Et vilà! Le chapitre 15 que tout le monde attendait avec impatience!

J'aurais eu un peu de mal à le pondre mais… j'ai réussi et c'est ce qui compte non?

J'espère qu'il vous plaira, moi je me suis bien amusée pour l'écrire. Bon, je vous laisse lire, moi, j'ai du boulot à finir (plâtrer le plafond de ma chambre, finir mon dm de physique, etc. Que des choses intéressantes quoi!).

Chapitre 15:

La garce!

Roberts inspira un grand coup. Enfin. Ils arrivaient à Tortuga. Ses nerfs d'acier avaient été attaqués à la scie à métaux avec les quatre énergumènes qu'il maintenait dans les cales de son navire. Heureusement pour eux, il avait tenu le coup, mais Dieu sait le nombre de fois où il avait été sur le point de les pendre à la grand vergue!

Il s'emplit de nouveau les poumons de cette odeur enivrante de terre humide, promesse de bière, d'un lit chaud et sec, d'un bon bain et de toutes les autres choses qui manquent à bord d'un navire.

"- Vous aussi, vous êtes heureux de revenir au bercail?" dit Trévor en riant. De sa démarche boiteuse, le quartier-maître s'accouda au bastingage à côté de son capitaine. "Moi, j'en pouvais plus. Y'sont insupportables. Mais je me vengerais dès qu'on reprendra la mer. Ils vont trimer, les gaillards! 'seront tellement fatigués qu'ils n'auront même plus la force de réfléchir!

- Ne sois pas trop dur. J'ai été injuste avec eux.

- Ils n'ont pas volé leur séjour aux fers!

- …

- Je sais que c'est une fille, mais elle est costaude la petiote!

- Je n'ai jamais pensé ça, répliqua Roberts, le rouge pivoine de ses joues démentant ses paroles.

- Hé! hé! non, vous avez raison. Personne ne pourrait penser une chose pareille! se moqua le quartier-maître.

- …

- …

- Tu trouves que je me ramollis?

- Hum… non. C'est juste que… en fait, je crois que tout le monde s'est ramolli.

- Elle a changé beaucoup de choses, cette petite.

- Pourvu que ça dure! Je préfère la vie en mer depuis qu'elle est là.

- Moi aussi, approuva le capitaine.

- C'est votre fils qui va râler.

- Broaf. Il s'en remettra!"

Le capitaine et son vieux compagnons d'armes éclatèrent de rire, faisant sursauter l'homme de barre qui en lâcha la roue. L'Ecumeur fit une embardée mais fut rapidement repris en main. Roberts se tourna vers le coupable avec un regard noir.

"- Heu… désolé capitaine, répondit Vincent. C'est…

- Nan. Ne dis pas que c'est de ma faute et que tu n'as pas l'habitude de m'entendre rire.

- La barre m'a échappé des mains. L'humidité, tout ça…

- Mouais. C'est mieux comme excuse," ajouta Roberts avant de se remettre à discuter avec Trévor. "Tu disais quoi?

- Je sais plus," répondit le quartier-maître en se grattant distraitement une joue mangée par une barbe poivre et sel. "On parlait pas de votre fils?

- C'est possible, en effet.

- Quand comptez-vous le prendre à bord, demanda Trévor après un temps de silence. Si ce n'est pas indiscret…

- … je ne sais pas. Je l'aurais bien pris cette année mais… avec tout ce qui se passe en ce moment, m'occuper de mon fils en plus… d'autant plus qu'il a l'air de s'entendre à merveille avec Ambre, si tu vois ce que je veux dire…

- Très bien. Mais ça va pas lui plaire.

- Tant pis… et puis, dans la piraterie, on n'obtient pas toujours ce que l'on veut. Il l'apprendra à ses dépens, c'est pas plus mal.

- Si vous le dites."

Les deux amis retombèrent dans le silence. Roberts retrouva son masque d'impassibilité. Trévor resta là quelques instants avant de retourner donner ses ordres. Les hommes n'avaient pas vraiment besoin de directives, ils désiraient plus que tout mettre pied à terre, mais son capitaine avait besoin d'être seul. Le quartier-maître avait appris à le sentir, depuis le temps qu'ils voguaient ensemble.

"- Tête de thon!

- Têtard obèse!

- Girafe boulimique!

- Barbier de prison!

- Et ils sont repartis, murmura Roberts pour lui-même.

- Courage, capitaine, répondit Vincent avec un sourire. Dans moins d'une heure, on ne les entendra plus!"

Les pieds des marins faisaient un boucan d'enfer au-dessus de leur tête. Les amarres avaient jetées quelques instants plus tôt et la coque du navire s'était immobilisée en raclant contre les pierres usées du quai. Ambre, Takashi et les jumeaux attendaient maintenant qu'on viennent les délivrer de leurs chaînes. Ils restèrent silencieux, les yeux tournés avec espoir vers la porte. Les pas des marins retardataires retentirent sur le pont avant de s'évanouirent. Ils n'entendaient plus que le vent jouant dans les cordages, la coque grinçante, les vagues qui se cognaient sur le bois goudronné du fier vaisseau.

"- Tu crois qu'ils nous ont oubliés? demanda Ambre.

- Nan, ils auraient pas osé… répondit Fred, plus pour se rassurer lui-même que pour ses compagnons.

- …

- …

- …

- …

- A L'AIDEEEEEEEUUUUUUUUUUUUHHHH !

- VENEZ NOUS CHERCHER !

- ON LE RE'FRA PLUS !

- Nan, là, George, tu nous mets hors course. Ils nous croiront jamais!

- A MOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII !

- Ça va, ça va! pas la peine de gueuler comme ça, grogna Korp. On allait pas vous laisser là, même si, je l'avoue, l'idée me tentait assez…

- Monstre! lui lança Ambre de toute la force de ses poumons.

- Ambrinouchette, dit doucement Fred, c'est pas le moment de l'énerver. Je te rappelle que c'est lui qui a les clés…

- Crotte.

