Vilà vilà! J'ai réussi à pondre le chapitre 16 en moins de… 3jours. Mieux que les 4mois, non?
Bref. C'est surtout que j'aurais beaucoup de mal à en poster un d'ici… je sais pas quand alors je prend de l'avance… parce que bon. Dans 5 semaines, révisions du concours donc je révise (logique), après le concours (3 semaines avec une semaine de trou. Là peut-être…) et encore après. Révisions pour les oraux. Si je suis encore vivante et s'ils veulent de moi là-bas.
Après, mi-juillet si j'ai pas de chance (soyons pessimistes), c'est bon, c'est fini, c'est cool.
Donc savoir quand le prochain arrivera, c'est une bonne question. On peut lancer les paris!
Bref, voilà quoi. c'est ma vie de tarées de prépa.
Sur ce je vous laisse à la lecture du chapitre 16 qui m'a donné pas mal de soucis (vive l'impro!) et qui boucle (peut-être) cette introduction…
Chapitre 16:
Compromis
Wulfran se maudit.
"- Mon petit Wulfran! tu n'as rien? s'écria Doris en se précipitant vers le jeune homme, livide.
- Nn… non. Il… il m'a juste glissé des mains.
- Ce n'est pas grave," dit la rondouillarde femme en allant chercher un chiffon dans le débarras.
Elle quitta la pièce accompagné par le froufrou de ses jupons. Les autres ne disaient rien. Les jumeaux attendaient de voir ce qui allaient se passer tandis que Takashi se mettait dans un coin, à l'abri de l'orage qui montait. Il ne fallait pas être aveugle pour voir que Wulfran se retenait de sortir son épée du fourreau et de percer des petits trous dans tout ce qui passerait à portée de sa lame. Et Ambre serait la première à en bénéficier.
Celle-ci regardait Wulfran dans les yeux, sans ciller. Elle s'avança vers lui d'un pas tranquille.
Mais qu'est-ce qu'elle me veut?
Elle se pencha et ramassa les morceaux du bol. Le fils de Roberts aurait aisément pu la tuer, là, d'un coup. Juste le temps de sortir son épée et de la transpercer de part en part, et cela avant que les autres aient pu esquisser un seul geste. Mais il n'en fit rien.
Ambre prit délicatement le dernier fragment et le déposa dans sa paume ouverte, avec les autres. Elle se releva gracieusement et plongea son regard d'or dans le sien. Wulfran y lut une expression victorieuse, avec un rien de peur.
Mais… mais elle me nargue en plus!
L'espèce de…
Puis elle s'éloigna à pas feutrés et jeta les restes du pauvre bol dans les ordures, triste fin pour ce charmant vestige d'un assortiment de vaisselle en porcelaine peinte. Wulfran s'apprêtait à dire quelque chose, n'importe quoi, pour briser ce silence tendu quand il entendit le soupir de soulagement des jumeaux.
Y'en a au moins qui ont l'intelligence de me craindre!
Ambre eut un imperceptible sourire à l'adresse des jumeaux.
Je l'ai eu! je l'ai eu! Bwahahaha ! je suis diabolique!
Wulfran fulminait. Il se tourna vers Ambre avec un regard si noir que la jeune fille eut vraiment peur. Elle fit un pas en arrière et buta contre le plan de travail de la cuisine. Acculée. Elle se sentait prise au piège. Elle avala difficilement sa salive et se prépara à faire face. Le sombre jeune homme eut vaguement une pensée joyeuse en la voyant paniquée, pensée complètement noyée dans son désir de meurtre.
"- Pas de sang chez nous, s'il te plaît," déclara Fred.
Il avait l'air calme, tout comme son frère mais Ambre savait qu'il n'en était rien. Si Wulfran ne se reprenait pas, il y aurait cinq lames qui danseraient bientôt macabrement dans l'accueillante cuisine de Doris.
Je la hais.
Hou que je la hais.
Wulfran se leva. Pendant un instant, on n'entendit que le raclement sourd des pieds de la chaise sur le parquet. Personne n'osait respirer.
"- Je vais y aller. Saluer votre mère de ma part," dit Wulfran d'une voix qui charriait des glaçons.
Il n'attendait aucune réponse et n'en reçut aucune. Il adressa un dernier regard noir à Ambre qui ne lui laissait rien présager de bon et s'en fut dans un silence de mort. La porte grinça sur ses gonds avant de se refermer sur le ténébreux jeune homme qui bouillait de rage.
Il resta une seconde sur le seuil et ravala ses larmes.
Elle me le payera. Je jure qu'elle me le payera.
Le silence régnait toujours dans la petite cuisine. Nul n'avait bougé. Tout s'était déroulé très vite et la jeune fille n'en revenait toujours pas. Elle avait vraiment cru qu'il allait la tuer.
Ce type est un monstre.
A travers la fenêtre, Ambre regarda Wulfran disparaître dans une ruelle. Elle se sentait triste, sans qu'elle sache pourquoi.
J'ai tout de même pas pitié de lui!
Elle fixait toujours la ruelle obscure dans laquelle le fils de Roberts avait disparu quand soudain le beuglement de George la fit sursauter.
"- T'es complètement conne ma parole!"
Elle tourna vers son interlocuteur des yeux éberlués.
"- Fais pas le hibou! rugit Fred. Tu te rends compte de ce qui aurait pu arriver?"
Ambre baissa les yeux et contempla le bout de ses bottes.
"- On t'avait pourtant prévenue que y'avait des sujets à ne pas aborder avec lui! Trois pour être précis: le bateau, le fait que tu sois à bord et ma mère!"
Ambre ouvrit la bouche pour se défendre mais George la rabroua sèchement.
"- Le narguer comme tu l'as fait, c'était du suicide pur et simple!
- Ce type ne ferait qu'une bouchée de toi! dit Fred. On n'aurait pas tenu deux minutes face à lui! Ce type est un monstre l'épée à la main! Le seul truc qu'on pouvait espérer était qu'il ait pitié de ma mère et ne pas tuer ses fils et… sa nouvelle fille.
