pirates qui descendaient de lourds coffres. Elle zigzagua au milieu d'eux et eut droit à des regards noirs et des remarques désobligeantes à chaque fois qu'elle les gênait, c'est-à-dire tous les deux pas. Elle s'excusa donc tous les deux pas et parvint finalement à regagner le pont. Elle retrouva Wesley et les jumeaux près de la caisse de sabres, en train de se prélasser en attendant qu'elle revienne.
"- Vous savez que vous avez pas besoin de moi pour descendre tout ça, commença-t-elle.
- Oui, répondit George, mais je ne sais pas si tu as remarqué mais le groupe d'Ernie descend les coffres de pierreries, argenterie et tout ce qui va avec.
- Et je sais par expérience que c'est pénible, poursuivit Fred, alors on va attendre qu'ils finissent avant d'y retourner.
- Ce qui nous fait une bonne excuse pour flemmarder, conclut Wesley en baillant.
- Je vois," fit Ambre en s'asseyant à côté d'eux.
En moins de cinq minutes, ils étaient tous avachis les uns sur les autres et regardaient les autres travailler avec béatitude. Trévor arriva par surprise et rugit:
"- Vous m'expliquez ce que vous faîtes là?
- Bin… commença Fred. On attend qu'Ernie et ses potes aient fini de ranger avant d'y retourner.
- Et pourquoi donc?
- On va les gêner si on arrête pas de passer et de leur foutre des coups avec ces trucs bizarres, continua Fred en indiquant la caisse démolie contenant les sabres.
- Mouais, fit Trévor. Vous avez une bonne excuse, pour une fois.
- On ne serais pas avachis comme ça, si ostensiblement, si on avait pas la conscience propre, remarqua Ambre en étouffant un bâillement.
- Je ne sais vraiment pas ce qu'on va faire de vous, soupira Trévor en repartant.
- Le pauvre, il va crever d'épuisement si on continue comme ça, dit Ambre quand le quartier-maître fut hors de portée de voix.
- Crois pas ça, répondit George, il est plus coriace qu'il en a l'air."
Sur ces magnifiques entrefaites, ils s'affalèrent encore un peu plus, fermèrent les yeux et profitèrent de l'agréable soleil de mai. Ils étaient presque endormis quand Vincent vint les trouver et les tirer de leur apathie, à l'aide de quelques coups de pied dans le tas.
Fred ouvrit un œil et fixa son tortionnaire d'un œil mauvais avant de grogner.
"- Qu'est-ce que tu veux?
- Ambre est dans le coin?
- A ton avis? répliqua Fred qui sentait sa mauvaise humeur monter.
- Elle est là?
- Sers-toi de tes yeux!"
Vincent suivit ce conseil judicieux et ne tarda pas à repérer la jeune fille, roulée en boule sur la poitrine de George. Il s'approcha d'elle et la secoua gentiment. Ambre daigna ouvrir un œil et observer l'individu qui osait interrompre sa sieste. Elle lui jeta un coup d'œil interrogateur auquel il répondit d'un ton désinvolte.
"- J'ai une surprise pour toi."
Cela acheva de la réveiller.
"- C'est vrai? c'est quoi?
- Si je te le disais, ça ne serait plus une surprise.
J'ai horreur des phrases ultra-classique qui ressortent tout le temps dans les mêmes situations.
- Viens," poursuivit Vincent.
Et en plus, je dois me lever. La vie est injuste.
Ambre se leva à regret de son agréable coussin qu'était George et étira ses muscles douloureux.
J'ai mal au pied.
Vincent se dirigea vers l'ouverture menant à la cambuse, Ambre à sa suite. Ils descendirent les escaliers aux marches grinçantes et se retrouvèrent dans la semi-pénombre de la cambuse. L'atmosphère y était lourde et chargée d'odeur de cuisine. Enfin… plus exactement du fumet des patates au lard. Bob, le cuistot, touillait ce qui produisait cette si charmante odeur dans un grand chaudron. Quand il les entendit arriver, il se retourna et les accueillit avec un grand sourire.
"- Ma 'tite Ambre! ça faisait longtemps!
- J'ai déjeuné y'a trois heures.
- C'est long. Surtout quand toi et les jumeaux n'êtes pas là pour faire vos continuelles bêtises.
- Je prend ça comme un compliment.
- Tu peux. Mais ce n'est pas pour ça qu'on t'a fait venir, reprit-il après un moment. Tu lui montre Vincent?
- Ok."
Vincent disparu dans le fond de la salle et en revint avec une drôle de boîte.
Mais qu'est-ce qu'ils m'ont trouvé encore?
Vincent ne la laissa pas s'appesantir sur ses réflexions.
"- J'ai surpris votre conversation d'il y a un moment…
Quelle conversation?
Vincent posa doucement la boîte sur la table et se tourna vers Ambre, qui attendait manifestement qu'on lui éclaircisse la situation. Bob prit un air vexé.
"- Tu ne te rappelles pas?
- Tu sais, on discute souvent. A tous les repas pour être précis, répliqua Ambre. Alors, non, désolée, je ne vois pas de quoi vous parlez.
- Tu me déçois."
Je m'en tamponne l'oreille avec une babouche.
Bob poussa un soupir à fendre l'âme et Ambre aurait presque pris pitié de lui si elle n'avait pas su que son abattement était feint. Le cuistot reprit, après avoir poussé une bonne dizaine de soupirs.
"- Tu ne te rappelles vraiment pas?
- Si tu remettais les choses dans leur contexte, répliqua Ambre, ça pourrait aider.
- Ce jour-là, je chantonnais, répondit Bob.