- T'as épuisé toutes tes réserves que tu ne sortes plus que les jurons de bas de gamme? se moqua le second.

- Je ne relèverais pas.

- Et tu aurais raison. Comme George l'a fait remarqué, j'ai les clés.

- C'était Fred, corrigea automatiquement Ambre.

- Le fait est le même. Allez, fais voir tes chaînes, que je te détache."

La jeune fille leva les chevilles pour qu'il puisse lui enlever ses liens.

"- Mais c'est un bon chien ça, ricana George. Il donne même la patte! Et… aieuuuuh! Ça fait mal! C'était quoi?

- La chaîne de celle que tu viens d'offenser.

- Ah, ce n'est que çaaaiiieuuuuuuuuh!

- Ça, c'était la deuxième, crut bon de remarquer Fred.

- Arrêtez, où je vous relâche pas!" gueula Korp.

Le silence se fit instantanément.

"- C'est bien mieux."

En quelques tours de clés, les quatre garnements furent enfin libérés de leurs entraves. A peine la dernière chaîne fut-elle tombée au sol dans un cliquetis sinistre qu'ils étaient déjà tous dehors. Korp émit un petit ricanement avant de remonter sur le pont d'un pas tranquille.

"- Aaaaaaah! L'air pourtant pas très pur de Tortuga me semble le meilleur que j'ai jamais respiré! s'écria George, un air libéré sur le visage.

- Après celui de la cale, cela me semble on ne peut plus normal, remarqua son frère.

- Rabat-joie!"

Un cri perçant où se mêlaient le soulagement et la colère leur vrilla les tympans. Les jumeaux échangèrent un bref regard accompagné d'un petit sourire genre 'on aurait du s'en douter' et se retournèrent en feignant la surprise.

"- Ah! Môman! Ça faisait longtemps!"

La petite dame était aux bords des larmes.

"- Mon dieu! Vous êtes vivants!

- Mais bien sûr! répondit George d'un ton guilleret. Pour qui nous prends-tu?

- Et… et Ambre?

- Elle est saine et sauve. Tu ne crois tout de même pas qu'on allait la laisser se faire étriper par le premier marin venu!"

Pour confirmer ses paroles, la tête d'Ambre apparut par-dessus le bastingage.

"- Bonjour Mme Weasley! lança-t-elle joyeusement.

- Bonjour ma petite, répondit la rondouillarde petite bonne femme, un sourire radieux sur les lèvres. Ils n'ont pas été trop méchants avec toi?

- C'est plutôt elle qui a été méchante avec nous, grogna Fred. Elle nous a martyrisés.

- Et tu peux le dire si Ambre t'intéresse plus que tes propres fils, ajouta George d'un ton outragé.

- T'as qu'à l'adopter si tu l'apprécies tant!

- C'est vrai? je peux?"

Les jumeaux s'attendaient à tout, sauf à ça. La bouche de George s'ouvrit toute grande tandis que ses yeux s'agrandissaient comme des billes; Fred manqua de choir du bastingage sur lequel il était négligemment assis. Ambre, tant qu'à elle, avait affreusement pâli. Avec ses cheveux blancs qui voletaient autour de sa tête, elle ressemblait à un fantôme. Takashi, qui ne connaissait pas le sens du mot "adopter", ne broncha pas et se contenta de regarder tour à tour ses compagnons et cette petite femme qui avait tant d'effet.

Doris se sentit un peu bête devant cette réaction inattendue.

"- Heuuuu… c'était une blague.

- C'était… c'était pas drôle, réussit à articuler George.

- Désolée, je ne pensais pas que vous puissiez me prendre au sérieux… d'habitude, c'est vous qui me faites marcher.

- Mouais, marmonna Fred.

- On rentre? je vous ai préparé un gâteau…

Quelle délicate transition. Vraiment, je suis ébahie!

- Si tu nous prends par les sentiments, évidemment, répondit Fred avec un grand sourire. Et puis… il fallait au moins ça pour te faire pardonner", ajouta-t-il en sautant lestement sur le quai du haut du bastingage.

George, Ambre et Takashi le rejoignirent plus calmement, en passant par la passerelle, comme le ferait toute personne sensée. Doris regarda curieusement leur nouveau compagnon et Takashi ne put s'empêcher de rougir, ce qui déclencha l'hilarité générale.

"- C'est le protégé d'Ambre, répondit Fred à la question silencieuse de sa mère. Elle a empêché Roberts de le balancer par-dessus bord lors de l'un de nos abordages.

- C'est vrai? comme tu es courageuse! ce n'est pas un de mes fils qui aurait fait une chose pareille, dit-elle en leur jetant un regard lourds de sous-entendus. De véritables couards, ajouta-t-elle pour achever de les enfoncer.

- C'est juste qu'on n'en voyait pas l'intérêt, se défendit George.

- Tut tut! ne dis rien, le coupa-t-elle, tu aggraves ton cas!

- Hin! hin! ricana Ambre, moqueuse, devant les réprimandes que Doris adressait à ses fils.

- Bon, c'est pas le tout! On se rentre? trancha Fred, y'a un gâteau qui nous attend!

Il se mit en route, son frère à ses côtés et leur mère sur leurs talons. Ambre s'apprêtait à leur emboîter le pas lorsqu'elle remarqua le regard indécis de Takashi.

"- Y'a quelque chose qui ne va pas? s'enquit-elle, le front barré d'un pli inquiet.

- C'est juste que… je ne sais pas si je peux venir…

- Pourquoi ça?

- Ils… ils n'ont pas… comment dire?… inviter moi?

- C'était sous-entendu. Allez, viens! dit-elle en lui prenant le bras.

- Tu es sûre que… je n'ai pas l'impression que Fred et George…

- Mais ils t'aiment bien! dit-elle, soulagée de comprendre ce qui le bloquait.

- Je n'en suis pas si sûr."