- Arrêtez, intervint Takashi. Elle a compris. Pas la peine de l'enfoncer."
Des mèches de cheveux blancs cachaient les yeux de la jeune fille mais ne masquaient pas entièrement son visage désolé. Les jumeaux se radoucirent. Fred s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. Elle y enfouit son visage.
Ma propre bêtise m'étonnera toujours.
Nan mais c'est vrai! pourquoi faut-il que je fasse toujours des trucs totalement idiots et dangereux?
"- Allez. On va dire que c'est pas grave, dit doucement George. T'as plus qu'à l'éviter pendant les trois ou quatre ans à venir. Un périmètre de sécurité de trois cents mètres devraient suffire."
Sur ces rassurantes paroles, Doris revint, les bras chargés de chiffons et de serpillières.
"- Maman, y'a à peine un demi bol de lait, dit Fred avec un air mi-agacé, mi-amusé.
- Je… je craignais qu'il n'y ait pas que du lait à éponger…
- …
- Mais apparemment, vous avez bien géré la crise, dit Doris dans un soupir de soulagement.
- Et moi qui pensais passer tout ça sous silence pour ne pas t'inquiéter! s'exclama George d'un ton dramatique.
- Je ne suis pas totalement idiote, même s'il m'arrive de le faire croire, répondit Doris en leur faisant un clin d'œil.
- Fichtre.
- Diantre!
- Diablerie.
- Heu… hésita Takashi. Roooouuuh? roucoula-t-il comme un pigeon, ce qui déclencha l'hilarité générale, bien que celle-ci soit un peu forcée.
- Vous devriez aller faire un tour, déclara Doris à ses fils.
- Tu nous fous dehors?
- Je ne dirais pas cela en ces termes mais l'idée y est.
- Ok, répondit George. Vous venez vous autres?"
Son frère, Takashi et Ambre s'apprêtèrent à le suivre quand la rondouillarde petite femme ajouta avec sérieux.
"- Ambre, j'aimerais que tu restes un peu. J'ai quelques mots à te dire."
Ambre acquiesça en silence.
Doris congédia les garçons qui sortirent en bougonnant. Ambre n'eut même pas le courage de les taquiner avec une pensée spirituelle de haut niveau. La petite dame l'invita à entrer dans une petite pièce adjacente qui tenait lieu de salon. La jeune fille rassembla ses cheveux en une longue torsade et les rejeta derrière son dos, en attendant que Doris lui dise ce qu'elle avait sur le cœur.
"- Ecoute bien ma petite ce que je vais te dire et tâche de ne pas l'oublier."
La fureur guidait ses pas. Wulfran errait donc n'importe où dans Tortuga d'un pas furieux. Les rares passants s'écartaient vivement sur son passage. Tout à sa colère, il ne s'en rendait même pas compte. Il croisa même son père qui l'appela, sans succès. Wulfran traça son chemin, sans se préoccuper de rien.
Avant qu'il ait pu se demander où il pourrait bien aller, il se retrouva en dehors de la ville, au sommet d'une colline qui se déchirait brutalement pour tomber à pic dans l'océan aux eaux turquoises.
Déprimé, il s'affala comme une masse sur l'herbe rêche. Il croisa ses bras sous sa tête et contempla le ciel. De petits nuages s'étiraient langoureusement dans le lointain et se teintaient de rose et d'orangé à la faveur du soleil déclinant sur l'horizon. Des mouettes jetaient dans l'air leur cri stridents avant de plonger dans les flots à la recherche d'un poisson suffisamment idiot pour se mettre à la portée de leur bec.
Pourquoi?
Pourquoi faut-il toujours que cette sale gamine se mette là où ça m'emmerde?
Le cri déchirant d'une mouette asthmatique fut la seule réponse qu'il obtint.
Qu'est-ce qu'elle a cette gamine pour que tout lui réussisse?
Serait-elle née pour faire mon malheur?
Je ne vois que ça: je suis maudit.
"- Eh! Wulfran!"
Qu'est-ce que je disais?
"- Qu'est-ce que tu veux? demanda sèchement le jeune homme.
- Pas la peine de m'agresser comme ça, répliqua vertement Grégoire en s'asseyant aux côtés de son compagnon.
- Si t'as des réclamations à faire, tu peux aller paître.
- Je ne me risquerais jamais à faire une chose pareille. Je tiens à ma vie: l'herbe, c'est pas bon pour la santé, c'est bien connu."
Wulfran ne répondit rien.
"- Qu'est-ce qui va pas? s'enquit Grégoire, je t'ai vu passé en trombe avec l'air de l'homme le plus heureux du monde.
- Rien.
- Si c'est pour rien que j'ai délaissé ma bière, crois-moi, je t'en voudrais.
- Eh bien, tu vas m'en vouloir.
- En fait, j'l'ai vidé cul sec. Je ne t'en voudrais donc pas t'en que ça. Tu m'as juste empêché de la savourer.
- Ravi de le savoir.
- Je n'en doute pas. Alors? qu'est-ce qui y'a?
- Je hais cette gamine, le renseigna Wulfran.
- Le mousse de ton père?
- Elle-même.
- Qu'est-ce qu'elle t'a encore fait.
- Elle me vole tout ce qui me tient à cœur. D'abord le vaisseau, ensuite Doris.
- Qui est Doris?
- Ce qui pourrait s'apparenter à une mère.
- Ah.
- Vas-y! fous-toi de ma gueule! Mais qui sait ce qu'elle va me voler après ça?
- Ton cœur?"
Un bref instant, Wulfran resta atterré mais il se ressaisit en quelques secondes. Il se redressa sur les coudes, prêt à se lever d'un bond.
"- T'es un homme mort", grinça-t-il entre ses dents.
Grégoire ne prit pas la menace au sérieux et éclata de rire.
"- Détends-toi! tu prends tout trop au pied de la lettre. Tu seras jamais quelqu'un de sympa si t'agresses tous les gens qui disent quelque chose qui te déplait.
- Qui t'as dit que je voulais être quelqu'un de sympa? rétorqua Wulfran en s'allongeant de nouveau de tout son long.