- Comme tous les jours, fit Ambre, agacée.
- Et…
- Bob, stop. Ça devient lourd, le coupa Vincent.
- Si on a même plus le droit de s'amuser, maugréa Bob en retournant à son chaudron.
- Tu voulais apprendre à jouer de la guitare, si ma mémoire est bonne, dit Vincent à Ambre, délaissant totalement Bob à ses patates. Et… vu tes performances au chant…
Je savais que j'avais une voix superbe!
… quand tu es bourrée, on s'est dit qu'il était temps que tu passes à autre chose. Tu ne pourras jamais faire pire que ce que tu as fait avec une guitare.
Hein?
- Et comme on en a trouvée une tout à l'heure, poursuivit Bob, on a profité de l'occasion.
- Parce que, vraiment… la dernière fois, tu…
- Stop, ça va, les coupa Ambre, j'ai saisi le concept.
- Alors, promis? Tu ne chantes plus? demanda Vincent, la voix vibrante d'espoir.
- Je sais pas… je suis quand même un pirate sans cœur, méchant, machiavélique et sadique. Je peux bien faire souffrir mes propres compagnons de bord.
- Si tu tiens à te faire égorger, c'est ton problème…
- Pas faux.
- D'accord, grogna-t-elle.
- A la bonne heure! s'exclama Vincent, visiblement soulagé.
J'le déteste.
- C'est bon, tu peux remonter embêter les autres. On te mettra la guitare sur ton lit."
Ambre acquiesça et grimpa l'escalier, la mine sombre. Arrivée sur le pont, le soleil éblouissant lui fit plisser les yeux. Il lui fallut un certain temps pour se réhabituer à la vive lumière après l'obscurité de la cambuse. Elle repéra facilement les autres, étant donné qu'ils n'avaient pas bougé d'un poil, et les rejoignit d'un pas traînant. Elle se laissa tomber lourdement à côté de Wesley, sans un mot.
"- Ca n'a pas l'air d'aller, dit doucement Wesley.
- Hein? fit Ambre avec un retard, le temps qu'elle percute qu'il lui parlait. Si si, ça va très bien. Pourquoi?
- Vu ta tête… commença George.
- Tu pourrais nous dire que toute ta famille est morte dans un terrible accident de calèche en allant acheter des cornichons que ça ne nous étonnerait même pas, finit son frère à sa place.
- Y'a rien, j'vous dit," coupa Ambre avant de se mettre à fixer l'horizon d'un œil morne et légèrement éteint.
Vincent sortit de la cambuse à ce moment-là et vint s'incruster au milieu de cette bande de larves. Il échangea un regard complice avec les autres, qui manqua presque d'échapper à Ambre.
Mais qu'est-ce qu'ils mijotent encore ceux-là?
La jeune fille se décala insensiblement pour les observer discrètement, sans qu'ils ne se doutent de rien. Elle laissa quelques mèches de cheveux blancs masquer ses yeux, histoire de faire encore plus subtil.
Je vais me reconvertir dans l'espionnage.
Un coup d'œil lui permit de voir que les jumeaux et Wesley s'empêchaient de rire tandis que Vincent s'efforçait de rester impassible.
Mais qu'est-ce qu'ils me font?
"- Tu sais, Ambre, déclara Vincent, je ne disais pas ça pour être méchant. Je suis… juste réaliste et j'ai pitié de tout le monde.
- Ca va, j'ai compris, lâcha-t-elle froidement.
- Je savais que tu comprendrais.
- On te remercie, lui dit Fred, un sourire mi-figue mi-raisin accroché à sa sale face de farceur.
- Vraiment beaucoup, acheva George. Du fond du cœur."
Roberts m'en voudra-t-il si je fais disparaître ces quatre abrutis?
Ils retombèrent dans le silence et Ambre dans un désespoir sans nom. Elle les vit lui jeter un regard plus qu'amusé. Elle leva donc le nez vers eux.
"- Quoi encore?
- Rien," mentit Fred.
Un éclat de rire général provenant des trois autres démentit ses paroles. Fred explosa de rire également devant le regard ahuri de la jeune fille. Elle les fixa tour à tour, ses yeux dorés se teintant petit à petit de compréhension. Elle lâcha avec mépris:
"- Raaaah! J'vous déteste!"
George réussit à reprendre suffisamment le contrôle de lui-même pour lui répliquer:
"- Tout seul, on arrive plus à te faire marcher alors…
- On s'y met tous ensemble, conclut Fred, encore une fois, à la place de son frère.
- C'est très amusant, commenta Wesley.
- Tout à fait d'accord, ajouta Vincent.
- Des gamins… murmura Ambre en se tapant le front de la paume de la main. De véritables gamins. Pires que moi, c'est pour dire!
- Allez, fais pas la gueule, fit George en lui pinçant la joue.
- Petit polisson, va!" dit Vincent, en commentaire bidon au geste de George.
Ambre ne tarda pas à cesser de bouder et rit avec eux.
Heureusement que je suis passée maître dans l'autodérision!
Au bout de cinq minutes d'intense fou rire, les membres du petit groupe retombèrent dans leur état léthargique et regardèrent les compagnons d'Ernie traîner de lourdes caisses en suant et soufflant comme des bœufs. Puis Ambre brisa soudain le silence en interrogeant ses amis, qui, à leurs heures, ressemblaient plus à des tortionnaires.
"- Dites… comment vous avez su que Bob devait m'apprendre à jouer de la guitare? Y'avait personne dans la cambuse ce jour-là.
- Il nous l'a dis, répondit simplement Fred.