Ambre le dévisagea intensément sans dire un mot. Takashi avait le regard fuyant et changeait sans cesse de pied d'appui, mal à l'aise.

Fichtre! Ça va être coton de l'en persuader!

Doris avait stoppé ses fils dans leur course vers le gâteau et tous trois se tenaient cent mètres plus loin, à l'autre bout du quai.

"- Qu'est-ce qui se passe? gueula Fred pour se faire entendre d'Ambre et de Takashi.

- Whaaa! Il fut un temps où j'avais un tympan, se plaignit George en se massant l'oreille droite.

- Oh. Désolé, s'excusa platement son frangin.

- Ouais, bin ça va hein?"

Doris leur intima l'ordre de se taire.

"- On n'entend rien avec vos bêtises."

George cria à Ambre de recommencer sa diatribe, mais celle-ci ne compris pas un traître mot. Le vagues s'écrasant contre le quai, le vent faisant claquer les voiles et l'agitation permanente du port rendaient impossible toute communication à distance. La jeune fille beugla alors à son tour pour qu'il répète. Tout ce qu'entendirent Doris et les jumeaux fut quelque chose approchant les "grm blleleleuh turm". Autant dire pas grand chose.

Finalement, au bout de deux minutes de ce cirque, les jumeaux se résignèrent à rejoindre Ambre et Takashi toujours à l'ombre de l'Ecumeur, non sans marmonner des imprécations.

"- Qu'est-ce qui se passe à la fin?" demanda Fred, de mauvaise humeur pour le coup.

Takashi lança à Ambre un regard suppliant.

"- Ah non, pas de ça avec moi! dit-elle froidement. C'est ton problème, tu te démerdes avec.

- Quelle solidarité! dit George, sarcastique.

- Mais ta gueule, répliqua-t-elle, vexée.

- Surveillez un peu votre langage, les interrompit Doris. Vous êtes peut-être des pirates, mais cela ne vous dispense pas d'un peu d'éducation.

- Grmmbl, fit George en se renfrognant.

- Bon, qu'est-ce qu'y'a?" râla Fred, avant de plonger son regard sombre dans celui de Takashi. Celui-ci resta silencieux, sans quitter le jumeaux des yeux.

Faut croire que ce jeu stupide du premier qui détourne le regard a perdu est universel.

'sont vraiment stupides quand ils veulent.

Takashi prit une inspiration hachée, toujours sans détourner le regard, et demanda, butant quelque peu sur les mots.

"- Puis-je venir avec vous?

- Hein! mais c'est quoi cette question piège?

- Piège? répondit le jeune asiatique en faisant la grimace.

- Il n'a pas compris ta question, le renseigna Ambre, en feignant le désintéressement de la conversation.

- Ça voulait rien dire?

- Si si, c'est juste qu'il est pas fut fut.

- Fut fut?

- Intelligent, si tu préfères.

- Aaaah! Je dois répéter la question?

- Nan! Pas la peine, coupa Fred. Ce que je comprend pas, c'est pourquoi tu me demandes ça.

- Vous… vous ne m'avez pas invité.

- Ça paraissait évident, pourtant, dit George.

- On doit pas avoir le même concept du mot "évident", glissa sournoisement Ambre dans la conversation.

- Viens pas foutre la merde toi, riposta George.

- Tiens ta langue, le gourmanda sa mère.

- Maman! gémit Fred, s'il te plaît, n'en rajoute pas!

- J'ai bien le droit d'élever mes fils!

- C'est pas le moment, voyons!

- Hiek! hiek! ricana Ambre, un sourire diabolique aux lèvres.

- Je ne comprend plus rien, se plaignit Takashi.

- Stop, ça suffit! s'imposa George. On recommence tout depuis le début. Et calmement. Takashi, explique-toi.

- Ben…

- On ne dis pas "ben", mais "bien", le corrigea Doris avec un doux sourire.

- Maman! arrête un peu! tu pourras l'aider à améliorer sa maîtrise de notre merveilleuse langue si tu en as envie, mais plus tard! Continue, Takashi.

- Heu…

- On ne dis pas…"

Un regard noir de ses fils et Doris se tut, non sans laisser échapper un petit rire.

On devrait lui décerner une palme pour arriver à faire tourner les jumeaux en bourrique.

Je l'ai déjà dit mais j'aime cette bonne femme.

"- J'ai l'impression que… heu… dit Takashi en glissant un regard inquiet vers Doris qui l'observait d'un air tranquille, … que vous ne m'appréciez pas beaucoup, lâcha-t-il dans un souffle.

- Qui est-ce qui t'as mis une idée pareille dans la tête? rugit George en regardant intensément la jeune fille qui ne broncha pas.

- Pour une fois, c'est pas moi, dit-elle d'une voix calme. Il se l'ai mis tout seul.

- C'est pas qu'on ne t'apprécie pas, expliqua Fred comme s'il s'adressait à un débile profond, c'est juste que tu es une cible parfaite pour nos blagues à la con.

- Vous n'avez pas honte? s'insurgea Doris, le visage cramoisi par la fureur. Vous mériteriez que fmmblgrphhh!"

Deux mains se plaquèrent à la vitesse de l'éclair sur sa bouche, mains qui étaient, à n'en pas douter, celles de ses adorables marmots.

"- On s'excuse platement de t'avoir fait croire que tu n'étais pas aimé de nos admirables personnes, même si ce n'était pas dans nos intentions, dit George.

- Pour une fois… commenta sarcastiquement Ambre en triturant machinalement une mèche de ses cheveux de neige.

- Minute! dit Fred. Tu t'excuses peut-être mais moi, je ne m'excuse qu'à une condition. Qui en regroupe plusieurs en fait."