- J'en sais rien. Contrairement à beaucoup de monde, mon petit doigt ne me raconte pas grand chose."
Wulfran ne put s'empêcher de rire.
"- Tu vois que tu n'es pas aussi noir que tu le prétends! Quelqu'un de vraiment sombre et méchant n'aurait jamais rigolé à une feinte aussi nulle…
- C'est toi l'expert."
Grégoire s'étendit à son tour. Le silence s'installa entre eux, entrecoupé par le chant grésillard des mouettes.
"- Quelqu'un devrait penser à faire taire ces bestiaux, remarqua intelligemment Wulfran.
- On devrait les remplacer par des canards…
- Tu veux dire des goélands?
- C'est pareil!
- Hé! hé!"
Les deux garçons restèrent encore un moment à bavarder et à rire, tout en regardant les premières étoiles qui apparaissaient une à une dans le ciel bleu nuit.
Les mouettes se turent, préférant aller dormir que de continuer à casser les oreilles de leurs voisins. Cette belle nuit de juillet était douce et ils finirent par s'endormir dans l'herbe, bercé par le chant des grillons.
Sans les mouettes, c'est plutôt agréable… fut la dernière pensée cohérente de Wulfran avant qu'il ne tombe dans les bras de Morphée.
Le réveil ne fut guère agréable: les deux jeunes hommes étaient trempés par la rosée, les mouettes leur avaient servis de réveil et Grégoire avait eu l'intéressante idée de s'allonger sur une fourmilière.
"- Dahaaaaah! s'écria Grégoire. Ça gratte! C'est horrible! C'est quoi!
- Des fourmis. T'en as plein ta chemise.
- Quoi?
- Je compatis à ta douleur, ricana Wulfran.
- Aide-moi au lieu de raconter des conneries!
- A chacun sa merde, mon vieux!
- Que veux-tu dire par là?
- Démerde-toi toi tout seul comme un grand.
- C'est bien ce que je craignais, espèce de fauaaaaAAAAAHH!
- Quoi? qu'est-ce qui y'a? demanda Wulfran, tous ses sens en alerte.
- Y'a une salope qui m'a mordu.
- Et c'est pour ça que tu hurles comme si on t'égorgeait?
- Ça fait vachement mal… on dirait pas comme ça mais… leurs petites mandibules, tout ça…
- Excuse de lopette rejetée, répondit Wulfran avec le plus grand sérieux.
- T'es vache quand même.
- Ouais, rétorqua-t-il avec un sourire goguenard. Et fier de l'être.
- Je n'en doute pas.
- Eh! eh!
- Arrête de te marrer. Aide-moi plutôt à me débarrasser de ces horreurs mordeuses de derrière et allons manger. J'ai la dalle.
- Moi aussi et… t'as dis quoi? elle t'as bouffé le cul?
- Oublie ça."
Wulfran explosa de rire pendant que Grégoire bougonnait en se frottant vigoureusement pour faire tomber les insectes. Une fois son rire calmé, le jeune homme aida comme il put son compagnon à se débarrasser de ses compagnes un peu trop violentes puis ils retournèrent vers la ville qui commençait tout juste à se réveiller.
"- Alors? qu'est-ce qu'elle t'as dit? demanda Fred pour ce qui semblait être la centième fois.
- T'es lourd, tu sais? répondit Ambre, exaspérée.
- Bien sûr que je le sais! ça fait partie de mon charme! répliqua le jumeau avec un sourire charmeur qui n'eut pas l'effet souhaité sur la jeune fille. Ses yeux pétillèrent d'un éclat diabolique lorsqu'il reprit. Qu'est-ce que ma mère t'a dit?
- Raaah! Mais t'es insupportable! Pire qu'un gosse! Et je sais de quoi je parle…
- Tu compares avec ton existence de chieuse? demanda George, espiègle.
- Exactement. Maintenant, si vous n'y voyez pas d'objection, j'aimerais changer de sujet.
- Si, on y voit une objection, rétorqua Fred en revenant à la charge.
- Et laquelle, je vous pris?
- Celle de l'insatisfaction de ma curiosité légendaire!
- La curiosité est un vilain défaut.
- Ne sors pas les dictons ringard, s'il te plait.
- C'est vous qui cherchez.
- Hé! hé! hé!
- Takashi, arrête de rire!
- Ce n'est pas de ma faute si vous êtes ridicule… répondit l'intéressé avant de se remettre à ricaner bêtement.
- Il fait beau aujourd'hui, dit Ambre d'un ton badin. Vous ne trouvez pas?
- N'essaye pas de détourner la conversation, répondit George.
- On te l'avait déjà dit, il me semble, ajouta son frère.
- Ça a du me sortir de l'esprit… c'est fou comme ce que vous pouvez me raconter reste ancré dans ma mémoire… se moqua la jeune fille en rejetant ses cheveux de neige derrière son dos.
- On avait remarqué ça, hier… insinua George.
- Roooh, ça va hein? répliqua Ambre d'un ton sec. Vous allez pas remettre ça sur le tapis!
- Quel tapis? demanda Takashi d'un air surpris.
- C'est une expression, répondit Ambre distraitement.
- Aaaaah! Et qui veut dire?
- Que s'ils continuent à me parler de ce qui s'est passé hier chez eux, je les étripe!" dit-elle en lançant aux jumeaux un regard à glacer le sang avant de s'éloigner à grands pas.
Les jumeaux et Takashi lui laissèrent prendre de l'avance pour ruminer sa colère. Après tout, elle commençait suffisamment à connaître Tortuga pour leur trouver une auberge correcte où ils pourraient boire et manger tranquillement.
Takashi n'avait pas l'air convaincu par l'explication d'Ambre. Fred éclata de rire avant de lui dire avec un sourire bon enfant.
"- Ce n'est pas tout à fait ça. Elle n'explique pas bien…
- Si tu appelles ça expliquer, moi je suis une chèvre! répondit son frère en partant d'un grand rire qui fit se retourner les badauds."