- Et… reprit Ambre, je chante si mal que ça?" demanda-t-elle d'une voix plaintive.
Ils se mirent à rire et Ambre se renfrogna.
"- Mais non, répliqua George joyeusement. On te fait marcher, comme d'hab'! Tu chantes pas plus mal que nous!
- Encore heureux, commenta Vincent avec un sourire coquin. Pire que vous, ça n'existe pas.
- Je te rappelle que tu chantes avec nous, lui dit Wesley.
- Que nenni! J'ai déjà inventé le play-back!
- Gnagnagna.
- Pourquoi ça te travaille autant de savoir si tu chantes bien ou pas? demanda subitement Fred.
- Heu…
- Est-ce que je peux lui dire que, si je chante mal, je ne pourrais jamais réaliser le rêve de ma vie et rentrer dans ce chanter pour y apprendre à chanter et à danser?
- Tu sais que tu as de très très fortes probabilités de rentrer, même si tu chantes horriblement faux et que tu danses avec toute la grâce d'une femme enceinte poussant une brouette?
- Ah?
- C'est juste que… après tous ces cours de chants que j'ai eu, si je chantais pas correctement, ça m'aurait… enfin voilà quoi. Et puis… ça aurait flatter mon ego.
Vive les excuses merdiques!
- Elle devient une vrai pirate, remarqua Wesley. Elle ne pense plus qu'à elle.
- Arrête de dire n'importe quoi ou je me remet à bouder!
- Fais, fais ma petite!" répliqua calmement Wesley en se frottant les ongles sur le devant de sa tunique d'un air distrait.
Ambre craqua et se jeta sur lui sauvagement. Surpris, il roula sur le dos et elle mit son attaque fétiche en pratique: les chatouilles. Wesley rugit de rire, appela les autres à les rescousses entre deux hoquets, avant de se tortiller comme un serpent sur le pont pour tenter d'échapper aux petits doigts agiles d'Ambre. Vincent et les jumeaux, que cet état larvesque commençait à endormir pour de bon, sautèrent sur l'occasion pour se réveiller. Une terrible bataille s'ensuivit qui fut interrompue alors qu'elle devenait intéressante par un Trévor furieux qui leur ordonnait de finir ce qu'ils avaient commencé, maintenant que tous les coffres étaient rangés.
Avec un profond soupir, ils se résignèrent à se remettre au boulot. Avec très peu d'entrain, cela va sans dire. Pour faire le moins d'allers et retours possibles, ils se chargèrent comme des mules ou, plus exactement, ils firent disparaître Ambre sous un amoncellement de sabres, et ils la soutinrent moralement en portant trois pauvres lames. Puis les quatre garçons prirent la tête en direction des cales, la pauvre gamine traînant sa lourde charge derrière eux. Ils descendirent les escaliers aux marches usées par les innombrables allées et venues, les premiers de la démarche chaloupée des marins et la dernière descendant en crabe, les genoux ployés sous l'effort, ce qui était assez ridicule.
- Faut bien que j'arrive à voir où je met les pieds!
- Des excuses tout ça. T'es ridicule c'est tout, assume!
Fred prit une lampe au passage et décida que, la lampe plus les sabres, c'était décidément trop lourd. Il posa les lames avec désinvolture dans les bras d'Ambre.
"- Dis, tu crois pas que tu exagères un peu là? gronda-t-elle en ses dents.
- Hein? non pourquoi?"
Il eut droit à la réplique favorite d'Ambre dans ce genre de cas: le regard de la mort qui tue.
C'est vrai que le regard de la mort qui ressuscite, ça fait pas très sérieux.
"- Ok, ok, ça va," dit Fred en levant les yeux au ciel. Il prit une bonne dizaine de sabres et les cala sous son bras, sans effort apparent. Ambre réaffirma sa prise et put enfin se redresser.
J'ai l'impression d'avoir grandi de dix centimètres d'un coup.
Fred reprit la tête. La lanterne projetait un halo jaunâtre qui donnait un air fantomatique aux cales sombres du navire. Des joyaux étincelaient par moment, lorsqu'un rayon de lumière les effleurait. Il y avait une telle profusion d'or et d'argenterie dans la cale centrale que le petit groupe ralentit le pas pour admirer le fruit de leurs pillages. Des sourires béats prirent naissance sur leurs lèvres desséchées par le soleil et la mer. Désormais tout content, ils pénétrèrent dans la dernière cale, celle qui servait plus de débarras qu'à autre chose. Les pirates y entassaient tous les objets sans beaucoup de valeur, les trucs inutiles et tout un tas de choses hétéroclites.
"- Pourquoi faut-il qu'on s'encombre de brosses à chaussure et d'ombrelles? demanda Ambre. Ca fait pas très sérieux.
- Tu sais, répondit George, tout ce qui a un prix, même minime, a de la valeur aux yeux d'un pirate.
- En plus, plus vite on est chargé et plus vite on s'arrête à terre, renchérit Vincent.
- Ça, c'est une excuse qui me plait," dit Wesley.
Fred posa sa lanterne sur un lourd coffre contenant du matériel de couture ou quelque chose d'approchant. Il déposa son fardeau sans ménagement et s'étira comme un chat, avec une grimace de contentement. Les autres firent de même. Puis les garçons échangèrent un regard entendu pendant qu'Ambre se grattait distraitement l'aisselle droite. Ce fut Vincent qui fut silencieusement choisi pour annoncer à la jeune fille leur brillante idée. Une idée tellement lumineuse qu'ils en furent presque éblouis.
"- Ambre?" appela-t-il doucement.
L'intéressée se retourna et leva un sourcil suspicieux. Vincent prit ça pour une incitation à poursuivre.