Le jeune japonais lui lança un regard interrogateur, sans piper mot. Fred ne le quitta pas des yeux, pour bien observer sa réaction, avant de lâcher:

"- Je ne m'excuse que si tu acceptes, primo, de venir squatter chez nous le temps qu'on restera ici et de faire comme chez toi et, deuzio, que tu participent à nos couillonneries quand il s'agit de faire un mauvais coup et que, tertio, tu nous trouves des idées de coups fourrés.

- Je n'ai pas tout compris mais je crois que j'ai saisi l'essentiel.

- Et…?

- Je suis d'accord.

- Youpi! s'écria Ambre en se mettant à sautiller partout comme une demeurée.

- Je n'aurais pas la même réaction, dit Fred en pointant du doigt la jeune fille qui dansait comme un chien fou sur le quai, mais je suis content quand même.

- Moi aussi, répondit Takashi, visiblement soulagé.

- On devrait se lancer dans le social! L'intégration des immigrés, tout ça… dit George en flaquant un coup de coude dans les côtes de son jumeau qui émit un gémissement plaintif.

- Mouais mais non. Pas envie, répliqua Fred. Moi, la seule chose qui m'inspire là maintenant tout de suite, c'est le gâteau qui nous attend à la maison. D'ailleurs, il est à quoi?

Silence.

Fred se retourna vers sa génitrice qui les regardait d'un air sévère.

"- Quoi? qu'est-ce qu'on a encore fait, s'enquit George.

- Vous invitez des gens chez moi sans me demander mon avis. Et je remarque que vous ne me l'avez même pas présenté correctement. Ça ne vous choque pas?"

Takashi, Ambre et Fred rentrèrent la tête dans leurs épaules et regardèrent leurs chaussures ou bien le ciel d'un air coupable. George n'avait pas l'air mal à l'aise pour autant. Il eut même l'audace de faire un grand sourire à sa mère avant de dire:

"- Ah! ce n'est que ça!"

Il prit une pause théâtrale avant de poursuivre.

"- Maman, je te présente Takashi, fier samouraï japonais que nous avons récemment accueilli à bord de ce magnifique vaisseau qu'est l'Ecumeur. Notre chère Ambre ici présente, dans toute sa grâce et son élégance naturelles, ainsi que notre estimé quartier-maître lui ont enseigné la langue et ont plutôt bien réussi, et ce malgré nos innombrables tentatives pour les en empêcher. Il est gentil, aimable, distingué, charmant, naïf, peut-être un brin trop obéissant, mais nous nourrissons beaucoup d'espoirs à son sujet et surtout sur son talent farceur. Ça te va ou j'en rajoute une couche? conclut-il avec un sourire charmeur.

- Ça ira pour l'instant, dit Doris en riant. Bienvenue chez moi, Takashi.

- Merci, madame, répondit-il en s'inclinant majestueusement.

- Tout le plaisir est pour moi. Je ne reçois pas tous les jours les amis de mes fils et d'Ambre.

- J'ai faim! On y va? gémit George d'un air désespéré.

- Toutes ces émotions auraient-elles réveillé le néant qui te sert de ventre?" répliqua Ambre, sourire moqueur aux lèvres et les yeux pétillant de malice.

Seule réplique adaptée à ce genre de situation: George lui tira la langue.

Trois jours. Plus que trois jours à attendre et il serait à Tortuga. Enfin... si le temps se maintenait. Il ne manquerait plus qu'un grain les fasse dériver Dieu sait où ! D'autant plus qu'ils étaient fréquents en cette période de l'année. A cette pensée, Wulfran se renfrogna. Il avait hâte de rentrer. Tortuga était l'un des rares endroits où il se sentait bien, en sécurité. C'était là qu'il avait grandi, là que vivaient les personnes qui le connaissaient vraiment. Son masque de dureté, de froideur pouvait enfin tomber. Les autres ne voyaient qu'un pirate cruel, redoutable bretteur qui n'avait peur de rien ni de personne. Cette image lui servait bien : pas un n'avait les tripes pour le provoquer ou le défier, ce qui serait fort utile lorsqu'il monterait à bord de l'Ecumeur. Il se ferait rapidement une place que nul n'oserait remettre en cause. Mais cette image apportait avec elle son lot de solitude. Il n'y avait que son père, absolument impossible à duper, qui savait qui il était vraiment, ainsi que la catin et Mme Weasley. Cette dernière était comme une mère pour lui. Il était toujours fourré chez elle depuis qu'il savait marcher ; et il jalousait terriblement les jumeaux de l'avoir toute à eux. A un point tel que s'en était presque devenu de la haine. Il les avait même provoqués une fois. Il avait quoi déjà ? Onze ? Douze ans ? alors qu'ils en avaient cinq ou six de plus. Ils auraient put l'étriper facilement mais ils s'étaient contentés de parer et de repousser ses attaques furieuses, fureur qui s'accroissait devant l'aisance avec laquelle ils déjouaient toutes ses feintes. Heureusement, son père était intervenu avant que ça ne tourne mal. Il s'était pris un sacré savon. Il faut dire qu'on ne s'attaque pas impunément aux membres d'équipage de l'Ecumeur sans en subir les frais, même si on est le fils du capitaine. C'était à peu près à cette époque-là que Roberts avait décidé de le confier à Jack.

Wulfran sourit tristement en repensant à ce qui l'avait conduit jusqu'ici.

Il ferma les yeux et inspira à fond l'odeur des embruns du large. Il resta ainsi un long moment, accoudé au bastingage du gaillard d'avant. Le vent jouait dans ses cheveux aussi noirs que le plumage d'un corbeau, son animal de prédilection. Mêlées à sa chevelure d'ébène, quelques fines tresses entremêlées de perles aux couleurs vives voletaient devant son visage.

Il ouvrit brusquement ses yeux gris quand il entendit le pas caractéristique de son capitaine, mais il ne bougea pas d'un pouce. Jack s'accouda à côté de lui et garda le silence. Wulfran ne se donna pas la peine d'entamer la conversation : tous deux profitaient du silence de la mer. Ils restèrent ainsi un moment puis Jack déclara sans préambule :

« - Je ne crois pas que ton père te prendra à bord de l'Ecumeur. »

Wulfran en fut estomaqué. Il se tourna vers son capitaine, le regard perdu.