Pendant que Fred se lançait dans des explications compliquées à faire devenir chèvre son cher frangin, George rejoignit Ambre qui les attendait au croisement suivant.
"- On va où? celle-là où celle-là? demanda Ambre en indiquant successivement deux auberges.
- La première: elle est moins chère et plus sympa.
- Je te crois sur parole.
- On t'y a pas emmené la dernière fois? s'étonna George.
- Faut croire…
- C'est pas grave, il n'est jamais trop tard pour goûter la bière du Grain de sable.
- Drôle de nom, remarqua Ambre.
- Pas pire que, comment s'appelait-elle déjà? Ah oui! Kronk.
- Broaf. Les gougères aux épinard étaient très bonnes.
- Et offertes par le patron, compléta George. C'est vrai, j'avais failli oublié. Cette auberge remonte dans mon estime.
- On pourra y retourner à notre prochaine escale à Mona.
- Eh bah! C'est pas pour tout de suite alors!
- Certes, dit la jeune fille. On y va ou on attend les autres.
- Qu'ils se démerdent pour trouver la bonne auberge, répondit George en traversant le carrefour pour se rendre au Grain de sable.
- J'ai confiance en Fred et en son sixième sens pour nous retrouver," ajouta Ambre en suivant le jumeau.
George se dirigea sans hésiter vers la table la plus au fond, contre le mur et près de la fenêtre aux vitres opaques, visiblement habitué aux lieux. Ambre le suivit comme son ombre. Elle n'avait pas son épée qui la gênait plus qu'autre chose et ces forbans plus ou moins ivres aux mines peu avenantes ne l'inspiraient guère.
George lui céda volontiers la place près de la fenêtre. Elle s'assit en tailleur sur le banc de bois et se cala contre le mur. De là, elle pouvait observer toute la salle et tout ce qui s'y déroulait. Elle aperçut Fred par la fenêtre qui la repéra également. Il saisit Takashi par le bras et l'entraîna dans l'auberge. Bientôt, ils furent tous réunis autour de la table rectangulaire qui, fait exceptionnel dans une taverne de Tortuga, était relativement propre.
L'aubergiste, un bonhomme au visage rond et rougeaud et à l'imposante bedaine, vint prendre leur commande. Ambre évita de demander un jus d'abricot pour ne pas se faire rire au nez et prit une bière comme les autres.
"- J'le savais, s'exclama Fred, elle devient alcoolo!
- Je n'en suis pas à ce point-là, répliqua-t-elle calmement. Dieu m'en garde, ajouta-t-elle avec un sourire malicieux.
- C'est vrai, en convint George. Tu nous ressembles déjà assez comme ça. Déjà que deux exemplaires, c'était amplement suffisant alors trois…
- Surtout que les filles, c'est le pire, poursuivit Fred en regardant Ambre dans les yeux.
Si tu attends une réaction de ma part, c'est peine perdue mon bonhomme!
- Je suis déçu! Tu ne te vexes même pas!
- Hé! hé!"
Là-dessus, l'aubergiste se pointa avec un plateau chargé de quatre chopes de bière remplies à raz bord. George se lécha les babines tandis que ses yeux avides suivaient le trajet des chopes. Il n'attendit pas que la sienne fut posée sur la table: il la prit des mains de l'homme et en avala une longue gorgée.
"- Aaaaah! Ça fait du bien!
- Après tout ce temps passé en mer, j'en convient! dit l'aubergiste en riant.
- Aubergiste! beugla une voix qui ne leur était pas inconnue.
- J'arrive messieurs, répondit celui-ci. Je dois vous laissez, j'ai à faire, s'excusa-t-il avec un air navré.
- C'est pas grave, Gérard! Les affaires avant tout," répondit Fred.
Le tavernier s'éclipsa et gagna l'arrière de son établissement, dans une pièce fermée par un lourd rideau de velours vert. Très discrètement, Fred se pencha pour tenter d'apercevoir qui se tenait dans cette pièce à l'écart. Manque de pot, le tavernier avait une carrure trop imposante et masquait l'intérieur de la petite pièce.
"- Alors? demanda George. C'était qui?
- J'en sais rien. Gérard prend toute la place.
- Comment cela se fait-il que vous connaissiez tout le monde ici? les interrompit Ambre.
- On habite ici depuis un certain temps déjà, lui dit George. Suffisamment en tout cas pour connaître toutes les tavernes de Tortuga et les personnes qui les tiennent.
- J'avais oublié que vous étiez des habitués de tous les endroits où on peut trouver de l'alcool… rétorqua-t-elle sournoisement.
- Tu veux qu'on reparle de ce qui s'est passé hier? la coupa sèchement Fred.
- Hiek! hiek! hiek! fit son frère. Et qu'est-ce qu'elle t'a dit, notre chère môman après nous avoir mis à la porte, nous, ses propres fils?
- Recommencez pas, grinça-t-elle entre ses dents tout en fronçant les sourcils d'un air qu'elle voulait menaçant.
- Attention, elle pourrait mordre, remarqua Takashi.
- Tu vas pas t'y mettre aussi!" s'écria la jeune fille, outrée.
Le tavernier reparut à ce moment-là. Fred l'attrapa par la manche.
"- Dis, sans être indiscret, c'est qui derrière?
- Tu es indiscret, répondit Gérard avec philosophie.
- Alléeeeuuuuuh! supplia Fred avec les yeux de Bambi. Tu peux bien nous le dire à nous…
- Non, désolé. Je tiens à faire de vieux os.
- On connaît? demanda George.
- Comme tout le monde, répondit évasivement l'aubergiste avant de rejoindre une table plus éloignée où un pirate complètement ivre réclamait de quoi se mettre définitivement KO.
- Il n'est point très coopératif, fit Fred.
- J'avais remarqué, dit Ambre en buvant une petite gorgée de sa bière. Mais la voix ne vous rappelait pas quelqu'un?
- Bah si! justement! C'est pour ça que je veux savoir qui est là derrière! J'arrive pas à remettre de nom dessus et ça m'énerve!"