"- On s'est dit, les autres et moi-même, que, comme tu avais déjà rangé ce genre de choses, tu le ferais certainement mieux que nous. C'est pour quoi nous avons décidé de te laisser tout ranger.
- Tu sais que ça ressemble fortement à une excuse bidon? rétorqua-t-elle en le toisant de haut en bas.
- Ah?
- Je t'assure.
- Non. Tu dois te tromper.
- Si tu le dis… mais si je vous assure que vous pouvez le faire aussi bien que moi, si ce n'est mieux?
- C'est comme pour la vaisselle: on a peur de tout casser.
- Ça ne se casse pas ces trucs, contra-t-elle.
- Mais, intervint George, comme tu l'as si bien dit, on peut le faire.
- Tu remarqueras qu'il insiste beaucoup sur le "peut", dit Wesley. Ce qui veut dire que même si on peut le faire, on n'en a pas envie.
- J'avais saisi la nuance, répliqua Ambre.
- Heureux de savoir que tu n'es pas si idiote que tu en a l'air, en fin de compte.
- Et si je refuse de ranger à votre place, demanda Ambre, glaciale, vous faites quoi?
- On te tape.
- Ah. C'est un argument convaincant."
Ceci dit, la jeune se mit à ranger les sabres. Ce qu'elle fit presque avec plaisir: elle était fascinée par ses étranges armes, à la poignée ronde, sans trop de fioritures, mais dont les fourreaux aux couleurs chatoyantes étaient finement ciselés. Mais bon. Ils avaient beau être jolis, ils étaient lourds et être la seule à bosser pendant que les autres papotaient, ça lui portait sur les nerfs. Elle ruminait de sombres pensées de vengeance en marinant dans sa rancœur quand Fred poussa un cri perçant. Elle sursauta et se cogna le crâne dans l'angle d'un coffre.
"- Aowh! Nan mais ça va pas de gueuler comme ça! rugit-elle, sa voix virant dans les aigus hystériques.
- Y'a quelque chose qui a bougé, là, dit Fred en pointant du doigt le coin le plus sombre de la cale.
Faudra qu'il m'explique comment il arrive à voir quelque chose dans des ténèbres pareilles!
- Et c'est pour ça que tu me perces les tympans? fit-elle, exaspérée.
- Mais je t'assure que…
- Tut, tut, il n'y a pas de mais. Je bosse déjà toute seule pour vous, alors tâchez au moins de ne pas me déranger!
- Pourtant, je…
- Tais-toi!" fit-elle d'un ton impérieux.
Fred rendit les armes devant le ton tranchant de la jeune fille. Celle-ci lui jeta un bref coup d'œil avant de se remettre à l'ouvrage en marmonnant. Elle empila une demi-douzaine de sabres quand un nouveau cri la fit sursauter et se reprendre le coin du coffre. Ambre gémit de douleur et se massa le crâne. Elle leva vers Fred un regard à glacer le sang, mais celui-ci désigna son frère comme étant le coupable. George était tout tendu et fixait le même coin sombre que son frère précédemment. Ambre s'excusa platement auprès de Fred pour l'avoir accusé à tort, pour une fois, et reporta son regard haineux sur l'autre jumeau. Elle s'apprêtait à lui faire saisir sa façon de penser dans un langage particulièrement grossier quand un craquement retentit dans les profondeur de la cale. Ils sursautèrent tous et sondèrent l'endroit ténébreux, tendus comme la corde d'un arc, car, bien évidemment, le bruit provenait de là.
Ce fut Ambre qui revint le plus vite de sa frayeur. Elle poussa un soupir exagérément agacé et se leva, délaissant sa tâche.
"- Vous êtes pathétiques, leur dit-elle. Que voulez-vous que ce soit?"
Ils ne répondirent rien et continuèrent à fixer l'ombre, sans relâcher un seul muscle, à l'affût du moindre bruit. La jeune fille poursuivit, sur le ton de la conversation.
"- Dites, vous savez ce qui traîne dans les cales de tous les navires? Hein? des rats. Vous êtes en train de flipper bêtement pour des rats. De façon vraiment ridicule, cela dit en passant.
- T'es sûre? demanda George.
- Mais oui. J'en ai croisé un la dernière fois que je suis descendue ici."
Les garçons se détendirent visiblement mais ils avaient l'air contrit, comme s'ils avaient fait quelque chose de particulièrement idiot. Ce qui était le cas, ce qui expliquerait leur attitude.
"- Tu es vraiment sûre? insista Vincent.
- C'est pas possible d'être aussi… rah! Je trouve pas d'adjectif pour vous qualifier!
- C'est pas grave, on s'en remettra.
- Mouais," fit Ambre en retournant au travail. Elle empila deux nouveaux sabres avant de se retourner vers les garçons décidément trop silencieux.
"- Quoi encore?" dit-elle, profondément exaspérée. Comme ils ne répondaient rien, elle se leva avec un soupir.
"- Vous êtes pas convaincus? Vous voulez que j'aille voir pour vous montrer que y'a rien et que vous êtes des crétins finis?"
Ils opinèrent vigoureusement du chef.
Mais qu'est-ce qui m'a foutue des mauviettes pareilles?
Ambre se fraya un passage dans leur cercle à coups de coude et se dirigea fermement vers la source de leurs angoisses: le coin noir. Tout noir. Vraiment tout noir. Mais vraiment.
Le narrateur, ta gueule.
…
…
…
Hem… faut pas prendre tout ce que je dis au pied de la lettre…
…
…
…
…
Bon, je m'excuse. Ça te va?