« - Qu'est-ce... qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

- S'il me prend au sérieux ce que, je pense, il fera, il aura certainement alors d'autres chats à fouetter que de te prendre avec lui. Même si je lui parle de tous les progrès que tu as fais depuis que tu me tiens lieu de pseudo-second, je doute qu'il accepte. Il n'aura pas le temps de s'occuper de toi et de veiller à ce que tout ce passe bien.

- Mais...

- On te connaît tous les deux suffisamment pour savoir que ta venue à bord de l'Ecumeur ne se fera pas facilement. Ne dis pas le contraire.

- ...

Et encore à cause de cette sale gamine !

Je dis ça presque sans mauvaise foie.

- Je tenais à mettre les choses au clair, même si ce n'est pas facile à entendre. Et je sais qu'au fond, tu le savais aussi. »

C'est vrai mais... je l'espérais quand même.

Jack s'éloigna en silence, laissant le jeune homme ruminer de sombres pensées. Ses yeux d'un ciel d'orage s'étaient durci sur les derniers mots de son capitaine et Jack savait qu'il valait mieux le laisser seul. Wulfran pouvait être d'une humeur exécrable quand il s'y mettait. Déjà quand temps normal, il n'était guère sympathique...

Wulfran attendit que son capitaine se fut suffisamment éloigné avant de donner un grand coup de poing dans le bastingage.

C'est très intelligent ce que tu viens de faire là, mon bonhomme. Vraiment.

J'ai mal à la main.

Ses épaules s'affaissèrent et il baissa la tête de telle sorte qu'on ne puisse voir son visage. Ses doigts tremblants de colère et de déception farfouillèrent dans le col de sa chemise jusqu'à en sortir un petit pendentif de bois peint, représentant un corbeau aux ailes déployées. Il le fit tourner entre ses doigts, geste qu'il faisait toujours dès que quelque chose n'allait pas. Le jeune homme essuya fugitivement une larme qui perlait au coin de sa paupière.

Le retour vers Tortuga lui parut soudain beaucoup moins attrayant.

Le soleil déclinait paresseusement sur l'horizon. Le bon repas que Doris leur avait préparé, ainsi que le gâteau, avaient rapidement été engloutis. Après des mois passés en mer à manger des haricots au lard réchauffés, un peu de viande fraîche, même accompagnée de brocolis et d'épinard, passait pour un festin. Les jumeaux étaient surexcités, riaient comme des fous, lançaient des blagues à n'en plus finir. Doris riait aux éclats, ainsi que Takashi qui se sentait beaucoup plus à l'aise désormais. Ambre, contrairement à son habitude était plutôt silencieuse. Elle avait l'impression d'être derrière un voile, de ne pouvoir toucher ce tableau de bonne humeur, comme si ce qu'elle voyait lui était inaccessible. A jamais.

Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle quitta rapidement la table, prétextant vouloir se débarrasser de la crasse accumulée durant ses semaines passées en mer. Ce n'était pas entièrement faux, mais pas entièrement vrai non plus. Ambre gagna la débarras qui servait également de salle de bain. Elle fit chauffer de l'eau et en remplit la cuvette de bois posée dans un coin. Elle se déshabilla et s'immergea entièrement dans l'eau tiède. L'eau douce lui glissait sur le corps, lui vidant l'esprit de toutes pensées. Rien de comparable avec ses ablutions matinales à l'eau de mer. Rien ne pouvait être pire. Ça pique, ça gratte et on n'a pas l'impression de se sentir plus propre pour autant.

Ambre ne s'éternisa pas dans son bain. Elle vida le bac d'eau sale, se sécha et revêtit une des nombreuses tenues que Doris lui avait confectionné pendant son absence.

La jeune fille ne les rejoignit pas dans la cuisine une fois qu'elle eut terminé. Elle monta sur le toit et s'assit sur les tuiles chauffées par le soleil. A sa dernière escale à Tortuga, chaque soir, les jumeaux et elle s'installaient là pour regarder la ville et le port, les gens semblables à des fourmis qui s'activaient frénétiquement, les navires ramenant leur lot de forbans de toutes sortes. Ils se racontaient toutes sortes d'histoires, riaient, sans penser au lendemain.

Ses cheveux humides dansaient autour d'elle dans une myriade de reflets étincelants. Les rayons du soleil y ajoutaient des reflets d'or et d'orangé. Une petite brise gonflait sa chemise de lin et caressait sa peau cuivrée. La jeune fille se sentait bien, mais triste et mélancolique malgré tout.

Voir les jumeaux débordants de joie de vivre, si heureux dans ce foyer qui était le leur, même si c'était une pensée égoïste, lui broyait le cœur. Elle leur enviait ce foyer chaleureux qu'elle n'avait jamais eu et qu'elle n'aurait jamais. Sa famille ne l'avait considérée que comme une chose que l'on pouvait vendre au plus offrant. Ambre essaya de se remonter le moral en se disant que la plupart des pirates se trouvaient dans la même situation qu'elle. Des êtres sans attaches, livrés à eux-même. Et ils ne s'en sortaient pas plus mal que les autres.

Vraiment?

Une larme silencieuse roula sur sa joue. Une autre la suivit, glissa sur l'arrête de son nez. Puis une autre dévala sa pommette gauche pour finir sa course le long de la ligne de sa mâchoire. Une autre, puis encore une. Ce fut bientôt un véritable flot de larmes qui tracèrent de larges sillons sur ses joues. La jeune fille était secouée par de gros sanglots qu'elle n'avait plus la force de retenir. Elle ramena ses jambes contre elle et les entoura de ses bras. Elle posa doucement son front sur ces genoux et pleura toutes les larmes de son corps pendant un long moment, avant de s'endormir d'épuisement, roulée en boule sur le toit.