Ils restèrent tous silencieux, chacun essayant de trouver l'homme qui correspondait à la voix. Soudain, ils entendirent un juron, qui ne pouvait être poussé que par…
"- Roberts. Notre estimé capitaine, dit Ambre pour confirmer ce que tous les autres avaient compris.
- Certainement avec son vénérable ami Jack. C'est sa voix qu'on a entendu tout à l'heure, remarqua George.
- Ils doivent certainement discuter de ce que Roberts a appris la dernière fois… murmura Ambre.
- Sûrement. Ça l'inquiétait vachement.
- On pourrait p't'être demander à votre copain Gérard de repousser un peu cette… heu.. chose ou bout de tissu… histoire qu'on puisse espionner, avança Takashi.
- C'est une idée mais il ne voudra jamais, répondit Fred. T'as bien vu tout à l'heure…
- T'as qu'à en soulever le coin avec ton épée quand il ressortira, dit Takashi à l'adresse de George, vu que c'est toi qui est le plus près.
- On peut essayer," acquiesça ce dernier.
Le tavernier revint quelques instants plus tard, portant sur son plateau deux verres et une bouteille de rhum. Il leur adressa un sourire désolé en passant près d'eux et pénétra dans la pièce reculée. Il en ressortit un instant plus tard, le plateau sous le bras. George profita de ce que le rideau volait encore pour en attraper le pan avec la pointe de sa lame.
"- Parfait," chuchota Fred.
Ils tendirent l'oreille pour tenter de comprendre les bribes de paroles qui leur parvenaient.
Pourquoi faut-il qu'ils murmurent comme des conspirateurs? Ils pourraient quand même penser à ceux qui essayent d'écouter leur conversation!
"- Je suis heureux de constater que ce problème te turlupine au même point que moi, dit la voix qu'ils reconnurent comme celle de Roberts.
- T'as vu le problème aussi?
- …
Hochement de tête vraisemblable…
- Tu as une idée de ce qu'on peut faire? continua Jack.
- Je crois que oui. Et toi?
- De même. J'espère seulement que la tienne est meilleure que la mienne…"
La clochette de la porte d'entrée tintinnabula, les tirant brutalement de leur tâche d'espionnage.
Oh nan! pas lui!
Wulfran se tenait droit et fier devant la porte. A ses côtés se tenait un jeune homme aux cheveux châtains coupés court, des yeux bruns rieurs dans un visage enjoué.
Huuum… charmant.
Wulfran indiqua une table, l'autre acquiesça. Le fils du terrible pirate Roberts traversa la pièce pour se placer à la table la plus reculée et dans le coin le plus sombre. Son compagnon le suivit avec un sourire amusé. Ambre les suivit du regard jusqu'à ce qu'ils se furent installés à leur table.
Môsieur joue les ténébreux dites donc!
"- Gnourf! fit-elle lorsqu'elle reçut le coude de George dans les côtes.
- Quoi? ragea-t-elle en se massant son flanc douloureux.
- Ton amoureux va finir par repérer les regards langoureux pas frais que tu lui adresses. Tu devrais faire attention… se moqua George.
- Gniaeuh! répondit-elle en lui tirant la langue.
Passons outre ces attaques vulgaires!
- Concentre toi plutôt sur le rideau au lieu de raconter des âneries!
- Oui madame. Tout de suite madame. A vos ordres madame.
- Crétin.
- Merci du compliment.
- S'en était pas un, répliqua-t-elle.
- …
- Tiens, pour une fois, tu ne sais pas quoi répondre, ricana la jeune fille, un sourire pervers aux lèvres.
- Tais-toi et fait un beau sourire à ton amoureux: il te regarde, répondit George en tentant de garder une expression neutre.
- De quoi?" s'étrangla Ambre en se tournant vers la table de Wulfran.
Celui-ci la dévisageait méchamment, la main crispée sur sa chope de bière. Elle déglutit difficilement et se hâta de regarder ailleurs, tout en essayant de faire comme si c'était naturel.
"- Alors c'est elle la sale gamine?
- Oui.
- Plutôt mignonne, remarqua Grégoire.
- Beauté de serpent: c'est joli, ça brille mais ça mord et ça tue.
- Waaah! Que de poésie! se moqua Grégoire.
- Ecrase tu veux? moi, au moins, je ne fais pas dans le douze ans!" répliqua Wulfran d'une voix glaciale avant de descendre la moitié de sa chope d'une traite.
Grégoire éclata de rire.
Mais comment fait-il pour tout prendre à la rigolade?
Il est mignon quand il rit… mais comment fait-il pour rire en compagnie de cet abruti prétentieux?
"- Ambre, écoute," lui dit Fred en indiquant du menton la pièce adjacente où se tenaient les deux capitaines les plus réputés des Caraïbes.
La jeune fille tendit l'oreille, non sans jeter un dernier regard au compagnon de Wulfran.
"- Que comptais-tu faire? s'enquit Roberts.
- Faire comme toi il y a quelques années…
- Passer pour un con?
- Oui.
- J'y ai pensé aussi mais j'ai eu une autre idée…
- Je t'écoute," dit Jack. On pouvait entendre sa voix vibrer de curiosité.
Gérard, le tavernier, traversa la salle à cet instant pour ce rendre auprès des deux capitaines. George relâcha immédiatement le rideau qui retomba mollement. Gérard passa la tête sous le rideau et demanda:
"- Vous avez besoin de quelques chose?
- Une autre bouteille de ton meilleur rhum, répondit Jack.
- Tout de suite, messieurs."
Et il repartit aussi sec. George préféra ne rien faire et attendre que l'aubergiste ait ramené la bouteille de rhum pour soulever le rideau aussi discrètement que possible.
Ambre se leva d'un coup, faisant sursauter ses compères. Elle s'extirpa de sa place sous les regards étonnés des autres.
"- Tu vas où," demanda Fred.
Elle ne répondit pas et traversa la grande salle pour rejoindre la table de Wulfran.
"- Elle va pas bien, dit George qui avait soudainement blêmi.
- Elle… elle est dans une humeur suicidaire aujourd'hui? tenta de plaisanter Fred.