… La jeune fille se retourna vers les quatre garçons et leur lança une œillade malicieuse.
"- Regardez, j'avance et… Aaaaaah !"
Ambre se retrouva propulsée en arrière et s'écroula par terre dans un tourbillon de cheveux blancs.
Beeeuuuuh… 'sont costauds les rats, de nos jours…
Vincent, Wesley et les jumeaux eurent à peine le temps de réagir quand un sombre personnage surgit des ténèbres et tenta de forcer le passage. Il bouscula Fred et Wesley qui s'étalèrent l'un sur l'autre dans une totale absence de grâce. Il repoussa violemment Vincent d'une main mais George attrapa vivement la personne par le collet. Celle-ci poussa un cri étranglé lorsqu'il fut tiré en arrière et rejoignit ses précédentes victimes par terre. L'homme, car s'en était un, tenta de se relever, mais George et Vincent se jetèrent sur lui à la vitesse de l'éclair et le clouèrent au sol. Pas au sens propre, je tiens à le préciser. Fred vint leur prêter main forte: l'homme, car s'en était toujours un, se débattait comme un beau diable et les deux autres peinaient à le maintenir au sol.
"- Ambre, rugit Vincent, amène la lampe!"
La jeune fille fit comme on le lui dit et éleva la lanterne au-dessus du visage de leur mystérieux agresseur. Ils restèrent tous immobiles quelques instants, la bouche ouverte et battant des cils sur des yeux démesurément agrandis, dans une expression de totale incrédulité.
"- Ma qu'est-ce qué cé ça? réussit à articuler Fred.
- Pas la moindre idée, répondit Vincent.
- J'connaissais les noirs mais… des comme lui, j'en avait jamais vu.
- Sa tête me dit vaguement quelque chose, intervint Ambre. J'ai du voir ça dans un bouquin de géo…
- Il vient d'où alors? d'Afrique?
- Pfiout. J'en sais rien du tout. J'aimais pas la géo alors…
- Mais tu sers à rien! rugit George à la jeune fille.
- Je sais, merci.
- On peut toujours lui demander d'où il vient, proposa Wesley.
- Ça c'est une idée, répondit Fred avec un grand sourire. Tu parles sa langue?
- Il parle peut-être la nôtre. On ne perd rien à le lui demander…
- Tu causes not'langue? demanda Fred à l'homme qui les regardait tour à tour, visiblement interloqué.
- Vu sa tête, dit Vincent, je dirais que non.
- C'est parce que tu bouffes les mots! répliqua Ambre à Fred. Comment veux-tu qu'il comprenne quelque chose?"
Fred ignora superbement sa question.
"- Dis, tu parles bien plusieurs langues, non? s'enquit Vincent auprès de la jeune fille.
- Heu… le verbe baragouiner conviendrait mieux.
- Alors baragouine-le!"
Ambre demanda alors aux autres de laisser leur prisonnier respirer un peu, et que c'était pas en le maintenant comme ça qu'il allait se montrer coopératif. Vincent le désarma rapidement et, doucement, ils relâchèrent leur étreinte. L'homme se releva d'un bond et recula jusqu'à sentir la coque du navire dans son dos. Les garçons lui barrèrent la sortie et Ambre se mit devant eux, pour tenter de communiquer avec le bonhomme terrifié.
"- Heu… commença-t-elle.
- C'est un bon début," fit George, sarcastique.
Elle lui jeta un regard noir, pour changer, avant de reporter toute son attention sur l'homme au visage peu commun.
Il est peut-être bizarre mais… il est plutôt mignon.
"- Tu parles notre langue? Le français… dit-elle en accentuant chaque syllabe.
- …
- Mouais… do you speak english?
- …
- Quel succès, railla Fred.
- Ta gueule! … Lei parla italiano?
- Heu… si, signorina, répondit-il timidement.
- Ouais! J'ai vaincu! Fit Ambre, victorieuse en agitant les bras en l'air, ce qui eut pour effet de finir de traumatiser le bonhomme.
- Y'a que dix-neuf chaises, rétorqua Fred. Demande-lui plutôt comment ça se fait qu'il est là?
J't'en foutrais moi, des jeux de mots pourris!
- E… continua Ambre à l'attention de l'inconnu. Dove vieni?
- Del nave che avete attaccato, qualche ore fa.
- Ah.
- Qu'est-ce qu'il a dit? s'enquit Wesley.
- Qu'il vient du bateau qu'on a pillé y'a deux heures.
- Comment il a réussi son coup? demanda Vincent.
- Tu m'en voudras pas, répondit Ambre, mais je suis quelque peu limitée question vocabulaire.
- Bon, c'est pas le tout, les coupa George, mais on en fait quoi de cet énergumène?" fit-il en désignant l'autre terrorisé.
L'intéressé comprit sans trop de problème qu'on parlait de lui et plus exactement de son avenir immédiat. Il se jeta à genoux aux pieds de la jeune fille et la supplia, les mains jointes et les yeux larmoyants.
"- Non uccidermi! Mia mamma è ammalata e mio babbo svaligia le pattumiere !"
Ambre le regarda, profondément gênée, rouge jusqu'à la racine des cheveux.
Suis-je obligée de traduire ça à mes malheureux collègues et aux infortunés lecteurs?
"- Qu'est-ce qu'il a dit? demanda Vincent.
- Heu… fit Ambre, de plus en plus rouge, si c'était possible.
- Alors? la pressa Fred."
Elle était maintenant d'un bel écarlate. Elle répondit d'une petite voix:
"- Il a dit: ne me tuez pas!