Le soleil entrait à flots dans la petite pièce et se reflétait sur les murs blanchis à la chaux. Même avec les paupières closes, Ambre était éblouie. Même avec la meilleure volonté du monde, elle ne pouvait continuer à dormir. Elle ouvrit un œil pour le refermer aussitôt. Décidément, cette lumière était trop vive. Elle se retourna face au mur et s'enfouit dans les couvertures. Celles-ci étaient douces, chaudes et…

Minute.

Des couvertures?

La jeune fille se redressa brusquement et se cogna contre la tête contre le plafond.

"- Outch!" laissa-t-elle échapper en se massant le crâne.

Quand la douleur se fut atténuée, elle promena son regard autour d'elle. Elle se trouvait dans une alcôve qu'elle reconnut comme celle se trouvant dans la chambre des jumeaux. Une autre identique se trouvait en face d'elle, taillée dans le mur. Il y avait deux matelas par terre. Tous les lits étaient fait.

"- Ils sont partis faire un tour si c'est ce qui t'inquiète."

Ambre se tourna vers cette voix si familière. Doris se tenait assise dans un grand fauteuil en osier, sous la fenêtre, un ouvrage de couture dans les mains. La mère des jumeaux continua son ouvrage sans en lever les yeux. La jeune fille resta silencieuse jusqu'à ce que Doris délaisse sa couture et plonge ses yeux bruns-verts dans les siens.

"- Je suis désolée pour hier…" dit Ambre d'une petite voix. Elle baissa les yeux. Elle n'osait pas regarder cette femme dans les yeux. Elle ne voulait pas voir son visage. Elle ne voulait pas y voir de la déception, de la pitié ou n'importe quoi d'autre.

"- Tu n'as pas à t'excuser. C'est de ma faute."

La jeune fille leva les yeux vers Doris qui la regardait avec douceur. Les larmes lui montèrent au yeux sans qu'elle sache pourquoi. La petite dame se leva précipitamment de sa chaise et vint s'asseoir sur le lit à côté de la jeune fille.

"- Allons, allons. Calme-toi, lui murmura-t-elle.

- Dé… désolée.

- Non, c'est moi. Je n'aurais jamais du faire cette blague, hier. C'était stupide de ma part. Car c'est bien pour ça que tu es toute triste, n'est-ce pas?"

Ce n'était pas vraiment une question. On ne pose pas de question quand on connaît déjà la réponse. Ambre se recroquevilla un peu plus sur elle-même. Doris lui passa un bras protecteur sur les épaules. La jeune fille logea sa tête dans le creux de son épaule. Les larmes coulaient de plus belle et elle n'arrivait pas à les arrêter.

"- Ma famille me manque, murmura-t-elle d'une voix entrecoupée de sanglots.

- Je sais, dit Doris pour essayer de la consoler. C'est normal que ta famille te manque. Fred et George m'ont dit que tu avais des frères. Même si c'est chiants, ces bêtes-là, quand ils ne sont plus là, et bien…

- Pourtant… ils ne devraient pas me manquer! Je… je ne sais plus quoi penser.

- Tu as besoin d'une famille, comme tout le monde…"

Ambre leva vers elle ses grands yeux couleur de miel, rougis par ses larmes. Doris ne s'attendait pas à y lire une si grande détresse. Quand les jumeaux l'avaient retrouvée endormie sur le toit, les joues sillonnées de larmes, une idée avait germé dans son esprit. Et quand elle vit le visage d'Ambre, dont les dernières marques de l'enfance disparaissaient, elle sut que son idée était la bonne.

"- Tu sais, il m'est venu une idée hier… je ne sais pas ce que tu en penses mais… si tu acceptes, tu…" Doris avait visiblement du mal à trouver ses mots. Pourtant, elle avait répété ces paroles dans sa tête pendant des heures, mais impossible de remettre la main dessus.

Le cœur d'Ambre s'accéléra. Elle n'osait espérer la suite.

"- Si tu veux, continua Doris, tu auras toujours ta place dans cette maison."

Ambre fronça les sourcils mais ne dit mot.

"- Les jumeaux te… te considèrent déjà comme leur sœur et… et je suis prête à te considérer comme ma fille. Je crois même que c'est déjà le cas.

- C'est vrai?

- Heu… oui," répondit Doris, surprise de cette réaction si soudaine.

Le visage d'Ambre s'illumina et elle se jeta au cou de la rondouillarde petite dame qui lui offrait son amour et un nouveau foyer. Les larmes redoublèrent mais elle ne tenta pas de les réfréner. Doris n'ajouta rien. Ces larmes n'étaient qu'une manifestation du bonheur que la jeune fille ressentait et elle le savait. Elle resserra ses bras autour d'elle et la berça en lui caressant distraitement les cheveux.

Ambre s'endormit en quelques instants, dans cette étreinte si chaleureuse, un sourire de pur bonheur flottant sur son beau visage.

"- Regardez! s'écrièrent les personnes présentes sur le quai de Tortuga, c'est le navire de ce terrible pirate!

- Comment s'appelle-t-il déjà?

- C'est le fils du terrible pirate Roberts.

- Il paraît qu'il est encore plus cruel…

- Un véritable dieu l'épée à la main!

- On dit que sa seule présence fait que les équipages qu'il aborde se rendent sans combattre!"

Les voix qui lui parvenaient étaient remplies de crainte mais surtout d'admiration et de respect. Wulfran s'avança sur le gaillard d'avant jusqu'à atteindre la figure de proue, pour se mettre bien en vue. Sa veste de cuir se soulevait sous la dure caresse du vent qui gonflait sa chemise de lin. Un large chapeau à plumes plongeait ses yeux dans l'ombre. Il avait vraiment fière allure. Il promena un regard méprisant sur la foule du commun des mortels amassée sur les quais et qui regardait l'imposant vaisseau faire son entrée dans le port crasseux.