- On va la chercher," déclara George.
Son frangin acquiesça d'un signe de tête et commença à se lever pour aller chercher leur nouvelle petite sœur.
"- Non, trancha Takashi.
- Pa… pardon? bégaya George en clignant des yeux comme un hibou.
- Elle sait ce qu'elle fait."
Les jumeaux avaient l'air septique devant cette déclaration mais l'air calme et tranquille de Takashi les dissuada finalement d'intervenir. Ils se rassirent en silence, la mine grave. Ils se tournèrent tous vers Ambre qui venait d'atteindre Wulfran.
"- J'espère vraiment qu'elle sait ce qu'elle fait," murmura Fred.
Mais qu'est-ce que je fais là? ça va pas bien chez moi… pourquoi faut-il que j'aille voir le type qui veut ma peau?
Ambre avala sa salive. Elle avait la gorge étonnamment sèche. L'estomac noué, elle fit les derniers pas qui la séparaient de Wulfran. Celui-ci la regardait avec tout sauf de la gentillesse, et la jeune fille pouvait lire dans ses yeux la colère qui couvait en lui.
Je suis on ne peut plus rassurée là…
Elle prit une profonde inspiration, posa à plat ses deux mains sur la table et lui dit en le regardant dans les yeux:
"- Il faut qu'on parle."
J'aurais du choisir une phrase encore plus kitch!
Wulfran la dévisagea froidement pendant un instant qui lui parut une éternité. La jeune fille retint sa respiration.
Ne sors pas ton épée, ne sors pas ton épée, ne sors pas ton épée… hein? gentil petit…
"- Je t'écoute," lâcha-t-il finalement en se calant confortablement contre le dossier de sa chaise.
"- Mais qu'est-ce qu'elle peut bien lui dire?" chuchota George en se rongeant l'ongle de l'index.
Ils étaient tous les trois à regarder la jeune fille. Il ne voyait d'elle que son dos sur lequel cascadaient ses boucles de cheveux blancs. Elle les rejetait fréquemment sur ses épaules d'un geste nerveux mais ne cessait de parler. Wulfran se contenait visiblement de lui passer l'épée en travers du corps et l'écoutait attentivement. Son compagnon également apparemment.
"- Mais qu'est-ce qu'elle lui raconte? répéta Fred pour faire écho à son frère. Dans sa voix transparaissait son inquiétude.
- Il ne va pas la manger, le rassura Takashi.
- Qui t'as dit qu'il était pas cannibale?
- Hein? fit le japonais. Canni… quoi?
- Laisse tomber. Humour.
- Elle était nulle ta feinte, le cassa George.
- Tu m'en voudras pas mais j'ai autre chose en tête pour faire de bonne blague! … qu'est-ce qu'elle peut bien lui dire?"
Wulfran attendit qu'elle eut fini d'exposer son problème avant de lui dire:
"- Je suis déjà au courant, merci."
Ambre ne se laissa pas démonter pour autant.
"- T'en mieux pour toi si tu es dans les bonnes grâces de ton capitaine.
- Parce que pas toi? s'étonna Wulfran. Comment peux-tu être au courant alors?
- Concours de circonstances.
Dahaaaa! Elle est pas dans les bonnes grâces de mon père! youpi! Tralalatsointsoin!
- Mais es-tu au courant de ce qu'en pense ton père? enchaîna-t-elle.
- Je ne l'ai point vu encore.
- Il est en ce moment même dans la pièce à côté, à en discuter avec ton capitaine," dit-elle en appuyant sur le "ton".
Cela n'échappa pas à Wulfran mais il préféra laisser courir.
Tu ne perd rien pour attendre, vipère!
"- On est juste à côté et c'est un malheureux hasard si on entend leur conversation… si tu veux venir écouter avec nous, tu es le… bienvenu." Le dernier mot eut un mal fou à sortir.
Wulfran resta silencieux un bref instant et la jaugea du regard. Il se passa une main dans les cheveux, rejetant en arrière ses mèches qui masquaient son visage dans l'ombre.
"- Pourquoi fais-tu ça?
- Ce n'est pas pour m'attirer tes bonnes grâces ni pour t'amadouer, je ne suis pas assez stupide pour l'espérer.
- Vraiment?
- Oui. vraiment. C'est pour mon propre intérêt que je suis ici. Nullement pour aider un gamin prétentieux."
Aie! C'est sorti tout seul.
- Plaît-il? demanda Wulfran, le visage déformé par la colère.
- Tu as parfaitement entendu alors ne me force pas à répéter, répliqua Ambre en rassemblant ce qui lui restait de courage.
A trois, je la tue.
- Tu as de l'influence auprès de ton capitaine, poursuivit Ambre. Et auprès de ses hommes, d'après ce que j'ai entendu dire.
- Et alors?
Un.
- Ce que prévoit Roberts et Jack risque de mal passer. Tu pourrais faire en sorte que ça passe mieux.
- Et pourquoi ferais-je une chose pareille? s'enquit Wulfran en émettant un rire froid et sans joie.
Deux.
- Parce que c'est également dans ton intérêt: si ton père et ton capitaine deviennent la risée de tous, ça retombera sur toi. J'entend déjà les "regardez! c'est le fils dégénéré de ce pirate fou!".
- …
Deux trois quarts.
- Et pour protéger ton nom tout comme celui de ton père, le mieux est que tu sois au courant.
- Qui te dit que Jack ne me dira rien de cette entrevue?
- Rien. Mais il n'est pas forcé de tout de dire et… on apprend toujours plus de choses dans les conversations privées supposées secrètes…
- …
- Sur ce, je vous laisse, leur dit Ambre en inclinant la tête.
- Un instant, la rappela Wulfran.
S'en est fini de moi et de mon insolence!
- Quel est ton intérêt dans cette histoire? demanda le sombre jeune homme.
- J'ai une dette envers ton père."
Sur ces dernières paroles, Ambre lui tourna le dos et rejoignit sa table.
Merde. J'ai oublié le trois.
"- Elle a du cran, cette petite, remarqua Grégoire en regardant attentivement son compagnon.