- Et c'est pour ça que tu rougis? dit Wesley. Ne me dis pas que ça te choque que quelqu'un te supplie de lui laisser la vie sauve!
- Heu… c'est la première fois pour moi…"
Wesley eut l'air de se contenter de cette réponse mais, évidemment, pas George.
"- Tu mens très mal. Qu'est-ce qu'il a dit?
- Mais rieneeuuh… couina-t-elle.
- Répond!" ordonna-t-il en prenant un air méchant.
Ambre le snoba et prit un air buté. George supplia silencieusement les autres de venir à son aide en prenant son air de chien battu. Les trois garçons restés neutres jusqu'à ce moment-là entourèrent Ambre de leur regard interrogateur. Avec un rien menaçant, ce qui la fit craquer.
"- Ok, ok. Il a dit… vous voulez la version littéraire?
- Abrège. Qu'est-ce qu'il a dit?
- Eh bien… je suis sûre qu'il fait très beau dehors. On sort?
- Ambre, grogna Fred, avec un rien d'agressif dans la voix.
- Il commence à faire chaud, vous ne trouvez pas?
- Surtout pour toi. Et ça risque de l'être encore plus si tu ne répond pas immédiatement, rugit Vincent.
- Il a dit, capitula la jeune fille, la mine déconfite, de ne pas le tuer car sa mère est malade et que son père, il…
- Il quoi?
- Son père dévalise les poubelles.
- Hein? fit George.
- Pardon? ajouta son frère.
- Je sais, répondit Ambre en rougissant de plus belle, que sorti de son contexte, ça peut paraître idiot… même dans son contexte d'ailleurs…
- Je suis d'accord avec toi sur ce dernier point, dit Fred.
- Mais pourquoi tu rougis encore comme ça?
- Heu… j'en sais rien.
- Faut que tu apprennes à contrôler l'afflux sanguin de tes joues. Rougir devant des propos aussi idiots, ça fait pas très piratesque!
- Mouais. Je vais essayer de m'en souvenir.
- Bon, les coupa Wesley, ça ne nous dit toujours pas ce qu'on doit faire de ce gugusse avec des parents bizarres!
- Ce n'est pas à nous de décider, c'est à Roberts, répliqua Fred.
- Mais on va pas le laisser le tuer comme ça! protesta Ambre.
- Bah pourquoi? répondit George, surpris.
- Eh bien… il a fait comme moi, à peu de chose près…
- Sauf que lui à eu l'intelligence de se cacher, ce que tu n'as pas fait.
- Tu t'es contentée de tomber sur le pont, comme la larve que tu es.
- Justement! C'es un bon point pour lui donc une raison de plus pour qu'il reste!
- Mais pourquoi tu veux le garder? demanda Fred, exaspéré. Il a l'air complètement givré!
- C'est normal, vu les parents qu'il a… insinua George.
- Et puis qui te dis qu'il veut se mettre à la piraterie?
- Mais… tenta Ambre une nouvelle fois.
- Laisse tomber. On remonte et on laisse Roberts décider."
La jeune fille préféra abandonner. Elle fit signe à l'étrange bonhomme de les suivre. Celui-ci obtempéra craintivement. Il essaya de savoir ce qui l'attendait mais Ambre lui répondit par un haussement d'épaules significatif. Leur prisonnier déglutit difficilement et, flanqués des quatre garçons et d'Ambre, monta les escaliers en traînant les pieds comme un condamné mené à l'échafaud.
Après l'obscurité étouffante de la cale, le vent marin leur parut une bénédiction. L'homme se retourna vers Ambre avec des yeux apeurés. Elle pointa du menton le poste de pilotage à l'arrière du vaisseau où se tenait fièrement Roberts. Il s'arrêta, pétrifié, mais une poussée dans le dos le propulsa en avant et il fut bien obligé d'avancer vers son destin.
Ambre passa devant et monta les quelques marches qui les séparaient du capitaine. Roberts détourna lentement la tête de sa contemplation de l'océan. Une fugitive expression de surprise traversa ses yeux sombres avant que son visage ne reprenne son impassibilité.
"- Qu'est-ce que c'est?
- Heu… commença Ambre, on l'a trouvé dans la cale. Il a du monter à bord lors de l'attaque de ce matin.
- Si on commence à se faire aborder par les gens qu'on attaque, mais où va le monde?
J'ai bien une théorie là-dessus mais je ne suis pas sûre que ça intéresse tout le monde.
- Bien. Alors, qu'est-ce qu'on va en faire?
- On le garde? risqua Ambre.
- Et en quel honneur? répliqua Roberts.
- Il est pas assez givré à votre goût? Pourtant, faut vraiment avoir un grain pour se risquer à monter sur l'Ecumeur quand on est tout seul et désarmé…
- Et c'est toi qui dit ça?
- Eh, fit-elle en écartant les bras dans un geste d'impuissance.
- Mouais… et tu viens d'où?" demanda-t-il directement à leur prisonnier. Celui-ci jeta à Ambre un regard interrogateur.
- Heu… il ne parle qu'italien.
- Voilà qui va grandement faciliter la communication," railla Roberts.
Le capitaine se mit alors à interroger l'étrange petit homme, dans un italien parfait, à la grande surprise d'Ambre. Au bout de cinq minutes d'interrogatoire, Roberts se mit à se gratter pensivement la barbiche dans une intense expression de réflexion. Ambre ne lui laissa pas plus de répit et lui demanda:
"- Capitaine? Alors? vous en faites quoi?
- C'est moi ou tu n'as pas envie de le passer par la planche?
- Je n'ai pas franchement envie qu'on le tue.