Il posa sa main sur le cou du dragon et caressa les écailles de bois qui semblaient frémir de vie.

Son bateau. Enfin.

Il sourit et son regard s'abaissa vers la sale gamine qui lui cirait les bottes. Elle était vêtue de haillons, maigrichonne, mais ses yeux luisaient de hargne. Elle se releva brusquement, balança le chiffon par-dessus bord et lui cracha au visage.

"- Rend-moi mon bateau!" ordonna-t-elle.

Il la dépassait bien de deux têtes mais cette sale gamine en imposait bien plus qu'il ne voulait bien l'admettre.

C'est pas grave. Une bonne claque devrait la remettre à sa place!

Wulfran leva la main pour frapper cette insolente qui le regardait avec une indifférence mêlée de haine. Il n'en fut que plus énervé et il dégaina son épée. Ambre le regardait toujours, sans bouger, telle une statue de marbre. Il jouissait déjà de sentir son sang chaud couler sur ses doigts, ses yeux perdre leur arrogance pour se teinter de peur. Il s'apprêta à l'embrocher quand soudain…

"- Eh! Wulfran réveille-toi! On est arrivé!

- Hein? quoi? comment? répondit l'endormi d'un air perdu.

- On est arrivé à Tortuga, répéta le pirate. Dépêche toi si tu veux avoir ta paie.

- J'arrive," grogna Wulfran.

Pourquoi faut-il toujours qu'on me réveille au milieu de rêves intéressants?

Quoique ce rêve ne se déroulait jamais comme il le voulait. Il le faisait souvent. A chaque fois, il était à bord de l'Ecumeur, qui était enfin à lui. Il était respecté et craint de tous, un pirate exemplaire. Mais il y avait toujours la sale gamine qui venait réclamer son bien.

L'Ecumeur est à moi!

Il n'avait encore jamais réussi à la tuer. Il y avait toujours quelque chose ou quelqu'un qui l'en empêchait. Et elle le regardait toujours de ses yeux ambrés, froids, méprisants, haineux. Ce regard commençait sérieusement à l'agacer.

Vivement que je change de rêve!

Wulfran rejeta ses couvertures. Elles étaient moites. Il se rendit alors compte que son corps était recouvert de sueur. Il jura.

Saloperie de gamine!

Je peux même plus dormir tranquille et calmement!

"- Alors, tu as fait un cauchemar? demanda innocemment son voisin de hamac.

- J't'en pose des questions? répliqua vertement Wulfran en lui balançant son regard le plus noir.

- J'ai rien dit, ça va! pas la peine de t'énerver comme ça!"

Wulfran se dépêtra de ses couvertures non sans marmonner pour lui-même un "sale gamine".

"- Qu'est-ce que t'as à rouspéter tout seul dans ton coin? le taquina son voisin.

- Greg, t'es chiant.

- Je sais. Mais je suis le seul qui te supportes! lança-t-il joyeusement.

- Et que je supportes, ce que tu sembles oublier un peu trop souvent.

- Quel rabat-joie! T'es vraiment pas drôle comme mec!

- Je ne tiens pas particulièrement à être drôle, rétorqua Wulfran en enfilant une chemise.

- T'as tort: un mec sans humour n'a aucune chance avec les filles.

- Je n'ai pas ce problème, répondit le ténébreux jeune homme en cherchant une de ses bottes sous son hamac.

- Et pourquoi ça? demanda le dénommé Grégoire, brusquement intéressé.

- Parce que je suis irrésistible," expliqua Wulfran avec son sourire le plus charmeur.

Grégoire éclata de rire, bientôt rejoint par Wulfran.

Ce bonhomme a une mauvaise influence sur moi.

Quand ils se furent calmés, les deux jeunes hommes montèrent sur le pont. Les marins du Grand Fourbe se massaient devant le second qui distribuaient les paies. Ils gueulaient, riaient, se bousculaient pour être les premiers servis, s'injuriaient et en finissaient avec les poings pour finir par se faire engueuler par le quartier-maître, et finalement, tout le monde éclatait de rire avant de recommencer.

J'aime les retours au port!

"- Ce qui est bien avec toi, dit Grégoire en riant, c'est que personne ne te cherche querelle. Pas un pour te faire chier, tu es tranquille.

- Et tu es le premier à en profiter.

- Certes, faut bien que j'ai quelques avantages à te supporter…

- N'en rajoute pas plus, ma lame rêve de te percer un deuxième nombril, dit froidement Wulfran.

- Hé! hé!

- C'est ça, rigole."

Leur tour arriva enfin. Le second leur donna leur paie et Wulfran et Grégoire s'empressèrent de faire disparaître les pièces dans leurs bourses respectives.

"- Pourquoi t'es mieux payé que moi? se plaignit Grégoire.

- Parce que je suis second. Du moins j'en ai le titre.

- Je ne comprend pas pourquoi Jack t'a nommé second. Un seul était déjà amplement suffisant…

- Critiqueriez-vous les décisions de votre capitaine," fit la voix de Jack derrière eux.

Grégoire vira au rouge tomate. Très joli d'ailleurs.

"- Heu, non mon capitaine, je lui faisait juste part de mon incompréhension.

- C'est parce que vous ne comprenez rien que vous n'êtes que simple pirate," répliqua le capitaine du grand fourbe.

Grégoire s'empourpra encore plus et Wulfran éclata de rire devant la déconvenue de son ami. Jack parut surpris mais ne dis rien. Il ne voyait pas souvent Wulfran rire, mais malgré tout, ses yeux d'acier ne perdaient jamais totalement leur dureté.

"- Bonne journée, dit Jack avant de s'éloigner.

- Vous aussi, répondirent en chœur Wulfran et Grégoire.