- C'est pas du cran, c'est de l'arrogance mêlée d'une inconscience et d'une stupidité sans borne!
- Admet-le qu'elle a du courage cette sale gamine, comme tu l'appelles si poétiquement!
- Rah! Appelle ça comme tu veux! cracha Wulfran en finissant sa bière cul sec.
- … on y va alors?
- …
- Wulfran, qu'est-ce qu'on fait?
- On y va."
Il reposa brutalement sa chope et se leva, bientôt imité par un Grégoire tout guilleret.
Ambre se rassit ou plus exactement s'écroula sur le banc. Ses genoux en tremblaient encore de peur. Elle saisit sa chope de bière avec des mains toutes aussi tremblantes et la porta à ses lèvres.
"- Qu'est-ce que tu lui as dit," s'exclama Fred.
Elle le fit taire d'un geste et finit sa bière.
"- Je t'expliquerais après. Qu'est-ce qu'ils ont dit les deux autres, demanda-t-elle en indiquant la pièce à côté.
- Eh bien que… commença George.
- Mais qu'est-ce qu'il fout? s'écria Fred en indiquant d'un signe de tête Wulfran qui venait vers eux, accompagné de Grégoire qui rigolait doucement.
- Ah. Il m'écoute, répondit sagement Ambre. Je ne le croyais pas assez futé, je dois dire."
- Peut-on s'installer avec vous, demanda Wulfran avec froideur.
- Mais… mais bien sûr," répondit Fred en l'invitant à s'asseoir à côté de lui. Il lança un regard interrogateur à la jeune fille qui lui répondit par un haussement d'épaules.
- Permettez? fit Grégoire en s'installant à côté d'Ambre, ravie.
- Qu'ont-ils dit, demanda Wulfran, le visage fermé.
- On répètera après," répondit George en soulevant délicatement le rideau de la pointe de son épée.
Wulfran leva un sourcil interrogateur.
"- Ce n'est qu'un geste malencontreux, lui dit Ambre en lui lançant un regard glacial d'avertissement.
- Si vous le dites…"
Je pourrais peut-être les faire pendre pour ça…
…
Mais est-ce que je ne risque pas de me faire pendre aussi?
Le fils de Roberts regarda la jeune fille qui lui adressa un sourire éblouissant.
Brave petit. Il a compris qu'il ne peut rien dire…
Sale garce!
"- Arrêtez vos enfantillages tous les deux, dit Grégoire, et écoutez plutôt: ça devient intéressant."
Ambre et Wulfran tendirent l'oreille.
"- … et pour cela, leur parvint la voix de Jack, tu voudrais faire appel à Borbossa?
- Pourquoi pas, répondit Roberts. On a navigué ensemble à une époque.
- Certes mais de là à ce qu'il… tu oublies qu'il est maudit!
- Il ne reculera pas devant l'appât du butin.
- Admettons. Et après?
- Ça donnera à réfléchir à ce Norrington prétentieux. Il ne s'intéressera peut-être qu'à ces pirates fantômes et nous laissera le temps de mieux nous armer et de nous préparer…
- Ton plan est foireux, répliqua Jack, épuisé. Tu voudrais réunir tous les pirates sous la même bannière pour résister contre les méchants qui veulent nous empêcher de rançonner et de piller! Reprend-toi voyons! Ça ne marche que dans les histoires, les contes de fées ce genre de trucs!
- …
- Désolé de te saper le moral mais… c'est vraiment foireux.
- Tu vois autre chose? demanda Roberts dont la colère était sous-jacente dans sa voix.
- Non, évidemment!
- Que fait-on alors? je t'écoute. Je suis ouvert à toutes propositions.
- …
- …
- Y'a pas un dicton qui dit que ce sont les plans foireux qui marchent le mieux?" demanda Jack.
Wulfran pouvait presque voir le sourire de son capitaine. Moqueur avec un brin d'épuisement et de fatalisme.
"- On fait comme ça alors?
- Tentons le coup! On n'a pas grand chose à prendre de toutes façons, répliqua Jack.
- A la bonne heure! saoulons-nous pour oublier cette histoire!
- Désolé, mais je n'ai plus le cœur à ça.
- En fait… moi non plus.
- On y va?"
Roberts approuva du bonnet.
Minute… ils s'en vont? Mais on est encore là!
Ambre se raidit sur sa chaise à l'idée de ce que pourrait bien penser son capitaine s'il les découvrait tous assis à la même table, les jumeaux, Takashi, elle et son fils. Wulfran eut la même réaction.
On est mort.
Les jumeaux tiltèrent en même temps, Takashi et Grégoire ensuite. Mais il était trop tard. Le rideau se souleva. Jack le repoussait du bras mais restait retourné pour discuter avec son ami.
Les quatre compères et leurs ennemis se plongèrent subitement dans quelque chose de passionnant. Ambre rassembla ses cheveux trop voyant et les noua en un chignon qu'elle espérait plus discret pour se plonger dans l'observation de la rue. Wulfran laissa des mèches de cheveux sombres lui masquer le visage et fit comme Ambre, c'est-à-dire qu'il observa la rue marchande soudain devenue très attirante. Les jumeaux et Grégoire se plongèrent dans l'observation du fond des chopes vides pendant que Takashi faisait l'air de rien et observait une magnifique lézarde sur le plafond noirci par la fumée.
"- Après vous, dit élégamment Jack.
- Merci, vous êtes trop bon mon brave.
- Je sais, hélas! Ça me perdra un jour!"
Roberts passa devant, suivi de son ami. Ils passèrent devant la table des pseudo-espions qui se cachaient comme ils pouvaient. Les deux capitaines s'avancèrent tranquillement jusqu'au bar où le tavernier vint immédiatement à leur rencontre.
'nous ont pas vu! Quelle chance!
Sauvés!
Roberts et Jack payèrent l'aubergiste et se dirigèrent vers la sortie. Ce fut au tour de Roberts de tenir la porte. Il s'inclina respectueusement pour lui laisser le passage. Jack ricana et sortit. Ce fut lorsqu'il se redressa que le capitaine de l'Ecumeur aperçut l'hétéroclite petit groupe. Juste au moment où, évidemment, ceux-ci se croyaient tirés d'affaire.