- Tu sais que je ne peux pas jouer les bons samaritains, même si j'en avais envie, ce qui n'est pas le cas, le Diable m'en préserve!"
Ambre se mit à bouder. Puis il y eut le ronflement caractéristique de ses méninges se mettant en marche.
T…
"- D'où a-t-il dit qu'il venait?
- Du Japon. C'est très loin. Je me demande d'ailleurs ce qu'il foutait ici. Il devait être livré avec ces espèces d'épées…
… I…
- Et il a dit également qu'il était un samachin-truc-chouette. C'est quoi?
- Un samouraï. C'est des genres de guerriers je crois. Où veux-tu en venir?
L…T
- Il doit donc certainement savoir se servir de ces sabres bizarres… poursuivit Ambre, un sourire vicieux apparaissant sur ses lèvres.
Tilt.
- Ils sont vachement plus légers… je suis sûre que je me battrais bien mieux avec… l'ennui ce que je ne sais pas m'en servir, comme toutes les personnes de ce navire…"
Roberts la dévisagea un instant, les yeux ronds. Décidément, cette gamine la surprendrait toujours. Finalement, il éclata de rire.
"- C'est bon, tu as gagné. Il peut rester. Et puis il a l'air sympa. Ça sera le premier pirate japonais de l'histoire! Enfin… le premier pirate jap' de la mer des Caraïbes. Il doit bien y en avoir quelque part ailleurs…
- Merci capitaine.
- C'est ça, remercie moi. Tu m'as un peu forcée la main quand même.
- C'était pour votre bien!
- C'est ça. Maintenant, va lui montrer sa nouvelle demeure et confie-le à Trévor.
- Oui mon capitaine. Et pourquoi à Trévor?
- D'une, c'est le quartier-maître donc c'est à lui que revient la tâche ingrate de s'occuper de l'équipage et deuxièmement, il parle très bien italien.
- Ah?
- Tu ne trouves pas que Trévor fait très italien comme nom?
- Heu…"
Roberts éclata de rire avant de dire:
"- Je plaisante. Vas-y maintenant, j'ai un navire à conduire.
- Bien mon capitaine.
- Et dis à ces benêts d'arrêter de se foutre de ma gueule parce que je cède à tes caprices! ajouta-t-il en désignant Wesley, Vincent et les jumeaux écroulés de rire sur le pont.
- J'y vais de ce pas. Vieni," dit-elle à l'adresse de son nouveau camarade de jeu.
Ambre expliqua à son japonais son nouveau rôle et que, s'il était pas content, il pouvait toujours passé par la planche. Les garçons la rejoignirent et commencèrent à vanner leur nouveau souffre-douleur.
Vais-je avoir enfin un peu de répit?
Le japonais la tira de ses pensées en lui demandant s'il pouvait leur casser la gueule s'ils continuaient à l'emmerder. Ambre retransmit le message et ses compagnons regardèrent d'un œil nouveau ce petit bout d'asiatique qui les menaçaient du haut de son presque mètre soixante-dix. Ils cessèrent leurs gamineries mais les jumeaux ne pouvant rester inactifs plus de trois minutes, trente-trois secondes et dix centièmes, reportèrent leur attention sur Ambre.
On dirait bien que non. Je suis condamnée à passer le reste de ma vie à me faire emmerder par ces imbéciles. Quelle déception!
Ils pénétrèrent finalement dans leur dortoir, depuis longtemps précédés par les couinements d'Ambre qui se faisait chatouiller par les jumeaux. Arrivés au milieu des hamacs qui se balançaient au rythme de la houle, Vincent partit chercher Trévor tandis que les autres se mettaient en quête d'un lit vide près des leurs. Ils en trouvèrent rapidement un vu que personne ne voulait dormir près d'eux. Wesley alla prélever des couvertures dans la réserve commune et les posa sur le hamac de leur nouveau compagnon.
Trévor choisit ce moment pour pointer le bout de son nez.
"- Qui est-ce? demanda-t-il de sa voix bourrue.
- Un nouveau marin qui n'y connaît certainement rien, répondit joyeusement George.
- Je vois. Roberts joue encore les mères Thérésa?
- C'est à peu près ça.
- Bien. Comment tu t'appelles?
- Il parle italien, intervint Ambre.
- Vraiment?" fit Trévor, dont le visage sembla s'adoucir d'un coup.
Le quartier-maître demanda alors d'une voix chantante au japonais son nom.
(Pour des raisons pratiques, les dialogues seront en français pour permettre la compréhension de tous et surtout pour ne pas dire que j'ai oublié mon dictionnaire d'italien et que j'ai encore plus la flemme de regarder dedans…)
"- Tu t'appelles comment?
- Heu… répondit le concerné.
- Tu ne sais pas comment tu t'appelles? demanda Ambre, les yeux ronds.
- Ashu.
- Ashu? reprit Trévor.
- A tes souhaits! Hi! hi! hi!
Mais c'est quoi cette petite voix bizarre?
- Mushu! grogna le japonais.
- Mushu? fit Ambre.
- Nan!
- Alors c'est quoi ton nom?
- Takashi… Takashi. C'est mon meilleur copain d'école!
- Takashi.
- Au fait Takashi m'a piqué ma …"
Le japonais sembla attraper quelque chose dans son cou et la petite voix se tut brusquement.
- Oui. Mon nom est Takashi.
- Bien, alors… Takashi, tu va t'installer là. Comme tu es nouveau et que cette bande d'abrutis à l'air de t'apprécier, tu vas faire partir de leur groupe de quart. Ils t'expliqueront ce qu'il faut faire."