- Ah! une chose avant que j'oublie! L'Ecumeur est à quai donc ton père ne doit pas être loin…"

Le visage de Wulfran se ferma instantanément et un éclair de douleur passa dans ses yeux gris. Grégoire le regarda sans mot dire. Il avait deviné que c'était un sujet sensible à ne pas aborder. Il savait instinctivement de quoi il pouvait parler avec le sombre jeune homme, quand il pouvait plaisanter et sur quoi.

Cela ne faisait pas longtemps qu'il était à bord du Grand Fourbe. L'équipage de celui-ci avait subi de lourdes pertes lors d'un de ses précédents abordages et Jack avait du recruter quelques marins dans un port quelqconque. Grégoire faisait partie d'un de ceux-là. Il ne connaissait pas Wulfran, même de réputation, et était allé directement vers lui. Au début, le fils du terrible pirate Roberts s'était montré froid, irascible et distant mais à force de pitreries, il avait fini par se faire accepter par Wulfran. La constante bonne humeur de Grégoire changeait les idées de Wulfran, qui ne se perdait plus dans ses sombres pensées.

Est-ce ça qu'on peut appeler "ami"?

Ça serait le premier alors… fichtre! je ne serais plus le pirate le plus noir et le plus solitaire de cette terre! Mon rêve s'effondre.

Quoique… ce n'est pas plus mal!

Un coup de coude dans les côtes le fit sortir de ses pensées. Il jeta un regard menaçant à l'abruti qui venait de faire ça. Grégoire ignora son regard noir et demanda:

"- Où c'est qu'y'a des tavernes sympa?

- T'es jamais venu ici? dit Wulfran, surpris.

- Je t'ai déjà dis que non. J'aime quand tu m'écoutes!

- Tu fais pareil!

- C'est pas vrai!

- Si!

- Non!

- Si!

- Non!

- On y va?

- Ok. Où on va?

- Boire un coup, quelle question!

- J'te taquine!

- Je sais.

- Je sais que tu sais.

- Je sais que tu sais que tu sais.

- N'essaye pas de m'embrouiller l'esprit pour que je te donne mes sous!

- M'en fous, je suis déjà mieux payé!"

Ils continuèrent ainsi pendant un moment à s'envoyer vanne sur vanne, jusqu'à trouver une taverne où la bière et le rhum coulaient à flot.

Après avoir vidé quelques chopes, les deux garçons se séparèrent. Grégoire voulait finir la soirée en meilleure compagnie que celle de Wulfran et celui-ci décida de rendre visite à Doris, un sourire aux lèvres en pensant au chocolat chaud qui l'attendait.

Il remonta les ruelles mal famées, la main posée sur la garde de son épée. Il tourna à droite à un carrefour particulièrement bondé, grimpa un petit escalier aux pierres usées par les innombrables passages, bifurqua dans une ruelle étroite sur sa gauche et arriva enfin sur la petite place qu'il connaissait par cœur. Les massifs de fleurs embaumaient et les clapotis apaisants de la fontaine le firent sourire. Rien n'avait changé ici. Wulfran se dirigea vers la petite maison encadrée de deux bâtisses plus imposantes. De l'autre côté de la place se trouvait le bordel que tenait Doris.

Elle n'aurait pas pu trouver un métier qui lui aille plus mal!

Il s'avança tranquillement vers la porte de bois vermoulu et toqua. Il entendit les petits pas feutrés de Doris qui s'empressait de venir lui ouvrir. La porte s'ouvrit d'un coup sur la rondouillarde petite femme dont le visage s'éclaira quand elle le reconnut. D'alléchantes odeurs de cuisine lui parvinrent aux narines et il en eut l'eau à la bouche. Il fit un grand sourire, tout heureux de revenir ici.

"- Mon petit Wulfran!

- Bonjour Doris.

- Quand es-tu arrivé?

- En fin d'après-midi.

- Ça s'est bien passé?

- Sans incident majeur.

- Bien, bien. Tu prendras bien quelque chose? Un chocolat chaud? demanda Doris avec un sourire complice.

- J'en serais ravi."

Il s'installa à la table de la cuisine et regarda Doris s'activer sur la cuisinière pendant qu'elle lui racontait il ne savait quelle histoire. Elle posa devant lui un énorme bol de chocolat brûlant. Des volutes de vapeur s'en échappaient qu'il huma avec délice.

Ca fait du bien de se sentir chez soi…

Soudain, la porte s'ouvrit sur les jumeaux suivis d'Ambre, hilares. Le rire de la jeune fille s'éteignit dès qu'elle aperçut le jeune homme. Les jumeaux le saluèrent d'un signe de tête auquel il ne répondit pas. Il fixait Ambre d'un air mauvais qui lui renvoyait le même regard que dans ses rêves. Ils se regardèrent en chien de faïence, l'une droite comme un i, l'autre tenant son bol de chocolat. Doris, qui s'occupait d'arroser de sauce son canard rôti, brisa le silence. Elle se retourna vers Wulfran et lui dit dans un grand sourire, toute joyeuse:

"- Je te présente ma fille, Ambre."

Le bol de chocolat lui échappa des mains et se fracassa en morceaux dans une gerbe d'éclaboussures chocolatées.

La garce!

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Alors? Il vous a plu? j'ai eu une illumination sous la douche pour que Wulfran et Ambre puisse se taper encore un peu plus sur la gueule alors voilà!

Je remercie les rewiewers (Georgette, Melitta et les autres) ça fait super plaisir d'avoir des 'tits messages, (même si c'est pour dire de me dépêcher d'écrire la suite!)

Et pour Melitta, je répond que je ne sais toujours pas quand je vais la faire vieillir, cette sale gamine. A chaque fois, j'ai un truc à mettre avant. Parce que, pour ceux que ça intéresse, tout ceci n'est en fait que l'introduction dont j'arrive pas à me sortir. Les idées que j'ai, elles sont pour quand cette charmante demoiselle aura pris quelques années… mais un jour peut-être, j'arriverais à passer à l'étape suivante!

En attendant cet heureux jour, je vous souhaite le bonsoir.

Bazouxxx à tous!