Ambre croisa le regard inquisiteur de son capitaine.
Et merde!
Elle lui adressa un sourire crispé et lui fit un petit signe gêné de la main.
Mais à qui elle fait coucou cette conne!
Wulfran se retourna pour voir qui était le destinataire de ces marques d'attention. Il revint à sa position initiale en un quart de seconde, en un peu plus livide peut-être.
"- Merde," lâcha-t-il, le souffle coupé.
Alors là, je suis vraiment mort!
"- Roberts! tu viens? s'impatienta Jack.
- Tu devrais venir voir qui je viens de croiser, lui répondit celui-ci.
- Ça a intérêt à être intéressant, grogna Jack en revenant dans la taverne. Son visage s'illumina soudain d'un sourire mauvais. Mais que le monde est petit!
- Je trouve aussi."
Les deux capitaines rejoignirent le fond de la salle et se postèrent devant la table du petit groupe.
"- Bien le bonjour, messieurs, lança joyeusement Fred d'une voix de fausset. Que nous vaut ce plaisir?
- Vous nous écoutiez n'est-ce pas? accusa Roberts, le visage guère aimable tout à coup.
- Non… non, hein? on ne les écoutait pas…
- Nnooonnn, répondirent les autres en chœur, ce qui faisait très crédible.
- Et… je suppose que vous avez tout entendu? supposa Jack.
- Juste une grande partie, répondit Ambre d'une voix timide. Mais on connaissait déjà le problème avant…"
Les deux capitaines se tournèrent vers Wulfran, le regard accusateur.
"- Eh! non! C'est pas moi! se défendit-il.
- Vous parlez un peu trop fort quand vous pensez que personne ne vous écoute… avança Ambre. C'était un hasard, s'empressa-t-elle d'ajouter.
- Je n'en doute pas une seconde," rétorqua Roberts.
Ambre s'écrasa devant la sécheresse du ton de son capitaine.
Bwahahaha! Vas-y papa! Casse-la!
"- Tu as une idée de ce qu'on va faire d'eux? demanda Jack.
- Pas pour l'instant. Et je dois dire que je n'ai point envie d'y réfléchir. J'aviserais le moment venu.
- Moi de même.
- Promettez donc, en attendant qu'on vous trouve une punition adéquate, de ne parlez de tout ceci à personne. Et laissez-nous faire, c'est compris? Pas de blague ni rien de ce genre, déclara Roberts dont le regard lourd de sous-entendus s'attarda longtemps sur Ambre et les jumeaux.
- Bien mon capitaine, répondit Fred.
- On peut vous faire confiance? s'enquit Jack.
- Je ne tiens pas particulièrement à retourner aux fers…" répliqua Ambre en frissonnant à l'évocation de ce simple souvenir.
Elle a séjourné aux fers? Hiek !hiek! hiek! Encore deux ou trois comme ça et on pourra la ramasser à la petite cuillère. Et la jeter par dessus bord! Yahaaa!
Les deux capitaines les saluèrent, sortirent et les laissèrent enfin en paix.
"- Je crois qu'on va vous laisser, déclara Wulfran. Il y a des limites à ce que je peux supporter…
- Ca tombe bien, moi aussi," rétorqua Ambre sèchement.
Les jumeaux se levèrent sous prétexte d'aller payer. Grégoire en profita pour faire de même. Ambre, qui ne tenait pas particulièrement à se retrouver seule avec Wulfran, même s'il y avait Takashi à côté, se leva à leur suite. Wulfran et Takashi firent de même et la table fut désertée.
Les jumeaux et Grégoire les attendait dehors. Takashi franchit la porte le premier, Ambre le suivit mais elle se sentit brusquement tirée en arrière. Elle tourna vers Wulfran un regard noir.
Ne montre pas que tu as peur ou c'est la fin…
"- Je voulais te… remercier pour ce que tu viens de faire, murmura-t-il. Les mots avaient visiblement du mal à sortir.
- On sent que ça vient du cœur, répondit la jeune fille. Et je te l'ai dit, je ne l'ai pas fait pour toi!
- Tu as fini de cracher ton venin?
- Et c'est toi qui dis ça? pas gonflé!
- Je te remercie et tu m'envoie paître? Tu es vraiment une…
- Je suis désolée.
- Hein? manqua de s'étouffer Wulfran sous le coup de la surprise.
- Je suis désolée. Pas que pour ça d'ailleurs… je ne comptais pas te pourrir la vie mais…
- Wulfran!" appela Fred, menaçant.
Comme un automate, le fils de Roberts lui relâcha le bras et Ambre en profita pour s'esquiver. Elle rejoignit les jumeaux et Takashi, laissant un Wulfran un brin sidéré.
Mais pourquoi elle s'excuse cette sale gamine!
Elle a pas le droit! Elle est méchante, c'est une sale gamine et…
M'en fous. Ce ne sont pas de simples excuses qui vont l'absoudre… si je peux m'en débarrasser…
Ambre se retourna vers lui, toujours sur le pas de la porte de l'auberge, et finalement tourna les talons et s'en fut. Les jumeaux restèrent un instant interloqués avant d'adresser un bref signe de tête à Wulfran et un sourire plus amical à Grégoire, qui leur semblait bien plus sympathique, puis ils suivirent la jeune fille.
"- Ravi de vous avoir rencontrés, leur dit Takashi avant de partir à la poursuite de ses compagnons.
- Moi de même," répondit joyeusement Grégoire.
Wulfran avança de quelques pas avant de partir dans la direction opposée à celle d'Ambre.
"- 'sont sympa tes potes, se moqua gentiment Grégoire.
- N'en rajoute pas ou je t'étrangle."
Qu'est-ce que je m'amuse avec Ambre et Wulfran. 'vont finir par s'étriper joyeusement avant la fin.
Bon, vous en avez pensé quoi?
Rewiews svp
A bientôt (j'espère…)