Takashi acquiesça et Trévor s'en fut par où il était venu. Ambre échangea quelques mots avec leur nouveau compagnon avant de s'éclipser. Les jumeaux la rattrapèrent avant qu'elle eut disparue.
"- Où tu vas? demanda Fred.
- Je vous fuis.
- Ah. Désolé, mais tu as raté ton coup.
- J'avais remarqué. Mais c'est gentil de le faire remarquer.
- Plus sérieusement?
- Je vais faire un tour sur le pont.
- On va t'accompagner, dit Fred.
- Juste au cas où tu te rendrais compte de ce que tu as fait et que tu décidais de te jeter par dessus bord, ajouta George avec un clin d'œil.
- Je suis une irresponsable finie. Ne comptez pas sur moi pour que je prenne conscience de la portée de mes actes!
- Au moins, c'est clair."
Le trio monta sur le pont. La nuit était tombée. Le ciel était limpide et dévoilait toutes ses étoiles scintillantes. Ambre leva le nez vers le firmament. Les marins de quart se baladaient silencieusement dans les haubans. Les mâts disparaissaient dans l'ombre et seuls leurs grincements venaient à briser le chant de la mer. Ambre traversa le pont et s'appuya sur le bastingage, le regard perdu dans les vagues sombres. Fred et George se posèrent à ses côtés et tous les trois profitèrent de cet instant de calme.
Soudain, des éclats de voix leurs parvinrent, qu'ils identifièrent comme étant celles de Roberts et de Korp. Ambre et les jumeaux tendirent l'oreille, leur curiosité naturelle reprenant le dessus.
"- Qu'y a-t-il, mon capitaine.
- Comment peux-tu me demander ça! Tu étais là quand j'ai interrogé les passagers!
- …
- Eux aussi sont au courant de ce… plan à la con! cracha hargneusement Roberts.
- Ne vous énervez pas comme ça, c'est pas bon pour votre santé. Buvez plutôt un petit coup.
- Tu sais ce que ça veux dire? demanda Roberts, ignorant la suggestion de son second.
- De quoi? ce qu'ils ont dit?
- Oui.
- Non. Vraiment, je ne vois pas. Je ne vois pas ce qu'il y a de si important. Ça n'est pas la première fois que les autorités veulent en finir avec les pirates qui grouillent dans ces eaux.
- Ce n'est certes pas la première fois, mais ça n'avait jamais pris ne telle ampleur! Tu imagines? Dans quelques années, des dizaines de bateaux patrouillant dans le coin? Ça va être joyeux!
- Ça n'est pas pour tout de suite. Ils viennent de lancer l'idée…
- Pour l'instant, nous ne risquons rien, mais dans quelques années? En plus je connais le gars qui va venir. C'est Norrington!
- C'est vrai? s'écria Korp, la voix mal assurée tout à coup.
- Oui. C'est surtout ça qui me fait peur. Il est assez con pour réussir.
- Laissons tomber pour le moment. On aura tout le temps de trouver quoi faire en temps utile.
- On peut toujours essayer de lui graisser la patte, ironisa Roberts. Il a peut-être changé depuis le temps.
- Je suis assez septique sur cette possibilité, répondit Korp.
- Moi aussi.
- Il faudrait peut-être prévenir les autres pirates du coin, tu ne crois pas.
- C'est une idée. Passe le message dans les ports quand on s'arrêtera.
- Ils vont nous prendre pour des fous, dire qu'on est stupide de prendre cette menace au sérieux… avança Korp.
- Ils se sont foutus de nous quand on a dit que la couronne en avait après Barbe noire. Et deux mois plus tard, la tête de ce satané pirate se balançait sous le beaupré de je sais plus comment il s'appelle. Ils nous croiront peut-être ce coup-ci…
- On peut toujours espérer.
- L'espoir fait vivre, même les imbéciles. Mais fait en sorte que les hommes ne le sachent pas. Ou pas tout de suite.
- Bien mon capitaine.
- Tu peux y aller. Je crois que je vais me saouler seul et il faut quelqu'un pour veiller sur le navire quand je serais ivre mort."
Ambre et les jumeaux échangèrent un regard inquiet.
"- Pourquoi est-il si inquiet? demanda Ambre. Ce n'est pas la première fois qu'on essaye d'éradiquer les pirates…
- Je ne sais pas, répondit George. Ce plan anti-pirates a l'air plus important que la moyenne. Du moins suffisamment pour inquiéter Roberts.
- On en parle aux autres?
- Non. Ils sont capables de paniquer pour rien.
- Ou de prendre Roberts pour un fou, et c'est pas le moment, ajouta Fred.
- Pour l'instant, on va se contenter de faire ce pour quoi on est payé: pirater sans poser des questions.
- Roberts a raison, on avisera plus tard, quand on en saura plus.
- Allons plutôt nous coucher et emmerder ce pauvre Takashi."
Sur ces paroles pas très réconfortantes, les trois compères redescendirent dans les profondeurs du navire sans un mot.
Il se pourrait que mon avenir de simple pirate sans aventures palpitantes et pathétiques soit irrémédiablement compromis. Je hais ce narrateur!
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Ne me demandez pas quand arrive le 14, j'en sais rien. Et puis comme ça vous aurez la surprise! (ah! ah! c'était nul.)
Vous avez bien aimé celui-ci au moins? Dites moi ce que vous en avez pensé, si y'a des trucs pas bien que je pourrais toujours (tenter de) changer!
tout ça pour dire de me laisser des rewiews histoire que je me sente aimée… mais personne ne t'aime camille! Tu devrais le savoir depuis le temps! j'aime ma conscience.
+ tt le monde.
